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Full text of "Revue des langues romanes"

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LANGUES  ROMANES 


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REVUE 


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LANGUES  ROMANES 


REVUE 

DES 

LANGUES  ROMANES 

PCBLlâB 

PAR  LA  SOCIÉTÉ 

POUR  L'ÉTUDE  DES  LANGUES  ItOMANES 


Tome  XLV 

(V«  SÉRIE  —  Tome  VII) 


MONTPELLIER 

AD  BUREAU  DES  PUBLICATIONS 
DR  LA  SOCIKTS 

Bu  d«  rADckn-ODBrriw,  I 


PARIS 
G.  PEDONE-LAURIRL 

Litinirt-Édiltir 

13,  RUR  S0UFFIX)T 


REVUE 


DBS 


LANGUES  ROMANES 


UNE  NOUVELLE  EDITION 

DU  ROMAN  DE  FLAMENCA  ' 


Le  volume  qui  fait  Tobjet  de  la  présente  étude  n*est  que  le 
premier  et  ne  constitue  que  la  moitié  de  la  2*  édition,  depuis 
longtemps  attendue,  de  Flamenca.  Il  comprend  seulement  le 
texte  du  poème,  précédé  d*un  court  avant-propos,  et  le  voca- 
bulaire. L*introduction,1a  traduction,  qui  cette  fois  sera  com- 
plète, et  les  notes  composeront  le  second  volume. 

La  première  édition  de  Flamenca  parut  en  1865.  11  est 
naturel  que  celle  qui  nous  est  offerte  aujourd'hui  réalise  sur 
celle-là  un  progrès  considérable.  C'est  dans  la  traduction  que 
ce  progrès  devra  surtout  se  marquer,  car,  outre  les  lacunes 
qu'on  regrettait  d'y  trouver,  elle  laissait  à  désirer  plus  encore 
que  le  texte  lui-même. 

Ce  texte,  dont  nous  avons  donc  seulement»  aujourd'hui,  à 
nous  occuper,  se  présente  à  nous  sous  un  aspect  autrement 
satisfaisant  qu'autrefois.  L'éditeur  l'a  revu  soigneusement  sur 

*  Le  roman  de  Flamenct,  publié  d'après  le  manuscrit  unique  de  Car- 
cassonne  traduit  et  accompagné  d'un  yocabulaire.  —  Deuxième  édition* 
entièrement  refondue,  par  Paul  Mbtsr,  membre  de  Tlnstitut.  Tome  I. 
Paris,  Emile  Bouillon,  1901.  Bibliothèque  Française  du  Moyen  Age^ 
t.  VIII. 

XLv.  —  Janvier- FéTrier  1902. 


167923 


6  UNE  NOUVELLE  EDITION 

le  ms.  QDÎque,  ce  qui  lai  a  permis  de  corriger  un  très  grand 
nombre  de  fautes  de  lecture  qui  le  dénaturaient  dans  la 
première  édition.  Il  a  de  plus  introduit  dans  ce  même  texte, 
ainsi  rétabli  selon  la  teneur  du  ms.,  mais  visiblement  altéré 
en  mille  endroits  par  un  scribe  négligent,  les  plus  heureuses 
corrections.  Enfin  le  vocabulaire  ,  qui  dans  la  première 
édition,  malgré  le  louable  effort  dont  il  témoignait,  était  resté 
par  trop  insuffisant,  a  reçu,  dans  celle-ci,  un  accroissement 
et  des  améliorations  qui  en  font  un  ouvrage  tout  à  fait  nou- 
veau. M.  Mejer,  du  reste,  n'en  est  plus  à  faire  ses  preuves  en 
ce  genre  de  travaux.  Si  le  glossaire  actuel,  pas  plus  que  ceux 
de  la  Croisade^  de  Daurel  et  Béton  et  de  Guillaume  de  la  Barre^ 
n*est  partout  exempt  d'erreurs,  et,  s'il  présente  même  quel- 
ques lacunes,  on  ne  peut  qu'en  louer  la  richesse  et,  en  gêné* 
rai»  l'exactitude. 

On  aurait,  peut-être,  en  décernant  à  cette  première  partie 
de  la  nouvelle  édition  de  Flamenca  les  éloges  qu'elle  mérite, 
à  faire  quelques  réserves  sur  la  méthode  et  les  procédés  de 
critique  de  l'éditeur.  Je  crois  devoir,  aujourd'hui  du  moins, 
m'en  abstenir,  parce  qu'il  est  possible  —  c'est  du  moins  ce 
qu'un  passage  de  l'avant-propos  laisse  entendre  —  que  Tin- 
troduction  et  les  notes  présentent  une  justification  acceptable 
de  ce  qu'on  serait  autrement  porté  à  blâmer. 

Mais,  il  faut  le  dire  dès  aujourd'hui,  car  il  n'est  pas  néces- 
saire d'attendre  Tapparition  du  second  volume,  pour  se  pro- 
noncer sur  ce  point,  la  nouvelle  édition  du  texte  de  Flamenca^ 
si  considérable  que  soit  le  progrès  qu'elle  réalise  sur  la  pre- 
mière, si  nombreuses  qu'y  soient  les  habiles  restitutions  de  pas- 
sages corrompus,  n'est  point  encore  l'édition  ,  je  ne  dis  pas 
définitive  (il  n'y  en  a  guère  de  telles,  et  il  ne  saurait  y  en  avoir 
dans  des  conditions  pareilles  à  celles  du  cas  présent), mais  l'édi- 
tion aussi  parfaite  que  possible,  ces  conditions  étant  données, 
qu'on  était  en  droit  d'attendre  de  M.PaulMeyer.  Aussi  ne  sau- 
rais-je  souscrire  sans  réserve  au  jugement  qu'il  émet  lui-même 
sur  son  travail  m  Je  crois,  dit-il,  avoir  fait  rendre  au  manuscrit 
tout  ce  qu'on  en  pouvait  tirer.  »  Eh  bien!  non.  On  en  pouvait 
tirer  davantage,  et  M.  Meyer  le  pouvait  mieux  qu'aucun  autre. 
Il  lui  suffisait  d'y  appliquer,  avec  une  attention  plus  soutenue  et 
plus  réâéchie,et  aussi  avec  quelque  défiance  de  son  propre  sens, 


DU  «r  ROMAN  DE   FLAMENCA  »  7 

sartoatde  la  justesse  de  ses  premiers  aperçus,  cette  critique 
si  éveillée  d'ordinaire,  qui  Ta  rendu  justement  redoutable,  et 
ces  rares  qualités  de  c'airvoyance  et  de  pénétration  qu'on 
admire  en  lui,  et  dont  il  sait  si  bien  user,  — non  parfois  sans 
un  surprenant  mélange  de  légèreté,  *-  quand  il  s'agit  de  juger 
les  travaux  d'autrui. 

Cette  remarque,  je  le  répète,  ne  porte  et  ne  peut  porter 
que  sur  rétablissement  du  texte.  Une  appréciation  générale 
ne  sera  possible  que  lorsque  nous  en  aurons  tous  les  éléments, 
c^est-à-dire  quand  le  second  volume  aura  paru.  Je  me  borne- 
rai donc,  dans  les  pages  qui  vont  suivre,  à  soumettre  au  lec- 
teur et  à  Téliteur  lui-même,  qui  en  acceptera  peut-être  quel- 
ques-unes, les  corrections  qui  me  paraissent  pouvoir  être 
proposées  en  certains  endroits  du  texte,  et  en  général  les 
observations  que  m'a  suggérées  une  lecture  attentive,  en 
même  temps  que  les  résultats  d'une  collation  minutieuse 
que  j'ai  faite    du  ms.  et   dont  je   parlerai  tout  à  l'heure. 

Je  me  suis  autrefois  beaucoup  occupé  de  Flamenca^  et 
j^avais  même  commencé  dans  la  Revue  des  langues  romanes^ 
il  y  a  déjà  vingt-cinq  ans*,  la  publication  d'une  série  de  notes 
consacrées  à  la  critique  et  à  l'interprétation  du  texte  de  ce 
charmant  poème.  Cette  publication  fut  interrompue  et  fina- 
lement abandonnée,  pour  des  motifs  qu'il  est  inutile  d'exposer 
ici.  Mais  j'ai  conservé  mes  notes  et  plusieurs  d'entre  elles 
ont  pu  encore  être  utilisées,  les  passages  qu'elles  visaient 
n'ajant  pas  reçu  dans  la  nouvelle  édition  les  corrections  dont 
ils  me  semblaient  susceptibles. 

Depuis,  ajant  obtenu  de  M.  le  Maire  de  Carcassonne,  par 
l'obligeant  intermédiaire  de  son  collègue  de  Montpellier,  qui 
était  alors  M.  Castets,  doyen  de  la  Faculté  des  lettres,  com- 
munication du  manuscrit,  j'ai  pu,  grâce  à  la  collation  très 
attentive  que  j'ai  faite  du  texte  imprimé,  corriger  un  grand 
nombre  de  fautes  de  lecture.  De  ces  fautes  plusieurs  ont  per- 
sisté dans  la  nouvelle  édition,  et  il  y  en  a  çà  et  là  quelques- 
unes  de  nouvelles.  Je  relèverai,  des  unes  et  des  autres,  celles 
que  j'ai  pu  constater  avec  certitude. 

Au  lieu  de  ranger  mes  remarques  sous  des  chefs  différents, 

>  Tome  IX,  pp.  24  et  suIt. 


8  UNE  NOUVELLE  EDITION 

il  m'a  paru  plus  simple  et  plus  commode  de  les  présenter  dans 
Tordre  même  des  vers  du  poème,  qu'elles  s'appliquent  aux 
leçons  du  ms.,  à  l'établissement  du  texte,  ou  à  son  interpré- 
tation, c'est-à-dire  au  vocabulaire.  On  pourra  trouver  plu- 
sieurs de  ces  remarques  minutieuses.  Mais  le  Roman  de  Fla- 
menca occupe  dins  la  littérature  provençale  et,  en  général, 
dans  la  littérature  médiévale,  un  rang  si  élevé,  c'est  pour 
l'histoire  de  la  civilisation  un  document  d'une  telle  importance 
que  tout  effort,  si  humble  qu'il  soit,  tendant  à  en  rendre  le 
texte  plus  intelligible  et  plus  correct,  paraîtra  devoir  être 
encouragé.  L'éditeur  lui-même,  qui  se  fait,  à  juste  titre,  un 
mérite  d'avoir  indiqué  en  note  a  toutes  les  particularités  gra- 
phiques  qui  ne  pouvaient  être  conservées  dans  le  texte  »,  ne 
me  saura  pas  mauvais  gré  d'avoir  noté  celles  ou  une  partie 
de  celles  qui  ont  échappé  à  sa  révision. 

M.  Antoine  Thomas  a  publié  dans  le  cahier  de  juin  dernier 
du  Journal  des  Savants,  sur  la  nouvelle  édition  de  Flamenca, 
un  article  très  important,  rempli  d'observations  judicieuses 
et  de  conjectures  pour  la  plupart  aussi  ingénieuses  que  plau- 
sibles ^  Dans  un  certain  nombre  de  passages,  j'avais  déjà 
corrigé  les  mêmes  fautes  ou  fait  les  mêmes  observations  que 
lui.  Je  n'ai  pas  cru  devoir  supprimer  de  mon  article  les  notes 
concernant  ces  passages. 


Vers  18.  «Si  Plamencha  deven  esclava.  »  Pourquoi  ne  pas 
écrire  ici  Esclava,  avec  une  majuscule,  puisque  plus  loin 
(v.  36)  on  écrit  ainsi  Esclaus,  qui  en  est  le  masculin? 

30.  a  pot  ».  Le  ms.  porte  poc. 

65.  (c  e  demandet  ».  Corr.  e[l]  d, 

71.  tt  si  a  bonplag».  Coït,  et,  puisque  l'éditeur  ramène 
systématiquement  à  Torthogr.  étymologique  les  particules 
si  et  a  et  leurs  composés.  Et  c'estle  seul  cas,  pour  le  remar- 
quer en  passant,  où  il  agisse  ainsi,  malgré  Tinconséquence 
qu'il  j  a  à  ne  pas  généraliser  le  procédé. 

*  Je  signalerai  particulièrement  celles  qui  concernent  les  vers  1096, 
2717,  5236,  6097.  —  Quant  aux  vers  1194-1199,  je  ne  saurais  être  de  son 
a?is,  sauf  en  ce  qui  concerne  l'observation  sur  fenei*a  et  sabra. 


DU   a  ROMAN  DE   FLAMENCA  »  9 

73.  €  Ben  par  que  no  t*îest  feinz.  »  Lire  no  t'i  est,  en  sup- 
primant que  ? 

79.  «  que  i  ponhem  »  =  que  nous  tardions.  Le  vocab.  ne 
donne  pas  cette  acoeption,  qu'on  retrouve  au  v,  6842  et  qui 
est  encore  en  usage. 

147-8.  ((  ConsL  a  venir  s'aparella  Tais  cortz...  ».  Venir  doit 
paraître  ici  un  peu  surprenant.  Aussi  n*est-oe  pas  ce  qu'il  y 
a  dans  le  ms.  On  y  lit  nemur  =  Nemours  (sans  5,  comme  au 
V.  1077)  ;  et  c*est  justement  ce  que  le  contexte  exige. 

153.  a  Ane  Archimbautz  gos  non  retenc».  Ms.  Ans^  qui  ne  con- 
vient pas  ;  mais  anc  ne  convient  guère  mieux.  Corr.  Ens.  Le 
nom  de  ce  personnage  est  partout  ailleurs  précédé  de  Tarticle 
honorable.  Je  remarquerai  à  cette  occasion  que  presque  partout 
où  réditeur  imprime  En  A,  ou  d'En  A.,  il  faudrait  imprimer 
€  IfA.  ou  de  N^A.f  selon,  d'ailleurs,  Tindication  constante, 
ou  presque  constante,  du  ms. 

154.  c(  avant  m.  Ms.  avan, 

164.  a  sufr'  el  cors.»  M.  Meyer,  à  Cerrata,  sipprime  avec 
raison  Tapostrophe.  Mais  il  devrait  aussi  rétablir  la  leçon  du 
ms.  sufril,  qu'il  a  le  tort  de  changer  en  sufrel^  car  sufri  (3* 
pers.  sing.  ind.  prés.)  n*est  pas  une  forme  incorrecte. 

175,  note.  Us  de  tosiz  est  exponctuée  dans  le  ms. 

256.  <c  De  part  Flamenca  saludet.  »  Cor.  Flamencal, 

274.  (c  si  en  leis.  »  Ms.  ses  {sesi^  avec  Vi  exponctué),  à 
rétablir.  C'est  une  forme  bien  connue,  et  dont  il  y  a  d'autres 
exemples  dans  ce  texte. 

309.  Supprimer  la  virgule.  La  construction  doit  être  :  0  de 
ren  que  cor  saupes  pensar  que  boca  etc.  » 

311.  «  Archimbaut[z].  jd  Rétablir  Archimbaul.  a  On  servit 
{serviron)  Archambaut  et  le  comte.  0  On  ne  s'expliquerait  pas 
que  le  comte  et  surtout  Archambaut,  son  hôte,  ûssent  le  ser- 
vice. L'emploi  de  coms^  comme  régime,  ne  doit  pas  faire  dif- 
ficulté. Les  exemples  ne  sont  pas  rares  d'une  pareille  infrac- 
tion à  la  règle  des  cas,  pour  les  noms  de  personne  ou  de 
dignité.  Cf.  Revue,  X,  277. 

327-28.  «  maïstre  :  mal  islre.  »  Corr.  maestre  :  mil  eslre, 
car,  s'il  n'j  a  pas  d'objection  à  faire  à  maïstre^  je  ne  crois 
pas  qu'on  puisse  accepter  istre  comme  une  forme  régulière. 

387-388.  «  deneir[s],  drap[s],  cullier[s],  enap[8j  ».  Pourquoi 


10  UNE  NOUVELLE  EDITION 

ces  S?  Ce  sont  là  des  nominatifs  pluriels.  Ou  alors  pourquoi 
aur  et  argen  sans  s  ?  Il  n*y  avait  rien  à  changer  à  la  leçon  du 
ms. 

400.  «  Ni  Tautra  carn  ja  meins  non  valgra  ».  Le  con- 
texte, ce   me  semble,   repousse  ici  Tidée  du  conditionnel.  Il 

audraitdonc  donner  à  valgra  sa  signification  étymologique, 
et  entendre  :  «  les  autres  viandes  (bœuf,  mouton,  etc.)  ne 
valaient  pas  moins  »,  à  savoir  que  la  volaille  et  la  venaison 
dont  rénumération  précède.  On  sait  qu'un  pareil  emploi  de 
Tancien  plus- que-parfait,  rare  à  la  vérité  et  archaïque,  n'est 
pas  sans  exemples  en  d'autres  textes.  Il  serait  intéressant 
de  pouvoir  le  constater  ici. 

401.  «  a  fag  ».  Ms.  ha  f, 

429.  ((  monta spessa  ».  Corr.  moût  espessa.  Je  ne  crois  pas 
que  le  féminin  moula  ait  jamais  été  employé  devant  un 
adjectif,  dans  la  fonction  de  moût,  pour  exprimer  le  super- 
latif, comme  il  est  dit  au  vocabulaire. 

433.  <(  ques  fo  eîssitz  A  rencontre.  »  ques  fo  est  pour  que  fos 
du  ms.  Bonne  correction  ;  mais  mieux  vaudrait  quel  fo. 

469.  «  paubre[8].  »  Pourquoi  cette  correction?  Le  pluriel 
convient  mieux  ici  que  le  singulier. 

473.  «  Es  anc  per  el  non  s'amermet  ».  Corr.  per  al?  L'édi- 
teur propose  per  ren^  qui  revient  au  même,  mais  s'éloigne 
bien  davantage  de  la  leçon  du  ms. 

488.  «  Ben  lo  feiran  el  cais  gelar  ».  Corr.  tV. 

570.  ((  tantareva».  C'est  bien  par  a  fantaisie,  idée  saugre- 
nue, absurdité  a  que  ce  mot ree;a  (voirie  vocabulaire)  doit  se 
traduire.  Il  existe  encore  avec  des  acceptions  diverses,  dont 
celle-ci.  On  dit,  par  exemple,  à  Montpellier  :  «  Quanta  rêva 
te  pren  ?  »  Quelle  lubie  te  prend?  «  Aco's  una  rêva  que  i  a  pas- 
sât per  la  testa.  »  Ce  même  mot  s'applique  aussi  aux  épidémies 
ou  à  leur  cause  inconnue.  De  l'infiuenza,  du  choléra,  on  dira: 
«  C'est  une  rêve  qui  passe.  »  Une  servante  disait  dernière- 
ment, à  propos  d'une  maladie  qui  sévissait  dans  mon  quartier  : 
a  Moi,  je  ne  prends  pas  facilement  les  rêves.  »  Faut-il  voir  là 
une  expression  métaphorique,  analogue  à  celle  de  u  payer 
son  tribut  à  la  maladie  »,  si  fréquemment  employée  ?  On  sait 
({xx^reva,  en  provençal  comme  en  bas-latin,  et  comme  rêve 
en  français,  est  le  nom  d'un  certain  impôt. 


DU   <c  ROMAN   DE  FLAMENCA  V>  11 

573.  «c  baizar  es  estreiner.  »  M.  Meyer  indique,  avec  doute, 
au  vocabulaire,  la  correction  esieiner^  qui  paraît  sûre.  Mais 
il  faut  aussi  corriger  baizar  en  baissar.  Ces  deux  mots  baizar 
et  estreiner  étant  naturellement  associés  (cf.  5941),  la  première 
erreur  du  scribe  a  entraîné  la  seconde. 

588.  a  conseillers...  »  Ce  mot  signifie  coussin,  ou  quelque 
chose  d*analogue.  M.  Meyer  en  a  trouvé,  dans  un  inventaire 
de  1288,  un  exemple  qui,  joint  à  celui  qu'a  relevé  Raynouard, 
ne  laisse  aucun  doute  sur  sa  vraie  signification.  Mais  il  paraît 
bien  difficile  d'admettre  que  ce  soit  a  une  expression  méta- 
phorique dérivée  de  conseil^  au  sens  d'entretien  privé.  »  Il 
existe  en  provençal  à  côté  de  coissiMn  autre  substantif  de  signi- 
fication analogue,  sinon  identique,  qui  est  cosser,  féminin  cos- 
i«'a*.  Serait-il  trop  téméraire  de  supposer  un  dérivé  cose- 
rier^  qui  aurait  pu  facilement  devenir  cosselier  ?  Mais  d'où 
vient  cosser  ? 

681.  a  Que  l'yras  trobet  a  l'uisset.  »  Dans  la  première 
é  litiou  on  lisait  Lyras,  Ce  Lyras  devient  aujourd'hui  un  nom 
commun^  sans  que  le  glossaire  nous  éclaire  sur  sa  significa- 
tion. Les  notes  du  second  volume  le  feront  sans  doute.  En 
attendant,  on  ne  peut,  semble-t-il,  le  traduire  que  par  Caffligé 
oa  tirrité.  Je  ne  sais,  quant  à  moi,  quel  est  le  personnage  de 
roman  ainsi  désigné. 

710.  n  en  bala.  »  A  cette  expression,  que  M.  Meyer  traduit 
très  justement,  à  ce  qu'il  semble,  par  en  bloCy  ensemble^  on 
peut  comparer  amas  o,  aujourd'hui  si  usité,  qui  a  ce  même 
sens. 

736-737.  Il  doit  y  avoir  une  lacune  entre  ces  deux  vers. 
Les  idées,  de  l'un  à  l'autre,  ne  paraissent  pas  se  suivre,  et  le 
V.  737  est  très  obscur. 

739.  «  a  cascus  ».  Corr.  cascun, 

752.  a  Mais  Cobezesal  venc  comtar  ».  Comtar  paraît  ici 
assez  impropre.  Corr.  conortar^  en  supprimant  A/a«? 

>  On  en  trou?era  un  exemple,  en  même  temps  que  de  cosseitUer^  au 
tome  XXXII  de  la  Revue^  p.  193.  Une  variante  est  cocena  (Rayn.  II 
427)  à  qui,  comme  à  coftsera^  parait  convenir  plus  spécialement  la  signi- 
fication de  matelas  ou  de  couette.  C'est  d'ailleurs  de  coce?ia  (cossena)  que 
coj^^ra  paraît  provenir,  comme  cosser  de  cossen.  Mais  je  n'ai  pas  rencon- 
tré cett«  dernière  forme. 


18  UNE  NOUVELLE  EDITION 

755.  «  Ci  !  oi  I  »  0/,  interprété  simplement  par  exclamation, 
doit  signifier  ici  oui,  comme  en  d'autres  endroits  du  poème 
qui  seront  signalés  plus  loin. 

810.  ((  Que  lamanega  no[n]  i  esgap  ».  Corr.  plutôt,  car  la 
grammaire  exigerait  gaps,  que  la  rime  repousse  :  no  î  es 
[per]  gap. 

816.  «  li  di[s]  SOS  cors  ».  Ms.  se  cors.  M.  Meyer,  qui  accepte 
ailleurs  Tarticle  féminin  sa,  aurait  pu  ne  pas  rejeter  ici  ce  se, 
qui  est  la  forme  masculine  suj.  sing.  du  même  article,  a  Le 
cœur  lui  dit.  »  L'adjectif  possessif,  en  de  telles  phrases,  n'a 
pas  besoin  d'être  exprimé. 

823.  ((  Neis  antreseinz...  »  L'édit  propose  la  correction  ni. 
C'est  nés  {ne  -{-  s  euphonique),  qui  est  ici  naturellement  indi- 
qué. 

823-4.  (c  deia...  torneia.  d  C'est  sans  doute  par  distraction 
que  M.  Mejer  écrit  ici  ces  deux  mots  par  {',  car  ailleurs  il 
emploi  \ej.  Cf.  vv.  519-20,  2238-9,  etc. 

870.  a  sen.  »  Corr.  fen  (=  fenh)  ?  Cf.  v.  875. 

890.  ((  Lo  reisvol  ».  Le  ms.  porte  Le,  qu'il  faut  naturelle- 
ment rétablir. 

952.  «  vos».  Ne  peut-être  ici  le  pronom  personnel,  ni,  sem- 
ble-t-il,  t;oz(  vocem).  Le  vocabulaire,  sans  citer  pourtant  ce 
vers,  n'indique  d'autre  signification  que  celle  de  voix.  Je 
pense  qu'ici  il  s'agit  de  vœux.  S'il  fallait  une  correction,  als 
serait  tout  indiqué. 

976.  a  a  despes.  »  Ms.  ha  d. 

980.  ((  dures.  »  Voir  la  note.  Le  ms.  porte  duretz. 

1024.  «  Oi!  lo  mal  aion...»  Lire  Oi  lo!  Mal  aion,,.  C'est  une 
réponse  à  la  question  qu'Archambaut  se  faisait  à  lui-même 
au  vers  précédent.  Oi  est  une  forme  »  déjà  signalée  plus 
haut  V,  755,  de  l'affirmation  (=oc  avec  c  vocalisé),  encore  fort 
usitée  en  divers  lieux  (Montpellier,  Alais,  etc.),  et  lo  est  le 
pronom  neutre  sujet,  inexprimé,  eomme  à  l'ordinaire,  dans 
la  proposition  à  laquelle  celle-ci  répond.  Cf.  v.  2579,  6187. 

1038.  «  Déferas  art,  dedins  acora.  »  Corr.  atora{i\  gèle), 
que  le  contexte  semble  exiger.  Voy.  Mistral  Tor,  Sauvages 
Toura^  et  les  glossaires  des  diverses  éditions  de  Goudelin. 

1072.  ((  aital  donerl  »  Que  signifie  cela?  11  faut  un  mot 
pouvant  rimer  avec  enquer  ou  enquiet\  La  correction  dongiei* 


DU   «  ROMAN  DB   FLAMENCA  »  1 3 

ou  donier  se  troave  ainsi  toate  indiquée.  C'est  le  français 
dangier^  avec  son  acception  ordinaire  chez  les  romanciers  et 
les  lyriques. 

1073.  Virgule  après  leis. 

1078.  a  Mi  euh  eu  be  que  la  sentis  ».  J^écrirais  Faseniis 
(  =  li  a.},  du  verbe  assenlir^  qui  manque  à  Rajnouard,  mais 
qii*on  peut  voir  dans  Mistral. 

1079.  a  Asaborada  la  savia  ».  Cette  forme  saviOy  admise 
au  vocabulaire  comme  imparfait  de  saier,  paraît  inadmissible. 
Je  lirais  : /a  5'a{;ia  ;  a  il  5e  T avait  savourée  o. 

1125.  0  geus  ».  Pourra  vos,  est-il  dit  au  glossaire.  J*en 
doute.  Je  lirais  gens  avec  un  point  d'exclamation  à  la  fin  du 
vers.  Cette  particule  qui  accompagne  d'ordinaire  la  négation, 
est  aussi  employée  au  positif,  comme  explétive,  et  il  y  en  a, 
dans  notre  poème,  des  exemples  certains.  Yoj.  le  vocabulaire 
et  ajoutez  aux  exemples  cités  giens  5528. 

1129.  «  forfes.  »  Est-ce  bien  la  vraie  leçon?  La  l'*  édition 
portait  forsêSj  ici  comme  plus  loin  (3579),  et  je  n'ai  pas,  en 
ces  deux  endroits,  relevé  de  faute,  dans  ma  collation.  Cette 
forme  d'ailleurs  existe  encore  Çnâ  forsei  eu  Limousin). 

1147.  a  Malaus  balli».  Ms.  falli;  la  correction  salii  est 
mieux  indiquée,  et  le  contexte  n'y  répugne  pas,  à  condition 
de  sous-entendre  quelque  chose  comme  cela  (ce  mot,  cette 
parole)?  Cf.  v.  6022,  où  un  sujet  neutre  est  également  sous- 
entendu. 

1152.  «  ttin  s'i  pert  ».  Corr.  tems  i. 

1162.  «  Que  semblon  Flamencha  espinat  ».  Il  ne  s'agit  cer- 
tes pas  ici,  malgré  la  majuscule,  de  l'héroïne  du  poème  :  /7a- 
menchOj  d'après  Mistral;  signifie  (oison  en  Dauphiné  ;  quant 
à  espirat,  qui  suit  dans  le  ms.,  c'est  vraisemblablement  un 
autre  substantif,  qu'on  pourrait  traduire  par  buisson,  tas 
d'épines,  en  adoptant  la  correction  très  plausible  de  M.  Meyer. 

1192.  «  que  nom  folleja.  o  Corr.  non.  Le  pronom  réfiéchi 
de  la  l'*  personne  n'a  rien  à  faire  ici.  Le  sujet  du  verbe  est 
Flamenca,  et  non  Archambaut,  comme  le  suppose  assez  sin- 
gulièrement l'éditeur  (voir  le  vocabulaire),  f  Je  la  crois  inno- 
cente, quoique  je  me  plaigne  d'elle;  mais  il  faut  être  sur  ses 
gardes.  Et  que  ferais-je  si  un  misérable  l'avait  fait  succom- 


U  UNE  NOUVELLE  EDITION 

ber?...  »  La  contradiction  des  paroles  du  personnage  est 
Texpression  naturelle  du  désordre  de  ses  idées. 

1217.  «  [D*]  aisso...  o  Correction  inutile:  aisso  est  régime 
direct  de  blasman^  comme  que,  qui  le  remplace,  de  lauzar; 
me^  dans  le  premier  quem^  comme  dans  le  second  (où  il  ne 
peut  y  avoir  doute),  =  mihi. 

1218.  «  Petit  sap  fors  de  castiar.»  Le  ms.  a  fort.  D*après 
la  première  édition,  où  on  lit /br[«],  j*avais  cru  que  la  leçon 
du  ms.  était  for;  et  c*est  la  bonne,  comme  je  Tai  dit  il  j  a 
longtemps. 

1222.  «  Mais  am  [mais]...  »  Cette  répétition  de  m  is  est  un 
peu  choquante.  Dans  la  première  édition,  M.  Mejer  avait 
adopté  une  autre  correction:  Mais  am[ieu]t  peut-être  préfé- 
rable. Ou  vaudrait- il  mieux,  corriger,  si  on  tient  à  la  conjonc- 
tion adversative,  [Mas]  mais  om? 

1224.  c  a  Bolonha.  »  Le  ms.  porte  na  Bolonha,  ce  dont 
l'éditeur  ne  parle  pas.  On  peut  conserver  ce  na,  sauf  à  écrire 
n*a.  Et  comme  la  tournure  de  la  phrase  paraît  s'accommoder 
mieux  du  parfait  composé  que  du  parfait  simple,  je  supplée- 
rais un  second  a,  ce  qui  donnerait  :  «  Apres  n'a  a  Bolonha,  o 
hon?  »,  avec  élision  de  Ta  final  de  Bolonha.  a  11  en  a  appris,  de 
la  chicane,  à  Bologne  ou  ailleurs  !  o 

1236.  «  so  trobet  en  espéra.  »  Par  des  procédés  mathé- 
mathiques,  est-il  dit  au  vocabulaire.  Il  faut  plutôt  entendre 
par  Pastrologie.  Cf.  un  des  exemples  cités  par  Rajnouard. 

1237.  «  qui  m'o  sabria.  n  Je  mettrais  après  ce  mot  plu- 
sieurs points  (il  n'y  a  aucun  signe  de  ponctuation  dans  Tédi- 
tion)  et  un  point  d'interrogation  à  la  suite.   . 

1255.  «  cachutz  v.  Corr.  cajutz  pour  cazutz. 

1275-6.  «  miellers  :  piegers.  »  Simples  assonances,  à  moins 
qu*on  n'admette  un  déplacement  peu  vraisemblable  de  l'accent. 
On  ne  voit  pourtant  pas  de  correction  à  proposer,  et  le  contexte 
n'en  réclame  pas. 

1312.  ((  nom  [fai]  demora.  »  Lire  non  i  et  supprimer  fai. 

1315.  «  Efes  li  faire  aital  pertus  o.  Pourquoi  écrire  aital, 
puisque  les  deux  premières  lettres  sont  grattées  dans  le  ms.? 

1330.  a  Quan  la  fort  gelosial  tocha  ».  Corr.  cocha. 

1334.  «  Non  escriurian  los  motz  nils  vers.  »  Ce  vers  doit 


DU   a  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  1 5 

rimer  a^ec  Mes  (la  Tille  de  Metz).  Corr.  vetz  (défenses)  ?  Cf. 
5428  et  devesa  1776. 

1411.  (c  per  son  jausimen  ».  Au  yocab.  «  jouissance  ».  Corr. 
chausimerij  qui  est  certainement  le  mot  qui  convient  ici. 

1423.  a  E  de  davan  es  el  acmessa  ».  Leçon  du  ms.  a  con- 
server, soit  qu*on  lise  ainsi  {es  étant  pour  et^),  soit  qu'on  pré- 
fère e  sel{=zen  cet)^  «  pour  celer».  Cette  même  expression  se 
retrouve  plus  loin,  v.  1552.  Le  Donat  provençal  traduit  cel 
par  cautela,  qui  convient  très  bien  à  ce  dernier  exemple. 

1426.  a  Hon  i  sezia.  »  Corr.  simplement  i[l\. 

1480.  (f  cascus.  »  11  j  a  cascuns  dans  le  ms. 

1493-4.  Mettre  le  point  à  la  fin  du  second  vers,  et  une  vir- 
gule seulement  après  le  premier.  Cf.  v.  1901. 

1502.  tt  Ni  [l]eis  si  descaus...  »  Correction  inadmissible, 
leis  ne  pouvant  être  sujet.  Le  ms.  porte  Nieis  qui  suggère 
Nieil^  =  ntiU  comme  met  (v.  5102)  =  ni*  i,  comme  siei  (v. 
4294)  b:  st  t\  et  par  conséquent  la  correction  M' lï.  Sur  ces 
formes  et  des  pareilles  cf.  Revue  XIV,  116. 

1540.  «  Pas  ai,  fai  s*el,  las  mas  e  mort  ».  Lire  posai  en  un 
seul  mot  (cf.  anat  7361)  et  corr.  els  mas  se  mort? 

1546.  «Geus  bainas  plus  soven  que  nos.  o  Lire  Gens.  «  Vous 
vous  baignez  bien  plus  souvent  que  nous  !  »  Cf.  la  note  sur 
V.  1125. 

1552.  «  car  estet  en  cel  De  sa  mollier  ».  estar  en  cel  veut 
dire  ici  être  en  surveillance^  plutôt  que  se  tenir  en  cachette, 
comme  il  est  dit  au  glossaire.  Cf.,  à  la  fln  d'une  cbarte  que 
M.  Mejer  a  publiée  dans  son  Recueil  d'anciens  textes  (p.  173)  : 
«  Aquist  cofraire  nos  tenont  en  sel  e  en  regart  deus  avers  e 
dans  cors...  »  Voir  ci  «dessus  la  note  sur  1423. 

1557.  ((  E  tôt  o  fes  digastendons  ».  Ce  dernier  mot,  qui 
reparaît  plus  loin  (v.  2441),  et  dont  la  signification  précise 
est  incertaine,  n'a  été  signalé  nulle  part  ailleurs.  Comme  c'est 
évidemment  un  mot  composé,  M.  Meyer  propose,  avec  doute, 
de  le  décomposer  en  digas  t'en  donz^  sans  Texpliquer  autre- 
ment. Ce  doit  être,  dit-il,  «  une  expression  populaire,  indi- 

*  Pour  cet  emploi  pléonastique  de  et,  d'ailleurs  bien  connu,  cf.  plus 
haut  1040  et  plus  loin  1511. 

*  Rien  de  plus  commun  dans  le  ms.  que  la  confusion  de  l  ot  de  s. 


16  UNE  NOUVELLE  EDITION 

quant  un  état  d'esprit  ».  Pourquoi  pas  aussi  bien  une  attitude 
physique?  Je  me  demande,  quant  à  moi;  si  nous  n*aurions 
pas  deLïiB digas^  où  M.  Meyer  voit,  à  ce  qu'il  semble,  Timpératif 
du  verbe  dire,  une  autre  forme  de  gigas,  jambes.  Pour  la 
réduction  de  ^î  [dji)  à  di,  cf.  Revue  des  L  r.,  VI,  293,  et  Guil- 
laume de  la  Barre,  introduction  p.  lxxv-lxxvi.  Le  tout  signi- 
fierait alors  :  Donne  t'en  des  jambes/  et  cette  expression,  dont 
il  j  a  tant  d'analogues  en  provençal  (cf.  p.  ex.  a  no  m'encal)^ 
surtout  dans  le  provençal  moderne,  reviendrait  à  dire  «  à  la 
course  »,  a  à  la  hâte  »,  et,  par  une  extension  assez  naturelle, 
0  brusquement  ».  —  On  peut  encore  supposer  que  le  mot  a 
été  forgé  par  Tauteur  lui-même,  sur  le  modèle  des  expressions 
adverbiales  telles  que  de  genoillons,  pour  peindre  plaisam- 
ment l'attitude  raide  (litt.  à  jambes  tendues)  d'Archambaut, 
Taspectrude  et  sévère  qu'il  voulait  se  donner. 

1678.  a  gabar  ».  Le  voc.  n'indique  d'autre  acception  que 
moquer  (sé)^  railler.  Ce  verbe  a  aussi  la  signification  de  louer, 
ici  louer  avec  exagération.  Borel,  dans  son  dictionnaire,  sous 
gaber^  qu'il  traduit  par  se  moquer,  donne  deux  exemples  en 
ancien  français  de  cette  signification,  et  ajoute  :  «  Au  con- 
traire ce  mot  signifie  louer  dans  les  montagnes  du  haut  Lan- 
guedoc. » 

1729-1730.  «  En  l'an  cen  ves  en  un  jorn  tan  Com  a  de 
renda  en  tôt  Tan.  »  Une  correction  est  évidemment  indis- 
pensable. Bn  lai  (là-bas)  pourrait  convenir.  Ou  suffirait-il 
d'écrire  En  lan,  où  lan  serait  le  la  nasalisé  qu'on  a  dans  la 
locution /an^tian? 

1756.  Je  corrigerais  fora  en  fos  et  rétablirais  per  supprimé 
par  l'éditeur,  en  dépit  de  la  grammaire. 

1762.  a  lo  ver  ».  Ms,  per  ver,  que  je  préférerais. 

1764.  a  Cant  legit  ac  totz  los  auctors  ».  Cant,  ici,  a  la 
signification  de  puisque,  car.  Cette  acception,  connue  des  dia- 
lectes modernes,  et  que  Raynouard  n'a  pas  mentionnée,  n'a 
pas  été  relevée  dans  le  vocabulaire.  On  la  retrouve  plus 
loin,  V.  3035. 

1765.  Supprimer  la  virgule  à  la  fin  du  vers. 
1877.  ((  bel  les  ».  Lire  beil  {=:  be  H),  les,  avec  le  ms. 
1881.  Lire  pros  hom  'elplusleial, 


DU   a  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  17 

1915.  Lacune  après  ce  vers?  Cf.  v.  1917:  En  paucde  temps 
es  fort  cregutz.  Or  on  n*a  pas  dit  Tâge  de  Guillem. 

1921.  «  alajet.  »  Corr.  alachet.  Plus  loin  v.  4540  cojatz^  où 
le  même  affaiblissement  de  la  chuintante  se  remarque,  a  été 
justement  corrigé  cochait. 

1944.  a  qu'en  son  cor  ha.  »  Corr.  que  ?  Cf.  les  trois  vers 
suivants,  surtout  1946-7  et  encore  1952. 

1966.  «  E  la  tor.  »  Corr.  De  latorl 

1981.  f  ben  sai.  »  Paraît  avoir  ici  déjà  la  signification  du 
moderne  bessai  (peut-être). 

1985.  «  per  aquest  ».  A  quoi  se  rapporte  cet  aquest  ?  Corr. 
atga  ?  C'est-à-dire  p(tr  les  bains. 

1992.  a  non  garisqu'els  bainz  Ab  sol  que  lo  perque  s'i 
bain.  »  Rimes  incorrectes.  Corr.,  au  premier  de  ces  deux  vers 
ou  el  bain^  ou,  mieux  peut-être,  no/ ^amco/  bain. 

2049.  a  Sin  aissim  »  Ecrire  si  *n{si  en  aissi)^  la  préposition 
en  ne  se  liant  pas  avec  si^  comme  Tadverbe-pronom  en  ou  ne^ 
dans  les  textes  correctement  imprimés. 

2088.  a  Quar  pauc  n'i  a  e  par  non  dura.  »  Rétablir  Tordre 
des  mots  comme  dans  le  ms.,  en  corrigeant:  «  Quar  par  no 
i  a  e  pauc  madura  »  ? 

2091.  Corr.  et  ponctuez  :  «  Qui  Ti  met.  Tus  o  Tautre  mor.  » 

2109.  oQuesvan...  gaban.  »  Se  vantant,  et  non  pas  se 
moquant.  Cf.  v.  1678. 

2164.  «  Ben  cug  valgues  unas  daveras.  »  Corr.  ne  valgues 
un?  Le  copiste,  trompé  par  la  finale  de  Tadverbe,  aura  donné 
à  tin  la  flexion  du  féminin  pluriel  et  supprimé  ne  pour  réta- 
blir la  mesure.  Ou  vaut-il  mieux  ne  rien  changer  ici,  et,  au 
vers  précédent,  substituer  jota  à  plazers^ 

2168-2169.  Ces  deux  vers  sont  terminés  par  le  même  sub- 
stantif p/azer,  de  signification  identique  aux  deux  endroits. 
Corr.  voler  au  second. 

2203.  ((  Si  ben  hom  tant  non  la  tirera».  Corr.  ias.  «  Il  n*eût 
pas  porté  de  chausses  de  saie,  si  bien  qu*on  les  eût  tirées 
(aussi  collantes  qu*elles  fussent),  n  La  construction  est  un 
peu  embarrassée  ;  ou  faut-il  une  autre  correction  ?  Cf.  le 
V.5827. 

2216.  «  Be  Taiga  ».  Corr.  De  taiga.  v.  Cf.  3884,  5666. 

2224.  a  Abtant  lai  venc  En  Peire  Gui.  o  Le  ms.  a  lo  vene^ 

2 


18  UNE  NOUVELLE  EDITION 

qui  pouvait  rester»  soit  qu'on  considère  ce  mot  comme  pronom 
neutre,  sujet  explétif,  soit  qu'on  préfère  j  voir  un  adverbe 
de  lieu.  Cf.  pour  le  premier  cas,  Romania  IV,  342  ;  pour  le 
second,  Revue  des  L  r.,  IX,  357,  et  X,  210. 
2243.  <f  la».  Ms.  /o,  à  rétablir  ;  se  rapporte  à  argen. 
2304.  (cben  moût  sabes  orar.  »  Corr.  moût  ben. 
2309-10.  «  no  m'en  fas  Ges  ara  trop  gais  ni  trop  leri.  » 
Corr.  gaif  pour  mettre  cet  adjectif  d*accord  avec  le  suivant, 
que  la  rime  ne  permet  pas  de  modifier. 
2314.  f  ben  meut  ne  vales  mais,  o  Corr.  e  mouti 
2349.  a  Guillem  non  au  ni  ve  ni  sen  )>.  Ms.  Non  aus  nives^ 
et  de  même  ailleurs,  p.  ex.  2750  ves,  également  rejeté.  Pour- 
quoi ces  corrections,  puisque  Téditeur  a  renoncé,  il  le  dit 
lui-même,  «  à  régulariser  la  graphie  d,  et   que  ces  formes 
peuvent  être  caractéristiques  du  dialecte  de  Tauteur  ou  de 
celui  du  copiste  ?  Il  y  en  a  d'ailleurs  de  pareilles  en  d'autres 
textes,  p.  ex.  la  Vie  de  Sainte  Douceline.  Voy.  Revue  des  L  r. 
XVIII,  21,  note  1. 

2355.  «  qu'el  cor  li  reveilla  ».  Lire  quel  cor.  Reveillar^  que 
je  sachcy  n'a  jamais  été  neutre. 

2381.  «  E  ja  nol  toc  hom  trop  suau.  »  La  correction  pro- 
posée (^lY  toc)  fansse  le  sens,  qui  est  et  doit  être,  comme  le 
contexte  l'indique  suffisamment:  «  On  le  frapperait  rudement 
qu*il  ne  sentirait  pas  le  coup.  » 

2399.  «  Perque  so  vos  mi  celavatz?  »  M.  Meyer  lit  ici  comme 
le  ms.  lui-même  ;  mais  je  crois  qu'il  aurait  mieux  valu  écrire 
Perçues  o. 

2424.  (c  Al  meins  baissera  lo  nasil.  »Non  pas  le  nez,  comme 
traduit  l'éditeur,  mais  la  bande  qui  le  cacbait.  L'auteur  ap- 
pelle ici  cette  bande  nasil,  peut-être  par  plaisanterie,  comme 
nous  appelons  cache-nez  une  cravate  qui  n'a  pas  pour  em- 
ploi de  cacher  le  nez  plus  que  la  bouche  ou  le  menton. 

2442.  a  mal  aceutz  o.  Ce  mot,  où  M.  Mejer  voit  aujour- 
d'hui avec  raison  le  représentant  d'acceptus  (en  catalan 
accepte^  castillan  acepto),  figure,  sous  la  forme  aciouty  dans  le 
dictionnaire  de  Sauvages,  qui  le  traduit  par  dispos,  alerte, 

2483-4.  «  Le  cappelas  ab  l'isop  plou,  Lo  sal  espars  per  miel 
lo  cap.  »  La  ponctuation  indique  que  l'éditeur  ne  donne  pas  de 
régime  kplou.  Je  crois  que  c'est  à  tort,  et  qu'il  faut  supprimer 


DU  «  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  19 

la  virgule.  «Le  prêtre  pleut  (fait  pleuvoir),  aveo  le  goupillon, 
Teau  bénite  sur  la  tête  de  Flamenca.  »  Le  mot  sol  est  ici  mas- 
culin, contrairement  à  Tusage  général  de  la  langue  d*oc  (comme 
mon  en  plusieurs  endroits  du  poème),  ce  qu*on  n*a  pas  noté  au 
vocabulaire,  non  plus  qu*on  n*j  a  relevé  la  signification  d'eau 
bénite,  qu*il  a  évidemment  en  ce  passage,  soit  à  lui  seul,  soit 
avec  Tadjonction  du  participe  espai*s  qui  le  suit  {sal  sparsum 
[m  aqua]  ?)  S  ot  qui,  dans  le  cas  contraire,  serait  là  seulement 
pour  donner  plus  de  précision  à  Tidée  exprimée  par  plou. 

2501.  Virgule  après  ce  vers. 

2520-1.  a  Et  ab  la  ma  qes  fon  sein^da  Ac  baissât  un  pauc 
lo  musel  ».  Ce  mot  musel  reparaît  plus  loin  3133,  et  dans  les 
deux  cas  M.  Mejer  le  traduit  par  «  museau,  bas  du  visage  ». 
Ce  qui,  à  mon  avis,  est  inexact.  Je  pense  que  le  poète  veut 
désigner  la  bande  qui  recouvre  le  bas  du  visage  de  Flamenca 
et  que  plus  baut,  comme  on  Ta  vu  v.  2424,  il  appelle  nasii. 
Le  contexte  s*accommode  du  reste  beaucoup  mieux  de  cette 
signification  que  de  celle  que  M.  Meyer  suppose  ;  car 
Flamenca  n^avait  pas  besoin  de  s'aider  de  la  main  pour  baisser 
la  tête.  Un  sjnonjme  de  mus^  d'où  vient  musela  proprement 
ce  qui  enveloppe  le  mus  (muselière),  et  par  extension  le  mus 
lui-même,  est  mourrey  dont  nous  avons  en  limousin  le  dérivé 
mourreu  qui  a  exactement  la  signification  du  musel  de  notre 
texte.  On  appelle  ainsi,  par  exemple,  un  moucboir  plié  en 
forme  de  large  cravate  dont  on  s'entoure  en  partie  le  visage, 
lorsqu'on  j  souffre  d'un  mal  quelconque,  spécialement  du  mal 
de  dents  ou  du  mal  d'oreilles. 

2554.  n  faut  un  point,  ce  me  semble,  au  lieu  d'une  virgule 
après  ce  vers. 

2568.  «  de  si  don.  »  Corr.  sî  dons. 

2577.  «  per  quan  sim  costa.  »  Cela  ne  donne  pas  un  sens 


t  II  existe  à  Montpellier  un  rerbe  d*an  fréquent  usage  signifiant  as- 
perger, arroser,  mais  qu'on  n'applique  pas,  ou  qu'on  n'applique  plus,  à 
Taspersion  de  l'eau  bénite.  C'est  issala  (de  exsalareÇ^),  comme  «>//•  de 
exire).  Pourrait-on  trouver  là  un  appui  à  l'hypothèse  de  fiai  =  «  cm 
bénite  >  à  lui  seul?  On  n'ignore  pas  que  la  langue  de  l'Église  a  fourni  à 
celle  du  peuple  nombre  d'expressions  métaphoriques,  souvent  employées 
d'une  façon  peu  respectueuse  de  ses  cérémonies  et  de  ses  mystères. 


20  UNE  NOUVELLE  EDITION 

satisfaisant.  Xécrirais  quansm  et  corrigerais  gosta.  Gustar 
s^emploie  encore  ainsi,  en  catalan,  comme  en  castillan,  dans  la 
signification  de  agréer,  plaire.  Cheville  pour  cheville,  celle-ci 
est  plus  acceptable  que  l'autre.  La  confusion  de  c  et  de  ^  est 
constante  dans  le  ms. 

2579.  «  Seiner,  oilo.  »  Ecrire  oi  lo,  en  deux  mots,  puisqu^on 
écrit  de  même  o  el  (v.  7061).  C'est  la  réponse  à  la  question  du 
vers  2575  :  Ha  i  comtier^  où  le  pronom  neutre  sujet  n'est  pas 
exprimé,  selon  Thabitude,  tandis  qu'il  Test  dans  la  réponse. 
Cf.  ci-dessus  1024,  et  plus  loin  6187. 

2728.  Virgule,  au  lieu  d'un  point,  après  ce  vers. 

2761-68. 

Per  son  part  lo  cors  el  cor  laissa, 
Car  cel  non  vol  ben  segre  [en]  laissa, 
E[l]  cors  pensa  que  Testeisses, 
Sel  forsava  que  s'en  mogues 
Entro  que  lo  n'aia  gitat 
Cil  on  ha  tan  lonc  tems  musat; 
Mas  cant  ha  conogut  e  vist 
Q'us  autre  ha  cel  hoa  conquist... 

Ce  passage  est,  ainsi  écrit,  à  peu  près  incompréhensible. 
Il  faut,  au  premier  vers,  lire  l'aissa  et  mettre  un  point  après  ; 
au  second,  supprimer  en  et  corriger  S6$'r^[/];  au  troisième,  au 
lieu  de  corriger  e[C],  substituer  car  à  cors;?L\i  cinquième,  écrire 
/o  s'aia,  d'après  lems.  ;  au  sixième,  mettre  un  point,  et  au 
huitième  corriger  celhos  en  celheis. 

2793.  ((  festa  rica  en  als.  »  La  correction  proposée  en  note 
est  inutile.  Lire  ena&  poxxr  anals  =  fête  solennelle  (annuelle.) 
Vojez  Sauvages  festonaouy  et  les  autres  lexicographes. 
*  2805.  a  E  preguet  li  :  a  Sius  plas,  merce  lo.  On  lit  de  nou- 
veau  5tu5  plas  au  vers  suivant. Voyez  la  note.  Corr.  n  E  preguet 
li  suau  :  «  Merce  »  ? 

2831.  «  non  sai  coraus  m*i  voirai  ».  Il  faut  écrire  mi  évi- 
demment, et  non  m't  [quando  vos  mihi  videbo.)  Que  signifierait 
quando  vos  me  ibi  videbo?  Dans  la  première  édition,  M.  Meyer 
n'avait  pas  fait  cette  faute. 

2843.  La  correction  proposée  en  note  {Ni  anc  nire  mais  )  ne 
saurait  être  acceptée;  car,  à  quoi  serviraient  les  deux  ni?  Du 
reste,  le  texte  ne  parait  pas  en  exiger. 


DU   «  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  21 

3013 -4.  «  Et  autre  mal  an  qualques  orafs]  :  abora[s].  » 
Corrections  fâcheuses.  Us  qui  termine  qualques  n'est  pas  la 
flexion  du  pluriel,  car  c'est  à  quai  qu'elle  devrait  s'attacher. 
C'est  sans  doute  l'orthographe  du  français  moderne  qui  a 
induit  M.  Mejer  en  cette  erreur. 

3035.  «  Quan  ».  Pourquoi  corriger  quar^  mot  qui  est  plus 
loin  dans  la  même  phrase?  Quan^  ici,  signifie  puisque* 

3054-5.  «  Per  so  nom  meravil  eu  ges  Si  Guiliems  era  fort 
laisatz  ».  M.  Mejer  propose  en  note  la  correction  lassatz^  et 
non  sans  motif,  le  verbe  laisar,  s'il  faut  lui  laisser  sa  signifi- 
cation propre  et,  à  ce  qu'il  paraît,  constante,  de  souiller,  ne 
pouvant  en  effet  convenir  ici.  Mais  le  même  verbe  se  trouve 
déjà  au  V.  1831,  où  il  présente  la  même  difficulté  d'interpré- 
tation, et  là,  il  n'est  pas  possible  de  lui  substituer  lassar.  Il 
faudrait  donc  admettre  pour  ce  verbe,  à  côté  de  la  signification 
ordinaire  de  souiller,  celle  de  rendre  malade^  faire  du  mal. 

3070.  «  Vel  vos  si  bel  e  clar  ».  Ms.  ci.  Pourquoi  cette  cor- 
rection, puisque  ci  est  justement  la  forme  qui  convient?  Vous 
le  voici.  Cf.  272  où  l'éditeur  s'est  mieux  gardé  de  cette  faute, 
car  il  a  lui-même  corrigé  en  veci  la  leçon  (vesi)  du  ms. 

3072.  «  Ben  pogra  heure.  »  Corr.  Be  i  ? 

3102.  «  Mais  [sol]  nom  cominal  avion.  »  J'aimerais  mieux 
Mais  [quel. 

3108.  Il  n*j  avait  pas,  ce  me  semble,  lieu  d'hésiter  à  intro- 
duire dans  le  texte  la  correction  proposée  en  note,  sauf  à 
écrire  se  la  don  Hntret,  et  non  si  la^  qui  n'expl  iquerait  pas  aussi 
bien  la  bévue  du  copiste. 

3110.  «  Venc  [E]n  Archimbautz,  fera  guida  ».  J'aimerais 
mieux  :  «  Venc  N' Archimbautz,  trop  fera  guida  ». 

3124-25  «  Baissai  musel  tan  que  gausir  Poe  ben  Guiliems 
tota  la  boca.  »  Voir  la  note  sur  le  v.  2521,  où  j'ai  déjà  fait 
remarquer  que  musel  est  non  le  museau^  mais  ce  qui  le 
recouvre.  Comment  Guillaume,  qui  regardait  à  ce  moment 
Flamenca  par  son  pertuis,  aurait- il  pu  voir  (car  ganzir  ici  est 
certainement  pour  causir,  comme  ailleurs  agabar  pour  aca- 
bar^  esgolas  pour  escolas,  etc.),  comment,  dis-je,  aurait-il  pu 
voir  la  bouche  de  Flamenca,  si  celle-ci  avait,  sans  la  décou- 
vrir, simplement  baissé  la  tête  ? 


ii  DNB  NODTELLE  ÈUITION 

3195.  «  Mas  so  ea  d'AmoF  sa  dreitura.  >  Corr.  natura.  Cf. 
le  vers  suivant  et  le  y.  3193. 

3332.  «  quel  seras  boq  fâchas.  »  La  correction  proposés  eo 
note  eat  à  rejeter.  Sera  est  masoulin,  comme  j'ai  en  occasioa 
il;  a  déjà  longtemps  de  le  faire  remarquer,  en  rendant  compte 
ici-même  d'une  autre  publication  de  M.  Uejer.  Voy,  Heoue 
XIV  (1878),  p.  117. 

3312.  H  An[B]  s'en  recrusa  e  pejura.  »  Dans  sa  première 
édition  M.  Mo^er  avait  laissé  sans  correction  la  leçon  du  ms. 
{Am  en  r.),  et  il  aurait  dû  la  conserver.  Recnaar,  que  par 
parenthèse  Ra;aoaard  explique  mal,  n'a  nul  besoin  du  pro- 
nom réfléchi.  Sa  signification  est  évidemment  oelle  du  latin 
recrudetcere, 

3414,  «Nulla  ren  d'aiso  c'ar  mi  pes  •>.  Il  serait  plus  correct 
d'écrire  car,  sans  apostrophe  :  «quem  sia  bes...  car  mi  pas 
nulla  ren  d'aiso  ». 

ifôdl.  H  E  car  seran  milvea  baiaat  ».  Corr.  can  [quatHum)  ? 
Ou  com7 

3606.  Virgule  après  p/as. 

3618.  u  E  fes  lor  del  plorar  giquir.  ■  Le  ms.  porte  los^  qui 
vaut  mieux,  et  que  l'éditeur  n'a  pas  mis  en  note. 

3619.  «  Oimais  ploras  1  »  Corr.  Si  maf$  et  remplacer  par 
une  virgule  le  point  d'exclamation? 

3640.  Il  Mais  que  non  a  fagra  fag  en  très,  u  C'eat  la  leçon, 
évidemment  corrompue,  du  ms.  M.  Meyer  a  corrigé  que  non 
agra.  Mais  l'idée  de  ici  doit  6tre  eiprimée  :  «  U  aura  en  deux 
ans  plus  appris  qu'il  n'aurait  fait  ici  en  trois,  n  La  leçon  du  ms. 
suggère  naturellement  la.  Corr. çue  nonia'gra  fag?  One  con- 
traction pareille  me  paraît  devoir  être  admise  au  v.  6480 
{be'nlaulor,a.\i  lieu  de  ben enlaalur  du  ms.),  et  peut-être  encore 
au  V,  6978  (yui's,  pouryui  rs). 

3G81.  a  quam  oobrî.  n  Corr.  cobra,  Cobri,  de  coàrîr,  no  peut 
être  une  forme  de  subjouctif,  et  ce  mode  est  ici  indispen- 
sable. 
3705.  a  E  pot  11  ben  ara  gabar.»  Lire  ar'agabar,  pour  acabar, 
de  (umpa  l'avance  ;  il  peut  bien  maintenaut 
Il  Cf.  V.  78:21:  <i  Quant  pauc  enanson  et 
suivant  devrait,  peut-être,  dtrd    corrigt!  : 
clerc  ordenar.  » 


LE   «  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  2  ) 

3873.  0  que  li  faza.  »  Corr.  si?  Cf.  vv.  4311,  4313,  7352. 

3899.  ((  quan  tal  ».  Ms.  qu  'aital^  leçon  qu'il  n*j  avait  pas 
lieu  de  rejeter,  et  qui  n'^est  pas  relevée  dans  les  notes. 

3928.  «  neisa  pas  donar.  »  Corr.  nei[s]  {ni eîs)  sa?  ou  sim- 
plement n'eisa  ?  nets  pas  [/t]  donar  serait  encore  plus  satis* 
faisant. 

3965.  «  Ë  fes  parer  los  salms  i  via.  »  Corr  [ç]uis? 

3997.  a  Lo  cors.  »  Ms.  le  que  les  notes  ne  mentionnent  pas, 
et  qu'il  faut  rétablir. 

4001.  Suppr.  hancei  rétablir  mala.  Le  féminin  est  habituel, 
sinon  de  règle,  dans  les  formules  de  ce  genre. 

4038.  a  ad  home  ».  Corr.  a  domna  ? 

401 1 .  «  Non  sai  qui  donc,  Amors,  quet  val  ?  »  Je  crois  qu'il 
faut  mettre  un  point  et  un  tiret  après  qui,  et  supprimer  les 
deux  virgules  suivantes  ;  qui  serait  ensuite  avantageusement 
corrigé  en  quai^  comme  Téditeur  le  propose. 

40 46.  «  beu  la  m'eu  eis.  »  J'écrirais  plutôt  beu  lam  eu  eis. 

4078.  «  suflfris  si.  »  Corr.  suffiH.  C'est  un  prétérit. 

4134.  a  gra[n]8  ».  Pourquoi  cette  correction  ?  n  II  n'est  pas 
malade,  mais  beau  et  gras»,  c'est-à-dire  bien  portant. 

4135.  «  Nos  es.  »  Ms.  Non^  que  le  secs  exige  et  qu'il  faut 
rétablir.  Peut-  être  est-ce  une  faute  d'impression,  car  il  n'j 
a  pas  de  note  sur  ce  vers. 

4178.  ((  Sa  vines,  ma  douza  piuzella.  »  Formule  encore 
usitée,  surtout  en  Gascogne  {sabietz^  au  singulier  sàbi,  avec 
déplacement  de  l'accent).  M.  Meyer  corrige  inutilement  sa 
en  sa[i\.  Au  contraire,  aux  vv.  892,  3516,  il  conserve  sa. 
Son  édition  est  pleine  de  pareilles  inconséquences. 

4190.  Je  mettrais  un  ?  à  la  un  du  vers.  La  phrase  a  tout  à 
fait  la  tournure  interrogative. 

4219.  (f  Aici  es  vers.  »  Corr.  plutôt  aissi  que  aisso  proposé 
en  note. 

4233.  «  Ans  [nos]  coven.  »  Ans  ne  convient  guère  ici.  Corr. 
simplement  i4  n[o\s, 

4257.  a  lo  destreiuna.  »  11  faut  une  rime  en  ina.  Corr.  lom 
destina,  dont  le  contexte  s'accommoderait  assez  bien*  ? 


*  Cf.  pourtant  vv.  5973-4,  où  ansina  {=zenienha)  rime  avec  fina^  et  v. 
1136,  eslrinz  =:estreinz.  Faudrait-il  admettre  la  légitimité  de  pareille» 


24  UNE  NOUVELLE  ÉDITION 

4277.  a  que  no.  »  Corr.  t7  no? 

4293.  «  Qu'om  nol  pusca.  »  Corr.  non. 

4304.  «  E[l]  dis.  »  Le  manuscrit  porte  bien  El. 

4325.  a  si  poc.  »  Corr.  5t  moc  et  modifier  la  ponctuation 
en  conséquence. 

43Ô4.  «  Nom  pert  una  ».  Corr.  Non  {no  en)  =  il  n'en  pert 
pas  une. 

4392-5.  Les  pronoms  vos  et  nos  sont  confondus  dans  ces 
quatre  vers.  Voici  comme  il  me  semble  qu'il  faut  les  lire  : 

Parlât  vos  ha  una  vegada 
Amors  ;  hoimais  es  sobre  vos 
De  respondre,  quar  davan  nos 
Vos  a  tomada  la  pilota 
Aicil  que  ben  garda  e  nota 
Et  entent  so  ques  hom  li  dis. 

11  faut  après  ce  dernier  vers  un  point  ou  du  moins  un  point 
et  virgule. 

4425.  «en  tota  ren.»  La  rime  exige  la  correction  en  totas  res. 

4436.  Ponctuation  à  modifier.  Il  faut  mettre  une  simple 
virgule  après  diSj  et  supprimer  la  majuscule  à  ben^  le  membre 
de  phrase  qui  commence  ici  continuant,  après  Tincise  [lui  dit 
tamour)^  le  propos  du  vers  précédent. 

4449.  «  Gran  angoissa  e  grans  martires.  »  Ms.  Grans  an- 
goissas. Il  fallait  garder  grans. 

4474.  «Voles  o  vos  domna?»  Corr.  doncas^  et  mettre  un 
tiret  au  commencement  du  vers.  C'est  une  question  de  Fla- 
menca, comme  le  montre  la  réponse  qui  suit. 

4527.  «envejos».  Ms.  enujos,  qu'il  n'y  a  aucun  motif  de 
changer  en  envejos^  à  côté  degi/os  qui  précède  immédiatement. 

4571.  «  qu'ieil  diga  ».  Corr.  qu'ieul  (=  que  ieu  lo).  1!  ny  a 
pas  place  ici  pour  le  datif. 

4575.  Mettre  un  tiret  devant  ce  vers.  C'est  Alis  qui  parle. 

4582.  «  De  malesa  coma  sas  pelz.»  Corr.  tomUf  du  même  verbe 
que  le  français  tumer:  secouer,  jeter  de  côté  et  d'autre.  C'est 
aussi  le  sens  que  conjecture  M.  Mejer.  Mais  il  propose  une 

formes,  et,  par  suite  corriger  destrina  au  v.  4257  ?  M.  Meyer  ne  l'a  pas 
cru,  car,  au  v.  5973,  il  a  corrigé  aisina. 


DU   «  ROMAN  DE  FLAMENCA  >  25 

correction  beaucoup   plus   éloignée  du  texte.  Le   catalan  a 
conservé  cette  acception  à  tombar,  autre  forme  du  même  mot. 

4589.  a  non  [a]  pausa  ni  âna.  »  Je  corrigerais  plutôt  non  [si] 
pansa. 

4640-1.  Il  n'j  a  point  ici  de  lacune  :  il  faut  seulement 
mettre  un  point  après  le  premier  de  ces  deux  vers,  et  un 
point  d^interrogatioA  après  le  second.  Guillaume  s'interrompt 
ici,  au  milieu  de  son  monologue,  pour  se  réfuter  lui-même, 
et  il  constate  par  sa  propre  expérience  que  ce  n^est  pas 
la  pitié,  mais  Tamour  qui  donne  son  prix  à  n  merci» . 

4653.  «  E  per  tôt  ben.»  Corr.  E  de  tôt  ben?  Cf.  vv.  2896 
et  6277. 

4722.  Virgule  après  disses  ;  ses^  qui  suit,  et  que  M.  Meyer 
propose  de  changer  en  queSf  est  la  conjonction  se{  =  si }, 
accrue  de  Vs  euphonique,  comme  déjà  ci-dessus,  v.  274.  Cf 
aussi  5136.  Il  n*^  a  pas  lieu  à  correction;  il  faut  seulement 
écrire  Qu'o. 

4724.  c<  Celar  lan  dei  a  mon  semblan.  »  Il  faut  une  virgule 
après  dei^  et  une  autre  virgule  seulement  après  semblan:  la 
de  lan  se  rapporte  à  lauzenga  du  vers  suivant,  à  la  ûri  duquel 
il  faut  un  point  et  virgule. 

4727.  Virgule  après  mentava. 

4728.  tt  lam  mandava  ».  Corr    lom. 

4736.  a  Ben  son  maïstre  de  Tobrar  ».  Ms.  siei,  qu'il  fallait 
conserver:  siu  est  ici  la  3*  pers.  plur.  de  l'imparfait,  que  le 
contexte  ne  repousse  nullement;  au  contraire. 

4741.  «Tal  colp  que  fassa  gap  ni  b[r]uis».  Il  n'y  avait  pas  de 
correction  à  faire.  Buis  reparaît  au  v.  7211  où  l'éditeur  le 
laisse  sans  changement.  Le  même  mot  est  dans  Sancta  Agnes 
v.  864,  sous  la  forme  buh,  que  M.  Bartsch,  commettant  la 
oiêuie  erreur  que  M.  Meyer,  a  corrigé  bruh. 

4740.  «Qu'anc  i  toques  ».  Le  sujet  manque.  Corr.  Quom? 

4760.  «  Que  d'als  pens'  e  non  fai  parvent.  »  Corr.  penses? 

4787.  «  le  cor  ».  Il  faudrait  lo,  le  substantif  étant  régime, 
et  c'est  en  eflfet  ce  que  porte  le  ras. 

4811 .  (t  aibida.  »  La  leçon  du  ms.  cabida  (=  pourvue),  non 
indiquée  en  note,  et  qu'il  faut  rétablir,  est  bien  préférable. 
La  première  édition  donne  cubida. 

4826.  d  Ans  es  vizis.  »  Ms.  utizis,  La  correction  est  peu 


?6  DNE  NOUVELLE  EDITION 

satisfaisante.  Il  faudrait  un  participe  ou  toute  autre  épithète. 
La  l'*  édition  offrait  aunitz^  très  acceptable  pour  le  sens,  mais 
trop  éloigné  de  la  leçon  du  ms.  Gorr.  vilzis  {vt'lzùz^  avili). 

4851.  Remplacer  le  point  à  la  fin  du  vers  par  une  virgule. 

4873.  a  Le  jous  de  Roasos  a  tersa.  n  Ms.  Lo  dijous.  Il  fal- 
lait évidemment  conserver  /o,  le  substantif  n'étant  pas  au 
nominatif  ;  et  il  n^était  peut-être  pas  indispensable  de  rejeter 
dijous,  car  Roasos  devait  pouvoir  être  dès  lors,  ad  libitum,  disjl- 
labique,  comme  il  Test  devenu,  par  exemple  en  Limousin,  où 
Ton  dit  las  rasons^  oa  devenu  diphtongue,  comme  je  suppose 
qu'il  ait  pu  l'être  ici  déjà*,  s'y  étant  réduit  à  a. 

4875.  «  Non  vol  per  ren  sa  pas  ad  esme.  »  Je  crois  que 
vol  est  vult  et  non  volvit^  comme  le  suppose  M.  Mejer.  Et 
comme  il  faut  une  rime  en  err7ie,je  corrigerais  s'aderme,  sub- 
jonctif prés,  du  verbe  adermar^  qui  signifie  «  laisser  en  fri- 
che »,  métaphoriquement  «  négliger  »  ;  sa  pas  serait  non  pour 
sa  pQz,  qu'on  lit  déjà  au  v.  précédent,  mais  pour  sa  pars.  Le 
sens  serait  en  gros  :  «  Il  ne  veut  pas  manquer  son  rôle.  »  Cf. 
vv.  4514,  6076. 

4992.  Point  d'interrog.à  la  fin  de  ce  vers,  et  un  autre  après 
le  V.  4995. 

4998.  «  Quar  si  ».  Corr.  Qu'aissi? 

5021 .  «  mas  geins.  »  Corr.  ma[l]s  geins. 

t024.  «  respondet.  »  Corr.  respondetz, 

5046.  Mettre  deux  points  (ou  un  seul?)  à  la  fin  du  vers. 

5067.  a  ni  tot[a]  la  re  qu'aves.  »  Le  ms.  porte  ques  aves. 
Corr.  donc  plutôt /o//'^[/]reytie«ave5;  d'autant  plus  que  Iota 
la  re  étonne  tant  soit  peu. 

5068.  «  S'avias  neis. ...»  Le  vers  est  incomplet  et  M.  Meyer 
propose,  pour  le  parfaire,  l'hémistiche  toi  quart  feses.  Mais  i^ 
faut  une  rime  en  è  ouvei  t.  La  correction  d'un  lecteur  du  XV*  s., 
indiquée  en  note,  peut  mettre  sur  une  voie  meilleure:  «  dos 
tans  0  d^tz  »,  au  lieu  de  1res,  qui  a  le  même  défaut  que  feses, 

5086.  «  Car  plus  no  i  gitar[i]al  pe  ».  Pourquoi  cette  correc- 
tion? giiara^  ici,  =  citera,  et  c'est  justement  le  conditionnel 


'  Il  faut  pourtant  remarquer  qu  a  un  autre  endroit  du  poème  (v.  1445) 
où  ce  mot  figure,  il  reste  trisyllabique. 


DU  «ROMAN   DE  FLAMENCA»  27 

passé  qui  convient.  Pour  d^aaires  formes  pareilles  (en  ara 
an  lien  de  era),  cf.  3695,  7478. 

5122.  «  Que  poguesson  »  Corr.  Quo  {Co^  Com)l 

5147.  «  posca  trobar.  »  Corr.  pose  [s]  (posca  se). 

5164*5.  Je  mettrais  une  virgule  après  le  premier  de  ces 
deux  vers  et  supprimerais  le  point  à  la  fin  du  second.  La  con- 
jonction que  est  sous-entendue  devant  celui  qui  suit. 

5217.  «  Pren  li,  car  s'el  eis  non  lui  pren  ».  Ecrire  ri(=lo  i) 
et  de  même  au  v.  5230,  et  corriger /ut,  où  M.  Mejer,  par  je 
ne  sais  quelle  distraction,  semble  vouloir  trouver  un  équi- 
valent de  lo\  en  loi  {lo  i). 

5265  6.  0  Pero  sens  es...  Zo  que  sens  vol.  »  Corr.  qu'Amors 
vol. 

5279.  a  Je  soupçonne  ici  une  lacune  d*au  moins  quatre 
vers,  le  premier  terminé  par  les  mots  pren  fij  que  Flamenca 
à  ce  moment  devrait  prononcer. 

5284.  a  laboca  el  morsoh  »  Je  n*ai  vu  morsol  nulle  part  ail- 
leurs ;  mais  ce  ne  peut  être  la  bouche,  comme  il  est  dit  au 
vocabulaire  ;  il  faut  probablement  entendre  par  ce  mot  le  bas 
du  visage.  La  signification  propre  parait  être  mâchoire  (de 
mors). 

5321.  a  A  pessat  venc  com  pogues  far.  »  Corr.  Apessatz^ 
€  11  avait  pensé  à  moi  avant  de  venir;  ce  n'est  pas  ici  et  su- 
bitement {desopte)  que  l'idée  lui  est  venue  de  me  secourir,  o 

5352-3.  a  Malaventura  Deus  li  don  Qui  mais  vos  amara 
qa^eu  sian.  Passage  des  plus  difficiles.  M.  Mejer  propose, 
avec  doute,  de  corriger  vos  en  nos  et  qu^eu  en  quen^  qui  serait 


'  Voy.  le  yocalalaire,  sous  Imù  II  n'est  pas  moins  surprenant  de  voir 
le  savant  éditeur  écrire,  dans  le  Tocabulaire  également,  en  tète  de  Tarti- 
cle  Li  :  •  Li,  forme  abrégée  de  lui  »,  car  il  peut  moins  que  personne 
ignorer  que  H  n'est  autre  chose  que  le  latin  illi.  Se  serait-il  fait  en  ce 
moment  sous  sa  plume  une  confusion  entre  ce  Zt,  datif,  et  un  autre  Zt, 
qui  est  en  effet  une  forme  abrégée,  ou  mieux  contractée,  mais  à  peu 
pr^s  exclusivement  française  celle-là,  non  pas  de  lui^  mais  de  /iet,  et 
qui  n'est  que  féminine?  Dans  ce  même  article,  renvoyant  aux  deux  ii 
visés  dans  la  note  ci-dessus,  M.  Meyer  écrit  :  c  Dans  pren  li^  il  faut 
peut-être  écrire  Vi.  »  Il  n'y  a  lieu  ici  à  aucun  «peut-être  ».  Suppose-t-il 
donc  qu'on  ait  jamais  pu  dire  pren  li  (ce  qui  serait  encore  plus  extraor- 
dinaire que  pren  lut),  au  lieu  de  pren  lOy  en  parlant  de  n'importe  quoi? 


28  UNE  NOUVELLE  EDITION 

pour  quinh.  Je  propose  à  mon  tour,  sans  prétendre  avoir 
mieux  trouvé,  la  correction  suivante  pour  le  second  vers,  en 
mettant  une  vigule  à  la  fin  du  précédent  :  «  Qui  mais  vos  am, 
cora  qu'en  (ou  que?)  sia?  »  G'est-à-dire  :  «  Malheur  à  qui  vous 
aimerait,  n'importe  quand  !  »  Flamenca  désigne  par  vos  les 
chevaliers  des  terres  de  son  père  et  de  son  mari  (cf.  v.  5335, 
5339)  dont  elle  vient  de  se  plaindre  amèrement. 

5407.  a  Deves  tôt  la  re  consentir.  »  Ce  vers,  tel  qu'on  le  lit 
ici,  ne  signifie  rien,  à  moins  de  supposer  que  Tautour  parlait 
une  langue  barbare.  Je  ne  propose  pas  de  corriger  /'a[/Jre, 
comme  je  Tai  fait  pour  le  vers  5067,  parce  que  je  pense  que, 
malgré  l'apparente  identité  des  mots,  le  cas  n'est  pas  le  même. 
Je  crois  qu'il  faut  simplement  lire  tare  {li  are)  où  are  (en  un 
seul  mot  ou  en  deux)  est  la  locution  encore  fort  usitée,  surtout 
dans  le  composé  adere,  qui  signifie  «  successivement,  sans 
cesse  ».  Le  sens  est  donc:  a  Vous  devez  consentir  à  tout  ce 
qu'il  va  désormais  vous  demander.  » 

5423.  «  Honors  e  jois,  precs  e  jovens  ».  Corr.  prêts  (preiz). 
Rien  de  plus  commun  dans  le  ms.  que  la  confusion  du  t  et  du 
c.  Ainsi  au  v.  249,  au  lieu  de  tel  on  j  lit  cel^  ce  qui  n'est  pas 
indiqué  en  note. 

5424.  «Domnei  ».  Corr.  Domnets. 

5425.  Supprimer  le  point  à  la  fin  du  vers. 
5437.  «  prendes.  «  Corr.  prencl[r]es, 

5453.  La  correction  proposée  en  note  paraît  inacceptable, 
car  comment  Guillem  pourrait-il  être  du  conseil  dont  il 
s'agit?  C'est  de  l'Amour,  naturellement  désigné  par  le  féminin 
aquil,  qu'il  est  question,  assas  us  du  vers  précédent  est  obscur, 
et  rien  au  vocabulaire  n'indique  comment  l'éditeur  l'entend. 
Une  correction  paraît  s'imposer  ;  mais  laquelle  ? 

5482.  «  Pos  luec  no[n]3  fug  quel  jorn  vos  diga  a.  Il  faudrait 
une  virgule  à  la  fin  du  vers  précédent,  et  une  autre  après /V/^. 
Mais  pourquoi  corriger  nous  {no  nos)  plutôt  que  nous  {no  vos)  ? 
Cette  phrase  d'ailleurs,  qu'on  lise  nons  ou  nous^  ne  satisfait 
point  pleinement.  On  attendrait  quelque  chose  comme  :  Puis- 
qu'il vous  a  dit  le  lieu,  qu'il  vous  dise  le  jour  :  Pos  luec  vos 
dis^ 

5488.  «  0  demanda  ».  Répétition  de  la  rime  précédente. 
Corr.  comanda  ? 


nu   «  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  Î9 

5497.  a  lo  coven.  n  Gorr.  coven[c]^  il  fallut.  Seul  exemple 
(arec  celui  du  v.  2224  ?  voj.  ma  note)  de  ce  pronom  neutre 
sujet,  en  dehors  de  la  locution  oilo.  Il  aurait  dû  être  relevé  au 
Tocabulaire. 

5499.  a  jorn  breu  e  gent.  »  Cette  réponse  de  Guillem  pa- 
raît longue,  dans  la  circonstance,  outre  que  e  gent  j  a  Tair 
d'un  pur  remplissage.  Ne  faudrait-il  pas  écrire  :  «que  «jorn 
breu»,  e  gent  Pueis  8*ostet...  d  (et  s*éloigna  ensuite  genti* 
ment)  ? 

5501.  Remplacer  le  point,  à  la  fin  du  vers,  par  une  virgule. 
Faute  d*impression  évidente. 

5513-14.  o  Car  noi  a  mas  deman  el  mieg,  Quant  al  respon- 
dre,  mis  respieg.  »  M.  Mejer  interprète  el  mieg  «  au  milieu 
du  jour.  »  A  tort,  ce  me  semble.  La  phrase  est  embarrassée 
et  assez  mal  construite  ;  mais  le  sens  paraît  clair  :  «  Car  il  n'y 
a,  pour  répondre,  mis  répit,  dans  Tintervalle,  que  demain.  » 
Cet  emploi  du  participe  mis,  avec  un  sujet  neutre,  paraît,  à  la 
vérité,  un  peu  singulier;  mais  c'est  parce  qu'il  n'est  pas  habi- 
tuel; remplacez-le,  je  suppose,  par  accordé^  et  la  phrase  ne 
choquera  pas.  Cf.  le  vers  6822  qui  offre,  avec  une  meilleure 
tournure,  une  phrase  construite  grammaticalement  de  la 
même  manière. 

5518.  Mettre  une  virgule  à  la  fin  du  vers. 
5527.  ((  Mais  ara  ven  tota  la  forsa.  n  II  faut,  ce  me  sem* 
ble,  écrire  ar  aven  =  maintenant  convient.  Cf.   v.  1345  : 
Caven  del  gilos  a  suffrir  :  v.  5G35  :   mais  pas  vei  qua  suffrir 
m' ave.  Ne  faudrait- il  pas  aussi  corriger  ma  forsa  ? 

5545.  «  L'un'os  de  ser,  autra  de  fueill.  »  Corr.  de  fer?  Ce 
qui  reviendrait  à  dire  :  «  L'une  est  pesante,  l'autre  est  légère.  » 

5563.  a  lom  dis  Amors.  »  Corr.  som.  Le  copiste  confond 
souvent  les  deux  lettres  s  et  /. 

5600.  tt  E  si  passa  .xxi.  an  o.  Corr.  passo  ;  avec  passa  il 
faudrait  corriger  ans  et  au  vers  précédent  at/ans. 

5613.  «  Pos  er  mescabada  per  jor.i.  »  Cette  locution  per 
jom^  traduite  au  vocabulaire  par  ua  jour,  paraît  signifier 
plutôt  ;0Mr  à  jour,  chaque  Jour. 

5617.  Ici  s'interrompt  le  monologue  de  Flamenca,  qui  le 
reprend  seulement  au  v.  5622.  Il  faut  donc  mettre  des  guille- 


30  UNE  NOUVELLE  EDITION 

mets  à  la  fin  de  5617  et  supprimer  ceux  qui  précèdent  les 
quatre  vers  suivants. 

5621.  ((  Als  oils  si  pren,  teunamen  plora.  »  «  Elle  est  prise 
par  les  jeux  »,  dit  Téditeur.  Il  faut  traduire  :  «  Elle  s'en  prend 
à  ses  jeux  »,  jolie  expression  encore  en  usage,  pour  dire  : 
Toute  sa  ressource,  tonte  sa  consolation  est  de  pleurer. 

5632.  «  Neis  ».  Corr.  nés  ou  nis  [ne  ou  ni  -|-  Vs  euphonique). 
Cf.  nfz  3348. 

5637.  «  Con  » .  Lis.  C  on, 

5642.  ((  Vos  sera  cambra  et  ostal  ».  La  rime  et  la  grammaire 
exigent  ostals.  C'est  d'ailleurs  la  leçon  du  ms. 

56 16.  La  correction  proposée  en  note  pour  ce  vers  doit 
s'appliquer  plutôt  au  précédent.  Peut  être  j  a-t-il  une  faute 
d'impression. 

5668.  ((  El  'obrils  oilz  ».  o6n\  ici,  est  au  présent,  et  non  pas 
au  prétérit,  comme  il  est  dit  au  vocabulaire. 

5673.  ad'aque8t[a]  ».Corr.  plutôt  (Taquesi  [mal], 

5683-85.  «  Quel  iuna  es  a  recontorn....  E  il  sera  del  tôt 
fermada.  »  S'agit-il  bien  du  dernier  quartier  de  la  lune,  comme 
il  est  dit  au  vocabulaire  ?  Je  penserais  plutôt  au  premier  quar- 
tier, quand  la  lune  se  recontourne,  commence  à  reprendre  sa 
forme  ronde,  et  alors  il  faudrait  peut-être  corriger /b/*m(7(/a  au 
V.  5085.  Cf.  d'ailleurs  les  vv.  3259  60:  «  El  Iuna  sera  deman 
nona,  E  bainar  m'ai  en  ora  bona.  »  Or  le  neuvième  jour  de 
la  lune,  donné  là  comme  favorable  à  qui  veut  prendre  un  bain, 
correspond  précisément  au  premier  quartier. 

5739.  Mettre  une  virgule  après  ausent  el, 

5780.  0  cabeissa  ».  Ce  ne  peut  pas  être  un  capuchon,  comme 
le  suppose  M.  Mejer.  Le  contexte  l'indique  assez.  Ce  mot, 
encore  usité,  s'applique  aux  tiges  herbacées  de  certaines 
plantes  :  en  limousin  la  chabesso  d'une  rave,  d'une  carotte, 
d'une  pomme  de  terre.  En  catalan  cabessa  désigne  au  contraire 
les  racines  des  plantes  bulbeuses,  ou  du  moins  les  bulbes  de 
ces  racines. 

5790.  n  Car  tôt  égal  i  conoissia  Alcun  pertus  com  far  so- 
lia.  »  Alcun  pertus  ne  parait  pouvoir  être  qu'une  incise,  à 
mettre  entre  deux  virgules,  et  qui  exige  une  correction.  On 
pourrait  proposer,  en  supprimant /Vir:  [Ses]  negun  pertus, 

5820.  «  affars  ».  Cjrr.  affans? 


DU   «  BOMÂN   DE   FLAMENCA»  31 

5827.  c  on  si  tan  ».  Correction  peu  satisfaisante  :  s^atain, 
leçon  da  ms.,  mais  que  la  rime  repousse,  convient  ici  on  ne 
peut  mieux.  Je  soupçonne  une  lacune  de  deux  vers. 

5842.  a  Tan  bes  [tain]  b.  Pourquoi  pas  /au,  puisque  les 
autres  Terbes  (esM,  semblet)  sont  au  parfait  ? 

5036-7.  «  De  nuUa  ren  mais  non  s^esmaia  Mas  que  lo  puesca 
pron  servir  ]>.  lo  est  une  correction  de  Téditeur»  qui  a  eu  ici  la 
main  malbeureuse.  Le  ms,  porte  no/,  qu*il  faut  rétablir,  c  Fla- 
menca n'a  d'autre  crainte  que  de  ne  pouvoir  assez  le  servir.  » 

6007-9 

Amdui  si  ploron  coralmen 
E  Taiga  que  del  cor  deissen 
MescloD  ensems  e  pueis  la  bevon. 

Voilà  un  de  ces  traits  qu'on  regrettait  que  M.  Mejer  eût 
omis  autrefois  dans  sa  traduction.  Notre  auteur  qui  savait, 
comme  tant  d'autres  passages  en  témoignent,  son  Ovide  par 
cœur,  pensait  peut-être,  en  écrivant  ces  vers,  à  celui-ci  de 
tàrt  daimer  ;I1,  326)  : 

Et  sicco  lacrimas  combibat  ore  tnas. 

6064 .  a  enn  aut.  »  Pourquoi  ne  pas  lire  en  naut,  puisque  naut 
est  une  forme  connue  ? 

6074.  c<  Oimais  ren  [alsj  pron  nol  tenra.  »  Corr.  plutôt  0 
j[à\Tnais  ren  pron  nol  tetira.  Voici,  dans  le  ms.,  la  disposition 
des  premières  lettres  :  0  imais,  ce  qui  suggère  immédiatement 
la  correction  que  je  propose. 

6125.  «  Ans  dorm  adeso.  Ce  verbe  dorm  est  contradictoire 
au  contexte,  car  Flamenca  ne  dort  pas  ;  elle  s'agite  dans 
son  lit.  Corr.  tom'  odes. 

6162.  a  D*aisso  qu'an  digac  trop  granjuec  ».  Ms.  dig  {cor* 
rigé  de  dif,  non  de  dis,  comme  il  est  dit  en  note)  an^  ce  qui 
suggère  la  correction  dig  fa^  préférable  d'ailleurs  à  celle  de 
rédition. 

6187.  «  per  Dieu,  oilo.  »  Éorire  oi  h.  Cf.  2579. 

6238.  Manque  ici  un  vers  dont  l'éditeur  propose  en  note 
une  restitution  qui  ne  convient  pas  grammaticalement  au 
contrxtc.  Suppléez  j:îutôt  :  E  que  ja  tant  non  li  fara. 


52  UNE  NOUVELLE  EDITION 

6243.  a  E  ppega  Dieu  qui  ja  la  cre  ».  Corr.  E  perga  Dieu. 
Cf.  V.  1032. 

6248.  ((  por  ».  Faute  d'impression.  Lis.  pot. 

6257.  «  0  per  amie  d'ams  eumioal  ».  amic^  correetion  de 
Téditeur,  forme  avec  le  vers  suivant  un  pur  pléonasme,  car 
il  est  clair  que  Tami  commun  de  deux  personnes  ne  veut  mal 
à  aucune  d'elles.  Pourquoi  ne  pas  accepter  la  leçon  du  ms., 
en  corrigeant  toutefois,  comme  Ta  fait  Téditeur  an  enam5,  et 
lire  0  per  autr  'ad  ams  ?  Le  sens  serait  :  <  ou  par  toute  autre 
personne  de  leur  société  ». 

6264.  «  Qu'en  ren  so  tenga.  »  Lire  s'o  tenga, 

6277.  «  Parer  de  son  amie  nol  quilla.  »  Doit  rimer  en  eilla. 
Il  faut  donc  une  correction.  Celle  qui  est  indiquée  en  note, 
de  Taveu  même  de  Téditeur,  est  inacceptable.  Je  pense  que 
nol  cueilla  peut  convenir.  Il  y  a  d'autres  exemples  de  l'emploi 
du  simple  coillir  pour  le  composé  acoiliir.  Ou  pourrait  aussi 
penser  à,  vueilla.  Quant  à  cette  construction  avec  Tablatif 
d'une  part  et  l'accusatif  de  l'autre,  elle  est  bien  connue. 

6300-1.  Corr.  plutôt  $i[m]  podia^  Per  si  far  aucire,  guérir. 
Avec  la  correction  de  l'éditeur,  il  faudrait  au  moins  si[s]  podia. 

6340.  «  Sis  pieu  per  lui,  un  autre  clerc.  »  11  faut  une  virgule 
après />/eti.  Cette  expression  sis  pleune  parait  signifier  rien  de 
plus,  ici,  que  s'il  lui  plaît  *.  Cf.  N'  At  de  Mons: 

Mas  de  failhir  se  plevon  tant  (les  rois) 
Que  blasme  toi  al  laus  son  cors. 

Raimbaut  d'Orange: 

Qu'a  far  Ter,  sis  pieu,  per  me. 

Voir  aussi  Revue^  X,  312,  où  l'on  cherche  à  établir  l'iden- 
tité de  pleure  et  de  plevir^  contestée  par  M.  Meyer. 

6345.  a  So  qu'il  manda  ».  Corr.  qu[eyi=  que  H.  Cf.  6530. 
tV  ne  pourrait  pas  d'ailleurs  se  rapporter  à  un  nom  masculin. 

6369-70.  «  c'om  moguty  agues...  mogut  s'en  es.»  M.  Meyer 
propose  la   correction  anat  pour  le  second  vers.  J'aimerais 


'  C'est  ainsi  que  le  traduit  M.  Meyer  daas  sa  première  édition,  mais 
en  renvoyant  à  un  passage  où  pieu  a  sa  signification  ordinaire. 


DU  ROMAN    «  DE  FLAMENCA  »  83 

mieux  eissùz.  On  pourrait  aussi  penser  à  mudat  pour  le  pre- 
mier, et  le  second  resterait  tel  qu*il  est. 

6380.  a  Que  nuilla  re.  »  Lire  Qu^e  nuilla  re. 

6424.  a  Mant*  angoi88[a]  ».  Répétition  du  vers  précédent. 
M.  Mejer  propose  manta  dolor.  J^aimerais  mieux  E  man 
irebail. 

6436.  «  ques'entramesson.  »  Ne  vaudrait-il  pas  mieux  écrire 
avec  apostrophe  s*entramesson  ? 

6439.  a  Mais  tan  vos  plaz  faitz  voslre  albir  ».  Les  mots  sou- 
lignés sont  une  correction;  il  en  faut  une;  mais  celle-ci  ne 
convient  guère.  Le  contexte  suggère  plus  naturellement  lo$ 
venir^  à  savoir  les  deux  écujcrs  que  Guillaume  a  demandé  à 
Flamenca  la  permission  de  lui  présenter. 

6479.  «  ferai.  »  Corr.  foraL 

6480.  0  lo  pogr'om  ben  taular  ».  Corr.  pogron  et  écrire 
be'ntaular. 

6503-4.  (c  volon...  dolon.  »  Corr.  voillon,,.  doillon.  Le  sub- 
jonctif est  ici  de  rigueur. 

6506-7.  a  Soven  envidon  e  revidon  Lo  jorn  la  mostra  e  la 
presaB.  Ms./ors,  qui  pouvait  rester.  Loj'ors  est  ici  considéré 
comme  un  adverbe  et  muni  en  conséquence  de  Vs  adverbiale. 
Ce  cas  est  fréquent.  Autres  exemples  dans  Flamenca  même  : 
guad"  ans  (v.  3492),  de  nugz,  (v.  6280),  quada  sers  (v.  7131). 

6589.  «  simples  et  purs.  »  Corr.  bios,  pour  rimer  avec  saboros, 

6592.  il  Si  totz  tems  i  dévia  entendre  ».  Entendre  termine 
aussi  le  vers  précédent.  Corr.  atendre  (s'appliquer).  Cf.  les 
vers  3114  et  3179. 

6598.  «  Non  s'asauton  d'aitals  esgolas.  n  II  est  surprenant 
que  M.  Mejer  n*ait  pas  reconnu  ici  le  mot  escolasy  averti 
comme  il  Tétait,  par  lui-môme  S  de  réchange  fréquent  dans 
le  ms.  des  lettres  c  et  g.  Il  le  traduit  par  bagatelles,  ce  qui  est 
d'ailleurs  un  sens  approchant. 

6600.  a  Le  joi  d'amor.  d  Corr.  Lo.  C'est  un  régime. 

6614.  «L'us  en  Tautre».  Corr.  Z^'un.  Mettre  une  virgule  à 
la  fln  du  vers  suivant. 

6617-18.  «  On  lur  désir  los  fai  venir,  Baisar,  abrassar  e 
tenir.  »  Suivent  immédiatement  deux  autres  rimes  en  tV,  ce 

1  Voyez  la  préface  de  la  première  édition,  page  xxzii. 


34  UNE  NOUVELLE  EDITION 

qui  fait  supposer  une  lacune  entre  les  deux  paires  de  rimes, 
ou  une  altération  du  texte.  On  pourrait  proposer,  dans  cette 
dernière  hypothèse,  de  remplacer  venir  par  parer  et  tenir  par 
tener^  qui  serait  d'ailleurs  plus  régulier. 

6078.  «mi  agues  »  {habuistis).  Pourquoi  corriger  accès 
{habuissetis)  ?  Ni  le  sens  ni  la  rime  ne  l'exigent. 

6795.  «  tutz  im.  »  Il  faut  tut,  et  c*est  en  effet  la  leçon  du  ms. 

6730.  «  Car  non  ac  talen  ques  mogues.  »  Ce  devrait  être 
justement  le  contraire.  Aussi  une  correction  s'impose-t-elle  : 
lezer  est  celle  qui  se  présente  le  plus  naturellement. 

6759.  aforan.»  Ms.  foron^  qu'on  pouvait  conserver.  Cf.  v. 
6724.  où  tolgron,  forme  assurée  par  la  rime,  est  aussi  un 
second  conditionnel. 

6842.  «  A[l]  revenir  mot  lonc  tems  poina  ».  Pourquoi  cette 
correction  ?  Revenir  ici  n'est  pas  pris  substantivement  ;  il  est 
employé  dans  sa  fonction  verbale  ordinaire,  a  Quiliaume 
tarde  beaucoup  à  se  remettre.»  Car  il  ne  faut  pas  perdre  de 
vue  que  poinar^  ici,  signifie  tarder^  acception  déjà  notée  au 
V.  79.  Cf.  iocha,  même  sens,  au  v.  3944,  comme  le  remarque 
l'éditeur. 

6852.  «  Ja es[t]  vos.  t  Pourquoi  cette  correction,  puisque 
es  =  etz  est  plus  régulier  ?  Cf.  2839,  où  ce  même  es  n'en  souf- 
frirait d'autre  que  etz,  étant  en  rime  avec  enqueres  (...e/z). 

6864.  a  Tan  co[m]plitz.  d  La  correction  aibitZy  proposée  en 
note,  car  il  en  faut  une,  ne  convient  pas  ici.  Corr.  offlitz^ 
part,  passé  de  afflire. 

6872.  «  non  colon  ».  Ne  chôment  pas.  C'est  aussi  le  même 
verbe  et  le  même  sens  qu'on  a  aux  vers  620  et  5940 ,  pour 
lesquels  j'avais  autrefois  proposé,  à  tort,  les  corrections  tolc 
et  toi.  Ici  la  même  erreur  n*était  pas  possible,  et  je  trouve,  dans 
mes  notes,  à  Tappui  de  cette  acception,  dans  son  sens  mé- 
taphorique, cet  exemple  tout  à  fait  probant , 

Tiriaca,  jes  vostre  pretz  non  col 

De  meillurar,  c*uoi  valetz  mais  que  hier. 

(Â.  de  Peguilain,  Gedichte  de  Mahn,  344,6.) 

6880.  «  E  d'els  acnillir.  »  Ecrire  deh  {de  los)  acuillir. 
6905-6.  ((  ella[s]..  domna[s]..  donzella[s]..  »  On  ne  voit  pas 
l'utilité  de   ces  corrections.  Le  vers  6908  d'ailleurs  les  con- 


DU   «  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  35 

damne.  Aa  y.  6005,  vau  du  ms.  a  été  corrigé  van.  Pourquoi» 
puisque  vau  est  une  forme  connue  et  que  M.  Meyer  en  admet 
ailleurs  de  pareilles,  p.  ex.  728-8  estarau  :  venrau^  1761  et 
4315  âtin,  1151  trobarau? 

6959-60.  a  fe  que  dei  vos...  s*el  es  daus  vos.  »  Corr.  nos  au 
second  vers?  Il  est  naturel  que  le  beau -père  d'Archambaut 
dise  ici  denotre^  aussi  bien  que  de  votre  calé, 

6970.  Mettre  une  virgule  aprèd  ce  vers,  et  un  point  et  vir- 
gule après  le  suivant. 

6978.  «  Ë  qui  [sj'alegri  ni  gau  senta.  »  Le  ms.  porte  alegrn. 

Ne  vaudrait-il  pas  mieux  conserver  cet  adjectif  et  lire  «  E 

qufs  {=  qui  es)  alegra  ni  gausenta  »  ?  Cf.  ci- dessus,  note  sur 
le  V.  3640. 

7012.  «  Non  7  ajudava  .n.  botos.  »  C'est  la  leçon  du  ms. 
Le  vers  étant  trop  long  d'une  syllabe,  M.  M.  a  corrigé  No. 
Il  vaut  mieux  conserver  Non  et  corriger  ajuda,  le  présent 
convenant  ici  beaucoup  mieux  que  l'imparfait. 

7015-16.  0  fer  j  tant  gent  Que  cavalliers  pren  e  reten.  n 
Leçon  du  ms.  qui  appelle  une  correction,  la  rime  étant  fausse. 
Mais  il  vaudrait  mieux  corriger  gent  en  ben  qu'intervertir 
Tordre  des  deux  derniers  mots  du  second  vers,  comme  l'a  fait 
réditeur^  car  de  sa  correction,  outre  qu'elle  renverse  l'ordre 
logique  des  termes,  il  résulte  une  série  de  quatre  rimes  en 
ent,  ce  qui  est  choquant  et  serait  dans  tout  le  poème  un 
cas  presque  unique. 

7024.  «  ab  lo  dous  avrei.  »  Ce  mot  est  traduit  par  avril  au 
vocabulaire,  ce  qui  est  inacceptable,  puisqu'il  rime  à  tornei. 
Lire  simplement  aurei.  Cela  d'ailleurs  revient  au  même  pour 
le  sens.  Cf.  A.  deMareuil;  ab  b  dous  aurei  Quem  reoea  lo 
coraissi.  Il  s'agit  de  la  brise  printanière. 

7026.  0  Que  a  son  tornej[amen]  fos.  »  J'aimerais  mieux, 
pour  rendre  au  vers  les  deux  syllabes  qui  lui  manquent,  sup- 
pléer el  si, 

7065.  Virgule  après  ce  vers. 

7067.  a  qu'el  ».  Lire  quel  {que  lo). , 

7075.  «Flamenca  dis:  ccE  disl  bel  seiner».  Corr.  Flanmca 
rit  e  dis:  fi  Bel  seiner. 

7106.  i  lo[s]  »  Le  ms.  porte  bien  los. 

7143-7144.  «  sentis  :  esgauzisu.  Corr.  sentisca:  esgauzisca 


3  6  UNE  NOUVELLE  EDITION 

on  simplement  sentissa:  esgauzissa.  Pour  ces  dernières  for- 
mes, cf.  plus  loin  vv.  7549-50. 

7154.  Ms.  quieil.  C'est  ce  que  la  note  devait  iudiquer;  mais 
on  j  a  oublié  le  premier  t.  Faute  dUmpression. 

7163.  ttsi  so  sap.»  Lires'o. 

7204.  «  Pobies  alberga  tôt  entorn.  »  Lire  Poble  s'alberga. 
Cf.  Y.  7263.  Mais  on  voudrait  Tarticle.  Corr.  le  poble  alberga» 
(=  alberga  se)?  Poble ^  que  M.  Mejer  n*a  pas  relevé  au 
vocabulaire,  signifie  ici  ville^  bourg.  Acception  conservée 
en  catalan  et  en  gascon.  Cf.  castillan  pue&fo. 

7255.  ((  Fes  hom  [un]  gran  escadafals.»  Mettre  une  virgule, 
au  lieu  d'un  point  à  la  fin  du  vers,  et  corriger  us  gratis.  Cf. 
V.  7276. 

7265.  «  Car  be  i  a[c]  cavallier[8]  tal  mil  ».  Ms.  tais.  On  ne 
s'explique  pas  le  rejet  de  Vs  dans  ce  dernier  mot,  lorsqu'elle 
est  justement  rétablie  dans  le  précédent. 

7321.  ((  So  dis  le  rei.  »  Il  faudrait  reù,  mais  la  rime  s'y 
oppose.  Faute  surprenante  chez  un  auteur  aussi  correct.  On 
ne  voit  pas  de  correction  possible,  et  le  contexte  ne  laisse 
pas  soupçonner  de  lacune. 

7331.  aper  lurvesD.L'édit.  propose  de  corriger  p^ /eir  0/7$. 
Pourquoi  ne  pas  entendre  à  leur  tour  ?  L'emploi  de  per  ici 
serait-il  si  extraordinaire  ? 

7337-8.  0  E  dis  suau  antre  sas  dens  :  Sempre  pesca  qui  una 
pren.  »  Rimes  fausses.  Corr.  si  una  prens?  pesca,  naturelle- 
ment, serait  un  impératif. 

7404.  Corr.  Qu'om  toi  lo  près  del  mon  li  dona. 

7434-5.  «  Lur  ueilz  e  lur  booas  revenon  D*aitan  con  podon, 
e  lur  nas.  1)  On  ne  voit  pas  bien  le  rôle  du  nez  dans  cette 
galante  conversation.  Corr.  mas  (les  mains).  L'auteur  a  déjà 
dit  plusieurs  fois  qu'elles  ne  restaient  pas  inactives,  et  il  le 
répétera  plus  loin. 

7440.  «  E  cant  Guillems...))  Corr.  Abtant,  en  mettant  un 
point  à  la  fln  du  vers  précédent? 

7497.  Sur  aiz  et  son  origine  (voj.  le  vocabulaire),  il  me 
sera  permis  de  renvoyer  aussi  à  la  Revue  des  langues  romanes, 
XVI,  378,  et  au  glossaire  de  Deux  mss.  provençaux^  p.  181. 

7514.  a  ben  deu  ».  Le  contexte  exige  dei  {debeo)^  et  c'est  en 


DU   «  ROMAN   DE  FLAMENCA  »  37 

effet  la  leçon  du  ms.,  deu  j  ayant  été  corrigé  en  dei,  par 
Texponctoation  do  second  jambage  de  Vu. 

7548.  «  dueilla  ».  Corr.  tueilla. 

7530.  a  Comleva  i'us  ».  Corr.  Can  (quan)7 

7551.  <f  [so]  n.  Lire  plutôt  s*o. 

7582.  a  tenti  ».  Corr.  vesti  ? 

7614.  «  Que  danqoec  ».  C'est  la  leçon  du  ms.  Corr.  qu'ad 
unquee^  comme  le  veut  le  contexte,  et  non  que  unquec^  comme 
a  fait  réditear. 

7629-30.  Les  signes  de  ponctuation  (:  et ,)  ont  été  transpo- 
sés à  la  Un  de  ces  deux  vers.  Faute  dMmpression  évidente. 

7635.  a  que  so  prenda  ».  Lire  s'o. 

7642.  11  semble  qu'il  jait  une  lacune  après  ce  vers.  Pour 
quoi  n*est-il  question  que  d'un  couple,  quand  il  y  en  avait 
deux?  Pourquoi  très  au  v.  7643? 

7647.  «  a  leur  guisa  ».  Corr.  lur.  Faute  d'impression. 

7648-9.  J'avais  pu  lire  moi-même,  sans  réactif,  la  seconde 
moitié  et  même  un  peu  plus  de  chacun  de  ces  deux  vers, 
qu*Qn  lecteur  trop  scrupuleux  avait  grattés,  et  qui  étaient 
restés  en  blanc  dans  la  première  édition  ;  savoir  : 

bllsaus'ni  camisa 
de  lur  benenansa  * 

Pour  le  reste  j'avais  fait  les  mêmes  conjectures  ou  à  peu 
près  que  M.  Mejer. 

Ques  anc  ni... 
Non  tolc  ren... 

7655.  a  consi  l'acueilla.  »  Corr.  consii[$]  a. 

7680.  i  Aissi  cos  fes  ».  Lire  coffés  et  écrire  co  fes  ?  Le  pro- 
nom réfléchi  ne  convient  guère  ici. 

7687-8.  «  Maritz  que  son  despendre  cuja  Que  mullier  ad 
aaiic  estuja.  »  La  correction  proposée  en  note  serait  loin 
d'améliorer  le  texte.  Il  faut  simplement  mettre  les  deux  ver- 
bes au  subjonctif  {cuje:  estuje).  Le  sens  est  :  «  bien  fou  est  le 
mari  qui  pourrait  croire  qu'il  dépend  de  lui  de  cacher  '  une 

<  M.  M.  a  lu  blisaut.  —  *  M.  M.  a  lu  benanansa, 
3  Proprement  c  mettre  dans  un  étui,  serrer,  renfermer  t. 


38  UNE  NOUVELLE  EDITION 

femme  à  son  amant.  »  Pour  cette  construction  et  cet  emploi 
substantivé  de  Tinfinitif,  cf.  vv.  1731,  3655,  4712. 

7705.  ((baïto.  Il  existe  en  Saintonge  et  en  Poitou  un  verbe 
basi^  qui  signifie  disparaître^  mourir.  Aurions-nous  ici  le  même 
verbe?  Ou  faut  il  corriger  6/aî^qui  serait  pour  blasii {flétri)  ? 
Voir  Mistral  sous  blesi^  et  aussi  Rajnouard,  blezir  et  blahir, 
7802.  a  ab  blatons.  >  Corr.  ab  latons.  C*est  évidemment  un 
diminutif  de  lata,  baguette  longue  et  plate.  Le  copiste  aura  ici 
redoublé  le  b  comme  il  fait  ailleurs  Ts,  17,  etc.  —  Sesmar^  qui 
suit,  n*exige  aucune  correction.  Ce  verbe  signifie  disposer, 
arranger^  et  le  contexte  n*en  demande  pas  plus. 

7818.  «la  meillers  [r]-)S.  »  Ms.  le.  Il  fallait  donc  plutôt  cor- 
riger lt\  forme  qui  est  de  beaucoup  la  plus  fréquente  pour  le 
nominatif  singulier  féminin. 

7840.  «  De  son  joven<i  ni  [de]  sos  vieils.  »  Ce  vers,  tel  que 
le  donne  le  ms.,  est  inadmissible  à  tous  égards.  Je  ne  sais 
comment  l'éditeur  Tentend.  Je  crois,  quant  à  moi,  qu*il  faut 
corriger  :  a  De  nos  jovens  ni  de  ocs  vieils  ^  ;  c*est-à  dire  : 
((  des  non  de  la  jeunesse  ni  des  oui  de  la  vieillesse  »,  ce  qui 
s'accorde  on  ne  peut  mieux  avec  ce  qui  précède,  et  spéciale- 
ment avec  les  vers  7837  et  7838. 

Je  remarquerai  à  cette  occasion  que  notre  auteur,  qui  se 
plaît  aux  jeux  de  mots  (voir  entre  autres  les  passages  où  il 
joue  si  curieusement  svlv  sol  et  solalZy  vv.  4592-6  et  sur  mti^ 
et  mot  (4675  et  suiv.),  ne  doit  pas  avoir  employé  sans  inten- 
tion de  ce  genre  Tépithète  noada  (v.  7829)  et  le  substantif  noz 
du  V.  7832. 

7849.  Mettre  un  point  à  la  fin  du  vers.  Autrement  il  fau* 
drait  corriger  au  vers  suivant,  consi  nos  penses, 
7855.  a  de  corre  que. . .  »  Lire  de  corr'  e  que. . . 
7863.  «  com  hom  vesa.  »  Corr.  que  hom? 
7886.  <c  Turton.  »Le  ms.  a  turcon,  qu'il  faudrait  corriger 
trucon^  mot  qui  convient  fort  bien  ici.  Rajnouard  n*a  que  le 
substantif  correspondant,  truc.  Mais  voj.  Mistral. 

7896.  «  De  cal  guisa  Tobras  menet,  »  Lire  lo  bras.  Guil- 
laume montra  la  force  de  son  bras. 
7941-42.  «  deslivre:  livre  ».  Lire  desliure:  Hure. 
7968.  Lacune.  Mais  c'est  plutôt  avant  le  vers  7967  qu'il 
fallait  la  marquer,  car  ce  dernier  se  lie  parfaitement  avec 


DU  <r  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  39 

celui  qui  le  suH  dans  le  ms.,  à  condition  de  traduire  poino  par 
$^ efforcent^  en  rapportant  cette  forme  à  poinar.  M.  Meyer  au 
contraire  la  rattache  à  poiner  {pungere), 

7986.  «  Que  non  vougues  totz  los  arsos.  »  Faut- il  corriger 
voiges  de  votar?  Ou  rapporter  cette  forme  à  volgere?  Cf.  Diez 
sous  voio  II  a.  Dans  tous  les  cas,  ou  ny  peut-être  que  diph- 
thongue.  On  ne  saurait  penser,  à  cette  date,  à  la  voyeUe  sim- 
ple que  le  pro7.  mod.,  comme  le  français  figure  par  ou^  et  que 
présentent  les  formes  actuelles  vouja,  bouja, 

8017.  a  D*aqui  on  s*es.  »  Écrire  ses  en  un  seul  mot  (sedet)» 
Cf.  v€s  (vi(iei\  aus  {audit),  etc. 

8041.  c  On  estavan  bon  feridor  ».  La  syntaxe  réclame  ici 
Timparfait  du  subjonctif,  et  le  contexte  un  adjectif  de  quantité 
de  vant  bon  (es/esson /an  ^on?).  Mais  la  mesure  du  vers  ne  permet 
pas  cette  correction; /o55on  tan  conviendrait  très  bien.  Si  Tindi- 
catif  présent  pouvait  être  ici  admis  S  la  correction  n^exigerail 
que  rinsertion  d*un  /  âa,ns  Vestauan  du  ms.,  devenu  ainsi  estau 
[t]an.  On  pourrait  aussi  penser  à  estiu  tan.  On  aurait  bien  là 
un  subjonctif,  mais  ce  serait  toujours  le  présent. 

8065.  «Non  val  unas».  Non  pas,  ce  me  semble,  tin  as, 
comme  l'éditeur  le  suppose,  mais  tmas  (  trescas  ),  non  étant 
pour  no  en.  Ci.  v.  8062. 

8083-4.  (cSi  tu  me  plais,  ce  n'est  pas  tout  en  cbeveux  et  en 
joues»,  c.-à-d.  «ce  n*est  pas  seulement  par  tes  charmes 
extérieurs  »  Ainsi  me  paraît  devoir  être  interprété  ce  passage, 
Je  lirais^  bien  entendu^  si  nCazautas,  au  lieu  de  sit  m.  Ce  t 
sera  venu  spontanément  sous  la  plume  du  scribe,  qui  pensait 
à  tu,  et  qui  aura  oublié  de  Texponotuer. 

8089.  «  Troban  Jaufre  de  Laisina.  »  Troban  est  pour  troba 

en  (l'article  honorable),  ce  qu'il  eût  été  bon  d'indiquer,  car 

iln*y  a  pas  d'autre  exemple  dans  le  poème  de  la  contraction 

de  cet  article  avec  un  verbe. 

C.  C. 

P.  -S.  —  Le  présent  article  n'ayant  pu  paraître  dans  le 
numéro  de  Novembre-Décembre  de  la  Revue,  je  profite  de  ce 
retard  forcé  pour  joindre  aux  remarques  qui  précèdent  un 

>  Cf.  pourtant,  t.  4,  que  m'es,  où  l'on  attendrait  quem  sia. 


40  UNE  NOUVELLE  EDITION 

certain  nombre  (Inobservations  nouvelles,  faites  au  cours  d'une 
seconde  lecture. 

2456-7.  «  Mais  langui,  plais,  fol  desplazer  :  vezer.  »  La 
grammaire  voudrait  desplazers^  que  la  rime  repousse.  Corr. 
fel  d.  ?  ou  ac  desplazer^  ou  encore  del  desplazer^  en  suppri- 
mant la  virgule  après  plais  ? 

2478.  «  don*  avanz.  »  Apostrophe  inutile. 

2631.  ((  De  prohome  s'a  ver  lo  poc.  »  Corr.  s'amar  ? 

2655.  «entendet  s'i  ».  Lire  plutôt  si^  car  à  quoi  se  rapor- 
terait  i  ? 

3878.  «  Aqui  la  mes,  quar  ben  Tadesa.  o  Outre  la  significa- 
tion de  toucher^  seule  indiquée  au  vocabulaire  ,  le  verbe 
adesar  devait  avoir  celle  de  (c  serrer,  mettre  en  lieu  sûr  »,  et 
c'est  celle  qui  conviendrait  ici.  Ce  verbe  existe  aussi  eu 
catalan,  et  le  dictionnaire  de  Labernia  Tinterprète  par  «  posar 
alguna  cosa  en  lloch  segur.»  Je  soupçonne  dans  Domef^z  que 
du  vers  précédent  une  altération  d'une  leçon  meilleure,  que 
je  ne  sais  pas  retrouver. 

8991-2.  a  Et  e  menz  d'oral  camja  cor...  Lasl  con  no  mor.  n 
Le  ms.  a  cors  et  mors  que  je  voudrais  rétablir.  Guillaume, 
daus  le  second  de  ces  deux  vers,  s'adresse  à  lui-même,  et  na- 
turellement à  la  deuxième  personne,  ce  qu'il  fait  très  souvent. 
Cf.  p.  ex.,  un  peu  plus  bas,  vv.  4011  et  suiv.  La  forme  de  la 
première  personne  ne  serait  pas  d'ailleurs,  régulièrement, 
mory  mais  muer. 

4053-4.  ((  Quar  aissim  pren  bona  sabor  Lo  bon  saber  qu'om 
a  d'amor.  o  M.  Meyer  propose  de  corriger  Del  bon  saber,  La 
seule  correction  à  faire,  car  aissim  est  pour  aissin  {aissi  ne) 
et  non  pour  aissi  me,  est  de  donner  au  sujet  du  verbe  une 
forme  régulière,  en  écrivant  Le  bons  sabers. 

4066.  0  E  l'us  per  l'autre.  »  Corr.  tun.  Saborir  signifie,  ici 
du  moins,  non  pas  devenir^  mais  rendre  savoureux, 

4103.  «  Si  davaus  mi  donz  gauh  nom  ve.  »  Le  mot  gauh 
est  déjà  au  vers  précédent  et  reparaît  au  suivant.  Il  serait  ici 
avantageusement  remplacé  par  une  particule  (ges?  ) 

4106.  «  conort.  »  Il  faudrait  un  mot  exprimant  l'idée  con- 
traire. Cow,  dolors? 

4215-16.  «  gran  aventura  :  s'aventura.  »  Ecrire  plutôt  sa 
Ventura. 


DU  «  ROMAN  DE  FLAMENCA  »  4J_ 

4300.  <s  Si  merces  i  fai  captenensa.  »  Corr«  no  i  fat?  Cf. 
V.  5186. 

4549.  «  Qu[e]  ieu  non  vis  ».  La  correction  Qu'ieu  non  vis 
[mah]  serait  à  mon  avis  préférable. 

4763.  a  Lo  mot  e  met  en  cor  prion.  »  Corr.  el  met  en  c.  Le 
ms.  porte  El  mot  e  mot. 

4831.  0  E  cel  que  non  sap  ni  volria  ».  Leçon  du  ms.  L'édi- 
teur corrige  ni  en  molt.  Ce  n'est  pas  là  que  la  correction 
devrait  porter,  principalement  du  moins  ;  c'est  sur  non.  Lis. 
(t  E  cel  que  molt  sap  ne  volria.  o  Avec  la  correction  de  M.Mejer, 
ancar  du  vers  suivant  s'expliquerait  mal. 

4944.  «  es  so  abetz.  »  La  traduction  de  abetz  au  vocabulaire 
(tromperie,  fourberie)  ne  saurait  convenir  ici.  C'est  tout  au 
plus  a  ruse  »  ou  mieux  encore  «  raillerie  »  qu'il  faut  entendre  : 
c  Elle  se  moque  sans  doute  en  me  demandant  pour  qui  » 

5187.  «  E  vos  a  merce  connoissetz.  »  Corr.  cossentetz? 

5243  5.  cf  Ben  vai  l'affars  ;  Nuls  affars  non  fora  plus  cars 
Aora  d'aquest  estornut.»  Le  deuxième  a/fars  est  certainement 
une  répétion  fautive  ;  mais  la  correction  est  indiquée  par  le 
contexte  même.  Alis  vient  d'éternuer,  ce  qui  est  de  bon 
augure.  Corrigez  donc  agurs. 

5287-8.  Le  sens  paraît  être  que  Flamenca  fixa  ses  jeux 
sur  Guillaume  plus  longtemps  que  lui-même  ne  faisait  sur  elle. 
Corr.  en  conséquence  ou  Ques  el  leis,  ou  el  esgarda.  Au  vers 
suivant  il  suffit  d'écrire  hon  {on)  au  lieu  de  hom. 

5412.  ((  Cossi  pocses  far  quel  plagues.  »  Corr.  placses?  on 
pogues  et  quetis  ? 

5435.  Supprimer  le  point  à  la  fin  du  vers. 

5473.  a  Que  de  tal  guisa  [sia]  fait.  »  J'aimerais  mieux  [oata] 
fait. 

5536.  (i  E  negun  pensier.  »  Corr.  Per? 

5564.  «  Nos  feiron.  »  Corr.  /Vb  feiron. 

5567.  ((  Si[l]  toi  vergoina  ni  temensa.  »  On  ne  sait  à  qui 
rapporter  le  pronom  (/=  li)  suppléé  par  l'éditeur,  non  plus 
que  le  verbe  toi.  Corr.  a  Cel.  cutioi  vergoina  e  (ou  o)  temensa  »  ? 

5610*11.  «  Car  si  mescaba  una  ves,  En  autr'afar  pot  reve- 
nir. »  Afar  ne  paraît  guère  convenir  ici.  Le  ms.  offre  une 
autre  division  autra  far:  En  autra  pourrait  signifier  une 
autre  fois,  et  il  faudrait  chercher  une  correction   pour  far. 


4  2  UNE  NOUVELLE  EDITION 

Peut-être  sai:  «  Je  sais  bien  qu'elle  peut  uae  autre  fois  reve- 
nir de  son  erreur,  mais...  » 

5781.  ((  Quar  las  canas  foron  fumadas  ».  Cela  ne  signifie 
rien;  aussi  l'éditeur  propose-t-il  une  correction,  fermadas, 
qui  ne  paraît  guère  satisfaisante.  Je  crois  que  suilladas  con- 
viendraity  et  paléographiquement  et  pour  le  sens.  Cf.  v.  6713. 

5011.  «  Per  lur  sen  ni  per  lur  parlar.  »  C'est  la  leçon  du 
ms.  Comme  il  faut  une  rime  en  ér^  l'éditeur  corrige  saber.  Je 
crois  qne  parer  vaudrait  mieux. 

5997.  «  Non  la[8]  cuja.  »  Cette  addition  d'une  «  {=  sibi) 
paraît  ici  assez  inutile. 

6045.  ((  Quel  fronz.  un  pauc  si  remulliet.  »  Corr.  front  "1 

6159.  «  Cui  Alis  fai  papiejar.  »  M.  Meyer,  au  vocabulaire, 
voit  dans  ce  mot  le  même  verbe  que  l'ancien  français  papier 
qui  signifie  balbutier^  en  observant  avec  raison  que  ce  sens 
ne  convient  guère  ici.  11  y  a  dans  le  provençal  moderne  un 
autre  verbe  qui  conviendrait  au  contraire  on  ne  peut  mieux, 
et  dont  la  leçon  du  ms.  ne  s'éloigne  pas  beaucoup  ;  c'est  patejar^ 
moins  usité  que  aryoa^tf/ar,  signifiant  l'un  et  l'autre  a  piétiner, 
aller  et  venir,  tourner  surplace  ».C*est  le  dernier  qu'il  fau- 
drait ici  pour  la  mesure  du  vers.  Mais  on  pourrait  corriger 
Qu  'Alts  fai  [aissi]  patejar,  ce  qui  peut-être  vaudrait  mieux. 

6472.  (f  E  podon  las  ben  solassar.  »  Corr.  la  ou  lai. 

6507.  «  la  mostrae  la  presa.  »  a  Termes  de  jeu  »,  est- il  dit, 
simplement,  au  vocabulaire.  N'est-il  donc  pas  possible  d'in- 
terpréter ces  mots  d'une  façon  moins  vague  ?  11  me  semble 
que  la  mise  (ou  Vinvite)eile  gain  (l'acte  de  gagner)  pourraient 
les  traduire. 

6952.  ((  Al  tornei  sai  quel  veirem  doncs.  »  Voilà  déjà  le 
moderne  satque  =  probablement,  peut-être  ;  car  Archambaut 
n'a  à  cet  égard  aucune  certitude.  Cf.  les  vers  suivants.  — 
Voir  ci-dessus,  V.  1981,  la  note  sur  éen  sai,  aujourd'hui  bessai^ 
dont  saique  est  le  synonyme. 

7028.  fc  m 'i  métrai  ».  Lire  plutôt  mi. 

7307.  «  A  vostra  dona.  t  Corr.  nostra?  Cf.  v.  5708. 

7734.  ce  Quar  a  cel  portai.  »  Corr.  Ques  a.  Cf.  v.  7755-6. 

7912.  a  Don  vos  n'ires.  »  Corr.  donc?  Ou  faut-il  considérer 
don  comme  un  vocatif  pluriel  {domini)  ?  Le  vocabulaire  est  muet 
sur  ce  point. 


DU   ff  ROMAN   DE  FLAMENCA  »  43 

8000.  0  El  fer  son  tost  d*outra  passât,  n  Corr.  tôt? 

8015.  a  E  Testreap.  »  Corr.  Els  estreups.  Ou  vaudrait-il 
mieux  corriger  peitral  au  v.  8013?  Ces  formes  de  nominatif 
pluriel  s'expliqueraient  par  une  anacoluthe. 

8027.  «  Non  la  pogra.  »  pogt^n  du  ms.  est  il  vraiment  une 
faute,  comme  on  le  dit  en  note?  J*en  doute  pour  ma  part,car 
ce  mot  peut  très  bien  se  traduire  par  a  on  n'aurait  pu.  » 


QuMl  me  soit  permis,  en  terminant  ce  long  examen,  d'ex- 
primer le  vœu  que  M.  Paul  Mejer,  avant  de  mettre  sous 
presse  son  second  volume,  veuille  bien  revoir  le  texte  avec 
un  redoublement  d'attention,  et  s'efforcer  d'y  introduire  plus 
de  correction  et  de  clarté,  afin  que  sa  traduction  de  Flamenca 
paisse  ôtre  l'image  la  plus  nette  et  la  plus  fidèle  de  ce  déli- 
cieux poème.  Nul  mieux  que  lui,  je  l'ai  déjà  dit,  ne  peut  le 
faire;  et  j'oserai  ajouter  que  la  reconnaissance  lui  en  fait  un 
devoir.  C'est  sous  les  auspices  de  Flamenca  qu*il  fit  si  heu- 
reusement ses  premiers  pas,  dans  une  carrière  encore  peu 
fréquentée  et  mal  aplanie.  C'est  grâce  à  elle,  grâce  à  la 
séduction  de  ses  charmes,  qu'il  fut  partout  accueilli  d'emblée 
avec  faveur.  Et  puisque,  après  trente-cinq  ans,  il  conserve 
encore  à  Taimable  personne  qui  lui  valut  ses  premiers  succès 
toute  la  tendresse  d'autrefois,  il  lui  doit  bien  de  faire  tout  ce 
qui  est  possible  pour  rafraîchir  sa  parure  et  la  nettoyer  com- 
plètement des  taches  qu'une  main  maladroite  et  peu  soigneuse 
j  a  répandues. 

C.  Chabanbau. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 

{SuiU) 


165 

GAUCELMS  FAIDITZ 

(=  B.  Gr.  167, 14) 

1.  ChascuBhom  deu  conoisser 

[e  entendre 
Qe  richeza  ni  prez  ni  cor- 

[tezia 
Res  qe  sia.  nons  pot  de  mort 

[défendre 
Cal  iorn  com  nais  comensa  a 

[mûrir 
5    E  qi  mais  viu  plus  ponha  de 

[fenir 
Donc  ben  es  fouz  cel  qen  sa 

[vidas  fia 
Si  bes  pessa  de  prion  sa 

[folia 
Eh  nos  es  tos  los  gentil  cors 

[faliz 

Duna  valen  contessabiatris. 

II.  Donc  neguns  hom  nos  pot 

[per  dreih  contendre 

Oimais  mas  tan  con  deus  ten 

[en  bailia 
Non  puescha  om  sa  part  de 

[valor  tendre 
Desseignamen  ni  daut  cor 

[dont  dei  dir 
5    E  pos  dieus  se  de  mort  non 

[vole  garir 


Qi  totz  los  bes  del  mon  com- 

[plitz  auia 
Ja  non  fara  als  autres  se- 

[gnioria 
Qe  tuit  murrem  e  qi  mais  er 

[grazitz 
Ni  plus  ama  cest*  segle  miels 

[ner  trahitz. 

III.  Con  auzam  donc  aqesta  mort 

[atendre 
Canadobat  troban*  chascun 

[dia 
Qe  nostra  mort  podem  en 

[vida  rendre 
Car  dieus  qe  la  men  ^  lai  ser- 

[uir 
5    Ont  el  fo  mortz  per  nos  sal- 

[uar  garir 
Aqi  morir  e  qui    per    lui 

[morria 
Cobran  son  dreih  ca  perdut 

[en  suria 
Ab  gran  razon  venria  gen 

[gamitz 
Al  iutzamen  lai  on  er  ihesu 

[cristz. 

IV.  Qui  per  dieu  vai  lauer  el 

[cors  despendre 
De   paradis  1er  uberta   la 

[via 
E  qi  non  vai  deu  baissar  e 

[descendre 


»  /.  :  amal  —  >  ^  :  trobam  a  —  '  f .  :  d.  nos  ditz  qe  Tanem 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


45 


De  tôt  honor  car  tem  qe  dieu 

[lair 
5  Qi  rema  sa  ni  pot  anar  gar- 

[nitz 
Qeu  aai  daitals  cauers  ni  ma- 

[nentia 
E  diables  (p,  161)  e  pechatz 

[e  bauzia 
Za  retengntz  .c.  '  fais  auars 

[aunitz 
Guerriers  de  dieu  e  de  totz 

[bes  partitz. 
V.  Ben  se  cugen  en  las  terras 

[estendre 
E  sar'  conqis  mas  autramen 

[cug  sia 

Mas  dieus  lo  reis  sap  sar- 

[balesta  tendre 

E  tra  cairel  trencban  per  ben 

[ferir 
5  E  negus  om  al  colp  non  pot 

[gandir 
Gant  el  sirais  e  ue  com  nos 

[cbastia 
Mas  qil  dopta  ni  ves  lui  su* 

[melia 
Aqel  aura  chapdeu  saint  es- 

[peritz 
E  qi  non  fai  er  en  effern 

[puniz. 
VI.  A  totz  degra  de  dolor  lo  cors 

[fendre 
Del   dezeret   al    fil  sancta 

[maria 

Mas  cornai  lair  qi  ves*  los 

[autres  pendre 

Sesforsa  plus  del  mal  ses 

[repentir 
5  0^  mau  segle  don  dieus  nos 

[lais  issir 


A  saluamen  si  con  ops  nos 

[séria 
E  mon  tbesaur  qe  lais  en  lom- 

[bardia 
Don  dieus  salut  car  de  totz 

[nos  es  guitz 
E  dels  crozatz  los  cors  els 

[esperitz. 

166 

GAUCELMS  FAIDITZ 
(=  B.  Gr.  167,  54) 

I .  Si  tôt  nonqa  ses  grazitz 
Tan  can  sol  cbanz  ni  solatz 

[gais 
Non  er  queu  lauzens^  no 

[meslais 
Dun  vers  far  don  soi  enqe- 

[zitz 
5  Car  cel  qa  bon  escienza 
Deu  far  .  zoqapres  sagenza 
Non  deu  celar.  son  saber  ni 

[cubrir 
Lai  on  coue  a  mostrar  ni  a 

[dir 
Qen  totz  luecs  val  adrecha 

[captenenza. 

II.  E  non  taing  qestei  plus  mar- 

[ritz 
Ni  vir  mon  fin  cuer  en  biais 
Pero  truep  micbargei^grieu 

[fais 
La  bella  falsa  enjanairitz 
5  Qe  totz  fui  mortz  em  par- 

[uenza 
Mas  er  nai  trobat  garenza 
Tal  qi  ma  gen  desliurat  de 

[morir 


*  /.  :  Als  r.  com  —  ^  /.  :  far  —  •  /.;  M.  com  laire  qi  ve  —  ♦  c.  en  :  A.  — 
*  c.  en:  iauzens —  •  /. :  charget 


4C 


LE  CHANSONNIER  DE  BERXÂRT  AMOROS 


Qel  *  la  genser  qom  puescha 

[el  mon  chauzir 

Ez  il  rema  fazen  sa  pêne- 

[denza. 
III .  Don  fui  cortezamen  garitz 
Qenqer  nai  en  la  bochal  bais 
E  la  dolza  sabor  el  iai^ 
Con  fui  gen  baizan  acullitz 
5  Per  lei  cane  non  fei  faillenza 
E  pos  tan  gent  mo  comensa 
Ane  la  douzors  del  bais  nos 

[poc  partir 
De  ma  bocha  ia  nO  deu  m»is 

[faillir 
Ni  far  ni  dir  nulla  desaui- 

[nenza. 

IV.  Car*  anc  nestei  iorn  faiditz 
De  lei  veer  on  beutatz  nais 
Ni  qel  fols  cens  al  nO  satrais 
Ez  il  siA  perdoz  e  guilz 

5  Er  vauc  mon  gran  tort  ses 

[tenza 
Adrechurar  en  proenza 
E  si  anc  re  qe  fezes  agrazir 
Agui  de  lei  de  lui  a  ^  ses 

[faillir 
E  de  nagout  e  de  saconois- 

[senza. 

V.  (p.  Î62)  De  re  non  es  ora 

[tan  saziz 
Ni  on  tan  leus  iois  ni  es- 

[mais  ^ 
Ni  nO  porta  cm  tA  greus 

[eschais 
Con  damor  qi  ame  comquts 
5  Camors  a  poder  qe  venza 
E  qant  be  nai  souinenza 
Adont*  consir  qe  miels  mi 

[degra  aucir 


Qeu  anc  sofris  qe  mon  po. 

[gués  partir 
Can  vi  lamor.  e  la  gram  be- 

[volenza. 
VI.  Mes  vers  voirai  qe  sia  vitz. 

[auzitz  ^ 
Per  mon  beu  thesaur  par 

[clauaîs 
Qil  es  de  pretz  clardatz  e 

[rais 
Ez  an  ^  can  er.  de  lui  partitz 
5  An  rie  de  ioi  a  prezensa 
Dir  qen  sobeiras  dargenza 
E  ma  dona  ma  fag  de  lai 

[venir 
Car  si  per  eus  no  fos  a*  ses 

[faillir 
For  eu  lombartz  lie  cenh  e 

[de  valenza. 

167 

GAUCELMS  FAIDITZ 

(=B.Or.  167,^) 

I .  Lommtz  ^^  iauzens  sers 

[ "] 

Venc  mot  bel  lespers  ** 
Gen  eomplit  ^'  matendenza 

5  Mi  toma  en  plazers 
Ab  douza  souinenza 
Em  fai  chanzos  faire 
Don  mi  cuiaua  es  traire 
Car  ben  es  razos 

10  Qieu  chant  gais  e  ioios 
Pos  cil  cui  sui  amaire 
Qi  es  la  genzer  cane  fos 
Vol  me  e  mas  chanzos, 

II.  Qel  sieus  plazers  pros 


«  /.  :  Qes— «  /.  :  iais  —  »  Z.  :  E  car  —  W.  :  de  lai  lai  —  «  L  :  ni  esmais  V 
«c.  en:  Adonc—  U,  :  sia  a.  —  "  /.  :  E  tan  — « /.  ;er.  — »•  c.  en:LonraU 
—  "  /.  :  On  tant  bella  paruenza  —>«/.:  mos  bel  espers  —  »*  /.  :  complir 


LE  CHANSONNlEa  DE  BERNART  AMOROS 


47 


Francs  chauzitz  de  bonaire 
Francs  e  chars  e  bos 
Gentils  e  daut  afaire 
5  E  li  ^  oil  amoros 

QuQ  saub  toi  *  cor  atraire 
Assa  benvolenza 
Don  îo  plei  ^  ves  proenza 
Man  tan  aut  azers 
10  Qe  ries  soi  et  esders 
Sol  vostra  couinësa 
Sia  complitz  lezers 
Que  noi  failla  poders. 

III.  Car  adreh  sabers 

E  valens  conoissenza 
E  humils  parers 
E  precs  ab  gran  valësa 
5  Beutatz  genz  teners 
Son  en  lei  don  magensa 
En  son  gais  chantaire 
Per  sas  valons  retraire 
Eil  grazis  los  dos 
10  EU  plazers  saboros 
El  afan  queW  vi  traire 
Al  grieu  comnjat  doptos 
Ab  sospirs  engoissos. 

IV.  Per  soil  tara  ^  perdos 
Car  tarzei  pauc  ni  gaire 
De  tomar  coltos  * 

Ves  lai  dins  son  repaire 
5  Don  degenoillos 
Li  soi  leials  preiaire 
Qe  merces  lam  venza 
Em  perdo  la  faillenza 
Courars  ni  valers 
10  Ni  baizars.  ni  iazers 
No  te  sai  nî  bistenza 
Sol  noil  sia  temers 
Lafanz  nil  mais  poders* 


V.  Pero  sil  mouers 

Qeu  fau  per  penedenza 

Lai  on  dieus  lo  vers 

Près  veraia  naisenza 
5  Les  al  cor  dolers 

Noi  deu  auer  temenza 

Ca  totz  bos  veiaires 

Es  dieus  ^  bos  prez  lo  maiers  ^ 

Qi  sans  delechos 
10  Vai  al  rei  glorios 

Seruir  qi  es  vers  saluaire 

Car  el  cel  e  saios 

Len  ve  ries  gazardos. 
VI.  (p.  i6^)  Oimais  es  sazos 

Danar  am  dieu  lo  paire 

Qi  près  mort  per  nos 

Sia  chapdelaire 
5  Ez  als  compaignos 

Qi  son  nostre  cofraire 

Per  obedienza 

Aider  me  lor  crezenza 

Eus  cors  eus  auers 
10  Can  es  sieu  seruir  ders 

Telnha  en  sa  prezenza 

Eil  sià  douz  vezers 

Lafanz  el  mais  paders. 

168 

GAUCELMS  FAIDITZ 
(  =  B.  Gr.  243,  2*  ) 
1 .  De  leis  ^  cui  am  de  cor  e  de 


Domne  segnior  et  amie  vol- 

[rai  dir 
E  ma  chanzo  sil  platz.  qe 

[voilla  auzir 


«  /. :  Eil  —  »  /.  :  Qim  saub  lo  —  ^c,  en:  soplei  —  ♦  /. :  tain  —  ^c,  en: 
coitos  —  *Z.:  de  —  '  /.  :  maire. 

•  Vnijez  le  texte  donné  par  M,  Appel  dans  sa  Chr.  Prov.  p,  75  d'après 
la  thèse  de  M.  0.  Dammann  Breslau  1891,  p,  1  ss.  —  »  /.  :  Geleis 


4  8  LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 

Del  meno  r  tenz  ^  damor  son 


[gran  poder 
5  Perzo   car    nés  *    princeps 

[ducs  e  marqes 
Comtes  e  reis  e  lai  on  sa 

[cortz  es 
Non  sec  razon   mas   plana 

[volontatz 

Ni  ia  nul  temps   noi   sera 

[dreitz  vitjatz  ^, 

II.  Tant   es  sotils  com  nO  la 

[pot  vezer 
E  cor  tan  tost.  qe  res  noil 

[pot  fugir 
E  fer  tan  fort  qe  res  noil  pot 

[gandir 
Ab  dart  dacier  com  nos  pot 

[escremir  * 
don  fai  colp  de  plazer 
5  On  non   ten    pro    auzbes  ^ 

[fortz  ni  espes 
Si  lanza  dreg  e  pois  trai  de- 

[manes 
Sagetas   daur  ab  son   arc 

[estezat 
Pois  lanza  un  dart  de  plomp 

[gent  afilat. 
III.  Corona  daur  porta  per  son 

[deuer 
E  non   ve  ren  mas  lai  on 

vol  ferir 
No  fail  nul  temps  tan  gen 

[si  sap  aizir 

E  vola  leu  e  fai  si  molt  temer 

5  E  nais  desaur  ^  qe  ses  ab 

[ioi  enpres 
E   can  fai  mal  sembla  qe 

[sia  bes 


E  viu  de  gaug  e  defen  e 

[combat 
Mas  noi  gara    paratge  ni 

[rictat. 
IV.  E  son  balais  lai  on  se  vai 

[iazer 
A  .V.  portais  e  qil  dos  pot 

[ubrir 

Grieu  passais  très  man  ^  non 

[pot  leu  partir 

Mas  ab  gaug  uîu    cel   qei 

[pot  remaner 
5  E  pujai  hora  per  .1111.  gras 

[moût  les 
Mas  non  intra  vilas  ni  mais 

[après 
Gap  los  fais   son  el  barri 

[alberjat 
Qe  ten  del  mon  plus  de  luna 

[meitat. 
V.  For  al  peiro  on  ela  vei  •  se- 

[zer 
A  .1.  tauler  tal  con  sai  deve- 

[zir 
Qe  neguns  om  noi  saup  nul 

[ioc  legir 
Las  figuras  noi  trop  a  son 

[plazer 
5  E  zai  mil  poins  mas  gart  qe 

[noi  ades 
Om  malauzatz.  de  lah  iogar 

[mespres 
E  li  poin*  de  veire  trasgi- 


[tat 


E  quin  frain^®  un  part  son 

[iuec  e  mudat". 

VI.  (p.  164)  Ai  tant  con   mars 

[ni  tra  "  pot  tener 


>  l.  :  tertz  —  «  î.  :  vews  —  *  cen:  iutjatz  -  ♦  /.  :  Ab  d.  dacier  —  «  /.  : 
ausbers  — ^  •  c.  en:  desaut,  /.:  dasaut —  "^  /. :  mas  —  •  c.  en:  vai  —  ®  Z. : 
point  son  —  to  c,  en:  train  —  ^M.  :  ennuidat  —'•/.:  terra 


49 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Ni  soleils  par  si  fai  *  tôt 

[seruir 
Los  nos  fai  vinre  els  autres 

[fai  morir 
Los  uns  ten  bas  eb  autres 

[fai  valer 
5  Pois  estrai  leu  so  qe  gen  a 

[promes 
B  rai  nuda.  mas  can  dun 

[pauc  dorfres 
Qe  porta  seinh.  e  tuit  sa  pa- 

[tentat  ^ 
Naisson  de  fnec  de  qe  son 

[asemblat, 
VII.  Al  segon  reis  tam  '  franqeza 

[e  merces 
El  sobeiranz  es  de  tan  gran 

[rictat 
Qe  sobra  cels  essaia  son 

[régnât. 

169 

GAUCELMS  FAIDITZ 
(  =  B.  Gr.  167,  2  ) 

I.  Er  consir  e  plaing 

En  chantan  mon  dampnatge 

Dun  ici  qem  sofraing 

Per  mo  meteus  folatge 
5  Qen  pais  estrain 

Fui  ^  ne  no  vei  messatge 

De  leis  cui  soplei 

Don  eu  nom  recrei 

Cades  on  qeu  sei 
10  Laclin  ses  cor  volatge 

Se  tôt  non  la  vei. 
II.  Mi  donz  sui  aclinz 


Vas  on  qeu  vau  ni  vegna 
Eviers  lo  pais 
0  ill  estai  e  regnja 
5  Sola  ma  conqis 
La  bella  qi  nom  degna 
E  no  sai  per  qe 
Me  destreing  anc  se 
Qeu  lasegur  be 
10  Qe  ia  dautra  non  fegna 
Mas  il  la  uO  ore. 

III.  Moût  fes  bel  gazain 

Can  *  près  mon  homenatge 
Per  qeu  non  remain 
En  autrui  segnoratgo 
5  Ne  a  mi  nos  tain 
Qieu  seg  autre  viatge 
Ni  qieu  ia  desrei 
En  autrui  domnei 
Car  SOS  sers  mautrei 
10  Humils  ab  franc  coratge 

[ •] 

IV.  Amors  qe  farai 
Saissim  desasegura 
Qil  mauci  desmai 

E  de  me  non  a  cura 
5  Ai  gelos  sauai 
E  auolz  genz  tafura 
E  fais  lausengier 
Son  damor  guerrer 
Per  qa  ieu  qerir  ^ 
10  Qil  don  malauentura 

E  mal  encombrier. 
V.  Meilsforam  sufris 

De  leis  cui  lois  manteignha 
Qe  ia  non  la  vis 
Cattalz  *  maltraigz  men  re- 

[gnha* 
5  Soauet  mi  aucis 


W.  :  faia—  «  /.  :  parents t  — '  /.:  Al  s.  rei  toin.— «  L  : 
Tan  —  •  /.  :  Qautra  non  enuei  —  '  ..  ;  que  iesu  qier  — 
*  /.  :  vegnha 


Sui  —  •  c.  en: 
•  /.  :  Gaitals  — 


50 


LE  CHANSONNIER  DE 


Ab  la  fais  antresegnha 
Cant  per  sa  merce 
Mi  retenc  ab  se 
Car  no  len  soue 
10  Tant  ma  obs  qem   reuei- 

[gnlia 

[.. «1 

VI.  Joios  ben  sescbai 

Caia  de  ioi  frachura 

Cel  qa  ioi  verai 

Et  a  lui  non  satura 

5  Qel  laz  mos  cors  estai 

Loin  g  de  bona  uentura 

En  grant  consireir 

E  mon  centongier 

Vei  damor  premier 

10  Si  ia  sa  îoia  dura 

Beil  vai  a  sobrier. 


170 

GAUCELMS  PAIDITZ 

(=B.  Or.  167,35) 

I.    [p,  165)  Main  tas  fazos  '  es 

[hom  plus  volontos 

De  zo  don  mal  e  dan  li  deu 

[venir 
Qe  de  son  ben.  e  uoil  lo  per 

[men  dir 
Car  ieu  meteis  manei  mètre 

[cochos 
5  En  tal    poder.    don   aran 

[vauc  plagnen 
Qem  fai  languir,  e  suspirar 

[souen 
Qe  qan  ne  '  cug  ben  auer 

[ieu  nai  dan 
E  torn  atraz  qan  cug  anar 

[enan. 


BERNART  AMOROS 

11.  Ben  man  trahit  seu  bel  oill 

[amoros 
E  SOS gentz corse  sos  azautz 

[gamitz  ^ 

Sos  gentz  parlars.   e   sos 

[gens  acuillira 

Sos  bels  solatz  sos  auinens 

[respos 
5  Mala  vi  anc  sa  gran  beutat 

[valen 
Don  ieu  cugei  auer  mon  cor 

[iauzen 
Mas  aram  vau  plagnen  e 

[sospiran 
E  nom  i  val  merces  qeu  lai 

[deman. 

III.  Anc    non  cugei   qe  nuilla 

[domna  foz 
Tan   grft  bentatz  qen  fos 

merces  a  dir 
Qon  plus  li  clam  merce  nom 

[deg  nauzir 
Anz  ma  son  cors  ades  plus 

[orgoillos 
5  Per  qe  mos  mala  mi  vai  ades 

[creissen 

&  es  mi  piegz  ci  deus  mi 

[sal  p«r  vn  cen 

Per  leis  car  ten  iha*  de  mal* 

[estan 
Qe  per  lo  mal  qeu  nai  ni  per 

[lafan. 

IV.  Lo  mais  qieu  trac  mi  fora 

[bels  e  bos 
Bella  domna  sol  qel  pogues 

[suffrir 
Car  ses  afan  non  pot  hom 

[enreqir 
De  nuU  afar  qe  sia  chabal- 

[los 


1  /.  :  Nil  membra  de  me.—  *  ?•  en:  sazos  —  '  Z.  :  eu  —  *c,€n:  gamirz 
—  •  /.  :  renni  a. 


LE  GHÂNSONNIBR  DB 

5  &  zo  qe  hom  conqier  ab 

[gran  turmen 
Ten  hom  plus  car  plus  celat 

[e  plus  gen 
Quê  zo  que  ha  tôt  iorn  a  son 

[talan 
Qar  lea  despen  qi  de  lea  ha 

[gazaing. 
V.  De  zo  don  plus  cugei  esser 

[ioios 
Soi  plus  iratz  e  nai  mais  de 

[conzir 

Per  qom  nous  deu  p^  gaug 

[trop  esiauzir 

Ni  p«r  ira  esser  trop  an- 

[goissos 
5  Mas  ieunon  puesc  ges  esser 

daital  sen 
Qeu  malegrei  trop   al  co- 

[menzamen 
Douma  per  uos  mas  eram 

[vau  ploran 

QoQ  hom    marritz  que  ren 

[non  sap  on  san. 

VI.  Sa   ma  domna  plaguesson 

[mas  chansos 
Naurella  moût  mestera  bel 

[e  gen 
Car  ia  enan  non  aurai  mon 

[talen 
De  nnlla  ren  ni  puesc  far 

[bel  semblan 
5  Tro  que  de  leis  aia  zo  qeil 

[deman. 


BERNÂRT  AMOROS  51 

171 

QAUCELMS  FAIDITZ 
(=  B.  Gr.  167,  19) 

I.  (p.  1616)  Del  gran  golfe  de  mar 
E  dels  enois  los  '  portz 
E  del  perillos  far 
Soi  merce  dieu  *  estortz 
5  Don  pose  dir  e  cOdar 
Qe  mainta  malananza 
1  hai  suffert  e  maint  turmen 
E  pos  a  dieu  platz  quen  ' 

[torn  men 
En  limozi  ab  cor  iauzen 

10  Don  parti  ab  pesanza 
Lo  tomar  e  lonranza 
Li  grasisc  pos  el  mo  cossen. 

II.  Ben  dei  dieu  merceiar 
Pos  vol  qe  sanz  e  fortz 
Puesc  el  pais  tomar 
Un  val  mais  uns  paucs  doir  * 
5  Qe  dautra  terrestar 

Ries  ab  gran  benananza  * 
Qar  sol  li  bel  acuillimen 
Eil  onrat  fag  eil  *  dig  plazen 
De  nostra  domna  il  ^  prezen 

10  Damorosa  coindanza 
E  la  douza  semblanza 
Val  tôt  qan  autra  terra  ren. 
III.  Ar  hai  dreg  de  chantar 
Pos  vei  ioi  e  deportz 
Solatz  e  domneiar 
Qar  zo  es  vostra  cortz  ^ 

5  E  la  font  el  ris  *  clar 
Fan  mal  cor  alegranza 


Voyez  les  éditions  de  cette  chanson  données  par  M.  Chahaneau,  dans 
la  Rev,  des  t.  r.,  IV  s.,  t.  II,  p.  550  s.  et  par  M.  Appel,  dans  sa  Pro- 
venzalische  C/trestomathie,  p.  112.  —  t  /.  ;  enoios  (CA.),  enois  deU  (A)  - 
*  Ch.  :  deu  —  »  (7A.:que  —  *  /.  :  ortz  (Ch,  et  A.)  —  »  CA.  :  benan[an]za 
-  •Ch.etA.  :  oll  — t/.  :  eU  (CA.  et  A.]-  «  /.  :  vostr^acortz  {Ch.)  —  «  /.  : 
Us  fonU  el  riu  {Ch.  et  A.) 


52 


LE  CHANSONNIER  DE  BEBNART  AMOROS 


Prat*  e  vergier  qar  tôt  mes  * 

[jçen 

Qera  nO  dopti  mar  ni  ven 

Garbe  '  maistre  ni  ponen 

10  Ni  ma  naus  nom  balanza 

Ni  nom  sai  *  mais  doptansa 

Galier  *  ni  corsier  corren. 

IV.  Qi  per  dieu  gazaignar 

Pren  daitals  desconortz 

Ni  per  sarme  *  saluar 

Ben  es  dregz  "^  non  ges  tortz 

5  Mas  cel  •  qi  per  rubar 

E  per  mal  acordanza 

Vai  per  mar  un  hom  tan 

[mal  pren 

Em  pauc  dora  sauen  souen 

Qe  qan  cujom  puiar  deissen 

10  Si  qab  desesperanza 

Il  laissa  *  tôt  eslanza  *° 

Larme  lo  cor  "  e  *'  laur  e 

[largen. 

Finis  coronat  opus, 

(p.  166*:)  Argumente  den  foiqetz 
de  marssilia  [voy.  devant  n«  97]. 

(p.l663:)  Argumente  de  gaucelms 
faiditz  [voy.  devant  n"  138]. 

(p.  166*  :)  Copie  partielle  d'un 
planh  catalan  (B.  Or.  461,  2)  publié 
d'après  un  autre  ms.  complet  par 
Terres  Amat  à  la  p.  369  de  son 
Dictiennario  critico  de  les  escri- 
teres  catalanes  (Voy.  une  note  de 
M.  C.  Chabaneau,  dans  le  vel.XVlII 
de  la  Rev.  des  1.  r.,  p.  18  s.).  Le 
texte  incomplet  de  &  a  été  imprimé 
dans  la  préface  de  mon  édition  des 
deux  plus  anciennes  grammaires 
provençales^  p,  VII  et  era  scritto 
inanzi  al  principie  del  originale 
nelle  carte  che   si  seglien  lasciar 


blanche  per  conservare  i  libri  cosi 
imperfetto. 

(p.  1643)  1588.  Jaques  Tbssibr  de 
Tarascon. 
Concorda  te  1589. 

Riueduto  Antonio  Martblino. 

{p,  166^)  ARGUMBNTO  DBN  PEIROLS 

Peirols  si  fo  us  paubres  caua- 
liers  daluergne  dan  castel  qe  a 
nom  peirob  qes  en  la  terra  del 
dalfin  a  pe  de  rochafou  e  fo  certes 
hom  e  auinenz  de  la  p^rsona.  el 
dalfin  daluergne  si!  ténia  ab  se  el 
vestia  el  daua  cauals  &  armas,  el 
dalfiz  si  auia  un  a  soror  qauia  nom 
sail  de  claustra  bella  e  bona  e 
molt  presiada  &  era  moillier  den 
beraut  de  mercoir  dun  gran  baron 
daluergne.  en  peirols  si  lamaua 
per  amor.  El  dalfis  si  la  pregaua 
p^  lui  e  salegraua  molt  de  las 
châzos  qen  peirols  fazia  de  la 
seror.  e  molt  las  fazia  a  plazer  a 
la  seror  e  tant  qe  la  dona  li  uolia 
ben.  eil  fazia  plazer  damor  a  sau- 
buda  del  dalfin  e  lamors  de  la 
domna  e  den  peirols  monta  tant 
qel  dalfiz  sengelozi  delà  car  cudet 
qela  li  fezes  plus  qe  non  conuenis 
ad  ella.  e  parti  peirols  de  si  e  loi- 
gniet  e  nol  uesti  nil  armet.  don 
peirols  non  sen  pot  mantener  per 
caualier,  e  uenc  ioglars.  &  anec 
percorlz  ereceup  delsbaros.  draps 
e  dîners  e  cauals. 

Ce  texte  se  retrouve  tel  quel  une 
seconde  fois  au  f  22,  v<^  de  la  der- 
nière partie  du  ms. 


«  Ch.:  Prai  -^^  Ch.:  mos  —  «  Ch.  et  A.  :  Garbi  — *  c.  en  :  fai  — »  Ch. 
et  A.:  Galea — 6  ch.  ecA.  :  s'arma  —  '  CA.  :  Ben  e  saregz  --•Ch.  et  A,: 
ces  —  »  /.  :  Eslaissa  ou  El  /.  (Ch,)  —  i*  /.  :  e  'slanza  (A,),  en  lanza(CA.)  — 
"  /.:  Larm'el  cors  (A,)  — »«  Ch,:  (e). 


LE  CHANSONNIER  DE   BERNART  AMOROS 


53 


172 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Gr.  366, 22) 

I.  (/>.    I6T)    Nuls   hom    dod 

[sauci  tan  gen 
Ni  tan  douzamen 
Non  fai  son  dan  ni  folleia 
Con  cel  qen  amor  senten 

5  Pero  nai  eu  bon  talen 
Sitôt  amors  me  guerreia 
Nim  destrein  greumen 
Car  per  mo  *  voler  mal  pren. 

II.  Cuna  domn  am  finamen 
Don  mon  escien 

Mer  a  morirab  leuera* 
Tant  es  de  rie  pretz  valen 
5  E  si  plus  nonca  naten 
On  qieu  steia  lai  sopleia 
Vas  lei  franchamen 
Mo8  cors  qi  la  uez  '  soueu. 

III.  Estraigz  cossirers  men  ve 
E  si  gairem  te 

Conois  cades  mi  sordeia 
Tort  nai  eu  meteus  de  qe 
5  Car  nom  am  si  cos  coue 
Tal  dôna  camar  mi  deia 
Car  il  per  ma  fe 
No  deu  sol  pôsar  de  me. 

IV.  E  pero  can  sesdeue 
Qieu  li  par  len  rei  ^ 

Ges  mas  paraulas  nom  veia  * 
Anz  uei  gescouta^  las  be 
5  Del  repropcher  mi  soue 
Qi  non  contraditz  autreia 
Auran  doncs  merce 
Tant  0  voil  qie  nO  lo  cre. 
V.   Pel  bel  semblan  qelam  fai 


Vol  qem  tenga  gai 
E  qem  bon  respeg  esteia 
Mas  de  sa  valor  mesmai 
5  Ai  bella  donna  sius  plai 
La  vostra  francheza  veia 
Lo  greu  mal  qieu  trai 
DoD  ia  senz  vos  non  guerrai. 

VL  Cbanzos  saludar  lam  vai 
Per  teil  mandarai 
Qeil  res  es  qe  plus  me  greia 
Car  tan  luing  de  mi  estai 
5  E  pos  enaissi  seschai 
Sobre  tôt  cant  es  lam  preia 
Qe  il  soneigna  lai 
Dezo.  dont  ieu  consir  sai. 

VII.  Bella  dona  de  vos  ai 
Tal  dezir  e  tal  enueia 
Qe  ren  del  ^  mon  mai 
Al  cor  a  mi  nom  estai. 


173 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Gp.  366,  31) 

I.  Si  ben  son  loing  et   entre 

[gen  estraigna 
Eu  mais  consir  damor  ab 

[qem  conort 
E  pans  dun  vers  consil  fasse 

pacort 
Tal  qe  sia  bons  e  plazens  e 

[fiz 
5  E  car  hom  mais  mon  chan- 

[tar  mi  grazis 

Adoncs  dei  miels  gardar  qe 

[nom  mesprenda 

Ni  diga  ren   don  sauis  me 

[reprenda. 


t  /.  :  mal  —  * /.  :  Tenueia  —  *  /.  :  ue  —  *  L:  parlen  re  —  *  c.  en:  neia 
—  «/.  :  qescouta  —  '  /.  :  de  tôt  lo. 


54 


LE  CHANSONNIER  DE  BEUNAUT  AMOROS 


II.  Non  es  nuils  iornz  qe  mon 

[cor  non  descenda 

Una  douzors  qem   ven  de 

[som  pais 
Lai  iong  mas   mans  &  lai 

[estauc  aclis 
E  sapchas  ben  qeu  volgra 

[esser  fort 
5  Près  de  mi  donz  sitôt  sa  vas 

[mi  tort 
Cab  bel  solatz  &  ab  douza 

[compagnia 
Mi  dauret  gen  zo  qe  ara 

mestragnja. 

III.  (p.  168)  Ben  ai  assatz  qe 

[suspir  e  qe  plaigna 
Ca  pane  lo  cor  nô  part  cant 

[mi  recort 
Del  bel  solatz.  del  ioi  e  del 

[déport 
E  del  plazer  qelam  fei  e  qem 

[diz 
5  Ai  con  fora  garitz.  sadonc 

[moris 

Que  can  la  prec  que  de  mi 

merceil  prenda 

Sol    veiaire  non   fai  qella 

[mentenda. 

IV.  Ben  es  razons  qieu  suffra  e 

[atenda 
Con   atendrai  pos  lieis  nO 

[abeillis 
Miels  mi  fora  som  cug  qe 

[men  partis 

Partir  non  ges.    trop  nai 

[près  lonc  acort 

5  Bona  domna  vostrO  sui  tôt 

[a  fort 
E  non  cudes  lamor  e  mi 

[remaigna 


Qen  vos  amar  tem  qe  temps 
[mesoffraigna. 

V,  A  lieis  non  fail  res  qa  prô 

[dOna  taigna 

Com  nô  la  ue  qe  de  lieis 

[laus  nom  port 

Colde  gai  es  e  pros  p^r  qieu 

[lam  fort 
E  doncs  amors  oui  tos  temps 

[soi  aclins 
5  Plagues  li  ia  cuna  ves  men 

[auzis 
Agestal*  qeirper  don  e  per 

[emenda 
0  si  non  mais  guizardon  nO 

[mi  rCda. 

VI.  Dautre   trebail    prec  dieu 

[qellam  defenda 
Mas  vn  sol  iom  volgra  qella 

[sentis 
Lo  mal  qeu  trac  per  leis  ser 

[e  maUs 

Qen  grieu  perilh  ma  laissât 

[loi g  del  port 

5  E  non  voil  ges  quautra  men 

[ai  estort 
E  sa  leis  platzqe  ia  vas  me 

[safraigna 
Ane  no  fes  om  damor  genzor 

[gazaigna. 

174 

EN  PEIROLS 

(=B.  Gr.386,12) 

I.  Del  sieu  tort  farai  emenda 
Leis  quem  fes  partir  de  se 
Anqer  ai  telan  qeil  renda 
Sil  plai  mas  chanzos  e  me 


t  /.;  Aqestal. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  ÂMOROS 


55 


5  Ses  reipeig  dautra  merce 
Sol  soffra  qen  lieis   men- 

[tenda 
E  qel  bel  men  atenda. 
H.  Ges    per  negun  mal  qem 

[prenda 
De  samistat  nom  recre 
Anz  sofraicades  mentenda' 
La  pen  el  dan  qe  men  re 
5  Fairem  degra  qalqe  ben 
Mas  non  tain  qeu  lan  re- 

[prenda 
Si   tôt   ses  ver  qill    mes- 

[prenda. 
lU.  Mont  i  consir  nueg  e  dia 
E  no  men  sai  conseillar 
Pero  si  sesdeuenia 
Gran  talent  ai  can  baizar 
5  Li  pogues  tolr  o  emblar 
E  si  pois  sen  iraissia 
Yoluntiers  lo  li  rendria. 
IV.  (p.  Î69)  Ben  conosc  qieu 

[non  poiria 
Mon  cor  de  samor  ostar 
Per  ira  ni  per  feunia 
Ni  per  autra  domn  amar 
5  No  mo  cal  plus  essaiar 
Caissi  con  li  plaira  sia 
Qieu  lamarai  tota  uia. 

V.  Qel  mon  nom  es  hom  qe 

[teigna 
Tan  apoderat  amors 

Qe  ges  non  vol  quen  reteina 

Los  plazers  ni  las  bon  ors 

5  Cauia  trobat  aillors 

Anz  vol  qede  sai  mestreigna 

Per  zo  qenô  vol  nim  degnia. 

VI.  Bella  dOna  en  cui  reigna 
Senz  e  beutatz  e  valors 
Pos  suffretz  caissim   des- 

[treigna 


Lo  dezirers  e  la  dolors 
5  Si  vais  dels  plazers  menons 
Mi  faitz  tan  don   lois  mi 

[veigna 
Sol  ca  uos  non  descoueigna. 
Vil.  Cbanzoneta  vai  de  cors 

Dir  a  mi  donz  qel  *reteigna 
Pos  mi  retener  non  deigna. 

175 

EN  PEIROLS 

(=  B.  Gr.  366, 14) 

I .  Dun  sonet  vau  pensan 
Per  solaz  e  per  rire 
Qeu  non  chantera  ogan 
Estier  per  mon  consire 

5  Dont  mi  conort  chantan 
Camors  mauci  desroai 
Car  ma  trobat  verai 
Plus  de  mil  '  autr  aman. 
II.  Las  con  muer  deziran 
Sos  hom  e  sos  seruire 
Qieus  iria  celan 
Maintas  ves  men  azire 

5  E  die  per  maltalan 
Qe  totz  men  partirai 
Aquei  mezeus  trop  lai 
Mon  cor  on  eran  tan. 
m.  Ges  per  autrui  nol  man 
La  ren  qe  plus  dezire 
Qeu  mezeus  tan  la  blan 
No  len  auzi  ren  dire 

5  Anz  can  li  soi  denan 
Mal  tas  vetz  can  seschai 
Die  dona  que  farai 
Nom  respont  mas  gaban. 
IV.  Sivals*  vai  daitan 

Qe  ges  nom  pot  aucire 
A  tan  onrat  afan 


«  c.  en  :  men  renda  —  «  l,:  qet,  —  •  Z.  :  nul  —  ♦  /.  :  Sivals  bem 


&6 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Ni  ab  tan  bel  martire 
5  Catal  donam  coman 
Qes  la  genzer  qeu  sai 
Bo8  mes  lo  mais  qeu  trai 
Mas  il  na  pechat  gran. 
V.  Si  '  oilh  el  cors  mestan 
Vas  leis  caillors  nos  vire 
Si  cades  on  qeu  man 
La  vei  e  la  remire 
5  Tôt  p^r  aital  semblan 
Con  la  flors  com  retrai 
Qe  totas  viai  yai 
Contrail  soleil  viran. 
VI.  Si  marnes  ni^  tan  ni  qan 
Ja  for  eu  totz  iauzire 
Sapchatz  nO  es  dengan 
Qe  souen  en  sospire 
5  DOna  per  oui  eu  chan 
Una  ren  vos  dirai 
Saquest  vostrom  dechai 
AntaP  auretz  e  dan. 
VIL  Chansonetta  ab  aitan 
Dreit  a  mi  donz  ten  vai 
E  digas  li  sil  plai 
Qe  tempr«nga  et  chan. 
VIII.  (p.  170)  Damor  ai  fin  talan 
Ë  fin  dezirer  nai 
E  ia  daqui  en  lai 
On  plus  no  men  deman. 

176 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Gr.  366,  20) 

I.  Mentencion  ai    tôt   en    un 

[vers  messa 

Con  valgues  mais,  de  chan 

[qieu  anc  fezes 


E  progresser  que  miels  fora 

[apreza 
Chanzonetta    sieu    faire  la 

[volgues 
5  Mas  chantars  tom  a  leuja- 

[ria 
E  bon  vers  qi  far  lo  sabia 
Qes  ^  semblan   qe    degues 

[mais  valer 
Per  qieu  i  voil  demonstrar 

[mon  saber. 

II.  Amors  mauci  tan  ses  emen 

[apreza 
Greus  mes  lafanz  el  trebails 

[on  ma  mes 
Tôt  na  perdut  deportar  e 

[gaieza 
E  sanc  nai  ioi  era  non  sai  qe 

[ses 
5  Per  mi  donz  suspir  noit  e 

[dia 
Mi  donz  cai  dig  con  lapel 

[mia 
Dir  lo  puesc  eu  caitan  nai 

[em  poder 
Mas  ill  nO  vol  nim  degna  re- 

[tener. 

III.  La  gran  beutat  de  lieis  e  la 

[drecheza 

Non  es  nuls  hom  que  truep 

[lauzar  pogues 

leu  qe  pro  '  silles  bell  e 

[cortesa 

Anz  mueir  yer  leis  e  noil 

[en  pren  merces 

5  Ver  qel  faz  ieu  ia  trobaria 

Autra  domna  qe  mamaria 

Mas  er  sai  eu  qel  reprocher  ® 

[diz  ver 


>  /.  :  Li  —  «  /.  :  marnes  —   a  /,  •  Antai.  —  ♦  /.  :  Q.a  —  *  proi  ai  — 
*  c»  eni  reproches 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNABT  ÂMOROS 


57 


Tostemps  vol  hom   zo  qe 

[nom  '  pot  auer. 

IV.  Ja  non  creirai  qea  non  la- 

[gues  conqueza 
Seu  ualgaes  tan  qe  amar 

[mi  degues 
Las   qe  farai  amar  lai  sa 

[leis  peza 
E  sofDrirai  mê  dOna  non  eu 

[ges 

5  Mas  per  merces  la  pmaria 

Qe  noil  pezel  '  si  noil  plai- 

[ria 
Qe  nulla  ren  nom  pot  dal 

[cor  mouer 
Lo  désirer  qem  destrein  el 

[voler. 
V.  Emperairis    volgra   fos    o 

[marcheza 
O  reina  cela  qe  me  ten  près 
E  tôt  lauer  del  mond  e  la 

[richeza 
Volgra  eu  plus  qeu  non  sai 

[dir  agues 
5  Qe  pfraitan  non  mauciria 
Mas  sa  beutatzmauciemlia 
Car  es  tan  granz  e  tan  sap 

[far  plazer 
Son  bel  semblan  car  le  laira  ^ 

[vezer. 

177 

EN  PEIROLS 

(=  B.  Gr.  366,  6) 

I .   Camjat  ai  mon  consirer 
Camger  *  ai  faig  damia 
Don  ai  fin  ioi  vertadier 
M  ais  cauer  non  solia 
5  E  nô  es  de  prelz  sobrier 


leu  per  qe  mentiria 
Car  so  dis  el  reprocheir 
Qui  nO  troba  non  tria 
E  qi  pren  nos  fadia. 

II .  Entendrem  fazi  amor 
En  folla  richaudia 
En  la  riqessa  auzor 

Don  mal  pnon  grat  suffria 
5  Penas  e  duns  e  dolor 
Si  qe  tôt  io**  motîa 
Gardatz  sera  ben  folor 
Qe  con  plus  i  perdia 
E  miels  mi  entendia. 

III.  ip.  171)  Per  qem  sui  ame- 

[suratz 
E  tien  g  ma  dreita  via 

Qor  qe  fes  ma  voluntatz 

Plus  aut  qe  non  deuria 

5  Ben  degr  esser  castiatz 

Fer  danz  qe  men  venia 

Qe  zo  es  dobla  foudatz 

Dôme  qi  nos  chastia 

Pos  conois  sa  folia. 

IV.  Lai  on  ai  mon  bon  esper 
Matrait  amorz  em  lia 

Don  nom  pueis  ni  auz  mouer 
Mon  consir  nuit  ni  dia 

5  Ben  pot  ma  dôna  saber 
Quer  eu  lam  ses  bauzia 
Qe  ren  contrai  seu  voler 
M  os  cors  non  pensaria 
Nil  bocha  nol  diiîa. 
V.  Ara  sai  eu  et  enten 
Qes  bona  côpagnia 
Candos  samon  finamen 
Per  leial  drudaria 

5  E  chascuns  tôt  franchamen 
Vas  son  par  sumelia 
Qe  amors  non  vai  qeren 
Null  autra  segnioria 
Mais  merce  tota  via. 


«  /.  :  non  —  *  /.  ;  pezes  —  '  /.  ;  se  laisa.  —  ♦  cen:  Gamget 


58 


LE  CHANSONNIER  DE  BEBNART  AMOROS 


VI.  E  zo  sai  qestora  ben 
E  fora  cortesia 
Qe  ia  hom  non  âmes  ren 
Mas  zo  qe  lamaria 
5  Preiar  seschai  es  coud 
Qe  mesura  i  metria 
Mas  sapchatz  qi  trop  sen- 

[ten 
Pois  me  sembla  qe  sia 
Enaegz  eustania* . 

VII.  Leu  cbanzoneta  plazen 
Vai  ten  ta  dreita  via 

A  Ueis  on  iois  eiooen 
Renouella  qec  dia 
5  Digas  lim  ca  leis  mi  ren 
Vas  la  cal  part  qe  sia 
Car  eu  non  ai  ^  talen 
Del  autra  segnioria 
Nis  tain  qeu  plus  en  dia. 

VIII.  Miels  me  val  mon  bon  es- 

[peP 
Ten  chanzon  dreita  via 
A  la  bella  on  qe  sia 
E  dil  qiel  faz  a  saber 
5  Cautra  no  voil  qe  sia 
De  mon  cors  garentia. 
IX.  Oils  vos  ren  e  boch  e  cors 
Ma  bella  douz  amia 
De  totz  bos  aibs  conplia. 

178 

EN  PEIROLS 
(  ==  B.  Gr.  366,  27  ) 

I .  Pos  de  mon  ioi  vertadier 
Si  fan  aitan  voluntier 
Deuinador  e  parlier 
Enoios  elauzeujer. 

5  Segon  la  fazenda 


Couen  qeu  mi  atenda 
Qe  gieinzmi  a  mestier 
Ab  qieu  mi  defenda 
Qe  neguns...  '  aprenda 

10  Mon  celât  consirer. 

II.  Demi  donz  aie  de  premier 
Lon  veia  ^  el  dezirer 
&  ab  grft  esfortz  sobrer 
Mi  ten  qe  ren  mais  noi  qier 
5  Mas  conque  menprenda 
Mos  cors  me  diz  qatenda 
E  sofra  e  sofrier 
Ver  qeu  crei  qesmenda 
Men  faz  amors  em  renda 

10  Qalqe  plazer  leuger. 

III.  {p.  172)  Tal  vetz   es  nom 

[puesc  suffHr 
Cab  mi  mezeus  nO  azir 
E  voill  men  aitan  partir 
Qen  altre  domnei  me  vir 
5  Per  zo  si  remuda 
Malautes.  qar  miels  cuida 
En  altra  part  guérir 
Mas  ren  no  maiuda 
Anz  fas  loita  perduda 
10  Cades  tom  sai  morir. 

IV.  Ai  can  douzamen  dezir. 
Si  pogues  esdeuenir 
Qamors  men  fezes  iauzir 
Aissi  com  lam  fe  cbauzir 

5  Trop  lai  atëduda 
Mas  la  flam  escOduda  ' 
Es  grieus  a  esmortir 
Tôt  es  remazuda 
Lesp^ranz  e  vencuda 

10  Qem  soli  esbaudir. 

V.  Pero  ades  mi  soue 
Camors  deu  atrair  a  se 
Franc  corag  a  bona  fe 
Miels  cab  nulla  autra  re 


n.  :  e  uilania  —  * /,  :  ai  ges.  —  •  /.  :  non  ^^  *c,  en:  Lenyeia  —  •  /. : 
ascenduda 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNA RT  AMOROS 


59 


5  E  cil  oDseslanssa' 
Tota  ma  desiranza 
Po8  mon  cor  sap  e  re 
Nom  torn  e  viltanza 
Caitan  col  rei  de  franza 
10  Soi  eu  ries  damar  ben. 
VI.  E  pois  autre  pron  nom  te 
Preiarai  lanquar  de  me 
Cauzit  ai  retrair  anc  se 
Qe  las  si  ve  qis  recre 

5  E  sai  ses  doptâza 
Qe  ades  esp^ranza 
Qant  hom  troba  merce 
Dobla  lalegi'Aza 
£1  ioi  el  benauanza 

10  A  cel  cui  esdeue. 
VII.  Dalfi  seDZ  doptanza 
Joi  e  pretz  vos  euanza 
Miels  camors  dO  fai  me. 

179 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Gr.  70,  45) 

I.  Tuit  cil  qem    pregon  qieu 

[chan 
Volgran  saubesson  lo  uer 
Sieu  vai*  aize  ni  lezer 
Chantes  qi  chantar  volria 
5  Qeu  nO  sai  ni  chan  ni  via 
Pos  perdei  ma  beneanza' 
Per  ma  mala  destinanza. 

II.  Ailas  con  muer  de  talan 
Qeu  nom  dorm  mati  ni  ser 
Anz  la  nueg  can  vau  iazer 
Lo  rossigniols  chant  e  cria 

5  Et  ieu  qi  chantar  solia 
Muer  denvei  e  de  pezanza 
Can  aug  ioi  ni  alegranza. 


m    Amors  beus  iet^amon  dan 
Cautre  pro  noi  puesc  auer 
Ja  mais  baizar  ni  temer 
Nous  qier  cadoncs  vos  per- 

[dria 

5  Ben  es  fols  qin  vos  se  fia 

Cab  vostra  bella  semblanza 

Maues  tragses  desfinanza'. 

IV.  Damors  vos  puesc  ieu  *  dir 

[aitan 
Qi  ben  la  pogues  auer 
Res  non  la  pogra  valer 
Certas  moût  fon  bon  amia 
5  Mas  nom  duret  mas  un  dia 
Per  qels  fols  qi    ses  fer- 

[manza 
Met  en  amor  sesperanza. 
V.  {p,  1 7S)  Lemozi  a  deu  coman 
Leis  qi  nom  vol  retener 
Oimais  pot  il  ben  saber 
Qe  vers  es  so  qeil  dizia 
5  Qen  terr  estragna  niria 
Pos  dieus  ni  fez  ni  fianza 
No  mi  val  ni  acordanza. 

180 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Op.  366,  9) 

1 .  Cora  qem  fezes  doler 
Amors  nim  dones  esmai 
Eiram  ten  iausent  e  gai 
Per  qeu  chant  de  mon  pla- 

[zer 
5  Car  ai  plus  rie  ioi  conquis 
Cami  nous  taignia 
Per  qe  mos  chanz  sumelia 
Cumelitatz  menreqis. 


^  c.  en:  seslaussa.  —  »  c.  e;i  ;  nai  —  >  Z.  :  benôanza  —  ♦  prec  —  »  /.  : 
desflanza  —  •  /.  :Jpuesc. 


60 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNA RT   AMOROS 


II.  Mi  donz  merci  e  grazis 
Del  benananza  qeu  ai 
Ni  ia  nô  loblidarai 

Los  plazers  qem  fes  nim  dis 
5  Qen  mi  non  a  mais  poder 
Sill  qamar  solia 
Qem  plus  franca  segnioria 
Voil  ses  enian  remaner. 

III.  Darenan  mer  a  tener 
Al  reprocher  com  retrai 
Nos  moua  qi  ben  estai 
Non  farai  ia  eu  per  ver 

5  Qk^îI  flama  camors  noiris 

Mart  la  nueg  el  dia 

Per  qeu  remain  tota  via 

Con  fai  laurs  el  fuec  plus 

[fis. 

IV.  Molt  magrad  o  mabeillis 
De  dos  amies  cant  seschai 
Qe  samon  dun  cor  verai 

E  luDS  laltre  non  trais 
5  E  saboD  luec  e  lezer 
Gardar  tota  via 
Que  lur  bona  compaguia 
Non  puesc  enoios  saber. 
V.  Souen  lanera  uezer 
La  plus  auinen  qeu  sai 
Sil  deuinamen  qou  fai 
Nom  avengues  a  temer 
5  Pero  mos  cors  es  aclis 
Vas  leis  on  qe  sia 
Qe  fin  amors  ioing  e  lia 
Cor  part'  loindan  pais. 
VI.  Ser  outra  la  cros  del  ris 
Don  nuls  hom  non  toma  sai 
No  crezatz  qem  pogues  lais 
Re tener  nuls  paradis 
5  Tant  ai  mo  voler  assitz 
0  ma  douza  amia 
Que  senes  leis  nO  poiria 
Nul  autre  loi  retener. 


Vil.  Chanzos  oimais  potz  rener* 
Vas  mi  donz  ta  uia 
Quen  sai  be  qii«la  volria 
Te  auzir  e  mi  vezer. 

VIII.  Dalfi  sauzesmon  voler 
Dir  a  ren  qe  sia 
Tant  am  vostra  compagnia 
Qe  vos  en  saupras  lo  ver. 


181 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Or.  366,  34) 

I.  {p.  174)  Tuit  mei  dezir  son 

[damor  e  de  chan 
En  aqti^tz  dos  mestiers  gais 

[e  certes 
Aimonengiene  moncoratge 

[mes 

E  pois  amors  ab  douz  pla- 

[zers  menanza 

5  6é  deu  esser  mos  chanz  fis 

[e  valenz 
Qar  tant  ma  faitz  ma  dona 

[ries  couenz 

Per  qa  totz   iomz   viu  en 

[bona  esperanza. 

II.  Maltraitzdamorno  sera' tan 

[granz 
Qautre  dos  mais  noi  estec 

[cals  qe  bes 
Qtiestiers  nO  crei  qom  suffrir 

[la  *  pogues 
E  qan  seschai  com  na  gran 

[benananza 
5  Ja  tan  non  er  segura  ni 

[plazens 
Cades  noi   trop,  angoisses 

[pensamenz 


«  /.  :  part  de  —  *  c.  en  :  tener.  —  '  /.  :  s.  mais  —  •  /.  :  lo 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


61 


Qttestreignion  lo  ioi  e  lale- 

[gjanza. 

III.  Qant  ieu  premier  la  vi  mi 

[plat  '  aitan 
Qe  de  mon  cor  retener  non 

[poic  ges 
Totz   fo   a   leis.  &  enqera 

[si  68 
Moût  i  trobet  amoroza  coin- 

[danza 
5  E  grâ  solatz  e  fin  enseigna- 

[menz 
Mas  si  tôt  sni  de  samistat 

[iauzenz 
Qar  mes  trop  loing  nai  dolor 

[e  pezanza. 

IV.  Pero  ben  sai  can  se  son  doi 

[aman 
Fort  adirat  e  lut*  es  gran 

[mal  près 
Pois  los  plaideia.  franchesa 

[e  merces 
Molt  lor  es  douza  e  bona 

[lacordanza 
5  Cadoncs    lur   nais    nouels 

[esiauzimenz 
Mas   ieu  no  veil  qec  iom 

[adiramenz 
Mo  ioi  segur  torn  en  aital 

[balanza. 
V.  Envei-s  mi  donz  ai  tos  temps 

[bon  talan 
E  lamarai  cni  qe  plassa  nil 

[pes 
Caissonon  pot  vedar  neguna 

[res 
Qe  can  recortsos  digtz  e  sa 

[semblanza 
5  Con  ilh  es  bell  e  coinde  aui- 

[nenz 


Tostemps  serai  en  samor 

[atendenz 
Car  ieu  nO  ai  en  autre  ioi 

[fizanza. 

182 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Or.  366,  33) 

I.  Tôt   mon    engien    e    mon 

[saber 
Ai  mes  en  un  ioi  qem  soste 
Quan  mi  remembra  nim  sone 
Tam  bona  domnamfai  chan- 

[tar 
5  Adoncs  mi  deuri  esforsar 
Con  pognes  far  mon  chant 

[valer 
Si  ben  trac  greu  martire 
Damor  cui  sui  seruire. 

II.  Amors  ma  si  en  son  poder 
Qel  ma  fait  comensar.  tal 

[ren 
Qieu  non  puesc  a  mal  ni  a 

[ben 
Trair  a   cap  plus  cal  cei 

[mOtar 
5  Per  la  genzer  com  pot  tro- 

[bar 
Gardât?  sim  deuri  eschazer 
Qieu  lam  tant  e  dezire 
Caillors  mO  cor  nO  vire. 

III.  {p,  175)  Ieu  lam  maiz  qe 

[non  faz  parer 
En  parli  mais  qe  nos  coue 
E  voil  qem  aucizatz  de  se 
Si  iaroais  men  auzetz  parlar 
5  Ni  a  dreig  semblan  deuinar 
Tan  sai  cubertamen  tener 


>  /.  :  plac. 


62 


LE  CHANSONNIER  DE 


E  celar  mon  albire 
Ab  solatz  e  ab  rire. 
IV.  La  nueg  qant  ieu  mi  vauc 

[iazer 

El  iom  ma  in  tas  vez  esdeue 

CoQsir  com  li  clames  merce 

Qant  ieu  poiria  ab  leis  parlar 

5  AdoDcs  rao  sai  ieu  ben  pen- 

[sar 
E  bos  motz  chauzir  e  vezer 
E  ma  razoQ  assire 
E  lai  qO  sai  qe  dire. 
V    Lo  repprocheirs  non  diz  ges 

[ver 
Qe  cors  oblida  cueils  nO  ve 
Anz  a  ben  faillit  endreit  me 
Qeu  nom  la  puesc  entrob- 

[lidar 
5  La  bella  cui  non  auz  preiar 
Tan  tem  faillir  al  sieu  voler 
Per  qieu  plaing  e  sospire 
Ai  araors  nom  aucire. 
VI.  Ai  las  qeu  cudaua  auer 
Galqe  pron  en  ma  bona  fe 
On  plus  sui  desperalz  '  cre 
Qe  merces  mi  puesc  aiudar 
5  Era  nO  sai  aconseillar 
Mas  atendrai  lo  sieu  plazer 
Grieu  er  damor  iauzire 
Si  non  es  francs  suffrire. 
VII .  El  vers  na  ten^  a  dire 
Ses  qi  bel  sapcha  dire. 

183 

EN  PEIROLS 

(=:B.  Or.  366,21) 

I.  Moût  mentremis  de  chantar 

[voluntiers 


BERNA  RT  AMOHOS 

E  dalegranse  de  ici  man- 

[tener 
Domenz  qeu  fui  daraor.  en 

[ben  esper 
Eras.  noi  vei  nom  *  pron  ni 

[noi  enten 
5  Ni  de  midons  mais  socors 

[non  aten 
Tais  desconortz  e  tais  esmais 

[me  ve 
Qe  per  un  pauc  de  tôt  ioi 

[nom  recre. 

II.  Gran  mal  mi  fes  lacoinda- 

[menz  prtmers 
Eil  bel  semblan  qe  ies  non 

[eran  ver 

Cane  pueis  non  puec  mon 

[coratge  mouer 

Tuit  mei  dezir  son  en  lei 

[solamen 
5  Ni  de  ren  als  granz  enueia 

[nom  pren 
E  pos  noil  platz.  qe  nai  autra 

[merce 
A  suffrir  mer.  lo  trebail  qe 

[men  ve. 

III.  Ja  non  partrai  de  leis  mos 

[cossirers 
Permalqem  fassa*  noil  pues 

[mal  voler 
Car  tan  la  fai  senz  e  beutatz 

[valer 

Segon  lafan  folei  sauiamen 

5  Va  fol  cai  dig  anz  folei  fola- 

[men 
Cancnerceus'qan  rilombra 

[de  se 
Si  bes  mori  no  fo  plus  fol 

[deman  *. 


t  /.  ;  desesperatz  —  *  c.  en  :  ren.  —  <  /.  :  mon  -  «  î.  ;  f .  eu  —  »  /.  :  nar- 
cissus  —  *  {.  :  de  me 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


63 


IV.  Qatressim  muer  entre  loQCs 

[dezirers 
Qem  fan  souen  sospirar  e 

[doler 
Fer  leis  qe  ma  gitat  a  non 

[chaler 

Loing  desperans  e  de  re- 

[fraingnemen 

5  Qesquiuat  ma   som   priuat 

[parlamen 
&  eu  am  la  tant  a  la  mia 

[fe 

Cant  vei  mon   dan  les  mi 

[mezeis  non  cre. 

V.  (p.  176)  Ben  fai  cals  ver» 

[totz  mo8  cosseils  derrière 

Po8  del  partir  nO  ai  gen  ni 

[saber 
Senz  808  pensars  farai  lo 

[mieu  plazer 
Amaraî  leis  midonz  per  tal 

[couen 
5  Qel  cor  aurai  lamoros  pen- 

[samen 
E  la  bocha  terai  ades  el  fre 
Qe  als  per  ren  no  lin  dirai 

[mais  re. 
VI.   £  estarai  cornai  peneden- 

[siers 
Qe  ren  non  qier  de  zo  qe  vol 

[auer 
Ai  com  tarza  qieu  nom  la 

[vau  vezer 
Irai  lai  doncs   morir  mon 

[escien 
5  Hoc  caital  mort  amarai  ieu 

[souen 
Qestraignamen  a  gran  plazer 

[qi  ve 
Se  cama  fort  ia  non  ai  autra 

[be. 


VII.  Lo  uers  trametmi  donz  per 

[tal  couen 
Qa  tôt  lo  meinz  sautre  proz 

[no  men  ve 
Gant  lauzira  li  membrara 

[de  me. 

184 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Gr.  366, 16) 

I.  Ru    non   lauzarei  ia   mon 

[chan 
Mais  sius  agrada  ni  bons  es 
Lamors  qi  ma  el  seu  coman 
En  sapchas  grat  cami  non 

[ies 
5  Car  amors  me  guida  e  me- 

[nanza 
Si  bem  da  trebail  mi  *  pezanza 
Eu  viu    iauzenz.    can  mor 

[aman. 

II.  Ja  drutz  non  conosca  son 

[dan 
Sesser  vol  sauisni  certes 
Ni  fassa  parer  ni  trtan 
[Qe  ren]  contra  son  dan.  li 

[pes 

5  Car  cel  enqier  sa  malananza 

Qe  per  orgueil  cuida  ven- 

[janza 
Père  aqi  on  hom  nol  blan. 

III.  Mi  donz  per  sa  francheza 

[gran 
Plas  qel  receup  me  nome- 

[nes* 
Em  fes  em  donet  em   dis 

[tant 
Qieu  non  cuiei  com  mi  val- 

[gues 


t  cen:  sai  c.  ner.  —  * /. :  ni  —  '  i,  :  mon  omenes 


G4 


LE  CHANSONNIER  DE  BEHNÂRT  AMOROS 


5  Mais  er  ai  paor  e  doptanza 
Qe  p^?*  noncur  o  per  mu- 

[tanza 

Nom  oblit  em  torn  en  soan. 

IV.  Moltfui  aut  vas  qe  vai  bais- 

[san 
E  puesc  dir  qenaissi  mes 

[près 
Com  celui  qi  vai  ioi  som- 

[gniat* 
E  qan  ressida  non  es  res 
5  On  trouarai  iamais  fianza 
Ni  neguna  bella  semblanza 


Pos  qeu*  aqesta  trop  enian. 
V.  Truep  die  non  puesc  als  qe 

[mort  man 
Atendrê  bellas  merces 
Que  farai  donc  deserenan 
Partirai  men  hoc  sieu  po- 

[gûes 
5  Mas  mentre  mestaucemba- 

[lanza 
Si  men  luegna  desesperanza 
Sin  '  amors  mapropch  atre- 

[tan. 


1  Z. :  somgniawf  —  •c.  en:  qen  —  '  c.  en:  Fin. 


E.  Stbngfx. 


{A  suivre.) 


I  DODICI  CANTI 


EPOPEE  ROMANESQUE  D0  XVI»  SIECLE 


CANTO  UNDECIMO 


{SuiU) 


[R^  130v®]98.    Deh,  yedi,  Christo,  corne  la  tua  chiesa 

E  data  in  preda  delli  rei  Tithani 
Et  corne  dalla  gente  Colloneaa 
Pria,  et  poi  dalli  maligni  Lutherani 
Fu  divorata,  et  malamente  offesa 
Da  traditori  Ausoni  et  da  marani 
Celtiberi  et  crudei  Thedeschi  insieme, 
Ch*  ognam  quanto  più  puô  la  stratia  et  prieme  ! 

99.    Da  quei,  che  faUamente  del  tuo  nome, 
Signor,  gioiscon,  la  Barca  di  Pietro 
Si  corca  di  somerger  con  le  some 
Del  loro  vitio  et  lor  peccato  tetro. 
Et  hanno  le  sae  forze  tanto  dôme, 
Che  qaaai  perso  haveva  il  degno  scetro. 
Ma  venne  Paalo  poi  ch*  in  picciol  brando 
Ne  fe  vendetta,  o  fatto  memorando  ! 

100.    Ma  corne  potrà  Paulo  qaella  fede, 
Signor,  di  Pietro  conservar  illesa, 
S'alli  nemici  di  tua  santa  fede 
Chi  solea  diffender  la  tua  chiesa 
Éssi  appoggiato  ?  et,  se  si  è  fatto  herede 
Délia  setta  de  Lutero  suspesa, 
Ghi  tenuto  è  di  prender  Tarmi  in  mano 
Per  conservarla  da  Torco  et  pagano? 

5 


I  DODICI  CANTI 

1 .  Hai  lu,  Hignor  del  ciel,  gli  ochi  al  chiusi 
Che  non  vogli  veder  tutti  i  progressi 

Che  fftnno  queî,  che  la  tua  chieaa  ha  eiclusi 
Da  se  per  li  »oi  tanti  et  gravi  eaoe»»!? 
Deh,  chi  fia  che  del  non  poter  ti  acusi, 
Signor,  purgare  questi  error  auoceBSÎÎ 
Purgali,  aignor  mio,  quai  l'or  ai  auole 
Purgar,  tu,  che  sei  di  giuatitia  il  aole  ! 

2,  Preata  tanto  favor  al  tuo  vicario 

Et  fol  da  morte  al  men  tanto  invindbile 

Ch'  a  ciftBchedun,  ch'  a  tuo  nome  *  contrario, 

Sia  come  Oiosnè  forte  et  terribile  ; 

Ma  non,  che  '1  sol  facraa  11  auo  corao  vario, 

Chieggio,  aignor,  quai  vadi,  et  aei  inviaibile, 

Ogui  aecreto  che  nel  cor  dilatasi, 

Perché  da  l'ocbio  tuo  ïivace  guaUai. 

103.     Di  wô  pîù.  Volcaoo  accende  il  fuoco 
Et,  BU  l'incudin  l'infocato  feiro 
Stendendo,  luatra  tutto  il  BCuro  luoco. 
Un  dei  compagni,  chiamato  Zifferro, 
La  mazzabatleetcoal  apocoapoco 
FaTarrai  tutte,  etl'altro,  Brugiaferro 
Nomato,  acolpe  l'albero  et  il  nome 
Cba  Ouerino  a.  dû  lagge  aperto  prome. 

4.     Fatto  l'ushergo  et  tutta  la  corazza 
COD  l'albero  di  Qiove  dinajizi  et  dietro. 
Fa  il  fabro  zoppo  ana  heu  grave  mazza 
Da  far  ogui  lorica  un  fragil  vetro. 
Non  &tta  a  ogniun  se  non  di  forte  raiza, 
Degno  d'impero  o  almen  di  régal  acetro  ; 
Poi  fece  il  Tabro  si  minuta  maglia 
Ch'  a'  riguardanli  lo  vedere  abaglia  ; 

15.     Li  braccial,  ischineri,  il  gorzeriuo 

Coi  apalaccie  i  coiciai,  poi  duo'apron  d'oro, 
Uno  elno  perfecttiaiimo  accialino 
Ch'intorno  bavea  le  ghiande  d'oro  ; 
Per  tutto  é  Bcritto  il  nome  di  Guerrino. 
Et  per  cimier  vi  è  una  quercetta  d'oro  ; 
Di  accia'  il  ecudo  a  ghiande  lavorato 
Et  d'uOB  bella  quercia  in  mezza  ornato. 


CANTO  UNDECIMO  67 

106.  Un  brando  fece  di  chi  la  lama  era 
Délie  più  belle  ch*  ochio  humau  vedesse, 
(Et  tutte  fur  temprate  in  Pacqua  nera 
Di  Stige,  che  fortezza  tal  le  impresse 
Che  ogni  altre  arme  parean  di  para  cera 
Apresso  a  queste,  che  la  maga  ellease, 
Anzi  far  fece  per  il  suo  Gaerrino) 

Et  riccamente  ornato  di  oro  fino. 

107.  Scritto  havea  nella  lama  il  brando  altiero  : 
«  Pygra  son  di  Guerin  sempre  veloce.  »» 

Et  vera [mente]  fu  si  amaro  et  fero 
Che  fu  chiamato  poi  la  Pygra  atroce. 
Pygra  amara  vuol  dir,  se  punto  il  vero 
Mostra  il  Greco  al  Latino  in  piana  voce, 
Et  fu  si  atroce  il  brando  et  fu  si  amaro 
Ch*  a  chi  Thebbe  contra  gostô  caro. 

[P*131  ▼•]108.     Non  contenta  di  queato  ancor  la  saga. 

Perché  non  sempre  un  huon  si  truova  armato, 
Essendo  délia  ria  sorte  presaga 
Che  devea  baver  Gueriin  privo  del  stato, 
Vollelo  inoffensibil  con  la  maga 
Arte  sua  far  ;  a  ciô  da  nuUo  lato 
Habia  a  patir  da  pietra,  ferro  o  fuoco 

0  legno,  lo  ridusse  alcavo  luoco. 

109.  Et,  denudatol,  tutto  in  Tacqua  dove 
Furno  temprate  Tarmi  lo  somerge 

Fuora  che  il  piè,  ch'  in  man  tiene  ella,  et,  Giove 
Invocando,  il  fanciul  fuor  de  T  acqua  erge, 
Dicendo  :  «  0  Dio  del  ciel,  se  pietà  muove 
La  tua  immensa  bon  ta,  poichè  si  asperge 
Con  Tacqua  Stigia  ai  Dei  per  sempre  sacra, 
Fa  che  a  Guerin  sia  dolce  e  agli  altri  acra  !  » 

110.  Poi  diceva  più  cose  in  su  la  conca 
Ove  era  Tacqua  Stigia,  scongiurando 

1  spirti  délia  Tartarea  spelonca, 
Pregando  et  aslringendo  et  comandando 
Che  non  havesse  con  lafalce  adonca 
Morte  podestà  o  per  lancia  o  per  brando, 
Nel  suo  Gerrino,  o  per  legno  o  per  pietra, 
Né  Giove  con  li  strai  di  sua  pharetra. 


68  I  LODIGI  GÂNTI 

111.  Et  sette  volte  nel  predetto  modo 
Tuffô  il  fanciuUo  nelle  incantate  acque. 
Quai  poi  divenne  cosl  dure  et  sodo 
Quai  alla  maga  divenisse  piacque  ; 

Né  in  legDO  mai  fu  tanto  fisao  chiodo 
Quanto  Guerino  in  lei,  né  di  lei  nacqae 
Figliuol  che  tanto  amasse  ella  giamai 
Quanto  lui,  che  di  se  Tama  più  assai. 

112.  Pur  per  veder  se  impenetrabil  riede 
Ella  Querin,  poiehè  Tha  bene  asciutto, 
Con  un  coltello  lievemente  il  fiede 

In  questo  et  in  quel  luogo,  et  praoval  tutto 
Con  pietra  et  fuoco  similmente,  et  vede 
Che  quai  statua  di  marmo  si  è  ridutto, 
Di  che  ringratia  il  padre  di  Volcano 
Che  col  figliuolo  le  sia  stato  humano. 

[F^  132  r<^]  113.    Doppoi  voile  esperir  Tarmi  incantate 
Et  su  la  incudin  dà  col  brando  ignudo 
Quai  regge  aile  gran  botte  dispietate; 
Et  con  la  grieve  mazza  pruova  il  scudo. 
Onde  ne  trahe  faville  si  infiammate 
Che  lustra  Tantro  oscur  col  colpo  crudo. 
Da  Telmo  et  da  Taltre  armi  ancor  trahe  fuoco 
Tal  che  fa  chiar  di  lume  il  scuro  luoco. 

114.  Quando  ba  de  Tarmi  vista  la  bontade, 
La  gentil  maga  i  spiriti  licentia, 

Con  patto  pur  che  con  celleritade 
Ritornin  richiamati  a  sua  presentia, 
Et  li  ringratia  con  humanitade 
Lodando  i  fabri  di  loro  eccellentia. 
Si  parton  quei,  lassando  Popra  vaga 
Alla  pietosa,  degna  et  gentil  maga. 

115.  Dentro  a  un  forzier  le  serba  et  tanta  cura 
Nlia  quanto  baver  si  debbe  a  gran  thesoro, 
Et  ben  le  cela  nella  tomba  scura, 

Più  che  se  fusser  gemme,  argento  et  oro, 
E  il  fanciuUin  nudrir  doppoi  procura 
Con  somma  diligentia  e  animo  soro  ; 
Ma  Naparro  et  Madar  privi  del  stato 
Pensano  ogni  hora  far  qualche  trattato. 


CANTO  UNDECIMO  69 

116.  Qualche  trattato  pensano  i  gerroani 
Fer  discacciar  Milon  délia  duchea, 
Et  fan  certi  secreti  capitani 

Che  vadino  a  far  genti  in  la  Morea. 
Havea  Milone  fatto  far  christiani 
Tutti  quelli  ch'  haver  possuto  havea  ; 
Chi  per  Tamor  di  Dio.  chi  per  paura 
Presa  haveaa  del  battesmo  la  figura. 

117.  Fra  gli  altri  batezzosi  un  Finnadusto 
Non  per  amor[di]  Dio,  non  per  timorei 
Non  perché  fusse  più  degU  altri  giusto, 
Ma  per  posser  più  usar  del  traditore 
Che  non  havea  di  nostra  fede  il  gusto 
Né  dal  bon  spirto  confirmato  il  core. 
Costui  segretamente  stimulava 
Naparro  et  alla  guerra  il  [eccitava]. 

[F^  138  ▼<»]  118.     Fa  far  giostre  Milon  dentro  Durazzo 
Per  Talegrezza  del  nato  fanciullo. 
Pei  balli  et  suon  va  sozopre  il  palazzo, 
Si  prende  ciaschedun  grato  trastullo, 
Fassi  in  corte  di  vino  un  amplo  sguazzo  ; 
Délie  confetioni  è  il  numer  nuUo, 
Anzi  infinito,  et  cosl  in  tutti  i  laoghi 
Délia  cita  si  fanno  feste  et  giuoghi. 

119.  Havea  Milon  per  un  mese  ordinato 
Tal  feste  et  giuochi,  et  ei  corte  bandita 
Teneva  a  ciaschedun  guerrier  pregiato  ; 
E  i  terrazzani  e  i  forastieri  invita 
Liberamente  di  quai  voglia  stato, 

Che  la  cita  le  par  dar  di  gioia  unita. 
Dimostra  Finadusto  esser  più  lieto 
D'altrui,  tenendo  il  mal  pensier  segreto. 

120.  A  costui  par  ch*[h]or  sia  congruo  il  tempo 
Di  dar  principio  al  discacciar  Milone. 

Perô  avisar  Napar  non  perde  ei  tempo 

Et  con  lettere  manda  un  suo  garzone, 

A  piè,  senza  armi,  a  quel  ch*aspetta  il  tempo. 

Come  faceste  voi  con  quel  leone, 

Con  quel  leone  a  chi  lassaste  el  stato. 

Et  poi  a  tornarvi  il  tempo  vi  fe  lato. 


70  I  DODÏCÏ  CANTI 

121 .  Quando  fa  il  tempo  di  toraar,  tornaste, 
Signor,  et,  se  non  foste  a  Fabriano 
Stato  tradito  da  quoi  che  menaste 
Infidi,  che  v*  usor  si  del  marano, 

Non  bisognava  che  voi  consumas  te 
Più  tempo  nel  paese  Marcbiano, 
Che  mai  non  fora  stata  in  la  memoria 
Humana  la  più  degna  et  gran  vettoria. 

122.  Non  si  vanté  Léon,  non  Lorenzino, 
Sir,  al  dassezzo  poi  di  loro  tempre, 
Né  possedette  la  duchea  d*Urbino 
Corne  in  Tanimo  suo  posséder  sempre 
Si  crese,  che  *1  valor  vostro  divino 
Arditamente  dimostraste,  e,  mentre 
Stesti  in  campagna,  deste  da  pen8ar[e] 
Ai  popul  tutti  da  l'un  Taltro  mare. 

[F«  133  r»]  123.     Hor  Finadusto  avisa  in  la  cittade 
Posser  entrar  ben  venti  cavallieri, 
Di  quai  si  voglia  lontane  contrade 
0  di  propinque,  a  dimostrar  gli  altieri 
Animi  invitti  et  lor  alta  boutade 
Ne  Tarmiggiar,  el  cor  gagliardi  et  feri, 
Et  che  egli  venghi  et  che  egli  meni  aeco 
Qualche  guerrier  perfetto  o  Turco  o  Greco. 

124.  Naparro  il  Turco  sta  gioioso  et  lieto 
Dentro  Dolcigno  che  U  fratel  possiede, 
Cui  dimostra  la  lettra  e  âpre  il  segreto, 
E  loda  Finadusto  di  sua  fede  ; 
Rimanda  il  messo  coi  bei  duon  quieto, 
Et  scrive  a  Finadusto  et  lo  richiede 
Che  non  H  manchi  mai,  che  verra  presto 
0  a  rihaver  la  patria  o  a  far  del  reste. 

125.  Poi  se  ne  va  a  truovar  Astiladoro 
Subito  in  poste,  e  il  tutto  aprendo  scuopre, 
Et  senza  far  colegio  o  coneistoro 

I^dalo  ad  eseguir  tutte  queste  opre, 
Offerendole  genti,  argento  et  oro, 
Per  mandar  i  christiani  indi  sozopre  ; 
Et  detteli  un  figliol  per  capitano 
Et  per  compagno  chiamato  Ottomane. 


CANTO  UNDECIMO  71 

126.     Era  valente  cavallier  costui 

In  arme  et  in  consiglio  et  molto  altiero. 
Aconipagnato  che  si  fu  con  lui, 
Naparro  diventô  più  forte  et  fero, 
Et  erano  valenti  anco  amendai, 
Che  disprezzano  ogni  altro  cavalliero. 
Pur  tolgono  diciotto  in  compagnia 
Ch*  havean  gran  nome  in  la  cavalleria. 

127.     Et  quai  dui  servitor,  quai  tre  ne  piglia, 
Homin  perô  ne  Tarmi  signalati  ' 

Corne  se  fusser  tutti  una  famiglia. 
I  cavallier  sopra  gli  arcioni  armati 
Ne  van  verso  Durazzo  a  lenta  briglia, 
Et  son  settanta  tutti  anoverati  ; 
Ma,  signor  mio,  di  lor  tutto  il  soccesso 
Ne  Taltro  cantar  mio  vi  sarà  espresso. 

Ferdinand  Castbts. 
(J.  suivre.) 


IV 
DOCUMENTS  SUR  LES  RELATIONS 


L'BMPBREUR  MAXIMILIEN  £T  DE  LUDOVIC  SFOBZjL 


[BuUé) 

11 

Marcheaino  Stanga  an  dno  de  Milan 

(Insprach,  3  mai  1499) 

lll»*etex"'Hignoremio  ob»er"*,  heri  arrivai  in  questolocoscontrato 
fora  de  la  terra  dal  R.  do  prepusito  de  BrixiDaet  M.  GualteroStradion, 
quale  de  ordioe  de  qiiesti  signori  repenti  e  coneilieri  me  venerouo  in- 
contra  e[  accorapagoorao  fia  allô  allogiameoto  mio.  Queata  matlina  ho 
visitato  IL  predicti  Regenti  in  nome  de  la  E.  V.  e  declaratoli  quanto 
haveva  io  commiaiione.  De  la  quale  visitatione  ciim  parole  molto  ac- 
commodate  et  amorevole  hano  rjngratialo  la  E,  V.,  dirooDatrando  reco- 
gnoacere  bene  non  aolo  la  obaervantia  aua  verso  la  Maeatà  Cesarea, 
ma  le  opère  et  effecti  quale  reusciacono  da  epsa  ad  beaallcio  de  la 
predicla  Maeatà. 

El  vescovo  de  flrixina  non  si  tiova  qiia,  ma  e  ad  Briïinooo  ;  per  il 
quale  loco  egaendo  io  paasaCo  nel  venire  mio  qua,  et  havendo  inleao 
chel  ae  ritrovava  li  aîquanto  icdiaposto,  andai  ad  vieitarlo  in  nome  de 
la  E.  V.  ;  e  li  uaai  tiitte  quelle  amorevole  parole  che  judicai  ad  propo- 
■ito  per  certificarlo  bene  de  la  diapoailiooe  BÎncera  de  la  Ex.  Vra 
veraola  Maeatà  Ceaarea  e  dell'  affoctioueche  particularmente  epaa  ha 
alla  peraona  de  aua  Sigiioria.  Non  poteria  eiplicare  oum  quanta  tene- 
reia  el  me  ricolae,  e  quanto  ae  dimonatri  servitore  alla  Ex,  Vra.  Le 
nnmlB  >,.a  f.irono  ultimamente  che  la  Ceaarea  Maeati  unicamente 

TA.,  e  aipeva  cbe  poche  persone  eranoamate  piùda  S. 

ilo  che  epaa  ern. 

irivere  qualcha  coanala  E.  V.,  de  quello  che  in  quealo 

eso  de  la  Ceaarea  Mae^ta  e  de  le  occurentie  de  qaeata 


MAXIMILIBN  ET  LUDOVIC  SFORZÂ  73 

gaerra,  ma  essendo  arrivato  uno  cavallaro  expedito  da  Augustino 
qnale  vene  a  la  E.  V.,  et  havendo  aperto  le  lettere  et  inteso  più  chiara- 
mente  li  avisi  di  quelle  cose,  me  ne  remetto  ad  quello  che  lai  scrive  ; 
sapendo  che  ritrovandosî  lui  in  facto,  el  scrivere  suo  è  più  fundato 
sopra  el  vero  che  non  poteriano  esser  li  avisi  miei,  quali  non  sono 
itMt  de  audiiu,  Questo  non  omettero  già  che  non  è  toccato  da  Augus- 
tino, como,  etc  ' 


12 

Ludovic  Sforza  à  Giovanni  Colla 
ambassadear  milanais  en  Allemagne' 

(MUan,  5  mai  1491) 

Zoanne,  dal  cavallaro  quale  arrivô  heri  matina,  havemo  recevute 
le  tue  de*  24  e  26,  et  inteso  quanto  ne  scrivi,  restamo  molto  satisfato 

del  officie  per  te  usato Con  medesmo  studio  continuarai  per  havere 

tona  e  vera  noticia  de  quanto  occorrera  alla  giornata  et  tenercene 
avisati  partie  ularmen te.  E  perche  volendone  tu  avvisare  di  cessa 
alcuna  secretamente  el  possi  fare,  te  mandamo  uno  scontro  de  zifra 
cotno  hai  domandato,  del  recevuto  del  quale  ne  darai  aviso;  accio  sel 
ne  occorrera  ancoranoi  volerti  scrivere  cessa  coperta,el  possiamo  fare; 
le  poste  non  ce  pare  di  mettere  perche  non  vorriamo  dare  suspec- 
tione  a  questi  Alamani  de  qua  et  mettere  a  periculo  che  le  lettere  pas- 
saado  per  Monhraia  fossero  intercepte. 

A  quelli  rev'^  emag<^  regenti,  perla  risposta  quale  te  hano  facto,  dirai 

che  non  se punto  de  la  observantia  et  amore  quai  se  per- 

Buadeno  portamo  allô  Ser.  mo  Re  nostro,  quale  è  tanto  che  non  porria 
essere  maiore  ne  più  cordiale,  e  che  intese  le  due  peticione  ne  fano, 
alla  prima  dicemo  che  havendo  noi  mandate  nostrinuncii  a  Coyra  et  a* 
Suiceri.  con  la  commissione  che  hano  inteso,  con  significatione  del  desi- 
derionostro  che  le  cosse  se  agenisseno,  et  ofierirli,  se  li  parevausare, 
Topera nostra,  non  sapessimo  che  consilio  dare  aile  loro  Signoriesenon 
che,  essendo  epse  prudentissime  et  havendo  avisato  dil  tutto  laMaestà 
Cesarea  da  la  quale  rasonevolmente  deveno  hora  havere  resposta  se 

*  Milan  A.d.S.  Poterne  Entere.  Get^mania.  Copie.  «Exemplum  littera- 
rum  D.  Marchesini  Stange  ad  illustrissimum.  D.  ducem  Mediolani.  —  La 
suite  de  cette  lettre  est  imprimée  par  Motta,  Battaglia  di  Calven  e  Mais, 
doc.  IX. 

s  Blilan/6<(i.  Minute  originale.  Peut-être  inachevée:  le  texte  remplit 
exactement  quatre  pages  et  finit  au  bout  de  la  quatrième. 


"rt  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFOBZA 

reaiettemo  a  loro,  «  la  malio  sapeasimo  che  dirli  al  fariuao  como  lel 

foBBB  DOBtro  iatereasa  parCiculara. 

Quinto  alli  SOm.  fiorini  de  Reno.quali  ne  domandano  ia  praaiito,  1î 
dirai  cha  voluntara  Tomamo  trovarce  in  tentiini  de  posaarli  in  tutto 
aatiafare  e  che  ae  ban  aismo  in  le  guerrs  e  spese  graviiBime  cha  «ai,  co- 
mo De  scrive  havarli  declaralo  al  le  dirai  de  nova,  nondimeno  é  laie  la 
obaervantia  noatra  varao  la  CeaareaMaestà,(conlafartuQa  da  laquale 
è  lempre  atato  et  è  in  noi  propoaito  firmiaaicao  de  haverli  accompa- 
giiBlaIanostra),die  ae  ben  Don  poBBemo  havere  tutto  quello  vorriamo 
a  aa  aforzamo  fare  più  cha  posaiamo  e  aiamo  contenli  prasCarli  per 
adeBBo  12  m.  fiorini  de  ReDO,  a  termino  fin  a  Nntala,  qaando  le  coase 
non  aiino  assetate  et  ae  continui  la  guerra  :  ma  li  pregarai  voglino 
(anere  in  se  la  cosaa  sacretiaaima,  et  essere  contenti  per  aatiafactione 
DOBlra  giurara  di  non  laBBarla  ioteDdera  ad  alcnno  altro  aa  non  alla 
Maeatà  Ceaarea  aola,  per  evitaro  el  periculo  e  maie  quale  se  ne  porria 
hora  aeguire,  quando  Orieaaî  e  Suiceri  lo  intendessino  ;  U-ovandoDe  doï 
haverli  coufinaoti  al  atato  noatro  in  tanti  loci  quanti  tu  sai,  con  faci- 
lita de  voltarae  a  noatri  damni;  a  per  queatQ,  acio  elle  in  lo  dara  qnaati 
dinar!  non  ae  BcoprisBe  la  coaaa,  voglino  vedere  ael  fuaae  qaaado  a 
Milano  qualche  nercadante  o  altro  per  meso  del  quale  ae  li  poaaÎDO 
fare  havere  secretamenU  que b ti  deoari,  quai i  ooili  daremo,  o  che  altro 
modo  li  pare  aervare  acio  ood  ae  posai  intendere.  Advertendo  le 
SigDorie  sue  che  per  la  reatituliona  ne  ailuo  mandate  obligaUona  in 
Dome  da  la  Ceaarea  Maeatà  e  di  quello  conailio  de  Hispruc,  como  ce 
bai  acripto  eaaerte  da  loro  offerte,  al  ce  na  li  ricercarai  a  fare  ;  dican- 
doli  appreaao  che  vorriamo  al  coasi  pregamo  le  Signoria  loro  ad 
ponerquaDdooccorreeaechequeatiAlamani  inlendasaiuo  l'aiuto  noatro 
coDtra  loro  e  per  queato  na  rooveaaeno  guerra,  epae  aarano  in  noatro 
aiato:  subjungendoli  tu  che  quando  N.  S.  Dio  ce  facia  gratia  che  la 
coaae  da  qua  se  acquetino  e  aucceda  lo  accordo  de  le  coaae  de  Piaa, 
par  lo  quala  lo  ill.mo  a"*  duca  de  Ferrare  va  de  preaente  a  Venetia  et 
înaieme  oratori  âorentini  et  uno  noatro,  anche  noi  uaaremo  ogni  studio 
âdo  reoac.— aequelli  movimenti  contra  la  Uaeslà Ceaarea. 


13 

L'ImpAratrioe  Blanoft  Harla  ft.  I>adOTlc  Sfarsa  * 

(Pribourg,  4  mai  1499) 
Bianca  Maria,  ele.  III. me  priDcepa  patrue,  etc.  Per  baver  nui  uaato 
para  del  honorcvolcpratc  Zoanne  de  Tonsia,  prepo- 


Sriginal. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFOBZÂ  75 

sito  de  Gallerate,  in  sollicitare  a  Roma  expeditione  nostre  spéciale  et 
anche  denostri  familiari,  equellatrovatapromptaefidele,  meritamente 
loamiamo  e  siamo  inclinatead  favorirloia  ogni  suo  honesto  desiderio. 
Per  tanto,  intendendo  como  lui  desidera  haver  licentia  de  la  Sig.  V« 
di  posser  aaar  in  Milano  de  le  expectative  per  esso  impetrate,ce  parao 
ricomandarlo  a  quella  ;  e  cosai  la  exhortiamo  et  pregamo  che,  a  com- 
placentia  noatra,  gli  ne  voglia  compiacere;  persuadendoaiche,  pet*  easer 
dicto  preposito  peraona  ben  mérita  de  nui,  concedendoli  la  S«  Y.  qoesta 
spécial  gratia,  ne  fara  coaa  molto  grata. 

Ex  Fribnrgo,  iv  maii  1499. 
6e.  Oadius. 

14 
Le  doo  de  Milan  à  Mazimilien  ' 

(6  mai  1499) 

Questus  est  graviter  apud  me  Eneas  de  Gerenzano,  filius  Nicholai, 
civis  et  mercator  noster  mediolanensis,  ablatam  fuisse  superioribus 
roensibus  ex  locis  Francie  per  Nicholaum  Stand,  nuncupatum  Felicem 
de  Nerimbergo,  subditum  sacri  imperii,  certam  pecuniarum  quantitatem 
ipsius  mercatoris  mei,  et  ab  eo  nunquam  pecunias  ipsas  consequi  po- 
tuisse;  et  prseterea  supplicavit  mihi  ut  eum  Cesaree  M.ti  V.re  pro  ea- 
rum  aasecutione  comendem  ;  itaque  cnm  mihi  obscurum  non  ait  quod 
displicent  M.ti  V.re  quse  indebite  fiunt,  hune  mercatorem  meum  et 
quantum  enixius  possim  comendamus,  rogamusque  eam  ut  ei,  jusiicie 
causa  et  mee  intercessionis  respectu,  imperare  dignetur  ut  comperta 
veritate  crediti  hujus  mercatoris  mei  contra  ipsum  Nicholaum  de  No- 
rimbergo,  ipse  cogatur  ad  eam  restitutionem  sen  satisfactionem  quaa 
justaet  conveniens  fuerit,  una  eum  legitimis  impensis,  sicuti  Majesta. 
tem  Vestram  facturam  plane  confidamns. 

15 
Ludovic  Sforsa  à  sa  nièce  Bianca  Maria  * 

(Milan,  9  mai  1499) 

Sono  avisato  che  la  M.  V.  hascripto  al  R.mo  et  ill.mo  s.revicecan- 
cellaro  mio  fratello  et  ad  altri,  in  favore  de  uno  per  la  coadiutoria  in 

1  Milan.  Ibid.  Minute  originale  «  Ser"'**  régi  Romanorum  ». 
'  Milan.  Ibid.  ;  minutes  originales,  c  Régine  Romanorum.  » 


76  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 

lo  vescovato  de  Gurza,  la  qaale  è  stata  promissa  al  exe.  M.  Petro  da 
Triesta,  adinstaiitiadelser.mo  signore  Renostro,86  bendopoi  el  cardi- 
nale Gurcense,  quale  sponte  haveva  domandato  coadiutore,  se  sii  mu- 
tato  ;  delche  la  Cesarea  Maestà  nonè  mancato  de  opéra  alcunaper  fare 
fare  la expeditione  in  M.  Petro,  e  non  volendosi  incHnare  el  cardinale, 
epso  ha  facto  tore  in  se  li  fructi  del  dicto  vescovato  et  li  fadarea  M.  Pe- 
tro. Credo  se  la  M.  V.  havessehavuto  noticia  di  questoinche  è  firmata 
la  volunta  de  la  Cesarea  Maestà,  non  haveria  scripto  contra  M.  Petro,  si 
per  conformarse  ad  epsa,  si  per  esser  M.  Petro  bon  servitore  et  affec- 
tionato  a  V.Maestà,  et  anche  per  respecto  mio,  sapendo  quanto  Tamo 
e  quanto  li  sono  debitore.  Et  pero,  ultra  quelle  chel  ser.mo  signer  sac 
consorte  ha  più  vol  te  scripto  a  Roma  per  M.  Petro,  corne  ho  facto 
ancora  io  et  opéra  de  continue  per  fare  reuscire  questo  effecto, 
prego  la  Maestà  Vestra  che  vogli  scrivere  al  p.to  signer  vicecancelaro 
et  alli  altrî  a  chi  havesse  scripto  per  alcuno  circa  dicta  coadjutoria,chel 
ha  facto  non  intendendo  quelle  chel  ser.mo  sue  consorte  ha  scripto 
per  M.  Petro,  e  che  non  volendo  lei  se  non  quelle  piacea  sua  Cesarea 
Maestà  anzi  desiderando  con  epsa  che  M.  Petro  la  habia  per  lamor 
li  porta,  pregi  se  vogli  fare  omne  opéra  acio  non  se  differischi  più  la 
expeditione  di  epsa  coadjutoria,  et  in  questo  la  Maestà  Y.  fara  etiam 
a  me  singulare  piacere. 


(Milan,  12  mai  1499) 

Non  ô  stato  fora  de  la  expectatione  nostrache  la  Maestà  Vra  se  sia 
recordatade  nui,giuncta  che  lafu  al  ser.mo  signer  sue  consorte  e  mio 
signore,  e  che  Ihabia  facto  quelle  bono  officie  quale  me  scrive,  per- 
che Tamore  quale  sempre  li  ho  portato  me  fa  certo  de  dovere  expec- 
tare  da  lei  bona  correspondentia  e  pero  resto  consolato  de  tuto 
quello  che  la  mi  ha  scripto,  certificandomi  del  bon  anime  de  la  Cesarea 
Maestà  verso  mi,  alla  quale  io  ancora  sono  per  esser  sempre  obse- 
quentissimo.  Ringratio  la  Maestà  Vra  del  bono  officie  sue  e  pregola 
quandoli  accade  la  opportunita  ad  continuarlo,  perche  la  sene  trovera 
sempre  ben  contenta  [e  se  di  qua  li  e  cosa  che  la  desidera  non  mi 
po  fare  magiore  piacere  come  di  ricercarme,  perche  me  sera  sempre 
grato  fare  cosa  che  li  piacia,  e  cosi  expecto  per  la  proxima  caval- 
cata  la  mi  ricerca  de  qualche  cosa]  ^ 


«  La  partie  entre  [  ]  est  d'une  autre  main  que  lo  reste  de  la  minute,  et 
d'une  écriture  beaucoup  moins  lisible. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC   SFORZA  77 

16 

Ladovie  Sforsa  à  Marchealno  Stanga  i 

(MUan,  14  mai  1499) 

M.  Marchesino,  havendo  noi  mandato  el  nostro  in  Ast  per  quella 
differeDtia  de  Astesani  cum  Genoesi,  quale,  como  seti  informato,  cercamo 
de  assettare  per  via  de  compositione,  epso  ne  ha  mandato  li  iaclusi 
exempli  de  lettere  scripte  da  Tedeachi  a  M.  J.  Jacomo,  e  ne  ha  scripto 
oQo  discorao  factoli  de  epso  con  significatione  de  avvisi  havuti  de 
Franza^como  ai  contene  in  la  copia  similmente  qua  inclusa.  Del  tutto 
fareti  participatione  alla  Cesarea  M. ta,  secundo  havemo  facto  noi  qui 
al  R.  M.  Petro,  e  li  direti  che,  quanto  al  discorso  de  M.  Jo.  Jacomo, 
non  gli  facemo  gia  significare,  perche  la  veda  li  stimulî  havemo  de 
accordarsi  col  Re,  col  quale  non  porriamo  fare  tanto  bene  che  non 
lo  chinassimo  inante,  essendo  lo  immutabile  proposito  nostro  de 
seguiresolo  la  volunta  de  sua  Cesarea  Maesta,  ma  perche  da  la  persua* 
sione  quale  voria  fare  M.  Jo.  Jacomo  ad  dicto  accordo  vedesi  Tanimo  suo, 
echeseben  cognoscemoel  periculo  inloqualese  mettemocumFranza, 
essendo  el  Re  di  la  mala  dispositione  e  proposito  che  se  sa  di 
famé  contra,  et  havendo  dal  altro  canto  Suiceri  e  Grisani  indignati 
verso  noi,  como  da  ogni  canto  siamo  certificat!  e  voi  vedereti  per  li 
avisi  vi  mandamo  per  questo  cavalaro  et  in  scripto  per  li  predicti 
exempli,  in  liquali  se  cognoscera  le  minatie  quale  fin  adesso  ne  fano 
per  la  prohibitione  li  havemo  facta  de  le  victualie  e  per  le  altre  cosse 
facemo  per  la  Maes ta  Cesarea  corne  non  diremoessendolinoi  deTaffec- 
tionee  servitù  che  siamo  et  havendo  havuto  questo  stato  da  lei,  siamo 
anche  per  exponerlo  ad  omne  periculo,  non  havendo  rispecto  alcuno 
ne  a  minacie  de  Francesi  ne  de  Todeschi  ne  de  altii  ;  e  lo  facemo  e 
per lobligo  e  per  amore,  confidandone  che  non  manco  amorevolmente 
la  M. ta  Sua  non  habia  in  qualuncha  travaglio  ne  occorresse abbando- 
name,  ma  conservare  galiardamente  quelle  ne  ha  date.  Ce  pareria 
ben  e  molto  a  proposito  e  ce  saria  gratissimo  che  epsa  in  questa  dieta 
se  ha  fare  a  Uberling  facesse  in  nome  de  S.  Mtà  e  de  tutti  electori 
ne  fosse  scripto,  demonstrando  che,  sapendo  quanto  siamo  afiectio- 
nato  e  bono  et  obsequente  principe  del  imperio,  ne  amano,  et  che 
facendo  noi  quello  che  facemo  in  questi  movimenti  como  siamo  stati 
ricercati  li  e  gratissimo  e  ne  certificano  e  prometteno  che,  da  qua- 
luncha travaglio  ne  sequesse  per  questo,  ne  in  altro  chi  ne  volesse 

1  Milan.  Ibid.  Minute  originale  cD.  Marchesino  Stange.n 


78  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  8F0RZA 

offendere  adesso  o  in  altri  tempi,  ne  haverano  sempre  in  singolare 
protectione  e  galiardamente  fara  al  aiuto  e  defenaione  noatra,  et  pero 
ce  confortano  stiamo  de  bono  animo  :  laquai  lettera  dirai  alla  Cesarea 
Maeslà  che  a  noi  giovara  aasai  e  credemo^intendendosi  questadisposi- 
tione  e  proposito  del  imperio  verso  noi,  chi  ce  ha  mal  anime  dovera 
andare  più  retenu to  et  anche  in  Italia  ne  dara  reputatione;  laquale 
quanto  sara  maior,  sara  tanto  più  a  buo  proposito*. 

La  Cesarea  Maestà  ultimamente  ha  scripto  ad  M.  Pietro  e 
factone  scrivere  da  Augustino,  como  haveti  veduto  ;  a,  seben  estimamo 
poco  necessario  replicare  piùquesto,  non  dimeno,  la  importantia  de  la 
cossa  ne  strengapur  a  dirlo  che  di  novo  pregamo  Sua  Maestà  ad  farne 
intrare  in  la  lega  de  Suevia  et  fare  che,  in  qualuncha  appimccamento 
se  facesse  con  Suiceri  e  Giisani  e  cum  Francesi,  noi  siamo  inclusi  e 
restiamo  con  sicureza  de  non  havere  sentire  travaglio  c  recto  de 
intrare  in  la  liga  di  Suevia  ;  el  dicemo  tanto  più  che,  quando  Suiceri 
facesseno  pensiere  \di  fare  ?\  questi  moviraenti  verso  di  noi  per  vin- 
dicarsi,  sapiano  che  haveriano  contra  et  Suevi  et  Imperio,  e  pero 
fossero  necessitati  abstenersene. 

K  perche  in  dicti  avisi  e  li  altri  havuti  de  Savoia,ô  significato  quello 
vederetide  lo  illustrissimo  archiduca,  noi  estimamo  esserestato  pruden- 
tissima  consideratione  de  la  Cesarea  Maestà  laverli  lassato  di  la  al  fine 
che  in  dicti  avisi  de  Savoia  è  giudicato,  non  di  meno  ne  sara  grato  ne 
chiariati  bene  de  la  cossa  como  è,  e  sel  archiduca  bavera  mandato  a 
far  qualche  ambassata  in  Franza  como  è  scripto,  o  pur  solamente 
parole  générale,  e  si  nondimeno  sii  et  habii  essere  col  padre  quello 
che  deve,  e  tutti  li  di  passât!  è  stato  afEermato  chel  sara  celui. 


17 
Marchesino  Stanga  à  Ladovlc  Sforsa  ' 

(Undau,  17,  21,  23,  28  mai  1499) 

Ill.mo  et  ex.  mo  signer  mio  obser.  mo,  la  causa  per  laquale  la  Cesa- 
rea Maestà  me  ha  ricerchato  è  stata,  secundo  che  epsa  me  ha  dicto, 
per  volere  declarare  et  aprire  alla  E. V.  lo  intrinseco  suo  e  demonstrar- 
li  che  de  la  conservatione  sua  e  del  stato  ne  la  quella  memoria  e  cura 
che  hadeTanimade  Sua  Maestate  e  de  le  cose  proprie,  e  cossi  me  ha 

*  Il  y  a  ici  cinq  lignes  effacées  par  Thumidité. 

•  Milan,  A.  d.  S.  Pot,  Est.  Germania,  Dépèches  originales.  La  première 
(la  plus  longue)  est  brièvement  résumée  par  Motta,  Battaglia  di  Calven 
e  MalZy  n»  16,  p.  xviii. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA  79 

significato  che,  havendo  di  continao  portato  amore  singolare  alla  E. 
V.ra  e  continuando  in  questo  più  che  roay,  sapendo  di  certo  e  vedendo 
chel  Redi  Franza  è  deliberato  di  occupare  el  stato  délia  E.  Vra,  ha  bene 
coDsiderato  ed  in  se  examinato  tutti  li  mezi  et  modi  cum  liquali  epsa 
posta  redimere  questa  vexatione,  cum  assicurarsiper  sempre  ;  et  perho, 
vedendo  la  Maestà  sua  che  ley  ô  extenuata  per  le  pressure  de  le 
gnerre  passate,  e  per  qneste  ohe  de  présente  ha  con  Suiceri,  non  po 
per  via  alcuna  dare  aiuto  alla  E.  V.,  como  séria  el  desiderio  suo,  et  sa- 
pendo che  ne  per  via  del  duca  di  Burgogna  suo  fiolo  po  dare  contrapeso 
alcnno  al  Re  di  Franza,  ne  dal  imperio  se  po  expectare  soccorso  alcuno, 
(perche,  se  bene  la  Maestà  sua  è  imperatore,  non  di  mancho  ha  solum 
lo  titulo  et  la  dignitàet  non  la  obedientia),  dice  non  vedere  altro  remedio 
quale  sia  apto  ad  poterla  salvare,  cha  a  fare  lega  e  confederatione  cum 
la  liga  de  Svevia  :  la  quale  essendo  de  la  potencia  che  è,  et  havendo  de 
présente  con  questa  guerra  che  ha  con  Suiceri,  tutta  volta  che  la  E. 
V.siacoUigata  seco,oltra  che  la  ruina  de  Suiceri  se  possa  tenere  certa, 
quando  accordio  havesse  mai  ad  seguire,  sera  cum  conditione  tanto 
ferme  et  stabile  che  el  Re  di  Franza  non  potera  mai  valersi  de  Suiceri  ; 
et  quando  Suiceri  non  attendessero  le  conventione,  sera  talmente  capi- 
tulato  euro  la  lega  de  Svevia  che  mettendosi  Suiceri  alla  offensione 
del  stato  de  la  E.  Y.,  la  Lega  li  movera  sempre  guerra  ad  loro  ; 
extendendosi  la  Maestà  sua  sopra  questo  molto  longamente,  cum  dire 
che  non  saperia  se  non  confortare  et  amorevolmente  ricordare  alla 
B.  Vra  ad  fare  questo  effecto,  senza  el  quale  si  como  epsa  posseva 
tenere  certa  la  ruina  del  stato  suo,  essendo  el  Re  di  Franza  de  la 
potencia  che  è,  cossi  facendolo  posseva  assicurarsi  de  havere  remedio 
al  caso  suo  et  estimare  de  liberarse  del  Re  di  Franza  e  de'  Suiceri  in 
nno  tracto,  perche  Francesi  senza  Suiceri  non  erano  homini  da  fare 
impresa,  et  havendo  Suiceri  contrapeso  de  la  qualita  che  è  la  lega  de 
Svevia,  havevano  de  gratia  ad  remanere  in  casa  et  cultivare  li  paesi 
loro,  senza  cerchare  stipendie  ne  movimenti  de  guerra,  e  cossi  sopra 
questo  la  Maestà  sua  volse  che  io  scrivesse  quelle  li  pareva  se  havesse 
ad  fare  per  venire  a  lo  effecto  de  questa  liga.  La  quai  scriptura  io 
feci  secundo  lo  ditato  de  S.  M.  e  sera  qui  alligata  ;  e  finito  che  io  la 
ebbi,  epsa  me  disse  li  volesse  declarare  quelle  me  ne  pareva  e  quelle 
me  persuadeva  che  la  E.  Y.  dovesse  fare.  Al  che  io  respose  :  che 
esaendo  questa  una  propositione  de  la  quale  non  havendone  la  Ex. 
Vra  noticia  alchuna,  non  me  ne  posseva  etiam  havere  parlato  ;  non 
sapeva  ne  posseva  fare  judicio  de  Tanimo  etintencione  sua,  per  quello 
mo  che  ad  me  occorreva  improvisamente,  diceria  che  la  E.  V.  inten- 
dendo  la  cura  e  studio  quale  metteva  la  Maestà  sua  alla  conserva* 
tione  del  stato  suo,  questo  séria  collocato  appresso  al  cumule  de  le 
altre  infinité  et  immortale  obligatione  che  la  E.  V.  si  senteva  havere 


80  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 

alla  Maestà  sua,  non  dovendo  easerede  minore  conaideradone  appreaao 
ley  che  la  cerchaaae  conservarli  el  atato  che  el  rispecto  de  havergelo 
conceaso.  SabjuDgendoli  che,  se  bene  la  MaeaU  sua  diceva  de  non 
potere  dare  aiuto  alla  B.  Y.  alchuno,  non  dimeno  epsa  aperava,  ed  io 
me  persuadeva  che  tutto  quello  la  potesse  fare  e  cum  la  forze  e  cum  la 
auctorità,  lo  faria;  et  descendendo  poi  al  particulare  de  le  conditione  di 
queata  legs,  io  disse  che,  se  ben  sapeva  che  la  E.  V.  vederia  volunteri 
et  coDsideraria  le  propositione  di  sua  Maestà,  nondimancho  quanto  ad 
me  le  giudicava  impossibile  e  periculose  ;  impossibile  perche,  havendo 
la  E.  V.  Francesi  aile  spalle,  la  nécessita  la  stringeva  ad  prepararsi 
senza  dilatione  et  ad  dovere  provedere  aile  gentedarroe  sue  ;  e  prove- 
dere  alli  denari  che  la  Maestà  sua  tocha  in  le  propositione,  sapeva 
certonon  esserli  modo  ne  via  periculosa;  perche,  essendo  Suiceri  de  la 
natura  che  sono  e  tanto  viciai  alla  E.  V.,  quando  epsa  facesse  démon, 
stracione  de  arme  contra  de  loro,  poteriano  munire  li  loci  quali  sono 
verso  Sua  Maestà  per  stame  sicun,  e  de  Taltro  canto  mettersi  alla 
offensione  de  la  Ex.  V.  ;  laquale  séria  de  tanto  magiore  momento 
quanto  che  da  una  banda  se  trovasse  havere  Francesi  in  casa  e  de 
Taltra  Suiceri;  concludendoli  che,  per  intrare  in  la  lega  de  Svevia, 
sapeva  che  la  E.  V.  ne  séria  contentissima  quando  la  potesse  intrarli 
cum  le  condicione  e  qualità  che  li  sono  ioclusi  li  altri  principi  ;  e  più 
oltra  li  affirmava  che,  quando  la  S.  M.  parti  cularmente  volesse  cosa 
alchuna  de  la  E.  Y»,  se  senza  essere  ricerchata  epsa  haveva subvenuto 
li  soi  in  questi  bisogni,  moito  mazoremente  et  più  voluntera  lo  faria, 
intendendo  la  volunta  de  Sua  Maestà.  Ad  questa  mia  resposta,  epsa 
repiicô  che  ley  per  lo  peso  de  questa  guerra  de  Suiceri,  non  poria  aiutare 
la  E.  Y.,  ne  de  Burgogna  ne  dai  Imperio  bisognava  che  epsa  expec- 
tasse  succurso  alchuno  ;  che,  quello  la  poteria  fare  cum  la  auctorita 
lo  faria,  si  corne  faria  cura  le  forze  quando  potesse,  ne  per  el  particulare 
suo  voleva  cosa  alchuui  ;  perche  se  la  E.  Y.  li  desse  denari  a  ley  tutta- 
volta  che  li  occorresse  bisogno  di  essere  aiutata,  non  possendolo  fare 
la  Maestà  sua  se  reputaria  a  grandissime  caricho  havere  tolto  li  soi 
dinari  e  non  aiutarla,  e  perho  che  ad  questa  lega  confoi*tava  la  E.  Y. 
per  bene  suo  e  non  per  altro  rispetto,  dicendo  che  se  Francesi  li 
movevano  guerra,  bisognava  che  la  spendesse  e  stesse  in  periculo  de 
ruinare  ;  e  se  adesso  spenderia  bene  unopocho  foradel  bisogno  suo,  ne 
posseva  expectare  securita,  et  farelo  quale  sentiria  omne  di  crescere 
ad  magiore  beneficio  suo.  Et  havendoroi  la  Maestate  suarichiesto  chel 
parère  mio  quale  li  haveva  dicto  ad  bocha  lo  volesse  mettere  in  scrïpto, 
perche  lo  potesse  examinare,  io  lo  feceetseraqui  incluse.  Et  havendolo 
la  M.  S.  tenuto  uno  di,me  mando  poi  a  dire  per  el  Langh  che  per 
omne  modo  persisteva  nel  proposito  suo,  che  la  E.  Y.  facesse  quello 
che  epsa  li  ricordava  e  proponeva. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZà  81 

Inqoeito  rasonamento  havendomi  la  Maestà  soa  resposto  che  quello 
poteria  fare  ad  benefitio  de  la  Ex.  V.ra.  cum  la  auctorita  lo  faria, 
m  parse  ad  proposito  tocharli  due  cose  ;  Tuna  sopra  el  particulare 
de  lo  Papa,  e  Taltra  Bopra  la  venuta  de  quattro  ambasatori  firancesi 
qaali  aspettaS.  M.  Ë  quanto  a  le  cose  del  Papa,  li  disse  che  epsa  do 
Tevahavere  inteso  le  praticbe  quale  erano  state  fin  qui  corn  Sua  San- 
tiU  per  tirario  al  benefitio  de  le  cose  de  Italla  e  fare  lega  cum  Sua  San- 
titàjRe  Federico,  la  B.  V.et  Piorentini,  e  che  havendo  di  continuo  dato 
bone  parole  e  da  Taltro  canto  soUicitato  el  Re  di  Franza  alla  impresa 
de  Italia,  e  continuando  in  questo  più  che  mai,  se  bene  se  era  fia  qui 
expectato  de  intendere  la  finale  dispositione  sua,  non  di  maucho  s'ô 
era  anche  pensato  como  poterli  levare  el  modo  e  la  via  de  fare  maie, 
qaando  se  vedesse  che  oltra  chel  sia  instrumento  de  la  ruina  de  Italia, 
Tolesse  mettersi  alla  executione  del  suo  malo  animo  e  perho  che  ha- 
vendo la  E.  V.  consultato  insieme  col  Re  Federico  la  provisione  neces* 
saria  per  assicurarsi  de  Sua  Santità  in  caso  che  Francesi  passasseno 
in  ItaUa,  giudicavano  et  havevano  rasonato  sehavessino  ad  temptare  le 
arme  spirituale  e  temporale  per  levarli  Tadito  di  far  maie  ;  e  quando 
al  spirituale,  havendo  lo  Re  di  Spagna  facto  quelle  che  la  Maestà  sua 
doveva  havere  inteso,  se  la  Maestà  sua  cum  lo  imperio  facesse  lo  mede- 
Bimo,  pareva  potesse  cedere  ad  grandissime  proposito  per  moderare  li 
desordinati  appetiti  del  Papa.  Quanto  al  temporale,  eravano  in  pen- 
siero,  como  se  mettesseno  Francesi  adpassare,  de  assecurarse  de  sua 
Santità  cum  la  forza,  e  deliberando  la  Maestà  sua  mandare  homo  ad 
Roma,  se  epsa  mandasse  homo  de  auctorita  et  armigero»  quando 
havesse  facto  la  opéra  spirituale  e  non  giovasse,  poteria  ad  nome  de  S. 
M.  e  de  lo  imperio  mettersi  alla  execntione  del  temporale  cum  le  gente 
del  Re  Federico  e  de  la  E.  V.,  che  séria  senza  spesa  de  Sua  Maestà, 
e  tntta  la  reputatione  séria  la  sua  e  del  imperio  ;  cercha  la  venuta  de 
li  ambasatori  francesi,  li  disse  che,  essendo  per  li  avvisi  venuti  ben 
chiara  la  mala  dispositione  loro  contra  la  E.  V.  et  quasi  in  facto  le 
preparatione  sue,  la  Maestà  sua  posseva  declararli  che  intendendo  e 
vedendo  quello  se  voleva  temptare  contra  Milano,  li  certificava  che 
cum  la  persona  propria  e  cum  la  forze  sue  e  del  sacro  imperio,  era  per 
pigliare  la  protectione  de  la  E.  V.,  lassando  tutte  le  altre  imprese  da 
canto,  e  che  non  seriano  tanto  presto  alla  offensione  sua,  che  cossi  pres- 
to la  Maestà  Sua  non  fusse  e  cum  le  forze  e  cum  la  persona  in  aiuto 
del  stato  de  la  E.  V.  Et  in  questo  li  rechay  el  rasonamento  facto  in 
Brerà  col  Rdo  M.  Petro  da  Trieste,  ricordandoli  che  adesso  séria  lo 
tempo  e  la  occasione,  magiore  che  maj  in  alcuno  tempo  se  potesse 
expectare,  de  moderare  la  ambitione  de  Venetiani  et  ampUare  la 
dignità  e  stato  de  Sua  Maestà  cum  farU  intendere  che  la  B.  Y.  non 
havendo  ad  guardarsi  indreto  fana  cognoscere  alla  Maestà  sua  quanto 

6 


82  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 

la  desideri  la  exaltacione  sua,  e  cum  qaale  forze  et  vigore  aiutaria 
questa  impresa,  disiinguendoli  la  facilita  d'epsa  impresa  cosi  per  la 
nécessita  ne  laquale  se  trova  la  Signoria  de  Yenecia,  anichilata  de 
denari,  de  gente  darme  e  cum  lo  timoré  del  Turco,  como  per  la  via 
quale  haveria  la  E.  V.  de  mandare  le  gente  d'arme  sue  fin  sopra  le 
porte  di  Verona,  e  perho  che  in  questa  venuta  depsi  ambasatori  fran- 
cesi  doveva  vedere  se  la  posseva  introdure  qualche  tregua  per  doi  o 
tre  anni  col  Re  de  Franza  la  quai  fusse  de  qualita  che  la  Ex.  V. 
potesse  stame  secura  ;  e  poi  la  M.  S.  se  mettesse  in  questa  impresa 
perche  gli  ne  reusciria  tal  fructo  che  quando  poy  la  volesse  fare 
contra  el  Re  de  Franza,  haveria  tanti  aiuti  e  modo  da  per  se 
che  quelle  poteria  essere  difficile  adesso  séria  facile  ad  allro 
tempo. 

LaMaestà  sua,  sopra  le  cosedelPapame  respose  che  le  opère  diSua 
Santità  erano  veramente  aliène  da  quello  chel  debito  del   officio  suo 
recerchava,  ma  che,  trovandosi  adesso  epsa  in  questi  frangenti  de 
guerra,  non  li  pareva  de  irritarsi  el  Papa,  ma  expectare  de  temptare  lo 
spirituale  in  altro  tempo  ;  la  quale  cosa  confessava  spectare  al  officio 
suo  e  volevafarlo;  equantoa  temptare  el  temporale,  disse  che,  facen- 
dosi  movimento  de  arme  contra  el  Papa,  judicava  fusse  bene  consi- 
derare  che  questo  non  movesse  più  el  Re  di  Franza  alla  perturbatione 
de  Italia,  quali  potevano  pigliare  colore  de  fare  contra  la  Ex.  V.  per 
aiutare  el  Papa  ;  cercha  la  venuta  de  li  ambasatoii  francesi,  la  Maestà 
sua  molto  largamente  rispose  che  la  faria  lo  efifecto  per  me  ricordato, 
in  farli  intendere  che  la  era  per  mettere  la  persona  e  le  forze  per 
aiutare  e  defendere  la  E.  V.  E  quanto  al  procurare  de  fare  tregua  per 
faretquello  altro  efiecto,  me  rispose  che  Francesi  cento  volte  le  bave- 
vano  ofi'erti  partiti  grandissimi  e  volevano  lassarli  Venetiani  in  preda, 
lassando  la  Maestà  sua  la  E.  V.  e  che  may  li  haveva  voluto  consentire  ; 
cum  dire  che,  quando  de  novo  volesse  attendere  aile  propositione  sue, 
lo  fariano  più  che  mai,  ma  che  la  intencione  sua  è  sempre  stata  et  è 
de  non  lassare  V.  Ë.  ad  discretione  ;  et  se  bene  sapeva  che  parlando 
de  questa  tregua  non  ne  cavaria  el  fructo  che  la  E.  V.  desidera  et  lej 
voria,  non  dimeno  lo  voleva  temptare  de  novo,  dicendo  che  e  questo  e 
tutte  le  altre  cose  quale  potesse  fare  per  dimonstrare  la  grandeza  del 
amore  suo  alla  Ex.  Y.,  lo  faria  promptamente  et  de  bon  core,  tochando 
in  fine  che  questo  che  haveva  proposto  de  la  liga  era  la  salute  sua,  e 
ch*io  dovesse  da  parte  de  S.  M.  significarlo  alla  E.  Y.  ;  in  bona  gratia 
de  laquale  continue  me  ricomando. 

Ex  Lindo,  17  mai  1499. 
Exc.me  111. me  Dominationis  vestre  minimus  servitor 

Marchesinus  Stanga. 


MAXIMILIKN  ET  LUDOVIC  SFORZA  83 

Poêtêcripta:  Sopraqueste  propositione de  la  Cesarea  Mae8ta,io  ho 
resposto  qoello  che  la  B.  V.  vedera,  e  me  è  parao  depingerle  impos- 
tibile  e  periculose  ;  perche,  oltra  che  cossi  sia  el  débile  judicio  e  vedere 
mio,  lo  haTere  da  me  împroTvisamente  risposta  in  questa  forma,  dara 
mancho  carico  alla  B.  V.  in  non  acceptarle  quando  non  11  piaciano, 
como  credo  non  farano  e  perche  nel  scrivere  non  si  po  cossi  extesa- 
mente  dittinguere  tutti  li  rasonamenti,  ho  anche  parlato  in  modo 
che  la  Maesta  sua  non  resta  se  non  bene  edificata  de  la  Bx.tia  V.ra; 
6  qaando  epsa  non  acceptasse  gia  quelle  che  ha  proposto,  credo  non 
habia  ad  restame  con  mala  opinione,  excusando  la  cosa  cum  quelH 
modi  e  termini  che  la  B.  V.  per  la  prudentia  sua  sapera  fare.  lo  uon 
sono  volute  intrare  in  meriti  de  pratichare  questa  cosa  per  abazarla, 
axio  la  Maestà  sua  non  si  fusse  persuasa  chio  havesse  el  parère  de 
U  E.  V.  in  pecto  et  havesse  voluto  merchantarla,  benche  più  prin- 
cipalmente  lo  habia  facto  per  non  parlare  ne  pratichare  quelle  de 
che  non  ho  commissione,  e  perche  nel  parlare  mio  propose  alla 
Maestà  sua,  se  particularmente  voleva  cosa  alchuna,lo  déclarasse  che 
U  Ex.  V.ra  lo  faria.  lo  ini  mossi  ad  questo  per  le  varia  fora  di 
questa  propositione,  e  tractare  cum  lei  quella  offerta  che  me  haveva 
commisse  la  Bx.tia  V.ra  li  dovesae  fare,  ma  havendo  la  Maestà  Sua 
dimonstrato  essere  in  tutto  aliéna  da  questo,  se  ley  vora  mo  con- 
vertire  quelle  ch*  io  doveva  offerire  in  questa  propositione  e  fare  o 
piu  0  meno  questo  stare  allô  arbitrio  e  deliberatione  sua,  havendo  ad 
essere  le  parte  mie,  sforzaromi  cum  quelle  pocho  ingénie  che  Dio  et  la 
Dttara  me  hanno  date  de  satisfare  allaB.  V.,  laquale,  sein  quelle  che 
fia  qui  è  stato  tractato,  restasse  pocho  satisfacta,  ascrivera  el  tutto 
ad  ignorantia  et  non  alla  dispositione  mia  ;  laquale  in  le  cose  de  la 
E.  V.  è  quella  che  deve  havere  une  chi  lo  essere  sue  ricognosca  da 
chi  lo  ha  ha  va  te  dopo  Dio. 

Questo  posso  certificare  alla  Bx.  V.  che  sel  acordio  se  fara  mai 
corn  Snjceri,  epsa  li  sera  inclusa  per  havere  serra  te  le  vie  tuai  ie 
secundo  Tordinatione  e  volunta  del  imperio  ;  et  appresso,  sel  se  havera 
per  alcuno  ad  fare  praticha  di  questo  accordio,  la  Bx.  V.  lo  fara  o  in- 
tenrenerano  segni  soi  al  tutto,  perche  cossi  me  ha  certificato  la  Cesa- 
rea Maestà;  laquale,  per  quanto  posso  comprendere  e  conjecturare  de 
Fanimo  e  dispositione  sua,  non  ë  per  fare  ne  cerchare  accordio 
alchuno  se  prima  non  prova  in  qualche  bona  bataglia  quello  possa 
sperare  di  questa  impresa,  et  benche  el  Langh  dicesse  ad  Augustino 
Somenzio  che  la  Maesta  sua  era  contenta  che  la  Bx.  V.  ra  ne  disse 
qoello  la  possevafare  in  la  praticha  de  questo  accordio;  nondimeno 
iotrovo  la  Maestà  sua  alienissima  da  questo,  salvo  se  extrinseca- 
meate  non  dimonstrasse  una  cosa,  nel  pecto  ne  havesse  an  altra  ;  che 
non  credo. 


84  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZÂ 

El  discorso  de  la  lettera  longa  la  E.  V.  lo  potera  liberamente 
communicare  ad  M.  Petro  da  Trieste,  perche  cossi  mi  ha  dicto  el 
Langh  da  parte  de  la  Cesarea  Maestà  ;  et  alla  111.  S.  Y.  me  ricomando 

Data  ut  in  litteris. 
Idem  aervalus. 

(lindau,  17  mai  1499} 

In  Lindo  die  17  maii  1499. 

Serenissime  et  invictissime  Csesar, 

Visie  et  bene  consideratis  articulis  propositis  per  sacratissimam 
Majestatem  Vestram  in  negocio  Lige  Suevie,  quoniam  de  his  quse  tan- 
gunt  ill.  mum  D.  Ducam  meum  sententiam  meam  in  médium  afferre 
Majestaa  Vestra  Jussit,  et  si  illustrissimi  Duels  iste  partes  sint  nec 
ego  deliberationem  Excellenti»  Suœ  in  rébus  novis  neque  intellectis 
nec  sciam  nec  recte  judicare  possim  ;  ac  tamen  Cesare»  Majestatis 
V.  mandatis  parère  volens,  qu»  mihi  occurrunt  explicabo:  hoc  unum 
pro  certo  habens  illmam  Dominum  ducem  propos!  ta  per  serenissimam 
Majestatem  Vestram  reverenter  auditurum  et  intellecturum.  Duo  sont 
in  Liga  Suevie  per  Ser.  mam  M.  tem  V.ram  proposita  :  obligationem 
ill.  D.  ducis  concernentia,  scilicet  quod  Elvetiis  claudat  victualia  et 
contra  Elvettos  ponat  sex  milia  bellatores,  quattuor  Italicos  et  reliques 
Alemanos,  et  quod  donec  isti  sex  milia  bellatores  sint  in  ordine,  det 
quinquaginta  milia  ducatos  modo  Lige  Sua\ie. 

Super  commeatibus  Helvetiis  impediendis,  Ser.  ma  M.  tas  Vestra 
proxime  intellexit  ill.  d.  ducem,  audita  Majestatis  Vestr»  etSacri  im- 
perii  deliberatione  et  voluntate,  se  ejusdem  sacri  imperii  principem 
obedientissimum  ostendisse  ;  sperans  quod,  cum  ejus  sacri  imperii 
membrum  sit,  si  cum  Helvetiis  aliquo  tempore  res  componerentur  et 
concordia  fieret,  Ser.  mam  Mi^estatem  V.ram  ac  sacrum  imperium  in 
omni  compositione  sui  rationem  habituram,  et  in  conditionibus  et  ca- 
pitulis  ârmandis  securitatem  Ex.  tie  sue  inclusuram. 

Super  capitulo  sex  milium  bellatorum  et  quinquaginta  milium  duca- 
torum,  cum  ill.  mus  dominus  dux  meus  bellum  régis  Francie  ante  oculos 
habeat,  judicio  meo  impossibilia  sunt  quse  proponuntur  et  in  novo  pe- 
riculo  res  suœ  constituerentur  ;  posset  enim  eodem  tempore  et  régis 
Francie  et  Helvetiorum  belium  expectare, qui»  cum  in  limitibus  Domini 
ducis  sint,  cum  parva  manu  dominium  suum  invadere  possent,  et  in 
uno  die  incendere. 

Et  quoad  L.  milia  ducatos,  cum  Dominus  Dux  ad  bellum  contra 
Oallos  sustinendum  se  preparet,non  bene  video  quomodo  ista  simul 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA  85 

stare  et  convenire  possint.  Hoc  tamen  scio  quod  Dominus  dux  si  in 
Liga  Saevie  poterit  inclu<H  eo  modo  quo  alii  imperii  principes  inclusi 
luntt  excellentiam  suam  portionem  sibi  spectantem  quam  honestam 
esse  pataverit  libenter  satisfacturam. 


(Lindau,  21  mai  1490) 

111"*  et  ex"»®  sig.  mio  obser"®, 

lo  credo  che  la  Cesarea  Maestà  havesse  dcsiderio  de  parlarmi  de 
la  fiola;  laquale  cosa  non  ha  facto,  perche  M.  Matheo  Langh  in  dicorso 
di  parlare,  queata  ultima  volta  che  è  stato  a  lo  alogiamentomio,  me  ha 
dicte  chel  bisognava  che  uno  di'lui  et  io  dessimo  moliere  a  V.  Extia: 
laqaale  parole  indubitatamente  me  ha  u^ate  per  attaccanni,  e  per 
fédère  como  mi  moveva  ad  questa  propositione  :  quello  ch'io  li  ho 
resposto  è  stato  che  son  certo  la  E.  V.trovarsi  in  dispositione  de  non 
accompagnarsi  mai  più,  e  persuadermi  che  lo  habia  facto  per  voto  ;  et 
lihosubjuncto  como  non  pensando  altro  laE.  V.  che  fare  cognoscere 
alla  Cesarea  Maestà  quale  sta  la  observantia  sua  verso  epsa  e  quanto 
la  desideriy  che  è  per  li  tempi  presenti  e  per  li  futiiri,  si  cognoscaessere 
una  cosa  medesima  el  stato  de  la  Ex.  V.ra  cum  quelle  che  hano  ad 
venire  dreto  ad  Sua  Maestà,  me  ha  commisse  li  debia  parlare  per  fare 
pareotato  cum  lo  archiduca  di  Burgogna  per  mezo  de  la  fiola  nel  ill 
sig.  conte  de  Pavia  ;  quando  alla  Maestà  sua  paresse  questo  havera 
ad  fare  ad  satisfactione  sua.  Al  che  me  ha  risposto  che  ne  debia 
per  omne  modo  parlare  alla  Cesarea  Maestà.  Laquai  cosa  io  faro  como 
mi  accada  la  opportunita,  e  me  è  parso  dire  questo  al  predicto  M.  Ma- 
theo, perche,  cognoscendo  me  haveva  usare  quelle  parole  per  vedere 
como  roi  moveva,  possa  referire  quello  li  ho  dicto  et  excusare  la  prima 
propositione. 

Alla  m.  S.  V.  continue  me  raccomando. 

Ex  Lindo,  21  mai,  1499. 
E.  IUn«  D.  V.  minimus  servitor  Marchisinus  Stanoha.  * 


*  Soscription  :  111""»  principi  et  ex"»  d"©  D"»  meo  unico  D""  Duci  Me 
diolani.  In  manibus  propriis. 

(A  suivre,) 

L.-6.  Pklissibr. 


VARIETES 


La  Société  des  «  Langoes  Romanes  »  à,  Bonn 

Mon  chbr  Directeur, 

La  Société  des  Langues  Romanes  m*avait  chargé  de  la  repré- 
senter au  jubilé  universitaire  de  notre  confrère,  M.  W.  Fœrs- 
TER.  Ce  n^est  pas  le  lieu  de  dire  ici  pour  les  austères  lecteurs 
delà  Revue  les  menus  incidents  du  long  voyage  de  Montpellier 
à  Bonn.  Tout  au  plus  me  permettral-je  de  dire  que  le  soleil  du 
Midi  m*a  accompagné  jusqu*au  bout  et  que  les  vallées  de  la 
Sambre  et  de  la  Meuse  étaient  bien  belles,  par  une  après-midi 
d*octobre,  avec  leurs  frondaisons  multicolores.  Un  mot  encore 
au  sujet  de  la  diffusion  du  français  :  à  Herbesthal,  au  moment 
du  départ,  le  conducteur  allemand  nous  invita  à  monter  dans 
e  train  par  cette  formule  :  Und  jetzt,  Meine  Herren,  en  avant 
deux/  Cette  expression  de  troupier  et  de  maître  de  danse, 
transportée  au-delà  de  la  frontière,  m*amusa  beaucoup,  et 
comme  je  le  félicitais  sur  sa  connaissance  du  français,  il  ajouta 
après  le  herttg  sacramentel  :  on  parti  Nouvelle  surprise;  mais 
je  n*en  eus  pai  d*autre  de  o  genre  jusqu'à  Cologne:  c'était 
tout  son  baga^^e  do  français  et  nous  ne  conversâmes  plus  que 
par  gestes  ou  en  allemand. 

La  fête  uuiversitairo,  qui  eut  lieu  le  26  octobre,  fut  des  plus 
simples;  c*est  à  Tinsu  du  jubilaire  qu'on  Pavait  préparée. 
M.  Fœrstbr  fut  très  sensible  à  Tattention  qu'avait  eue  la 
Société  des  Langues  Romanes.  Il  avait  reçu  à  Toccasion  de  son 
jubilé  de  nombreux  télégrammes  et  de  nombreuses  adresses: 
parmi  ceux  de  ses  collègues  étrangers  il  fut  tout  heureux  de 
me  montrer  ceux  de  M.  Gaston  Paris  et  de  M.  A.  Thomas.  Le 
Félibrige  Latin  avait  envoyé  une  longue  poésie  —  du  poète 
Charles  Gros,  si  je  ne  me  trompe  ;  notre  confrère  y  était  anobli 
et  s'y  appelait  Wendelin  de  Fœrster  et  des  strophes  harmo- 
nieuses, en  pure  langue  du  Clapas,  lui  rappelaient  son  séjour  à 


VARIETES  87 

Montpellier  et  ses  excursions  à  Saint- Guilhem  et  dans  les 
environs. 

Les  anciens  élèves  de  M.  Fobrstbr  lui  offrirent  une  très 
belle  adresse  sur  parchemin:  la  première  feuille  contenait 
d'admirables  reproductions  des  miniatures  des  manuscrits  de 
Chrestien  de  Trojes  :  parmi  les  signataires  on  remarquait  les 
professeurs  Mohrsbach  (Gôttingue),  Biiiibring  (Bonn),  docteur 
Steffen8(Bonn),  Lenz  (Santiago  du  Chili),  docteur  Zacher,  cor- 
respondant de  la  Gazette  de  Francfort  à  Rome,  présent  à  la  fête  ; 
parmi  les  signataires  français  le  docteur  Gaufinez,  professeur 
de  littérature  française  à  Bonn,  le  docteur  Friedel  (Paris)  et 
moi-même.  Le  Sénat  Académique  vint  en  corps  présenter  au 
professeur  Fœrster  les  félicitations  de  ses  collègues  de  TUni- 
versité  et  le  Hector  M agni ficus  Vd^^^e\d>,  dans  un  langage  élevé, 
ses  nombreuses  contributions  à  la  science.  Enfin,  une  délégation 
du  Neuphilologenverein  en  costume  de  gala  — -  bottes  vernies, 
dolman  et  rapière  —  vint  aussi  présenter  ses  hommages  à  son 
président  d'honneur. 

Un  grand  banquet  réunit  le  soir  dans  la  Leslhalle  autour  de 
M.  Fœrstbr  ses  collègues^  ses  élèves  et  ses  amis.  Le  profes- 
seur Schaarschmidt,  conseiller  secret,  ancien  bibliothécaire  en 
chef  de  TUniversité,  rappela  en  quelques  paroles  émues  les 
services  rendus  à  la  philologie  romane  par  son  collègue.  Invité 
à  parler,  je  prononçai  les  paroles  suivantes  : 

Cher  Monsieur  Fœrstbr, 

La  Société  des  langues  romanes  a  bien  voulu  me  déléguer 
pour  vous  apporter  ses  hommages  et  ses  félicitations.  Il 
n'aurait  pas  été  difficile  à  la  Société  de  choisir  dans  son  sein 
des  membres  plus  dignes  que  moi  de  cette  mission  :  je  ne  sais 
si  elle  en  aurait  trouvé  dont  l'estime  fût  plus  profonde  et  la 
sjmpathie  plus  sincère. 

J'ai  appris  à  vous  connaître  dans  notre  Midi  ensoleillé^  dans 
cette  bonne  ville  de  Montpellier  où  vous  comptez  tant  d'amis. 
Vons  n'étiez  nullement  dépaysé  dans  ce  miliieu  de  méridio- 
naux. Votre  galté  et  votre  belle  humeur  étaient  égales  à  la 
nôtre.  Aussi  ma  première  visite  en  Allemagne  fut  pour  vous. 
Ce  n'est  pas  le  lieu  de  rappeler  ici  Taccueil  sympathique  que 
j'ai  trouvé  auprès  de  vous  et  de  vos  collègues  de  l'Université 


88  VARIETES 

de  Bonn  :  qu'il  me  suffise  de  dire  que  ces  souvenirs  suffiraient 
à  expliquer  ma  présence  ici. 

Des  liens  plus  profonds  nous  rattachent  à  la  Société  des 
langues  romanes.  Vous  avez  été  un  de  ses  amis  de  la  pre- 
mière heure.  Vous  avez  connu  en  pleine  activité  quelques- 
uns  de  ses  membres  les  plus  éminents.  Vous  avez  assisté  aux 
efforts  qu*elle  a  dA  faire  pour  faire  naître  si  loin  de  ce  grand 
foyer  intellectuel  qu'est  Paris  «  le  goût  de  la  philologie 
romane.  Vous  savez  qu'elle  y  a  brillamment  réussi,  grâce  à 
l'activité  de  tous  ses  membres,  grâce,  surtout,  aux  travaux 
de  deux  hommes  dont  l'un,  Bouchbrib,  fut  trop  tôt  enlevé  à 
la  science,  et  dont  Tautre,  M.  Chabaneau,  est  resté  un  do  vos 
meilleurs  amis.  Vous  avez  vous-même  contribué  au  succès  de 
la  Revue  des  langues  romanes  en  l'honorant,  à  l'occasion,  de 
votre  collaboration  :  inutile  de  vous  dire  combien  nous  regret- 
tons vivement  que  d'autres  occupations  ne  vous  permettent 
pas  de  nous  continuer  cette  précieuse  collaboration. 

Nous  le  regrettons  moins  pourtant  depuis  que  nous  avons 
de  vous  ce  travail  magistral  qui  s'appelle  l'édition  des  œuvres 
de  Chrestien  de  Troyes.  Nous  savons  les  efforts  qu'il  vous 
a  coûtés  et  que,  même  au  prix  de  votre  santé,  vous  n'avez 
pas  reculé  devant  ToBuvre  ei^treprise. 

Grâce  à  vous  nous  pourrons  lire,  dans  un  texte  correct, 
l'œuvre  longue  et  dfûcile,  mais  si  charmante  et  parfois  si  une, 
de  notre  poète  champenois.  Nous  verrons  les  transformations 
de  eette  poésie  courtoise  qui ,  née  dans  notre  Midi,  s'est 
répandue  dans  notre  littérature  grâce  à  la  renommée  de 
Chrestien  de  Troyes  et  de  ses  imitateurs. 

Elle  s'est  répandue  aussi  dans  la  vôtre  ;  vos  M innesinger ont 
connu  nos  trouvères  ;  le  Chevalier  au  Lion  a  trouvé  de  bril- 
lants interprètes  dans  votre  littérature.  Heureux  temps  que 
celui  où  deux  grands  peuples  ne  rivalisaient  que  pour  les 
lettres  et  les  arts  ! 

De  si  longs  travaux  vous  donneraient  le  droit  de  vous  repo- 
ser ;  mais  vous  nous  paraissez  aujourd'hui  vous  ressentir  si 
peu  des  dures  souffrances  des  dernières  années,  que  nous 
espérons  encore  beaucoup  de  votre  infatigable  activité. 

Vous  nous  avez  dit  ce  matin  que  votre  foi  dans  la  science 
est  restée  la  même  qu'au  début  de  vos  travaux  :  nous  vous 


• 


VARIETES  89 

souhaitons  de  retrouver  une  partie  de  cette  ardeur  qui  vous 
animait  il  j  a  plus  de  trente  ans,  lorsque,  modeste  profes- 
seur dans  un  Ijcée  de  Vienne,  vous  commenciez  à  vous  ini- 
tier, seul,  aux  secrets  de  la  philologie  romane. 

Encore  une  fols,  au  nom  de  la  Société  des  Langues  Romanes^ 
et  en  mon  nom  personnel,  je  vous  adresse  mes  meilleurs 
vœux  et  mes  plus  sincères  félicitations. 

Dans  une  chaleureuse  improvisation,  M.  Fœrster  répondit 
aux  discours  qui  avaient  été  prononcés.  «  Ci  matin,  dit-il,  le 
ciel  était  pâle  et  brumeux  ;  quand  j*ai  vu  arriver  un  méri- 
dional, j*ai  cru  voir  un  rayon  de  soleil  dans  les  plis  de  ses 
vêtements  ;  puis  à  mesure  que  mes  amis  sont  venus,  le  jour 
m*a  paru  plus  clair  et  plus  gai.  »  Il  se  sentait  rajeuni  par 
cette  fête,  et  si  jamais  il  avait  eu  quelques  doutes,  il  étaitsûr 
maintenant  que  son  enseignement  n'avait  pas  été  stérile. 
Puis  s*adressant  dans  un  français  très  correct  au  délégué  de 
la  Société  des  Langues  Romanes,  il  me  pria  d'être  son  inter- 
prète auprès  de  ses  amis  de  Montpellier  et  de  leur  dire  com- 
bien il  avait  été  touché  de  leur  attention.  Il  me  rappela  la 
soirée  thé&trale  à  laquelle  11  avait  assisté  dans  la  loge  muni- 
cipale avec  son  ami,  M.  Castets;  il  rappela  qu'il  avait  a  frotté 
la  Salamandre  '  »  sur  les  bords  de  la  Méditerranée,  et  qu'il 
avait  gardé  de  notre  Midi  un  souvenir  inoubliable.  Il  nous  le 
prouverait  d'ailleurs  en  revenant  le  plus  tôt  possible  voir  le 
Clapas. 

Nous  souhaitons  de  tout  cœur  que  cette  promesse  se  réalise  ; 
M.  Fœrster  sait  plus  que  tout  autre  avec  quelle  sympathie  11 
sera  accueilli  ;  elle  ne  peut  avoir  d'égale  que  celle  avec 
laquelle  j*ai  été  reçu  à  Bonn  '. 

J.  Anoladb. 


1  Qae  les  lecteurs  de  la  Revue  ne  se  mettent  pas  martel  en  tête  pour 
celte  expression  ;  il  s*agit  d*une  manière  plutôt  bruyante  de  boire  de  la 
bière  :  Salamander  reiben, 

'  Le  NeuphUologenverein  en  particulier  —  dont  j*étais  membre  il  y  a 
deux  ans  —  a  fait  au  délégué  de  la  Société  un  accueil  cordial  et  cha  - 
leareux,  et  il  me  faudrait  de  longues  pages  pour  décrire  les  exercices 
▼ariés  que  les  Fûchsê  exécutèrent  en  son  honneur. 


BIBLIOGRAPHIE 


Meyer-Ldbke  (W.)*  —  Einfuhrung  in  das  studium  der  romanischen 
sprachwissenschaft.  Heidelberg^  C.  Winter,  1901  [X,  224  p.],  5  m. 

S*il  est  des  livres  que  le  critique  expédie  en  quelques  lignes  parce 
quHls  ne  méritent  pas  un  compte  rendu  plus  long,  il  en  est  d*autres 
sur  lesquels  il  n*est  guère  moins  bref  parce  qu'il  ne  trouve  pas  moyen 
d'en  commenter  les  divers  chapitres  autrement  que  par  ces  simples 
mots  :  «  Bien,  très  bien  ».  Tel  est  Touvrage  que  nous  offre  aujour- 
dui  M.  Meyer-Lûbke  et  qui  introduit  d'une  façon  si  alléchante  dans 
le  domaine  des  langues  romanes  une  série  de  grammaires,  d'istoires 
de  la  littérature  et  de  dictionnaires. 

Après  avoir  déterminé  les  limites  du  domaine  roman  et  donné  une 
classification  des  langues  romanes,  l'auteur  étudie  dans  une  première 
partie  les  éléments  constitutifs  de  ces  langues,  élément  latin,  élément 
celtique,  élément  germanique.  Puis  il  consacre  la  seconde  partie  à 
l'examen  des  modifications  de  toute  sorte  qu'a  subies  le  roman  depuis 
ses  origines  jusqu'à  nos  Jours. 

Tous  les  problèmes  du  romanisrae,et  ils  sont  nombreux,  sont  indi 
qués  avec  des  exemples  nets  et  caractéristiques  ;  toutes  les  questions 
sont  résumées  d'une  manière  généralement  excellente.  Voyez  par 
exemple  les  g§31  et  32  sur  les  mots  empruntés,  les  g§  42-48  sur  les 
mots  d'origine  germanique,  leur  date  et  leur  dialecte  originaire,  et 
tant  d'autres  chapitres  que  l'on  citerait  si  Ton  n'en  était  empêché  par 
l'embarras  de  choisir. 

Ce  n'est  pas  à  dire  que  tout  doive  être  aveuglément  accepté  et  que 
tout  soit  définitif  et  indiscutable.  Ainsi  le  chapitre  intitulé  «  Dauer 
und  klang»,  p.  100-112  est  surtout  une  suite  d^ipotèses.  L'auteur  le 
donne  du  reste  comme  tel,  et  la  question  est  tellement  difficile  et 
tellement  complexe  qu'elle  ne  comporte  guère  autre  chose  que  des 
constructions  problématiques.  On  doit  ajouter  d'ailleurs  que  les  ipo- 
tèses  de  M.  Meyer-Liibke  sur  ce  sujet  en  valent  d'autres  et  qu'elles 
valent  même  mieux  que  beaucoup  d^autres. 

Il  i  a  forcément  aussi  dans  le  détail  quelques  erreurs,  quelques 
oublis,  quelques  faiblesses.  Ainsi  on  ne  voit  pas  comment,  p.  16, 
l'auteur  parcourant  le  domaine  roman  de  l'est  à  l'ouest  rencontre  le 
portugais  avant  le  sarde.  On  ne  comprend  pas  pourquoi  dans  l'énu- 
mération  des  dialectes  français,  p.  22,  ne  figure  pas  celui  de  l'Ile -de- 


BIBLIOGRAPHIE  91 

France  oo  francien,  ni  parai  les  dialectes  espagnols  le  castillan  et 
Taragonais.  On  lit  p.  36  que  arepennU  n'eut  représenté  qu'en  français; 
que  faire  alors  de  v.  esp.  arapende  ?  Des  différentes  explications  rap- 
portées au  §  83  pour  Faccentuation  de  tmihrae^  colûbra,  inUgm^ 
eaûiédra^  alécru  et  mots  analogues  aucune  n'est  satisfaisante.  Il  ne 
8*agitpas  là  d*un  déplacement  roman  de  Taccent;  ces  mots  ont  con- 
servé l'ancienne  accentuation  latine  fixée  pendant  la  période  italique, 
à  one  époque  où  Ton  disait  encore  *pat'reê  (plus  tard  pa-tris)^  comme 
Homère  disait  noiX'péç  (plus  tard  ira-rp^ç)  et  comme  disait  d^une  ma- 
nière générale  l'indo-européen.  Cette  accentuation  une  fois  établie  a 
subsisté  durant  toute  la  latinité  et  se  retrouve  encore  dans  les  re- 
préseulants  modernes  des  mots  latins  qui  la  possédaient.  L'accen- 
tuation pàlptbra,  IntegrUy  etc.,  n*est  apparue  qu'à  la  période  du  latin 
classique,  surgissant  par  une  analogie  presque  obligatoire,  mais  à 
aucune  époque  elle  n'a  pu  éliminer  l'accentuation  ancienne  et  n'a 
jamais  eu  à  côté  d'elle  qu'un  caractère  exceptionnel  et  plus  ou  moins 
savant.  Vojez  sur  ce  point  il.  Meillei,  Revue  bourguignonne  de  Ven- 
mgnement  Bupérieur^  t.  V,  p.  232  (article  très  important). 

Nous  terminerons  en  émettant  le  vœu  que  les  autres  volumes  de  la 
collection  soient  dignes  de  celui  qui  ouvre  si  brillamment  la  série. 

Maurice  Grammont. 

]larehot(P.).— Petite  phonétique  du  français  prélittéraire  (vi«-x*  siècle). 
Première  partie  :  Les  voyelles,  Fribourg  (Suisse),  B.  Veith,  1901 
[39  p.]. 

La  brochure  de  M.  Marchot  a  la  malchance  de  paraître  en  même 
temps  que  VE'tnfuhrung  de  M.  Meyer-Liibke.  Ce  dernier  étudie  tout 
le  domaine  roman,  tandis  que  le  premier  se  borne  à  la  fonétique  du 
roman  de  la  Oaule  du  nord  et  aux  débuts  du  français.  Presque  toutes 
les  questions  abordées  par  M.  Marchot  sont  traitées  par  M.  Mejer- 
Lûbke,  mais  avec  une  autre  sûreté  et  une  autre  largeur  de  vues. 

La  M  Petite  phonétique  »  comprend  deux  Chapitres  :  1°  Remarque» 
tvr  le  vocalisme  du  latin  vulgaire  de  la  Gaule  du  Nord,  ^  Les  voyelles 
dans  le  français  prUitUraire.  On  sait  quelle  obscurité  règne  encore 
sur  un  grand  nombre  de  fénomènes  fonétiques  qui  se  sont  accomplis 
dorant  la  période  qu'étudie  l'auteur  ;  mais  on  doit  reconnaître  pourtant 
qu'il  abuse  un  peu  des  ipotèses,  et  que  si  certaines  méritent  d'être 
prises  en  considération,  comme  celle  qui  prétend  expliquer  révolution 
de  l'a  tonique  libre  (p.  29  et  suivantes),  il  i  en  a  beaucoup  qui  sont 
trop  contestables. 

Le  §  l  traite  de  l'accent.  Llpotèse  relative  aux  mots  intégru^  tonitru, 
palpitra  et  analogues  se  détruit  d'elle-même.  Voyez  les  renseigne- 


92  BIBLIOGRAPHIE 

mente  que  nous  donnons  sur  ce  point  dans  notre  compte  rendu  de 
VEinfuhrung  (ci-dessus,  p.  91).  »  La  question  deparéU  est  des  plus 
ténébreuses  ;  mais  ^explication  de  M.  Marchot  n^est  pas  recevable  ; 
d*après  lui  pariete  serait  devenu  'paréète  à  l'époque  où  ï  est  devenu  é 
(e  fermé)  en  roman,  ce  qui  suppose  que  le  changement  roman  de  f  en 
é  est  antérieur  à  celui  de  ï  en  jod  devant  une  autre  voyelle  ;  c*est 
contraire  aux  faite.  Puis  ce  * paréète  serait  devenu  * parèèU  «  par 
attraction  de  la  voyelle  accentuée  sur  Patone  »  ;  mais  si  Yï  était  de- 
venu é  il  n*avait  plus  de  raison  pour  perdre  Taccent.  Enfin  * parèète 
serait  devenu  parité  «  par  contraction  »  ;  mais  la  contraction  de  deux 
voyelles  ouvertes  ne  donne  pas  une  voyelle  fermée.  Le  cas  de  cohorte 
devenant  côrte  n'est  nullement  comparable  ;  en  latin  deux  voyelles 
brèves  en  se  contractant  donnent  une  voyelle  longue,  dont  le  corres- 
pondant roman  est  forcément  une  voyelle  fermée.  Mais  le  roman  ne 
connaît  plus  de  voyelles  longues  ni  de  voyelles  brèves  ;  il  n*a  que  des 
voyelles  ouvertes  et  des  voyelles  fermées.  —  Pour  l'accentuation  des 
formes  qui  ont  donné  naissance  au  mot /oie  et  à  ses  frères  romans, 
voyez  l'article  de  M.  G.  Paris  dont  il  a  été  rendu  compte  ici  même, 
p.  186.  —  Pour  êéccUef  voyez  Meyer-LÛblce,  Einfuhrung,  p.  98.  Pour 
*  pûlicella  (§  4),  voyez  Revue  des  langues  romanes,  1898,  p.  287.  Cum 
à  c^té  de  quum  (§  7)  n'a  rien  de  comparable  avec  le  cas  de  nil  à  côté 
de  nihiL  — Moriu,  cocu  (non  eoqu),  anticu  (non  anUqu)^  etc.,  sont  dus 
à  une  évolution  latine,  et  non  pas  romane.  De  même  tus,  sus,  etc.  — 
Une  étape  '  laquju  n'a  aucune  espèce  de  vraisemblance.  ^  Fr.  dès 
ne  peut  pas  sortir  de  *  de-ex  car  l'a;  -^  es  et  n'entrave  pas,  et  d'autre 
part  certaines  formes  dialectales  comme  Dampricbard  dd  prouvent 
que  IV  était  fermé  ;  v.  fr.  ades  qui  a  un  e  ouvert  ne  peut  pas  non  plus 
remonter  à  *  ad'de-ex  ;  nous  reviendrons  sur  cette  dernière  forme  en 
temps  opportun* 

Nous  bornerons  ici  nos  observations  ;  elles  suffisent  à  montrer 
avec  quelles  précautions  on  pourra  utiliser  l'ouvrage  de  M.  Marchot. 
La  seconde  partie,  Les  consonnes,  est  annoncée  pour  1902. 

Maurice  Oràmmont. 

Bartoli  (M.).  —  Ueber  eine  studienreise  zur  erforschung  des  altroma- 
nischen  Dalmatiens.  (N*»  V  des  Vorlàufige  berichte  der  Balkan-com- 
mitsion,  en  vente  chez  Gerold  filsy  Vienne,  C'est  le  tirage  à  part  d'un 
article  paru  dans  VAnzeiger  der  philosophisch-historischen  classe  du 
29  novembre  1899.  [Académie  impériale  des  Sciences  de  Vienne]). 

M.  Bartoli,  chargé  par  l'Académie  des  Sciences  de  Vienne  d'aller 
étudier  sur  place  l'ancien  dialecte  roman  de  Dalmatie,  est  revenu  avec 
les  matériaux  d'un  ouvrage  considérable  qui  ne  pourra  paraître  que 


BIBLIOGRAPHIE  98 

dans  quelque  temps.  En  attendant  il  nous  donne  un  résumé  des  ira 
vaux  qu'il  a  accomplis  dans  sa  mission  et  des  faits  qu'il  se  propose  de 
mettre  en  lumière. 

Le  Dalmate  est  un  dialecte  jusqu'à  présent  très  mal  connu  et  dont 
les  sources  sont  maleureusement  limitées;  on  ne  voit  pas  trop  ce 
qu'on  pourrait  ajouter  plus  tard  à  celles  dont  a  disposé  M.  Bartoli, 
car  la  dernière  personne  qui  parlait  le  végliote  est  morte  en  1898,  et 
les  archives  des  notaires  de  la  ville  de  Véglia  ont  été  presque  entiè- 
rement détruites  par  un  incendie.  Pourtant  nous  en  possédons  assez 
pour  nous  rendre  compte  du  caractère  très  particulier  de  cette  langue 
et  du  aut  intérêt  qu'elle  présente  à  différents  égards. 

Dans  \e  consonctntisme  on  remarquera  surtout  le  traitement  des  m  gut- 
turales »: c  devient  é  devant  i,  ë,  ûf  mais  il  reste  c  (k)  devant  ê,  {  comme 
devant  a,  o,  û;  qui  devient  de  même  ci  tandis  que  qiie  est  représenté 
par  ke;cifC8  deviennent pt, ps  (en  gaulois  c'est  le  contraire:  pi, pi 
deviennent  et,  es)  ;  la  sonore  ^  a  un  traitement  parallèle. 

Dans  le  vocalisme  on  notera  que  les  produits  de  û  supposent  une 
fase  û,  que  a  tonique  devient  e  dans  certains  cas,  qu'en  végliote  les 
vojelles  toniques  libres  se  diftonguent  toutes,  et  les  voyelles  toniques 
entravées  seulement  lorsqu'elles  sont  ouvertes. 

Au  point  de  vue  etnographique  et  istorique  il  sera  fort  instructif  d'é- 
tudier d'une  façon  précise  et  approfondie  les  rapports  du  Dalmate  avec 
*e  roumain  et  l'albanais,  avec  l'italien,  avec  le  rétique,  avec  le  slave  et 
avec  le  germanique  (la  plupart  des  idées  qui  sont  rendues  dans  la 
majeure  parde  des  langues  romanes  par  des  mots  germaniques  le 
sont  ici  par  des  vocables  latins  :  kaiptare  «  garder  n,juàlb  «  blanc»). 
Ces  recherches  ne  contribueront  pas  )ieu  à  éclaircir  la  «  question  illi- 
rienne  ». 

On  voit  par  ces  indications  quelle  sera  l'importance  de  l'ouvrage 
âDnoncé  par  M.  Bartoli. 

Maurice  Grammont. 


CHRONIQUE 


M.  Haguenin,  professeur  agrégé  de  l'Université,  a  été  nommé  pro- 
fesseur extraordinaire  de  français  moderne  à  l'Université  de  Berlin. 
Les  journaux  allemands,  en  annonçant  cette  nomination,  font  remar- 
quer que  tout  à  fait  exceptionnellement  le  nouveau  professeur  n'.a  pas 
eu  à  perdre  sa  qualité  de  français. 

Nos  lecteurs  connaissent  sans  doute  les  deux  notes  publiées  par  la 
^mania  et  les  Annales  du  Midi  dans  leur  dernier  cahier  et  relatives 


91  CHRONIQUE 

à  la  découverte  du  manuacrit  contenant  la  vie  de  Sainte  Foj  d'Agen. 
Ce  teste  sera  publié  dan»  un  tien  ^jIus  procbaioi  aumëros  de  la  Roma- 
nia  |iar  l'heureux  auteur  de  cette  découverte,  M.  Lkltb  db  Vascon- 
CEi.LOB.  Pouaaê  par  un  sentiment  des  plus  honorables,  M.  de  VaacoD- 
cellos  publiera  le  texte  avec  des  notei  et  une  introduction  en  poi^ 
tugaig. 

Noue  croyons  savoir  —  il  n'y  aura  sans  doute  plus  d'indiscrétion  à 
le  dire  quand  ces  lignes  paraîtront  — ,  que  c'est  i,  la  bibliothèque  de 
l^jde,  dans  un  manuscrit  classé  comme  contenant  des  textes  catalans 
(il  en  contenait  en  effet),  que  M.  de  Vasconcellos  a  découvert  sod 
poème. 

M.  KoscHWiTZ,  professeur  de  philologie  rom.tne  à  l'Université  d« 
Marbourg,  a  permuté  avec  son  collègue  de  l'Université  de  Kûnigsberg, 


M.  Gaston  PARrstmblie  dans  le /ourna/rfeiSaonnti  (octobre  1901] 
un  compte  rendu  de  l'Histoire  de  la  littéralure  française,  publiée  par 
MM.  H.  Suchier  et  Birch-Hirachreld.  Il  annonce  en  note  (p.  616)  un 
Tableau  de  la  littérature  française  au  moyen  âge  qui  contiendra  le 
tableau  de  la  littérature  provençale.  «  Une  esquisse  fuite  sur  un  plan 
différent  [de  celui  de  1888-1890],  embrassant  l'époque  intermédiaire 
(  1327-1500)  et  la  littérature  provençale,  paraîtra  prachaluement  :  en 
anglais  d'abord,  puia  en  français,  u 


Du  Litleralurblall  fur  germanische  und  romattiicke  Philologie  ; 
M.  Freymond,  professeur  de  philologie  romane  &  l'Université  de  Berne, 
a  accepté  une  nomination  à  l'Université  de  Prague. 

Le  docteur  Jeanjsquet  a  été  nommé  professeur  de  grammaire  com- 
parée des  langues  romanes  à  l'Académie  de  Neufchâtel. 


An  mois  de  juillet  1901  s'est  fondée  à  Rome  une  Soeiili  philolo- 
gique romaine.  Elle  publie  un  bulletin  et  des  documents  sous  la  direc- 
tion du  professeur  È.  Monaci.  Parmi  les  documents  qui  seront  publiés 
dans  les  premiers  voluuies,  on  annonce  les  suivants  : 

Il  Cantoniere  Vaticaito  3793,  reproduction  diplomatique. 

I  documenti  d'Amort,  avec  le  commentaire,  de  Francesco  da  Rar- 
berino,  édition  complète  d'après  les  deux  manuscrits  originaux  de  la 
Bibliothèque  Barberinîenne. 

II  Godiet  Valic-ino  3196,  contenant  l'original  du  chansonnier  de 
Pétrarque. 

l.ea  secrétaires  de   la  Société   sont  le  docteur  F.  Kermanin   et  le 

professeur  A.  Silvagni.  L'administrateur  est  le  docteur  E.  Modigliani, 

ignemente,  s'adresser  à  ce  dernier:  Home,  Coroo  Vitt. 


CHRONIQUE  95 

Doas  fait  assister  aux  luttes  héroïques  de  Maguelone  contre. 

Les  Pirates  d'Alger,  montrant  leurs  faces  blêmes. 

Puis  Maguelone  est  devenue 

Une  femme  hautaine  en  son  voile  de  deuil. 

Un  étranger,  dont  la  cuirasse  étincelle,  viendra  un  jour  la  consoler: 

0  douce  Maguelone,  il  presse  ton  corps  vierge 
Celui  que  tu  cherchais  par  les  vagues  effrois 
De  rhiver,  quand  ses  pieds  heurtaient  les  galets  froids 
Que  TécuDie  insensée  a  vomis  sur  la  berge. 

Le  poème,  qui  est  d*inspiration  panthéiste,  renferme,  cà  et  là,  de 
jolies  strophes. 

Ce  ne  sont  pas^  d*ailleurs,  les  premiers  vers  de  M.  E.  Renaud  II 
a  publié,  cette  année  également,  chez  Lemerre,  un  volume  de  poésie 
intitulé  :  Amours  Barbares.  Comme  sous-titre  :  Impressions  cévenoles  ; 
et  allemandes  pourrait-il  aiouter,  car  plusieurs  des  poèmes  qui  for- 
ment ledit  volume  ont  été  composés  pendant  un  séjour  de  l'auteur 
en  Allemagne. 

Le  poème  de  Maguelone  est  dédié  à  Tauteur  des  Flammes  Mortes, 
C'est  le  titre  d'un  volume  de  vers,  publié  également  chez  Lemerre,  en 
1901,  et  dont  Tauteur,  M.  Martin  Paoli,  est  professeur  d^italien  au 
Lycée  de  Montpellier.  La  muse  universitaire  ne  chôme  pas  à  Montpel* 
lier,  car  le  nom  de  Fauteur  de  Maguelone  la  Morte  n*est  que  le  pseu- 
donyme aux  trois  quarts  transparent  d'un  des  plus  distingués  profes- 
seurs de  langues  vivantes  du  Lycée. 


»  * 


Notre  collaborateur  M.  A.  Gasté,  professeur  de  littérature  fran- 
çaise à  rUniversité  de  Caen,  vient  de  prendre  sa  retraite.  11  a  pour 
sQccesseur  M.  Maurice  Souriau,  précédemment  professeur  de  litté- 
rature et  d'art  normands  à  Caen. 


•  • 


M.  W.  Fœrster  a  été  nommé  membre  correspondant  de  l'Académie 
des  sciences  de  Gôttingoe.  Il  était  déjà  membre  de  l'Académie  de 
Munich  depuis  de  nombreuses  années.  Toutes  nos  félicitations. 


La  librairie  Niemejer,  de  Halle,  prépare  une  importante  collection 
de  manuels  de  philologie  romane.  Nous  remarquons  en  particulier  dans 
la  liste  annoncée:  Manuel  d'ancien  provençal  (langue  et  littérature)  ; 
Manuel  de  provençal  moderne  (langue  et  littérature).  Un  de  ces 
manuels  (Introduction  à  V  étude  de  l'ancien  français,  par  M.  Voretzch) 
t  déjà  paru. 

*  Maoublonb  la  mortb,  méditation  poétique,  par  Etienne  Renaud, 
Montpellier, impr.  Firmin  et  Montane,  t901,  in-8«,  12  p. 


96  CHRONIQUE 


On  annonce  un  Précis  de  phonétique  expérimentale  par  l'abbé 
RoussRLOT  et  M.  F.  Laclotte,  qui  fera  suite  aux  principes  de  pho- 
nétique expérimentale  du  premier  de  ces  deux  auteurs  :  la  deuxième 
partie  de  ce  dernier  travail  vient  de  paraître  à  la  librairie  Welter. 


Notre  éminent  secrétaire  général,  M.  Chabaneau,  vient  d^étre 
nommé  professeur  honoraire  à  la  Faculté  des  lettres  de  TUniversi  é 
de  Montpellier. 

La  Société  se  réjouit  d*une  distinction  qui,  tout  en  attestant  combien 
les  longs  services  de  M.  Cbabaneau  sont  appréciés  par  le  Ministère, 
l'attache  par  un  lien  durable  à  cette  maison  qui  fut  si  longtemps 
sienne  et  qui  ne  Fa  vu  s'éloigner  qu*à  regret. 


« 


M.  Maurice  Grammont,  chargé  du  cours  de  philologie  à  la  Faculté 
des  lettres,  ancien  président  de  la  Société  pour  Tétude  des  Langues 
Romanes,  vient  d*être  nommé  professeur  de  linguistique  et  gram- 
maire comparée  à  T Université  de  Montpellier  (chaire  créée). 

M.  J.  Vianey,  maître  de  conférences  de  littérature  française  à  la 
Faculté  des  lettres,  notre  collaborateur,  vient  d'être  nommé  professeur 
de  littératures  modernes  comparées  à  TUniversité  de  Montpellier 
(chaire  créée). 

La  Société  des  Langues  Romanes  adresse  ses  félicitations  les  plus 
sincères  aux  nouveaux  professeurs  et  à  M.  le  Ministre  de  Tlnstruc- 
tion  publique. 


Dans  sa  séance  du  jeudi  5  décembre  1901,  le  Comité  directeur  de 
la  Société  a  procédé  à  l'élection  de  son  Bureau  pour  1902:  M.  Max 
Bonnet,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres,  correspondant  de  Fins- 
titut,  passe,  selon  Tusage,  de  la  vice-présidence  à  la  présidence. 
M.  F.  Fabrège,  Thistorien  de  Maguelone,  a  été  élu  vice-président, 
en  reconnaissance  des  services  qu'il  a  rendus  aux  J^tudes  méridio- 
nales et  de  rhospitalité  si  gracieusement  offerte  aux  félibres  et  aux 
romanistes  à  Maguelone,  lors  de  la  Santo  Estello  1900.  MM.  Lam- 
bert, Qrammont  et  Pélissier  sont  continués  dans  les  fonctions  de 
trésorier,  bibliothécaire  et  secrétaire  de  la  rédaction  En  remplace- 
ment de  M.  Chabaneau,  M.  Grammont  a  été  en  outre  nommé  secré- 
taire général  de  la  Société. 

M.  Chabaneau,  correspondant  de  Tlnstilut,  professeur  honoraire  à 
la  Faculté  des  lettres  de  l'Université  de  Montpellier,  a  été  nommé, 
par  acclamation,  président  d'honneur  de  la  Société  pour  l'étude  des 
Langues  Romanes. 


Le  OéroHt  respoMable  :  P.  Hamblin. 


LA  DANSE  DES  TREILLES 


NOTICE 


«  Les  Treilles  »,  aussi  haut  qu'on  peut  remouter,  ont  été 
dansées  à  Montpellier  en  1503,  devant  Tarchiduc  Philippe, 
gendre  de  Ferdinand  le  Catholique,  quand  il  retournait  dans 
ses  Etats  de  Flandre,  avant  de  conclure  à  Ljon,où  il  s'arrêta, 
un  traité  avec  Louis  XII.  Il  est  dit  dans  nos  archives  locales 
que  les  Consuls,  «  pour  festoyer  ledit  seigneur,  de  toutes 
sortes,  firent  danses  et  a  bails  de  la  Treille  »,  qui  fut  très  hien 
dansé  ettriomphantment  ». 

On  les  a  aussi  dansées  en  15G4,  pour  la  troisième  fête  de 
Noël,  en  présence  du  roi  Charles  IX,  de  passage  en  notre 
ville.  Dans  son  «  Recueil  et  discours  du  voyage  de  Charles IX  », 
Abel  Jouan  dit  (et  le  fait  est  confirmé,  d'après  ce  que  nous 
communique  M.  Emile  Bonnet,  dans  les  Mémoires  manuscrits 
de  Serres  —  Bibliothèque  du  Séminaire) — ,  que  les  habitants 
de  Montpellier  o  donnèrent  plaisir  au  Roy,  en  un  grand 
carroy  qui  estait  devant  son  logis,  d'une  danse  que  l'on  appe- 
lait «  Iji  Treilhe  » «  et  dansaient  au  son  de  trompettes, 

tenaos  en  leurs  mains  des  cerceaux  tous  fioris,  et  les  dan- 
seurs tous  masqués  et  revestus  qu*il  faisait  beau  voir » 

Abel  Jouan  parle  de  trompettes  ;  c'est  le  hautbois  qu'il  veut 
désigner,  car  la  musique  des  Treilles  n'a  sa  véritable  adap- 
tation que  sur  le  galoubet  augmenté  du  tambourin. 

En  1830,  on  les  a  aussi  exécutées  devant  la  duchesse  d*An- 
goulême. 

En  1852,  nos  Gris€ltes,q\iï  les  dansèrent  devant  le  prince 
Président,  eurent  le  don  d*exciter  par  leur  charme  ses  applau* 
dissements  et  son  sourire.  On  sait  qu'il  n'en  était  pas  pro- 
digue. 

Les  Treilles  constituèrent,  en  1878,  le  principal  attrait  des 

XLV.  —  Mars  1902.  7 


98  LÀ  DANSE  DES  TREILLES 

«Fêtes  Latines».  On  les  a  reprises  à  la  venue  du  Président 
Carnot,  en  1890,  à  Toccasion  de  la  commémoration  du  Yl* 
centenaire  de  l'Université  de  Montpellier.  On  les  dansait 
récemment  à  Marseille,  à  Pézenas,  et  partout  elles  ont  le 
don  d'attirer  la  foule.  A  Toulouse,  on  les  appelle  la  danse  du 
(cRamelet));  mais  on  ne  les  danse,  crojons-nous,  correcte- 
ment et  historiquement,  ajouterions-nous  presque,  qu'à  Mont- 
pellier, où  leur  caractère  exclusivement  bachique  et  lascif 
est  conservé,  par  opposition  aux  variations  et  déformations 
apportées  à  leur  simplicité  dans  le  but  d'en  embellir  Ten- 
sembie. 

La  danse  du  Chevalet  * 

Avec  moins  d*agitation  mais  non  sans  autant  de  grâce  et 
d*agilité,  vient  derrière  la  Danse  du  Chevalet.  Une  pieuse 
croyance  que  les  habitants  de  Montpellier  ont  conservée 
attribue  l'origine  de  cette  danse  célèbre  dans  tout  le  Midi, 
où  la  propagation  des  scènes  pittoresques  comme  aussi  du 
chauvinisme  est  si  rapide,  au  rapprochement  conjugal  de 
Pierre  II  roi  d'Aragon  avec  la  douce  Reine  Marie  de  Mont- 
pellier, issue  de  la  famille  des  Guilhem  ;  à  la  suite  de  ce  rap- 
prochement, vint  au  monde  Jacmes  le  Conquérant,  vainqueur 
des  Maures  et  des  Sarrazins  d'Espagne  '. 

1  La  Dante  du  Chevalet  est  inséparable  des  Treilles, 

Ce  divertissement  a  été  réglé  en  13'^  par  une  ordonnance  de  Ray- 
mond de  Miintaner.  On  le  reprit  plus  tard  au  LouTie  pour  distraire  le 
roi  Louis  XV,  pendant  une  convalescence. 

Vingt>quatre  danseurs  partirent  de  Montpellier  pour  aller  exécuter 
cette  danse  devant  sa  Majesté  et  la  Cour.  Le  Mercure^  qui  rend  compte 
de  cette  cérémonie,  assure  que  le  Roi  fut  très  satisfait, 

D'Aigrefeuille  dite  que  le  peuple  ne  manque  point,  dans  toutes  les 
réjouissances  publiques,  défaire  sortir  le  «Chevalet»,  c'est-à-dire  qu'un 
jeune  homme,  monté  sur  un  petit  cheval  en  carton,  proprement  équipé, 
lui  fait  faire  le  manège  aux  sons  des  tambourins  et  du  hautbois,  tandis 
qu'une  grande  troupe  de  danseurs,  avec  des  grelots  aux  jambes  et  des 
tambours  de  basque  à  la  main,  font  semblant  de  lui  présenter  de 
l'avoine  pour  le  détourner  de  son  exercice,  ce  qu'il  évite  avec  beaucoup 
d'agilité  et  toujours  en  cadence.  >  {Histoire  de  Montpellier.) 

*  La  plupart  des  auteurs  de  l'histoire  du  Languedoc  s*appuient  pour 


LÀ  DANSE  DES  TREILLES  09 

Sans  vouloir  toncher  à  une  légende  aussi  chère,  puisque  le 
nom  d*un  héros  et  d*une  reine  aimée  j  sont  attachés,  qu'il 
nous  soit  cependant  permis  de  signaler  que  la  Danse  du  Che- 
valet pourrait  bien  remonter  à  une  origine  plus  ancienne  et 
86  rattacher  aux  coutumes  du  paganisme.  On  a  retrouvé  dans 
les  fouilles  de  Délos,  il  j  a  une  trentaine  d'années,  et  Ton 
conserve  au  musée  de  Béziers*,  un  vase  de  forme  élégante 
et  peu  commune,  composé  d'une  terre  très  fine,  d*un  ton  jaune 
clair.  La  peinture  en  est  rouge  et  noir;  on  distingue  très  bien 
ces  deux  tons  à  la  loupe.  Le  dessin  représente  un  cheval  pos- 
tiche porté  par  un  cavalier  armé  d*une  lance  :  a  Les  deux 
»  pieds  du  cavalier  s'appuient  à  terre,  dans  deux  espèces  de 
D  fourreaux  qui  ont  Tair  de  deux  jambes  de  cheval.  L'esprit 
»  humain  n'est  pas  tellement  inventif,  que  la  Danse  du  Che- 
B  vcUet,  c'est-à-dire  une  danse  dans  laquelle  figure  nécessai- 
»  rement  un  cheval  postiche  de  bois  ou  de  carton  n'ait  pu 


combattre  la  légende  de  la  naissance  de  Jacme  I"  roi  d'Aragon,  sur  le 
silence  de  ce  roi  lui-même,  qui  n'en  dit  mot  dans  les  Mémoires  qu'il  a 
laissés  de  sa  yie.  D'autre  part,  on  trouve  dans  la  Description  historique 
de  quelques  parties  de  la  France,  par  Dulaure,  qu'en  mémoire  d'un  évé- 
nement arrivé  à  Lyon  en  1403,  on  y  dansait,  le  jour  de  la  Pentecôte,  €  Le 
Cheval  Fou  >.  Un  homme  portait  à  sa  ceinture  un  mannequin  en  forme 
de  cheval,  lequel  était  couvert  d'un  vaste  caparaçon  qui  descendait  jusqu'à 
terre  et  couvrait  ses  deux  jambes  ;  deux  autres  jambes  postiches  sem- 
blaient enfourcher  le  cheval,  et  l'homme^  avec  tout  cet  attirail,  paraissait 

faire  de  l'équitation Il  sautait,  gambadait,  se  trémoussait  en  avant,  en 

arrière,  de  manière  à  imiter  les  allures  d'un  cheval  qui  caracole. 

Il  est  plus  que  vraisemblable,  en  rassemblant  les  diverses  danses  où  le 
cheval  joue  un  rôle,  tel  le  c  Pouli  de  Pézénas  »,  dont  l'invention  n'excé- 
derait pas  la  naissance  d'un  poulain  dans  les  écuries  du  Prince  de  Conti, 
pendant  un  séjour  qu'il  fit  dans  cette  ville,  où  il  appela  Molière,  le  «  Chivau 
frus  d^Aix  »,  c  le  cheval  fou  i  de  Lyon  et  la  touchante  légende  de  V  <  Ane 
deGignac  »,  que  l'origine  de  ces  démonstrations  quasi  aristophanesques 
remonte  à  des  causes  qui  nous  sont  inconnues. 

On  peut  lire  enfin,  dans  un  article  du  Journal  des  Débats  C24  mai  1831) 
à  propos  du  Dictionnaire  philologique  publié  par  Noël  et  Carpentier,  qu'on 
exécutait  à  Naples,  une  <  Pantalonnade  »  rappelant  le  a  Chevalet  ». 

En  Angleterre,  au  dernier  siècle,  on  dansait  le  «  Hobby -Hor se  »,  ou 
danse  mauresque,  a  Monns  dance;  »  le  cavalier  du  c  Hobby-Horse  »  por^ 
tait  son  cheval  tout  comme  dans  le  chevalet. 

*  Plume  %i  Pinceau.  —  Par  M.  Jules  Troubat.  lizeux,  Paris  1878. 


100  LA  DÂN8E  DES  TREILLES 

»  naître  à  des  époque»  différentes  dans  plus  d'une  localité.  Il 
D  suffisait  d'une  circonâtanoe  où  le  cheval  jouait  un  rôle  pour 
»  donner  lieu  à  une  manifestation  de  ce  genre,  et  il  a  pu  s'en 
))  produire  une  chez  les  Grecs,  à  Toccasion  du  fameux  cheval 
de  Troie.  » 

De  nos  jours,  le  ton  s'est  radouci  ;  le  Chevalet  n*est  plus  un 
instrument  de  guerre,  mais  un  poulain  modeste  quoique  astu- 
cieux, autour  duquel  marchenten  dansant,  dansenten  marchant 
«  sus  Vapi^  sans  cauciga  lou  grel  '  »  des  jeunes  gens,  nouveaux 
éphèbes,  qui  cherchent  à  lui  donner  l'avoine  dans  un  tambour 
de  basque  aragonnais...  '  Ah  I  la  chose  n'est  pas  facile,  car  la 
béte  en  gaieté  remue  sans  cesse,  et  envoie  des  ruades,  présen- 
tant la  croupe  quand  on  essaie  de  lui  prendre  la  tête,  tandis 
que  les  chansons  s'égrènent  comme  d'un  chapelet  sans  fin  '. 


1  Expression  languedocienne  tellement  pittoresque  qu'elle  n*a  pas 
d'équivalent  en  français. 

*  On  sait  que  la  Maison  d'Aragon  a  longtemps  régné  à  Montpellier. 

3  Voici,  bien  que  Tusage  en  soit  passé,  la  chanson  très  primitive  que 
chantaient  les  danseurs  autour  du  cheval  :  Elle  n'a  pas  de  nom  connu 
d'auteur  : 

Dona  la  cihada  aou  paoure  chibalet 
Qu'es  mort  de  fam,  qu'es  mort  de  set 
La  flatta 
La  gratta 
Et  lou  riban  vert 
A  la  moda  dô  Vaouvert 
En  sas  abadessas 
Et  sous  abbadis 
A  la  moda  dé  Paris 


Sa  Nimès  savien  dansa  lou  chibalet, 
Vendrien  pas  quôré  Dupounet  (célèbre  danseur) 

La  flatta 

La  gratta  etc.,  etc. . . 


LA  DANSE  DES  TREILLES 


101 


Gansoa  de  las  Trellhas* 


ChanBon  des  Treilles 


I 

Eh  !  io  tant  là  ! 
Passa  se  vos  passa, 
Passa  dejout  las  treilhas. 
Eh!  io  tant  là! 
Passa  se  vos  passa, 
Très  cops  sans  t'arresta  I 

II 

Cap  de  Jouvent, 

Que  vas  couma  lou  vent, 

Kspera  la  poulida! 

Cap  de  Jouvent! 

Que  vas  couma  lou  vent, 

Kspera-la  que  yen  ! 

lil 

Lou  mes  de  mai 
S^espandis  fies  e  gaï, 
La  rosa  es  espélida! 
Lou  mes  de  mai 
S*espandis  fres  e  gaï, 
Tout  canta  mai  que  mai. 

IV 

I^us  aacelouo, 

Sus  loas  aubres  en  flous. 

Disou  sa  cansounetta  ; 

Lous  aucelous, 

Sus  lous  aubres  en  flous, 

Rendou  moun  cor  jalous. 


I 

Et  en  avant  I  —  Passe  si  tu 
veux  passer,  —  passe  sous  les 
treilles.  —  Et  en  avant!  —  Passe 
si  tu  veux  passer,  —  trois  fois 
sans  t*arrêter  ! 


II 

Chef  de  la  jeunesse,  —  qui 
vas  comme  le  vent,  —  attends  ta 
jolie  compagne!  —  Chef  de  la 
jeunesse,  —  qui  vas  comme  le 
vent,  —  attends,  la  voici  qui 
arrive  ! 

ni 

Le  mois  de  mai  —  s'étend  frais 
Ql  gai,  —  la  rose  est  épanouie. 
—  Le  mois  de  mai  —  s'étend  frais 
Ql  gai,  —  tout  chante  à  qui  mieux 
mieux! 


IV 

Les  petits  oiseaux  —  sur  les 
arbres  fleuris  —  disent  leur  chan- 
sonnette. —  Les  petits  oiseaux, 
—  sur  les  arbres  fleuris,  —  rendent 
mon  cœur  jaloux. 


ï  Paroles  du  félibro  Louis  Roumieux,  composées  pour  les  fêtes  latines 
de  1878.  Cette  poésie,  de  date  relativement  récente,  a  été  précédée  de 
plusieurs  autres,  où  les  auteurs,  tous  populaires,  mêlaient  la  politique  et, 
plus  d'une  fois, la  critique  conjugale  à  la  manière  des  c  cours  coculaires  )»  ; 
mais  comment  les  recueillir?  Ceux  qui  les  chantaient  sont  morts,  et 
elles  n'ont  jamais  été  imprimées. 


L&  DANSE  DBS  TRBILLBS 


Coum'slos,  ien, 

Angeta  dau  boa  Dieu, 

Se  vos  de  poutoanettaB, 

Coum  'eles,  ieu, 

AogeU  dau  bon  Dieu, 

Que  n'en  fariei...  bon  Dieu  t 


-  petite 


De  même  qu'eux,  i 
ange  du  bon  Dieu!  —  Si  tu  v 
des  baisers.  —  De  mâme  qu'eux, 
moi,  —  petite  aage  du  bon  Dieul 
—  Queje  t'en  ferais!...  bon  Dieu! 


VI 
Brave  galant, 
Sen  pas  au  jonr  de  l'an, 
Qardas  vostras  brasBadai, 
Brave  galant, 
Sen  pas  au  jour  de  l'an, 
Fourvia  voue  de  davani 


VI 

Aimable  amoureux,  —  Dons 
ne  sommes  pas  Au  Jour  de  l'an; 
—  gardez  vos  baisers!  —  Aimable 
amoureux,  —  nous  ne  sommes  pas 
au  jour  de  l'an.  —  Ecartez-vous 
de  devant  moi] 


VII 

Au  mes  d'amour, 
Poutounejou  toujour 
Dos  amas  embraaadaa, 
Au  mes  d'amour 
Poutounejou  toujour 
La  niocbamaî  loujouri 

Vlll 
S'acoa  an  tau, 
Vendrea  à  moun  oustau, 
oumesaa. 


1  o  us  tau, 
laa  brutau  I 


VU 

An  mois  des  amours,  —  a'em- 
brassent  toitjourH  —  deux  Ames 
enflantmées.  —  Au  mois  des 
amours,  —  elles  s'embrassent 
toujours— la  nuit  comme  le  Jour  I 

VIII 

Puisqu'il  en  est  ainsi,  —  vous 
viendrez  à  la  maison,  —  on  vous 
promettra  ma  main.  —  Puisqu'il 
en  est  ainsi,  —  vous  viendrez  k  la 
maison,  —  mon  père  n'est  pas 
brutal. 


IX 

Ma  belle  enfanti  —  Pour  apai- 
ser ma  faim,  —  regarde  la  table 
est  mise!  —  Ma  belle  enraot!  — 
Pour  apaiser  ma  faim,  ■— pourquoi 
attendre  à  demain. 


LÀ  DANSE  DES  TRBILLES 


103 


Ses  pas  coontent, 

Adissias,  beii  jouvent, 

Passas  bona  la  festa  ! 

Ses  pas  coimtent, 

Adissias  beû  jouvent! 

M'en  vau  qa*ai  pas  lou  temps  I 

XI 

Oh!  joar  charmant! 
Mignota!  prend  maman, 
Pus  tard  veiren  lou  resta  ! 
Oh  !  jour  charmant, 
Mignota!  prend  ma  man 
Embé  moun  cor  aimant. 


Puisque  vous  n*êtes  pas  con- 
tent !  —  Bonjour,  beau  jeune 
homme  !  —  Que  la  fête  vous  soit 
légère!  —  Puisque  vous  u*êtes 
pas  content!  —  Bonjour,  beau 
jeune  homme  !  —  Je  m'en  vais, 
car  je  suis  pressée  ! 

XI 

Oh  !  jour  charmant  !  ^  Chôre 
petite!  prends  ma  main,  —  plus 
tard  nous  parlerons  d^autres  cho- 
ses. —  Oh!  jour  charmant!  — 
Chère  petite  !  prends  ma  main  — 
avec  mon  cœur  plein  d*amour. 


EXECUTION  CHORÉGRAPHIQUE  DE  LA  DANSE 

DES  TREILLES 

AVEC   FIGURES   BT   PLANS  DESCRIPTIFS   * 

La  Danse  des  Treilles^  est  ainsi  appelée  parce  qa*aa  début 
elle  a  d&  emprunter  sa  décoration  et  ses  accessoires  à  la 
la  vigne,  pendant  la  période  des  vendanges,  alors  que  les 
sarments  sont  verts,  chargés  de  pampres  et  de  fruits. 

Plus  tard,  quand  on  a  voulu  la  danser  à  d'autres  époques, 
an  printemps,  par  exemple,  on  a  substitué   aux  sarments 


<  Par  M.  Antoine  Troubat,  attaché  à  la  questure  du  Sénat. 

s  Noos  aTons  essayé  de  résumer,  non  sans  considérer  combien  grande 
était  la  difficulté  de  paraître  clair  sur  un  sujet  des  plus  spéciaux,  les 
renseignements  relatifs  à  Texécution  de  la  Danse  des  Treilles  que  nous  a 
fournis  un  modeste  et  intelligent  ouvrier  de  notre  ville.  Nous  le  remer- 
cions bien  vivement  ici  de  sa  complais;ince  et  de  son  obligeant  empres- 
sement. Son  goût  passionné  pour  cette  danse  locale,  qu'il  a  pour  ainsi 
dire  ressuscitée,  puis  fait  exécuter  aux  applaudissements  de  la  foule, 
soit  à  Montpellier,  pendant  de  mémorables  fêtes,  soit  à  Marseille,  où  il 
fot  appelé  à  Toccasion  de  fêtes  de  charité,  a  mis  un  titre  de  plus  à  ceux 
qu'il  possédait  déjà  comme  maître  de  ballets  populaires. 


10  4  LA  DANSE  DES  TREILLES 

des  cerceaux  enrubannés,  agrémentés  de  fleuri  naturelles  ou 
artificielles,  mais  le  nom  primitif  est  resté. 

Son  caractère  est  essentiellement  bachique. 

Hllle  se  décompose  en  douze  figures,  aussi  gracieuses  les 
unes  que  les  autres,  précédées  elles-mêmes  d*une  introduction 
ou  marche  préparatoire,  d*un  ravissant  effet,  et  se  termine 
par  un  salut  final  aux  spectateurs. 

L'ensemble  de  son  exécution  doit  durer  de  quinze  à  vingt 
minutes. 

On  la  danse  au  son  du  hautbois  et  du  tambourin. 

Une  vaste  place,  propice  aux  évolutions  au  milieu  de  la 
foule,  est  indispensable  à  ses  mouvements  d'ensemble,  qui  ne 
peuvent  produire  d'effet  agréable  à  l'œil,  qu'à  la  condition  de 
s'effectuer  avec  ordre,  régularité  et  précision,  trois  qualités 
susceptibles  de  lui  assurer  de  la  grâce. 

Deux  groupes  ou  couples,  chefs  de  file  intelligents  et  bons 
danseurs,  un  en  tête,  Tautre  en  queue,  véritables  choryphées 
ou  entraîneurs,  sont  aussi  une  garantie  indispensable  de  succès. 

Enfin,  un  bon  chef,  directeur  de  l'ensemble  des  mouve- 
ments, agissant  seul,  en  dehors  du  groupe  des  danseurs,  est 
aussi  nécessaire,  pouï"  donner  les  signaux  de  départ  et  d'arrêt, 
préciser  les  mesures  d'accord  avec  la  musique,  en  somme 
pour  assurer  les  efiets,  et  guider  l'ensemble  chorégraphique 
exposé  quelquefois  aux  bousculades,  et  qui  plaît  d'autant  plus 
que  le  nombre  des  exécutants  est  plus  nombreux. 

C'est  ainsi  que  le  nombre  des  danseurs  pour  les  treilles,  qui 
doit  être  au  moins  de  douze,  peut  être  porté  jusqu'à  cent. 


IntroduotloD  et  marche  préparatoire 

Les  spectateurs  s'étant  rangés  en  un  vaste  cercle  autour 
des  danseurs,  pendant  que  ceux-ci  s'organisent  et  se  placent 
en  rangs  de  deux,  ou  par  files  convenues  et  numérotées 
d'avance,  le  tambourin  exécute  un  roulement  de  batterie. 

Le  hautbois  sonne  un  appela  deux  ou  plusieurs  fois  répété. 

Aussitôt  les  groupes  se  forment  comme  pour  un  cortège, 
le  danseur  à  gauche  la  danseuse  ?  droite.  Le  cavalier  saisit  la 
danseuse  à  la  taille  ;  celle-ci  appuie  la  main  gauche  sur  l'épaule 


LA  DANSE   DES  TREILLES  105 

de  son  conducteur  et  la  treille  est  élevée  jusqu'à  hiuteur  de  tête^ 
tenue  par  la  main  gauche  du  danseur  et  la  main  droite  de  la 
danseuse^. 

Chaque  groupe  se  place  à  nn  mètre  environ  de  distance  du 
groupe  voisin,  et  s'aligne  correctement.  La  musique  joue  un 
iatervalle  de  quatre  temps^  penlant  lequel  les  danseurs  enla- 
cés, la  treille  flottant  au  vent,  marchent  quatre  pas. 

Au  cinquième  temps,  la  colonne  entière  s'ébranle,  les  dan- 
seurs partant  du  pied  droit,  les  danseuses  du  pied  gauche. 

Chaque  danseuse  doit  relover  la  tête  et  axer  son  cavalier 
d'un  regard  aimant,  tandis  q>ie  celui-ci,  sans  perdre  de  vue 
sa  ligne  de  distance,  et  son  alignement  par  files,  simule  avec 
sa  danseuse  une  tendre  causerie. 

Ainsi  disposés,  les  groupes  constituent  de  vrais  tjpes  de 
Watteau,  sous  leur  costume  léger,  enrubanné  et  pastoral 
autant  que  possible. 

La  musique  indique  que  tout  le  ballet  doit  exécuter  ainsi 
quarante- trois  pas  de  marche  préparatoire.  Dès  que  ces  qui,- 
rante-trois  pas  sont  exécutés,  et  au  moment  où  le  hautbois 
prend  une  allure  plus  vive  et  plus  sautillante,  précurseur  de 
la  véritable  danse  qui  va  commencer,  les  ôsinseurs  changent 
la  treille  de  main^  les  groupes  se  désenlaccnt,  tournent  sur  eux- 
mêmes,  et  forment  une  treille  plus  élevée  et  plus  largo  appelée 
Grande  Treille,  Ils  la  tiennent,  dès  lors,  très  élevée  pour  qne  le 
passage  puisse  s'effectuer  librement  au-dessous,  par  les  dan- 
sejps,  chacun  à  leur  tour,  et  toujours  par  groupe  de  deux. 

Cette  première  introduction  bien  exécutée  forme,  nous  ne 
saurions  trop  insister,  un  tableau  délicieux  d'ensemble  qui 
dispose  favorablement  l'attention  des  spectateurs. 

Ce  mouvement  de  passage  sous  la  treille  commence  simul- 
tanément et  sans  interrupt'on  dès  que  le  dernier  groupe,  c'est- 
à-dire  le  groupe  de  queue,  a  formé  la  grande  treille.  Les  autres 
groupes  suivent  jusqu'à  ce  que  la  grande  treille  se  soit  refor- 
nji'3  en  petite  treille  pour  l'exécution  d'une  autre  figure. 

'  Noos  arons  yu,  pendant  l'exécution  d'une  Danse  des  Treilles^  certains 
frroupes  porter,  par  un  mou%'ement  gracieux  et  naturel  leur  cercle  enru- 
banne derpi<>re  leur  tcte,  appuyé  sur  leurs  épaules  ;  c'était  charmant  et 
rappelait  par  certains  côtés  le  groupe  gracieux  de  «  Pendant  l'orage  •, 
du  peintre  Got,  originaire,  comme  on  sait,  de  Bcdarieux. 


lOa  LA  DANSE  DBS  TREILLES 

COUPLE   aOOS  LKB  TRBILLB8  COUPU  HORS   DBS  TRKILLBB 

PBTITB  THBILLB  ÛRAKDB  TKEILLB 


Promasads  ■oas  la  grande  treUl« 

Disons  tout  d'abord  que  le  pas  ioTariable  de  cette  danse  sa 
décompose  en  deux  mouTements  :  un  pour  poser  le  pied  à 
terre,  deux  pour  faire  un  léger  sursaut  sur  le  pied  quel  qu'il 
soit,  en  accélérant  l'allure  selon  que  l'indique  la  musique.  Au 
dernier  temps  de  rinlroduclion,  les  danseurs  tombent  du  pied 
droit,  les  jeunes  filles  du  pied  gauche,  les  groupes  as  roeuvent 
en  avant  en  conservant  leurs  distances,  pendant  que  le  haut 
bois  joue  deux  reprises. 

D68  que  le  guide  de  tête  est  passé  sout  toutes  les  treilles,  les 
bras  se  détachent  ;  chaque  g;roupe  fait  un?  pirouette  en  avant. 
Toujours  bn  iurquakt  lb  pas  sautb,  et  garde  la  treille  dam 
ta  même  main.  Par  ce  mouvement,  le  guide  de  tête  se  trouve 
placé  derrière  celui  de  queue,  et  ainsi  de  suite,  en  conservant 
autant  que  possible  les  distances  jusqu'à  oe  que  tous  les 
couples  soient  passes  sous  leur  propre  treille. 

Quand  la  colonne  entière  a  défllé  sous  la  treille  que  tien- 
nent élevée  les  guides  de  tête,  ceux-ci  reprennent  leur  marche 
en  avant,  suivis  de  tous  les  danseurs  qui  se  trouvent  de  nou- 
veau replacés  aomme  avant  l'exécution  da  cette  figure,  c'est- 
à-dire  en  forme  de  cortège. 

Ce  mouvement  peut  être  renouvelé  par  les  guides  de  queue. 
comme  il  a  été  exécuté  par  ceux  de  tête  ;  l'évolution  se  fait 


LA  DÂNSB  DES  TREILLES  107 

tlore  oomme  dans  tons  les  mouvements  ou  la  gauche  devient 
tête  de  Ugne. 

FIOURB  DU  PASSAGE   SOUS  LB8  TRBILLBS 


PI.  III 


Promenade  hors   des  Treilles 

Le  plan  chorégraphique  reste  le  même,  c*est-à-dire  toujours 
une  ligne  droite,  parallèle  à  une  rue,  un  boulevard. 

Noua  avons  laissé  les  danseurs  en  marche  sautéCy  la  tête  de 
queue  gauche  en  avant  {en  supposant  que  le  mouvement  ait  été 
exécuté  par  la  gauche,  ad  libitum). 

Dès  que  la  dernière  file  est  passée  sous  la  treill  ,  le  chef 
directeur,  agissant  en  dehors  des  groupes,  laisse  terminer  la 
reprise  du  hautbois  et,  au  signal  quHi  donne,  tous  les  groupes 


108  LA  DANSE  DES  TREILLES 

reviennent  sous  la  treille^  sans  changer  le  cerceau  de  main^  en 
donnant  le  bras  droit  à  leur  danseuse ^  comme  cela  a  dû  se  faire 
dès  qu'ils  en  étaient  sortis.  La  colonne  paît  facb  en  arrière,  et 
les  danseurs  se  trouvent  placés  comme  k  Tintroduction.  Seu- 
lement, au  lieu  d*être  enlacés  par  la  taille  et  sur  rSpaule,  ils  se 
donnent  le  bras, 

Jusqu*à  la  fin  de  la  reprise  du  hautbois,  la  colonne  continue 
de  se  porter  en  avant.  A  ce  moment  les  guides  de  tête,  rede- 
venus chefs  de  file,  ouvrent  le  passage  htrs  des  treilles,  en  disjoi- 
gnant l  s  bras  sans  changer  la  tre  lie  de  mains,  par  un  demi- 
cercle  en  avant,  et  faisant  face  en  arrières,  afin  que  chaque 
danseur  puisse  passer  sous  la  ^rane/e /reiV/e,  ainsi  reformée 
successivement  par  chaque  groupe  de  danseurs,  quand  ils 
sont  passés. 

Lorque  toute  la  colonne  a  ainsi  défilé,  chacun  ayant  grand 
soin  de  ne  pas  perdre  de  vue  le  guide  de  tête  ;  au  signal  que 
donne  celui-ci^  chaque  danseur  tend  de  nouveau  le  bras  droit  à 
sa  danseuse  et  se  porte  en  avant. 

A  un  nouveau  signal  du  chef,  tous  les  couples  font  face  en 
arrière,  par  un  demi-tour  en  dedans,  changent  la  treille  de 
main,  et  chaque  cavalier  offre  de  nouveau  le  bras  gauche  à  sa 
danseuse. 

Le  guide  de  queue  redevient  guide  de  tète  et  se  porfe  en  avant 
suivi  de  la  colonne  entière ,  sans  jamais  interrompre  le  pas  sauté. 
A  la  fin  de  la  reprise  du  hautbois,  il  exécute  à  son  tour  (ad 
libitum  comme  pour  la  première  figure),  le  passage  des  treifles, 
gauche  en  tête,  dans  ce  cas,  opérant  cette  fois  le  mouvement 
de  gauche  à  droite  pour  les  danseurs  et  de  droite  à  gauche  pour 
les  danseuses,  au  moment  de  sortir  de  la  grande  treille,  et  le 
contra  ire  pour  y  rentier. 

Quand  tous  les  groupes  ont  effectué  le  passage  hors  des 
treilles,  la  colonne  se  reforme  comme  elle  était  avant,  c'eft- 
à-dire  que  le  guide  de  queue  se  retrouve  placé  chef  de  file  en  tête^ 
attendant  soit  la  reprise  de  la  musique  pour  recommencer  la 
figure  quand  le  public  la  redemande,  ou  pour  se  porter  en 
avant  sur  un  signal  du  chef. 


Là  danse  des  treilles 


109 


FIOURB  DU  PASSAGE  HORS   DES   TREILLES 


J^M} 


PI.  IV 


Double  cercle  en  forme  de  huit 

Cette  figure  très  gracieuse,  quand  elle  est  bien  rendue,  est 
celle  qui  présente  le  plus  de  difficultés  pour  son  exécution. 

Les  groupes  doivent,  autant  que  possible,  être  en  nombre 
pair,  soit  trente  groupes,  par  exemple,  pour  que  Tenscmble 
offra  un  caractère  suffisant. 

La  colonne  se  divise  en  deux  groupes  qui,  mentalement,  se 
numérotent  f  celui  de  tête  et  celui  de  queue  formés  de  quinze  dan- 
seurs pour  chaque. 

lis  16  forment,  d'abord,  en  cercle,  de  la  façon  suivante  :  Au 


no 


LA  DANSE  DBS  TREILLES 


momeot  ot  tous  les  danseurs  sont  en  ligne  mous  la  treille,  le 
guide  de  queue  en  tête,  les  couples  n"  iS  et  46,  lettres  A  et  B, 
pour  la  simpliâeation  de  la  planche  que  nous  donnons  plus 
loin,  étant  an  centre  de  la  ligne,  opèrent  au  signal  du  chef 
leur  séparation,  et  forment  : 

Le  l"  groupe  de  tête,  de  1  i  15,  et  ^2*  groupe  de  queue,  de 
16  0  30. 

Le  guide  de  tête  fait  opérer  à  son  groupe  nn  mouTcment  de 
face  en  arrière,  les  daDsenrs  changent  la  treille  de  maing.  la 
prennent  de  la  main  gauche,  et  donnent  le  bras  droit  à  leurs  dan- 
seuses. 

Le  deuxième  groupe  exécute  le  mémo  mouvement  en  sens 
inverse,  et  la  séparation  est  formée  comme  dans  la  figure 
ci-dessous. 


DE  LA  COLONNI  EN  nSCX   ORODPBS 


Dès  que  la  séparation  des  deux  groupes  est  opérée,  ks  deux 
guides  de  chacun,  sans  trop  élargir  te  plan  chorégraphique,  se 
mettent  en  mouvement  d'une  façon  circulaire  par  une  conver- 
sion respective,  le  groupe  de  tête  par  la  gauche,  celui  de  queue 
par  la  drote,  et  marchant  à  la  rencontre  i'un  de  Cautre,  suivis 
des  files,  sans  cesser  toujours  de  sauter  en  cadence  en  mar- 
chant. 

An  momentoù  les  deux  guides  se  rencontrent  et  tecoudoient, 
les  cercles  doivent  être  à  peu  près  formés. 


LÀ  DANSfi  DES  TREILLES  1 1 1 


PIOURB  POUR  LA   FORMATION   DBS   CBRCLBS 


PI.  VI 

A  leur  rer.  contre^  chaque  guide  vient  passer  par  le  centre  jus^ 
qu'à  ce  que  chacun  ait  pris  sa  distance  respective^  derrière  la 
dernière  file  de  chaque  groupe. 

Au  point  de  contact^  qui  s^opère  par  cette  nouvelle  conver- 
sion vers  le  centre,  les  guides  peuvent  se  trouver  quelque 
peu  x^onfondus  ;  mais  il  suffît  d'accélérer  ou  de  ralentir  Tallure 
de  part  et  d*autre,  pour  que  la  rencontre  s'opère  régulière- 
ment au  centre,  point  de  contact^  et  les  deux  cercles  se  trouvent 
formés  comme  dans  la  figure  ci-après. 

DIVISION  DU  GRAND  CBRCLB  BN  DBUX  ÉGAUX 


1    J      ^ 


V-^  ^         %J 


C  i^   r  L 


PL  VII 


n  s  LÀ  DANSE  DES  TREILLES 

Au  moment  où  les  deux  guides  opèrent  leur  rencontre  au 
point  de  contact,  celui  du  groupe  de  tête  abandonne  les  files 
gui  suivaient,  entre  dans  le  cercle  du  groupe  de  gueue.  Celui-ci 
(chef  du  groupe  de  queue)  opère  le  même  mouvement  dans  la 
treille  formant  la  dernière  file  du  groupe  de  tête,  et  ainsi  de  suite 
pour  tous  les  groupes,  jusqu^à  ce  que  la  figure  en  forme  de  8 
soit  formée  comme  dans  la  figure  ci-dessous  : 

FORMATION   DU   CHIFFRE  8 


%^    i^    ^^ 


j  '1^ 


PI.  VIII 

Cette  figure,  trôa  gracieuse,  et  contre  laquelle  on  ne  saurait 
se  rebuter  à  cause  des  difficultés  qu^elle  présente,  plus  diffi- 
cile du  reste  à  expliquer  qu'à  exécuter,  étant  formée,  chaque 
groupe  doit  passer  au  moins  une  fois  sous  la  treille  du  même  pas 
toujours  sautillant  et  cadencé. 

Quand  révolution  de  tous  les  groupes  est  complète  et  que 
.es  guides  de  tête  et  de  queue  sont  revenus  au  point  de  contact , 
ils  font  une  pirouette  en  avant  et  laissent  passer  sous  leur  treille 
le  groupe  qu'tls  rencontrent.  Chaque  file,  une  fois  passée^  fait 
les  mêmes  pirowUtes  et  mouvement. 

Supposons,  comme  normalement  cela  devrait  être,  que 
Cette  rencontre  au  point  de  contact  ait  été  faite  par  les  guides  de 
tête  et  de  gueue ^  après  un  ^ot4r  complet  de  chacun  dans  le  cercle 
de  huit,  en  arrivant  devant  le  guide  de  queue,  celui  de  tête  se 
détache  du  bras  de  sa  d  nseuse  sans  lâcher  la  treille,  s'écarte  suffi- 
samment pour  laisser  passer  le  groupe  guide  de  queue,  en  élevant 
suffisamment  la  treille  pour  faciliter  ce  passage,  fait  une  nou- 


LA  DANSE  DES  TREILLES  113 

telle  pirouette  en  avant,  el,  quand  il  ta  terminée  et  que  le 
couple  qu'itavait  rencontré  est  patte  tout  la  treille,  chaque  couple 
guide  le  reprend  par  le  bras  et  continue  de  parcourir  le  plan  en 
forme  de  huit,  suivi  de  tous  les  couplet  jusqu'à  ce  que  tout  y 
loient  pattes. 

Lea  deux  gaides  arrirent  ainsi  à  se  rencontrer  encore  au 
point  de  contact,  et  la  ûgxm  est  terminée. 

Las  Dais 

Pour  rezâouUon  de  cette  flgnre,  les  deux  groupes  guide  de 
tête  et  guide  de  queue  se  trouvant  à  côté  changent  le  plan  et 
marchent  câte  à  eôte  devant  eax,  suivis  de  toutes  les  aies 
e  dans  la  figure  suivante  : 

DB   LA    COLONNB   APR^S   DSPORHATION   DU  HUIT 

Dès  que  les  groupes  bien  alignés  et  accouplés  par  deux  ont 
défilé  jusqu'au  moment  où  les  ahoU  de  tâte  et  de  queue  arri- 
vent à  une  même  kauleitr  de  ligne,  ils  se  rompent  pour  te  placer 
en  formt  de  dais,  à  taide  des  treillet,  comme  la  figure  de  dettout 
t'indique,  de  quatre  en  quatre. 

FORMATION    DU  DAIS 


Pour  opérer  ce  mouvement  au  signal  que  donne  le  chef,  à  la 
fin  de  la  reprise  du  hautbois,  les  deux  guidet  le  mettent  ensemble 
par  couples;  soit  ; 


114  LA  DANSE  DES  TREILLES 

le  couple  II*    1  iwee  le  ample  n*  90 

—  15  —  16 

—  8  —  23 

—  2  —  3 

—  4  —  6 

—  6  —  7 

—  9  —  10 

—  11  —  12 

—  13  —  14 

—  17  —  18 

—  19  —  20 

—  21  —  22 

—  24  —  25 

—  26  —  27 
le  couple  n*    28  avec  le  couple  n*  29 

En  supposant  que  les  danseurs  sont  an  nombre  de  trente, 
et  ainsi  de  suite,  s*ils  sont  plus  nombreux. 

Figure  da  Serpent 

Puis  les  danseurs  se  remettent  en  colonne  double^  en  deux 
groupes^  comme  à  ravant-demière  figure  oi-dessus  ;  seulement 
ici,  le  groupe  de  queue^  ou  de  gauche^  doit  avoir  à  sa  tête  le  guide 
de  queue  et  en  queue  le  guide  du  centre;  l*f  groupe  de  téte^  ou  de 
droite^  doit  avoir  à  sa  tête  le  guide  di  centre,  et  en  queue  le  guide 
de  tête. 

FORMATION  DU  SBRPSNT 


'X^ 


PI.  X 


i 


LÀ  dânse  des  treilles 


n% 


Les  danseurs  ainsi  placés,  le  chef  de  guide  ou  de  file^  de 
chaque  groupe^  fait  une  conversion  par  file  à  gauche^  suivi  des 
autres  groupes^  comme  dans  la  figare  suivante  qui  indique  la 
position  chorégraphique  au  moment  où  les  groupes  se  rencon- 
trent^ pour  se  rejoindre  en  une  première  ondulation. 

Le  guide  de  queue,  ayant  continué  de  se  mouvoir  toujours  droit 
devant  Itû^  suivi  de  toutes  les  files  de  danseurs^  il  arrive  un  moment 
oif  la  colonne  se  trouve  placée  en  ligne  droite  complè.  e,  composée 
comme  dans  la  figure  ci-dessous: 

RBFORMATION  DB  LA  COLONNB 


PL  XI 

A  ce  moment,  le  chef  directeur  donne  un  signal  :  chaque 
ieune  fille  change  la  treille  de  mains  et  vient  se  placer  derrière 
le  danseur  qui  la  précède^  très  rapprochée  de  celui-ci^  de  façon  à 
ce  que  les  couples  continuant  la  cadence  en  dehors  des  treilles  ne 
forment  plus  quune  seule  ti^eille  ou  ligne  d'ensemble,  comme 
dans  la  figure  suivante  : 

FORMATION  DB  LA  TRBILLB  BN  UGNB 


PI.  XII 


La  danseuse,  guide  de  queue,  commence  alors  le  mouvement 
/ondulation  du  serpent,  en  passant  sous  sa  propre  treille,  suivie 


116 


LA  DANSE  DES  TREILLES 


de  son  cavalier;  elle  pénètre  successivement  sous  chaque  treille^ 
et  tous  les  couples  à  la  suite  exécutent  le  même  mouvement  qui 
offre  un  coup  d*œil  des  plus  attrajants,  soit  : 


ONDULATIONS  DU  SBRPBNT 


f^M' 


PL  XIII 

Aussitôt  que  la  jeune  fille  qui  a  commencé  les  ondulations 
arrive  ap'ès  le  guide  de  tête,  elle  se  place  à  la  suite,  pour  laisser 
passer  tous  les  autres  couples,  jusqu'à  ce  qu^après  le  passage 
complet,  elle  soit  redevenue  avec  son  cavalier,  tête  de  colonne. 
Quand  tous  les  danseurs  sont  passés  en  sautillant  sous  la 
treille  du  guide  devenu  tête  de  colonne,  le  cavalier  donne  le  bras 
à  sa  danseuse  et  revient  sous  la  treille.  Puis,  le  couple  va  droit 
devant  lui,  jusqu'à  ce  que  la  colonne  soit  reformée  en  ligne.  Sur 
un  signal  du  chef,  ce  mouvement  se  répète  en  sens  inverse, 
et  c'est  le  guide  de  tête  qui  reprend  la  tête,  par  un  mouvement 
opéré  par  la  droite. 


Salut  final 

Quand  la  figure  du  serpent  est  terminée,  la  colonne  se  trouve 
reformée  en  ligne  droite  absolue  dirigée  par  le  guide  de  tête. 
Celui-ci  se  porte  alors  en  avant,  de  façon  à  passer  à  un  point  que 
lui  indique  le  chef,  soit  une  estrade,  ou  un  point  quelconque 
au  milieu  de  la  foule,  d'où  sont  partis  les  applaudissements  par 
exemple.  Tous  les  danseurs  le  suivent,  et  pour  fo)*mer  autant  que 
possible  le  fer  à  cheval,  il  va  rejoindre,  à  une  distance  évaluée 
selon  le  nombre  (J^ exécutants,  le  guide  de  queue. 

Quand  ces  deux  guides  sont  arrivés  à  se  trouver  sur  une 
même  hauteur  de  ligne,  le  plan  chorégraphique  présente  à  peu 
près  la  forme  d'un  hémicycle. 


LA  DANSE  DES  TREILLES 


117 


Ld  hautbois  joue  ses  dernières  mesures...  Chaque  danseur 
fait  sur  lui-même  trots  pirouettes,  en  les  espaçant  selon  la 
cadence  de  la  musique,  et  sans  jamais  cesser  de  sautiller,  et 
termine  Texécution  de  ce  charmant  et  délicieux  divertisse- 
ment, en  se  penchant^  les  treilles  levées,  comme  pour  un  salut^ 
vers  le  point  à  honorer^  en  se  tenant  sur  un  pied^  t autre  levé  et 
allongé/ 

Ce  salut  termine  la  Danse  des  Treilles.  Les  danseurs  se  repla- 
cent en  bon  ordre  de  marche  en  tin  groupe  resserré,  pour  aller 
recommencer  un  peu  plus  loin  leurs  évolutions,  et  la  danse 
du  chevalet  commence. 

Fernand  Troubat. 


MUSIQUE  DE  LA  DANSE  DES  TREILLES 
Notée  par  M  Coqurlin,  ex-chef  de  musique  au  122«  régiment  de  ligne 


Tambourin 


r  r;  g  r  C 


:7J-gC'gg'gl 


118  MUSIQUE  DE  LA  DANSE  DES  TREILLES 


j^i-^fp^ 


Tambourin 


%f^#^ 


/-j-errnH^J^ 


!'•  fois 


Z"»  fois  .^• 

8     K  a 


O        Pour  finir 


CONTREDANSE  DES  TREILLES 


^m 


m 


I   f  *  (■  ^  g  I 


à 


i 


^ 


'%' 


s 


f  f  r  f 


y    u    u  \^ 


m 


i 


^^-^^^^4-^^ 


y   i;    b   ÏÏ  "fe 


1^  ^^^^Uttit^^ 


fin      ^ 


c 


i 


ï 


£Ilfîr  irrtJLj  I  r^rt 


li  r^rirtii^fe^iri^^tf^ 


i,j  rçrTrirnnr^i^pi 


1  Cet  air  de  danse  n*a  pas  de  nom  connu  d'auteur.  Il  nous  a  été 
communiqué  par  Taimahle  bibliothécaire  M.  Gaudin. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 

iSuitt) 


EN  PBIROLS 
(=  B.  Or.  366,2) 
I.  [p.  777)  Atreesi  col  ciniei  ■ 
[fai 
Can  vol  morir  chant 
Car  sai.  qe  plua  gent  mor- 
[rai 
B  ab  mflignz  dafan 
5  Pro    magra  mortz    teogut 
[ellati 
E  maiogi  Irebails  nai  suf- 
[farUtz 
B  pel  dan  caoraa  men  ve 
Conoac  eano  mais  ud  for- 
[f«i  re. 

II.  DoDcs  ■  cal  cosieil  pennù 
Saissi  muer  amanz 

Ni  ioî  non  atent  de  lai 
On  m«i  aoepir  van 
5  Jea  non  sen  part  ma  volun- 

[Utz 

Sitôt  men  aia  '  deacaperatz 
PenÙQB  e  coaairoa  me  ten 
La  bella  de  cui  me  aoue. 

III.  Tant  bella  domnano  aai 
Deiu  par  qe  val  tant 
Cant  iea  ia  nO  Ihauzarai 
Dire  mon  talan 

5  Gent  macneil  &  ha  bel  so- 
[lati 

-  '/.:  D,  e-»/..si 


E  del  plna  ani  mal  coaaalatc 
Qe  aien  la  pregaria  *  de  re 
Adonc    crei   qeagardea   de 
[ms. 
IV.  Pregar  lai  on  no  iMchai 
Tomaz  enoig  gran 
Sea  parlar  la  preiarai 
Con  al  bel  semblant 

5  &  cel  mentenda  ail  platz 
CaÎHÙ  doblaral  dos  el  gratx 
Qant  Ti  cora  ab  antre  aaue 
E  cant  ota  se*  qerre  tai  be. 
V.  Franchez  e  hnmiltati  trai 
Amora  enant 
Caltz  paratgee  la  dechai 
Qu«l  rie  Bon  truan 

5  Qel  miela  de  totz  vei  aor- 

Per  qel  leglei  es  sordeiati 
E  dona  qus  bon  prêta  man- 

[ten 
Nom  am  p«r  ricor  sala  noi 

VI.  Chanzoa  a  la  bella  val 
E  non  qu«n  Iheniant  ■ 
Beil  podeti  lo  meu  eamai 
Cootar  ses  mon  dan 
5  Digatz  lim  qa  leis  ses  do- 

Mos  coratges  e  autreiati 
Sieua  soi  e  aieaa  aérai  iasse 
Morir  mai  per  ma  bona  fe. 

li  —  *  prepaus— *  I.:  f.  1  ro  mant. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNâRT  AMOROS 


121 


VU.  Domna  de!  mon  qe  mais  me 

[platz 
Joi  si  ab  tos  on  qe  siatz 
Qen  non  vos  aoz  preiar  de  re 
Mas  seuals  pensar  o  puesc 

[be. 

186 

EN  PEIROLS 
(=  B.  Gp.  366, 11) 

I.  Deusa  la  razon  qeu  sueil 
Mer  a  chantar  per  usatge 
Qe  no  mora  ni  macueil 
Ma  don  el  sieu  senjoratge 

5  Bem  trairon  sei  bel  oill 
Com  a  fais  roessatge 
Can  me  meiron  en  coratge 
Samor  don  mi  dueil. 

II.  Sim  fai  tort  nim  mostror- 

[gueil 
A  mi  es  grieus  e  saluatge 
Per  '  si  la  e  la  veil 
Qien  non  sid  penre  autre 

5  Qan  viest  e  qan  mi  despueil 
CoDsir  mon  dApnatge 
K  conosc  qe  gran  foUatge 
Paz  car  no  men  toil. 

III.  Tolre  nom  puesc  eu  ges  me 
Per  mal  qelam  fassa  traire 
Anz  mi  platz  sabetz  per  qe 
Conoissera  seu  lam  gaire 

5  Qiestiers    non  er    hom  ia 

[ben 
Vertadiers  amaire 
Tro  qe  non  sen  pot  estraire 


Per  neguna  ren. 
IV.  (p,  178)  Tant  mi  plaz  per 

[bona  fe 
Cant  aug  de  mi  donz  re- 

[  traire 
Lonor  el  pretz  qil  mante 
Cab  leis  son  so  mes  vejaire 
5  E  cant  eossir  mesdeue 
De  nul  autrafaire 
Samors  mo  ven  tôt  desfaire 
Nous  '  lo  pro  qem  ten. 
V.  Tant  nai  estât  consiros 
E  sufert  tan  grieu  martire 
E  grieu  trebail  angoisses 
Qe  del  esperanzam  vire 
5  E  ia  sauals  sieu  en  fos 

[ ]' 

Sai  ben  ca  prop  lo  dezire 
Forai  iois  plus  bos. 

187* 

EN  PEIROLS 

(=B.  Gr.  366,  5) 

1 .  Ben  *  no  val  hom  ioues  qe 

[nos  periura 
Per  saluarplus  cant  er  tuel^ 

[sagramen 
E  sieu  per  mal  ni  per  paor 

[deuein 
Gouenc  a  dieu  qeu  non  chan- 

[tes  aora 
5  Fos   nostre  temps  si  meil- 

[lura 
Trobarai  qcfo  tei^mespres 
[E  perdon  me  deu  fai^  mes- 

près]. 


W.  ;  P.  0  —  «  /.  :  Veus  —  3  /.  :  Al  dereir  jauzire. 

•  Voyez  Cédition  donnée  par  M,  Chabaneau  dans  la  Rev.  d.  l.  r.  IV, s.  t. 
//,p.570*.,— ♦CA.:Ren?— »  Ch.  l  .;el  tuel(=rtol)?  —  «CA. /.  ;es? 
-  ^  Ck,  ;8*ai 


122 


LE  CHANSONNIER  DB  BERNART  AMOROS 


II.  En  respeig  non  daner  bona 

[ventara 
Car  ades  ai  maltrag  e  mon 

[îooen 

Mais  anc  nom  plac  soiornz 

[entrauol  gen 

Per  cai  maint  iorn  e  mainta 

[noit  escara 
5  Stiffert  e  chautz  e  fireidora 
Qé  loingnes  de  vilas  paies 
E  per  segre  corn  pros  e  cor- 

[tes. 
III.  Jamais  nais  hom  non  faria 

[raneura 
De  mercadiers  so  sai  cer- 

[tanamen 
Se   vezion  con    gazaignon 

[largen 
Ni   cos  meton  e  *  mar  ad 

[aaentara 
5  De  toi  me  sui  donatz  cura 
Can  an  lor  temps  e  non  lan 

[ges 
Tôt  mo  tieng  a   soiorn  de 

[près. 
IV  Anc  la  bella  ben  faita  per 

[centura 
Non  desirei  mais  cara  per 

[un  cent 
Non  dezir  mais  e  garbir  *  e 

[ponent 
E  ^  autres  venz.  con  ^  si  fan 

[per  mesura 
5  E  net  port  a  gran  largura 
Com    conosca    can    son  ^ 

[temps  es 
En  blachas  non  sab  ®  ies 

[qe  ses. 


V   Sanc  baordei  ni  anei  dam- 

[bladura 
Per  canal  pren  nostra^naa 
[can  cor  gent' 
E  per  escnt  '  la  grant  vêla 

[al  vent 
E  per  lanza  lantenna  fort  e 

[dnra 
5  Per  esperon  larsinra* 
Els  timos  prenc  per  frea 
E  per  sella  e  per  âmes. 

188 

EN  PEIROLS 
(=  B.   Gr.366,8) 

I.  Quora  camors  veilla 
Eu  cban 

Cautra  flor  ni  fueilla 

Nô  irai  gardan 
5  Ben  es  dreitz  qen  doilla 

Amant 

Sol  qen  grat  mo  cneilla'^^ 

Sil  cui  ieu  mi  coman 

Perdut  ai 
10  E  cobrarai 

Jes  nO  recres  **  per  tan 

Caissis  val  segles  camian. 

II.  {p.  179)  Dieus  maiut  em  val- 

[lia 
Qantan 

Ai  damor  ses  failla 
Mas  non  ai  ogan 
5  Qeran  mou  batailla 
Tan  gran 

Al  cor  e  tradailla  *' 
Dormen  e  veillan 


«  Ch,  :cn  -  « CA.:garbin  —  »  CA.  :  Et  —  ^  Ch,  .-can  —  »  Ch»  /.  •  bon? 
—  •  Ch.  :  sap  -^  ^  c.  en:  uostra  —  *    Ch  :  estât,  l.  ;  escut  —  *    Ch 
L  :  amura?.  —  *o|c.  en  :  taeilla  —  *>  /.  :  recrei  —  •*  /.  :  trabailla 


à. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  AMOROS 


123 


P«rco  fai 
10  Qal  miels  qeu  sai 

La  serf  &  blan 

Per  zo  vei  qe  mi  ai  dan. 
m.  MoB  cora  sali  e  trembla 

Soen 

Mamia  lo  membla 

Si  qeu  nO  o  sen 

Quil  marna  son  sembla 

Comen 

Qel  sieus  digz  resembla 

Mon  pensamen 

Donc  dirai 
10  Qe  molt  mi  plai 

Suffriraqucl  turmen 

Don  eu  tan  rie  ici  aten. 
IV.  Nuls  hom  ben  nom  ama 

Ni  gen 

Qi  damor  se  clama 

Si  tôt  mal  li  en  pren 
5  On  plus  menliaroa 

Greumen 

E  mart  e  maflama 

Nai  meillor  talen 

Aisim  trai 
10  Mos  volers  lai 

El  fol  contenems 

On   mes  maintas  ves  par- 

V.  Ben  bas  fora  meza       [uen. 
Valors 

Deportz  e  gaieza 

Si  non  fos  amors 
5  Qe  mante  proeza 

Totz  ioms 

E  fai  qe  corteza 

Car  pré  los  melUors 

Non  seschai 
10  Dôme  sanai 

Jall  venga  tant  donors 

Qe  damor  senta  dolors. 

VI.  Eraoi  qier  amia 


Socors 

Qenanz  i  morria 
Qen  qezes  aillors 
5  Asatz  trobaria 
Dautors 

Vos  es  senz  fadia 
Una  de  las  genzors 
Mos  cors  gai 
10  En  gran  esmai 

Entre  sospirs  e  plors 
Ma  tôt  mes  ioi  e  douzors. 
VIL  Peirols  fai 
Fin  e  verai 
Lo  sonet  per  amors 
On  SOS  cors  estai  totz  iornz. 

189 

EN  PEIROLS 

(  =  B.  Or.  366,1  ) 

I.  Ab  gran  ioi  mou  maintas 

[vetz  e  comenza 

Zo  don  hom  pois  a  dolor  e 

[cossire 
Per  mi  o  die  cai  foUa  conoi- 

[senza 
Dun  feing  semblan.  Ab  qem 

[trainet  gen 
5  Cil  on  anc  plus  mentendei 

[finamen 
Cadonc  fui  ries  qesser  cuiei 

[amatz 

Era  ses  fort  lotz  mos  afars 

[cambiatz. 
Il .  Amors  ab  pauc  de  vera  man- 

[tenenza 
Non  0  pois  mais  celar  ni 

[escondire 
Li  fais  aman  qis   fan  *  en 

[paruenza 


>/.:f.  fin 


li*  LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 

Lft  d«chazon  per  lor  galia- 


5  B  lag  donaa  i 


colp  eû- 

[sameo 

CapeoaB  er  aegimB  drute  so 

[aapiatz 

Qe  non  engao  o  no  si  SDga- 

[nalz . 

III.  (p.  180)  Ma  ào»Bmhimonr 

[per  tal  faillenza 

Qflil  «U  ■  mol  aeu  1o  suzaus 

(dire 

Cil  al  pechat  et  eu  la  pene- 

[denza 

E  ges  noil  trop  ochaizon  de 

[nien 

5  Pflzam  car  ai  tam  bon  razo- 

[nameo 

Trop  ea  mos  drailz  conogulz 

[e  prouatz 

Mais  *  foB  meiisoDJa  la  ver- 

ftatz. 

IV.  Ai  taa  grieu  mer  aaissi  pert 

[meatendeDza 

Del  bon  eaper  on  gueil  mou 

[cor  aasire 

Pero    trop    nai    orgoilloza 

[temenzB 

Cab  mal  talen.  lencolp  e  la 

fropren 

5  E  ai  sai  damor.  leu*  lo  meil- 

[lor  aen 

Com  ia  de  ren  do  aea  fezetz 

[iratz 

Mais  qi  saubes  ao  mal  suf- 

[frir  em  pati. 

V.  Contra  mi  donz  non  pueac 

[aaer  temenaa 

Qant  eu  leagart  e  vaa  mi  la 

Fvei  rire 


Tota  moata  lire.  la  malue- 

[lenza 

La  Bo  amora  qim  deatreia. 

[doQzamea 

5  E  aanc  mi  fez  mal.  ni  aira< 

[men 

Qan  pais  moa  oila  glotoa  aa 

[granz  beutatz 

Cuiatz  la  donc  li  voilla  mal 

[no  fatz. 

VI.  Solatges'eaqiaonafarbia- 

[tenzB 

Nom  tenrai  maia  daizo  qieu 

[plus  dezire 

Mais  voil  qa  tort  ma  douz 

[amigam  venza 

Qe  per  mon  dreg  plor  ni 

(plagna  souen 

5  Merceil  qerrai  dei  lo  aieu 

[faillimen 

Tôt  enaiasi  cou  er  aa  volun- 

[tau 

Cab  lieis  noro  pot  nulaplaitz 

[essermaluatz. 

190 

EN  PEIROLS 

(  =  B.  Or.  366,29) 

1,  Cantamors  trobet  partit 

Mou  cor  de  son  pensaroen 

Duna  renaon*  masaalît 

E  podez  auzir  comen 

5  Amies  peirol  malamen 


Voa; 


li  lan 


E  poa  e  ml  ni  en  chan 

Non  er  voatre  entencios 
Digatz  poia  qe  valres  voz. 
II.  Amora  tan  uoaai  aeruit 


M.:  Folalges 


LB  CHANSONNIER  DE  BERNâRÎ  ÂMOROS 


125 


E  nuls  pechat  '  nous  en  prô 
E  vos  sabes  cani  '  petit 
Nai  aut  de  iauzimen 

5  Nous  ochaizon  de  nien 
Sol  qem  fassatz  derenan 
Bona  patz  als  nous  demanz 
Qe  nuls  autres  guizardos 
Nom  poiri  esser  tam  bos. 
III.  Peirols  mètres  en  oblit 
La  bona  dona  valen 
Qe  tan  gen  vos  acuillit 
E  tan  amorozamen 

5  Tôt  per  mon  com&damé 
Tniep  auez  leuger  talan 
E  non  era  gez  semblam 
Tan  gais  e  tan  amoros 
Eratz  en  vostras  chanzos. 
iV.  (p.  181)  Âmors  anc  mais  no 

[faUUt 
Mas  ar  fail  forsadamen 
E  prec  dieu  qen  ^  guit 
E  qem  trameta  breumen 

5  Entrels  reis  acordamen 
Qel  secors  irai  ^  trop  tarzan 
&  auria  mestier  gran 
Qel  marqes  valenz  e  bos 
Nagues  mais    de  compai- 

[gnos. 

V.  Peirols  turc  ni  arabit 

Ja  per  vostres  vazimen  ^ 
Non  laissaram  tor  dauit 
Bon  conseil  vos  don  e  gen 
5  Amas  e  chantas  souen 
Ires  vos  eil  *  rei  noi  van 
Veias  las  guerras  qen  fan 
Et  esgardatz  dels  baros 
Cossi  trobon  ochaizos. 

VI.  Amors  si  li  rei  noi  van 
Del  dalfin  vos  die  aitan 


Qe  per  guerra  ni  per  vos 
Nô  remanra  tant  es  pros. 
VII.   Peirol  maint  amie  partran 
De  lur  amigas  ploran 
Qe  si  saladis  no  foz 
Sai  remazeron  ioios. 


191 

EN  PEIROLS 

(=  fi.  Gr.  404,4) 

I .  Lo  clar  temps  vei  brunezir 
Els  auzeletz  esperdutz 

Qel  fregz  ten  destregz  e  mutz 
Ë  non  an  soign  desiauzir 
5  Et  eu  qi  de  cor  suspir 
Per  la  genzer  res  ^  qanc  fos 
Tan  ioios 
Sui  qades  mes  vis 
Qe  foill  e  flors  reuerdis. 

II .  En  amor  son  mei  dezir 
Qa  lei  seruir  sui  rendutz 
E  pois  tan  rie  ioi  madutz 
A  mi  donz  o  dei  grazir 

5  Qel  miels  delmonsaichau- 

[zir 
Si  feira  chascun  de  vos 
Volontés 
Si  vos  acuillis 
La  bella  cui  sui  amis. 

III.  Amis  *  sui  e  serai 
Aitan  qan  la  vida  dur 

Ë  nous  cudes  qeu  peiur 
Enantz  me  meillurarai 
5  Qel  pais  on  ella  estai 
Mir  e  soplei  e  acii 
Ab  cor  fi 
Ë  vir  lai  souen 


» /.:  pietat  —  «  /.  :  cum  —  *  /. :  qem  sia  —  •  /.  :  vai  —  »  /.  :  vostr  enua- 
timen^  •  î. :  sil.  —  M:  gensor  re  —  '  Z. :  Sos  amis 


)$ô  Lfi  CHANSONNIER  DE  BEHNAtlT  AMORÔS 


Los  oills  qe  aie  non  enten . 
IV.  HaidieuB  qal  destra  cham* 

[fai 
A  lois  vezer  tera  '  e  mur 
Mas  en  aizo  maaegur 
En  un  meBsatgier  qeu  nai 
5  Mo  cor  qi  souen  lai  val 
E  conorta  menaissi 
Qendreit  mi 
Nol  voill  ni  enten 
Amix  ni  precs  no  cossen. 
V.  E  BeuB  en  die  mon  conort 
No  mo  tengas  a  orgoill 
Qar  aitan  lam  e  la  voill 
Qe  sera  confes  de  mort 
5  No  qerria  dieu  tan  fort 
Qe  laissas  em  paradis 
Macuillis 
0  qem  dez  léger 
Duna  noig  ab  leis  iazer. 

VI.  (p.  182)  Tant  lai  assis  mon 

[confort 
Qe  p«r  nuill  autra  nO  dueil 
Ni  autramor  nom  acoill 
Dont  ial  fassa  dreg  ni  tort 
5  Qar  la  bona  fez  qeil  port 
A  si  mon  coratge  pris 
A  deuis 

Qe  qant  siu  iazer 
La  cuig  e  mos  bratz  tener. 

VII.  Si  con  ieu  die  ver 

M)  don  dieus  de  leis  poder. 


[192  (C  132)] 

PEIROL  DAJLUERNIA 
(o/:86r«) 

(=  B.  Gf .  366, 3) 

I .  Ben  dei  chantar  pois  amor 

mo  esegna 

Em  donaengein  qeu'  sapcha 

[bos  motz  faire 

Qar  sil  nô  fos  ia  nO  fora 

[chantaire 
Ni  conogutper  tantasbonas 

[gen 
5  Mas  era  crei  &  sai  certa- 

[namen  *■ 

Qar  tôt  lo  ben  qe  ma  fait' 

[me  nol  uendre. 

II.  Seu  nô  soi  druzhom  no  me  * 

[pot  défendre 
Qa  tôt  lo  mens  no  sia  fis 

[amaire 
Francs  &  suffrenz  humils  e 

[merceiaire 
Ses  trop  parlar  e  de  bon 

[celamen 
5   En  aital  guis  a  &  p^r  aital 

[conuen 
Maatrei  a  leis  qi  *  retener 

[nom  degna. 
III.  A  fors  damor  alen  qe  iois 

[me  uegna* 
E  pot  esser  mas  me  nO  es 

[ueiaire 
Tant  es  bella  &  pros  e  de  * 

[rie  afaire 


•  L  :  destrecham  —  */.  :  tors. 

L,S.:  L'ordre  des  strophes  dans  L.  S.  est:  I;  1,  II:  5,  111:6,  IV:  2, 
V  :  3,  VI  :  4  —  »  d.  gien  con  —  ^  sai  e  conosc  ueramen  —  »  qanc  mi  fes  — 
•  d.  res  no  mo  —  '  M.  celei  qe  —  •  Esfors  de  me  non  a  ren  qun  reuei» 
gna  —  •  Qel  es  tan  bels  e  de  tan 


LE  CHANSONNIER  DE  BBRNÂRt  ÀMOHOS 


127 


Coinda  e  plasenç  en  fait  & 

[en  '  parnen 
5  Per  qeu   sai  ben  samor  ' 

[raison  enten 

Qil  non  dogues  tan  bas  uas 

[me  descendre. 

IV.  Qe  farai  donc  recreirai  me 

[datendre 

Non  eu  mais  am  tôt  têps 

[perde  ^  maltraire 

Qeu  non  uoil  reis  esser  ni 

[emperaire 
Per  qe  de  leis  estes  '  mon 

[pensamen 
5  Don  soi  ben  ries  sol  qeu 

[lam*  finamen 

Grans  honor  mes  qe  samor 

[me  destregna. 

V.  Bella  dôna  qalqe  fais  entre- 

[segna 
Mi  fesez  '   don  mallegre  e 

[mesdaire 

Pois  conoisez  qeu  *  no  men 

[puese  estraire 

Âb  bel  semblan  paisetz*  lo 

[mal  qeu  sen 
5  Qaissimpodez'^trainarloniar 

[men 

E  de  m6  cor  qauez  tôt"  un 

[pane  rendre. 

VI.  Bona  domna  ben  lo'*  deoez 

[entendre 

Qeu  nos  am  tant  nous  ans 

[preiar  de  gaire 

Mas  nos  es  tan  firanea  e  de 

rbonaire 


Qades  '*  naurez  merce  mon 

[escien 
5  Lo  meu  fin  cor  gardaz'^  el 

[meu  talen 
Ja  de  uostra  richesa  nous 

[souegna. 

[193  (c*  138  ] 

PEIROL  DAXUERNIA 

(c  f.  86  tf) 
(=  B.  Gp.  366, 19) 

I .  Manta  genz  me''  mal  rasona 
Qar  eu  nô  chant  plus  souen 
E  qi  daiso  mochaisona 

Nô  sab  jes  qan  loniamen 
5  Ma  tengut  en  gren  pensamen 
Cil  '*  qe  mon  cor  empresona 
Per  qeu  perd  esbaldimen  " 
Tal  desconort  me**  dona. 

II.  Pero  sim'*fo  dolça  &  bona 
Ma  domna  al  comensamen 
Mas  er  nom  acoil  nim  sona 
Mas  aisi  cû  '^  lautre  gen 

5  Qar  conois  qeu  lam  ''  fina- 

[men 
A^  cum  mal  me   g^der- 

[dona  ** 
Amors  Cara  fallimen 
Saqest  tort  li  perdona. 
UI.  De  trastotioimi^  deslogna 
Ma  domna  e  nO  les  honors 
Qab  qalqe  plaçen  menço- 

Me  pogra  Car  rie  ^  socors 


*  Pros  c  corteza  e  fai  tan  gen  —  •  sama  —  *  dqirai  mi  —  •  t.  em  per- 
don  —  »  paria  —  •  Nô  son  ppo  ries  ûen  ben  am  —  'Mi  faiU  si  uals  — 


qe 


.  9 


paissetz 


!• 


poireU  —  "  Uml  —  «•  o  —  «*Perqe  —  »•  gardatz. 


JL  S.:  »*  mi  —  *•  Ccl  —  *'  Non  a  point  de  chaozîaien  —  «■  Grant  d. 
ai  —  ^'  Mont  mi  —  ••  Aasî  con  —  *«  Qieu  c-  be  —  *»Ai  —  *»  ^uizardona 
—  *<loU  ioiam  —  **gen 


12B 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  ABtOROS 


5  ErsaiqenoQ  esmasfolorB 
A  qesta  atendensa  longa* 
Don  ai  fait  tantas  clamora 
Qanta  mes  '  e  uergogna. 
IV.  E  partirai  men  ea  '  nO  la 
Qe  808  preç  &  sa  ualors 
Mo  deueda  e  mo  calogna 
E    quant   en  ^    cuid  amar 

[allors 

5    Per  tôt  lo  cormintra  lamors 

Si  cum  fai  laigua  en  les- 

[pogna 
Toz  téps  me  plairai  dolors 
Cum  qem  destregna  em  po- 

[gna. 
V.  Ades  iioil  qamors  massailla 
Noit  &  iom^  maitin  eser 
E  ses  la  sua^  battailla 
Non  uoil  mais^  repausauer 
5  E  ^  seu  nO  ai  tôt  mon  uoler 
Tais  es  cil  qaisim  trabailla 
Qel  mon  non  a  mais  '  pla- 

[çer 
Que    lo   m  eu     mal    traitz 

[uailla. 
VI.  Lansengani  dluinailla^^ 
DenoioB  nom  cal  temer 
Sol  pensars    de   leis  nom 

[failla 
Res  no  me  pot  dan  tener 
5    El  consirs  ont  eu  maleser  " 
Pais  me  miels  dautra^*  ui- 

[tailla 
Per  mal  qem  fassa  doler*' 
Mos  cors  no  sanuailla'^ 


[194  (c*  135)] 

PEIROL  DALUERNIA 

(=  B.  Or.  366,  13) 

I  •  Dun  bon  uers  uau  pensan 

[comlo'*feçe8 
Qamors  madui'*  lochaison 

[el  talan  *? 
Em  fai  estar  del  tôt  al  seu 

[coman 
Si  que  mon  cor  na  retengut 

[en  gage  *• 
5    Trop  '*  demôstra  uas  me  *® 

[son  poderage  *' 
Qera  mauci  lo  trebail  on 

[ma  mes 
Per  tal  dona  qen  dreit  meno 

[satagn.  ** 

II.  Aqestam  plaiz  mais  de  ne- 

[guna  res 
Alei  mautrei  liges  desere- 

[nan 
E  sil  nom  uol  mi  qen  qal 

[quatertan 
Serai  aclis  uas  lo  seu  segno- 

[rage 
5    Cum  seu  lagues  fait  certan 

[homenage 
B  seija''  granç  torç  qi  men 

[tolgues 
Lo  désirer  pos  tôt  lais  men 

[sofragn.  ** 
111.  Ben''  uoil  samor  mais  qere 

[non  laus  '* 


*  entendensa  lonja  —  •  nai  —  '  Partir  men  ai  —  ♦  ieu  —  *  Em  guerrei 
— •  Contra  la  soa—  '  qier  ia  —  •  Car  —  »  n.  es  nuls  —  «•  Lausenja  ni  deui- 
nailla  —  ii  c.  maigre  paisme  —  >>  de  nul!  autra—  <>  Per  ren  qeu  nai 
em  poder  —  i^  non  senuallia. 

L,  S.  :  *»  dei  pensar  cossil  —  «•  madus— 17  talen  —  *•  gatge  —  *•  Troep 

—  «•  e  mi  —  •«  poderatge  —  >'  sa  tain  —  '*  fana  —  «*  sofrain  —  **  Truep 

—  ••qerren.  1.  ges 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  ÂMOROS 


129 


Esters  ^jab  dîz  >  cnberz  li  * 

[uau  parlan 

Mas   sil  uolgaes  esgardar 

[mon  semblan 

Nô  calria  '  plus  aertader 

[mesage 
5    Qa  ^  sol  lesgar  t  pot  hom  ben 

[per  usage 
Lo  pensamen  conoiser  tal 

[uez  es 

E  membres    li  qassaz  qer 

[qis  cOplagn.  ^ 

IV.  Ben  sai  qeu  lam  sil  amarme 

[uolgues  * 
Mas  leis  nO  cal  ni  non  i  a 

[gran  dan^ 
Caidaz*  nos  donc  qe  sis  uai 

[perpensâ* 
De  sa  ualor  ni  de  son  rie 

[lignage 
5    Qe  nol  deia  esser  fer  e^®  sal- 

[uadge 
Pero    ualer   sol    en  amor 

[merçes 

Yens"  lesperança   on  ma 

[dolor  refragn." 

V<'.  Aqest  conorz  nO  es  mais 

[nescies 

Qar  en'^  amor  pos  trop  uai 

[trainan*5 

Non   deu  hom   pois   auer 

[fiansa  gran 


Qe  farai  donc  partrai  me*^ 

(o  f.  88  r«)  de  follage 

5    Non  eu  perqe  fari^''  uoil 

[mon  dânage 
Aissi  com  cel  qal  iogar  ses 

[empres 

Qe  perd  &  perd  per  respeit 

[de  gadagn.  *• 

VI .  Tendra  me  donc  ia  pro**  ma 

[bona  fes 

Qeu  non  am  ges  per  esqem 

[cum  sil  '®  fan 

Qi   son  fegnet  '^   galiador 

[truan 
Fais  mensonger  &  ab  ''  uo- 

[1er  uoladge 
5    Anz  ai  en  lei  si  assis  '^  mon 

[coradge 
Qora  '^   iom  noit  an  set- 

[mana  e  mes 
En  un  désir  3^  son  ades  & 

[remagn.2® 

Vil.  **'  Souen  a  hom  per  trop" 

[sen  gran  dâpnadge 

E  de**  foldaz    uen  mantas 

[ueiz  grans  bes 

Domna  en   aqest  auentura 

[remagn.  w 
VIll .  Domna  el  uers  entendez  *^ 

[mon  coradge 
El  uostre  cors  francs  ^^  na- 

turals  certes 


'  Pero  ab  motz  —  •  lien  —  3  Ja  noil  calgra  —  ♦  Qab  —  •  côplain  — 
•  Pregarala  si  ualer  mi  pogues  —  '  c.  de  mi  ni  apfrtaio  —  •  Cuias 

—  •  can  sen  uai  apessan  —  *o  gia  ben  f.  e  ben  —  **  Neus  —  i*  refrain 

—  '3  Le*  str.  V  et  VI sont  interverties—  **Quen  rie  —  **  tainan  —  *•  par- 
tir mai  —  1'  Jeu  non  perqe  car  far  —  >•  respeig  de  gazain  —  *•  E  doncs 
ualra  mi  ia  —  '*  nom  chamgi  p.  reo  aissi  com  —  ><  Fol  lauzengier  — 
•i  fegnjedor  e  de  —  '^  1.  assis  tôt  —  *♦  Ora  — ••  Qenun  talen  — *•  remain 

—  *'  Les  deux  envois  sont  aussi  intervertis  —  ^  h,  de  son  —   >•  Per 

—  ^  remain  —  »  entendatz  —  s*  gai  —  >'  Sabra  chauzir  so  qendreit 
me  satain. 

9 


180  LE  CHANSONNIER  DE  BEItNART  AU0R03 

SapchaD  triar  ço  qa 


[alagn. 

[195  (C  137)] 

PEIROL  DALUERNIA 

(=  B.  Gr.  366, 26) 

I.   Perdanqedamorsmauegiia 
Non  laissera 

Qe  ioi  &  près  (orchan)  von 

[maateigoa 

Tant  qan  uiurai  ' 


5    Es 

Non 


Q  tal  esmai 

ki  qen  *  deuegna 


om  degna. 
a  eotresegna 


De  lei  i 
QeiamcoDortDiproni'tegna 
Del  mal  qeu  trai 
Pero  ai  lam'  preierai 
Qe  de  me  il  aouegna 
E  samors  do  la  matrai 
MerçelsD*  deatregna', 
'.  Bona'  domna  aeus  '  pleçia 
Fort  mamiataz 
Qal  merauilba  '*  aeria 
Se  mamauaz 


5    Mae 


aqar" 


r  graz 


Se  ioia  men  uenia 
ConoBC  bs  qe  i 
Si  atagnaria". 
IV.  La  nueg  me   Crabailla  "  e\ 
Nom  lais  ea  pas  [dia 


Sim  destrein  "  eortesia 
E  aa  graa  beutaz 
5  DoDcsaofriraipoB  leisplaz's 
Qel**  deair  mauçia 
0  qa  lei  preuda  pietai 
Qe  pluB  franeam  aia. 
V.  Tantaienleifermcoradgs" 
Qe  dais  non  pSa  '* 
Et  anc  mais"  aea  cor  uo- 
Non  amet  res  [ladge 

5  Daisom  degra  aeuir  bes 
Qe  an  hom  *°  dSpnadge 

De  peior  naadge. 
VI.  ChaaaoDuai  tendreituiadge 
Lai  ou»'  îles 

Qe  il  *'  trameaes       [sadge 
5  E  poia  del  tôt  me  boI  mes 
El  aeu  aegnoradge 
Pregali  qe  non  agues 
Ver  mi  cor  saluadge.  *' 
VU.  Qadouiar  pot  petit  bes 
Lo  mieu  gran  dflnage. 


[196  (c*  138)] 

PKIROL  DALUERNlACo/'.89i-») 

(=  B.  Gr.  366,  15) 


Ab  ioi  qem  dimora  " 
Voill  UD  sonet  faire 
Qe  "  ben  uai  aora 
De  tôt  mon  afaire 


I  poirai  —  '  qen>  —  'Se  leis  on    mon   cor  ai  —    '  prora  — 

lam  —  '  Let  ttrophei  III  tt  IV  tont  inlerverlies  —  '  Bêla 

*•  meraueilha  —  '  '  poa  —  "  Sentaigneria  —  '■  Irabail  —  <*  Tan 
Laa  qeu  farai  lo  qar  fai  —  '*  Trol  —  "  T.  uos  am  de 
'  peni —  "  Cane  mai  miels  —  **  E  ail  —  'i  ont  —Mi 

a  -  "  Car 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


131 


5  Fin  amor  menora  * 
Si  qal  men  ueiaire 
Oes  tan  lics  non  fora 
Seu  fos  emperaire 
Qel  coradge  eu  nû 

]0  Jaaçion  &  gai 
Pero  non  a  gaire 
Qera  mortz  desmai. 

U.  Plas  es  amor  bona 
Qeu  non  sai  retraire 
Qi  mal  la  raçona 
Non  es  fis  amaire 

5  Qe  gen  guierdona 
Si  tôt  fai  maltraire 
Qi  si  ^  abandona 
Nil  es  merceiaire 
On  qeu  mestei  çai  ' 

10  Mon  pensamét  ai  ^ 
Vas  la  dolçe  '  repaire 
On  mi  dons  *  estai. 

III.  De  lei  son  qem  ^  mena 
Et  es  cortesia  * 

Qab  soa  '  catena 
Mestreing  fort  em  lia 

5  Mos  mal  nO  refréna 
Mas  garitz  séria 
Sab  tan  dolça  pena 
Fer  mi  dons  moria 
Ja  no  men  pertirai  ^® 

10  Mais  tan  com  uiurai  " 
Si  totz  têps  uiuia 
Totz  tëps  lamarai. 

IV.  Francha  res  cortesa 
Bella  douça  mia 
Amor  ma  nos  ''  mesa 


El  cor  on  qeu  sia  ^^ 
5  Gran  ioia  mes  presa  *^ 
Daital  segnoria  ^^ 
Qeu  sui  si  nous  pesa 
Vostr  hom  tuta  uia  ^* 
Ja  ren  nous  qerai  ^^ 
10  Mais  uos  seruirai 
Pero  sius  plairia  ^* 
Ren  plus  nô  diria.  <* 
V.  Seu  2®  per  allegrança 

Sai  chantar  {aV  :  Voil  iugar) 

[ni  rire 
Dun  ioi  qe  menança 
Don  en  soi  iausire 
5  Domna  ia  ^^  dop tança 
Non  aiaz  del  rire 
Qeu  nO  faiz  ^^  semblança 
Qe  endreit  *'  uos  consire 
Ben  e  gen  me  sai 
10  Cobrir  qan  sui  lai  '^ 
Seu  mos  oilz  uos  uire 
Tost  los  en  retrai. 
VI.  Som  re  mi  demanda 
De  mon  dolçe  ^^  deçire 
Amors  mi  com&da 
Lo  uer  ^^  contradire 
5  Ben  es  dreit  qeu  blanda 
Lei  cui  sui  seruire 
Et  er  foldaz  granda 
Sil  '^  fatz  don  '•  maçire 
Segnors  cosim  ^>  uai 
10  E  cossi  mestai  *o 
Zo  qim  *^  sol  auciro 
Maduz  ioi  uerai. 


*  amors  monora  —  *  Eisi  —  ^  M*^  con  qeu  mestes  —  *  M.  coratge  ai 
lai  —  s  Ades  el  —  •  la  bell  —  '  Sieus  sui  qil  mi  —  «  corteza  —  »  suau  — 
*•  partrai  —  "  A  ma  uida  mai  —  »»  Al  cor  uos  ma  —  *3  Amors  tota  uia 

—  *•  preza  —  «*  compaignia  —  ««  Voslre  on  qe  sia  —  *'  qerrai  —  «»  E 
à  nous  plaâa—  «•  dirai  —  "  Sieu',—  «»  Don  ai  ia  —  ««  Q.  fassa  —  «3  de 

—  «*  q.sescbai  —  «»  douz  —  *•  Uertat  —  "  Seu  —  "  qil  «»  Gardatz  com 
mi      «>  E  comen  estai  —  3i  So  qem. 


132 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


197 

PEIRE  RAIMON  DE  THOLOZA 

(=  B.  Gr.  355, 10) 

I.  Pensament  ai  e  consir 
Duna  chanso  faire 

Qar  leis  degues  abeillir 
Cui  soi  fis  amaire 
5  E  si  pogues  auenir 
En  bos  ditz  retraire 
Far  pogra  parer 
Qeu  plus  rie  ioi  esper 
Com  cane  fos  de  maire. 

II.  Lo  cor  el  sen  el  albir 
Ai  mes  el  veiare 

En  honrar  leis  e  seruir 
Car  es  la  belaire 
5  Com  pogues  el  mont  chau- 

[zir 

Don  nom  puesc  estraire 
Ni  mon  cor  mouer 
Camors  mi  fai  tan  temer 
Leis  qals  non  am  gaire. 
m.  La  fina  vera  valors 
Plus  dautra  valenza 
El  pretz  el  fresca  colors 
Mi  platz  e  magenza 
5  Pero  sim  val  gués  amors 
Tan  qe  mentendenza 
Mi  donz  abeillis 
Plus  rie  ioi  de  paradis 
Agra  ma  paruenza. 
IV.  Nul  autra  nom  pot  socors 
Far  ni  dar  guirenza 
E  ont  mais  en  sert  *  dolors 
Plus  nai  souenenza 
5  Mas*  dire  mas  clamors 
Non  aus  per  temenza 
Tant  li  sui  aclis 
Con  plus  vas  mi  safortis 


Mais  lam  sensas  faillenza. 
V.  E  fora  li  ben  estan 

Sim  des  alegranza 

Tan  qaleuges  mon  afan 

Ab  douz  cointanza  * 
5  Qeu  li  sui  sers  sens  enian 

E  non  ai  membranza 

Dais  mais  qe  fezes 

Tôt  qant  a  mi  donz  plagues 

Pero  pauc  menanza. 
VI.  (p,  183)    Cades   mi   vauc 

[conortan 

On  plus  ma  ^  pesenza 

Vas  leis  e  sufris  mon  dan 

Ab  bon  esperanza 
5  E  doblera  me  talan 

Sa  bella  semblanza 

E  gentils  cors  certes 

En  prezes  de  mi  merces 

0  qalsqe  pitanza. 

198 

PEIRE  RAIMONZ 

DE  THOLOZA 

(=  B.  Or.  355,  16) 

1,    Si  com  celui  qa  seruit  son 

[segnior 

Lonc  temps  el  pert  per  un 

[pauc  fallimen 

Maue  per  zo  qar  eu  ai  lon- 

[iamen 
Fait  son  coman  de  ma  donna 

[e  damor 

5  E  ia  dest  tort  non  degro- 

[chaizonar 

Ni  mal  voler  ma  domna  seil 

[plagues 

Pero  ben  sai  cant  om  plus 

[sauis  es 


i  /.  :  sent  -  «  i.  :  M.  ges  —  U.  :  acoindanza  -  *  /.:  nai. 


LE  CHANSONNIER  DE 

Adoncs    se    deu  miels   de 

[faillir  gardar. 

11.  Tant  tem  son  pretz  e  sa  fina 

[valor 
Ë  taat  ai  cor  de  far  toi  son 

[talen 
Mas  tant  me  fan  lauzenger 

[espauen 

Per  qeu  nom   aus  de   leis 

[faire  clamor 

5  Ni  mo  ferm  cor  descubrir 

[ni  mostrar 

Mas  mil  sospirs  li  rent  qec 

[iorn  per  ces 

E  veus   lo  toit  de    qeu  li 

[soi  mespres 
Car  ieu  lanzei  tan  finamët 

[amar. 
III  R  sil  plagues  qem  fezes  tant 

[donor 
Qa  genoillos  soplei  an  humil- 

[men 
Son  gent  cors  car  gent  for- 

[matz  auinen 
El  dooz  esgar  e  la  fresca 

[color 
5  Mi  laisassetzsospiran  remi- 

[rar 
Qe  mai  ben  crei  noill  faillira 

[nuls  bes 

Car  tant    fort    ma    samors 

[laissât  e  près 

Qe  dais  non  pens  nin  puesc 

[mon  cor  virar. 

IV.  De  paratge  ni  soi  ni  de  ricor 

Qe  iam  faisses  ^  qem  fes 

[damar  paruen 

Mas  cant  ries  hora  sils  me- 

[nors  acueil  gen 

Dobla  son  pretz  e  creis  mais 

[de  lauzor 


BERNART  AMOROS 


133 


5  Per  qeil  fora  '  ma  dona  ben 

[estar 
Si  calqe  bel   semblant  far 

[me  volgues 

Qu^  tôt  lo   mont  non   es 

[mais  nuilla  res 

Qi  ia  senz  leis  mi  pogues  ioi 

[donar. 
V.  Ben  sai  a  escient  qeu  az  ^ 

[folor 
Car  ai  en  lai  mes  mon  en- 

[tend  amen 

Mas  non  pusc  als  con  plus 

[li  vauc  fugen 

Nais  lo  dezirs  e  dobla  ma 

[dolor 
5  Socom  vol  fort  non  pothom 

[oblidar 

E  sa  près  cent  mais  tragz 

[un  ben  nagues 

Ben  fora  ries  e  sol  ca  leis 

[nom  pez 
Arai  ^li  tost  denan  merces 

[clamar. 

YI.  {p,  186)  Sa  gran  beutat  son 

[gent  cors  nou  e  car 

Son  pretz  sonor.  salu  dieus 

[el  ditz  cortes 

Qe  res  de  be  noil  fail.  mais 

[cant  merces 
Qe  sol  ab  tant  ia  non  tro- 

[bera  par. 
VII.  Chanzos  vai  me  tost  re traire 

[contar 
Âd  aura  mala  e  dim  al  pro 

[marqes 
Messer  conrat  qen  lui  a  tant 

[de  bes 
Per  com  lo  deu  sobre  totz 

[apellar. 


^  c.  en  :  laisses  —  *  /.  :  feira  —  >  /.  ;  faz  —  *  i«  :  Irai. 


134  LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


199 

Peirk  RAINCONZ  dk  THOLOZA 
(=  B.  Gr.  132,8) 

I.  Po8   comgnhat    ai   de  far 

[chanzo 
De  mi  donz  cui  am  e  dezir 
A  leis  0  deuri  om  grazir 
Seu  i  faz  bonz  motz  ni  gai 

[so 
5  Oc  e  seu  re  mais  ben  fazia 
Grazit  fos  '  ma  doaz  amia 
Qe  de  leis  tein  vn  pauc  de 

[ioi  qeu  ai 
Pero  sil  plaz  anqeras  naurai 

[mai. 
11.  Ane  mais  hom  tan  cochatz 

[nofo 
Damora   e   no  men  puesc 

[partir 
Qen  pert  lo  solatz  eî  dur- 

[mir 
El  ris  ni  als  no  mi  sab  bo 
5  Mais  pois  tomatz  soi  en  la 

[via 
De  chantar  de  cui  me  par- 

[ria2 

Suna  vetz  chant  con^  mil 

[vetz  plorat  ai 

Be  se  coue  pos  a  ma  dona 

[plai. 

III.  Bella  domna  pos  vostrom  so 
Cautra  no  mi  pot  guarentir 
Laissaretz  mi  del  tôt  morir 
Don  vos  mi  podes  leu  far  do 
5  B  so  faitz  faretz  vilania 
E  pueis  er  uns  ramz  de  feu- 

[nia 


Qi  son  franc  home  liai  mu- 

[rir  fai 
De  dezirer  el  pot  gitar  des- 

[mai. 
IV.  Amiga  ia  dieus  nom  perdo 
Seu  nous  am  mais  qeu  non 

[sai  dir 
E  si  per  so  me  fais  lan- 

[guir 
Mais  am  en  vostra  sospeizo 
5  Estar.  qe  si  dautra  iauzia 
Jauzir  nom  cami  non  plai- 

[ria 
Qe  mi  non  pot  faire  iauzent 

[ni  gai 
Totz  lautre  monz  dôna  de 

[vos  en  lai. 
y.  Non  sai  far  mon  dan  ni  mon 

[pron 
En  nuUa  ren  tan  noi  mal- 

[bir 

Ni  noi  poiria  deuenir 

Seu  nous  bais  (p,  186)  la 

[boehel  mento 

5  De  vos  cui  hom  sui  senz 

[bauzia 
E  serai  e  no  men  partria 
Malgrat  vostre  vos  am  eus 

[amarai 
E  malgrat  meu  pos  amors  lo 

[matrai. 
VI.  Chanzos  vai  ten  e  ten  ta 

[via 
A  la  bellam  di  senz  bauzia 
Cautra  dOna  no  voil  ni  qeir 

[ni  ai 
Ni  vos  domna  non  sai.  si  vos 

[aurai. 


«  /.  ;  fos  a  —  «  /.  ;  partia.—  3  c.  en  :  don. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


135 


[200  (c'116)] 

PEIRE  RAIMON  DE  TOLOCA 
(=  B.  Gr.  355,  5) 

I .  Autres*!  com  la  candela 
Qe  se  meteicha  ^  destrui 
Per  far  clartat  ad  autrui 
Chant  on  plus  tra  g  greu  mar- 

[tire 
5  Per  conort  '  dautra  gent 
E  car  adreit  esient  ^ 
Pas  tan  gran  follage 
Qe  aç  autrui  don  agradage  * 
E  a  mi  '  pena  &  turmen 
10  Nulla  re  se  mal  men  pren 
Non  ^  deu  plagner  del  dâ- 

[nage. 

II.  Qar  ben  conosc  per  usage 
Qe  lai  on  amor  saten 

Vai  foldaz  en  log  de  sen 
Doncs  pos  tant  ^  am  &  de- 

[cire 
5  La  genser  qel  mon  se  mir 
Per  mal  qem  deg  *  auenir 
Nô  •  taing  qem  recreia 
Qar  *^  on  plus  mausi  den- 

[ueia  '* 
Plus  li  dei  **  ma  mort  gra- 

[sir 
10  Sil  dreiz  damor  uulh  ^^  se- 

[guir 
Qestiers  sa  cortz  non  plai- 

[deia. 
in.  Doncs  pos  am   so  ^^   qem 

[guerreia 


Conosc  qe  mer  a  blandir 
Ab  selar  &  ab  sofrir 
Li  serai  hom  &  seruire 

5  Et  sai  sim  uol  retenir  ** 
Veg  me  tôt  al  seu  placer 
Fis  francs  ses  tota  bauçia 
E  si  ab  aital  tricharia 
Puesc  a  ^'  sa  merçe  uenir  " 

10  El  mon  non  es  nuls  saber 
Per  qeu  camies  ma  folia. 
IV.  Lo  iorn  qe  sa  cortesia 
Mi  mostret  nim  fez  aparer 
Un  pauc  damor  ab**  placer 
Pareg  ben  qem  uolc  ausire 

5    Qins  el  cor  manet  saçir 
E  el  cor  mes  mel  *•  deçir 
Qe  mausi  denueia 
Et  eu  com  fols  qe  folleia 
Fui  leus  a  gen  foletir  *® 

10  Qan  cugei  soper^^  albir 
Qenqer    non  pes^^  qesser 

[deia. 
V.  {cf.  77  r®)  Si   per  nulh  au  tra 

[qe  sia 
Me  pogues  mais  enriqir 
Ben  agra  en  cor  a  partir 
Mas  cum   plus    i   fort   mo 

[consire  ** 

5    En^*  tant  qant  lo  mon^^ 

[per  pren 
Nô  sai  una  tant  ualen 
De  negun  parage 
Per  qeu  e  '•  seu  senhoradge 
Remang  tut  uencudamen  •^ 

10  Qar'*  non  trop  melhuramen 
Per  fortz  o  per  agradage. 


[I.  S.;)  »  mezeissa  —  •  plazer  —  '  escien  —  ♦  alegratge  —  &  me  — 
'Nom— "ïD. mas  eu — 'deia —  'Nos  —  »•  Anz—  "  cm  guerreia  —  i'  Li 
dei  miels  —  *î  uoil  —  *♦  E  doncs  pos  s»  —  **  retener  ^  **  en  —  "  caber 

—  >•  damoros —  '•  Lo  cors  es  mes  lo  —  *o  ad  efoletir  —  «*  Qar  zo  crezei 
jwT  —  28  Qeu  eis  n.  penz  —  '3  M.  on  p.  eu  mo  albir  —  '*  Ai  —  •*  monz 

-  *•  P.  qe  el  —  «'  tôt  forzadamen—  ^*  Pos 


136 


LE  CHANSONNIER  DE 


VI.  Chanson  a'  portdalegrage' 
On  preç  &  ualor  saten 

Al  rei  qe  sap  &  enten 
Miras  en  araguon  dire 
5  Qe  anc  mais  tant  guauçens 

[no  fui 
Per  finamor  cum  er  sui 
Quab  renss  &  ab  uela 
Poia^  ades  so  qe  non^sela 
Pero  nocan^  fas  gran  brui 
10  Ni  dO  uulh  sapcha  hom  de 

[cui 
Mo  ^    dig   pins  qe  dune  * 

[Stella. 

VII.  Mais  uos  am  ges  una  mêla 
N5  preç  qar  ab  uos  no  sui 
Pero  aç  obs  uos  estui 
Qem  siaz  guouerns  e  uela. 

[201  (c*  119)] 

PEIRE  RAIMON  DE  TOLOCA 

(=  B.  Or.  355,  14) 

1.  Pois  ueçem   bosc  &  broils 

[floriz 
El  praz  sunt  groc  uert  e 

[uermeilh 
El  chant  el  refrim  el  tro- 

peilh* 

Auçem  del  auçellet'^  petitz 

5    Bens  taing  qun  nouel  chftt 

[fabrec 
En  aqest  douç  "  temps  dra- 

[bril 
E  si  ben  sol  ^'  mot  maestril 
Leu  seran  dentendre  adrec^*. 


BERNART  AMOROS 

II.  E  car  non  uei  ni  trop  ie  nn*^ 

[desplec 
Mon  ferm  natural  sen  sntil 
Per  tant    non    clam  mon 

[saber  uilh 
Si    tôt    ancar    grans   non 

[prec** 

5    Qaisi  com  fi  trobau  escritz 

Bons  motz    tan  genç   los 

[apareill 

[ ] 

Qenchantan*®  formes  meil- 

[lorditz. 

III.  Mas  un  gen  cors  franc  & 

[graçitz 
Qanc  tan  bel  nO  *^  uic  en 

[espeill 
Per  cui  pens  &  fremisc  & 

[ueilh 
Mes  en^*  cor  tant  abeliz 
5    Qe  dal  ren   seruir  no  men- 

[brec 
Mas  ma  domna  ab  franc  cor 

[humil 
Per  qe  senz  tôt  enian  ma- 

[pilh 

En  amor  qen  recob  en  ^*  lec. 

IV.  Anc  hom  en  ben  amar  non 

[crée 
Tant  cum  en  mi  dons  don 

[ma  fil 
En  lei  seruir  qab  un  pauc  fil 
Ma  près  e  cug  qe  pauc  me 

[sec 
5    Pero   nO  tem  parlera  me- 

[riz  20 

Tant  esper  son  leial  conseilh 


«  Chansos  al  —  >  dagradatge  —  •  Cab  rems —  *  pueg  —  *  a.  com  no 
sen  —  •  E  pero  no  —  '  Nin  —  •  com  del. 

L.  S.  :  •  trepeilh.— **del8  auçelleU—  '*  a.  beldouz—  *•  son  —  »'adtec 
—  ï*  n.  truep  cab  on  —  "  parce  *«  chantant  —  *^  nos  —  *•  en  mon  — 
ï^  qem  te  cob  &  —  *•  ni  crix 


i 


LE  CHANSONNIER  DE 

E  sil  plaitz  qela  maconseilh 
Oent  serai  de  fin  loi  guer- 

[nitz. 

V.  Ades  es  lai  mos  esperitz 

Ond  <  il  es  don  nO  merauilh 

Qaitan  qan  ferrai  'de  soleill 

No  régna  tan  bon  ^  aibs 

[cOpIitz 

5    Nul  au  ira  nO  par  qab  lei  sec 

De    beutat    seran   dautras 

[miU 
Don  prec  mi  don  qe  non  ^ 

[auilh 
Si  mos  cor  uol  qautra  nO 

[dec. 
VI.  Tan  magrcist  per*^  madom- 

[na  sec 
Chanson'  gen  format  cors 

[gentil 
No  uei  qeu  fora  mort  de 

gilh 
Tro  qun  pauc  mon  cor  ses- 

prec. 

[202  iF»  166)] 
JORDAN  BONEL 

(=  B.  Or.  273,  i; 

1.  Sira  damor  tengues    amie 

[iaazen 
Non    fora   cel    cui  meillz 

[ânes  de  me 
Qar  pen  e  dol  e  dan  e  ma- 

[rimen 
Hai  sofTertat   pos  amei   e 

[conue 


BEBNART  AMOROS 


137 


5  Qeu  aial  mal  e  ma  dopna 

[lobe 
E  sellas  uol  aissi  ab  me 

[deuire 
Qar  sap  e  ue  *  qeu  nol  ausi 

[re  dire 

Anz  uuoill  mon  dan  sella  ' 

[uol  ez  amors 

Gardatz   sieu  [sui]  dels  fis 

[genz'  amadors 

II.  Ara  diran  tut  li  ^  desconois- 

[sen 
Qe  cel  es  fols  qam  autrui 

[mais  qe  se 
Doncs  nO  sabon  '  qom  nO  ha 

[ges  de  sen 
Qant  en  amorses  empeintz^ 

[senes  fre 
5  Qe  chastiars  ni  blasmars  ^ 

[noi  ual  re 
Ni  fis  amanz  ^  non  ha  poder 

qes  uire 

Qab    ambas    mans    contra 

laffan  nos  tire  ^ 

Si  com  eu  faz  e  ^^  qar  mi 

[fora  **  honors 

Cugei  passar  totz  los  bos 

[suffridors. 
III.  Si  com  laiga  sufifre  la  nau 

[corren 

Qant  **  es   tan  grantz   qe 

[nul[8]  homes  soste 

E  dun  clauel  pert  son  affor- 

[timen 

Soffrira  **  eu  mal  meillz  de 

[null  autra  re 

5  Mas  qant  de  lei  '^  qem  de- 

[faill  "  ab  merce 


I  ont  —  «  ferrais  —  i  bos  —  ♦  nom  —  s   magrist  —  «  Canson. 
l"  8.  :  7  crei  —  «  si  lai  -  •  fegnens  —  «o  Aram  d.  qeu  sui  —  »»  sabetz 

-  •  esprcs  -  7  mallrair—  »  Ni  da  lamor  —  »  uol  rire  —  »o  mas—  »»  fes 

-  'J  Pos  —  13  Sufert  —  ï<  E  plus  qe  leis  —  i»  desfoUl 


)38  LE  CHANSONNIER  DE 

Qez  on  mais  lam  meillz  a 

[cor  qem  azire 

Ez  on  piez  trac  plus  doblon 

[mei  martire 
El  dolz  esgartz  mes  com  la 

[blanca  âors 
Qe  pois  de  fruich  amarçis  * 

[la  sabors.  * 

[IV.  E  fai  mal  dôna  mon  escien 

Pois  fai  semblan  don  pre- 

[gar  sesdeuen 

A  caualier  nildonentendimen 

Qan  non  ha  cor  si  con  una 

[fes  me 
5  Qim  parla  piegz  qan  nom 

[au  ni  nom  ue 
E  sieu  fos  fais  engananz  ni 

[traire 
E  contra  leis.  aisin  fora  iau- 

[zire 

Mas  uas    amors  non    ual 

[forsa  ni  tors 

Ni  tem  mais  cors  de  uerais 

[amadors. 
V.  À  chaletz  uai  chanzos  a  mi 

[doDz  dire 
A  na  guibors  cui  bos  pretz 

saup  eslire 
On   es    iouenz  e  beutatz  e 

[ualors 

Ca  leis  mi  )clam  del   sieus 

[mais  noiridors. 

VI.  E  potz  aitan  sus  en  sa  cart 

[escriure 
Qe  ia  bel  ditz  ni  semblautz 

[de  douz  rire 
Noncreirai  mais  ni  oils  ga- 

[liadors 

Qe  gardon  zai  e  plus  sou- 

[ent  ailhors.] 


BERNART  AMOROS 

203 

RAMBAUTZ  DAURENGA 
(=  B.  Gr.  389,  36) 

I .  Pos  tais  sabers  mi  ven  en  ^ 

[creis 
Qe  trobar  sai  et  eu  ^  die 
Mal  estara  si  non  pareis 
E  si  mes  mal  car  no  men 

5  Qe  qant  om  diz  ab  la  len- 

[gua 
So  com  ben  em  pos  ^  non 

[tengua 
Nom  pot  auer  sordeior  dec 
Qe  dir  so  qe  nos  couengua. 

II.  E  qi  anc   iorn  [damar]   si 

[feis 
Ara  nos  taing  qen  derasic 
Pel  nouel  temps  qes  despe- 

[reis 
Deu  auer  qecs  son  cor  plus 

[rie 
5  E  qi  no  sap  ab  la  lenga 
Dir.  80  qe  se  taing  aprêga 
Coissi  al  nouel  temps  saplic 
Caissi   vol   pretz.  qes    cap> 

[tenga. 
111.  Ar  ai  gaug  can   sabrandal 

[fregs 
E  remanon  sol  li  abric 
E  dels  auseletz  e  lor  leis 
Oi  mais  de  chantar  non  se 

[trie 

5  Qe  qeigz  salegre   sa  lenga 

0  pel  *  nouel  temps  qil  so- 

[uenga 
E    dels    arbre»    qeran   tue 

[soe 


*  sestraitz  e  marcis  —  *  L.  S.  ha  di  più  qneste  3  stanze  (IV. -VI). 
s  /.  :  em  —  *  /.  :  eu  o  —  *  /.  :  en  pes  —  «  /.  :  Pel 


LE  CHANSONNIER  DE    BERNART  AMOROS  139 


La  flor  per  bracei*  se  renga. 
IV.  Estât  ai  fins  amies  adreitz 
Dana  qe  menganet  ab  trie 
Ë  car  anc  samors  me  des- 

[treis 
Totz  temps  maurai  mon  cor 

[enic 
5  Car  eu   non    veu  '  ab   la 

[lenga 

Aaer  lo  dig  që  destrêga 
Per  qe  autram  ab  lieis  sem- 

[brec 
E    qiea    qalz    so    qel    en 

[prenga. 

y.  Ab  lei  remangal  malavegz 
El  enianz  &  ab  son  amie 
CuDs  tais  iois  ma  près  en 

[merees 
Don  ia  non  creirai  fais  pre- 

[die 
5  Adz  voil   eom  me  tail  la 

[lenga 
Seu  ia  de  lieis  ère  lausenia 
Ni  de  samor  mi  desadee 
Sen  sabia  perdre  autenga.  > 

VI.  Domna    non    sai  far  lone 

[plaides 
Mas  de  me  podes  far  men- 

[die 
0  plus  rie  que  ane  no  fo  res 
Del  tôt  soi  al  vostre  eastie 
5  Sol  qé  digatz  ab  la  lenga 
Coissi  voletz  qem  eaptenga 
Qeu  ai  eor  qenaisi  estie 
Ni  qe  ia  dautra  non  fenga. 

VIL  (/i.  157)  Ben  taingqesia  fins 

vas  lieis 
Car  ane  mais  tant  enals  non 

[e  rie  * 


Car  nostre  seignier  el  me 

[zeis 
Ab  paue  afar  no  sesbaie 
5  Ca  penas  sai  ab  la  lenga 
Dir  aital  aital  s  qe  deuenga 
La  gran  beutat  qen  lei  parie 
Non  taing  qautre  si  espéga. 
VIII.  Domna  als  non  qer  la  lenga 
Mas  qen  baisan  vos  estre- 

[gna 

En  tal  luee  qeu  ab  vos  ma- 

[see 

E  qe  de  mos  bratz  vos  ten- 

[gua. 


204 

REAMBAUTZ  DAURENGA 
(=  B.  Gr.  389,  7) 

I .  A  moners  darai  ®  ebanson 
Ab  leus  motz  et  en  leu  son 
Et  en  rima  vil  e  plana 
Pos  aissi  son  eneolpatz 

5  Qan  fas  auols  motz  aïs  fatz 
E  dirai  so  qem  cossir 
Qi  qem  nan  ^  mais  om  nazir. 

II.  Damar  tomom  •  en  tenso 
Cil  on  ane  amors  no  fo 
Plus  qe  me  obra  vilana 

E   diz    qeigz  en  teing  los 

[datz 
5  En  sai  maitz  qe  nuls  hom 

[natz 
Per  qem  platz  e  deuedir 
Daqo   qeu   als  moltz  naug 

[dir. 

111.  E  si  torn  en  oeaizo 

Cel  dig  qom  fai  plus  felo 


I  /.  :  branqil  —  «  c.  en.  :  veil  —  »  L  :  aurenga  —  W.  :  n.  cric  —  »  1  : 
a.  Toil.  —  *  /.  ;  rao  uers  dirai  —  W.  ;  nam  —  «  /.  :  tornon 


140 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


No  mo  tengatz  ad  ufana 

Qar  per  trop  es  autreiatz 

5  Qal  mais  aug  dir  e  non  platz 

Qe  dona  si  vol  aucir 

Qe  rie  orne  deignia  auzir. 

IV.  Qeigz  a  dreig  qe  sarazo 

Mas  vers  venz  qi  bel  des- 

[pon 
E  ieu  die  paraula  sana 

Qe  meils  deu  esser  amatz 

5  Ries  bom  francs'  ensegniatz 

Qil  pot  pro  e  bel  chaucir. 

Per  dôna  cauz  prez  soffrir. 

y.  Mas  donna  cama  lairo 

A  semblan  de  tracion 

Non  deu  ges  esser  aurana' 

Mas  em  baz  luec  sasolatz 

5  Siqe  sia  coldatz 

E  qei  posca  esdeuenir 

La  nueg  el  iorn  ses  dezir. 

VI.  Ane  donna  qi  qen  salmo 
Per  null  rie  ome  no  fo 

Ni  tornet  de  pretz  sotrana 
Et  eu  sai  et  es  vertatz 
5  De  pron  caualier  priuatz 
Vistas  tais  dOna  delir 
Com  sen  degra  sebeillir. 

VII.  E  dirai  en  mais  eu  no 
Ara  en  aqesta  saso 

Mas  se  neguns  bom  se  vana 
Cap  me  sencontrast  iratz 
5  A  donc  mauziretz  viuatz 
Celetz  '  motz   per  me   ses 

[mentir 
Com  non  poiria  cobrir. 
VIII.  {p,  188)  Dieus  retenc  lo  cel 

[el  tro 
A  808  ops  ses  compaignio 
Et  es  paraula  certana 


Qa  mi  donz  laisset  em  patz. 
5  Ca  seignoriu  vas  totz  latz 
Qe  totz  monz  li  deu  seruir 
E  SOS  volers  obedir. 

IX.  Ja  de  mort  ne  de  preizo 
Nom  gar  dieus  ni  gaug  nom 

[don 
Se  mi  donz  qem  re  *  sescana 
Noval  pro  mais  cautrasatz 
5  Segon  qieu  cre  e  sapiatz 
Qe  totz  bom  qe  leis  remir 
Senten  ab  mi  al  partir. 

X.  Domna  eu  vos  deg  grazir 
So  qe  sai  be  far  e  dir. 

XI  E  som  date  ab  lonc  dezir 
Lo  ben  qen  degnias  soffrir. 

206* 

REAMBAUTZ  DAURENGA 
(=  B.  Gr.  389,  30) 

I.  Joglar  fe  qe  deu  dei 

A  dieu  ni  a  ma  donna  ni  a 

[mei 
Qazutz  son  en  esfrei 
Qarmatz  ab  cor  non  vei 
5  Lieis  a  cui  totz  mautrei 
Per  ar  e  per  totz  temps. 
II.  E  serem  mais  ensems 

Eu  sai  qo  taP  ma  domna 
[qar  trop  tems 
Lun*  oilmen  fus  remdemps^ 
Qeu  nomtemsessa.  trempa 
5  Sol  vos  senera  semps 
Meins  no  men  presasetz. 
lil.  Cancfams  ni  sons  ni  setz 
Nom  destreis   tan  vns    ni 
[tuig  millia  vet 


ï  /.:  f.  et  —  */.:  autana  —  3  /.:  Talz  —  *€.en:  te. 
*  Voyez  VéditiorCdeM,  Appela  dans  la  Rev,  d.  l.  r.,  IV  s.,  t.  X,p.412  ss. 
—  »  Appel  ;  toi  —  •  -4.  :  S'un  —  M.  :  redemps 


LE  GHANSONNIBR  DE  BERNâRÎ  AMOHOS  1  4 1 


Cô  fai  mo8  telans  freigtz 

Qem  breu  deuenter  abretz 

5  Car  yo8  non  vei  cui  letz 

Dd  sofrir  nom^  perill. 

IV.  A  donnap  '  cor  yolpill 

Gran  paor  ai  qeil  bocha  me 

[rouill 

Qar  del  col  tro  al  cuill 

Noua  bais  qi  qen  grondill 

5  Qeu  niria  en  eissil 

Enanz  cautram  baizes. 

V.  E  co  morrai  ades 

Sim  cochai  bes  qeu  naic.  qel 

[luec  tomes 

À  domnal  plus  confes 

Orne  qez  anc  araes 

5  A  cortes  si  qe  près 

De  vos  sia  mos  cors. 

VI.  Ai  talens  car  no  mors 

E  seignier  dieus  gitasses  lo 

[tost  fors 

0  qil  semblés  ma  sors 

A  cels  qe  sabol  destors 

5  Si  qe  nostre  demors 

Fos  per  totz  acuillitz. 

Vil.  Dôna  nom  faz  marritz 

Per  qem  degnia  de  vos  per 

[eschemitz 

Mas  qai  '  lur  falz  critz 

Dels  enoios  traitz 

5  Teme  tant  son  eissitz 

Del  bon  sen  cauer  soill. 

VIII.  (p.  189)  Per  lespauent  mi 

•^doill 

E  pel  gran  be   qaut  ^  nai 

fait  orgueill 

Si  qieu  non  deing  mon  oill 

Girar  ves  autre  foill 

5  Qar  mos  cors  no  macoill 

Qieu  ves  vos  mi  renei. 


IX.  Dôna  si  lai  on  soill 

Nous  vei  breu  em  renei. 
X.  Far  men  podes  orgoill 
Qant  morrai  qem  renei. 


206 

REAMBAUTZ  DAURENGA 
(=  B.  Gr.  389,  20) 

I.  Ben  seschai  qem  bona  cort 
Chant  qi  chantar  sap 
Et  eu  atendrai  o  *  mon  gap 
Dont  me  tenrai  plus  per  lort 

5  Qe  sabran.  li  cet  *  eil  sort 
Qieu  naurai  pretz  qi  qe  sen  ^ 

LJap 
Dels  vint  qe  serem  el  trap. 

II.  Donc  lendeman  del  beort 
Leuarai  el  cap 

La  gran  corona  del  drap 
An  mita  ab  lonas  cort 
5  Et  qi  lapella  reg  bort 
Lan  qe  la  lenga  liarrap 
Qe  mais  fols  motz  noil  escap. 

III.  Aissi  ai  bastit  en  gaug 
Mon  cor  nou  e  fresc 
Qades  sort  e  sail  e  tresc 
Si  qapenas  vegl  ni  aug 

5  E  sapchal  donz  de  thalaug 
Qeu  no  son  cel  qe  paresc 
Qe  en  autre  sen  mantrebresc. 

IV.  E  qis  vol  corn  crit  a  flaug 
Damor  pos  eu  enqes  ^ 
Sobre  totz  qals  qen  fol  pesc 
Qeu  am  des  lue  tro  az  ang 

5  La  iensor  e  men  pelaug 
Tôt  hom  qautra  per  fadesc 
Qan  leua  ab  leis  en  paresc. 


*  A.:  mom  —  '>!.:  domn'  ap  —  »  c.  en  :  qar  —  ♦^.  :  qu'aUt 

*  /.   atendrai  —  «  c,  en  :  cec  —  ^  J.  :  qi  qen  —  «  Z.  :  cresc 


ue 


LE  CHANSONNIER  DE  BEHNÂRT  AMOROS 


V.  Per  mi  donz  ai  cor  estolt 
Et  hamil  e  baut 
Car  sa  lieis  no  foz  dazaat 
Ea  moester  *  en  loec  dan 

[vult 

5  Qe   dais   no  pessera  molt 

Mas   mangera  e   tengram 

[caut 
E  agra  nO  raubalt.  ' 
VI.  E  qi  vol  apenre  escolt 
Damar  ben  cum  sait 
E  sail  pins  qe  nuls  hom 

[aat 
El   ianglos    feul  '   per   so 

[molt 
5  Sol  qel  sapil  e  sacolt 
Cuia  ab  lauzeniar.  despaut 
Dir  80  don  ma  dOna  raut. 
VU.  (p.  190)  Ma  cansos  no  vueil 

[qe  sait 
Fer  cels  mais  de  cui  mazaut 
Per  enseniament  mazaut 
De  moltz  qem   fan  de  lur 

[chaut. 

VI II.  Joglars  per  qem  desazaut 

Ma   dôna   e   vos    mi  faitz 

[baut. 

207 

REAMBAUTZ    DAURENGA 

(=  B.  Gr.  389,  1) 

1 .  Ab  nou  cor  et  ab  nou  talen 
Ab  nou  saber  et  ab  nou  sen 
Et  ab  nou  bel  captenemen 
Vueil  un  nou  verset  comen- 

[sar 
5  E   qi   mos  nous  bos  motz 

[entent 


Ben   er  plus   nou    a    soa 

[uiuent  * 
Corn  veilz  ^  sen  deu  renoue- 

[lar. 

II.  Qieu  renouel  mon  ardimen 

Cai  nouel  ab  yeil  [pessamen 

Franc  de  noueil  abrieil  par- 

[uen 
E]  cant  em  al  nouel  tôps 

[clar 
5  Qel  nouels  foils  nais  dont 

[deisen 
Lo   nouels   critz   don    iois 

[sempren 
Dels  ausels  qintronenamar. 

III.  Don  amars  mi  fai  alegrar 
Qeu  am  si  com  non  pot  corn- 

[dar 
Tam  ben  con  eu  am  ni  pen< 

[sar 

Qieu  am  la  gensor  ses  cOtent 

5  Si  dieus  mam  e  noi  mers 

[cuiar 
Qal  miels  damar  lam  saup 

[triar 
Amors  qe  nos  aiustet  gent. 

IV.  Damor  me  deg  eu  ben  lau- 

[zar 
Mais  qas  amor  guizardonar 
Num  pose   qamors  ma  sim 

ften  car 
Dat  amors  per  son  chauzi- 

[men 

5  Maisqamor  nôpot  estimar^ 

A  SOS  obs  amors  ni  donar 

Ad  autrui  con  ai  cor  rizen. 

V.  Rire  dei  eu  sim  faz  souen 

Qel  cors  me  ri  neus  en  dur- 

[men 
E  mi  donz  ri  tan  douzamen 


1  l.  :  mcster  —  •  /.  :  raembalt  —  '  /.  :  sail. 

♦  /,  :  iuuent  —  •  c.en:  vestz  —  «  /.:  met  —  "*  c,  en:  estuia r 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS  143 


Qe  si  es  ris  de  so  ui  mes 

[som  par 
5  Don  me  fa  sos  ris  plus  iau- 

[zen 
Qe  sem  rizion  qatre  cent 
An  gel    qem  deorion   gaug 

[far. 

YI.  Gaug  ai  eu  tanqe  mil  dolen 

SeriO  del  meu  gaug  manen 

Car  del  meu  gaug  tuig  meu 

[paren 

Viurion  ab  gaug  [ 

5  ...,]*&  eisament 
Lami  donz  qel  mi  pot  tôt 

[dar. 

VIL  Domna  dais  non  ai  apariar 

Mas  de  vos  doua  qe  baisar 

Vos  cuig  domna  qant  aug 

[nônar 

Vos  dona  qe  sos  ^  vestimen 

5  E  mon  cors  dOna  vos  esgar 

Qades  mius  vegni  '  donastar 

Voâtre  bel  nou  cors  couinen. 

WIL  {p,  191)  De  mon  nou  vers 

[vueil  totz  pregar 
Qeil  manon  de  nouel  chan- 

[tar 
  lieis  qam  senes  talen  var 
Deus  mabais  &  amors  seim 

[mort  * 
5  Qaatre  ris  me  semblon  plo- 

[rar 
Sim  tê  ferm  en  gaug  sens 

[laissar 
Mi    donz    cautre   drut    nO 

[cosset. 
IX.  Ja  dieus  mais   dôna  nom 

[prezent 
Sol  gart  ma  dôna  e  mO  vi- 

[glar.  » 


X.  Deus  gart  ma  dôna  e  mon 

[viglar* 
E  ia  mais  dOna  nom  prezent. 

208 

REAMBAUTZ  DAURENGA 

{=B.  Gr.389,19) 

I .   Ben  sai  qa  cels  séria  fer 

Qem  blasmon  qar  tant  souent 

[chant 

Se  lur  costauon  mei  chantar 

Miels  mestai 
5  Pos  lieis  plai 

Qem  ten  gai 

Qieu  non  chant  migba.  sen 

[per  aur  • 

Qe  nentend  en  autrui  plazer. 

II.  E   per  als   men  cog  plus 

[anqer 
Car  tan  souen.  con  en  chan- 

[tan 
Non   la  puesc  auzent   tôt 

[nomnar 
E  pois  ai 
5  Tan  gran  gai 
Qenqers  brai 

So   qieun   die  qadonc  cug 

[tener 
Dieu  o  lieis   dont  me  nos 

[temers  ^. 

III.  Bon  sapqide  mi  donz  men- 

[qier 
Qieu    noi  faz   ges   feignië 

[semblan 
E    creis   men  gaugz    cant 
[naug  parla r 
Ne  us  de  lai 
5  Onnosfai 


*  /.  :  g.  ses  manjar  Que  ieu  ai  gaug  —  •  Z.  :  ses  —  '  /.  :  inz  —  *  /,  :  sieu 
men  —  *c.  en:  iuglar  —  •  /.  ;  ni  ia  per  auer  —  "^  /.  :  uol  temer 


1  U  LE  CHANSONNIER  DE 

Nos  métrai 

Qant  diretzde  lieis  tal  plazer 
Cossius    nera   datz    grans 

[auers. 

IV.  Gran  efTors  fai  dieus  qem 

[auffer 
Cab  se  nolan  poega  baizan 
Mas  no   vol  tolre  mi  tort 

[far 
Ni  seschai 
5  Qe  nesmai 
For  eu  fai  ' 
Pos  lieis  non  pren  nol  cal 

[temer 
Qe  ia  tant  plasa  teners. 

V.  Si  de  ben  amar  lieis  mes- 

[mer 
Qeu  sai  qe  si  pel  non  '  ses- 

[pan 
Qautras  men  faran  facharar 
Don  mesglai 
5  Qen  farai 
Cobrirai 

Anz   donc  mon   gran    ben 

[gauzen  ven  • 

Hoc  si  mera  mieus  lo  po- 

[ders. 
VI.  {p,  102)  Mas  totz  temps  fo 

[e  totz  temps  er 
Qe    granz    amors    nO    ten 

[garan 
Qrans  merauillias  son  da- 

[mar 
Qen  dirai 

5  Samors  gai 
Qar  va  un  bai 
Ailas  ia  nomo  lais  vezer 
Gel  dieus  qem  na  datz  jauzer 

[sers. 
Vil.  Qaisi    tiron   ves    man  es- 

[qer 


BERNART  AMÔROS 

Cil  ricqe  plus  cortes  sen  fan 
Qades  poignion  en  lauzen- 

[gier 
Eil  verai 

5  Sonemplai 
Qar  i  atrai 

Gels  qe  semblon  sens  ferm 

[poder 
Par  cortes  si  noncaz  e  vers. 
VIII.  Domna  vostre  domini  ser 
Crezes    me  qieus  am    ses 

[engan 
E  membreus  plus  qe  len- 

[cuzar 
Li  doutz  bai 
5  Ar  morai 
Sin  die  mai 

Ai  cun  fail   qan  pens    del 

[douz  ser 
Lo    sens  e   lauzirs  el  ve- 

[zers. 

IX.  Qan  la  chandelam  fes  vezer 
Vos   bazan    rizen    a    cars 

[sers. 

X.  Joglar  ades  lo  iom  el  ser 
Me  tirai  cors  vostre  vezers . 


209 

REAMBAUTZ  DAURENGA 

{=B.Gr.  389,5) 

I.  Als  durs  crus  cozens  lau- 

[sengiers 
Enoios  vilans  malparliera 
Darai  un  vers  qe  mai  pensât 
Qe  ia  dais  noi  aura  parlât 
5  Qa  pauc  lo  cors  no  mes- 

[clara  * 
Per  so  qeu  ai  vist  e  ai  ' 


1  /.  :  sai.  —  *  Z.  :  mon  —  *  c.  «i;  ver. —  ♦  /.  :  mesclata  —  *  /.  :  e  proat 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS     145 


De  ioi  mal  sema*  barata. 
II.  E  dirai  vos  de  lor  mes  tiers 
Aisi  con  cel  qe  nos  ^  cosoo- 

[siniers* 

Daosir  e  de  sufoir*  lur  glat 

Sim  pesa  mas  non  ai  laisat 

5  Qen  de  mal  dir  vos  com- 

[bata 
A  ia  de!  plas  nom  sapchon 

[grat 
Car  mos  cors  totz  non  los 

[mata, 
m.  Lanzeniador  fai  on'  encom- 

[briers 
Als   cortes  &  als   drechu- 

[riers 
&  a  celas  qaa  *  cor  a  saur  ^ 
E  qecs  per  aqel  eu  ^  mer- 

[chat 
5  A  lantre  cobri  &  aplata 
Son  vergonios  auol  batot' 
Aisi  sO  deser  ^®  eschata. 
IV.  Perqei  fal  totz  pros  caua- 

[liers 
Qels  cre  qus  voulios  "  pla- 

[zentiers 
Mas  per  qen   traia   miels 

[sonat 

Qil  penson  ist  mal  amat  *' 

5  Pos  dais  non  vais  vna  rata 

De  qal  saras^^  sa  voluntat 

OU  dizlauzenias  ol  grara*^. 

V.  {p.lOS)  Dautres  ni  a  qei  van 

[estiers 
Qes  far  ^^  qers  '*  cortes  uffa- 

[niers 


Qe  per  oltra  euzamen  *'  fat 
0  cuia  auer  meil  gazainiat 

5  Cel  qe  plus  la  lenga  lata 
En  dir  de  partir  lamistat 
De  cels  en  cui  lois  saflata. 
Vl.  Qel  plus  pros  el  plus  galau- 

[biers 
Veg  de  lauzeniarpresentiers 
E  pens  me  domen  qaia  amat 
Com  pot  far  amador  irat 

5  Mas  ges  qi  qen  crit  on  glata 
Non  amon  tug  cil  qan  baisât 
So  sap  si  donz  na  lobata. 

VII.  Tais  cui  esser  cortes  entiers 
Qes  vilas  dans  qatre  ladrers 
E  al  cor  dins  mal  enseigniat 
Plus  qe  feutres  [....]*• 

5  Ni  troB  de  beou  escarlada  ** 
Non  sabon  mais  qei  van  tur- 

[bat 
E  qeis  cos  pot  galafata. 

VIII.  Pos  non  aus  mos  durs  de- 

[zirs  »« 
Dir  tft  tem  qel  danz  fos  do- 

[bliers 
Mas  dirai  los  '^  en  luec  dau- 

[rat 
&  dieu  s  qan  fara  charitat 
5  Los  maldiga  els  trabata 
Sai  e  pois  lai  e  nei  romprai'' 
On  recebran  de  nauata. 
IX.  Pailhairetnoniesgranzpail- 

[liers 
Daqest  vers  umplis  tos  pa- 

[ners 
En  porta  tôt  ton  col  cargat 


*  /.  ;  lor  maluasa  —  «  c.  en:  nés  —  3  /.  .•  costumiers  —  */.  :  sufrir  —  *  i.  : 
»in  —  •  /.  :  qan  —  "^  c.  en  :  asaut,  l.  :  ausat  —  *  /.  :  eis  —  *  c.  en:  batat 
L:  barat —  *•  /.:  de  fera  —  n  c.  en:  noo  lies  —  i*  /.  :  aurai  —  i3  c.  en  : 
qeil  faras —  ••  c.  en  : grala  —  *î»  /.  :  fan  —  ><*  c.  en  :  ries  —  i'  c.  en:  Qerir  o. 
CQumen —  !•  l.\  f.  sembla  sendal —  *•  c.  en:  escarlala  —  *•/.  ;  deziriers 
—  •*/.:  uos—  *  /.  :  on  es  comprat 

10 


146 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AM0R08 


An  girart  de  cui  ai  peccat 
5  A  perpinian  part  leuocbata 
E  dir  per  qe  maia  comprat 
Qen  chant  qi  qe  sen  debata. 
X.  Ben  chant  qi  qe  sen  debata 
Dels  lauzengiers  qan  ioi  bais- 

[sat 
Del  suc  *  tro  en  la  sabata. 
XI.  Joglar  seu  ia  cautz  sabata 
Qi  nous  ve  pauc  a  caualgat 
Ni  sap  par  qe  se  debata. 


210 

REAMBAUTZ    DAURENGE 

(=  B.  Gr.  389,  32) 

1.  Non  chant  per  auzel  ni  per 

[flor 
Ni  per  neu  ni  per  gelada 
Ni  neis  per  freg  ni  per  cha- 

[lor 
Ni  per  reuerdir  de  prada 
5  Ni  per  nuil  autr  esbaudimen 
Non  chan  ni  no  soi  chan- 

[  taire 
Mas  per  mi  donz  en   cui 

[menten 
Car  el  '  del  mon  la  belaire. 
II.  Ar  soi  partitz  de  la  peior 
Cane  fos  vista  ni  trobada 
Et  am  del  mon  la  belazor 
Donna  e  la  plus  prezada 
5  E  farai  o  al  mou  viuen 
Qe  dal  res  no  soi  amaire 
Car  eu  cre  qil  a  bon  talen 
Ves  mi  segon  mo  veiaire. 
111.  (jp.  194)  Ben  airai  •  donna 

[grant  honor 


Si  ia  de  ?os  mes  iutiada 
Onranza  qe  ses  cobertor 
Vos  ténia  nud  embrassada 
5  Car  uos  uales  las  meilliors 

[cent 
Qeu  non  soi  sobre  gabaire 
Sol  de!  pez  ^  ai  mon  cor  iau- 

[zen 
Plus  qe  sera  emperaire. 
IV.  De  mi  donz  fas  donne  segnior 
Cals  ce  sial  destinada 
Car  eu  begui  del  amor 
Qe  iaus  deg  amar  celada 
5  Ab  tristan  can  lail  det  izeus 

[gen 
E  bêla  no  sap  als  faire 
Et  eu  am  per  aital  couen 
Mi   donz  dont  nom  puesc 

[estraire. 

V.  Sobre  totz  aurai  gran  valor 

Saitals  camiza  mes  dada 

Con  yseus  det  a  lamador 

Cane  mais  non  era  portada 

5  Tristan   molt   prezes    gent 

[prezent 
Daital  soi  eu  enqistaire 
Sil  me  dona  cil  qeu  menten 

« 

Nous  teingenueia  bel  fraire. 
VI.  Veiatz  donna  con  dieus  acort 
Donna  qe  damas  ^  sagrada 
Qizeus  istet  en  gran  paor 
Pois  fo  breumens  conseil- 

[liada 
5  Qil  fes  a  son  marit  crczen 
Canchom  qe  nasqes  de  maire 
Non  toqes  en  lieis  mantenen 
Atrestal  podes  vos  faire. 
Vil.   Caris tia  e  fauzimen  • 
Aportes  adaizel  repaire 


»  /.  :  fuc  *  /.  :  es  —  •  /  :  aurai  —  ♦  /.  :  prez  —  •  /.  :  damar  —  «  /.:  G. 
esiauzimen 


LE  CHANSONNIER  DE  BEHNART  ÀMOROS 


147 


Ont  es  mi  doDz  qem  teD  gau- 

[zent 
Plus  qea  eis  non  aau  '  re- 

[  traire. 

211 

(=  B.  Gr.  29,  18) 
RAEMBAUTZ  DAURENGA 

I.  Sols  soi  qi  sai  lo  sobrafar  ' 

[qim  sortz 
Al  cor  damor  sufren.  per  so- 

[bramar 
Qarmos  volers  es  tam  ferma 

[et  entiers 
Cane  non  sesduis  de  seleis 

[ni  sestors 
5  Gui  en  cubicel  prim  vezer.  e 

[pois 

Cades  sens  leis  die  a  lei 

[cent  bos  motz 

Pois  can  la  vei .  no  sai  tan 

[lam  qe  dire. 

II.  Dautras   vezer  soi  secs  e 

[dauzir  sortz 
Qan  sola  lieis  veg  e  aug  e 

[esgar 
E  ies  daiso  noil  soi  fais  pla- 

[zentiers 
Qe  mais  la   vol  non  ditz  la 

[bocal  cors 

5  Qea  nô    uau   tan  câpres  ^ 

[valz  ni  planz  ni  pojs 

Qea  *  vn  sol  cors  trop  aissi 

[bos  aibs  totz 

Qen  lieis  >  vole  deus  triar  & 

[eslire. 
III.  Ben  ai  estât  ad  autras  bonus 

[cortz 


Mas  sai  ab  lieis  trop  *  mais 

[qe  lauzar 
Mesure  sens  &  autrez  bos 

[mestiers 
Beutat  iou6  bos  faitz  e  bels 

[damor 
5  Gent  cortesia  laduis  ^ 
Tant  ai  de  si  totz  faitz  de 

[plazentz  ros 
De  lieis  non  crei  aies  ^  de 

[be  sia  dire 

IV .  (p,  195)  Nuls  iauzimenz  nom 

[sia  breutz  ni  curtz 

De  lieis  cui  prec  co  uoilha 

[deuinar 
0  ia  yer  mi  non  o  sabiia  es- 

[  tiers 
Sil  cors  qes  dins  nos  pre- 

[senta  défera 
5  Qe  ges  lo  reis  per  aiga  qi 

[lengros 
Non  a  tal  brui  qal  cor  plus 

[larga  dolz 
Non  faz  eatanc  amors  tan  la 

[désire . 
V .  Jois  e  solatz  daltram  par  fais 

[e  bortz 
Cuna  de  pretz  a  lieis  nos  pot 

[egar 

Qel  seus  sols  es  dels  autres 

[pretz  sobrers 

Aisi  non  lai  las  tan  mal  ma 

[qeu  mor 
5  Pos  lasauz*  mes  deportz  ris 

[e  iois 
Car  en  pensan  soi  de  lieis 

[letz  e  glotz 
A  dieus  sija  serai  de  lieis 

[iauzire. 


'  /.  :  sai.  —  '  /.  ;  sobrafan  — '/.  :  camps  —  *"  c.eni  Qen —  ^  /.  :  l.los  — 
•  /.  :  trop  pro  —  '  Z.  :  O.  lenseignet  c.  e  lados  —  «  /.  :  res.  —  •  /  :  P<?>'0  lafanz 


148 


LE  CHANSONNIER  DE  BBRNART  AMOROS 


VI.  Ane  pois  80QS  pliu  nom  plac 

[tan  treps  ni  bortz 

Ni  re  al  cor  tant  '  loi  nom 

[pot  dar 
Con  fes  aqel  donc  anc  feing 

[lauzengidrs 
No  ses  bnigic  cami  sois  son 

[trésors 
5  Trop  *  en  no  sol  lie!  non  sia 

[enois 
Bella  per  dieu  lo  parlar  e  la 

fvoz 
Vol  perdre  mais  qe  dire  ren 

[qieus  tire. 
Vil.  Ma  chanso  prec  qe  nous  sia 

[enois 
Qarsi  volez  grazir.  lo  se' 

[els  motz 

Pauc  pretz  amaut  cui  qe 

[plassa  0  qe  tire. 


212 

RAEMBAUTZ  DAURENGA 
(=  B.  Gr.  389, 16) 

I .  Er  sespan  la  flors  enuersa 
Pels  trencbans  rancs  e  pels 

[tertres 
Cals  fregz  nieus  giels  e  con 

[glapis 

Qe  cos  e  destreing  e  trenca 

5  Don   vei    raortz   qels  critz 

[braitzcbiscles 
E  foilleran  et  engiscles 
Mais  mi  ten  vert  e  iauzent 

[lois 
Er  can  vei  secs  los  dolens 

[crois. 
II.  Car  enaissi  o  enuersa 


Qeil  bel  plan  me  semblon 

[tertre 
E  teing  per  flors  lo  con- 

[glapi 

El  cautz  mi  par  qel  freitz 

[trenqe 

5  Ë  trop  mi  son  chant  e  chis- 

[cle 

E  parom  foilljat.  li  giscle 

Sim  soi  lassatz  e  ferma  ad 

[loi 

Qe  re  non  vei  qem  sia  croi. 

III.  Mas  una  gent  fada  enuersa 
Qem  semble  nirit  en   ter- 

[tres 
Me  fan  trop  peigz  qel  cod- 

[glapis 
Cusqecs  ab  sa  lenga  trëca 
5  E  parlon  bas  &  ab  chiscles 
Ë  noi  val  bastos  ni  lisches 
Ni  menassas  anz  lor  es  lois 
Can  fan  so  per  com  los  te 

[crois. 

IV.  (p.  106)  Qar  en  baisan  nous 

[euersa 
No  mo  tolon  val  ni  tertre 
DOna  ni  gel  ni  conglapi 
Mas   nompoders   trop    en- 

[tronqe* 

5  Dona  p«r  cui  chant  e  giscle 

Vostre  bel  oill  mi  son  giscle 

Qem  chastion  sil  cor  ab  ici 

Qeu  non  aus   auer   talant 

[croi. 

V.  Anait  ai  com  causa  enuersa 

Totz  temps  cercan  vais  e 

[tertres 
Marritz  con  hom   cui  con- 

[glapi 
Destreing  e  mal  entrenca 


»  /.  :  tant  de  —  •  Z.  :  Die  t.  —  s  /,  :  son.  —  *  /.  :  entrenqe. 


i 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS  149 


5  Cane  nom  conqes  chanz  ni 

[chiscles 
Plus   qel  fel  clers  conqer 

[giscles 
Mas  er  laus  deu  malberga 

[lois 
Malgrat  delà  fais  lauzen- 

[giers  croîs. 

VI.  An  mos  chanz    caissi  en- 

[nersa 
E  Dol  teignion  val  ni  tertre 
Lai  on  om  no  sent  conglapi 
Ni  a  poder  freigz  qe  tren- 

[che 

5  Amidonz  lo  chant  el  chiscle 

Clarqins  el  cor  Ihentrol  gis- 

[che 
Cels  qil  sab  gent  chantar. 

[ab  ioi 
Qe  nosfai  a  chantador  croi. 

VII.  Dousa  donna  amors  e  iois 
Non    ten   ensems  malgrat 

[dels  crois. 
VIII.  Joglar  ganre  nai  meins  de 

[ioi 
Car  nons  vei  en  fas  semblan 

[croi . 

213 

REAMBAUTZ  DAURENGE 

(=  B.  Gr.  389,  40) 

I.  Una  chansonetta  feira 
Volontiers  lenet  a  dir 
Don  tem  qe  mer  a  morir 
Qe  far  lai  tal  qi  sen  cela 

5  Bé  la  poira  leu  entendre 
Sitôt  ses  en  aital  rima 


Li  mot  seran  descubert 
Alqes  de  razO  deuiza. 

II.  Hom  sap  car*  mapodera 
Mos  cors  qe  non  pot  suffrir 
De  mon  talan  descubrir 
Cades  poi  a  plena  vêla 

5  Gui  qe  veia  is  *  disendre 
Per  qe  noi  pos  nul  escrima 
Trobar  tant  ai  trop  suffert 
De  far  parer  ma  conqiza. 

III.  Pos  ma  dona  mes  tan  vera 
Trop    miels    qeu  noil  sai 

[grazir 
Sieu   qier   als  totz    temps 

[mazir 
A  dien  ni  ian  mer  '  chan- 

[delà 
5  Om  fassa  qe  be  man  pen- 

[dre 
Et  per  sa  ^  gola  ad  una 

[cima 
Per  ^  ma  dat  si  lieis  nom 

[pert 
Dieus  e  pagar  *  a  ma  guiza. 

IV.  Ben  saup  lo  mel  de  la  cera 
Triar  elo  ^  meilz  deuezir 
Lo  iom  qd  lieis  pois  cauzir 
Plus  cazen  ^  clardat  destela 

5  A  par  nos  fai  a  contendre 
Beutatz  dautra  si  belisma  * 
Qe  ia  nin  cort  de  la  sert 
Qes  cuida  aribar  ves  piza. 
Y.  (p.    197)    Domna    cant  mi 

[colg  al  sera 
La  noit  e  tôt  iom  cossir 
Cous  pogues  en  grat  seruir 
Cant  em   penz  qim  sier*^ 

[ni m  pela 
5  Nom  pot  far  en  als  entendre 


'  /.  :  Bom  cap  tan  —  ^  l,:  ios  —  *  /.  ;  met  —  ♦  /.  :  Per  la  —  *  /.  :  Pro 
-  */.  :  pagat —  '  /.  :  el^  *c.en  cozen  —  •  /.  :  bes  lima  —  i®  c.  en  :  fier 


150 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


De  gaug  mo8  cors  salegpri- 

[ma 
Tant  ai  en  vos  mon  cor  sert 
G  ma  voluntat  azisa. 
VI.  Domna  si  no  salezera 
M 08  cors  lai  ont  eu  dezir 
Res  plus  tost  non  pot  aacir 
Sim  tarza  pensât  de  cela  * 
5  Al  cors  '  nos  pot  défendre 
Qeil  aida  mes  aitan  prima 
Souenen  gaug  em  nespert 
£m  pens  mala  lei  enqisa. 
Vil.  Non  aifag  tan  longa  espéra 
Caissimen  degues  marrir 
Mas  us  ioms  mes  vis  qem 

[tir 
Un  an  lo  près  duna  mêla 
5  Min  '  tem  simo  pot  car  ren- 

[dre 
Dreig  qe  ♦  mos  cors   men 

[ferma  ' 
Cades  mis  tan  hoill  ubert 
Ves  cela  part  on  lai  viza. 
VIII.  Deu  prec  tan  de  mort  mes- 

[crima 
Donna  e  maia  suffert 
Tro  qieus  embraz  ses  cha- 

[miza. 
IX.  Qi  trob  amors  ses  escnma 
Ja  nom   deu  plagnier.  sim 
Falsa  ni  vaira  ni  biza.  [pert 

214 

REAMBAUTZ   DAURENGA 

(=  B.  Gr.  389,  41) 

I.  Un  vers  farai  de  tal  mena 
Ont  vueil  qe  mos  cors  pa- 

[resca 


Mas  tant  ai  rich  entendensa 
Per  qe  nestauc  en  bestensa 
5  Qe  non  pusca  complir  mon 

[gaug 
Canz  tem  cun  sol  iom  nom 

[uiua 
Tant  es  mos   dezirs  faitz 

[lentz. 

II.  Ins  e  mon  cor  si  semena 

Uns  volers  e  cug  qen  cresca 

Dun  ioi  qen  mettal  crezenza 

Qe   dais  non  ai  souinensa 

5  Ni  res  qe  sagues    nom  fa 

[gaug 
Anz  lais  e  mos  cors  esquiua 
Autre  ioi  qe  de  me  non  asai.* 

III.  Per'  no  sai  que  tan  grant 

[pena 
Qinz  el  cor  mi  vais*   em 

[tresca 
Non  trais  om  senes  '  pene- 

I densa 

Con  eu  qe  bella  paruensa 

5  Noi  ai  fort  naduncs  '<*  perqe 

[nai  gaug 
Car  uns  volers  men  abriua 
Qem  diz  qez  in  altra  non 

[poin. 

IV.  (p,  198)  Be  ma  nafrat  en  tal 

[vena 
Esta  mortz  caram  ven  fresca 
Don  nuls  metges  de  proensa 
Nadius  nom  pot  far  valenza 
5  Ni  mezina  qen  faza  gaug 
Ni  ia  non  cre  qe  sescriua 
Lo  mal  qe  inz  al  cors  mes- 

[con. 

V.  Camors  ma  mes  tal  cadena 

Plus  dois  mes  qe  mels  de 

[bresca 


*  /.:  tela  —  «  /.  ;  cor  qom  —  3  c.  en  :  Nian  —  W.  ;  perqe  —  «  i.  :  cima. 

•  /.  :  sens  -  ?  /.  :  Ren  —  •  /.  :  nais  —  »/.  :  ses  —  lo/.  ;  tort  donc 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


151 


Can  mo8  pensars  men  co- 

[mensa 
Pois   pens   qe  désirs  non 

[vensa 
5  Loncs  perqe  tom  em  plor 

[mon  gaug 
E  vauc  cosares  *  pensiua 
Car  non  aus  mostrar  mon 

[bezoin. 

VI.  Ben  ai  ma  voluntat  plena 
Da  tal  sen  qe  sentrebesca 
E  cug  qe  maia  temensa 
Car   nuls    hom    mais    per 

[pleuensa 
5  Nomen  poiria  faire  gaug 
Dona  sun  ^  fossetz  aiziua 
Tost  saubra  sen  fol    men 

[peroin. 

VII.  Mas  il  nô  sap  cal  estrena 
Ma  dada  nim  corn  adesca 
Car  tan  sos  pretzsobregensa 
Qil  non  cre  qeu  per  temensa 

5  Anzes  ges  de  lieis  auer  gaug 
Car  es  tan  nomenatiua 


Tem  si  lio  die  qo  men  ver- 

[goin. 
y III.  Dus    bes  ^    granz    talanz 

[afrena 
Mon  cor  car  sens  aiga  pesca 
Pois  noil  los   puesca  pre- 

[senza 
Dir  deus   lien   don  conoi- 

[sensa 

5  Alieis  tal  came  tom  en  gaug 

Qest  vers  farai  qem  caliua 

Dir  lai  on  ab    lieis   pretz 

[sajoin. 

IX.  Ries  soi  si  lenten  en  a  gaug 
Mas   eu  non    stai   perqem 

[viua 
Sil  coneis  ^  e  pos  non   na 

[soin. 

X .  Non  deg  entendre  mal  mon 

[gaug 
Qel  bos  espers  vol  qe  viua 
El  mais  mentra  don  non  ai 

[soin. 


U.  :  CD  fa  res  —  «  /.  :  sim  —  s/.  ;  Cus  bos  —  */.  :  conoig. 


I  DODICI  CANTI 


EPOPEE  ROMANESQUE  DU  XVI*  SIECLE 


(Suite) 


CANTO  DUODECIMO 


F®  13dT®]  1 .     Signor,  fur  molti  nella  antica  etade 
A  qnai  Fortuna  prospéra  promise 
Etemo  honor,  perpétua  majestade, 
Né  lor  dalle  vettorie  ample  divise 
Finchè  mostramo  lor  chiara  bontade  ; 
Ma,  quando  inertia  nel  lor  cor  si  mise, 
Persero  a  un  punto  sol  quel  ch'  in  molti  anni 
Acquistato  havean  già  con  gravi  affanni. 

2.  Di  questi  un  fu  quel  gran  Cartaginese 
Ch*  a  Canne  tante  gran  vettorie  perse 
Per  non  seguire  l*honorate  imprese  : 
Vivendo  in  otio  il  suo  danno  sufTerse  ; 
Et  quel  modemo  rigide  Francese 

Ch'  altresl  in  Puglia  ai  suo*  la  morte  offerse 
Col  troppo  soggiornar,  col  star  a  bada, 
Tenendo  al  fianco  Tociosa  spada. 

3.  Et  quel  Thosco  gentil,  di  eu*  i  figliuoli 
Allé  paterne  spese  hanno  imparato 
Soleciti  esser  per  f  uggir  li  duoli 

Ch*  acquistô  il  padre  nel  castel  di  Prato, 
Et  render  libertade  ai  patrii  suoli, 
Cerca  tutt*  hor  in  questo  et  in  quel  lato  : 
Cosi  in  Durazzo  hora  Milone  il  duca 
L*otio  percuote,  distru gge  et  manduca. 


GÂNTO  DUODEGIMO  153 

4.  Licentiô  li  suo*  militi  el  sire 

Preso  ch*  hebbe  Durazzo,  et  con  la  moglie 
Già  conBamati  tutti  i  suo'  desiri 
Et  adimpite  le  bramose  voglie. 
Non  conoflcendo  i  suo'  futur  martiri 
Né  le  maligne  sue  venture  doglie 
Pensando  che  ni8c[i]un  mai  più  il  moleste 
Né  Talegrezze  sue  faccia  funeste. 

5.  Vivendo,  com*  io  dissi,  alla  Francesca 
Con  giostre  e  torniamenti,  et  lieta  fronte 
Facendo  in  cor  te  a  ognun,  gente  Turchesca 
Accetta  seco  e  al  fin  n*  hebbe  pur  on  te, 
Per6  ch'  essendo  ancor  la  piaga  fresca 

Se  ne  duolse  Mongrana  et  Chiaramonte, 
Onde  ne  trasse  il  duca  la  famosa 
Origine  per  sempre  glorîosa. 

[F**lS4r<*]6.    Naparrosotto  il  nome  di  Torrindo 

Venue  a  Durazzo  coi  compagni  in  fretta, 
11  nome  dando  che  dal  paese  Indo 
Era  venuto,  aciô  che  raen  suspetta 
Renda  la  gente,  et  Ottomanno  il  lindo 
Ârmato  entré  con  tutta  quella  setta 
Et  da  Lamphibo  fu  accettato, 
Ch*  ô  Turco  altresi  mal  battizzato. 

7.  Da  Finadusto  fu  con  molto  honore 
Ricevuto  Naparro,  et  alla  corte 
Non  si  vuol  presentar  di  quel  signore 
Cui  cerca  dare  con  gran  stratio  morte. 
Vi  va  quel  altro,  ma  non  scuopr*il  core. 
Et  mena  seco  le  sue  fide  scorte 

Dei  cavallier,  con  dir  ch*  ivi  andato  era 
Per  honorar  sol  quella  giostra  altiera. 

8.  Enteso  ho  dir  che  si  gettan  tre  acque  : 
La  prima  è  quella  che  dentro  al  mar  piove  ; 
La  seconda  (di  udir  non  mi  dispiacque) 

E  che  al  somier  il  capo  lava,  dove 
L'etema  ingratitù  per  sempre  nacque  ; 
Et  délia  terza  più  gettata  altrove 
Non  si  vidde  di  quella,  ch*  el  Giudeo 
Battezza  o  il  Turco  o  l'infido  Caldeo. 


154  ï  DODICI  CANTI 

9,     Si  suol  dir  un  proverbîo  assaî  vulgare 
Ch*  un  mal  Giudeo  non  è  mai  buon  christiano. 
Chi  facilmente  questo  vuol  praovare, 
Hor  ne  pu6  haver  Tesperientia  in  mano. 
Finadusto  et  Lamphybo  i*  vi  vuo*  dare 
Per  testimoni  che  1  battesmo  in  vano 
Presero  per  tradir  più  cautamente 
Milone  il  duca  et  lor  patria  dolente. 

10.     Furon  costor  cagion  che  la  citade, 
Lor  patria,  rovinasse  a  ferro  e  sangue, 
Et  vi  périsse  con  gran  crudeltade 
Molti  christiani,  e  il  re  Quiciardo  esangue 
Per  il  fratel  restasse  ;  che  pietade 
Non  traova  hora  Durazzo  ;  et  perô  langue 
Per  il  figliuolo  la  misera  roadre 
Et  la  figliuola  per  pietà  del  padre. 

^F<>134  v^]  11.     Quando  la  giostra  in  piazza  ordinata  era, 
Fassi  nella  cita  tumulto  altronde. 
Finadusto  et.  Lamphybo  con  Paltera 
Persona  di  Napar  che  non  se  asconde 
A  loro,  ma  con  la  spietata  et  fera 
Malignità  cui  par  sempre  seconde, 
Truovan  christiani  et  donne  et  fanciuUini 
Occidendo  dai  grandi  ai  picciolini. 

12.  Va  il  rumor  al  palazzo  ov'  è  Scferra, 
Quai  piglia  il  fanciullino  e  in  Tantro  scende. 
Invalidis9e  in  la  cita  la  guerra. 

Col  duca  il  buon  Manfredo  Tarmi  prende. 
Dal  basse  centre  fin  sopra  la  terra, 
La  gentil  maga  le  figure  orrende, 
Con  le  sue  arti,  trahe  nella  spelonca, 
Col  galette  délia  Stigia  conca. 

13.  Manda  in  Constantinopoli  quell*  armi 
Che  Volcan  fece  al  sacro  imperatore, 
Per  un  di  quei  che  coi  magici  carmi 
Haveva  de  Tinfemo  tratto  fuore, 

Quai  disse  :  «  Fa  che  nulle  unqua  se  n'armi, 
Se  non  chi  con  giostrarle  havranne  honore, 
Che,  se  altrimente  mai  tu  ne  facesti, 
Il  nome  di  esser  giusto  perderesti.  » 


L 


CANTO  DDODECIMO  155 

14.  Fu  a  un  pnncipe  si  grande  grande  il  duono, 
Ma  il  démon  ch*el  porto  cbe  in  forma  humana 
Se  le  mosti'ô,  come  un  balen  dal  tuono 

Via  si  parti  tornando  alla  gran  tana 
Onde  uscito  era,  et  Timperator  buono 
Lo  fa  cercar  per  la  cita  sovrana, 
Volendol  meritar,  nô  si  ritruova, 
Onde  s*ammira  di  tal  cosa  nuova. 

15.  Et  viste  Parmi,  che  d*una  bellezza 
Eran  non  vista  mai,  Tbebbe  assai  care. 
Fumo  stimate  ancor  di  gran  ricbezza 
Cbe  vi  eran  gemme  pretiose  e  rare. 
Havea  Timperador  di  gentilezza 

Un  figliuol  pieno  et  di  virtù  preclare, 
Sol  d'anni  cinque,  et  fe  dissegno  darle 
  quello,  onde  per  quel  fe  conservarle. 

16.  Milon  fu  fatto  con  sua  cara  moglie 
Prigione  e  in  prigion  posto  ;  ivi  conviene 
Tanto  vi  stia  con  stenti  et  amare  doglie 
Cb*el  figliuol  crescbi  et  poi  a  trarli  di  pêne 
Ratto  ne  vengbi,  et  le  sfrenate  voglie 

Del  zio  maligno  il  giovanetto  affrene, 
Cbe  con  Seferra  va  in  un  piccio[l]  legno 
Pel  mar  fuggendo  di  Naparro  il  sdegno. 

[F**  iSSr^']  17.    Ma  la  Fortuna,  cbe  ô  dei  buon  nemica 

Et  spesso  in  fine  al  cielo  i  tristi  estoUe, 
Ne  Tonde  false  quel  legnetto  intrica 
Con  contrar  venti,  et  dal  camino  el  toile 
U'  condurlo  Sefferra  s'affatica, 
Per  far  le  voglie  sue  nette  satolle, 
Che  non  le  basta  i  genitor  turbare 
Cb*ancor  persiegue  il  figlio  in  mezzo  il  mare  ; 

18.     Percbè  fu  preso  il  nobile  bambino 
Da  certi  predator  nel  mobil  regno 
Di  quel  cbe  già  si  converti  in  delÔno 
Sol  per  Melantbo,  et  dei  fanciullin  degno 
La  fida  scorta  in  mar  col  capo  cbino 
Sendo  gettata,  il  ciel  sempre  benegoo 
La  rimutô  in  Taugel  cb'al  marin  lito 
In  bianche  penne  è  passeggiando  unito. 


156  I  DODIGI  GANTI 

19.     Doppo*  fu  cemperato  il  fanciuUetto 

Dove,  il  bel  monton  d*or  trasportando  Belle, 

Da  lei  caduta  Hellesponte  vien  detto, 

Et  quel  fu  trasmutato  in  chiare  stelle. 

A  Biza[n]tio  portato  il  pargoletto 

Fuggi  le  sorti  sue  crudeli  et  felle, 

Che  fu  nudrito  e  imparô  in  le  scuole 

016  che  liber  fanciullo  imparar  suole. 

20.     Lungo  saria  il  volervi,  8*io  volesse 
Il  tutto  come  et  quando  racontarvi, 
Ma  bastami  servar  le  mie  promesse 
Et  sol  lliystoria  qui  manifestarvi 
Del  pro  Guerino,  et  poi  quel  che  successe 
Di  lui  più  a  pieno  spero  dichiararvi. 
Basta  ch*  io  dichi  como  acquistô  Tarmi, 
Perché  dirlovi  haver  promesso  parmi. 

21  •     Epydonio  fu  quel  ch*  el  fanciuUetto 
Comprô  dalli  corsari  et  porto  seco, 
Trovando  una  nudrice  che  col  petto 
Li  desse  il  latte,  che  di  figli  cieco 
Era  egli  in  prima,  ma  il  motor  perfetto, 
Che  niscium  lascia  over  Latino  o  Greco 
De  Topre  pie  senza  buon  guidardone, 
La  moglie  fecondô  d*un  bel  garzone. 

22.     Cosl  fur  nudricati  in  modo  taie 
Che  Tun  da  Faltro  non  si  conosceva, 
Giô  è  quil  schiavo  da  quel  naturale 
Figliuol  ;  perô  Guerino  esser  credeva 
Figlio  a  Epydonio  et  a  quel  altro  uguale 
Certo  fratel  germano  si  teneva. 
Era  loro  un  vestir,  un  viver  solo, 
Come  se  stato  anch*  ei  fusse  figliuolo. 

[F^  135v<^]23.     Perché  meschinamente  fu  truovato 
In  man  di  ladri  il  degno  fanciullino^ 
Non  sapendo  che  fusse  battezzato 
Ribatezando  il  fe  chiamar  Meschino. 
Enidonio  il  figliuol  poi  fu  nomato, 
Ma  fu  di  aspetto  tanto  pellegrino 
Quel  prima  detto  compralo  fanciullo 
Ch*a  ogni  animo  gentile  era  trastullo. 


CANTO  DtODECmO  157 

24.  Et  pervenuto  al  quintodecimo  anno 
Con  Enidonio  essendo  andato  in  corte 
Del  sacro  imperador  u'  senza  affanno 
Si  vivea  lieto,  le  toccô  per  sorte 

Giocar  a  lot  ta,  et,  non  senza  onta  et  danno 
Dei  lottatori,  tanto  destro  et  forte 
Si  demostro  che  venti  o  più  ne  vinse 
Nanzi  ch'  ei  si  straccasse  e  in  terra  spinse. 

25.  Onde  Alexandro,  al  degno  imperatore 
Vero  figliuol  di  sangue  et  di  costumi, 
Al  Meschin  puose  tanto  grande  amore 
Che  sempre  in  lui  tenea  firmati  i  lumi, 
Considerandol  tutto,  et  dentro  al  core 

Si  mise  per  lui  spender  molti  numi 
Comprandolo,  onde  ad  Enidonio  chiese 
Ch*  in  venderglelo  fusse  al  men  cortese. 

26.  Quai  le  rispose  non  posser  disporre 
Del  Meschin  senza  la  patema  voglia, 
Ond'  Alexandre  ad  Epydonio  esporre 
Fe  il  suo  désir  et  lui  pregar  che  voglia 
Concederli  el  Meschin  et  tanto  tuorre 
D*argento  o  d*or  al  désir  le  accoglia, 

Par  che  le  dia  il  Meschin,  che  sol  le  piace 
Sempre  haver  seco  per  sua  etema  pace. 

27.  Enidonio  gentil  discrète  et  buono, 
Al  suo  signer  in  tutto  sempre  grato, 
Le  ne  fece  cortese  et  largo  duono, 
Narrando  corne  Thaveva  comprato 
Da  certi  ladri  che  di  voce  in  suono 
Le  disser  corne  Thavevan  predato 
De  Sefferra  che  n*era  curatrice   . 

Et  con  molto  oro  et  gemme  e  una  nntrice  ; 

28.  Et  corne  haveano  Tuna  et  Taltra  donna, 
Ma  pria  la  vechia,  dentro  al  mar  gettata, 
L*altra  che  di  bellezza  era  colonna 

Da  tutti  i  marînar  sendo  stuprata, 
Ma  perd  a  forza,  in  fine  che  la  gonna 
Con  tntto  el  corpo  bel  fu  lacerata, 
Et  al  ciel  rasa  Tanimetta  pura, 
Al  corpo  démo  il  mar  per  sepoltura. 


1S8  I  DODICI  CANTI 

[F*138r*]29.     Il  tutto  ode  Ouerio  cbe  ers  présente 
Cib  oiio  Epydonio  ad  Aleasandro  dice  ; 
Dagli  ochi  il  pianto  et  un  auspir  revente 
Da  1'  imo  petto  eaala  et  sa  infelica 
Chiamaodo  pria;  et  poi  di  quella  genta 
Quai  aia  dimanda  che  fii  predati'ice 
Di  lui,  quali  esHerTorchi  entese,  onde  oUo 
Oiurô  di  famé  un  di  crudel  macello. 

30.  Et  lo  Bucceese  poi,  corne  odirete, 
Che  fu  de'  Turchi  capital  nemico, 
Et  felli  capitar  entro  uoa  rete 

Che  fu  a  lor  duro  laocio  et  grande  intrico 
Più  ch'  a  r  imperio  it  adegnato  Narsete 
Vedecdo  il  cor  d'Augusta  eaaerli  oblico  ; 
Ma,  lasciando  ogni  cosa,  i'  vi  vuo'  dire 
Come  l'armi  acquistoasi  il  gentil  sire. 

31 .  Era  Aleesandro  di  bella  statura 
Proportionato  et  di  cor  generoBo, 
Cui  donà  il  padre  la  bella  armatura, 
La  mazza,  il  acudo  e  il  brando  luminoao, 
Che  le  piacevan  fuor  d'ogni  miaura 

Per  la  bellezza  lor,  ma  gli  era  ascoso 
Ciô  che  in  quelle  era,  quai  il  sir  ei  pruora 
Nà  ben  le  stanno  o  pur  se  armar  ripruova, 

32.  Quando  ha  più  voltc  et  più  pruovato  il  sire, 
La  prima  volta  le  truovâ  assai  strelle, 
L'altra  si  larghe  che  non  son  ben  dire, 

Et  l'altra  corte  ;  et  quando  poi  ai  mette 
In  pruova  di  voleraene  vealire, 
Più  al  corpo  auo  le  ritruovava  înette, 
A  tal  che  ee  ne  lagna  aaai  et  le  apiace 
Non  poterai  veatir  quel  che  le  place. 

33,     Et  coai  quando  è  largo  et  quando  stretto 
0  qnando  è  troppo  cupo  o  troppo  piano 
o,  belle  et  pretioBo  elmelto, 
par  caso  ad  Alessandro  estrano. 
i  ancor  le  awien  di  quel  peifetto 
0  non  fatto  per  oprar  humano, 
lando  à  corto,  quando  lungo  et  quando 
Bro  et  quando  é  grave  il  degno  brando. 


CANTO  DUODËGlMO  Ib^ 

34.     Similemente  délia  mazza  et  scudo 
Avvien,  che  quando  leggi  et  quando  gravi 
Sono  al  campion  d'ogni  baldanza  igoudo, 
Onde  par  che  graa  doglia  il  sir  aggravi 
Che  servir  non  si  puô  di  quelle,  et  crudo 
Par  a  ciascun  il  caso,  et  alli  ignavi 
Fabri  de  V  armi  par  cosa  impossibile 
E  agli  humani  intelletti  anco  incredibile. 

[F»  136  T^]35.    Prendono  la  misura  al  sir  geutile 

Più  fabri  ch'  han  de  V  armi  il  nome  chiaro, 

Nô  alcun  sa  ritruovar  modo  ne  stile 

Di  guastar  quelle  o  a  quelle  famé  un  paro. 

Era  illavor  si  bello  et  si  sottile 

Che  di  ponervi  man  tutti  dubbiaro, 

Ma  pur  pruovando  ruppero  i  scolpelli, 

Incudini,  tenaglie  et  più  martelli. 

36.  Non  si  ponno  guastar  per  quella  tempra 
Ch*  hebbero  prima  dal  suo  dotto  fabro, 

Che  ogni  altro  ferro  o  vi  si  frange  o  stempra  ; 
Perô  par  forte  il  caso,  duro  et  scabro 
Et  di  esserne  pur  donno  più  s^insempra 
11  gran  disio  nel  sire,  et  torce  il  labro 
Pel  sdegno  grande  che  nei  cor  s'imprime, 
Onde  a  guastarle  fa  pruovar  più  lime. 

37.  Una  si  spezza,  Taltra  perde  il  taglio. 
Straccanosi  li  fabri  intorno  a  quelle, 
Mirano  tutti  al  pretioso  intaglio, 

Le  frondi  et  ghiande  cou  misure  belle. 
Di  piu  armature  a  quelle  fanno  aguagtio 
Nô  di  beltà  si  truovano  come  elle 
Ne  di  fortezza  ancor,  perchô  i  diamanti 
Che  quelle  assai  più  foran  franti. 

38.  Onde  Alessandro  si  perturba  et  dice  : 

(c  Chi  sia  questo  Guerin  che  quivi  è  scritto  ? 
Mai  non  se  intese  ancor,  ma  ben  felice 
E  più  di  me  se  a  suo  comodo  dritto 
Posseduto  ha  queste  armi  ;  et  io  felice 
Tanto  son  più  di  lui  quanto  più  afflitto 
Sono  per  non  gioir  di  si  bel  duono 
Che  m*ha  donato  il  gcoitor  mio  buono  i>. 


)6D  I  DODICI  CANTI 

39.  Le  fa  riporra  al  priatino  ino  luoco 
CoD  pensier  di  truovar  chi  a  lor  aimili 

Ne  faccia  ancor,  tornando  a  feata  et  ginoco 

Coi  auo  baroD  magDaDÏmi  et  gentili. 

Ha  il  Meachia  ■empre  teco,  et  sempre  in  fuoco 

Di  edegoo  accesi  l'aima  e  il  cor  virile 

Il  giovanetto  ha  sol  per  dod  aapere 

Detla  ana  atirpa  le  certanie  vere. 

40.  Fra  gli  altn  un  d)  AleaBandro  et  più  baroni 
Giocando  a  lotte,  a  pale,  atirar  pâli, 

Ch'  ivi  eran  de  diverae  regiooi. 
Si  truovan  tutte  quelle  armi  fatali 
Ne  fuvi  alcun  in  tutti  qneï  campioni 
Cai  ateeter  ben,  perben  che  molli  uguali 
Erano  di  peraona  al  bon  Ouerino, 
Ma  aol  a'assettan  ben  aoTTa  el  Meachino, 

[F*  13?r<']41.     VnoUe  Aleaiandro  alhora  un  duono  farne 
Al  auo  Meechin,  ma  in  pîâ  nacque  un  tnmulto, 
Che  ci6  non  ai  àeo  far  p«r  contentarne 
Un  aol,  ohe  fora  ag:Ii  altri  troppo  inaulto 
Et  lanti  gentil  bomin  acontentarne. 
Onde  uno  ad  Aleaeandro  ik  cooaulto 
Che  non  Tuoglia  diapor  aenia  del  padre 
In  ridonar  altrui  l'anni  leggiadre. 

42.     0  invidia  che  in  le  corti  sempre  paaci 
La  tua  ingordigia  et  diiboneita  famé, 
Che,  ae  hoggi  muori,  diman  rinaaci 
Quat  vivo  aeme  sparto  in  buon  letame, 
Tal  che  mai  diacader  (u  non  ti  laaci 
Né  a  te  rompeno  mai  le  Parche  il  atame, 
"~  ta  pulluli  più  che  gramigna 
chè  aile  corti  aei  fida  matrigna. 

Inde  Alaaaandro  al  sacro  imperadore 
l'armi  raguaglii  la  cosa  intara. 
b  de  l'armi  vuoi  che  sia  aignore 
quelle  vince  cou  battaglia  fera, 
>rdatoai  corne  il  donatore 
diaae  già  che  a  chi  per  gioatra  altiera 
:qnistarà,  ai  deaaero  et  no  ad  altri, 
:or  cbe  fuaain  valoroai  et  acaltri. 


CâNTO  DUODEGIMÛ  161 

44.  Gosl  uno  editto  te  cbe  ognon  potesae, 
Pur  che  fiiise  signor  o  cavalliero, 
Qiostrar  qell'  armi,  et  quel  che  le  vincesse 
Ne  andaase  di  elle  et  di  gran  fama  altiero  ; 
Ma,  se  per  sorte  alcun  se  prosumesse 

Ivi  giostrar  che  non  fosse  guerriero 
Famoso  o  sir  di  qaalche  degno  stato, 
Subito  preso  sia  decapitato. 

45.  Quando  entese  il  Meschin  la  conditione 
Con  quai  covien  che  tal  armi  si  giostri, 
Ne  Tanimo  ne  prende  gran  passione 

Che  sol  ohi  è  franco  cavallier  dimostri 
Quanto  egli  vaglia  fra  Taltre  persone  ; 
Voltando  gli  ochi  alli  supemi  chiostri 
Si  lagna  di  sua  cruda  e  amara  sorte 
Che  schiavo  Thabia  fatto  et  tolto  a  morte. 

46.  Non  ride  più,  non  giuoca  et  non  £a  festa, 
Non  si  ralegra  più  corne  egli  suole, 

Non  alza  più  la  delettevol  testa, 
Più  non  motteggia  con  grate  parole, 
Ma  sempre  più  la  fantasia  il  molesta. 
Piange  da  se,  suspira,  assai  si  duole, 
Perde  il  color  suo  solito,  et  la  mente 
Semprd  più  gramaet  più  turbata  sente. 

[r  137  T*]  47.    Vede  Alessandro  questo  et  sta  turbato, 

Perché  si  pensa  ch  *el  Meschin  sia  infermo. 

Délia  cagion  Tha  subbito  spiato, 

Ma  quel  non  scuopre  il  suo  proposto  ferme, 

Anzi  si  escusa,  et  di  essersi  mutato 

Non  creder  dice,  et  non  ne  puô  far  schermo. 

Pur  lo  costringe  sotto  giuramento 

Che  '1  ver  le  dichi  senzahaver  spa  vente. 

48.     Tanto  è  Tamor  ch*  Alessandro  le  porta, 
Che  giura  anche  egli  non  negarli  mai 
Cosa  ch'  ei  chiegga,  onde  si  riconforta 
Alquanto  il  buon  Meschino  et  dei  suo'  lai 
Al  suo  Alessandro  âpre  la  chiusa  porta. 
Et  dice  :  «  Signor  mio,  non  vorei  mai 
Ëssere  ia  questo  miser  mondo  nato 
Poichè  *1  giostrar  de  l'armi  mi  è  vietato. 

il 


nt  1  DODICI  CANTÏ 

49.  Non  che  la  cupidigia  mi  ci  tiri, 
Ma  sol  disio  d'honor  d^acquistar  fama 
Mi  dà  dentro  del  cor  crudel  martiri, 

Cb*  io  veggio  da  lontan  che  sol  mi  chiama 
Vittoria  a  questa  impresa,  et  con  suspiri 
Convien  ch*  io  mi  rimanghi,  onde  ognor  brama 
Mia  istessa  morte  il  mio  spirito  afflitto 
Dal  ciel  et  da  Fortona  derelitto. 

50 .  Viver  non  vuo'  più  in  questa  mortal  vita. 
Se  vita  si  puô  dir  questa  mia  sorte, 

Quai  giorno  e  notte  a  desiar  m'invita 

Sol  per  uscir  di  servitù  la  morte 

Che  certamente  per  sententia  trita 

É  men  di  servitù  crudele  et  forte, 

Che  mille  vol  te  il  di  vivendo  i*  moro 

Fin  ch'  io  son  schiavo  con  crudel  martoro. 

51 .  Vedendo  il  pio  Alessandro  cho  '1  Meschino 
Délia  sua  sorte  si  lamenta  et  piange, 
Tenendo  per  pietade  il  capo  chino 

Verso  la  terra,  dentro  del  cor  s*ange, 
Et  giurando  promette  al  poverino 
Che,  se  ei  vuol,  giostrarà.  Cosl  le  tange 
La  mano  con  gran  fade  et  con  amore 
Benchè  non  vogli  ancor  Io  imperadore. 

52.     Et,  se  ei  si  porta  nella  giostra,  ancora 
Soggiunge  il  sir,  come  ei  bramando  spera, 
Libero  farlo  senza  altra  dimora, 
Et  honorar  la  sua  persona,  e  altiera 
Farla  fra  cavallier  in  poco  di  hora. 
Tanto  nel  dir  mostrô  grata  maniera 
Che  ritomô  al  Meschin  quel  color  vivo, 
Di  che  stato  era  per  più  giorni  privo. 

[F«138r*]53.    Di  Grecia  in  ogni  luogo  si  divolga 

La  giostra  impérial  dever  si  fare 
11  primo  dl  di  Maggio,  et  ch*  ognun  tolga 
11  tempo  a  proveder  come  li  pare, 
Né  vuol  Io  imperador  che  si  rivolga 
Lo  editto  suo  che  nisciun  puô  giostrare, 
Se  non  è  gentil  huomo  e  cavalliero 
Overo  che  habia  giusto  et  mero  impero. 


CâNTO  DUODEGIMO  163 

54.  Cosl  il  tempo  ne  viene  atto  alla  giostra. 
Si  adunano  i  guerrier  Greci  et  Latini 

Con  pompa  grande,  et  ciaschedun  si  moalra 
Con  belli  arnesi  et  corsier  pellegrini. 
Intendesi  fira'  Turchi  che  si  giostra, 
Ch*  al  Greco  imperador  presse  ai  conÔni 
Sono,  onde  li  figliuoi  d'Astiladoro 
Vivean  con  grande  pompa  et  con  molto  oro. 

55.  Havevan  triegua  alhor  Turchi  etchristiani 
Greci  per  ducento  anni  insieme  tutti, 

Né  coi  sol  Turchi  ma  ancor  con  gli  Alani, 
Con  Mori  et  Saracin  malvagi  et  bratti. 
Onde  dalli  paesi  ancor  lontani 
Vennevi  gente  assai  per  corre  i  frutti 
Délia  virtù,  che  son  fama  et  honore, 
Loda,  gloria  perpétua,  immense  amore. 

56.  Astillador  duo  figli,  de*  quali  uno 
Torindo  dette  et  Pynamonte 

L*altro  nomato,  et  si  superbo  ô  ognuno 
Dei  duo  fratei  che  non  estiman  fronte 
D*altrui  et  nel  pensier  han  che  nisciuno 
Lor  tolga  il  pregio,  onde  per  valle  et  monte 
Cavalcancon  gran  pompa  et  da  Gismondo 
Fumo  acettati  con  il  cor  giocondo. 

57.  Di  Macedonia  il  principe  vi  venne 
Poly damante,  et  délia  Assiria  il  re 
Amphymonte  gentil,  et  quel  che  tenue 
Di  Lychaonia  il  scetro,  lo  quai  fe 

In  giostra  il  suo  do  ver  rompendo  antenne, 
Non  che  le  lance,  e  altrui  fastidio  diè, 
Brunante  dette  ;  et  d*Alessandna  il  vero 
Signer,  che  fu  nomato  Narpalero. 

58.  Amphylo  ancor  figliuoi  del  re  dei  Persi 
E  i  duo  Albanesi  zii  del  pro  Meschino, 
Che  i  genitori  suo*  tenean  sumersi 

In  oscura  prigîon,  ma  più  meschino 
Vi  fu  MadaiTo,  che  coi  passi  persi 
Perse  la  vita  per  man  di  Guerrino, 
Corne  udirete  suGcessivamente, 
S'havrete  al  cantar  mio  Torechie  atente. 


164  I  DÛDIGI  GANTI 

[F<*138T^15d.    Pria  che  giostrasse  il  Meschin,  manumesBo 
Fu  da  Alessandro  quai  fedel  christiano, 
Benchè  farlo  doppo  gli  havea  promesso 
liberoy  ma  Epidonio  tutto  humano, 
Che  quel  ch'  amava  hebbe  al  suo  sir  concesso, 
Le  supplice  ch'  in  affrancar  lo  estrano 
Non  le  fusse  Alessandro  quai  havaro 
Non  li  essendo  ;  rogarne  fe  il  notaro. 

60.  Tre  cavai  sol  potea  ciaschedun  seco 
Menar  chi  a  questa  giostra  esser  volea, 
Cavallier  Turco,  Mor,  Perso,  Indo  o  Groco 
0  yenuto  di  Persia  o  di  Galdea, 

Signor,  conte,  marchese,  e  duca,  bieco 
Non  havendo  egli  il  cor,  entrar  potea 
In  la  cita  ove  riceveva  honore 
Dal  magnanimo  et  sacro  imperadore. 

61 .  Tutti  i  signor,  che  già  di  sopra  ho  dette, 
Nella  regia  era[n]  con  amor  tenuti 

Per  fin  che  giunge  il  di  fra  gli  altri  elletto, 
Che  fu  il  primo  di  Maggio,  et  dagli  arguti 
Cavallier  si  prévenue  al  degno  effetto 
Délia  giostra  ove  fur  abbatuti. 
Vedendo  ciô  il  Meschin  per  sdegno  et  rabbia 
Quasi  piangendo  si  mordea  le  labia. 

62.        Con  Elisena  sopra  un  palcho  ito  era, 
Sorella  d* Alessandro  cui  serviva, 
Il  buon  Meschin,  che  quasi  se  dispera. 
Scendendo  a  basse,  ov*  è  Alessandro,  ariva 
Et  dicele  :  «  Signor,  già  Paîtra  sera 
Mi  promettesti  pur  a  voce  viva 
Ch*  io  giostrarei,  et  hor  si  giostra  et  io 
Stommi  a  veder  con  pena  et  dolor  rio  ». 

63.     Un  poco  se  arossô  Alessandro  in  volto, 
Poi  seco  lo  menô  dentro  al  pallagio 
E  armoUo  di  sua  man  d^armi,  che  molto 
Erano  sodé,  et  ragionando  ad  agio 
Seco,  le  disse  :  «  Honor  portando  et  sciolto 
Dagli  altri  torna  quivi,  che  mal v agio 
É  tanto  il  padre  mio  che  certo  i*  dubbito 
Che  ti  faria  morir  sapendol  subbito.  » 


GANTO   DUODEGIMO  165 

64.     Sopra  Farmi  un  a  veata  da  villano 
Le  puose  il  sir  et  délie  un  caval  forte, 
Ponendoli  sul  capo  di  sua  mano 
Di  quercia  una  corona,  che  per  sorte 
Ivi  un  ramo  truovô  poco  lontano  ; 
Poi  sul  caval  il  pose  e  uscir  di  corte 
Lo  fece  dal  postico  in  giostra  intrare, 
E,  a  ciascun  che  lo  vede,  un  villan  pare. 

[F«  139  r*]  65.     Porta  di  faggio  una  ben  grossa  lancia, 
Sopra  postovi  un  fer  truovato  a  caso. 
Se  li  oppone  un  de*  zii  che  senza  ciancia 
Puonerlo  in  terra  s*  havea  persoaso. 
Madarro  ô  questo,  a  cui  mezzo  alla  pancia 
La  ruzza  hasta  passé  rompendo  il  vaso 
Délie  intestine  et  più  d'un  palme  et  mezzo 
Dietro  passando  lo  lasciô  al  dassezzo. 

66.  Ritira  l*hasta  a  se  con  gran  valore. 
Lievasi  il  corpo  ch*in  sul  terren  jace. 
Chiede  di  gratia  al  magno  imperadore 
Nappar  giostrar  con  quel  villano  audace, 
Nô  gli  el  niega  ello,  et  con  molto  furore 
Ne  va  contra  al  Meschin  corne  rapace 
Ancipitre  al  fagian  ;  pieno  di  sdegno 
Vendetta  spera  contra  il  guerrier  degno. 

67.  Al  primo  iscontro,  il  nobile  Meschino 
Diede  in  Thelmetto  al  suo  secondo  zio, 
Et  le  giovô  che  di  tempra  era  flno, 
Che  corne  Paltro  con  tormento  rio 
L'harebbe  posto  a  Testremo  dimino 

Di  morte  orrenda,  ma  pur  page  il  fio 
Délia  superbia  sua  ch*ello  e  il  cavallo 
Caddero  al  colpo  senza  altro  intervalle. 

68.  Et  la  caduta  fu  si  cruda  et  fella 
Che  se  le  roppe  la  sinistra  spalla, 
Maledicendo  la  sua  fera  Stella. 

Né  si  torce  il  Meschin  punto,  o  traballa, 

Anzi  murato  par  sopra  la  sella 

Del  destrier,  che  ne  fa  dritto  et  non  falla. 

Se  représenta  con  la  lancia  in  mano 

Cui  il  popol  [grida]  :  «  Viva  hora  il  villano  !  » 


166  1  DODICI  CANTI 

69.  Amphylo  Perso  in  sa  Tarmata  coscia, 
Di  idegno  pien,  con  lliasta  s^apresenta, 
Pensando  a  quel  Meschin  donare  angoscia, 
A  quel  Meschin  che  di  nisciun  paventa. 
Arestano  le  lance  ambi  duo*  et  poscia 
Menando  i  spron  tongon  la  briglia  lenta. 

Si  ferono  amendua,  ma  il  colpo  ad  verso 
Fa  col  cavallo  andare  in  terra  il  Perso. 

70.  Oià  lliora  tarda  per  quel  dl  fin  puone 
Alla  giostra.  Alexandro  se  ne  toma 
Verso  el  palazzo  et  aspetta  il  campione 
Che  con  vettoriosa  palma  s*  orna 

Le  chiare  tempie  più  che  di  corone 
D^oro  li  régi  ;  et  mentre  che  soggioma 
Alessandro,  il  Meschin  ritoma  dove 
Quelle  lieto  Taspetta  et  non  altrove. 

[Foi89v<>]71.    Et  da  lui  fu  di  peso  scavalcato 
Con  tanto  amor,  con  tanta  ligiadria, 
Poi  di  sua  propria  mano  disarmato. 
Non  par  che  schiavo  mai  stato  le  sia, 
Anzi  maggior  fratel  sempre  honorato, 
Che  non  si  satia  mai  di  cortesia 
Pieno  et  da  se  et  da  lui  sempre  honorarlo 
Abracciandolo,  e  in  faccia  di  basciarlo. 

72.     Si  pongono  alla  mensa  i  giostratori 
Et  del  vettorioso  si  dimanda. 
Serve  il  Meschino  a  tutti  quei  signori 
Portando  a  questo  e  quel  Tampia  vivanda. 
Al  fine  del  cenar  fansi  rumori 
Di  quel  villan  che  *1  suo  nome  non  spanda. 
Si  meraviglia  ognun  poichô  vettoria 
Havendo  non  vuol  dar  di  se  memoria. 

73.     LMmperador  ad  Alessandro  chiede 
Se  sa  chi  sia  quel  cavallier  valente. 
Nol  niega  et  di  saperlo  non  fa  fede. 
Il  Meschin'  od*  il  tutto  ch*  è  présente, 
Cui  Alessandro  il  giudicar  concède 
Chi  llionor  habia  havuto  apertamente. 
Quel  villan  disse  :  e  L'honor  ha,  perch*  io 
Non  giostro  corne  gli  altri,  o  signor  mio.  » 


■i 


CANTO   DUODECIMO  1Ô7 

74.  Disse  Alessandro  :  «  Donque  ti  dà  il  core, 
I                                      Se  ta  giostrasti  con  'sti  cavallieri, 

Portarae  gloria  et  sempiterno  honore.  » 
Cui  «  Si  »  rispose.  Alhora  quei  guerrieri 
Risero  tutti  e  il  sacro  imperadore 
Rise  altresl  ;  et  Alessaadro  i  veri 
Successi  havendo  visti,  fa  partira 
Indi  el  Meschin,  doppoi  cominciô  a  dire  : 

75.  «  0  sacro  imperador,  s^io  la  podësta 
Havessi,  i'  vorrei  far  costui  giostrare 
Per  far  più  bella  giostra  et  lieta  festa 
Et  per  voler  Panimo  suo  pruovare.  » 
El  magno  itnperador  con  la  modesta 

I  Voce  rispose  non  voler  ciô  fare, 

I  Che  in  le  giostre  u[n[  tal  non  dee  mostrarsi 

Chi  sir  o  cavallier  non  pu6  pruovarsi. 

76.     Non  replica  Alessandro  al  degno  padre, 
Ma,  levata  la  mensa  a  canti  et  suoni, 
S'Invitan  cavallier  donne  legiadre 
A  veder  recitar  farse  et  buffbni. 
Stanvi  Elisena  et  Tinclita  sua  madré, 
Signer,  conti,  marchesi  e  altri  baroni. 
Lascianli  solazzar  finchè  vediamo 
11  bel  giuoco  d'Astolfo  et  de  Aleramo, 

[F*140r**]  77.     Vi  dissi  già,  signer  mio  caro,  corne 

Cavati  dal  giardin  fur  da  Sylvana 
Et  condotti  al  palazzo  del  gran  nome 
Che  fatto  fu  senza  alcuna  opra  humana . 
Il  giuoco  è  ch*un  ancllo  entre  aile  chiome 
Con  mille  nodi  avolto  in  foggia  estrana 
Tiene  una  Fata,  et  senza  nodo  sciorre 
Se  lo  guadagni  sol  chi  lo  puô  torre. 

78.     Ha  in  se  tanta  virtù  Tanel  richiusa, 
Che  chi  lo  porta  in  deto  a  ognun  fa  grato, 
Et  chi  in  bocca  tenerlo  in  viaggio  usa 
Non  è  da  famé  o  sete  unqua  assaltato, 
Et  ogni  tradimento  scuopre  a  accusa 
Se  al  destro  braccio  si  porta  legato, 
Et  chi  in  laccio  di  seta  el  tiene  al  collo 
Mai  non  riceve  dai  nimici  crollo. 


168  I  DODIGI  CANTI 

79.  Si  prnova  et  si  ripraova  il  duea  Bnglese 
Di  trar  Tanello  faor  di  tanti  nodi, 

Né  possendo  ei  dar  luogo  fa  corteee 
Ad  Aleramo  che  con  più  et  più  modi 
Pruova  et  ripruova,  et  sian  tutte  saspese 
L*altre  Fate  a  mirar  che  si  disnodi 
Dai  capei  d*oro  et  pur  Tanel  sta  sodo, 
Ne  di  cavarlo  alcun  ritraova  il  modo. 

80.  Astolfo  ripniovarsi  vuol  da  capo 
Ch*  ha  de  Tanello  entesa  la  virtute, 
Onde  si  acosta  al  bel  dorato  capo 
Riponendo  allô  aael  le  deta  acute, 
Ma  non  ritniova  via,  modo  né  capo 
Ch*  al  desîo  infermo  suo  presti  salute. 
La  Fata  vuol  8*ei  puô  quei  nodi  sciorre 
Non  rompendo  capel,  sel  possa  tuorre. 

81 .  Discioglie  un  nodo  Astolfo,  et  si  ranoda 
Lo  biondo  crine  in  più  nodi  et  più  stretto, 
11  che  fa  che  [V]  Englese  più  si  roda 
Dentro  del  cor  et  prendesi  dispetto. 
Tanto  è  la  treccia  délia  Fata  soda 

Che  non  si  prende  Astolfo  ommai  diletto 
Più  dello  anel  trar  fuor,  onde  si  tira 
In  dietro  e  a  quella  col  bieco  ochio  mira. 

82.     Invitasi  Aleramo  al  gran  partito. 
Doppo  che  puô  con  mano  i  nodi  sciorre, 
Tien  volentier  il  degno  et  largo  invite, 
Et  poi  se  ingegna  con  industria  tuorre 
El  pretioso  anel  dal  crin  polito, 
Et  al  suo  desiderio  il  ciel  concorre 
Che  gli  presta  favor  et  gran  prestezza 
A  sciorre  il  crin  con  molta  gentilezza. 

[F*140t^]83.    Si  sdegnô  Astolfo  e  non  dimostra  fuore 
La  rabbia  ch*  el  pensier  dentro  Toffende. 
Conosce  ci6  Sjlvana  et  con  amore 
Délia  spietata  invidia  lo  riprende 
Con  dir  che  duo*  compagni  d*un  sol  core, 
D*un  solo  animo  in  tutte  lo  facende 
Deveno  sempre  mai  vivendo  insieme 
Servarsi  fode  et  in  Tua  Taltro  haver  speme. 


CANTO  DUODECIMO  169 

84.  Poi  ambi  prende  per  la  man  la  Pata 
Et  quinci  et  quÎDdi  pel  palazzo  mena, 
Mostrali  dentro  et  fuor  la  stanza  grata, 
La  stanza  tutta  di  vaghezza  piena, 

Né  la  più  bella  vidder  né  più  ornata 
AUronde  i  cavallier  né  tanto  amena. 
Vi  yeggono  figure  agli  ochi  vive 
Che  paion  solo  dello  alitar  prive. 

85.  La  sala,  in  che  vi  dissi  che  Sylvana 
Truovor  mutata  in  serpentil  figura, 
D*una  imensa  grandezza  et  s)  sovrana 
Viddero  et  omata  di  vaga  pittura 
Che  Topera  gentile  più  che  hamana 
Giudicamo  i  guerrier,  che  la  natura 
Escedea  dei  pittori,  et  a  mirarla 
Puosersi  e  intentamente  a  contemplarla. 

86.  Vedevano  ivi  quel  alber  di  Qiove 
Che  tenean  dei  pastori  incoronati 
D*oro  et  di  gemme,  corne  i'  dis»  altrove, 
Al  ciel  acetti,  agli  humani  ochi  grati, 

Di  quai  vedevansi  anche  le  gran  pruove, 
E  i  gesti  loro  aperti  et  denudati, 
Uno  hedifficar  ponti  et  sacri  tempi, 
L'altro  procéder  coi  mutati  tempi. 

87.  Havea  quel  primo  sotto  il  scalz  t  piede 
Di  libri  et  di  scritture  un  poggio  fatto. 
Ma  a  quel  seconde  chiaro  vi  si  vede 
D*armi  un  gran  monte  et  un  tempio  disfatto 
Più  bel  rissorgere  ove  si  concède 

Per  quelle  induite,  et  farsi  indi  ritratto 

Di  speme  che  ritomi  il  secol  d*auro 

Che  tutto  opresso  havea  li  Hispano  thauro. 

88.  Vedevasi  un  leon  schiantare  un  ramo 
Délia  honorata  quercia  et  crollar  quella 

Per  dar  le  ghiande  a  un  porco  magro  et  bramo. 

Et  alegrarsen  quella  donna  bella 

Ch*  el  sposo  Buo  poi  vidde  mesto  et  gramo, 

E  adolorata  ogni  sua  damigella, 

£,  che  libéra  fu,  soggetta  farsi 

La  cnpidigia  astrinse,  et  aise  et  arse. 


170  I  DODICI  CANTI 

[F«  141  r®]  89 .     Dalla  crollata  quercia  pullularsi 

Vedean  le  ghiande  più  vaghe  et  più  belle 
Et  quella  più  ne  Taer  dilattarsi, 
Multiplicar  le  foglie  corne  stelle; 
Et  nella  terra  sue  radici  farsi 
Più  grosse  et  ferme  ;  et  nascer  sopra  quelle 
Un  tropheo  di  vettoria  a  gigli  omato, 
Già  da  priûcipi  molti  desiato. 

90.  Ivi  UD  altro  pastore  incoronato, 
Siroile  ai  primi,  in  s*un  carro  di  fuoco 
Da  terra  in  fine  al  ciel  tutto  elevato, 
Quale  spandendo  il  manto  a  poco  a  poco 
Copria  de  Italia  il  più  famoso  lato 

E  a  duo  gentil!  giovani,  in  quel  luoco, 
Porger  duo*  lembi  del  bel  manto  d*oro, 
Poi  il  car  firmarsi  nel  céleste  choro. 

91 .  Paulo  Tei-zo  havea  scritto  nel  diadema 
Quel  coronato,  et  un  dei  giovanetti 

Col  destro  piè  par  ch*  una  scritta  priema 
Oui  inscritto  era  :  «  Allessandro  delli  eletti 
Cardini  sacri  in  chi  virtù  non  scema 
Alcun  di  modi  soi  sacri  et  perfetti.  • 
11  secondo  «  Ranuccio  »  haveva  scritto 
Un  epytaffîo  infra  il  piè  manco  e  il  dritto. 

92.  Al  piè  del  gran  pastor  un  altro  vi  era, 
Pur  giovanetto,  che  del  sacro  manto 

Si  godeva  anco  a  Tombra,  et  alla  spera 

Del  bel  fuoco  del  carro  sacrosanto. 

Et  dimostra  il  pastor  grata  maniera 

A  quelli  e  a  questo  che  portano  il  vanto 

Di  etemo  honor,  et  il  nomme  ivi  si  legge 

Dôl  terzo  :  «  Guid*  Ascanio  adempl  il  gregge.  » 

93*     Stavan  costoro  a  contemplar  suspesi 
Cosi  rhjstorie  come  le  figure, 
Quale  vive  parean  coi  volti  accesi  ; 
Di  color  vaghe,  con  arte  et  misure 
Ben  liniate,  i  riguardanti  intesi 
Rendevan  si  che  et  ei  parean  sculture. 
Pur  ridrizando  un  oltra  più  gli  ochi 
Vidder  cose  da  saggi  et  non  da  sciocchi. 


CANTO  DUODECIMO  171 

94.     Un  pastorel  con  una  pietra  viva 
Rompea  la  fronte  ad  un  gigante  elato 
La  superbia  di  cui  ciaschedun  schiva, 
Vedendolo  esser  forte  et  bene  armato  ; 
Ma  pur  el  pastorel  di  vita  il  priva 
Et,  col  grave  col  tel  che  tenea  a  lato 
Tagliatali  Taltiera  e  orribil  testa, 
Riportarla  fra  i  suoi  con  gioia  et  festa. 

[F®  141  v^]  95.    Cosi  un  griffon  superbo  e  altiero  tanto 

Quanto  altro  mai  quel  degno  pastor  doma, 
Et  riduce  a  pietoso  et  mesto  pianto 
Una  al  ta  et  gran  collonna  apresso  Roma  ; 
Poi  Tuna  et  Taltra  man  premendo,  quanto 
Huoppo  le  par,  eu  Tuna  et  Taltra  chioma, 
Non  le  lassa  ricor  pur  i  cappelli 
Ch'  [h]anno  su  gli  ochi  lagrimosi  et  felli. 

96.     Ad  un  dei  descendenti  di  Querino 
CroUar  la  quercia  da  Torate  ghiande. 
Lo  istesso  coronato  Camerino 
ToUendoIi  si  vede,  et  farsi  grande 
Di  quello  Ottavio  in  prima  fanciullino, 
Oenero  alla  grande  aquila,  che  spande 
I  vanni  altier  da  Tuno  a  Taltro  polo, 
Cercando  inverso  il  cielo  alzarsi  a  volo. 

07.     Ma  quel  seguendo  le  vestigie  e  i  modi 
Del  suo  progenitor  céder  si  vede, 
Per  non  schiantar  ma  conservar  quei  nodi 
De  Talber  suo  pieno  d'amore  et  fede, 
A  ciô  que  meglio  in  terra  il  piè  si  assodi  ; 
A  chi  il  pastor  poi  mansueto  riede 
Di  modo  che  li  dà  di  sua  famiglia 
Una  fanciulla  saggia  a  meraviglia. 


Poi  di  ducal  galero 


98.     Che  a  guisa  délia  bella  unica  Psyché 
Era  servata  per  divin  mistero, 
Ne  a  lei  simil  infra  moderne  o  antiche 


*  Ces  mots  sont  le  reste  d'une  stance  ainsi  indiquée  en  marpe,  mais 
dont  il  n'a  été  écrit  que  ce  premier  hémistiche. 


m  I  DODICl  CANTI 

Altra  mai  fb  dlngegno  acnto  e  altiero. 
Le  Gratie  con  le  Miue  a  qnella  amiche 
Seco  aeder  parean  nel  magiatero 
Del  gran  pittor  che  quella  sala  pinae 
Et  non  nati  aneo  naturali  efifinse. 

99.  Mentre  atan  fiai  i  duo  goerrier  fregiati 
L*hj8torie  a  contemplar  a  loro  ignote, 
Altronde  da  Sjlvana  ritirati 

Si  rivoltaro  ad  aacoltar  le  note 
Che  aentivan  di  canti  honeati  et  grad 
Délie  Toci  aoBore  hor  piene,  hor  yote, 
CoD  dolci  acenti  et  aoave  harmooia, 
Da  suacitar  chi  è  di  morir  in  ria. 

100.  Questo  lo  fece  indnatriosamente 
La  gentil  Fata  per  non  rivellare 
La  cosa  a  lor  fùtora  a  lei  présente 

Di  quel  che  lor  non  tocca,  et  perô  trare 
D*indi  li  cerca  assai  fervidamente, 
Et  ov*  è  rharmonia  quelli  menare 
SMngegna  eh*nna  caméra  vicina 
Chindeva  in  se  la  musica  divina. 

[F<^  143  r<»]10l.     Et  aopra  un  letto  riccamente  adorno 
Li  fa  posar  la  Fata  et  ella  parte. 
Non  era  giunto  ancora  al  mezzo  giorno 
Di  Phehe  il  carro,  quando  in  qnella  parte 
Lasciolli,  et  io  li  lascio  et  fo  ritomo 
Dov*  Orlando  lasciai  dal  fero  Marte 
Tutto  infiammato  contra  Rio^Castello, 
Vincer  volendo  il  suo  tyranno  fello 

102.  Se  vi  ricorda  ben,  dissivi  sopra 

Ne  l'altro  canto  corne  giunse  Orlando 
A  Rio-Castel,  per  adempir  quella  opra 
Lodevol  tanto  con  il  forte  brando 
Contra  el  tyranno,  in  cui  favor  se  adopra 
Tutto  il  suo  stuol  sentendo  il  como,  quando 
Hebbero  incarcerato  Sacripante, 
Compagne  alhora  del  signer  d*Anglante. 

103.  Doppo  il  lungo  sonar  del  degno  como, 
S*armano  tutti  i  cento  cavallieri 


CANTO  DUODECIMO  173 

£t  Torso  il  conte  sol  cinquanta  andorno 
Ch'eran  fra  gli  al  tri  più  gagliardi  et  feri. 
Et  gli  altri  in  guardia  del  caatel  reatorno, 
Ma  Sarpedonte  fra  quegli  primieri, 
Ch^osd  con  lor,  rimaate  morto  in  terra. 
Né  perô  terminoasi  alor  la  guerra. 

104.  Perché  i  cinquanta  alhora  vendicare 
Volendo  il  suo  signor,  posti  in  battaglia, 
Contra  del  conte  mossi  a  contras  tare, 
Tutti  Orlando  gli  affetta,  ancide  et  taglia, 
Tal  ch'un  non  si  puô  vivo  conservare 

Per  buona  piastra  o  pur  per  fina  maglia 

Che  egli  habia  in  dosso,  et  cosi  in  quel  contraste 

Fe  il  glorioso  conte  il  terzo  guasto. 

105.  Quel  giovanetto  ch^el  consiglio  diede 
Contra  al  bon  vechio,  che  delli  cinquanta 
Rimasti  in  guardia,  perché  in  lui  havea  fede 
Quel  tyranno,  era  capo,  non  si  vanta 

Più  corne  prima,  perché  aperto  vede 
Il  gran  valor  del  conte  et  forza  tanta 
Esser  flaggel  di  Dio,  et  se  li  rende  ; 
Quai  gratamente  per  la  mano  il  prende. 

106.  Il  bemgno  lo  accetta  pur  con  patto 
Che  se  abandoni  et  arda  lo  empio  luoco, 
Et  sia  in  quel  proprio  giorno  quel  disfatto 
Per  viva  forza  d*avampato  fuoco, 

Né  fra  loro  altrimente  vuol  sia  fatto 
Âlcuno  acordo  o  per  molto  o  per  poco. 
Ma  pria  si  renda  Angelica  e  a  Roberto 
Sylvia  et  sia  dov*  é  il  Re  il  caroere  aperto. 

[F^  142 T*]  107.     Non  puô  Qelarco,  che  cosi  detto  era 

Celui  che  tanto  amava  Sarpedonte, 
Contravenire  alla  proposta  altiera 
Di  quel  vettorioso  et  degno  conte, 
Ma  pur,  perché  il  thesoro  ottener  spera 
Di  quel  morto  tyrano,  lie  ta  fronte 
Facendo,  le  due  donne  et  Sacripante 
liberamente  diede  al  sir  d'Anglante. 

108.     Più  di  sei  cento  donne  in  Rio-Castello 

Ferdinand  Castets« 


VARIÉTÉS 


Les  noces  d^argent  de  Mistral  et  rAllemagne 

La  Bibliothèque  de  la  Société  des  Langues  Romanes  a  reça 
de  M.  Auguste  Bertuch  un  intéressant  document  :  un  exem- 
plaire de  Tadresse  que  les  visiteurs  et  hôtes  allemands  de 
Mistral,  philologues  et  romanistes,  professionnels  ou  ama- 
teurs, ont  fait  imprimer  et  lui  ont  offerte  à  Toccasion  de  ses 
noces  d^argent. 

En  1900,  au  banquet  de  la  Santo  Estelo,  à  Maguelone,  on 
avait  projeté  de  célébrer  cet  anniversaire  par  une  grande  fête 
félibréenne  ;  mais  Fidée  n*eut  pas  de  suites  ;  et  les  amis  alle- 
mands du  maître  de  Maillane  sont  les  seuls  à  s'être  souvenus 
officiellement  du  27  septembre  1876. 

Voici  le  texte  de  cette  adresse  qui  atteste  la  popularité  de 
Mistral  en  Allemagne  : 

Au  mèstre  venera  Frederi  Mistral,  pèr  la  fèsto  de  si  doço  argentalo 
emé  Na  Mario,  nascudo  Rivière,  lou  27  de  setèmhre  1901. 

MàSTRR  VBNRRA, 

Festejas au-jour-d*u6i,  perla  gràci  de  Dieu,  lou  vint-e-sieisen  retour 
doû  jour  ouate  vous  sias  amouiera. 

Aquelo  fèsto  se  deù  dire  une  fèsto  de  famiho,  oimte  es  la  coustumo 
que  lou  roudelet  entime  di  parent  e  dis  ami  s'acampon  à  Tentour  d*a- 
quéli  que  festejon,  pèr  ié  pourgi  tourna  mai  lou  testimôni  courau  de 
la  part  que  de-Iongo  prenon  emai  an  presso  i  gau  e  peno  d*aquéli  que 
soun  tant  estrechamen  uni  per  li  nous  doû  maridage. 

Fermetés  que  naùtri  peréu  venguen  nous  apoundre  à-n-aquéu  rou- 
delet famihau  e  jougne  nôsti  vot  de  bonur  i  vot  d'aquéli  qu'eston  lou 
mai  proche  de  voste  cor  !  Naùtri  peréu  avèn  passa  lou  lindau  de  voste 
oustau  amfstous  à  Toste  d*aquel  oustau,  toco  doû  roumavage  pèr 
toûti  lis  ami  de  la  pouësio  prouvençalo  revieûdado  pèr  vosto  ohro,  e 
que  soun  charme  misterious  nous  a  tambèn  touca  ;  e  dins  lis  ouro  que 
nous  fugue  donna  d*esta  au  vostre,  avèn  près  uno  visto  em  'uno  cou- 
neigudo  inoûblidablo  di  fôrti  fondamento  ounte  repauso  lou  bonur  de 


VARIETES  175 

Toste  OQstaa,  mounte  uno  Buperbo  tradicioun  de  famihoi  uno  coumu- 
niou  entimo  e  afeciounado  dis  espous  dins  li  pensié  e  li  pantai  dam- 
bedouB  e  la  pïouso  ôusservanço  dis  usage  terrenau  an  créa  un  siau  e 
segur  recatadou  di  Muso,  fach  à  meraviho  pèr  enaura  vosto  obro 
pouëtico  counsacrado  a  la  pichoto  patrlo  e  pourgi  pèr  aquelo  obro  uno 
perdorablo  jouîssenço  a  toûti]lis  ami  de  la  blouso  e  veraio  pouêsio. 

Posque  este  jour,  oonte  vous  e  vosto  venerado  mouié  vesès  en- 
rèire,  dins  la  fierta  de  vosto  joio  entimo  uno  vido  famihalo  longo  e 
benesido,  posque  este  jour  s^escoula  pèr  vous  en  touto  gau,  e  posque 
loa  bonur  que  fin  qu*aro  vous  es  esta  larga  tant  aboundous  demoura 
Toitre,  franc  de  touto  ànci  e  de  tout  trebau,  dins  uno  longo  tiero  de 
bèUis  annado. 

Lou  27  de  setèmbre  1901. 

Vostis  oste  e  amiraire  di  pais  de  la  Lengo  d*Alemagno 

Heinrich  Ahnbn,  Echtemach. 
Cari  Appbl,  Breslau. 
August  Bbrtuoh,  Frankfurt  a.  M. 
Marie  Bbrtuoh,  — 

Eduard  Bobhmer,  Lichtenthal. 
Ludwig  Bradtigam,  Bremen. 
Suzanne  Buautigam-Romanb,  Bremen. 
Johannes  Fastenkath,  Koln  a.  Rh. 
Gordelia  Haltbnhoff,  Genf. 
Oskar  Hbnniorb,  Bremem. 
Eduard  Kosohwitz,  Marburg. 
Wilhem  Khsîten,  Kirchrath. 
Emil  Lbvt,  Freiburg  i.  B. 
Henricb  Morp,  Zurich. 
Karl  Sachs,  Brandenburg. 
Siegfried  Samosch,  Berlin. 
Hermann  Suohibr,  Halle  a.  Saaie. 
Heinrich  Vibrordt,  Karisruhe. 
Nicolaus  Wbltbr,  Diekirch. 
Julius  WoLF,  Charlottenburg. 
Marie  Wolf,  — 

Cette  adresse  a  été  composée  avec  le  plas  grand  soin  et  un 
goût  parfait^  par  MM.  Brbikopp  et  Hartbl.  —  Elle  forme  une 
plaquette  in-quarto  de  huit  pages,  tirée  en  deux  couleurs  et 
imprimée  en  caractères  archaïques,  et  constitue  en  elle-même 
Tioe  véritable  œuvre  d'art. 


BIBLIOGRAPHIE 


RoMAKiA.  —  XXX.  1  (janvier  1901).  —  P.  1.  Ferdinand  LoU 
Nouvelle»  études  nw  la  provemanee  du  cycle  orikuineM.  — -  XI.  Arthur 
en  ComuHilL  —  XII.  Sources  comouaillaises  de  Oaufrei  de  Mon- 
mouih  :  Cador  duz  Comubi»  et  Gorlois  dux  Comabi».  —  XIII.  KeU 
liwic,  résidence  d'Arthur,  —  XIV.  Le  blanc  porc  dans  Guingamor.  — 
XV.  La  bataille  de  Candan,  —  XVI.  Deux  localités  artkurimnes,  Cara- 
digan  et  Dinatiron.  —  XVII.  La  forêt  de  CaUsse.  —  XVIII.  Enide.  — 
P.  22.  Arthur  Piaget.  La  Belle  dame  sans  merci  et  ses  imitations.  I. 
[Voici  les  conclusions  de  cet  intéressant  article:  «  Alain  Chartier 
est  né  vers  1385  ;  il  est  Taîne  des  frères  Chartier  ;  il  est  bien  Fauteur 
de  la  rédaction  latine  du  Cariai,  »].  —  P.  49.  Alfred  Morel-Fatio.  Le 
débat  entre  Anton  de  Aforos  et  Oonzalo  Davila.  Série  de  neuf  pièces 
satiriques,  d*un  ton  assez  grossier,  dont  cinq  d*un  trobador  inconnu, 
Anton  de  Moros,  et  quatre  réponses  de  Gonzalo  Davila,  dont  on  con- 
naissait une  petite  pièce  galante  insérée  dans  un  chansonnier  du  Musée 
Britannique.  —  P.  65.  Salverda  de  Grave.  Les  mots  dialectaux  du  fran- 
çais enmoyen-nierlaftdais,  [  Mémoire  plein  de  faits  et  d*idées,  qui  forme 
le  pendant  du  précédent  ouvrage  de  Tauteur  intitulé  :  Essai  sur  quel- 
ques groupes  de  mots  empruntés  par  le  néerlandais  au  latin  écrit  (Am- 
sterdam 1900),  et  qui  amène  Fauteur  à  cette  conclusion  :  que  la  plupart 
des  mots  français  empruntés  par  le  néerlandais  au  moyen  âge  lui  sont 
venus  du  Hainaut,  province  dont  les  comtes  ont  longtemps  régné  sur 
toute  la  Hollande  et  dont  les  villes  avaient,  à  cette  époque,  une  grande 
importance. 

MÂLA.NGB8.  —  P.  1 13.  Ov.  Deususianu.  Primus  et  *antaneus  en  rou» 
main,  —  P.  1 15.  A.  Dauzat.  Amaiza.  [Ce  mot,  qui  signifie  «  fourmi  » 
dans  le  centre  de  la  France,  viendrait  d'un  primitif  germanique 
amait  -,  par  l'intermédiaire  d*un  diminutif  hypothétique  amaùMi], 
—  P.  1 19.  A.  Dauzat.  Urgere,  [M.  D.  a  noté  dans  la  bouche  d'une 
vieille  femme,  à  Vinzelles  (  Puy-de-Dôme  ) ,  le  mot  dourze^  «  pousser, 
ramener  (le  bétail)  vers  Tétable  »,  qu'il  tire  avec  raison  de  urgere 
avec  un  d  prosthétique.  Il  aurait  pu  comparer  mouise  =:  mulgere 
(passim)  ].  —  P.  120.  R.-J.  Cuervo.  Oanoa  —  Sabana,  —  P.  127. 
F.  Lot.  Le  cri  de  la  bête  dans  le  Daniel  du  Stricher.  [Démonstration 
de  Torigine  celtique  de  cet  épisode.  ] 


BIBLIOGRAPHIE  177 

Comptes  rendus.  —  P.  130.  G.  Schlessinger,  Die  alffranzcmscTien 
Wœrter  m  Machsor  Vitry  nach  der  Auêgabe  des  Vereins  Mekize  Nir- 
damiin  (L.  Brandin  :  utile  contribution  à  Tétude  des  glosses  hébréo- 
romanes,  mais  l'auteur  n'a  que  des  notions  insuffisantes  d'ancien 
français).  —  P.  132.  G.  Paris,  Orson de Beauvais  (H.  Suchier:  grands 
éloges;  quelques  petites  corrections,  dont  M.  G.  P.  conteste  une 
partie  et  accepte  les  autres  avec  sa  bonne  grâce  habituelle,  ajou- 
tant deux  rectifications  suggérées  par  M.  A.  Longnon.  ).  —  P.  138. 
R.  Berger,  Canchons  und  Partures  des  altfranzasiachen  Trouvère  Adan 
de  le  Haie  le  Bochu  d'Aras  (A.  Jeauroj  et  G.  Paris  :  les  deux  rappor- 
teurs sont  d^accord  pour  blâmer  le  style  amphigourique  et  la  subtilité 
ainsi  qne  la  prolixité  du  commentaire,  souvent  erroné,  tout  en  rendant 
justice  à  la  grande  érudition  de  Tauteur  et  à  la  somme  de  travail 
dépensée.).  —  P.  149.  Potanine,  Vostotchnye motivy  v  aredneviekovom 
evropeiskom  epoesie,  (Les  motifs  orientaux  dans  Tépopée  du  moyen  âge). 
(E.  Anitchkof  :  matériaux  précieux,  mais  thèse  inacceptable  tant  par 
les  philologues  que  par  les  folkloristes). 

PÉRIODIQUES.  —  P.  151.  Zeitschrift  fiir  romanieche  Philologie^ 
XXIV,  4.  (A.  Thomas  et  G.  Paris).  —  P.  154.  Siebenter  lahresbericht 
dei  InsUtutefur  rumœnische  Sprache  zu  Leipzig  (M.  Roques).  —  P.  155. 
Qironique.  —  P.  158.  Livres  annoncés  sommairement. 

XXX,  2-3  (avril-juillet,  1901).  —  P.  161.  M.  Roques  et  G.  Paris. 
L'élément  historique  dans  Fierabras  et  dans  la  branche  II  du  Gorone- 
ment  Looïs.[I.  Fierabrtts, —  M.  R.  croit  aune  contamination  des  évé- 
nements de  846  (arrivée  des  Sarrasins  à  Rome  par  le  Tibre,  pillage  des 
trésors  de  Saint- Pierre  et  défaite  des  Sarrasins  par  le  marquis  Gui, 
sans  doute  le  duc  de  Spolète)  et  la  délivrance,  par  le  Normand  Robert 
Guiscard,  du  pape  Grégoire  VII,  assiégé  dans  le  Château-Croissant 
(Môle  d*Hadrien)  par  l'empereur  Henri  IV  après  la  prise  de  Rome,  et 
da  portique  de  Saint-Pierre.  Robert  Guiscard  serait  le  prototype  du 
Richard  de  Normandie  de  la  chanson. —  II.  Couronnement  deLouis.  L'in- 
vasion sarrasine  racontée  dans  la  branche  II  de  cette  chanson  de 
geste  a  pour  base,  comme  la  première  partie  de  Fierabras,  Tattaque 
de  846  contre  Rome  et  non  le  siège  de  Capoue  (Chape),  qui  n'est  qu'un 
épisode  antérieur  auquel  il  est  fait  allusion  au  début.  Le  nom  de 
Guafier,  fait  prisonnier  à  Chape  et  devenu  roi  de  Salerne,  le  souvenir 
des  lattes  soutenues  par  les  villes  campaniennes,  sont  venus  s'ajouter 
aa  récit  du  siège  de  846,  mais  ne  forment  pas  l'élément  historique 
essentiel  du  poème.  M.  G.  Paris  déclare  être  arrivé  à  des  conclusions 
tràs  voisines,  quoique  un  peu  moins  précises,  dans  une  leçon  faite  au 
Collège  de  France,  en  décembre  1396.]  —  P.  184.  R.  Weeks.  Éludes 
An*  Aliscans  (à  suivre).  Des  nombreuses  inconséquences  intérieures  du 

12 


ns  ËIËLIOGRAPâlE 

poème  et  de  ses  contradictions  avec  les  poèmes  apparentés  du  Cwe- 
nant  Vivien  et  de  Foucon  de  Candie^  M.  W.  conclut  que  «  là  où  Aliscaru 
et  les  autres  poèmes  sont  en  désaccord,  ce  n*est  pas  à  AUscans, 
comme  Tont  dit  la  plupart  des  critiques,  qu'il   faut  demander   la 
légende  la  plus  ancienne,  mais  plutôt  à  ces  poèmes.  »  Lorsqu'il  y  a 
désaccord  entre  ces  derniers,  c'est  dans  Foucon  de  Candie  que  se  trouve 
la  légende  authentique,  au  moins  pour  tout  ce  qui  touche  à  la  bataille 
d'Aliscans].  —  P.  198.  A.  Longnon.  La  proceasion  du  honàbhé  Ponce. 
[M.  L.  établit  le  caractère  historique  de  cette  chanson  en  bourgui- 
gnon du  Xlll*  siècle  et  en  identifie  le  héros  avec  Ponce,  abbé  de 
Saint-Seine,  dont  on  a  des  chartes  de  1241,  1242  et  1243.  —  Au  v.  49, 
chamois,  dont  M.  L.  dit  qu'il  peut  désigner  une  béte  de  somme,  est 
tout  simplement  le  pluriel  de  chameil,  chameau)  ;  cf.  Orson  de  Beau- 
vais,  1561,  etc.  L'emploi,  peut-être  abusif,  de  ce  mot  s'expliquerait 
par  le  caractère  burlesque  de  la  pièce].  —  P.  213.  R.  Philipon.  Mor- 
phologie du  dialecte  lyonnais  aux  XIIF'^  et  XIV'^  siècles.  [Savante 
étude,  pour  faire  suite  à  la  Phonétique  lyonnaise  an  XIV*  siècle,  du 
même  auteur,  publiée  dans  la  Romania,  t.  XIII,  pp.  542-590,  mais 
basée  sur  un  plus  grand  nombre  de  textes].  —  P.  225,  Paul  Meyer. 
Notice  du  ms.  1029b'S04  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique  (Lé gen- 
des  en  prose  et  en  vers).  [Manuscrit  sur  papier  de  la  première  moitié 
du  XV<^  siècle,  contenant  (outre  rF«(>pe^  de  Marie  de  France,  Vlmctge 
du  monde  et  la  traduction,  par  Renaud  de  Louhans,  de  la  Consola- 
tion de  Boece),  un  poème  didactique  et  moral  inconnu,  la  Bible  des 
laies  gens  et  41  Vies  de  saints,  dont  plusieurs  ne  se  trouvent  pas 
ailleurs.  A  signaler  surtout  une  Vie  de  sainte  Afadeleine,  qui  s'écarte 
des  vies  latines   sur  plusieurs  points,  en   particulier  en  ceci  que, 
Ki  dans  le  miracle  connu   sous  le  nom  de  «  Miracle  du  seigneur  de 
Marseille  »,  la  ville  où  habitait  ce  seigneur  est  non  pas  Marseille, 
comme  dans  la  plupart  des  textes  latins  ou  français,  non  pas  Ballata^ 
Barlate,  Balete,  comme  dans  VAbbreviatio  in  vitis  sanctorum  et  textes 
dérivés,  non  pas  Aquilée,  comme  dans  une  des  versions  françaises, 
mais  Arles,  ville  qui  est  ici  appelée  Arles  le  blanc.  »  Est-ce  que  ce 
choix  d'Arles  ne  viendrait  pas  d'une  erreur  de  lecture  de  Barlate  = 
Arlale  dans  un  texte  latin  ?J  —  P.   A.  Piaget.  La  Belle  dame  sans 
merci  et  ses  imitations  (suite).  —  IL  Le  Parlement  d'amour  de  Bau- 
det Herenc  (deux  fois  imprimé).  —  III.   La  dame  loyale  en  amour, 
[Ce  fascicule  contient  les  lll   premiers  huitains  de   ce  poème  ano- 
nyme, qui  est  une  réponse  au  Parlement  d'amour,  La  fin  sera  publiée 
prochainement].   —  P.   352.  G.  Paris   et  M.  Schwob.   Villonianam 
[M.  G.  Paris,  à  l'occasion  de  la  récente  publication  qu'il  a  faite  d'un 
livre  sur  Villon   dans   la  collection  dos  Grands  écrivains  français  de 
la  librairie  Hachette,  donne  une  revision  minutieuse  et,  naturelienient. 


BiBLio^hAPitiÉ  nô 

des  plus  iatéressantes,  de  Tédition  de  M.  I^ngnon  (1892).  II  y  joint 
quelques  notes  de  M.  Marcel  Schwob  sur  le  Testament  (c'est  ainsi 
qu'il  convient  d'appeler  le  Gh-and  Testament,  en  laissant  au  Petit  Tes- 
tament  le  nom  de  IaUs,  que  lui  a  donné  le  poète)  ]. 

Mblangbs.  —  P.  393.  P.  Meyer.  C  et  G  suivis  cTX  en  provençal, 
[M.  P.  M.  complète  sur  quelques  points  (Alpes-Maritimes  et  Basses- 
Alpes)  les  recherches  qu'il  a  publiées  en  1895  sur  ce  sujet  (Romania, 
XXIV,  529  sqq.),  et  fait  cette  constatation  curieuse,  que  la  pronon- 
ciation ca^  ga  gagne  du  terrain  sur  cha,  ja,  comme  paraissant  plus 
éléganle.  M.  A.  Thomas  avait  déjà  fait  une  observation  semblable 
pour  la  Haute-Auvergne].  —  P.  398.  A.  Thomas.  Ls  suffixe  -esimus 
en  français,  [M.  T.  constate  que,  dans  la  région  orientale,  où  1*6  long 
entravé  se  diphtongue,  on  trouve  assez  souvent  pour  les  noms  de 
nombre  ordinaire  des  formes  en  oime,  aime.  Ce  suffixe  n'a  pas  eu 
d'influence  directe  sur  le  suffixe  actuel  en  ième]. —  P.  400.  P.  Meyer. 
Provençal n&dm.  [Naclui  dans  Flamenca,  3680,  doit  être  lu  nadiu  = 
nativus,  et  signifie  u  drap  du  pays»]  —  P.  401,  A.  Delboulle.  Davoisne, 
[Le  V.  8530  du  Roman  de  la  Rose  (éd.  Marteau),  Beloces  d'Aves- 
neSy  jorroisesy  doit  être  lu  *.  Beloces,  davesnes,  jorroises»  Davesnes 
=  (^apcd^^uvov,  gr.  mod.  pour  <?a^a<y;^yjvov  (prune  de  Damas).  La  da- 
voine  est  une  espèce  médiocre  de  prunes  très  commune  en  Normandie]. 
—  P.  403.  A.  Delboulle.  Un  proverbe  altéré,  A  beau  (bon)  deman- 
deur^ beau  (bon)  refuseur,  est  pour  :  A  baut  demandeur,  baut  refum 
uur.  —  P.  404.  Eug.  Ritter.  Romancium  et  Gallicum.  [Dans  un 
document  genevois  de  1460,  romancium  désigne  le  parler  local,  galli- 
cum le  français  de  France  ].  —  P.  404.  G.  Paris.  Mayence  et  Nimègue, 
dans  le  Chevalier  au  Cygne.  [Bien  qu'on  ait  le  plus  souvent,  dans  les 
manuscrits,  substitué  Nimègue  à  Mayence,  la  version  proprement 
française  de  la  légende  plaçait  à  Mayence  le  débarquement  du  Che- 
valier au  Cygne  et  son  combat  judiciaire,  inséré  plus  tard  dans  le 
récit]  —  P.  409.  E.  Muret.  Dn  fragment  de  Marco  Polo  [C'est  un 
feuillet  d)uble,  servant  de  reliure  à  un  cahier  de  comptes,  de  la  fin 
du  XVI«  siècle,  à  la  bibliothèque  de  Vevey  (Suisse).  La  première 
moitié  correspond  à  la  fin  du  ch.  121  et  au  ch.  122  presque  en- 
tier de  l'éd.  Pauthier,  la  seconde,  à  la  fin  du  ch.  134  et  aux  ch. 
135,  136,  137  et  aux  premières  lignes  du  ch.  138. 

CoMPTBS  RENDUS.  —  P.  415.  0.  Deususianu,  Histoire  de  la  langue 
roumaine,  fasc.  I  (G.  Paris  :  Grands  éloges).  —  P.  418.  W.  Meyer- 
Lubke.  Die  Betonung  tm  Gallischen  (A.  Thomas  :  Eloges  avec  quel- 
ques réserves  et  rectifications  de  détail).  —  P.  423.  F.  Noack.  Der 
Strophenausgang  in  seinem  Verhœllnis  zum  Re/rain  und  Strophengrund- 
ttock  in  der  re/rainhaltigen  alt/ranzœsischen  Lyrik  (A.  Jeanroy  :  utile 


1^0  BIBLI06RAPHIB 

pour  le  grand  nombre  de  faits  réunis  et  classés,  non  sans  quelques 
erreurs;  nombreuses  corrections  .aux  66  chansons  à  refrain  publiées 
en  appendice  par  M.  E.  Stengel).  —  P.  430.  H.  E.  Todd.  La  Vie  dé 
sainte  Catherine  éP Alexandrie  (G.  Paris  :  utile,  nombreuses  correc- 
tions au  texte).  —  P.  432.  Kr.  Nyrop.  Observations  sur  quelques  vers 
de  la  farce  de  Maître  Pierre  Pathelin  (G.  Paris  :  éloges,  quelques 
additions  et  corrections).  —  P.  334.  Jean  Ducamin,  Libro  de  Buen 
Amor^  de  Juan  Ruiz,  archiprôtre  de  Hita  (R.  Menéndez  Pidal  :  tra- 
vail définitif). —  P.  440.  Leite  de  Vasconcellos.  Esiudios  de  philologia 
mirandesa  (A.  Dauzat  :  grands  éloges). 

PÉRIODIQUES.  —  P.  444.  Zeitschrift  fUr  romanische  Philologie^XXV , 
1-3  (G.  Paris).  — P.  448.  Archivio  glottologico  itoZiano,  t.  XII  (1890-2) 
et  t.  X1I1(M.  Roques).  —  P.  454.  Literaturhlatt  fur  gemianiscke  und 
romanische  Philologie,  XXI  (1900)  (E.  Muret).  —  P.  457.  Eevue  de 
Philologie  française  et  de  Littérature,  p.  p.  Clédat,  t.  XIII  (1899)  et 
t.  XIV  (1900)  (P.  Meyer).  —  P.  459.  Bulletin  de  la  Société  des 
anciens  textes  français,  1900.  —  Bulletin  historique  et  philologique 
(Comité  des  travaux  historiques),  1899.  —  Bulletin  archéologique  du 
Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques^  1897-1900  (P.  Meyer).— 
P.  462.  Chronique,  —  P.  469.  Livres  annoncés  sommairement. 

XXX,  4  (octobre  1901).  —  P.  481.  F.  Lot.  Date  de  la  chute  des  in- 
tervocales  en  français,  [Le  dépouillement  des  Chartes  de  Cluny,  actuel- 
lement  en  cours  de  publication,  et  des  chartes  du  pays  de  Langres  ont 
permis  à  Tauteur  de  ce  mémoire  de  conclure  que  la  chute  du  d  inter- 
vocal était  un  fait  accompli  dès  le  début  du  X*  siècle  (et  non  à  la  fin 
du  XI*  seulement,  comme  on  le  croyait),  au  moins  dans   la  région 
de  Langres  à  Mâcon;  il  en  est  de  même  pour  le   /  intervocal.]   ^ 
P.  489.  Paul  Meyer.  Fragment  d'un  ms,  d*Aie  d'Avignon.  [11  s*agit 
de  320   vers  trouvés  dans  une  reliure  des  Archives  de  Vuillafans 
(Doubs),  par  M.  Jules  Gauthier,  et  qui  correspondent  aux  vers  1765- 
2087  de  Pétition  P.  Meyer  et  Guessard.  Le  ms.  du  fragment,  supérieur 
comme  langue  au  manuscrit  de  Paris  (qui  est  unique,  à  part  les  courts 
extraits  de  Fauchet  et  les  fragments  de  Bruxelles  et  de  Venise  issus 
d'un  même  manuscrit),  et  plus  ancien  d'environ  un  demi-siècle,  lui 
est  cependant  souvent  inférieur  pour  les  leçons  et  en  est  indépendant.] 
—  P.  504.  Otto  'Âlob.  A  Vida  da  sancto  Amaro,  texte  port^^gais  du 
XIV«  siècle.—  P.  519.  Hermann  Suchier.  La  fille  sans  mains,  [M.  H. 
S.  commence  par  une  version  catalane,  tirée  du  ms.  delà  Bibliothèque 
nationale, /«  espagnol  6S2,  l'impression  des  matériaux  réunis  par  lui 
sur  ce  conte  populaire,  dont  il  a  traité  dans  son    introduction  aux 
Œuvres  poétiques  de  Beaumanoir  (et  de  quelques  autres  textes  décou- 
verts depuis),  et  promet  de  revenir  sur  les  questions  générales  qu*il 


BIBLIOGRAPHIE  181 

80 ul  ève.  Cette  version  peut  être  intitulée,  diaprés  la  rubrique  :  La  IsUh 
ria  de  lafilla  de  Vemperador  Contasti  (Constantin)].  ^  P.  539.  Lazare 
SalDéan.  Les  éléments  orientaux  en  roumain  (1*'  article). 

Comptes  rendus.  —  P.  567.  Mïscellanea  linguisticain  onore  di  Gra- 
ziadio  Ascoli,  [M.  G.  Paris  rend  compte  des  23  articles  (sur  35  que 
contient  ce  beau  recueil)  qui  intéressent  les  études  romanes.  A  Tindi- 
calion  de  son  propre  article  (ficatum  en  roman)^  il  joint  quelques 
observations  que  lui  ont  adressées  à  ce  sujet  divers  savants.]—  P.  578. 
F.  Geo.  Mohl.  Les  origines  romanes.  La  première  personne  du  pluriel 
en  gallo-roman.  [G.  Paris:  critique  aussi  juste  que  sévère  de  ce  livre 
systématique,  écrit  pour  illustrer  par  un  exemple,  certain  aux  yeux 
de  l'auteur,  la  règle  qu'il  avait  «  érigée  en  principe  »  dans  un  premier 
ouvrage  (voj.  ci-dessous)  :  «  Toute  désinence  latine  semblable  à  la 
désinence  celtique  correspondante  est  régulièrement  contaminée  par  celle-ci 
danx  les  pays  gaulois.  »  M.  6.  P.  émet  le  vœu  «  que  M.  Mohl  se  décide 
à  mettre  au  service  de  la  méthode  vraiment  philologique  les  vastes 
connaissances,  la  belle  imagination  et  la  puissance  de  combinaison 
dont  ses  écrits  noua  donnent  tant  de  témoignages.  »  —  P.  588.  E. 
Stengel,  Das  altfranzœsische  Rolandslied  (édition  critique),  1  (Texte) 
[L.  Brandin  :  vifs  éloges  de  cette  œuvre  patiemment  élaborée  avec 
une  compétence  exceptionnelle].  —  P.  590.  Raccolta  di  studii  critici 
dfdicata  ad  Alessandro  d^Ancona,  festeggiandosi  il  XL  anniversario 
del  suo  ensegnamento.  [G.  Paris  rend  compte  avec  éloge  de  22  des 
52 mémoires  contenus  dans  ce  recueil].  ^P.597.  Carmina  de  Mensibus 
di  Boovesin  de  la  Riva,  a  cura  di  Leundro  Biandene.  [G.  Paris  : 
lediteur  attribue  à  tort  à  Bonvesin  bien  des  fautes  de  versification  qui 
sont  le  fait  du  scribe,  et  d*autres  qui  étaient  admises  par  la  prosodie 
du  moyen  âge  et  qui  ne  sont  nullement  dues,  comme  il  le  croit,  à 
l'influence  de  la  versification  rythmique.] 

PÉRIODIQUES.  — P.  603.  Zeitschriftfur  romanische  Philologie,  XXV, 
4  [G.  Paris].  —  P.  608.  Archivio  glottologico  italiano,  i.  XIV  et  XV, 
1  et  2  [Mario  RoquesJ.  —  P.  617.  Supplemenii periodici  alV  Archivio 
glottologico  italiano,,,  ordinati  da  G.  J.  Ascoli,  I-VI  [M.  Roques].  — 
P.  620.  Chronique.  —  P.  624.  Livres  annoncés  sommairement. 

Léopold  CONSTANS. 

1.  D  arrieoz  (A.).  —  Dictionnaire  étymologique  de  la  langue  gasconne, 
Auch,  G.  Foix,  !•'  vol.  1899  [372  p.],  2-  vol.  1901  [544  p.]. 

Il  i  a  un  personnage  d*Alphonse  Daudet  qui  a  appris  à  faire  tutu- 
paupanea  écoutant  chanter  le  rcssignoou.  M.  Alcée  Durrieux,  avocat 
à  la  cour  d'appel  de  Paris,  en  fréquentant  des  «  Gersois  Parisiens  » 


182  BIBUOGRÂPHIB 

a  découvert  que  le  gascon  n*est  autre  chose  que  du  grec  ou  plutôt 
du  celto-grec.  Le  latin  aussi  sort  du  grec,  6  Philaminthe,  &  un  peu 
du  gascon.  Pour  le  français,  ce'  n'est  qu'un  maleureux  enfant  trouvé, 
bâtard  du  Gaulois  &  du  Gascon,  abandonné  justement  par  ses  pères, 
mais  qu'une  insolente  fortune  a  élevé  du  rang  de  vil  patois  à  celui 
de  langue  littéraire  &  presque  nationale.  Cette  importante  trouvaille 
a  valu  à  M.  Durrieux  dix  ans  et  plus  de  travail  et  de  patientes  recher- 
ches, qui  viennent  d'aboutir  à  deux  volumes  d'aspect  matériel  assez 
avenant.  Le  contenu  ne  manque  pas  non  plus  de  gaîté.  Ainsi  dans  le 
premier  tome  on  nous  démontre,  en  citant  Tautorité  d'Ammien  Mar- 
cellin,  que  les  filologues  &  les  linguistes  sont  des  ânes  bâtés.  I^ 
second  volume,  dans  lequel  Tauteur  dresse  son  édifice  sur  les  démo- 
litions &  les  ruines  accumulées  dans  le  premier,  n'est  pas  moins 
réjouissant.  Le  grec  qu'on  i  lit  n'est  pas  de  Démosthène,  mais  d'un 
avocat  plus  moderne  :  il  faut  bien  suivre  le  progrès.  Le  «  Celte  », 
ah!  mes  amis,  si  vous  voulez  vous  en  faire  une  pinte..,  voyez  ce 
«  Celte  ».  Le  sanskrit,  M.  Durrieux  nous  prévient  qu'il  n'est  pas  de 
lui;  il  n'a  pourtant  jamais  retenti  sur  les  rives  du  Gange  ou  de 
rindus;  c'est  une  plante  qui  ne  pouvait  pousser  qu'aux  bords  de  la 
Garonne.  Quant  aux  étimologies,  elles  ne  sont  pas  aussi  nombreuses 
qu*on  aurait  pu  le  craindre,  mais  pour  la  plupart  bien  gasconnes  & 
portant  avec  elles  un  parfum  de  cassoulet  &  de  blanquette ^ 

II.  Laurent  (D.)  et  Hartmann  (G.).  —  Vocabulaire  étymologique  de  la 
langue  grecque  &  de  la  langue  latine,  Paris ^  Delagrave,  1900  [xxvin, 
498  p.]. 

L'ouvrage  de  M.  Durrieux,  fait  par  un  amateur  sur  un  patois  qui 
n'intéresse  que  des  amateurs  &  quelques  spécialistes,  publié  chez  un 
éditeur  de  la  région,  ne  sortira  évidemment  jamais  du  cercle  des 
amateurs.  Loin  qu'il  puisse  nuire  â  quelqu'un,  ce  livre  est  une  aubaine 
pour  les  receveurs  d'enregistrement,  les  avocats  sans  causes,  les 
abbés,  les  capitaines  retraités,  et  toute  cette  armée  de  désœuvrés  à 
qui  l'insuffisance  ou  la  monotonie  de  leurs  occupations  laisse  en  môme 
temps  que  de  nombreux  loisirs  un  besoin  d'activité  qu'il  faut  à  tout 
prix  satisfaire.  Ils  vont  trouver  là  une  mine  inépuisable,  &  à  force 
de  la   creuser  &  d'i  consacrer  cette  énergie  qui  ne  trouvait  pas  à 

1  Cet  article  était  achevé  quand  «  La  terro  d'oc  »  est  venue  nous 
annoncer  la  mort  d'Alcce  Durrieux;  nous  nous  associons  au  deuil  de  ses 
amis  en  ce  qui  concerne  l'homme;  mais  nous  devons  leur  faire  observer 
que  c'est  mal  servir  le  «  savant  »  que  d'apporter  à  l'appui  de  sa  lèse 
une  pièce  de  Gharlemagne  qui  est  du  XIII'  siècle. 


BIBLIOGRAPHIE  183 

s'employer  ailleurs,  ils  feront  d'importantes  découvertes  dont  débor- 
deront les  colonnes  des  feuilles  &  des  revues  locales.  En  définitive 
tout  cela  est  bien  inoffensif  &,  comme  me  le  disait  l'autre  jour  un  de 
mes  amis  qui  a  le  travers  d'être  antialcooliste  :  «  Après  tout,  il  vaut 
mieux  que  ces  gcns-là  fassent  ça  que  d'aller  au  café  ». 

Le  livre  de  MM.  Laurent  &  Hartmann  n*est  pas  dans  les  mêmes 
conditions;  il  porte  sur  deux  langues  classiques,  le  grec  &  le  latin,  il 
répond  à  un  besoin,  puisqu'il  n*i  a  en  France  ni  dictionnaire  étimo- 
logique  grec  ni  dictionnaire  étimologique  latin,  il  parait  chez  un 
éditeur  classique,  dans  un  format  classique,  avec  une  reliure  clas- 
si({ue.  Or  ce  livre  n'est  qu'un  ramassis  de  tous  les  rapprochements 
les  plus  ineptes  qui  aient  jamais  été  proposés  par  les  étimologistes 
les  plus  ignorants,  les  plus  imbéciles  ou  les  plus  fumistes.  On  lit 
à  la  p.  VIII  que  le  sanskrit,  le  grec  et  le  latin  «  sont  trois  langues 
sœurs  »  &  par  conséquent  ne  sortent  pas  Tun  de  l'autre,  ce  qui  est 
très  juste  ;  maison  voit  aux  p.  xxi  &  xxii  que  la  voyelle  a  (la  voyelle 
du  sanskrit)  se  «  dégrade  »  en  e,  o,  u,  û,  i  en  grec  &  en  latin  ;  que 
dans  les  mêmes  langues  les  gutturales  se  «  dégradent  j>  en  labiales, 
les  labiales  en  dentales,  les  dentales  en  liquides  &  en  siiflantes, 
&  c'est  toujours  le  sanskrit  qui  est  le  point  de  départ.  Voulez-vous 
des  étimologies?  p.  xx  >iifru  en  face  de  sk.  lip\  (Sk.  Z/p-,  qui  est 
en  védique  rip-,  signifie  «  oindre  »  et  est  apparenté  à  gr.  Xjroç 
«  graisse  »  ;  ^eiiru  u  je  laisse  »  correspond  à  sk.  rtc-,  rinàkli  «  lais- 
ser»); p.  XXI  sk.  dakatam  en  face  de  lat.  centum^  &  p.  xxiii  le 
même  dacatam  (mais  avec  un  c)  en  face  de  viginti  !  (Lat.  centum  cor- 
respond à  sk.  çatàm  &  viginti  à  sk.  vimçati-;  dakatam  ou  dacatam 
n'existe  pas  en  sanskrit).  Tenez-vous  à  sortir  de  la  préface  &  de 
l'introduction  pour  pénétrer  dans  le  dictionnaire  proprement  dit? 
Reprenons  les  mêmes  mots  ;  Aiiroç  «  graisse  «  nous  renvoie  à  une 
racine  ^Aar  «  mouiller  »,  ^cittw  «  je  laisse  »>  nous  renvoie  non  plus  à 
Up  mais  à  une  racine  ragh  «  sépirer  »  I  En  face  de  la  racine  ghar 
vous  trouvez,  p.  290,  yaooç  u  sauce  »,  */XvÇ&)  «  je  lave  »,  yXuxOç  «  doux  », 
yÀtïoç  «  érable  »,  lat.  cloaca  «  égout  »,  dulcis  «  doux  » ,  arundo 
«  roseau  «,o/{t7a  «  olive  »,  etc.  En  face  de  la  racine  ra^^  vous  trouvez, 
p.  3S6,  Ky^Joç  «  mortier»,  ^iQst-jOo;  «  burette  »,Xi3uOoç«  purée  »,>a;(aivû» 
«  creuser  »,  \ifrfï  «  frange  »,  'A17Ç  «de  travers», lat.  ricinus  «  tique», 
rugau  ride  »,  polUx  «  pouce  »,  lama  «  bourbier  »,  laiix  «  plat  ï,  locus 
«  lieu  »,  lacema  «  ventre  »,  Iuxuh  «  excès  :^,  limen  «  seuil  »,  liceor 
«  acheter  »,  etc.  Nos  lecteurs  nous  en  voudraient  de  poursuivre.  Ils 
en  ont  assez  pour  se  demander  avec  effroi  ce  que  c'est  que  ces  raci- 
nes, ce  que  c'est  que  ce  sanskrit,  ce  que  c'est  que  ce  cauchemar.  Et 
dire  que  cet  ouvrage,  lancé  par  un  éditeur  classiijue,  va  pénétrer  dans 
les  classes   supérieures   de  nos  licées  pour  achever  de  dérouter  & 


i84  BIBLIOGRAPHIE 

d^aûrir  nos  raaleureus  enfants  !  Dire  qu*aux  concours  d^agrégation 
les  examinateurs  chargés  des  questionà  de  grammaire,  fîlologie  & 
istoire  des  langues,  &  que  Ton  choisit  trop  souvent  parmi  les  profes- 
seurs qui  ont  fait  preuve  de  la  plus  aute  incompétence  en  ces 
matières,  vont  trouver  dans  ce  ramas  une  source  intarissable  de 
«  colles  »  ingénieuses  à  poser  aux  candidats  ! 

La  publication  d*un  pareil  livre  en  France  &  en  1900  est  un  scan- 
dale et  une  action  coupable  ;  Téditeur,  qui  n*en  est  du  reste  pas  à 
son  coup  dressai  puisque  c'est  déjà  chez  Delagrave  qu'avaient  paru 
les  élucubrations  étimologiques  de  Tabbé  Espagnolle,  mérite  d^ôtre 
flagellé  sans  réserve.  Quant  aux  auteurs,  ils  n*ont  qu*une  excuse,  une 
seule,  c'est  que  s*ils  avaient  fait  un  bon  livre  au  lieu  d*un  monstre, 
ils  n*auraient  pas  trouvé  pour  lui  d^éditeur. 

Maurice  Grammont. 

A.  MAcé.  —  Essai  sur  Suétone,  Paris,  Fontemoing,  1900. 

Nous  avons  cherché  en  vain  par  où  rattacher  Texamen  de  co  livre 
à  Tétude  des  langues  romanes.  Si  du  moins  il  contenait  un  chapitre 
sur  la  langue  de  Suétone  !  Mais  même  sous  ce  titre  :  La  prose  métri- 
que et  le  style  de  Suétone,  il  n'y  a  guère  que  des  observations, 
curieuses  d'ailleurs,  sur  sa  prose  métrique,  et  des  renvois  à  quelques 
remarques  éparses  sur  son  style.  Disons  donc  simplement,  puisqu'on 
nous  demande  un  compte  rendu,  en  quoi  Touvrage  consiste.  D'une 
part,  M.  Macé  épluche,  avec  une  grande  prodigalité  d'hypothèses  et 
une  prolixité  effrayante,  les  maigres  données  biographiques  que  nous 
possédons  sur  Suétone.  De  cette  discussion  le  résultat  le  plus  nou- 
veau est  que  l'historien  serait  né  neuf  ans  plus  tôt  qu'on  ne  Tadmettait 
jusqu'ici.  D'autre  part,  et  ceci  est  une  matière  autrement  riche,  M.  Macé 
passe  en  revue  les  nombreux  écrits  de  Suétone  et  essaie  d'en  déter- 
miner la  chronologie,  l'objet,  la  valeur  historique,  scientifique  et  litté- 
raire. Cette  seconde  partie,  relativement  plus  brève,  sinon  plus 
concise,  et  qui  témoigne  de  même  que  Tautre  d'une  grande  somme 
de  travail,  n'épuise  pourtant  pas  le  sujet,  il  s'en  faut.  Mais  elle  est 
plus  utile,  peut-être. 

T. 

Lbwis  F.  MoTT.  —  The  Provençal  Lyrlk.  New- York,  William  R. 
Jenkins,1901,  in-S",  57  p. 

Les  Américains  ont  peu  contribué  jusqu'ici  à  l'étude  de  l'ancienne 
littérature  provençale.  Le  présent  travail,  écrit  par  un  professeur 
d'anglais  de  l'Université  de  New-York,  a  été  lu  devant  la  Société  de 
littérature  comparée  de  cette  ville  :  il  n'apprendra  rien  de  nouveau 


BIBLIOGRAPHIE  185 

tox  provençalistes  :  c^st  un  agréable  résumé  des  caractères  de  la 
lyrique  provençale.  Quelques  traductions  viennent  s'intercaler  dans 
le  texte.  Nous  souhaitons  qu'elles  inspirent  aux  compatriotes  de 
Fauteur  —  qui  ont  montré  tant  de  goût  pour  le  provençal  ~~  le  désir 
de  connaître  de  près  Tancienne  littérature  provençale. 

J.  Angladb. 


LIVRES  ANNONCÉS  SOMMAIREMENT 

Levi  (Ugo).  —  I  monumenti  più  antichi  del  dialetto  di  Chioggia, 

Venezia,  1901  [84  p]. 

Les  monuments  les  plus  anciens  du  dialecte  de  Chioggia  sont  les 
trois  «  Mariegole  »  di  S.  Nicolado  dei  Galafadi,  di  S**  Croce,  di  San 
Marco  dei  Calegheri.  M.  Levi  les  publie  ;  les  deux  dernières  étaient 
inédites.  H  fait  suivre  ces  textes  de  leur  «  illustrazione  glottologica  », 
c'est-à-dire  de  tableaux  où  il  réunit  les  principales  particularités 
fonétiques,  morfologiques  et  sintaxiques  qu'il  i  a  remarquées.  11  ter- 
mine par  un  glossaire. 

Cette  brochure  n'est  que   la   première   d'une  série  d'études  que 

lauteur  se  propose  de  faire  paraître  sur  les  patois  du  golfe  de  Venise, 

à  savoir:  celui  de  Chioggia,  celui  de  Sottomarina,  celui  de  Pelestrina, 

celui  de  Lio  Mazor  et  celui  de  Burano. 

M.G. 


NoHce  9ur  Vahhaye  de  Quarante  (Montpellier,  Imprimerie  de  la 
Manufacture  de  la  Charité,  1899,  in-8*,  66  p.).  —  Sous  ce  titre, 
M.  l'abbé  Vabkb,  curé  de  Quarante,  a  écrit  une  intéressante  mono- 
graphie sur  une  abbaye  qui  a  eu  quelque  importance  dans  la  région 
narbonnaise.  En  s'appuyant  sur  des  textes  déjà  connus  ou  sur  de^ 
documents  mis  obligeamment  à  sa  disposition  par  M.  Camillb 
Laporgub,  il  a  pu  refaire  l'histoire  de  cette  abbaye  depuis  le  X*  siè- 
dejosqu'à  la  Révolution.  M.  Vabre  prépare  d'ailleurs  une  histoire 
de  Quarante  depuis  les  origines  (le  village  date  des  premiers  siècles 
de  notre  ère)  jusqu'à  nos  jours.  La  plupart  des  documents  seront 
empruntés  à  la  riche  bibiothèque  de  M.  Laforqub. 


Mélanges  d'étymnlogie  française^  par  Antoinb  Thomas,  professeur 
de  littérature  du  moyen  âge  et  philologie  romane  à  la  Faculté  (tome  XIV 
de  la  Bibliothèque  de  la  Faculté  des  lettres  de  l'Université  de  Paris]. 
l»ol.  gr.  in- 8»  :  7  francs  (Félix  Alcan,  éditeur^. 

L'auteur  a  réuni  dans  cet  ouvrage  259  notices  étymologiques.  S'il 
lui  a  donné  le  titre  de  Mélanges,  c'est  qu'aucun  dessein  prémédité  n'a 


1 

l 


I  8  ^  CHRONIQUE 

présidé  au  choix  des  mots  qu^il  a  étudiés.  Les  mots  français  rij  sont 
pas  en  majorité,  et  c^est  surtout  à  Tancien  français,  à  Tancien  pro- 
vençal et  au  fonds  si  riche  de  nos  parlers  provinciaux  qu^il  a  demandé 
les  matériaux  de  son  travail. 

Le  nombre  des  notices  paraît  peu  considérable  en  comparaison  de 
ce  que  nous  ignorons  encore  ;  mais  si  l'on  songe  à  la  somme  de  recher- 
ches qu'a  nécessitées  la  moindre  d'entre  elles,  aux  précautions  de 
toutes  sortes  que  doit  prendre  l'étymologiste  pour  éclairer  sa  marche, 
on  se  rendra  compte  de  l'importance  de  ce  travail.  M.  Antoine 
Thoicas  s'est  principalement  appuyé  dans  ses  recherches  sur  la 
phonétique  et  sur  la  sémantique,  qui  sont  inséparables  de  tout  travail 
étymologique. 

Une  table  index  des  auteurs,  des  iudex  géographique,  lexicogra- 
phique  et  grammatical  terminent  l'ouvrage,  et,  à  côté  de  l'intérêt 
qu'ils  offrent,  donnent  la  mesure  de  la  quantité  de  documents 
étudiés  pour  arriver  aux  résultats  priseatés. 


CHRONIQUE 


M.  Ed.  Huguet,  professeur  de  philologie  à  l'Université  de  Gaen,  a 
pris  l'initiative  très  louable  do  la  toiidition  d'une  Société  consacrée 
à  l'étude  des  auteurs  français  modernes.  Il  nous  adresse  le  programme 
suivant,  que  nous  nous  faisons  un  plaisir dUnsérer et  de  recommander: 

((  Ou  sait  quels  services  rend  depuis  vingt-cinq  ans  la  Société  des 
anciens  textes  français.  Une  «  Société  des  textes  français  modernes  » 
pourrait  rendre  des  services  analogues  en  réimprimant  celles  des 
œuvres  des  quatre  derniers  siècles  qui  sont  rares,  coûteuses  ou  mal 
éditées.  Elle  aurait  surtout  à  publier  des  œuvres  du  XVI«  siècle 
et  du  XVII®,  mais  elle  ne  s'interdirait  pas  la  publication  de  textes 
plus  récents. 

«Elle  pourrait,  par  exemple,  faciliter  beaucoup  l'étude  de  la  pénode 
romantique,  si  elle  réimprimait  des  poésies  devenues  presque  introu- 
vables, et  des  articles  qu'il  est  souvent  difficile  d'aller  chercher  dans 
le  journal,  la  revue  où  ils  ont  paru. 

«  Il  est  impossible  de  dresser,  dés  maintenant,  une  liste  des  œuvres 
que  cette  Société  pourrait  se  proposer  de  publier.  C'est  la  collabo- 
ration des  sociétaires  qui  établirait  cette  liste  avec  le  plus  de  sûreté, 
chacun  indiquant,  pour  la  période  qu'il  étudie  particulièrement,  les 
lacunes  qu'il  est  urgent  de  combler.  Le  principe  que  l'on  pourrait 
adopter  au  début  serait  de  ne  pas  s'occuper  des  auteurs  dont  on  peut 
se  procurer  facilement  un  texte  au  moins  passable. 

«  Le  premier  soin  de  la  Société  devrait  être  de  donner  les  textes  eux- 
mêmes  ;  elle  commencerait  donc  par  publier  des  éditions  presque  sans 


CHRONIQUE  187 

notes,  indiquant  seulement,  au  bas  de  chaque  page,  les  variantes 
indispensables.  La  qualité  essentielle  de  ces  éditions  serait  d*étre 
correctes  et  bien  irapriraées.  Plus  tard,  il  serait  possible  d'entre- 
prendre une  nouvelle  série  de  publications,  et  de  donner  des  éditions 
accompagnées  d'études  biographiques,  de  notes  et  de  glossaires. 

«  La  cotisation  annuelle  pourrait  être  de  10  francs.  Les  membres 
deU  Société  recevraient  gratuitement  tous  les  volumes  publiés.  » 

M.  Eugène  Rigal,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  T Univer- 
sité de  Montpellier,  veut  bien  se  charger  de  recevoir  et  de  centraliser 
les  adhésions  pour  notre  ville  et  pour  la  région  de  Languedoc. 


M.  Angelo  de  Gubernatis,  le  savant  professeur  italien  dont  le  nom 
Hi  bien  connu  de  nos  lecteurs,  nous  adresse  un  chaleureux  appel 
en  faveur  d'une  Société  dont  il  est  le  fondateur,  et  dont  le  but  est 
»  de  développer  la  civilisation  latine,  de  la  faire  mieux  connaître,  et  de 
favoriser  le  progrès  de  tous  les  intérêts  moraux  et  idéaux  des  peuples 
latins.  » 

La  Société  des  Langues  Romanes,  dans  un  domaine  plus  circonscrit, 
mais  mieux  délimité  et  plus  scientifique,  poursuit  depuis  trop  long- 
temps une  œuvre  analogue,  pour  ne  pas  encourager  cette  tentative 
nouvelle,  encore  qu'elle  semble  un  peu  flottante  dans  son  programme, 
et  peut-être  bien  ambitieuse  :  mais  ces  vastes  ambitions  n  en  sont  pas 
en  somme  moins  dignes  d'intérêt.  Nous  ne  saurions  donc  mieux  faire 
que  de  reproduire  le  manifeste  même  de  la  nouvelle  Société,  la  Società 
tatina.  Nous  ne  le  traduisons  pas  :  la  langue  italienne  est  familière 
à  DOS  lecteurs  ;  ce  serait  trop  risquer  de  trahir  la  pensée  de  Tauteur 
que  de  vouloir  la  traduire,  et  d'ailleurs  ce  morceau  de  littérature  cha- 
leureuse et  entraînante  a  sa  valeur  propre.  Le  voici  donc  dans  son 
texte  original  : 

SOCIETÀ  LATINA 

RRSIDBNTE     IN     ROMA 

PRR  PROMUOVBRB  TUTTI  6LI  INTERBS8I   MORAU  BD   IDBAU 

DB*P0P0LI   LATINI 

Sta  per  fondarsi  in  Roma  una  nuova  Società,  che  prenderà  nome  di 
^^*^^>  oggetto  délia  quale  sarà  promuovere  ogni  forma  di  attività, 
ogni  energia  spirituale  fra  i  popoli  latini,  famé  conoscere  gl*  intenti, 
le  opère,  gli  studii,  rendere  più  diffuse  e  popolari  tutte  le  scoperte  e  le 
nuove  indagini  nel  campo  délie  letterature  neo-latine,  dovute  a  studiosi 
specialisti,  l'opéra  meritoria  dei  quali  è  troppo  ignorata,  rivclare  in 
tutti  i  suoi  aspetti  più  nobili  il  moto  présente  del  genio  latino,  riuuire 
le  forze  intellettuaU  ad  uno  stesso  scopo  civile,  al  nsorgimento  con- 
8a[>€vole  délia  nostra  gente. 

La  Società  verra  regolarmente  constituita  e  incomincierà,  coadiuvata 
da  un  autorcvole  Consiglio,  i  suoi  lavori,  appena  n^i  saranno  pervenute, 
dalle  varie  regioni  italiane  e  dalle  varie  nazioni  latine,  come  dai  cul- 


i 


188  CHRONIQUE 

tori  délie  lingue  neo-latine  di  ogni  paese,  non  meno  di  trecento  ade- 
sioni  di  soci  che  avranno  nome  di  fondatori  e  promotori. 

Ho  buona  fîducia  che,  dentro  il  gonnaio,  si  possa  dare  principio  ai 
lavori  délia  Società,  la  quale  non  si  propone  già,  in  alcun  modo,  e  mi 
preme  di  avvertirlo  subito,  di  osteggiare»  suscitando  contre  di  essa 
sentimenti  ostili,  alcnn'altra  razza  civile,  ma  solamente  coordinare 
tutte  le  forze  latine  ai  più  alti  scopi  ideali,  rendeme  piu  armonico  il 
lavoro,  dare  un  accento  più  vivo  ad  ogni  loro  affermazione  artistica, 
letterana  e  scientifica. 

Se  dalla  Francia  giungono  già  a  noi  desiderate,  sollecite  e  frequenti 
notizie  (e,  per  mezzo  délia  Società  Latina,  si  faranno  anche  più  copiose 
e  vivaci)  lo  stesso  non  avviene  per  Topera  intellettuale  e  civile  che  si 
compie,  lentamente  e  più  oscuramente,  in  altri  paesi  latini,  la  Spagna 
ed  il  Portogallo,  il  Belgio  e  la  Svizzera  romanza,  i  Grigioni  e  la  Sviz- 
zera  italiana,  le  regioni  italiane  deirimpero  austriaco  e  la  Remania, 
lontana,  ma  pure  congiunta  airitHlia  e  specialmente  a  Roma,  l'aima 
Mater,  con  strettissimi  vincoli  d^afTetto,  e  finaltnente,  in  tutta  TAmerica 
Latina,  dove  già  tanta  parte  dltalia  si  è  versata,  tanto  nuovo  popolo 
latino  sorge  operoso  e  féconde  a  nuova  civiltà. 

La  Società  attenderà  specialmente  alKopera  sua,  civile  e  pacifica, 
per  mezzo  di  un  periodico  quindicinale,  che  s*intitolerà  Cronache  délia 
Civiltà  Latina,  e  con  Taiuto  di  conferenze  che  si  terranno,  almeno  una 
vol  ta  al  mese,  in  Roma  dal  primo  gennaio  alla  fine  di  giugno  d*ogni 
anno,  per  diffbndere  meglio  e  più  largamente  la  conoscenza  délie  cose 
latine,  promuovendo,  inoltre,  seconde  i  mezzi  di  cui  la  nuova  Società 
potrà  disporre,  tutte  le  più  gentili  e  più  nobili  manifestazioni  delPidea 
latina. 

Le  Cronache  si  publicheranno  in  lingua  italiana;  ma  vi  s^accoglie- 
ranno  pure  note  in  lingua  latina,  francese,  provenzale  e  spagnuola, 
quando  alcuno  de'  collaboratori  latini  non  possa  servirsi  délia  lingua 
italiana;  una  parte  délie  Cronache  riguarderà  il  monde  antico  latino, 
un^altra  parte  il  monde  neo-latino,  e  la  terza,  in  modo  più  largo  e 
necessariamente  più  vivo,  il  monde  latino  moderne  europeo  ed  ameri- 
cane. 

Tutti  i  Soci  fondatori  e  promotori,  avranno  diiitto  di  ricevere  gra- 
tuitamente  le  Cronache  délia  Civiltà  Latina  e  di  assistere  pure  gra- 
tuitamente  aile  conferenze  che  saranno  tenute  in  una  sala  da  destinarsi 
in  Roma  ;  altre  potrà  promuoverne  essa  stessa  in  altre  città  italiane 
e  straniere,  dove  si  fonderanno  puie  speciali  sezioni  corrispondenti 
délia  Società  Latima  résidente  in  Roma,  quando  ogni  sezione  possa 
con  tare  su  venti  soci. 

Un  Consiglio  composte  di  uomini  eminenti,  scelti  fra  i  più  cospicui 
uomini  di  scienza,  tra  gli  uomini  politici  e  diplomatici  residenti  in 


CttRÔNÏQtîÊ  lèô 

Roma,  cbe  sentono  più  fortemente  la  latinità  e  il  bUogno  di  stringere 
i  îincoli  délie  varie  società  latiue,  si  riunirà  ogni  mese  in  Roroa,  e 
veglierà  al  buon  andamento  délia  Società. 

Ogni  socio  fondatore  e  promotore  pagherà,  d*anoo  in  anno,  senz'altii 
obblighi  ed  impegoi,  dieci  lire,  al  rîcevimento  del  primo  fascicolo  di 
ogni  aimata  délie  Cronaehe, 

Tali  80D0  le  basi  fonda  mentali  sopra  le    quali  la  nuova  Società 

iotende  ordinarsi.  lo  non  dubito  che  quanti,  anche  non  latini,  amano 

Ugloria  latina,  quanti  mirano  ad  espandere,  non  già  Timpero  mate- 

riale  latino,  ma  Tefficacia  dell'opera  géniale  e  civile  del  genio  latino 

nel  mondo,  godranno  ci  trovarsi  associati  in  un'opera,  la  quale  ren- 

derà  meglio  manifesta,  e,  in  modo  costante  e  simpatico,  a  ciascuno 

di  Doi  la  virtù  latina,  e   contribuendo  pure  ad  allargarne  in  noi  la 

coscienza,   ringagliardirà  la  nostra  fibra,  non  ancora  dégénère,  né 

infiacchtta,  e  la  renderà  forse  più  capace  di  opère  gagliarde  e  di  nuovi 

lieti  portenti. 

Anqblo  Db  Gubbrnatis. 

A  ce  noble  manifeste  est  jointe  une  formule  d^adhésion  dont  voie 
la  traduction  :  «  Le  soussigné,  avant  pris  connaissance  du  premier 
manifeste  par  lequel  est  annoncée  la  constitution  d*une  Società  Latina, 
déclare  qu'il  désire  collaborer  à  ses  intentions,  aux  conditions  ci- 
dessus  décrites,  et  demande  à  être  inscrit  au  nombre  des  membres 
fondateurs  et  promoteurs.  » 

Les  noms  des  trois  cents  premiers  membres  fondateurs  et  promo- 
teurs seront  publiés  dans  le  premier  fascicule  de  OrorutcJie, 

La  Société  des  Langues  Komanes  se  chargera  volontiers  de  trans- 
mettre à  M.  de  Gubernatis  les  noms,  s*il  s'en  trouve,  des  adhérents 
montpelliérains  et  languedociens  de  la  Società  Latina,  On  peut  les 
adresser  directement  à  M.  le  professeur  de  Gubernatis,  via  san 
Martino  al  Macao,  1 1 ,  Rome. 


* 


Le  Litleraturblatt  fur  germanische  und  romanische  Philologie  de 
novembre  1901  contient  un  intéressant  article  du  professeur  K.  Sachs, 
tor  quelques  publications  provençales  nouvelles  ^  M.  S.  compare  les 
rerendications  félibréennes  aux  revendications  des  Flamands  pour  se 
•OQstraire  «  an  joug  du  Français  »  en  Belgique.  La  comparaison  est 
plutôt  défectueuse.  La  question  flamingante  a  pris  un  caractère  poli- 
tique,— et  par  certains  côtés  international —  que  n*a  jamais  eu  laques- 
tion  félibréenne.  11  est  aussi  quelque  peu  exagéré  de  dire  du  livre  de 
M.  Gaston  Jourdanne  (Histoire  du  Fèlihrige)  qu'il  est  sehr  oft  hôchst 
vnzuverlâssig ;  les  félibres  de  Cannes  qui  Tout  assuré  à  M.  K.  Sacha 

'  Ârmann  Prouvertçau ,  Armana  Manihès^  Reglamen  de  VEscolo  de 
^'in^  etc. 


1^0  CHUONÏQOK 

ont  parlé  en  Méridionaux  :  et  puis  il  y  a  peut-être  par  là-bas  quelques 

petites  chapelles 

A  noter  çà  et  là  quelques  inexactitudes  :  Antonin  Pbrbos  est  mécon- 
naissable (c.  382)  sous  la  forme  Anlonius  Ferbosc.  Les  separaUs» 
iiche  Beslrebungen  signalées  c.  382  n*exi8tent  que  dans  rimagination 
des  étrangers.  Félix  Gras  est  mort  et  V Aïoli  a  cessé  de  paraître. 

Quelques  Montpelliérains  apprendront  avec  plaisir  —  d'après  le 
môme  article  —  que  VAube  Méridionale  paraît  à  Montpellier,  10,  rue 
du  Four-Saint-Eloi. 


♦  • 


Nos  lecteurs  connaissent  le  beau  Libre  nouvial  dans  lequel  M.  La- 
forgue a  réuni  les  hommages  adressés  à  sa  fîlle,  M™<^  la  vicomtesse 
d'Armagnac,  lors  de  son  mariage.  Une  publication  analogue  doit  con- 
sacrer le  souvenir  du  mariage  de  la  seconde  fille  de  M.  Laforgue 
avec  M.  le  baron  de  Rivières.  Nos  lecteurs  nous  saurons  gré  de  leur 
donner  la  primeur  de  quelques  aimables  vers  en  provençal  du  XII* 
siècle  adressés  aux  nouveaux  époux  par  M.  le  professeur  l^opold 
Constans,  de  TUniversité  d*Aix-Marseille  : 

Pour  les  nooes  de  H.  le  baron  de  RIVltlBS 
et  de  H»*  Marie  LAFOB&UB 

AS  BELS  NOVIS 

Amors  vola  en  lonc,  en  lare, 
Per  Taire  suau  qu'encan  ta, 
Pois  8*en  yen  dreit  a  Quaranta. 
Sobtan  a  bandât  son  arc  : 
La  sageta  d'aur  isnela 
leis  e  vola  coma  vent 
E  fier  el  cor  la  donzela 
E  lo  donzel  avinent. 

Sotz  un  albespin  en  flor, 
Lo  rossinholet  salvage 
Ganta  dcdinz  lo  boscatge 
I^  triomphe  de  TAmor  : 
leu  al  névi,  a  la  novieta, 
Pel  dolz  liam  estreit  liguatz, 
Man  mon  vot  a  votz  discreta  : 
«  Bon  aûr,  joi  e  solatz  !  » 

AUX  NOUVEAUX  ÉPOUX 

L* Amour  vole  de  çà,  de  là,  —  dans  Tair  doux  et  enchanteur,  —  puis 
s'en  vient  droit  à  Quarante.  —  Tout  à  coup,  il  a  bandé  son   arc:  —  la 


CÏÏRONIÛUË  loi 

flèche  d'or  agile  —  part  et  vole  (rapide)  comme  le  vent  —  et  frappe  au 
cœur  la  jeune  fille  —  et  le  jeune  homme  charmant. 

Sons  une  aubépine  en  fleur,  —  le  rossignol  solitaire  —  chante  dans 
le  bois — le  triomphe  de  l'Amour  :  — et  moi  à  l'époux,  à  la  jeune  épouse, 

—  par  le  doux  lien  étroitement  liés,  —  j'envoie  discrètement  mes  vœux  : 

—  «  Bonheur,  joie  et  reconfort  I  » 

Léopold   CONSTANS. 


I^  ville  d'Asti  se  prépare  à  célébrer  le  centenaire  de  la  mort 
du  poète  Alfieri,  au  mois  d'octobre  1903.  Dès  à  présent,  elle  a  con- 
stitué un  Comité  d'honneur  dont  la  présidence  a  été  offerte  au  plus 
grand  poète  italien  vivant,  Giosué  Carducci.  Caiducci  Ta  acceptée  par 
ce  télégramme  lapidaire:  «  Troppo  grande  onore  mainsieme  è  dovere. 
AsU  commémorera  degnamente  chi  colP  Allighieri  e  il  Macchiavelli 
ë  il  nume  indigete  d*  Italia».  Par  une  délicate  attention  de  la  patrie 
d'Alfieri  à  l'égard  de  la  ville  de  Montpellier,  à  qui  sont  parvenues  tant 
de  reliques  du  poète,  le  maire  de  Montpellier  a  été  nommé  membre  de 
ce  Comité  d'honneur.  Et  Ton  a  fait  à  deux  érudita  français,  M.  Charles 
Dejob  et  M.  Léon-G.  Pélissier,  l'honneur  de  les  inscrire  aussi  dans 
ce  comité,  composé  d'ailleurs  exclusivement  d'Italiens.  Ils  y  rencon- 
treront le  ministre  de  l'Instruction  publique  italienne,  le  maire  de 
Florence,  M.  Villa,  président  de  la  Chambre  des  députés,  les  séna- 
teurs Saracco,  ViscontiVenosta,  Borgnini,  l'ancien  ministre  Boselli, 
MM.  Médici,  Ottolenghi,  Giovanelli,  de  Gubernatis,  et  l'éditeur  de  la 
vie  d'Alfieri,  le  professeur  Emilio  Teza.  On  sait  que  M.  Dejob  est 
l'infatigable  président  de  la  Société  des  études  italiennes,  et  que 
M.  Pélissier  s'occupe  depuis  longtemps  de  l'étude  des  relations 
d'Alfieii  et  de  la  comtesse  d^Albany  avec  les  artistes  et  les  lettrés 
de  leur  temps,  et  de  la  publication  des  mannscrits  inédits  du  fonds 
Alfieri  à  la  Bibliothèque  municipale  de  Montpellier. 


•  « 


Nous  avons  le  plaisir  d*annoncer  à  nos  lecteurs  et  confrères  que 
l'Académie  des  Sciences,  Belles- Lettres  et  Arts  de  Besançon  vient 
de  décerner  le  prix  Xavier-Mannier  à  notre  éminent  collaborateur  et 
excellent  ami,  M.  Maurice  Grammont,  professeur  à  la  Faculté  des 
Uttres  de  Montpellier,  ancien  président  de  la  Société  des  Langues 
Romanes,  pour  son  livre  sur  le  Patois  de  la  Franche- Montagne  et  en 
particulier  de  Damprichard  ( Franche- Comté) , 


•  • 


LB  MOIS  DE  «  deloir  »  (décembre) 

Dans  un  de  nos  précédents  numéros  nous  avions  reproduit,  d^une 
manière  trop  brève,  la  note  présentée  par  M.  A.  Thomas  à  TAcadémie 
des  Inscriptions  et  Belles- Lettres.  Cette  note  se  trouve  reproduite 
dans  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Charles  (juillet-août  1901). 
pp.  349-355.  Natalia  de  Wailly,  à  la  suite  de  Barbazan  et  de  Roque- 
fort, voulait  qno  Ton  écrivît  de  Voir  (=  de  l'héritier,  du  Fils  de  Dieu). 
Bourquelot  avait  déjà  fait  reraarqu'^r  qu'on  trouve  généralement  la 


1^^  CfiROKlQUB 

formole  de  deloir,  M.  Thomas  cite  d*aatre8  exemples,  français  et  pro- 
vençaux, où  le  mot  deloir,  delors,  daler  es  précédé  de  de.  Phonéti- 
quement, le  mot  ne  peut  venir  que  de  *  delérus  pour  delirus.  Pour 
calmer  les  scrupules  de  la  sémantique,  M.  Th.  suppose  ingénieuse- 
ment qull  y  aurait  là  un  souvenir  du  mois  des  Saturnales.  (Notons 
que  la  graphie  delerus,  deleirui  existe  en  ancien  latin,  cf.  Georges, 
LcU.  Wb.  s.  u.) 


•  • 


Dans  le  même  numéro  de  la  Bibliotkèqve  de  VÉcole  des  Charieê^ 
M.  LÉOPOLD  Dbuslb  publie  une  notice  (accompagnée  d^extraits)  sur 
un  manuscrit  récemment  entré  au  Musée  Condé  (Chantilly)  et  conte- 
nant le  Livre  Royal  de  Jean  de  Chavenges.  L^auteur  parait  être  un 
clerc  champenois  et  le  poème  a  été  écrit  dans  la  première  moitié  du 
XIV»  siècle. 


* 


La  Revue  FoKiziBNNB  a  publié  dans  son  numéro  de  décembre 
1901,  une  intéressante  étude  félibréenne,  intitulée  Lee  epeclaclee  de 
VéU  :  à  Pompadour;  Félihrxge  et  Théâtre. 

Le  pseudonyme  Aimkric  des  Milubrbs  cache  un  nom  bien  connu 
des  lecteurs  de  Lemouzi , 


*  • 


Analogie.   Elle  continue  à  s'exercer  dans   la   langue  française, 
chacun  le  sait.  Voici  une  de  ses  dernières  créations  :  «  Les  impurs 

s'empaièrant  de  TEgypte  entière, et  Pharaon ne  reconquérit  son 

royaume  qu'après  treize  ans  écoulés».  (Journal  des  Débats,  l'*"  jan- 
vier 1902,  feuilleton  col.  3),  signé  :  G.  Maspero. 


•  « 


Le  Congrès  des  Sociétés  savantes  en  1900.  —  Sous  ce 
titre,  M.  Gabriel  Haon  vient  de  publier (Alais,  imprimerie  J.  Brabo), 
un  compte  rendu  des  principales  communications  intéressant  le  Midi. 


Le  Gérant  re^Hmsable:  P.  HameuK. 


REFRAINS  INÉDITS  DU  XIII*  SIÈCLE 


On  entend  par  «refrains»  dans  notre  ancienne  poésie  lyri- 
que, de  très  courts  morceaux^  empruntés,  comme  j'ai  essayé 
de  le  démontrer  ailleurs', à  des  rondets  ou  chansons  à  danser. 
La  plupart  de  ces  refrains  ne  présentent  pas  un  grand  intérêt  : 
beaucoup  ne  sont  que  de  banales  effusions  ou  protestations 
«l'amour,  insignifiantes  broderies  sur  un  canevas  bien  usé. 
Mais  il  en  est  quelques-uns  en  revanche  qui  se  rattachent  à 
des  thèmes  populaires,  trop  dédaignés  des  poètes  «  courtois  », 
et  sont  ainsi  le  dernier  écho  d'une  poésie  naïve  et  simple, 
perdue  sans  retour.  C'en  est  assez  pour  rendre  le  genre  tout 
entier  digne  de  notre  attention  ;  il  serait  fort  désirable  qu'on 
eD  réunit  tous  les  spécimens  connus  dans  un  recueil,  où  il 
Dj  aurait  pas,  sans  doute,  que  des  perles,  mais  où  on  trouve- 
rait au  moins  quelques  perles  d'un  rare  éclat,  et  la  variété 
de  ce  recueil  contrasterait  heureusement  avec  la  lamentable 
monotonie  des  collections  de  chansons. 

En  attendant  l'apparition  de  ce  Corpus,  et  pour  en  faciliter 
la  préparation,  il  y  a  intérêt  à  publier  tous  les  refrains  que 
Ton  rencontre  çà  et  là.  Ceux  que  je  donne  ici  ont  tous  été 
recueillis  dans  les  chansonniers  décrits  par  M.  G.  Raynaud  *. 
Ça  été,  on  le  sait,  une  mode  dans  tout  le  cours  du  XIII*  siè- 
cle de  term  iner  les  couplets  de  chansons  par  des  refrains  ;  les 
chansons  de  cette  sorte  sont  plus  nombreuses  qu'on  ne  l'avait 
cra  au  premier  abord  '.  C'est  d'elles  que  proviennent  tous  les 
refrains  ici  publiés,  et  tous  appartiennent  à  des  chansons 
inédites.   Ils  sont  loin  pourtant  d'être  tous  inédits,  car  un 

'  hn  Origines  de  la  Poésie  lyrique  en  France^  première  partie,  ch.  V. 

•Dans  son  excellente  ^iWio^rapAie,  dont  je  conserve  naturellement  les 
sigles. 

U'ai  déjà  publié  (Origines^  p.  102,  n.  2)  une  série  d'additions  à  la  liste 
de  M.  Raynaud  ;  on  verra  que  je  n'avais  pas  réussi  alors  à  être  tout  à 
fût  complet. 

XLVi.  —  Mai  1902.  13 


191  REFRAINS  INEDITS   DU  Xlll**  SIECLE 

grand  nombre  se  retrouvent  ailleurs  ;  c*est  seulement  la  leçon 
ici  publiée  qui  a  droit  à  cette  épithète  et  c*est  en  ce  sens  qu*il 
faut  entendre  le  titre  inscrit  en  tête  de  ces  lignes  *. 

A.  Jbânrot. 


No  145.  Texte  de  Pb'  163;  pas  de  variante  notable  dans  Pb<<  126. 

1 .  Ce  seroit  folie  se  je  n'amoie, 

2.  Car  de  bien  aner  me  vient  ma  granz  joie. 

3.  Adôs,  adès  servirai 

Bone  amor  tant  con  vivrai. 

4.  On  doit  bien  mieus  valoir  de  bêle  dame  amer. 

5.  For  Dieu,  car  m'amez,  bêle  très  douce  amie  : 
Ja  vos  aim  je  plus  que  nule  rienz  qui  soit. 

6.  De  par  moi  11  diras  ceste  chançon  :  «  Cornus, 
Quant  bone  amors  faudra,  li  siècle  iert  perdus  » . 

II 
NO  150.  Texte  de  Pb  '»  107;  var.  de  BM5. 

1.  For  vos  grief  do^our  sent,  belle  douce  amie. 

2.  Li  très  dous  malz  m*ocit,  que  ne  m'i  lait  durer. 

3.  Dame,  merci,  que  la  mort  sent 
Se  de  moi  pitiet  ne  vos  prant. 

4.  Sabochete  vermoillette  m*amis  en  prixon. 

5.  Je  Tam  sens  repentir  :  jai  ne  m'en  partirai. 

2.  B^  ki  ne  me.  —  5  manque  dans  Pb  ''. 

III 
N*  839.  Texte  de  Pb  ^  127 ;  var.  de  Pb»  24  et  R*  73. 
1 .  S'ele  me  voloit  amer,  je  n*averoie  mal. 

*  Dans  cette  publication  fragmentaire,  il  ne  m'a  pas  paru  nécessaire 
de  comparer  cette  leçon  aux  autres  déjà  publiées,  ni  même  d'y  renvoyer. 
Elle  est  critique  dans  ce  sens  seulement  que  j'essaie  de  retrouTer  par  la 
comparaison  des  mss.  la  leçon  du  refrain  qu'a  voulu  citer  l'auteur  de  la 
chanson.  —  Quelques-unes  des  variantes  ici  publiées  ont  été  recueillies 
par  mes  amis  H.  Guy  et  H.  Teulié,  que  je  tiens  à  remercier  ici  de  leur 
obligeance. 


REFRAINS  INEDITS  DU  XIII*  SIECLE  195 

2.  Ma  dame  me  garira 

De  mes  maus  quant  li  plaira. 

3.  Adès  désir  a  veoir 
Cele  qui  me  fet  doloir. 

4.  De  bone  volenté  la  serf  sans  repentir. 

5.  Vilaines  gens,  vos  ne  les  sentez  mie, 
Les  douz  malz  que  je  sent. 

6.  Ne  vosrepentez  mie  de  loiaument  amer. 

1.  Pb*'  n'aroie.  —  2.  R^quele  bien  me  garira  de  chest  mal  q.  1. 
p.  —  4.  R*  j'atendrai  de  bon  gré  merchi.  — 5.  R*  donne  ici  le  refrain 
4  :  en  b.  v.  «te.  —  6.  manque  dans  R*. 

IV 

N«  1240.  Texte  de  Pb^  176  ;  var.  de  P*  206.  Pb  »,  99,  Pb«  95, 
Pb"176. 

.  J  ai,  j  ai 
Amoretes  au  cuer  qui  me  tienent  gai. 

2.  A  la  plus  saverousete  delmont  ai  mon  cuer  doné. 

3.  Amouretes  ai 
Jolietes,  s'amerai. 

4    Tout  le  cuer  me  rit  de  joie  quant  la  voi. 

1.  Pb*  jai  jai  jai;  Pb*«  ki  tiegnent.  —  2.  Pb"ka  la  p,  —  3.  P 
Pb«  jolivetes.  —  4  manque  dans  Pb'  et  Pb  ". 


N«  157.  Texte  de  P'  328  ;  var.  de  Pb*  157,  Pb«  190,  Pb»'  206. 

[  1.  Nus  ne  set  qu*est  biens  s'il  n*aime 

Ou  s'il  n*a  amé. 

2.  A  la  plus  savoreusete 
Del  mont  ai  mon  cuer  doné. 

3.  J'ai,  j'ai  amoretes  au  cuer 
Qui  me  tienent  gai. 

4.  Mesdisanz  crèveront, 
Ja  ne  savront 
La  joie  que  j*ai. 

5.  Hé  bêle  très  douce  amie,  aiez  de  moi  merci  ! 


1 


196  REFRAINS  INEDITS  DU  XIII*  SIÈCLE 

6.  Je  ne  vivrai  mie  longuemeDi  ensi. 

3.  Pb  *  amorestes.  —  4.  Pb  *  mesdisant  —6.  Ce  refrain  et  le  cou^ 
plet  qui  le  précède  ne  se  trouvent  que  dans  Pb  *. 

VI 
No  803.  Texte  de  Pb  »  36  ;  var.  de  Pb  »  167. 

1 .  Amoretes  ai 
Jolietes,  8*amerai. 

2.  N'i  osaler,  s'i  envoi  an  très  doue  pensé. 

3.  Je  proie  Amors  que  nus  n^ait  amie 
S'il  ne  la  désert. 

4.  Ma  loiaus  pensée  tient  mon  cuer  joli. 

5.  Hareu  !  je  muir  d'amouretes  ! 
Bians  dous  cuers,  alegiés  m'ent  ! 

6.  Je  senc  amouretes  au  cuer  nuit  et  jour. 

2.  envois  .  —  3.  si  ne. 

VII 
N*  391. Texte  de  Pb  "  220  ;  var.  de  Pb  ♦  162  et  Pb  •  182. 

1.  Vos  le  lerez,  lerez,  Tamer, 
Mais  je  nel  lerai  mie. 

2.  J'aim  trop  melz  que  ne  soloie 
S'en  sai  mon  cuer  meilleur  gré. 

3.  Hé  Dex,  li  dous  Dex,  con  s'amor  m'atalenie  ! 

4.  Mes  cuers  s^iert  sans  fausiser 
Celé  a  qui  mes  fins  cuers  bee  ; 
Me  puet  bien  joie  doner. 

5.  Or  oies,  que  volez  vos? 
Ne  me  puis  tenir  d'amer. 

1.  lerez  lerer]  Pb  *'  lerez  lelez;  nel  lerai]  Pb  «  Pb"  nen  1.  ;  Pb  * 
nen  leré.  —  2.  melz]  Pb  *  meuz  ;  gré  manqtLe  Pb  *.  —  3.  Li  dous  dex 
manque  Pb  *.  —  5.  Pb  *,  Pb  «  oés  ;puis]  Pb  *  pu. 

VIII 
N<»  444.  Texte  de  Pb  ^  152  ;  var.  de  R  »  74. 
1.  Siie  Dex,  cornent  dure 


REFRAINS  INEDITS  DU  XIU®  SIECLE  J97 

Fins  cuers  qui  n^aime  par  atnors  ? 

2.  La  joie  qu'aient  de  li 
Me  tient  mignot  et  joli. 

3.  Toz  li  cuers  me  rit  de  joie  quant  la  voi. 

4.  Ne  ja  ne  m'en  départirai, 
Ains  la  servirai 

Tant  que  merci  troverai. 

2.    R  *  mi  tient  —  3  manque  R  ^ 

IX 

N*>  452.  Texte  de  Pb  »  76  (ms.  unique). 

Je  les  sent,  Dex,  je  les  sent, 
Les  mius  d'amer  doucement. 

Ce  même  refrain  est  répété  après  tous  les  autres  couplets. 


N«  459.  Texte  de  Pb  "  230  ;  vap.  de  ?•  353  et  Pb  M71. 

1 .  En  non  Dieu,  ce  sont  amors 
Qui  dient  :  n  Merci  avrés.  » 

2.  D* amors  vient  toute  ma  joliveté. 

3 .  De  debonairetez  vient  amors . 

4 .  Diex,  je  n'i  os  aler  :  avrai  je  ja  merci  ? 

5.  Ma  dame  a  qui  je  sui,  souveigrne  vos  de  moi. 
C    Héy  amors,  très  douces  amors, 

Coment  me  partirai  je  de  vos  ? 

1 .  en]  Pb  *'  e  ;  dient]  dans  Pb  *  di  a  été  ajouté  après  coup  en  marge; 
P»  dien.  —  2.  vient  manque  Pb".  —  3.  Pb  *  debonaireté.  —  5.  Pb  * 
soviengne.  —  6.  Pb  *  c.  départirai  je. 

XI 
N»  503.  Texte  de  Pb»  120  ;  var.  de  Pb  "  120. 

1 .  Autrement  n'os  a  vous  parler 

Fors  qu'en  chantant  :  merci  vous  quier. 

2.  Je  ne  sai  si  loing  aler 

Que  vous  puisse  entr'oublier. 


198  REFRAINS  INÉDITS  DU  XI11«  SIECLE 

3.  Ce  m'ocit  que  je  ne  vous  voi 
Plus  sovent,  doce  amie. 

4.  Dame  de  an  cuer  amee,  merci! 

5.  Dame,  amer  ne  porroie 
Nule  autre  que  je  voie. 

2.  Pb  '  que  je  vous.  —  3.  Pb  "  ke  je  ne. 


XII 

Nû  548.  Texte  de  Pb  "  208  ;  var.  de  P*  331,  Pb*   159,  Pb  »    120, 
Pb«  135. 

1 .  Li  ires  douz  chans  des  oiselons 
Me  fait  a  bone  amor  penser. 

2.  A  ma  dame  servir  ai  mis  mon  cuer  et  moi. 

3.  Grant  joie  a  mes  cuers  quant  je  pens  a  li. 

4.  A  qui  les  donrai  je  donc 
Mes  amoretes,  s'a  vos  non  ? 

5.  Nuz  ne  doit  lez  le  bois  aler 
Sans  sa  conpaignete. 

1 .  Pb  *,  Pb  *,  Pb  ^  oiseillons. . .  rai  ;  Pb  ^  en  bone  a.  —  4.  Pb  *  donré. 
—  5.  Pb  *  ne  doit  les  beax  bois  passer. 

XIII 
N*»  672.  Texte  de  Pb»  91  ;  var.  de  P«  166,  Pb*^  90,  Pb»Mll. 

1 .  Ja  por  mesdisanz  ne  lalrai  Tamer. 

2.  La  bêle  qui  mon  cuer  a  me  tient  joli. 

3.  Ënsi  me  confort  Amors  con  je  Faing  leaument. 

4.  Dame,  merci  !  Vos  m'ociez. 

5.  La  bêle  m*ocit  :  Dex  !  qui  m'en  garira  ? 

1.  Pb  **  ne  lerai  a  amer. —  3.  Pb  '*  conme  Pb  •,  Pb  **  loiaument.— 
5.  Pb  *  diex  manque  ;  me. 

XIV 
N»  806.  Texte  de  Pb  *  101  ;  var.  de  P'  210,  Pb«  126. 

1.  Hé  Dex,  verai  Dex,  n'i  porrai  durer. 

2.  Dex,  la  re verre  je  ja 


REPRAmS  INEDITS  DU  XIU*  SIECLE 
Celé  qui  tout  mon  oaer  a  T 
ne  sui  ge  pas, 
e  ja,  D'onques  ne  fui. 


Pb*  156;  var.  de  Pb  ■■  148.  La  rubrique  parte 
3omine  le  dit  M.  Rayaaud,  Adam  de  Givtnci. 

T03  de  moi,  bêla  : 
s  ja  s'a  vos  non. 

z  sa  merci  désir,  pluz  e^turueus  envers  moi. 
:op  tointainne  n'atetit  nul  confort. 
amors  me  faudront  que  j'ai, 
amerai. 
aignoit  amer,  je  n'averoia  mal. 


Pb'  120;  var.  de  Pb*  156,  Pb"  211. 

plaisant  bronete  ai  tôt  mon  cuer  mis. 

lele,  la  blonde,  la  sage, 

uer  It  ai  do  né. 

onez  moi  de  mes  fines  amors  joie, 

mant  conme  grant  meatier  en  ai. 

)ansee  tient  mon  cuer  joli. 

pooir,  fors  ma  douce  amie 

dolour  que  j'aie  alegier. 

lucele  ;  tôt  manque.  —  2.  Pb'  je  li  ai  mon  cuer 
n.  c.  donné.  —  3.  Pb*  vrais  diex  dounéa  moi  de 
vraiement  con  ja  rn.  e.  a.  (ce  rirait  dam  Pb* 
veraioioeut;  Pb"  si  veraiornent.  —  i.  Ce  refrain 
put  S.  —  5.  Pb'  a  ma  dolour  alegiei-  (avant  ce 
ferit  d'abord  raao,  débvt  de  rasongier,  qu'il  a 
•ré  ;  au  lieu  de  ce  refrain  Pb'  itiinne  U  luiuaiii  :  iît 
m'ocirrés  se  vous  voléa. 


198  REFRAINS  INEDITS  DU  XI11«  SIECLE 

3.  Ce  m'ocit  que  je  ne  vous  voi 
Plus  sovent,  doce  amie. 

4.  Dame  de  fin  cuer  amee,  merci  ! 

5.  Dame,  amer  ne  porroie 
Nule  autre  que  je  voie. 

2.  Pb  ^  que  je  vous.  —  3.  Pb  "  ke  je  ne. 

XII 

N*  548.  Texte  de  Pb  "  208  ;  var.  de  P-  331,  Pb*   159,  Pb  »    120, 
Pb«  135. 

1 .  Li  très  douz  chans  des  oiselons 
Me  fait  a  bone  amor  penser. 

2.  A  ma  dame  servir  ai  mis  mon  cuer  et  moi. 

3.  Grant  joie  a  mes  cuers  quant  je  pens  a  li . 

4.  A  qui  les  donrai  je  donc 
Mes  amoretes,  s*a  vos  non  ? 

5.  Nuz  ne  doit  lez  le  bois  aler 
Sans  sa  conpaignete. 

1 .  Pb  *,  Pb  *,  Pb  •  oiseillons. . .  m i  ;  Pb  ^  en  bone  a.  —  4.  Pb  '  donré. 
—  5.  Pb  *  ne  doit  les  beax  bois  passer. 

XIII 
N»  672.  Texte  de  Pb»  91  ;  var.  de  P-  166,  Pb*^  90,  Pb'»  111. 

1 .  Ja  por  mesdisanz  ne  lairai  Tamer. 

2.  La  bêle  qui  mon  cuer  a  me  tient  joli. 

3.  Ensi  me  confort  Amors  con  je  Taing  leaument. 

4.  Dame,  merci  !  Vos  m'ociez. 

5.  La  bêle  m'ocit  :  Dex  !  qui  m*en  garira  ? 

1.  Pb  **  ne  lerai  a  amer. —  3.  Pb  **  conrae  Pb  •,  Pb  '*  loiaument. — 
5.  Pb  *  diex  manque  ;  me. 

XIV 
N»  806.  Texte  de  Pb  *  101  ;  var.  de  P-  210,  Pb«  126. 

1.  Hé  Dex,  verai  Dex,  n'i  porrai  durer. 

2.  Dex,  la  reverré  je  ja 


RBFRAINS  INEDITS  DD  Xœ"  SÈCLl 
Celé  qai  tout  mon  coer  a? 
3.  Sanz  aminé  sui  ge  pas. 

Non  we  jo  ja,  u'ooqnes  ne  foi. 

.    Pb  •  ho  dex,  be  6ex,  ni  pais  4  —  3.  Pi  *  ttia  t= 


N«  912.  Texte  de  Pb*  156;  nr.  de  Pb  °  )«-. 
lire  Adam  et  dod,  comme  le  dit  M.  lUTaaaJ.  A6 

1.  Soviegne  vos  de  moi,  bêle: 
Ju  DQ  pena  ja  s'a  vos  d-jo. 

2.  Quant  plui  sa  aiîrr.  lesir,  p'.az  e-t  ;r= 

3.  D'amorstrop  ioiataoa-î  n'ite^t  au.  e-, 

4.  Quant  ces  amo.-a  mt  £a.;  :r:>n:  qae  .~~a: 
Ja  mais  n'amerai. 

5.  S'ele  me  daignoit  as^r.  ;i  z'x'sr.'.e  = 


4.  ja  mais]  Pb"ja  poU. 


N°  979.  Texte  de  Pb'-  120  ;  .ir.  ùt  ? 

1 .  En  simple  plaisant  bras.*'^  t 

2.  J'aing  la  bêle,  lablonjf.   a 
Tôt  mon  cuer  li  ai  don^. 

3.  Hé  Dex,  donez  moi  de  m^  i 
Ausi  vraiemant  conise  zi'.'. 

4.  Ma  leaua  pansée  tient  moz  ; 

5.  Nos  n'i  a  pooir,  fors  ma  a:i 
A  la  grant  dolonr  qae  j'ai^  a 

I  .  Pb*  pleiaaDt  douceLe  ;  tôt  wkiaf**. 
donné  ;  Pb"  si  li  ai  m.  c.  dinnê.  —  3.  ? 
mes  amauretez  j.  îasi  vraiera^at  ti-i  ;«  ■= 
tuilUeoupkl4).Pb^'/er3iemeat:  P-  "  i. 
dan*  Fb*  suit  le  coupUl  3.  —  5.  Pb'  * 
mot,  le  Kribe  atxtit  écrit  iahord  ra*>, 
entuite  légèrement  harri  ;  au  lia  de  '.e  i^Jr 
d'juce  baUelete,  vous  m'ocirré*  »e  tj^  i 


201  REFKAINS  INEDITS  DU  XIII*  SIECLE 

5.  Or  me  fet  apercevoir 

Por  poi  het  qui  n'aime  mie. 

4.  qua  d. 

XXVIII 

NO  1820.  Texte  de  P*  172;  var.  de  Pb^  82,  Pb«  98,  Pb  '^  46,  Pb  " 
123. 

1 .  Je  sui  le  mains  amez  du  mont 
Et  ain  plus  que  tuit  cil  qui  sont. 

2.  Gardez  bien  vos  amoretes, 
Les  moies  m'ont  mort. 

3.  Vous  avez  mon  cuer  et  j'ai  vostre  amor 
En  ma  prison. 

4.  Dex!  qui  set  pour  coi  il  trrenchace? 

Di  je  donc,  faz  je  donc  chose  qu'autre  ne  face? 

5.  Dex!  de  mon  cuer  n'ai  mie, 
Ainz  l'a  ma  douce  amie. 

1.  ain]  Pb^j*aim,  Pb*^  et  «i  aing.  —  2.  Pb*  gardez  vos  bien  d'à. 
—  3  il]  P*  el  ;  Pb  *,  Pb  «*  me  chace.  —  5.  manque  Pb  »». 

XXIX 

N»  1852.  Texte  de  Pb''  190  (ms.  unique). 

1 .  Eu  non  Dieu,  je  m'en  dueil  et  débris  d'amer. 

2,  Li  vers  glaiolais  m'a  tolu  mon  ami. 

2.  et  li  v. 

XXX 

N°  1895.  Texte  de  Pb»  107  (ms.  unique). 

1 .  Elle  m'i  tient,  en  sa  prison  ; 
Quant  li  plaira,  si  m'ochirra. 

2.  M'a  trop...  li  malz  d'araours 
Dont  ja  mon  cuer  ne  partira. 

3.  En  bien  amer  ai  mon  cuer  mis  : 
Son  plaisir  la  belle  en  fera. 

4.  Dame,  com  uns  amans  vous  pri  : 
Aligiez  moi  ma  dolour. 


REFRAINS  INÉDITS  DU  XIIl*»  SIÈCLE  205 

5.  En  vous  ai  je  tout  mon  confort: 
Quant  vous  plaira,  j*avrai  merci. 

2.  Pa$  de  lacune  indiquée;  mpp.  navré  (?). 

XXXI 
N«  1896.  Texte  de  Pb«  122;  var.  de  Pb  "121. 

1 .  S'onques  nus  bon  morut  por  bien  amer, 
Dont  ne  vivrai  je  mie. 

2.  J*aim  cele  qui  pas  ne  m'aimme, 
N'est  pas  cisgieus  drois  partis. 

2.  Pb"  j'aim  celi.  Dans  Pb  ',  comme  souvent  dans  ce  m«.,  un  blanc 
a  été  laissé  pour  des  couplets  qui  n*ont  pas  été  copiés, 

XXXII 

N«  1943.  Texte  de  Pb  «  125  ;  var.  de  Pb*  100  et  P-  209. 

1 .  J*oi  le  rosignol  seur  l'arbre  âori 
Joie  mener. 

2.  Cele  qui  j'ai  m'amor  donée 
Tient  mon  cuer  joli. 

3.  En  non  Dieu,  ce  sont  amors,  —  autre  mal  né,  — 
Qui  me  sont  parmi  les  euz  el  cuer  entré. 

.  J  ai,  j  ai 
Amoretes  au  cuer  qui  me  tienent  gai. 
5.  Dex,  tolez  moi  quanque  je  ai, 
Si  me  rendez  m'amie. 

1.    Pb  *  sor  Tabre  ;   P»  Pb  «  fueilli.  —  3.  Pb  ♦  touz  maus  me  font 
am.  a.  m.  n.  etc,  —  5.  Pb*  si  men. 

XXXIII 
N«  1963.  Texte  de  Pb  •  3  (ms.  unique). 

1.  Se  j*ai  amé,  j'ai  choisi 
Del  mont  la  plus  bêle. 

2.  Puis  que  Diex  fait  de  mon  fin  cuer  sa  chambre, 
Joie  en  ai  grant,  com  raison  le  comande, 

3    Ja  n'i  vol  cui  je  doie  amer,  fors  une. 


206  REFRAINS  INEDITS   DU  XIII*  SIEGCE 

4.  Se  de  lui  ne  me  vient  joie, 
D*aQtrui  ne  la  quier  avoir. 

5.  Ne  vous  repentez  mie  de  ceste  dame. 


XXXIV 

No  1975.  Texte  de  B  *  183  ;  var.  de  Pb««  140.  Un  couplet  déjà  im- 
primé  dans  Hist.  lia.,  XXIII,  826. 

1 .  Mes  amors  et  les  vos  ne  départiront  mie. 

2.  Jai  par  longue  demoree 
N'iert  âne  amor  obliee. 

3.  Je  ne  me  plaing  pais  des  mais  ki  m'ont  greveit 
Porla  grant  joie  ou  je  bel. 

4.  Ki  loiaulment  sert  s^amie. 
Bien  li  doit  sa  joie  doubler. 

5.  J*ai  bien  assise  m' amor, 
K'elle  est  a  ma  devise. 

1.  Pb  "et]  ne.  — 3.  ki]  B^  si.  — 5.  Pb*^ja  se  bien  mis  mes  amors 
ke  sont  a  m.  d.  —  Les  couplets  2,  3,  4  manquent  dans  Pb",  ttmim 
en  revanche  ce  ms.  en  contient  un  autre,  écrit  postérieurement^  dont 
voici  le  refrain:  Deus  ains  {corr.  doint)  ke  j'aie  s'amor  :  s'iert 
majoieacomplie. 


XXXV 

N®  2035.  Texte  de  B  *  47  (ms.  unique)  ;  le  ms.  de  Sienne,  qui  con- 
tiendrait aussi  cette  chanson,  selon  M.  Raynaud,  donne  (fol.  36)  une 
autre  pièce,  dont  le  premier  vers  est  identique. 

1 .  Souffrir  Testuet  et  endureir 
Ki  joie  veult  de  bone  amour. 

2.  Je  ne  m'i  puis  conforteir 
Por  jueir  ne  por  chanteir, 
Si  me  tient  li  mais  d*ameir. 

3.  (Manqué), 

4.  Hé,  très  doulces  amoretes,  a  tort  m*ocieis. 


REFRAINS  INEDITS  DU  Xlll»  SIECLE  207 

XXXVI 
N»  2039.  Texte  de  Pb  "  102  (ms.  unique). 

2.  Alegiez  moi,  dame,  les  maus  que  j'ai. 
4.  Ne  bien  ne  me  puet  venir 

Ne  joie,  se  n'est  par  li. 

Ne  d'autre  n'en  quier  avoir. 

Les  couplets  1  et  3  ne  sont  pas  nuivis  de  refrains. 
4.  Ce  refrain  est  altéré;  voy.  une  forme  plus  correcte  au  n°  XXXIII, 
nç/r.  4. 

XXXVII 
N'»  2064.  Texte  de  Pb  "  231  ;  var.  de  ?•  356  et  Pb  *  173. 

1 .  J'ai  trové  loiaus  amoretes 
Jolietes 

For  amer. 

2.  Hé,  Dex,  verrai  je  ja  le  jor 
Que  soie  amis? 

3.  Ma  loial  pensée  tient  mon  cuer  joli. 

4.  Hé  amors,  très  douces  amors, 
Coment  me  partirai  je  de  vos? 

5.  Hé,  biaus  cuers  dous,  a  vos  sont  mi  pensé. 

1.  je  manque  Pb  *.  — 5.  Pb  *  en  vos. 

XXXVIII 
N«  2072.  Texte  de  B*  21  (ms.  unique). 

1.  K' en  ferai? 

C'est  la  ans,  coi  ke  nuls  die, 
J'amerai. 

2.  S'amor  sospris  m'ait,  elais, 
Jai  cist  mais  ne  me  lairait. 

3.  Bien  fussiés  vous  onkes  née, 
Gentils  damoiselle  ! 

4.  Loiaul  amor  ai  trovee, 

Ne  m'en  pertirait  riens  née. 

1.  coi]  ms.  caie. 


CORRECTIONS 
A  QUELQUES  TEXTES  PRÉCÉDEMMENT  PUBLIÉS 


[Revue,  XXXIX.  pp.  241-68  et  XL,  pp.  35M7} 


Je  dois  la  plupart  de  ces  corrections  à  l'obligeance  de 
MM,  G.  Paris  et  A.  Mussafia.  tjuî  me  les  ont  envoyées  par 
lettre  ;  j'en  emprunte  quelques  autres  à  un  compte  rendu  Je 
M.   P.  Mejer  {Ramania,  XXIX,  p.  IjOI).   Les  auteurs  sont 

désignés  par  leurs  initiales. 

T0M8  XXXIX  (CHANSONS  IHBDITBS  DD  UAMUSCRIT  DE  MODÈNE) 

P ,  245,  n°  I ,  V.  3  :  mis]  corr.  Guis  (?)  [G.  P.) 

—  —    18,  V.  4  :  rien  à  corriger;  «  foisonner  ■>  =  suffire,  être  de 

force  i  résisler  (G.  P.) 

—  —    20,  V.  7:  les]  corr.  la.  (G.  P.) 

P.  247,  note,  ligne  5;  au  lieu  de  encorm'en  met,  lire  en  çoum'entien: 
ligne  7,  au  lien  de  reprtnl,  soupenl. 

P.  248,  n°  1,  V.  18:  lire  »e  »w  (=  nel.  ne  H)  di.  —  Dirai  Uf  Non. 
(G.  P.  et  A.  M.) 

—  —        v.Z\:nevoiq\iTeneno»(ma.MUO»).iQ.P.) 

P.  250,  a"  II,  V.  41  :  faiioitnet;  lire  probablement  fai»nitm».  [G.  P.) 
_    _    —   44:  m]  conservera.  (A.  M.) 
P.  251,  n"  III,  V.  13et  14:  point-viiguie  apréa  ces  deux  vers.  [0.  P.) 

—  —       V.  20  :  la  lacune  est  aprùa  ce  vers,  non  api'ès  le  vers  21 . 

(G.  P.) 
.35:poranior<]  corr.  de  cutr  vrai  (l)  (G.  P.) 
',  V.  5t  effacer  les  deux  points.  (G.  P.} 
■.  9:  en  «']  lire  *i  en.  (G.  P.  et  A.  M.) 
■.  17:  deui  points  à  la  fin  du  vers.  (G.  P.) 
-.22:  b-icierê  tlfau»]  lire  tricieres fa»is   (G.  P.) 
',23;  conserver  torfcua  (tortotuij.  (A.  M.) 


CORRECTIONS  209 

P.  233,  !!•  V,  V.  16:  La  vie  u]  lire  la  ujo.  (Q.  P.  et  A.  M.) 

—  —       V.  21  ;  m'amorà]  lire  ma  mors,  (G.  P.) 

—  —  V.  22:  remaiêt]  corr.  renaiêt,  (G.  P.) 
P.  254,  n°  VI,  V.  2:  content]  corr.  cante.  (G.  P.) 
P.  255,  n«  VII,  V.  9:  êon']  corr.  sans,  (G.  P.) 

P.  256,  n®  VIII,  V.  32;  conserver  la  leçon  du  ms.  (G.  P.  et  A.  M.) 
^    —       V.  38  :  q'en]  corr.  me. 
P.  257,  n»  IX,  V.  16:  va]  corr.  fait.  (G.  P.) 

^       —         y.  20:  grand]  lire  grant 
P.  258,  n«  IX,  V.36:  ^raiw]  lire  grant.  (G.  P.) 

—  —         V.39:  talanz]  lire  totoni.  (G.  P.) 
P.  259,  n'>  X,  V.  18:  n'est]  m'est. 

—  —         v.29:m[y«].  (A.  M.) 

P.  263,  n*  XII,  V.  35:  dites]  corr.  di  bien.  (G.  P.) 

—  —         y  36:  guardez}  corr.  g uarde.  (G- P.) 
P.264,n«XIII,  V.22:  /•]  corr.  si.  (G.  P.) 

—  —         V. 24 :^rtfn/]  corr.  ^«»<.  (G.  P.) 

—  —         V.  26:  mot]  corr.  met.  (G.  P.) 

P.  265,  n*  XIII,  dernier  couplet  :  point  après  35,  point  d'interro- 
gation après  40.  (G.  P.) 
P.  266,  App.  1,  V.  30:  apertement,  corr.  apartenant.  (G.  P.) 
P.  267,  app.  II,  V.  11  :  lire  Cai  de  nous  print  tés  pités.  (G.  P.) 

—  —    —        V.  23-4:  conserver  la  leçon  du  ms.  ;  v.  26,  au  lieu 

de  mire^  miere.  (G.  P.) 
P.  268,  note,  str.  VI  :  les  vers  3-4  entre  parenthèses.  (G.  P.) 

TOMB  XL  (JBUX   PARTIS   INBDITS) 

P.  354,  n'»  1,  V.20:  le  ms.  a  sait  =  s'a  il.  (P.  M.) 

—  —       V.21:  ms.  plus  c*un.  (P.  M.) 

—  —       V.  27:  correction  inutile.  (P.  M.) 

—  —       V.  30 :  ni]  nï.  (G.  P.) 

—  —       V.  39:  M.  G.  Paris  corrige  :  ausi  a  bien  cil  ens  u  cors. 

C'est,  selon  M.  P.  Mejer,  ce  que  donne  le  ms. 
P.  355,  n?  I,  V.  54-5:  virgule  après  traire,  point-virgule  après 

dehors.  (G.  P.) 

—  —       y.72: part]  corr.  pert.  (G.  P.  et  P.  M.) 
P.  357,  n®  11,  V.  16:  point  après  ce  vers.  (G.  P.) 

—  ^       v.22:  point- virgule  après  ce  vers.  (G.  P.) 

—  —       y.27:  live  et  se  set  gille  mater. (Q.  P.) 
P.  358,  n»  II,  V.51  :  lire  envi.  (G.  P.  et  P.  M.) 

—  —       V.53:  point- virgule  après  ce  vers.  (G.  P.) 

14 


2 1 0  CORRECTIONS 

P.  360,  n«  III,  V.22:  n'avez]  m'avez  (P.  M.) 
P.  362,  no  IV,  V.  14:  lui]  li  (G.  P.) 

—  —        V.  25:  car]  corr.  qui;  virgule  après pcrdaiw  (G.  P.) 
P.  304,  n*  V,  V.  24:  tanf]  cant  (?)  (G.  P.) 

—  —       V.  30  :  sachiez]  fâchiez  (?).  (G.  P.) 

P.  366,  n?  VI,  V.27:  lire  nus  n'avroit  tel  vie  (?)  (G.  P.) 
P.  367,    —     V.  49:  conserver  la  leçon  du  ms.  (G.  P.) 

—  —      V.  51  :  lire  a  iel[z]  poestelz],  (G.  P.) 

—  —     V,  53  :  point  après  ce  vers.  (G.  P.) 


i  * 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


(Suite) 


215* 

REAMBAUTZ    DAURENGE 
(=  B.  Gr.  389,  37) 

I.   Pos  trobars  plans 
Es  volguz  tan 

Port  mer   greu.  si  nO  son 
Car  ben  pareis        [sobrans 
5  Qal  *  mot  fai 

Cane  mais  non  foroo.  dig 

[cantan 
Qe  cels  corn  tôt  iorn  ditz  e 

[brai 
Sapcha  sis    vol   autra  vez 
II.  Mos  ditz^essanz  [dir. 

Don  gap  ses  dan 
Fer  tal  ioi  soi  coindes  e  uans 
Qe  mais  val  neis 
5  Désirs  qieu  nai 

Qe  ^  anc  nom  ac  semblan 
Peis  '  sainz  comqer  en  uer. 

[zelai* 
Dautre  ioi  com  puesca  iau- 

[zir. 
III.  (p.  109)  Son  ben  aurans 
Car  per  talan 

Solamen  fo  *  francs  et  hu- 

[mans 
De  dir  ves  leis 


5  Ben  nan*  fa^  gai 

Qem  val  si  per  lieis^  trag 

[mal  gran 
Si  lo  mal  qen  trac  no    sap 

[lai 
Mi  eis  voil  daitan  escarnir. 
IV     Ben  so  trafans 
Qeu  eis  mengan 
Car  die  aiso  tan  qe  vilans 
Cals  pros  me  creis 
5  Sien  mal  trai 

Per  leis   sil  no  sapia  lafan 
Nomes  donos  pros  ebe  non* 

[vai 
Sim  pens  qe  tan  rie  ioi  désir. 
V.  M  os  volers  cans 
Qem  Bal  denan 
Me  fai  creire  qe  futz  es  pans 
Tan  aut  mespeis 
5    Mon  cor  car  sai 

Qe  en  fol  maurei  don  faz 

[lafan 
Tôt   voll   cant  vei  respeit 

[segrai 
Respeitz    loncs    fai    omen 
VI .  Sains  vilians  *•  [périr. 

Con  vauc  torban 
Soi  serrazis  o  erestians 
Qals  es  ma  leis 


•  Voyez  Védition  de  M,  Appel  dans  la  Rev,  d.  L  r.  IV.  «.,  t.  X,  p.  414 
ss,  —  ^c.  en:  Qi  tal  -^^  Appel  :  Duna  qe  —  '  -4.  /. :  Pels  —  ♦  i4.  :  e  uuerze- 
lai  —  »  il.  :  80  —  «  c.  e/i  :  nim  —  t  A,:f&s  —  ^  A.  :  lieis  —  *  -4.  ;  nom  — 
1*  A,  l.  :  ialianz. 


212 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


5    Non  Bai  qe  iai 

Me  posca  de  so  qil  deman 
Et  atrestan  tost  dieus  sil 

[plai 
Co  fes  vin  daiga  esdeuenir. 
VII.  Pauc  soi  certans 
Ves  qeus  reblan 
DOna  de  vous  so  oiolt  lon- 

[dans 
Ane  nO  destreis 
5    Amors  tan  mai 

Per  qieu  non  creiria  dun  an 
Caisaius  âmes  pernegun  plai 
Si  bes  no  men  degues  aue- 

[nir. 
VlII.Astrius   e  ma  chanso   vos 

[man 

Qe   dos  sautz  sis  ries,   ar 

[es  sai 
Lo  ters  aut  on  plus  pot  om 

[dir. 

216 

REAMBAUTZ  DAURENGE 
(  =  B.  Gr.  389,  3) 

I.  Aissi  mou 

Un  sonet  non 

On  ferm  e  laz 

Chanson  leu 
5    Pos  vers  plus  greu 

Fan  fors  *  dels  fatz 

Car  er  vist 

Pos  tan  mes  qist 

Com  son  sennatz 
10  Si  com  sol 

Fora  mos  cors  veiatz 

Mascamiatlai.posqers  vol. 


II.  Tôt  mes  nou 
Can  veg  sim  mou 
Fin  amistatz 
Far  pos  greu 

5     Vos  dig  leu 

Mas  voluntatz 

Tan  ai  aqist 

Or  ai  ben  vist 

Tant  poia  gratz 
10  Qal  meu  vol 

For  eu  fort  aut  poiatz 

Conqeirer  mos  cors  lai  on 

III.  Tantuipam^  [sol. 
Mon  cor  qant  ri  m 

Qe  sius  datz 

Tein  de  loin 
5    Mas  de  près  poin 

Con  fos  amatz 

Per  ol  •  ioi 

Dont  sat^  ni  croi 

Nou  un  '  solatz 
10  Trop  de  renc 

Car  die  qil  mam.  qassatz 

Fai  sim  sofre  qeu  lam  so- 

IV.  Amors  rim  [uenc. 
Can  •  volet  prim 

Mas  mes  de  latz 
Ab  qe  poin 
5    Cab  colp  de  loin 
Som  près  nafratz 
Tôt  mes  croi 
Can  d autre  ioi 
Sol  me  toqatz 
10  Si  nous  vene 

Amors  mala  fin  ^  natz 
Qeu  posca  amar  e  mens  non 
V.  {p,  200)  Ges  un  cen  »      [lenc. 
Nom  près  cant  plou 
Sim  soi  moilljatz 


*  /.  :  sorz  —  «  1.  :  prim  —  *  c.  en  :  cil  —  ♦  l.  ;  fat  —  ■  c.  en  :  an  —  •  c. 
en:  Com  —  '  c.  en  :  fui  —  »  /.:un  ou 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


213 


Freg  ni  nieu 
5    Tant  can  pens  breu 

Dest  ioi  qem  platz 

Mas  per  crist 

Po8  mi  fa  trist 

Can  pens  iratz 
16  Car  ai  fol 

Car  am  sols  sens  solatz 

Aissi  torn  mon  bon  penz  en 

VI.  Era  plou  [dol. 
On  sai  mieu  ^ 

Tenc  anz  fas  datz 

Ar  uinc  breu 
5    Vei  cazer  nieu 

Anz  es  estraitz 

Tant  ai  trist 

Mon  cor.  per  crist 

Totz  son  chamjatz 
10  Car  ai  dol 

Et  ai  '  ai  gaug  viuatz 

Veus  me  sabi  e  veus  me  fol. 

VII.  Cant  nous  vim 
Se  près  ^  al  cim 
Mos  cors  auzatz 
Pois  daison  ^ 

5  Non  ac  ni  gon  * 
Ves  autre  bras 
Per  qem  coi 
Cal  res  mi  voi 
Trop  lam  no  fas 
10  Non  la  tent  • 

Em  tant  corn  al  cor  plaz 
Cane  pos   la   vi    dais   no] 

[souenc. 
VIII.  Sus  dautcim 
Son  car  vos  vim 
Jos  daualatz 


Si  nous  iom  ' 
5  So  atzis  om 
Sotz  son  liatz 
Lui  no  voi 
Amors  prom  coi 
De  lieis  pensatz 
10  Nous  souenc 

Ane  del  esmai.  me  ditz  * 
La  mort  car  veires  qe  nom 
IX.  Trop  me  tenc  [tenc. 

Car  lai  no  son  anatz 
Saber  damor  sanc  lien  so- 

[uenc. 
X.  Nom  souenc 

Ane  de  liei  so  sapchatz 
Mas  un  a  ves  qem  ten  em 

[tenc. 

217* 

REAMBAUTZ  DAURENZA 

(=B.  Or.  389,23) 

I .  Car  vei  qe  clars 
Chanz  sabriua 
Dels  aucels   el  prims  fre- 

[mirs 
Tu  '   es  douz  e   bels    lor 

[auzirs 
5  Tan  qe  no  sai  coisim  viua 
Sens  chantar.  per  qe   co- 

[menz 
Una  chansoneta  gaia. 
II .  El  sols  blancs  clars 
Veg  qe  raia 

Cautz  greussecs.  durs  et  ar- 

[denz 


1  c.  en  :  un  ou  —  "  ^:  ar  —  3  /.  :  Sempres—  *  L  :  dais  soin  —  ■  /.  :  nis 
loin—  « /.  :  tenc  —  '  /.  :  ioin  —  »  c.  en:  datz. 

•  Voyes  r édition  donnée  par  M.  Con;tans  d^ après  les  deux  mss.  de 
Cheltenham  dans  la  Revue  rf.  l.r.III  s.,  t.  F,  (1881)  p.  272  ss.  —  »  c. 
eni  Mi 


214 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Qem  0  frain  totz  mos  bons 

[talens 
5  Mas  nna  voluntatz  gaia 

Dun   franc    ioi    qem   mou 

[dezira 

No    uol    cap    flacs  volera 

III.  Ges  no  mes  clars        [viua. 
Ni  mesqiua 

Est  iois  don  faz  les  sospirs 
Ni  sai  sant  <  mi  valc  mos 

[dira 
5  Ni  mi  noc  e  tem  qem  viua 
Enaisi  trop  loniamen 
Lamors    qeil    tenc    meina 

[gaia 

IV.  (p.  20Î)  Mos  cors  es  clars 
Ë  sesmaia 

An  sui  a  mestz  grantz  iau- 

[zens 

Plens  e  voigz  de  bel  co- 

[mens 
5  Qe  luna  meitatz  es  gaia 

E  li  autrama  dorm.  cossirs 

Ab  voluntai  mort  e  viua. 

V.  Cus  volers  clars 
Qem  caliua 

Mes  peing  enant  e  faillirs 
Mostra  tems.  qe  iauenirs 
5  Val  pro  mais  a  loin  qe  viua 
Qe   cortz    gaugz.  per  qes- 

[pauentz 
Satempra  ab  voluntat  gaia. 

VI.  Vostr  amies  clars 
Nous  essaia 

Dona  [nius  mostra  paruens 
Cores  en]  vos  totz  sos  sens 
5  Ni  sap  sil  es  dur  o  gaia 
Tant  vos    tem   qel  descu- 

[brirs 


Lieis  chars   e   no  sap  qes 

VII.  Qe  non  es  clars  [viua. 
Ab  complita* 

Amies  ni  ab  genz  mentirs 
Si  nO  tem  so  camatirs 
5  leu  *    deu   venir  anz     qel 

[viua 
Com  non  ama  finamenz 
Ses  granz  alqes  gaia. 

VIII.  Ai  francs  cors  clars 
Res  veraia 

DOna  valliam  chausimenz 

[ j* 

5  Qem   sapchatz  per  foudat 

[gaia 

Dir  so  qe  vol  mes  suffris 

Nom  dan  si  voles  qe  viua. 

IX.  Domnal  meilher  res  qe  viua 

De  loing  ses  fuec  mes  com- 

[près* 
Em  donas  voluntat  gaia. 
X    Ai  donsa  res  coind  e  gaia 
Aram  péris  mara*  morirs 
Si   nom  datz    socors    com 

[viua. 

218 

REAMBAUTZ    DAURENGA 
(=B.  Gr.  389,13) 

I .  At  mer  tal  un  vers  faire 
Qe  ia  nom  feira  fraitura 
Qar  es  sauais  mi  escura 
Cil  qem  fai  mal  ses  ben  traire 

5  A  dolen 
Faillimen 
Fuz  ^  qem  ven 
Ben  a  ela  ^  donc  pauc  de  sen 


*  /.  :  sanc  —  ^  c.  en  :  compliua  —  '  c.  en  :  Leu  —  *  /.:  Seu  non  sui  tant 
asapiens —  •  l.  :  m'escompren  —  •  i.  :  proismara. 
î  c.  en,  :  Fitz  —  «  /.  :  ac  la 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


215 


Sea   anc  foi  mn  leis  bao- 

rsaire. 

II.  SeigQÎer  dieos  coq  aag  re- 

■'traire. 
Tan  gran  ma  desaaentora 
Mais  dol  non  ac  hanc  mesura 
Qan  trastomal  cor  enqaire 
5  Si  eapren 
Aspramen 
Mon  talen 
Ira  qe  mon  marrimen 
Gant  el  eoit  far  de  gai  te 

[fraire 

III.  {p,  SOS)  Em   plorant  serai 

[chantaire 
Car  nais  gaagzno  masegura 
Pos  mos  *  respeigx  peiora 
Qem  val  mos  chantars  qar 

[Iiûre 
5  Sol  termen* 
Van  segoen 
Per  paroen 

Fais  '  non  ai  mais  pessamen 
E  dol  e  dolor  e  braire. 

IV.  Desastmcsnascdemamaire 
Per  qe  totz  mais  maiara^ 
Ben  es  fols  qoi  mal  mazura 
Peigz  com   pose  auer  pe- 

[chaire 
5  Neos  qim  pen 
Aut  al  Yen 
Anz  presen 

Qe  tenrai  per  ben  volen 
Cels  qels  oils  roi  voira  traire. 
V.  Dona  dousa  debonaire 
Nom  getet  tant  a  nomcura 
Neos  qe  tôt  aias  dreitura 
Qab  merces  cors  nous  es- 

[claire 
5  Qeu  atent 


Chaosimen 
Stus  es  gen 
Si  no  far  mes  peneden 
Issi  fors  de  mon  repaire. 
VI.  Qe  per  larma  de  mon  paire 
Sil  vostre  durs  cors  satura 
Nom  tenramors  ni  clausura 
Qeu  non  esca  de  mon  aire 
5  Mantenen 
Ves  tal  sen 
Don  fort  len 

Me  veiran.  mais  mei  paren 
Mas  vos  no  mo  presatz  gaire. 

VU.  Domna  dieus  qens  es  inui- 

[iaire  * 
Perdonet  gran  forfaitura 
Acel  so  dii  lescriptura 
Qez  era  traîtres  e  laire 
5  Eissamen 
Es  crezen 
Sil  non  men 
Qi  non  perdons  corren 
Ja  dieus  non  lier  perdonaire. 

VIII.  Per  vos  am  don  ab  cor  vaire 
Las   autras  tan    col  mons 

[dura 
Car  son  e  vostra  figura 
Qe  per  als  no  son  amaire 
5  Neus  la  geu 
Pauc  valen 
Mal  volen 

Nam  cel  qeus  vezon  souen 
Mas  no  lor  nauz  far  veiaire. 

IX.  Domna  pren 
Ab  couen 
Auinem 

Si  mais  paz  comandamen 
5  Ja  nO  perdonz  neus  veiaire. 

X.  E  sius  men 
En  couen 


*  /:  m.  bos  —  «  /.  :  Fol  tormen  —  3  c.  en  ;  Sais  —  */.  :  mapeiura  — 
*  l.:  iutiaire. 


216 


LE  CHANSONNIER  DE  BEENAET  AMOROS 


Qeus  prezen 
Ogan  sieu  malamen 
5  En  tuisse  guatz  ab  varaire. 


219 

RAEMBAUTZ  DAURENGE* 
(  =  B.  Gr.  389, 9  ) 

I.  Anz  qe  haura  bamas  caP 
Girun  vers  damon  daual 
Qistmen  guerrer.  mal  adreg 
Si  fan  de  gabar  vassal 

5  E  caio  se  qest  eau  al 
Cai  perdut  maion  destreit. 

II.  (p.  203)  Ja  per  so  uns  non 

[guabei 
Sim  perdem  de  nostrat  nei 
Qemqeras  em  tug  el  bal 
Ancogan  del  autre  freih 
5  Farai  tornar  tal  neueih 
Al  mestier  bernart  del  gai. 

III.  Segnior  eu  no  soi  ges  dur 
Ni  no  veg  can  tenc  sol  duz 
Ni  de  lôp  ni  de  lairon 

Nos  pot  gardar  desast;  ucs 
5  Qon  sai  '  cel  qe  esle  sucs 
Tost  a  erablar  coinogutz. 

IV.  Ben  sap  cel  de  me  solio 
Sieu  fas  en  tant  con  el  fo 
On  bertran  dels  bauz  on  vx 
Jamais  non  tengram  blizon 

5  Mas  fait  cuion  auer  pron 
Car  ni  von  caut  con  sam- 

[bux. 
V.  Ane  pois  nols  tinc  per  on- 

[ratz 


Pol  camps  fo  deaamparatz 
Per  els  senes  colp  de  bran 
Qel  caualer  la  meitatz 
5  Degron  tener  les  valatz 
Qil  eron  be  seis  ai  tan. 

VI.  Segnior  ben  fai  '  qen  es  tan 
Auia  penre  un  sol  dan 
Mas  ar  soi  outra  passatz 
Et  estortz  daqel  afan 

5  Per  qeu  nauera  doptaa 
Ar  serai  a  ben  donatz. 

VII.  Ane  pos  a  ma  dona  plac 
Qem  volgues  mal  gaug  dod 

[aig 
Ni  iamais  nom  deu  parer 

Bes  pos  eu  mezeis  mes  trac 

5  E  qi  nom  tengues  per  flac 

Tôt  ioi  laissera  caser. 

Vill.  Mas  dieus  no  saub  hant  ^ 

uoler 

Com  de  tôt  se  desesper 
Per  qem  tenc  e  si  mesmac 
Donna  car  ben  cud  saber 
5  Qe  iamais  nous  an  veser 
Mas  ges  per  tant  non  '  es- 

[trac. 
IX.  Trobat  per  so  nom  es  trac 
Car  mos  cors  si  ben   dos- 

[mac 
No  men  van*  a  poder. 
K.  Espérât  ai  et  esper 
Merce  si  us  ven  a  plazer 
Donna  per  qe  nom  nés  trac. 


•  Texte  déjà   imprimé  par  M.  Klein,  dans  sa  publication  Die  Dichtun- 

gen  des  Mônchs  yen  Montaudon  (rfa;w:  Ausg.  u.  Abh.  aus  d.  Oebiete  d. 

rom.  Philol.  VII,  Marburg,  1885,  p.  94  s.).  —  «  c.  en  :  Uiaura  brunas  cale 

^  c.  en:  fai— s  c,  en  :  sai—  *  e.  en  :  hanc-»/.  :  nom— ««.en:  dan- 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS     217 


220 

RAMBAUTZ  DAURENGA 

(=B.  Or.  389,21) 

I.   Brais  chanz  qiU  critz 
Aug  delà  auzels  pels  plaisa- 

[duz» 
Oc  mais    nols   entrât  '   ni 

[doIs  deigii 
Cuo  iram  cem  > 
5  Lo  cor   on  dois    ma   près 

[raziz 
Par  qen  sofer. 
H.  (p.  204)  Trist  e  marri tz 
Kr  mo8  chantars  ai  si  fenitz 
Ptfrtolz  temps  mais  tro  qi*«- 

[lal  deign 
Ni  pel  seu  mantein 
5  El  a  boa  mas  ères  delitz 
Pos  nol  sofer. 
ni.  Jois  me  fo  guitz 

Un  pauc  mais,  tost   me  fo 

[faillitz 
Siinc  me  vole  arma  en  des- 

[deing 
Corn  non  estieing 
5  Can  prec  ni  merces  ni  es- 
Re  non  conqier.  [triz 

IV.  Mos  cors  me  ditz 

Per  qe  soi  pgr  leis  auelitz 
Car  sap  qeu  null  autra  nô 

[deign 
Per  som  destreign 

5  Morrai  car  mos  cors  enfol- 

[litz 
Mais  ges  nom  qer. 

V.  Co  soi  traitz 

Bona  donnab  talant  voutitz 

Ab  cor  daral   vueil  ar  nol 

degn 


Mesclat  ab  gein 
5    Volres  qen  torn  folz  en- 

[dormitz 
0  qem  esmer. 
VI.  Trop  son  arditz 

Dona  mos  serz  es  abozitz 
Ma  faitz  dir  fols  motz  qieu 

[non  deign 
Contra  mi  reign 
5   Tan    son  fors  de  mo  sens 

[issitz 
No  sen  qun  *  fer. 
VIL  Molt  es  petitz 

Donal  tortz  qer  sai  ser  au- 

[zitz 
Per  qe  vos  maues  en  des- 

[deign 
Faz  nesdeueing 
5  Pendutz  fos  aut  p«r  la  ser- 

[uitz 
Qi  a  moilher. 
Vill.  Humils  ses  giein 

Vostre  sers  fais  faillitz 
Merce  nos  qer. 
IX.  Pos  pretz  non  sobrans.  ses 

[legitz 
E  vos  ier. 


221 

RAMBAUTZ  DAURENGA 

(=  B.  Or.  389,  28) 

I.    Escoutatz  mais  no  sai  qe 

[ses 
Segnior.  so  qieus  voil    co- 

[mensar 
Vers  estribot  ni  siriientes 
Non  es  ni  non  lo  sei  trobar 
5  Ni  eu  no  sai  consil  fezes 


*  ^:plaisaditz  —  s  c.  en  ;  entent—  *c.  en  :  tem  —  *  /.  :  qim. 


218 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Saital  Dol  podia  cabar. 

Cane  hom  dautal  miga  non 
nausis  far.  ad  home  ni  ad 
femna  en  aqest  segle  ni 
en  laltre  qe  nés  passatz. 

II .  Si  tôt  mo  tenes  a  soles  ' 
Jes  per  aisso  nom  dei  lais- 

[sar 

[ ? 

Cades  nom  cudon  chastiar 
5  Tôt  qant  er  nom  prez  im  * 

[poies 

Vas  so  cades  vei  et  esgar. 

E  sai  vos  ben  dire,  perqe 
car  seu  nos  dizia  paraula 
e  non  la  trasia.  a  cap  sai 
qe  tenrias  men  per  fat.  qe 
mais  am  auer  seis  dîners 
el  poign.  qe  mil  sols  al 
cel. 

III.  (p,  205)  Ja  ten*  nom  tema 

[far  qun  '  pes 
M  os  amies  aissol  voil  pre- 

Sai  obs  nom  vol  valer  mânes 
Pos  im  ^  profer.  a  lonc  tanz 

[ar^ 
5  Plus  tost  de  lieis   qe    ma 

[conqes 
Non  pot  nulla  res  enianar. 
Tôt  aiso  dir*  per  una  dona 
qem  fai  morir  ab  lonc  res- 
peig.  et  ab  bellas  paroulas 
pot  rai  donc  bon  esser 
segniors. 

IV.  Qe  ben  a  passât  qatre  mes 
E  a  mi  a  cent  anz.  som  par 
Qe  ma  autreiat  e  promes 


Qem  dara  so  qem  es  plus 

[car 
5  Donna  pos  bon  cor  maues 

[mes 
Adol  sal^  me  del  dolz  la- 

[mar. 

222 

REAMBAUTZ  DAURENGA 
(=  B.  Gr.  389,  22) 

I.  Clarsdouz  efis*® 

Del  bazeresc^* 

Mes  SOS  bas  chanz 

Vas  cui  mazerg 
5  Cap  ioi  sespan 

Viu  ho  noire 

El  temps  qe  grill 

Prob  del  silure  *' 

Chanton  el  mur 
10  Jois  le  Caire** 

Qes  compassa  esqaira  ** 

Sa  uois.  cha  plus    leu   qe 

[siura 

Coranuls  non  si  asigura  ** 

Mal  *•  grils  en  la  bazeresca. 
II.  Clars  ioise  gens 

Ses  fuec  grezesc 

EU  paucs  enfanz 

Bosc  e  coderc 
5  Qe  nul  enian 

Noi  emploire 

Mas  los  borcill 

Noi  vi  auer  ploire  " 

Dom  mi  rancur 
10  Qeil  blanc  vaire 

Tant  amistat  pichenaira 


«  c.  en:  foies  —  «  l:  Que  ieu  mon  talan  non  disses  —  3  /.  :  un  —  *  c.  en  : 
ren  —  »  i.  :  qim  —  •  /.  :  mo  —  '  /.  :  tarzar  —  »  /.  :  die  —  •  /.  :  Adolsas  — 
Jo  /.  :  feinz—  n  c.  en:  bazetesc  —  »«  /.  :  siure  ^^^  c.  en:  raire  — i*  /.: 
e  sesqaira  —  »»  /.  :  azerga  —  J*  /.  ;  Mas  —  >'  /.:  pliure 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


210 


Sauis  er  fols  qi  si  pluira^ 
Qe   grieu  er  qe  les   con- 

[derga 
Fis  iois  ses  ûama  grezesca. 

III.  Clars  brunz  e  tenz 
Motz  entrebesc 
Pensius  e  pensars  ' 
Enqier  en  serg 

5  Com  sim  lam^ 
Pogues  roire 
Lestrain  roill 
Vil  fer  tuire  * 
Don  moQ  escur 

10  Cor  esclaire 

Tôt  cant  iois  gen  esclaira 
Maluestatz.  toi  e  tiura 
Et  enclau  iorien'.  el  sorga^ 
For  qira  ioi  entrebresca. 

IV.  Cuz  ^  naus  ni  leing 
Niâums  on  peso 
Nom  es  enanz 
Car  vei  soi*  borg* 

5  Aqz  vau  troban 

Com  vis  doire 

Qe  mont  el  cill 

Al  fol  vire  «» 

Tant  vei  pretz  dur 
10  Per  qe  laire 

Lauzengiers  conten  e  latra** 

E  SOS  auars  digz  enivra 

Prez  per   qe    iois  fraing  e 

[borga  " 

Qis  vol    critz   qel  pren    e 

[pesca. 
V.  Caurs  es  empeing 

Cane  non  es  presc 

Vidal  costanz 

Mardi  domerg 


5  Nom  pueis  ses  bran 
Dels  decoire 
Per  qen  torrill 
Cab  un  guiure 
De  mal  aur 
10  No  istral  paire 

Don  lo  fîls  sofris  e  paira 
Malvestat     qel     nafre     el 

[guiura 
E  fai  costancha  domerga 
De    domnei    qe    noils    les 

[presca. 
VI.  (jp.  206)  Car  petit  meinz 
Qe  nô  paresc 
Aïs  paucs  semblanz 
Del  mener  derg 
5  Qem  van  duptan 
Aur  per  coire 
Car  al  perill 
Don  ieta  luire  *' 
Vei  g  un  tafur 
10  Qi  ner  fraire 

Qel  nezirs  maluatz  sa  fraira 
Lai  on  lo  francs  fils  so  liura 
E  non    crel  iois   plus   aut 

[derga 

Qel  crims  nais  an  qel  pa- 

[resca. 
VII.   Caurs  onargens 
Esmer  e  cresc 
Ab  ditz  verais  *^ 
('on  hom  fai  clers  ^^ 
5  Vau  chastian 
Près  lo  goire 
Mas  per  un  fiU 
Pot  reuiure 
Vas  oui  matur 
10  De  bon  aire 


»  l.:  pUura.  —  W.  :  pensana  —  3  /.  :  lan  —  M.:  Nil  fer  tiure  —  «  c. 
«i:  iouen  —  •  /.:  serga  —  '  c.  en:  Carz  —  «  /.  :  ioi  —  »  c.  en  :  berg  — 
»•  /.  :  iure  —  JM  :  laira  —  »«  i.  :  berga  —  »»  /.:  Uure  —  »♦  /.  :  Ab  durs 
colps  graoz  —  *•  /.:  clerc 


220 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Si  col  uenz  vai  sus  en  laira 
Lo  sieus  noms  viu  e  reuiura 
Pretz  e  ioi   qel  mergueill 

[clergua 
Dieu  prec  caital  baron  très- 

[ca.  ' 

VIII.  Cel  qi  fal  vers  sacompaira 

Ab  les  qe  ia  non  escriura 

Qe  non  tem  correg  ni  verga 

Lo  fuecs  qes  compren  ses 

[esca . 
IX.  Raembautz  torn  e  repaira 
Lai  on  pretz  viu.  e  reuiura 
Al  conte  cui  dieus  azergua 
On  saberse  honors  cresa.  ' 


223 

RAEMBAUTZ    DAURENGE 
(=  B.  Or.  389, 14) 

I.  Eu  non  sui  ies  mais  e  as* 

[trucs 
Anzson'  mal  astrucs  adreitz 
E  pos  malastrucs  ma  eleitz 
Parai    vers    malastruc    e- 

[freitz 
5  Qeu    non    trop   malastruc 

[adreitz 
Qil    malastruc  cap    empe- 

[zeitz. 
II.  Carper  tos  temps*sui  mal- 

[astrucs 
Fer  un  grant  malastrc  qem 

[ve 
E  qi  par  malastruc  nom  te 
Dieu  prec  de  malastre  les- 

[tre 

5  Qe  mil  malastruc  foran  pie 

De  malastre  qieu  ai  en  me. 


m.  Donna  per  vos  soi   malas- 

[trucs 
Qar  per  malastrem  voletz 

[mal 
E  sis  ^  ben  malastruc  ior- 

[nal 
Cane  nuls    malastrucs   noi 

[fes  tal 
5  Malastrucs    truep  i    maues 

[égal 

Per  qe  de  malastre  non  cal. 

IV.  Ar  auias  con  sui  malastrucs 

Cant  vi  del  malastre  mouer 

Eu  sui  plus  malastrucs  en 

[ver 
Qem  malastrem  laisse  cha- 

[zer 

5  E  pois  vinc  malastre  qerer 

Doncs  autre  malastruc  es- 

[per. 
V.  Siou  ia  trobes  dos  malas- 

[trucs 
Canessen  mais  astres  qe- 
Anera  malastrugamen  [ren 
Cadoncs  for  eu  malastrucs 

[gen 
5    Mas  non  truep   malastrucs 

[valen 
Came  de  malastres  prezen. 

VI.  {p207)  Sieu  soi  aitan  *  mal- 

[as  trucs 
Qe  de  malastre  port  la  flor 
Ë  ai  ben  malastruc  honor 
Le  ni  malastrus  de  segnior 
5  Ni  chantes  malastre  ab  plor 
Daqest  malastruc  amador. 

VII.  Cans  es  malastrucs  de  se- 

[gnor 
Et  ieu  sou  malastrucs  da- 

[mor. 


»  /.:  cresca.  —  *  /.  :  son  ben  —  *  L:  fis  —  M.  :  aitan  fort 


LE  CHANSONNIER   DE   BERNART  AMOROS 


221 


224 

REAMBAUTZ    DAURENGA 

(=  B.  Gr.  389, 12) 

I.  Ara  non  sisclani  chanta 
Rossigniols 

Ni  cridairols  ^ 
En  vergier  ni  dinz  forest 
5  Ni  par  flors  groia  ni  blaua 
Eaim  nais  iois  e  chanz 
E  creis  en  veillians 
Car  nomiven  consol  somne- 

[janz. 

II.  Car  a  mi  donz  atalenta 
Qem  loing  dois 

E  serai  be  fols 
Seu  totz  temps  ab  leis  non 

[rest 

5  Pos   frain  ma    dolor  plus 

Si  qe   fais  ni  afanz  [braua 

Nom  pot  esser  danz 

Ni  maltraigz  nom  dol  paucs 

[ni  grauz. 

m.  Ca  pauc  le  cors  nom  na- 

Qeschirols  [uenta 

Non  es  ni  cabrols 

Tan  lieus  com  eu  sui  qel 

[test 
5  Mes  la  ioia  qeu  cercaua 
Don  son  iais  entrepainz 
Ë  serai  tôt  lanz 
Pos    ma     dona   vol   mons 

[enanz. 
IV.  Jes  nocam  espauenta 
Lars  estols 
Dels  fels  fais  e  mois 
Lanzengiers  cui  deus  tem- 

[pest 


5  Sim  prent  mi  donz  e  men- 

[traua 
Per  iamais  a  mil  anz 
Tôt  al  seu  comanz 
Qen  als  cors  non  col  qeu 

[meslanz. 
V.  Ja  deus  qel  iornz  fes  qaran- 
Dals  mon  sols  [ta 

Es  tomet  fillols 
Don  mi  a  don  niaprest 
5  Mais  reis  si  leis  mi  saluaua 
Anz  li  laisel  talanz 
Lo  mon  e  mil  tanz 
Contra  leis  qem    toi    totz 

[enianz 

VI.  Cap  con  *  cor  qel  mieu  si 
Sai  qem  tels  [planta 
Car  donar  o  vols 

DOna  au  '  iois  pais  e  vest 
5  Tôt  lenian  qa  me  portaua 
Gen  Ion  trais  a  sain  iohan 
Ar  men  creis  talanz 
Don   caira    el   sol   ab   las 

[mainz 

VI I .  Ai  dOna  prezanz 

Ar  penz  qeus  a  col  em  bai- 

VIll.  Joglar  vostrenanz        [zanz 

Voil  e  dieus  lo  vol  mil  ai- 

[tanz. 

225* 

KAEMBAUTZ  DAURENGA 
(=  B.  Gr.  389,  4) 

1 .  (p,  208)  Al  prim  qeil  rim  ♦ 

[sorzen  sus 
Pel  cun  *  prim   fueilla.  del 

[brancail 


*  /.  :  crida  lauriols  —^  c.  en  '.  son  —  •  ï.  :  cui. 

•  Voyez  Céditionde  M.  Appel  dans  la  Rev.  dJ.  r.,  IV.  5.  /.  X  />.  409  s. 
—  *  c.  f n  :  tim  —  »  c.  en  ;  cim 


^^2 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Sagues  raizon  feir  un  bon 

[vers 
Pos  ma  dona  no  uol.  qeu  * 

[chan 
5  Mais  (le  leis.  nil  ven  a  ta- 

[lan 
E  chanz  si  damornones  faitz 
No  ual  plus  con  ses  domna 

[amars. 

II.  Con  a  lei  platz  non  die  plus 

Senes  tôt  marnes  ill 

E  per  dieu  si  es  ben  en  vers 

Qe  non  auz  chantar  dere- 

[nan 
5  De  leis  *  vas  oui  sui  voitz 

[denjau 
E  cels  qieu  pietz  voil  fers 

[estraig 
Er  donc  oimais  voigz  mos 

[chantars. 

m.  Faig  virol  segle  de  mon  us 

Lauzengier  fais  de  faig  uol- 

[piU 
Ai  can  nauran  ia   damors 

[ters 
Ab   lur  chan.  parlar  deui- 

[nan 
5  Per  lur  ditz.  van  dOnas  dup- 

[tan» 
Qan^  mortz  drutz  ses  colp 

[atraig 

Souen.  p«r  lur  fais  deuinars. 

IV.   Cant  cist  fut  mil  *  maluatz. 

per  us 
Chan  ton  de  solatz.  emperil 
Qe  dizon  de  tort  en  trauers 
De  cels  qe^  lur  er  en  sem- 

[blan 


5  Domnes  vers  qieu  entenda 

[Un 
Cil  domna   cnig  en  tôt  tra* 

[saig 

Qe®  808  amies  aia  espars. 

V.  Ries  hom  toma  tost  en  raus 

Can  sufre.  com  se  merauill 

Qe  nom  saus  sa  maizon  fair 

[fers 
De  cels  qi  venon  corteian 
5  Ges  non  an  colpa  cil  co  fan 
Qel  segnier  nés  de  tôt  for- 

[fagtz 
A  eui  en  couen  castiars. 

[Argumento] 

Gaubertz  de  poicibot  si  fo  gen- 
tils hom.  e  fo  del  vescat  de  lemozi 
fîis  del  castellan  de  poicibot.  e  fo 
mes  morgues  cant  era  enfas  en  un 
moster  qe  a  nom  san  leonart.  e 
saup  be  letras  e  ben  chantar.  e  ben 
trobar  e  per  voluntat  de  fôna  issi 
del  monester.  e  uenc  sen  a  celui  on 
venian  tuit  aqil  qe  per  cortezia 
volian  honor  ni  benfait  an  sauaric 
de  malleon  et  il  li  det  arnes  de 
ioglars  vestirs  e  cauals  e  pois  anet 
el  per  cortz  e  trobet  e  fes  bonas 
chanzos  et  enamoret  se  duna  don- 
zella  gentil  e  bella  e  fazia  fas^ 
chanzos  délia  e  ella  nol  vol  amar 
si  non  se  fezes  caualers  e  nO  la 
tolgues  per  moillier.  (p.  209  )  &  el 
0  dis  an  sauaric  con  la  donzela  lo 
refu  saua  donc  sauaris  lo  fes  caual- 
1er  eil  donet  terra  &  renda  e  tolc 


»  Appel:  qun  —  *i4.:  lei  ^  ^  A.:  duplan  —  *  i4.:  E  an  —  ^A.  ;  mit  — 
*  A,  :  que 

'  c.  en:  sats.  Le  second  texte,  écrit  au  folio  32  verso  de  la  dernière  partie 
du  manuscrit  y  n'offre  que  la  seule  variante  :  las. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMORÛS 


;^S3 


la  donzela  per  mullier  e  tenc  la  a 
grant  honor  et  auenc  si  qel  anet  en 
espalgnia  e  la  donzela  remas  &  uns 
cauallers  dangleterra  si  entendia 
en  ella.  e  fes  tant  e  diz  qe  la  mena 
via  e  tenc  la  longa  saizo  per  druda 
e  pois  la  laissa  malament  anar. 
Gaubertz  torna  despaignia  &  al- 
berga  una  sera  en  la  ciutat  ont 
ella  era  &  el  anet  de  foras  per  volO- 
tai  de  femna  &  entret  en  larberc 
duaa  paubra  femna  qeil  fo  deit  qe 
la  entre  aoia  una  bella  donzela  e 
trobet  la  sua  moilher  e  qant  e  la 
ui  &  ella  lui  fo  granz  dolors  entre 
lors  e  granz  vergogna  ab  lei  estet 
la  Doit  e  lendeman  sen  anet  con 
ella  e  mena  la  en  una  mongia  on 
la  fes  rendre  e  per  aqella  dolor 
laisset  lo  chantar  el  trobar. 

226 

JAUBERTZ  DE  PUIGCIBOT 
(=  B.  Or.  173, 14) 

I.  (j9.  818)  Una  granz  amors 

[corals 
Mi  destreing  en  *  te 

Si  qeu  non  sai  ren  dir  als 

Mais  clamar  merce 
5  E  car  me  dais  non  soue 

Sembli  malfat  entre  las  genz 

Em  par  meure  ma  sabenza 

Dont   amors   qem  forz  em 

[venz 

Degra  venzer  ma  clamors 
10  Cal  venzedor  es  honors 

Qe  merces  lo  uenza. 


II.  Amors  vostre  noms  es  fais 
Car  non  amatz  me 
Qieu  vos  soi  fis  e  leials 
E  vos  am  anc  se 
5  E  pos  aissi  sesdeue 
Qieu  vos  soi  obedienz 
Damor  e  de  bon  volenza 
Ë  vos  mes  mala  e  cozens 
Sens  benfait  e  sen  socors 
10  Per  dreit  seiieu  amors 
E*  malvolenza. 
m.  Donc  pos  non  val  car  soi 

[tais 
Com  a  drut  coue. 
Sim  trouaua  desleials 
Auriam  ia  be 
5  Ben  leu  i  tomeral  fre 
Mas  non   dei   so  ditz  mos 

[senz 
Far  per  failliment  faillenza 
Fer  qieu  voil  mais  ab  tor- 

[menz 
Esser  dels  fiz  amadors 
10  Cab  los  fais  galiadors 
Far  damor  paruenza. 
IV.  A  tort  mi  ven  de  vos  mais 
£  non  sai  per  qe 
Mais  daitant  amors  siuals 
Mi  venjarai  se 
5  Qacels  qi  ^  sabon  re 

[ ]* 

Dirai  vostra  captenenza 
Don  vos  parez  meinz  valenz 
E  naurez  mels  seruidors 

10  Qi  sabra  mas  granz  dolors 
Te  cels  ^  et  temenza. 

V.  Vostrusatges  es  aitals 
Ca  celui  queus  cre 
Merme  de  ioi  sos  captais 


M.  :  em  —  «  /.  :  E  vos  —  a  /.  :  qi  no  —  ♦  /.  :  Com  vos  est  desconois- 
*tm  —  •  c.  en  :  Recels 


SÎ4 


LE  CHANSONNIER   DE  BERNART  AMOROS 


Car  de  vos  non  ve 
5  Mas  eniaaB  sas  tota  fe 
R  dam  ses  totz  iauzimenz 
E  ses  tôt  plazer  cozeaza 
Pra  faitz  dautres  faillîmeDE 
Mas  callar  mi  fai  paors 
10  OrgoiU  et  grani  folors  ' 
Qi  a  plus  fort  tenza. 
V].  ProB  veBContesaa  plauDs 
DalbusBOD  tant  vos  agenza 
Pretï  per  qieua  taing  graii- 

Part  las  autras  el  auzora 
5  Qen  vos  a  son  luec  valors 
Ses  tota  failleaza. 


GAUBERTZ  DE  POICIBOT 
(=  B.  Or.  173,  6) 

I  Merces  ee  ea  chizimenz 
Dumil  creisser  et  aussar 
Et  orgoil  Bobrebaiaaar 
DoD  faill  amors  vostre  seoi! 
5  Caat  me  crez*  trobatz  vea- 
[ciit 
Humil  e  de  bona  fe 
Dechaetz  aoc  ee 
E  leia  qui  vira  lescut 
Vera  vos  >  sus  me 
10  Qi  nous  tem  ne  vos  blan 
Non  voles  destregnier  tan 
Qe  targoil  baisses 
[En  uer  uos  sutoelies]. 

[gentz 
'  hameliar 


Qe  p«r  orgueil  gazagniar 
Qe  lergoillos  si  ben  veoz 
5  Na  bksme  per  (ot  saubut 
El  bumil  son  tôt  lo  te 
Vil  e  ba*  Botz  se 
Sivals  adroit  conogut 
Dont  mes  miels  so  cre. 
10  Qumelia* 

Feenganar*.  qnnb  engao 
Mi  don  galies 
Qe   qel  *    tortz  reman    ecu 
[a  des. 
m.  Tort  ai  '  cai  dit  granz  «rdi- 

E  car  lan  auz  encolpar 
Non  pas  tang  qeu  dei  amar 
Cui  es  doncs  lo  fallimenz 
5  Meu  caram  &  a*  reperdut 
Lei  qi  non  taing  ni  coue 
Non  es  ges  per  qe 
Car  eu  non  ai  mais  pogut 
B  dO  o  Tan  ges  ben 
10  Qi  men  va  forian 

Amors  qi  men*  forza  daitnn 
Car  vol  qieu  lames 
Forze...  qe  leis  non  forces, 
IV.  Pero  car  lauzor '*geaz 
Fai  araor  ver  si  olamar 
Crei  cai  fan  "  leu  pot  forzar 
Lei  a  far.  ao  roandamenz 
5  Per  cai  lonc  temps  atcdut 


Et  e 


ir  pie 


Dorgiieil.  raOBtrea  sa  uertut 
Amor  per  meroe 
10  E  fara  honor  gran 

Sami  cui  verz  serz  '*  afan 
Verzer'*  se  laissea 


e.  m  :  qei  —  '  i.  :  v.  a  —  *  I,  :  Qieu  umelian  —  • 
:  Qel  -M.:  Tort-  ■  L:  cara  ma  -  <  (.:  qim 
-   'II.:  caiaai  — "/.;»ent  seni-  HJ.:  Venzer 


LE  CHANSONNIER  DB  BERNART  AMOROS 


225 


E  lei  qes  defea  uenqes. 

V.  Amors  non  ea  tan  sabenz 
Daitan  vos  pose  ensegniar 
Qe  del  seu  merteia  malme- 

[nar 
Es  desmesura  e  nonsenz 
5  Nol  ten  per  descrezut 
E  qes  tang  ni  don  saue 
Qe  hom  celui  malme 
Caura  pel  seu  retengut 
Per  mi  non  die  re 

10  Mas  car  mes  semblan 
Qô  fassas.  vostre  dan 
Qanc  hom  qi  greues 
Lo  seu  no  fo  noi  perdes. 


Aroumento* 

PoDs  de  capdueil  si  fo  del  ves- 
cat  don  fo  guilliers  de  saint  lai- 
dier.  ries   hom  fo   molt  gentils 
baros  e  sabia  ben  trobar  e  violar 
e  chantar.  bos  caualers  fo  darmas 
e  gen  parlanz.  e  gen  dOpneianz  e 
granz  e  bels  e  ben  ensegnatz  e 
fort  escars    dauer   mas    si    sen 
cobriaab  gent  acuillir  &  ab  honor 
de  soia  persona.  et  amet  p^r  amor 
ma  doua  alais  de  mercueir  muller 
den  ozil  de  mercueir  que  fo  filha 
den  bernart  dandiiza    dun   onrat 
baron  qera    de   la    marcha    de 
proenza  molt  lama  &  lauza  e  fes 
maintasbonas  chanzos  délia  e  tAt 
qant  ella  visqct  non  amet  autra 
dona  e  cant  ella  fo  morta  el  se 
croza  e  passet   outra  mar  e  lai 
moric. 


228 

EN  PONZ  DE  CAPDUEIL 

(=B.Gr.  379,2) 

I  (p  2Î4)  Si  ai  perdut  mon 

[saber 
Ca  penas  sai  on  mestau 
Ni  sai  donc  venc  ni  on  vau 

[ ]' 

5  E  son  daital  captenenza 
Qe  non  vueil  ni  pueisc  dor* 

[mir 
Nim  plas  viure  ni  morir 
Ni  mais  ni  bens  no  magenza. 
II .  E  per  pauc  non  desesper 
E  nom  rent  monges  a  lau 
0  nom  met  dinz  vna  frau' 
E'  com  nom  pogues  veser 
5  Car  traitz  son  en  crezenza 
Per  cella  quen  plus  dezir 
Qem  fai  sospiran  languir 
Car  mi  frais  ma  couinenza. 
III    Jamais  non  cug  ioi  auer 
Ni  estar  vn  iom  suau 
Pos  mi  doDz  ma  solaiz  brau 
Nim  toma  e  nonchaler 
5  Nen  sai  on  maia  guirenza 
Co  pltM  ieu  penz  e  consir 
Coil  pogues  en  grat  seruir 
Adoncs    creis   sa  maluolli- 

[enza. 
IV.  A  gran  tort  mi  fai  daler* 
E  si  eu  pendutz  en  trau 
Sanc  pois  segui  autresclau 
Pos  mat  5  près  en  son  poder 
5  Ni  fiz  en  dreig  leis  faillenza 
Mais  sol  daitan  so  malbir 
Car  la  tem  e  naus  bê  dir 


*  Le  même  texte  est  inscrit  une  seconde  fois  à  la  fin  dums.  au  /.  33  v*". 

*  /.  Ni  qem  fauc  lo  jom  nil  ser  —  ^  c,  en:  fiau   -  '  c.  en  :  En  —  *  L: 
doler  —  »  /.  :  mac 

15 


886  LE  CHANSONNIER  DE  BERNABT  AMOROS 


E  qar  U  port  beD  voillecza. 
V.  Per  ren  dod  puesc  estener 
Per'  nom  lam  e  non  la  lau 
Car  la  geczer  com  menlau 
Se  non*  anz  die  uer 
5  Ab  qe  prezea  peoedenza 
Delà  tuimenz  qem  fai  suffiir 
E  ses  dega&  conuertir 
Er  complida  sa  ualenza. 
VI.  Eu  aoD  aicel  qi  non  tëaxa 
Ab  midonz  ni  do  mazir 
Nira  sai  de  ren  eaardir 
Maa  de  zo  qa  leîs  agenza. 

229 

EN  PONS  DE  CAPDOILL 
(=  B.  Or.  326,  1) 

I.  Tôt  franchament.  dOaa  veng 

[deuant  voue 

Penra  comiat.  pertotz  tempa 

E  granz   mercea    car   anc 

[degneU  voler 

Qeum  '   tengueB  de  vostre 

[amour  plus  gai 

5[ ■ ]' 

Ben   es  razos  qe  ai  voletz 

Drut  dautra  gent  qeua  aap- 

[cha  maJB  valer 

Aisail   vos   salu.   ja   piegz 

Qant  aurem  pois  bon  aolatz. 

10  Et  estarem.  con  sant'  par- 
[lar  •  nO  foa. 


II.  (p.  21j}Maa  vos  cuidatE  car 

[ieu  aui  adiroa 

Caiaai  del  tôt  nous  o  diga 

MaB  dereoant  vos  o  farai 

[parer 

Car  ai  cbauzît  en  teia  cui 

[araarai 

5  E  uos  auetz  chauzit  si  con 

[Ieu  '  Bai 

En  lai  amir*  qeus  fare  de- 

[chaaer. 

&  eu  en  leis  qe  voil  pretz 

[manteoer 

Don  aappcha  '  jouens  e  de 

Si  lot  non  aea  de  locs  tan 

ïparatioa. 

10  Elaesbenplnabellaeplua 

(pros. 

III.  PerodoranatotitempaBerai 

Del    voatrafar    caisso   voil 

[retener 

Cane  noua   pognî  mètre  a 

[noncbaler 

Aieai  del  lot  enans  vos  aer- 

5  Fors  qe  lamais  voatre  drutz 

SI  bem    deueti  aoqura   lo 

Qe  promezelz  qan  oauriati 

[l.IT 

NoI  digpersaqeDeguusoia 
[no.  h.i 

Mas  seu  en  foa  agulz  anz 
[poderoB 


'  l.  :  Tant  quant  vi 


LE  CHANSONNIER  DE 

10  Tal  ora  us  '  qieu  '  fora  plus 

[ioios. 

IV    E  sil  virars  •  nil  pleuirs  de 

[nos  dos 
Pot  al  partir  del  amor  dan 

[tener 
Metam  nos  ambs  en  la  man 

[dun  preuer 
B  soluetz  men  qeu  vos  en 

[sol  ve  rai 
5  E  pois  poirem   amdui  daqi 

[en  lai 
Plus  leialment  nostr  amor 

[man  tener 
E  sanc  fetz  ren  qami  deia 

[doler 
Eus  en  p«rdon  tôt  zo  qa  mi 

[neschai 

Tôt  de  bon  tor.  *  questier 

[non  er  la  *  bos 

10  Si  de  bon  cor  non  es  faitz 

[lo  p«rdo8. 
V.  Mala  domna  tro  qem  fezes 

[gelos 


Ni  res  non  sap  lo  mal  qel 

[gelos  trai 
5  Ni  ren  non  sap  gelos  qe  ditz 

[ni  fai 
Ni  nuls  gelos   non  pot  en 

[luec  caber 
Gelos  non  a  pauza  matin  ni 

[ser 
Per  qe  vous  deu  plazer.  car 

[men  retrai 
Qassatz  va  miels,  a  celui 

[qes  lebros 


BERNART  AMOROS  227 

10  Qadonc  sauals  noi  son  tuit 

[adiros. 
VI.  Fe  qem  deuetz  sitôt  sui  adi- 

[rotz 

Prendetz  comniat  de  mi  qel 

[pren  de  vos. 

230 

EN  PONS  DE  CAPDUEIL 
(=  B.  Or.  372,  2) 

I.  Ane  mais  nuls  bom  non  fon 

[apoderatz 
Mas  eu  o  sui.  e  ren  no  sai 

[per  qe 
Qestiers  mon  grat  am  e  sui 

[desamatz 

Et  enaissi  ai  o  tengut  ancse 

5  Desqe  fui  tratz  "^  ni  sanp  esser 

[amaire 
E  follei  sols  et  eu  nO  puesc 

[estraire 

E  fuîg  mem'  pron.  totzjorns 

[e  sec  mon  dan 

E  fatz  esfortz  qant  eum  co- 

[nort  ni  cban. 

II.  {p  2ÎÔ)  Pero  tan  es  la  so 

[umilitatz 
E  la  lauzors  qe  tota  gens 

[en  te 
Qeu  anc  non  puec  tant  esser 

[sos  priuatz 
Cane  mi  valgues  cbauzimenz 

[ni  merce 

5  Ni  nul   conort  dom  mala- 

[dors^  sesclaire 

Mas  bran  respos  cais   qeu 

[lai  mort  son  paire 


>  /.:  Tî  —  »  c.  en:  qien  —  »  i.  :  iurars  —  *  i.  :  cor  —  »  c.  en  :  ja  —  «  lacune 
indiquée  dans  le  ms^ 
'  /.  :  natz  —  •  i.  :  mon  —  •  i.  :  dont  ma  dolors 


[ 


228 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


E  qan  la  prec  élan  fai  un 

[semblan 

Qe  no  menten  plus  qe  un 

[alaman. 

III.  Pero tantes mos  pensamenz 

[onratz 

Qel   maltragz    val    dautre 

[soiorns  ganre 

Tarn  es  valenz.  cela  cui  mi 

[sui  datz 
Qe  nO  a  par  en  tant  quant  le 

[monz  te 
5  La  genzer  es  qe  anc  nasqes 

[de  maire 
B  la  meiiler  zo  aug  a  totz 

[retraire 
Per  qeu  non  lauz.  descubrir. 

[mon  telan 
Mas  per  solatz  can  li  autre 

[en  chan. 

IV.  Mas  seu  follei  per  lei  tôt 

[mes  viutatz 
E  voil   suffrir   lo    mal  em 

[patz  el  ben 
Com   non  es  finz  ni  drutz 

[enamoratz 
Ni  es  forsius.  qe  tan  leu  se 

[recre 
5  De   sa   domna   ni  no  sap 

[damor  gaire 
Cane  ses  afan  rie  gazain  no 

[vi  faire. 
Ai  las  qai  dig  sentirai  de 

[leis  dan 
Con  plus  mi  fai  languir  plus 

[la  reblan. 
V.  Al  valen  rei.  *  de  pretz  coro- 

[natz 


Sobrautres  reis  e  qi  miels 

[se  capten 
On  finz  lois  nais  e  '  reuouel- 

[latz 
Joi  e  iouenz  ten.  vai  chanzos 

[de  se 
5  En  aragon  on  prendon  tuit 

[repaire 
Bon  faig  valen  qe  francs  reis 

[deia  faire 
E  saludan  de  perpigna  enan 
Cel  0   celas  qe  damor  an 

[talan. 
VI.  Pero  tant  es  bos  mos  pensa- 

[menz  honratz 
Qe  de  ren  al  mas  de  leis 

[nom  soue 
E  SOS  près  es  tan  fis  e  tant 

[poiatz 
Qesser  cug  reis  de  ioi  can 

[me  soue. 

231 

EN  PONS  DE  CAPDUEILL 
(=B.Gr.  375,13; 

I.  Lamoros  pensamenz 
El  ries  volers  auzatz 
Qeu  ai  dOna  valenz 

De  vostramor  mi  platz 
5  Mil  tanz  qe  neguns  dos 
Qauti*a  far  mi  pogues 
Car  ben  sai  quamors  mes 
Vengan  mi  danz  o  pros. 

II.  {p,2l7)  Qals  digz  de  totas 

[gens 
El  ^  vostre  cors  onratz 


*  /.  :  rei  qes  —  *  /.  :  et  es. 

•  Voyez  le  texte  publié j)ar  M.  M,  v.  Napolski  dans  son  ouvrage:  Leben 
u.  Werke  des  Trobadors  Pons  de  Capduoill.  Halle  1880  p,  55  s. 

«  /.  :  Es 


LE  CHANSONNIER  DE   BEHNAHT  AMOROS 


229 


Pros  dompnet  auinens 
Tant  humils  tan  prezatz 
5  Tant  fiz  tant  cars  tant  boa 
Tant  adregz  tant  cortes 
Qe  caps  ea  de  totz  bea 
Sol  mels  1  nO  fos. 

III.  Donca  per  qei  es  iouentz 
Valors  ni  gais  solatz 
Honora  e  pretz  e  aenz 
Cortezi  e  beutatz 

5  Eil  lautraib  cabalos 
Et  anc  noi  fo  merces 
Pos  ieu  non  '  truep  ges 
Qi  fui  tant  fiz  vas  vos. 

IV.  Qom  liais  o  temenz 
Sufriz  lafan  em  patz 
E  non  fui  recrezenz 
Nim  vir  uas  antres  latz 

5  Ni  no  fui  poderos 
Pos  i  aie  mon  cor  mes 
E  car  sui  vostre  prez 
Faitz  mi  bonas  preizos. 


232 

PONS  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Or.    375,  4) 

I .  Ben  es  fols  cel  qi  reigna 
Loncs  '  temps  ab  seignjor 
Don  ia  bez  non  lauegnia 
Senz  mil  tanz  de  dolor 

5  E  qi  per  ben  mal  pren 
Tain  qe  iois  li  sofraignia 
E  granz  mais  lien  remai- 

[gnia 
Saber  pot  veramen 
Casaz  a  de  qes  plaignîa. 


II.  Per  so  plaing  e  mon  laignia 
E  qar  sui  lialmen 
Damor  qim  fo  estraignia 
Em  trais  malamen 
5  Sabetz  per  qe  m  air 
Qel  bon  qe  faig  mania 
Mi  tolc  e  fei  ^  bauzia 
Qom  non  dei  enreqir 
Lo  sieu  e  pois  laucia. 

III.  Ben  ses  amors  traia 
Qamar  ^  e  seruir 
Et  onrar  la  sabia 
Miels  dautre  obezii*. 

5  E  celar  senz  enian 
Mas  mal  es  sacoindanza 
Qom  non  a  benananza 
Qe  pois  non  torn  a  dan 
Per  qieu  •  par  ^  mesperanza. 

IV.  Tant  es  granz  la  rancura 
Per  qieu  >  sui  iratz 

Qe  bos  pretz  en  peiura 

E  gaiesce  solatz 

5  Pero  ades  esper 

Se  tôt  mos  cors  sesmaia 

Câpres  lira  meschaia 

Tais  iois  qim  deig  plazer 

Sol  finamors  nom  traia. 

V.  Tant  pauc  voil  sacordansa 

Qab  dreig    leis   plus    non 

[blan 
Quna  gentil  qenanza 

Son  valen  pretz  prezan 

4  On  es  sens  e  beutatz 

Ab  gran  bona  ventura 

Si  qa  totz  iorns  meillura 

Mas  ab  tôt  so  noil  platz 

Namors  '  ni  non  a  cura. 

VI  (p,  218)  Mon  andrieu  fai 

[valer 


M.  :  m.  merces  —  *  /.  :  non  la. 

'  /.  :  Perl.— ^c.  en  :  f  e —  *  /.:  Qararaar— «  c.  en:  qien  — ^  /.  :  part  — 
•  /.  :  q.en  —  •  /.  :  Samors 


230  LE  CHANSONNIER  DE 

Fina  valor  veraia 
E  lois  qes  coind  e  gai  a 
Las  qeu  non  auz  *  vezer 
5  Tan  tem  qamor  no  maia. 
VIL  Bem  puesc  damor  tener 
Qel  danz  qai  près  mesglaia. 

233 

EN  PONS  CAPDUEIL 

(=  B.  Gr.  375,7) 

L  De  totz  chaitius  sui  en  aicel 

[qi  plus 
Ai  gran  doior  e  suffris  gran 

[turmen 
Per  qieu  volgra  mûrir  e  fora 

[gen 
Qieu  maucizes  pos  tan  8ui 

[esperdutz 
5  Qe  viure  mes  marrimenz  e 

[esglais 
Pos  morta  es  ma  dOna  naa- 

[lais 
Greu  pensar  fai  lira,  nil  dol 

[tal  dan 
Mors  traiheris.ben  vos  puesc 

[en  ver  dire 

Qe  non  poguest   el  mont 

[meillor  aucire. 

IL  Ai  coo  fora  guéri tz  e  ereu- 

[butz 
Sa   dieu  plagues  qieu   fos 

[premeiramen 

Morz   laz   chaitiu   no   noil 

[mail  >  loniamen 

Viure  après  lei  ren.  p«rdona 

[me  sus 
5  Siegnier  dreiturers  e  verais 


BERNART  AMOROS 

Sabiatz  la  crist  non  la  sobre 

[toillatz 
Larma  rendes  sain  peire  e 

[sain  ioan 
Qe  tuit  si  ^  ben  i  son  com 

[puesca  dire 
E  de  totz  mais  la  pot  hom 

[escondire. 

III.  Seignier  ben  la  deuem  pla- 

[gner  chascuns 
Cane  no  fo  hom  veges  tan 

[auinen 
Qil  auia  tam  bel  captene- 

[mea 
Que  val  beutatz  ni  bos  pretz 

[mentaubutz 
5  Ni  qe  val  senz  honors  ni 

[solatz  gais 
Gen  acaillirs  de  nuls  certes 

[esais 
Ni  que  valon  franc   dig  ni 

[faig  prezan 
Segle  dolen  de  bon  cor  vos 

[aire 
Moût  vales  pauc  pos  lo  miels 

[nés  a  dite. 

IV.  Jois  e  deleitz  e  iouenz  es 

[perdutz 
E  totz  lo  morz  *  es  tornatz.  e 

[nien 
Qar  comt  e  duc  e  maint  baro 

[valen 
Neran  plus  pron  ar  no   la 

[ve  negus 
5  E  mil  donas  valion  per  lieis 

[mais 
Mas  ar  podem  saber  cab  nos 

[sirais 
Nostre    segnier.  qi   la   fes 

[valei*  tan 


»  L  :  lauz  —  «  c.  c«  :  uoil  mais  —  »  /.  ;  u  —  4  /.  : 


monz 


LE  CHANSONNIER  DE 

Caissi  nos  vole  tolre  solatz 

[e  rire 
E  doQar  mais  dafan  e  de  cos- 

.  [sire. 
V.  Ai  cals  danz  es  de  mi  donz 

[nazalais 
Non  pusc  als  far  mas  de  totz 

[iois  mi  lais 
E  prenc  comniat  de  cbantar 

[dorenant 

E  plaing^  e   plor  e   maint 

[coral  sospire 

5  Man  mes  per  lieis  en  engoi- 

[zos  martire. 
VI.  Amies  nandrieu  chamiatson 

[mei  dezire 
Ni  ia  damor  non  serai  mais 

[seruire. 

234 

[EN  PONS  DE  CAPDEIL] 

(=  B.  Gr.  375, 18) 

I.  (p.  219)  Qui  per  nescicui- 

[dar 

Fai  trop  gran  failli  mon 

A  dan  li  deu  tomar 

E  sa  me  mal  ne  ^  pren 
5  Ni  ma  donnam  det  iai  ' 

Ben  tain  qar  tal  folia 

Ai  faig  per  qe  deuria 

Morir  dirae  desmai. 
II.  E  sieu  per  sobramar 

Ai  teignat  *  follamen 

Ni  per  mi  donz  proar 

Si  nagral  cor  iauzen 
5  Sil  ferm  voler  qieu  ai 

De  leis  seruir  partira  ^ 


BERNART  AMOROS 


231 


Ar  conosc  qeil  plairia 
Ver  qai  fag  fol  essai. 

III.  Enaissim  fai  trobar 
Neis  tôt  lo  cor  el  sen 
Qe  can  cuig  ergoil  far 
Totz  mê  torn  e  nien 

5  E  ges  de  ben  nO  fai 
Cam  '  mos  cors  sumelia 
Orgueil  ni  cortezia 
Jois  de  lieis  non  matrai. 

IV.  Mas  ieu  non  i  ai  par 
Mon  cor  ni  mon  talan 
E  sautram  vos  •  onrar 
Gratz  e  merces  len  ren 

5  £  tostemps  o  farai 
Qi  es  tiers  ai  qi  mauciria 
Mon  fin  cor  nom  partiria 
Del  rie  luec  ont  estai. 
V.  Domnal  genser  qieu  sai 
Mais  vos  ara  senz  bauzia 
No  fes  tristanz  samia 
E  nul  pron  non  ^  ai. 


235 

EN  PONS  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Or.  375,  22) 

I.    So  quom  plus  vol  e  don  es 

[plus  cochos 
E  so   com  a  dezirat  ni  ten 

[car 
Deuem  chascuns  relinqir  e 

[laîssar 
Qar  ben  sabem  qe  luecs  es  e 

[sazos 
5  Qel  ries  seignier  qes  leials 

[perdonaire 


'  /.  :  en  —  •  /.  ;  dechai—  •  /.  :reignat  —  ♦  /.  :  partria  —  s  /.  .-  Can  — 
•  /.  :  vol.  —■'/.:  non  i. 


LE  CHANSONNIER  DE  BEBNART  AHOR05 


Rei  de  mercfla.  dretarera  e 

IV.  (p.MO)Qiqerflmangaiiiai' 

[voluntien  ' 

Aoem  aeniir  qel  nos  fea  de 

Qom  non  pot  gea  lo   ben 

[Bien 

[goiardonar 

-t  per  noBtre  sa- 

Qe  dieua  na  fag  d!  loa  tortz 

[luamen. 

[emeadar 

lenaaber.  qelfes 

Per  qieu  li  prêt  '   aiaai  com 

[per  DO, 

[ea  pido» 

t  deapinaa  coro- 

5  Qil  *  clam  merce.  aisai  coq 

[mr 

[fea  lo  laire 

ir  e  de  fel  abea- 

E  uailha.  noa  )a  aoa  douza 

[rar 

[merce  » 

irnsdelaieusanc 

E  aamiioaninoBvailhaeia- 

[precioB 

[aamen 

lu  qa  mal  fan  lor 

Coaai   vezAiIi    aqesU    falaa 

[afaire 

[gea. 

ïBn  e  cuidan.  sni 

V.  Sil  qe  aaboa  las  leïs  et  laa 

[sobatraire 

[leUao 

iz  lur  terras  fal- 

E)3  mala  ela  ben  noi  voilloo 

[aamen 

[gea  annar 

D  auer  al  iutia- 

[men. 

[deaeretar 

nnon  er  sauisoi 

Mais  creatiaaz  qe  sarrazinz 

[proa 

[fêlions 

pot  luaa  en  lau- 

5  E  ai  parlatz  diraua  vos  es 

[tre  flar 

[pechai,-e 

.  hom  qe  d5  pot 

E  cil    qea   fan  dels    uutie 

[plus  durar 

(predicaire 

caremaDranuer- 

Deuon  e  si  predicar  eiat^a 

[goignoa 

[mer, 

>  ail  seglea  djra 

Maa  cobeitatz  toi  la  cleriel  '« 

[gaire 

[aen. 

itz  lo  reis  e  lem- 

VI.  Cel    darragoD   franc    rei    e 

[p«-ai.e 

{debonaire 

i  guerreian.  per 

E  sei  DOS  "  dieu  do  bon  cor 

[argen 

[humilmen 

'  lor  fail    breu- 

Eati   ab  voa  e  toig  die„m 

[mm. 

[amen. 

.  :  lerra  ai  tôt  — 

I  c.  en  ;  r.  iou  irai  —  W.  :  voluntos 

,  :  EN  —  '  (.  :  maire 

—  •  /.  :  sai  —  •  /.  :  qama  —    i»  /.  ; 

LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  AMOROS 
236 

EN   PONZ  DE  CAPDUEIL 


233 


(=  B.  Gr.  375,  U) 

1.  LeiaU  amies  oui  amore  ten 

[ioios 
Deu   bon    esser  alegres  e 

[iauzenz 

Lares  et  adreigz.  arditz  et 

[amoi'os 
Era  qan  par   lo  gais  ter- 

[minis  gen 
5  Qi  fai  las  flors  espandirper 

[la  plaigna 
El  rossigniol  chantar  iostal 

[ver  foilh 

Mas  ieu  non  am  sos  douz 

[chanz  tant  can  soil 

^'oz  mi  doDZ  ^  qe  totz  iois  mi 

[sofraigna. 
il*  Fero  ben  sai  qe  es  dreitz  e 

[razos 
Qe  cel  qi  es  amoros  e  pla- 

[zenz 
Deu  esser  brauz  e  de  plus 

[mal  respos 
Pos  non  li   val  merces  ni 

[chauzimen 
5  Pos    ma   dona  mes  mala 

[e  estraignia 
Leu  { ot  trobar  en  ir.e  mal 

[e  orgueil 

Ja  non  roaura.  si  nom  vol 

[tan  can  voil 

Quen  ren  no    fai  semlilan 

[que  de  mil  taigna. 

III.  Totz  malmenatzsuieufizeU 

[ebos 
E  volgra  far  tôt  son  coman- . 

[damé 


Qel   sieus  ries   c  >rs  es  lo 

[meiller  cane  fos 

Sol  qe  vas  mi  fos  fizel  ni 

[plazen 
5  Qe   farai  doncs.  seu   vauc 

[o  si  remalgna 
Amors  tostemps  maues  mos- 

[trat  orgueil 
Fols  es  qi  pert  per  zo  qe  nO 

[  gazai  gna. 

IV.  (p.  22 î)  Non  die  ieu  ges  qe 

[tostemps  si  us  nO  fos 

E  nO  fezes   tôt  son  comâ- 

[damen 

Si  tôt  non  tain   sos   genz 

[cors  orgoillos 

Mas    si  tôt   es    amoros    e 

[plazens 

5  Francs  e  bumils  e  dauinen 

[compagnia 
Ja  nom  aura  si  nô  vol  tôt 

[qant  voil 
Ailaz  qem  val   si  lam  o  si 

[men  toil 

Qen  rê  non  fa  paruen.  qe 

[de  mil  laignia. 

V.  Per    so   nés  tau   marri  tz    e 

[eonsiros 

Qar  anc  lamei  ni  falli  tant 

[mon  sen 

Car  per  vn  ioi  don  no  soi 

[poderos 

Soan  aillors  tôt  autre  iauzi- 

[men 

5  Aissi  non  sai  conseil  ab  qe 

[remaignia 

Qautra  nom  plaz  ez  il  mi 

[desaeoil 

Mas  lieis  nô  qal  sim  pert  per 

[qieu  nom  doil 


>  2.:<loDz  plai. 


234 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Ni  de  saraor  non  ai  cor.  qe 

[me  plaignia. 

VI.  Amers  lonc  temps  ai  estât 

[em  bretaignia 
E  faitz  pechat  qar  mi  mos- 

[tratz  orgoil 
Sieu  plus  qe  tuit.  lautrama- 

[dor  vos  voil 

Ni  mais  vos  am  es   doncs 

[dreitz  qe  men  plaignia. 


237 

EN  PONS  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Gr.  194,  6) 

I.  Entantaguizammenaamors 
Qa  penas  sai  sim  dei  chan- 

[tar 
0  si  dei  plagnier  o  plorar 
Tant    mi    don  *    gaugz    e 

[dolors 

5  Pero  sel  volgues  dreit  iutiar 

Mais  vai^  mais  qe  bes   e 

[maiors 
Mas  tan  am  finatnen 
Qel  mal  teing  a  nien 
E  grazis  e  enanz 
10  Los  bens    per   qem    platz 

[chanz. 
II.  Bona  donna  près  e  ualora 
E  corteziab  gent  parlar 
Oils  rizens  amoros  e  clar 
E  beutat  ab  fresca  colora 
5  E  agrat  don  nô  aues  par 
E    totz    bos    autres    faigz 

[meillors 
Vos  fan  enteiramen 
Sobre  totas  valen 
Per  qieu  soi  ben.  amanz' 


10  Damors  dd  soi  clamanz. 

III.  Loigniat   maues    sospirs   e 

[plors 
Ab  pés  e  ab  merces  clamar 
Per  zom  deuetz  tener  plus 

[car 
E  loigniar  fegniens.  preia- 

[dors 
5  Qe  domna  deu  ben  esquiuar 
Los  bruids  dels  fais  deuina- 
Car  per  un  maldizen  [dora 
On  fols  semblan  senten 
Si  leuon  bruid  tan  granz 
10  Camors  en  sembl  enianz. 

IV.  {p.  222)  Qes*  gent  de  tos 

[amadors 
Can  fan  zo  qes  tain  ad  amar 
Ni    hom    nos    deu    damor 

[doptar 
Qe  lai  on  blasmes  e  follors 
5  No  0  toi  sen  sobra  non  par 
Qe  greus  es  de  doas  colors 
Cors  ni  faitz  loniamé 
Sabetz  qem  vai  voluen 
Tem  qe  si  al  talanz 
10  Lai  on  vei  los  semblanz. 

V.  Aissora  toi  enuegz  e  paors 
Qim  fazian  deaesperar 

E  de  vos  partir  e  loigniar 
E  preiar  si  pogues  aillors 
5  Mas  tan  gent  sabes  emendar 
El  sen  triar  de  las  follors 
Car  aman  e  sufren 
E  celan  e  temen 
Vos  conqerrai  enâz 
10  Cab  mal  ni  ab  bobanz. 

VI.  Na  maria  souen 

Magradal  pretz  valen 
Qe  mais  dei  trauetz  ^  tanz 
Qe  noi  a  obs  mos  chanz. 


ï  L  :  dona  —  «/.  :  nai  —  »  /.  :  s.  benananz  —  ♦  /.  :  Et  es  —  */.  :  daltrauetz 


LE  CHANSONiNlER  DE  BERNART  AMOROS 


235 


238 

EN  PONZ  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Gr.  375,  l) 

I.  Aissi  mes  près  con  cellui  qi 

[cercan 
Vai  bon  seignior  en  essaia 

[gan  re 
Qe  tuit  lonroD  eil  fan  volon- 

[tier  ben 
E  chauzis  nnn  tôt  sol  qe  ren 

[nol  blan 
5  Nil  fai  honor  estiers  qar  la 

[voil  gen 
E  qar  lo  sab  sobre  totz  plus 

[valen 
Amal  mil  tanz  mais  em  per- 

[don  seruir 
Qals  autres  totz  de  qe  si  pot 

[iauzir. 
IL  E  es  razos  e  dreigz  al  mieu 

[semblan 
Corn  lo  meillor  am    meils 

[p«r  bona  fe 
Si  tôt  noil  val  fols  es  qi  sen 

[recre 
Mas  seruacles  *  e  ia  rô  non 

[deman 
5  Qe  ben  qier  hom  a  seignior 

[conoissen 
Qi  lonrel  ser  doncs  sieu  lam 

[finamen 
Midonz  cui  son  bem  degra 

[iois  venir 

Qel  genzer  es  com  puesc  el 

[mon  chauzir. 

111.  Si  tôt  mauci  de  bon  cor  senz 

[eniau 
Làm  rent  sil  platza  sa  fran- 

[cha  merce 


Cane  pos  la  ui  non  aie  po 

[der  e  me 
Mas   damar  lieis  e  de  far 

[son  coman 
5  Tant  can  la  vei  mi  tel  ve- 

[zers  iauzen 
Ë  can  men  part  son  en  tal 

[pensamen 
Qen  ch&t&  plor  em  vol  lo 

[cors  partir 
Enaissim  fai  samors  viure 

[e  monr. 
IV.  (p,  22S)  Dieus  qe  la  fe  tan 

[belle  tan  prezan 
Li  salu  eil  gar  lo  bon  pretz 

[qil  mante 
Qe  non  a  hom  tan  dur  cor 

[si  larcx  * 
Noil    port  honor.  aissi  vai 

[melluran 
5  Tôt  cant  comes  ab  valor  ^ 

[ab  sen 
Abeillir  fai  sos  f  aitza  tota  gen 
E  als  meillors.  si  sap  miels 

[far  grazir 
En  totas  res    si  garda   de 

[faillir. 
V.  Tant  fort  concis  tôt  can  les 

[benestan 
Per  qieu  soi  mortz  si  de  me 

[noil  soue 
E  s&c  amors  ac   nuil  poder 

[en  se 

Pos    mi    destreing    forces 

[lieis  sol  daitau 

5  Qe  non  li  enueg  si  lenqier 

[humilmen 
Qe  nom  faza  mûrir  tan  Ion- 

[gamen 
Qil  chant  e  ri   e  ieu  plaïg 

[e  sospir 


>  /.  :  seru  ades  —  *  /.  :  la  ve  —  *  /.  :  coue  ab  v.  et 


236 


LE  CHANSONNIER  DE 


Eo  pert  souen  lo  maniar  el 

[dormir. 
VI.  Bels  cors  cortes  per   vos 

[lais  veramen 
Rie  ioi  daillors  e  de  uos  non 

[laten 

E  ges  per  tan   non  puesc 

[mon  cors  partir 

Qe   mais    e  miels   vos  am 

[qieu  non  sai  dir. 

VII.  Naudiartz  am  pel  bon  pretz 

[qieu  naug  dir 

Mon*    andreu     rei^     totz 

iorns  enantir. 

239 

EN  PONS  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Gr.  375, 19) 

I.  Sanc  fiz  ni  dis  mullja  sazon 
Ves  vos  enueg  ni  faillimen 
Ni   passei   vostre    manda- 

[men 
Ab  franc  cor  '  humil  e  bon 
5  Vos  mi   don  bella   douza- 

[mia 
Km  part  de  lautrui  segnio- 

[ria 
E  remanc  en  vostre  merce 
Qalqem  fassatz  o  mal  o  be . 

II.  Per  aital  couen  vos  mi  don 
Qieu  non  ai  poder  ni  talen 
Qe  men  parta  al  mieu  viuen 
Camors  *  en  vostra  preizon 

5  Mas  qar  etz  la  meiller  qe  sia 
E  auetz  mais  de  cortezia 
Qel  plus  vilas  es  can  vos  ve 
Cortes.  eus  porta  bona  fe. 
III.  Bem  pogras  trobar  ochaizon 


BERNART  AMOROS 

Mas  tant  vos  sai  don  a  valen 

Franch  e  humil  e  conoissen 

Per   qieus   qis  franchamen 

[perdon 

5  E  tem   vos   tan   qals  nous 

[qerria 

Mas  senz  enian  esenz  bau- 

[zia 

Vos  am  eus  amarai   iasse 

E  tôt  qant  vos  plai  voil  e 

[cre. 

IV.  (p,  224)  Doncs  pos'nous  auz 

[qerre  mon  pron 

E  son  vostre   sers  leialmen 

Ben  faretz  mais  de  chauzi- 

[men 

E  doblares  lo  guizardon 

5  Sim   donatz    so    qieu  pla« 

[volria 

Senz  preiar  qaital  compaî- 

[gnia 

Nos  part  cant  senz.  prec 

[sesdeue 

Can  s  ^  fis  cors  ab  autre  saue. 

V.  A  penas  sai  dir  hoc  amors 

Can  no  vei  vostre  gai  cors 

K  humil  e  couinen      [franc 

Sim  espert  mon  nai  ben  ra- 

[zon 

5  Qe   totz  lautre  monz   non 

[poina 

Tener  nul  pron.  si  nous  ve- 

[zia 

Ni  sens  vos  non  puesc  auer 

[be 

Per  qieus  er  gen   sius  en 

[soue. 

VI.  Beutatz  e  valors  e  coindia 

Dona  creis  en  vos  chascun 

[dia 


W.  :  E  m.  —  n.  :  vei. 
3  Z.  î  G.  e  —  •  /.  :  G.  ma  —  »  c.  en  ;  Tans 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AM0R05     237 


E  prec  dieu  qel  don  mal 

[astre 
Totz  cela  canloigniat  voa 

[de  me. 

VII.  Naudiartz  pam*  on  qe  aia 

Voil  sa  coindiae  sa  paria 

Câpres faig  enan  de'  mante 

Tôt  zo  qa  valen  pretz  coue. 

240 

EN  PONZ  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Or.  375, 10) 

I.  Humils  e  francs  e  fiz  soplei 

[vas  vos 
Âb  leial  cor  bona  donna  va- 

[lenz 
Qar  etz  meiller  del  monteii 

plus  plazens 

Eplus  gentils  e  plas  fran- 

[che  plus  pros 

5  E  genser  e  plus  gaia 

Per  qien  vos    am  ia  altre 

[pro  noi  aia 
Tan  finamen  qe  d&ltre  nom 

[soue 

Neis  '  cant  prec  dieu  donc 

[oblitper  vos  me. 

II.  E  mais  al  cor  vei  en  totas 

[sazos 
La  bêla  bocha  els  oils  clars 

■"e  rienz 
El  gai  solatz  els  bels  digz 

jimnenz 
E  vostre  cors  qu€B  tant  cars 

[e  tant  bos 
5  Non  crezatz  qu^m  nestraîa 
Cons  dooz  dezirs  mi  ten  gai 

[e  mapaia 


E  non  ai  plus  ni  non  i  trop 

[merce 

Mas  tant  valetz  qel  mais 

[val  dautras  be. 

III.  Nuil   autramors  nom    pot 

[faire  ioios 
Simpreiauon  dautras  dOnas 

[sine  cenz 
Cab  vos  son  fadatz  liS  plus 

conoissenz 
Tan  son  cortes  li  semblan 

[eil  respos 
5  Qen  tan  qan  soleill  raia 
Non  a  dona  cui  tan  ries  fatz 

[seschaia 
Ni  miels  fassa  zo  qa  bon 

près  coue 

Doncs  son  astrucs  qar  vos 

am  e  vos  cre. 

IV.  (p.  22S)  AdreiU  cors  genz 

[benestanz  amoros 
Nom  auciatz  vaillam  francs 

[chauzimenz 

B  leiautatz  e  fin  amers  qim 

[venz 

El  bens  qen  die  e  merces  e 

[perdos 

5  Nom  voilliatz  qieu  dechaia 

Qel  loncs  espers  el  dezirers 

[mesglaia 
Bona  dona  sol  en  dreg  bona 

[fe 
Mi  donatz  loi  corn  peitz  trac 

[nom  recre. 
V.  Si   rais    daitan    son    bon  ^ 

'auenturos 
Car  §ieu  en  muor.  autres  non 

'veria  rizens 

Anz  faitz  mentir  lo   bruig 

'dels  malidiz^ens 


*  c.  en:  pain  —  «  c.  «  :  «une  e.—  '  f.  «i  :  Ucis—  •  /-  :  fc^n 


SlO  1.&  CHANSONNIER  DE 

A  cui  mera  rendutz  de  boQ 

Tro  qieu  cognois  ea  leia  un 

[fol  uzatge 

Abqem  dechai  emacambiat 

II.  Agut  ma  ia  per  leial  aerui- 

[dor 

Msa  Ua  la   uei  adonar  ab 

Per  qe  samors  nom  mi  plas 

[deren.an 

Niim  '  pot  far  be  qe  ia  ma- 

[gues  aabor 

5  E  paîtrai  men  qaieaim  veo 

[dagratdage 

Pos  ellaa  part  de  bon  pretz 

[eUsamen 

E  ieu  maloing  teoer  alCre 

[viatge 

On  reataure  ïo  dO  ma  faig 

[perde n. 

ni.  Ben  sai  aim  part  de  leia  nim 

[vir  aillor 

Qe  non  1er  greu  ni  nO  ao 

[len  a  dan 

Mas  si  cuigieuaabere  valer 

[tan 

Cùssi  con  Bueil  eDanzar  aa 

[l,.zor 

5  Li    aabria   p«rchasaar    aon 

[dipoatge 

Pero  lais  meD  endroit  moQ 

[chauzimen 

Qar  assatz  fat   qi  de  mal 

[aegniorBtge 

Si  sap  partir  ni  loigoiar  bo- 

[nameo. 

"  men  part  mas  can 

[coaair  lerror 


BERNART  AUOROS 

El  dan  cai  pre»  el  destric 

[leia  comaa 

Hai  com  roagra  trobat  aeni 

Qeil  seniira  e  tengra  en  dou- 

5  No  poBC  mudar  qe  nom  sia 

[aaluatge 

Aiaaim  cooort  qaazit  ai  dir 

[aouen 

Cades  pasaom  primier  p«r 

[lo  folatge 

I!  poia  taing  ben  qom  aan 

V,   Haicon  cuiei  fos  dinz  daital 

CoD  aparec  de  foras  peraem' 
[bl, 

&  enaissi  con  il  a  beutal 
[grao 

E  con  val  mais  gardes 

5  &  eiiaisai  con  es  de  bel  ea- 

[tatge 

Degra  en  ae  auer  retenimen 

&    enaiasi  coa   ea    dauaaoi 

[paratge 

Contra  son  ^retz  temsea  fai 

[faillimen, 

VI.  Ja  non  degra  beulatz  far  son 

[estatge 

Ni  remaoer  en  dona  altra 

[nen' 

Si  non  gardes  Honor  en  aoi 

[paratgi 

EnO  aguea  en  se  retenemeo, 


l.  :  Nim.  —  '  l.:  allramen. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS     241 


244* 

EN  PONS  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Or.  375, 24) 

I .  (p.  228)  Tant  mi   destrein 

[uns  desconortz  qim  ve 

Qab  pauc  non  moiz  ^  desmai 

Te  de  cossiro 

Qera  nO  sap  qim  so  ni  vol 

[mora  be 
La  res  cl  mon  qieu  plus  am 

[e  dezire 
5  Et  a  razon  cane  tan  gran 

[faillimen 
No  fes.  nuls  hom  qames  tan 

[finamen 
Mas  per  paor  de  falsa  gent 

[sauaia 
Ai   estât  tan  de  vezer  son 

[cors  gen. 

II.  Pero  tan  sai  son  verai  pretz 

[valen 
Per  qai  respeig  qenqeras  mi 

[atraia 
Humiltatz*  merces  e  chau- 


[zimen 


Tan    es    valenz   e   bella  e 

[coinde  gaia 
5  Anqeraura  del  sieu  francha 

[merce 
E    non    créa    son    coi*  cab 

[leial  fe 
Serai    tos temps  sos  hom  e 

[sos  seruire 
Malgrat  dels  fais  qeil  dizon 

[mal  de  me. 
m.  Qe  cortes  fai  cel  qi  conois 

[en  se 


Colpa  cant  la  per  qieu  noil 

[aus  desdire 
Mas  en  roidonz  ve  qe  nos 

[fail  en  re 

Nim   pot  auer  tort   e  vol- 

[gues  maucire 

5  Qen  leis  amar.  ai  mes  lo  cor 

[el  sen 
K  si  tôt  ill  nom  ama  nim 

[consen 
Si  vais  daitan  mi  reuen.  e 

[mapaia 
Qe   nulz   amanz  non  al  ioi 

[qieu  naten. 
IV.  Las  qe  farai  si  de  me  noil 

[soue 

Quar  si  nom  val  donar.  ma- 

[greu  martire 

E  il  sabran   lo  uer  si  no 

[mencre 
Qen]  telan.  ai  qe  me  mezeis 

[nazire 
5  Daital  guiza  qil  naura  mar- 

[rimen 
Qar  sens  samorteing  lo  mon 

[a  nien 
Ben  a  raizon  qem  coufondem 

[dechaia 

Em    teignia   vil  si  de  leis 

[mal  mi  pren. 

V.  (hanzos  vai  tcn  a  mi  donz 

[qim  mante 
E  digas  li  qeil  soueigna  de 

[me 
Qar  mil  aitanz  val  mais  qieu 

[non  sai  dire 
Honors  e  pretz  qant  sacord 

[ab  merce. 


Voyez  le  texte  publié  par  M,  M,  v,  Napolski,  dans  son  ouvrage 
Lebcn  o.  W.  d.  Trob.  P.  de  C.  p.  80  s.  —  «  c.  eîi  :  moir  — «  l  :  Hurai- 
UUtz. 


16 


242 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  AMOROS 


245 

EN  PONS  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Gr.  375,  25) 

I .  Tuit  diten  qel  temps  de  pas- 

[cor 
Son  plus  alegre  plus  iauzen 
Qan  lauzel  chanton  finaipen 
E  vei  hom  de  main  tas  colors 
5  Los  vergiers  florir  e  foilliar 
Ben  sen  deu  hom  miels  ale- 

[grar 
Qi  ama  sens  cor  trichador 
E  es  amatz  mas  cel  cui  non 

[apaia 

Jois  ni  anr.ors  noil  tem  pron 

[fiors  ni  glaia. 

II.  (p.  B20)  Pauc  val   totz   lo 

[mons  ses  amor 
Per  qieu  iai  mes  flnamen 
Lo  cor  el  saber  el  talen 
Miels  de  negun  altramador 
5  Qar  si  ma  em  poder  bem  par 
Qieu  non  puesc  de  ren  als 

[pensar 
Per  som  fes  chauzir  la  gen- 

[zor 
Alei  de   si  *  ma  voluntatz 

[veraia 

Doncs  pos  tant  val.  non  crei 

[qel  sieu  dechaia. 

III.  Aissi  com  hom  tenc  per  sei- 

[gnior 
Alizandre  de  tota  gen 
Dizon  tuit  qil  es  veramen 
Sobre  totas  caps  e  valors 
5  Azautz  e  pretz  lam  fai  amar 
E  qi  ben  ama  deu  gardar 
En  amor  adzaut  et  honor 


Per  qieu  mill  ren  ia  plus  de 

[pro  nol  aia 
A  leis   dessi  ma  voluntat 

[veraia. 
IV.  Mais  voil  morirqem  virail- 

[lor 
Quns  francs  esgartz  doutz 

[e  plazen 
Qem  feiron  sei  bel  oill  rizen 

[ ] 

5  Sai  ont  estauc  prez  conortar 
Qar  sol  mant  degnat  esga- 

[rar 

Man  gitat  desmai  e  derror 

Merceslin  rend  .carfaisem- 

[blan  qeil  plaia 

Mos  bes  el  danz.  Ihes  enois 

[el  esmaia. 

V.  Hai  valens  domna  cui  adzor 

Prendaus  de  me  francs  chau- 

[zimen 
E  sanc  fiz  vas  vos  faillimen 
Merce   vos  clam  ab    gran 

[temor 
5  Qel  fiz    pretz  qeus  mi  fai 

[amar 
Vos  fassa  tan  qé  voillatz  far 
Tal  perda'qaprop  ma  dolor 
Francha  merces  merce  ab 
[vos  matraia 
Qel  iois  qai  tant  dezirat  men 

[eschaia. 

246 

EN  PONS  DE  CAPDUEIL 

(=  B.  Gr.  155, 13) 

I.  Merauilmecompotnulsboro 

[chantar 


*  c.  e;i  ;  fi  —  «  /.  :  perdo. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNàRT  AMOROS 


243 


Si  corn  eu  faz  per  leis  qem 

[fai  dolor  * 
Qe  ma  chanzo  non  pose  apa- 

[reillar 

Dos  motz  quai  ters  nom  lais 

[ marri tz  chazer 

5  Car  no  soi  lai  on  estai  sos 

[cors  gens 
Douz  e  plazenz 
Qe  mauci  dezirant 
E  non  pot  far  morir.  tant  fin 

[amant. 

II.  E  car  nom  puesc  nulla  ren 

[tant  amar 
Jes  sa  leis  platz  non  deu  ma 

[mort  voler 
Cane  pos  la  vi  nom  poic  dal 

[re  pensar 

(p.  BSO)  Mas  com  pogues  far. 

[e  dir  som  plazer 

5  Et  es  ben  dreitz  qel  laus  dels 

[conoissenz 
Es  plus  valenz 
Per  qieu  mais  nam  lafan 
De  leis  suffrir  qe  dautrauer 

[ioi  gran. 

III.  Maseunonlausmomessatge 

[enuiar 
Ni  tant  dardit  nô  ai  queu  lan 

[vezer 
E  non  o  lais  mas  qar  voil  far 

[cuidar 
Als  fais  deuinz  qaillors   ai 

[mon  esper 
5  Perol  decirs  mes  ades  plus 

[cozenz 
El  pensamenz 
Car  ieu  noil  son  deran  ' 
Mans  ioins  aclins  per  far  tôt 

[son  coman . 


IV.  Mais  qen  traia  nom  pot  des- 

[conortar 
Tant  la  fai  pretz  sobre  totas 

[valer 
Ni  neguns  hom  nom  la  pot 

[troplauzar 
Deus  don  qil  voilhumiltat^ 

[auer 
5  Si   con  en  leis  es    prœzse 

[iouenz 
Beutatz  e  senz 
Cane  dona  non  ac  tant 
Doncs  qal  tort  nai  pos  nul 
[autra  nom  blant. 

V .  Bella  domna  tant  vos  am  eus 

[teing  car 
Qe  maintas  vetz  lo  iorn  non 

[pueis  tener 
Qa  una  part  non  an  tôt  sols 

[plorar 
Si  qieu  nom  pueis  duna  pessa 

[mouer 
5  Tal  paor  ai  nô  valia  chauzi- 

[menz 
Car  plus  me  venz 
Vostramors  sospirant 
Qieu  non  sai  dir  ni  re  traire 

[en  chantant. 

VI.  Qeus  sui  garens 
Plus  vos  am  ses  enian 
Non  fesyseutz  son  bon  amie 

[tris  tan. 


Fin  des  chanzos  de  pons  de 

[capdoil. 


*  l :  dolep  -^  ^  0.  en:  deian,  /. :  denan  —  »  /.  :  humilitat. 


244 


LE  CHANSONNIER  DE 


247 


L.\  C0MTES3A  DE  DIA 

(=B.  Gr.  46,2) 

I .  (j>.  231)  Chantar  *  mer  daisso 

[qeu  non  volria 
Tan  me  rancur  de  lui  cui  son 

[amia 
Car  eu  lam  mais  de  nulla  ren 

[qe  sia 
Ves  lui  non  val   merces  ni 

[cortezia 
5  Ni  mas  beutatz  ni  mos  pretz 

[ni  mos  senz 
Qautresi  sui  enganade  traida 
Com  degresser  seu  fos  des- 

[auinenz. 

II .  Daisom  conort  car  anc  no  fîz 

[faillenza 
Amies  ves  vos  pcr  nulla  cap- 

[tenenza 
Anz  vos  am  mais  non  fes  se- 

[guis  valenza 
E  plaz  memoutqez  eu  damar 

[vos  venza 
5  Lo  meus  amies  car  es  lo  plus 

[valez 
Mi  faitz  orgoil  en  ditz&  en 

[paruenza 

E  sius   es  francs  vas  totas 

[autras  genz. 

III.  Meraueilmecon  vostrecors 

[sorgoilia 
Amies  vas  me.  per  cai  raizO 

[qé  doilla 

Non  es  ges  dreitz.  cautra- 

[mors  vos  mi  toilla 

Per  nulla  ren  qeus  diga  nius 

[acuoilla 


BERVâRT  amoros 

5  E  membre  vos  cals  fol  co- 

[mens&menz 
De  nosir  amor  sa^  dame  deus 

[no  Yoilla 
Ca   ma    colpa  sial   depar- 

[tiroéz. 
IV.  Proeza  granz  qel  vostre  cor 

[saizina 
E  lo  ries  pretz  cauetz  mé 

[ataina 
Cuna  nO  sai  lundana  ne  ve- 

[zina 
Sius  vol  amar   vas  vos  nô 

[si  aclina 
5  Mas  vos  amies  es  ben  tam 

[conoissenz 
Qe  ben  deuetz  conoisscr  la 

[plus  fina 
E  nembra'  vos  de  vos  très  ^ 

[couiuenz. 
V.  Valermideu  mosprezemos 

[paratges 
E  mas  beutatz  e  plus  mos  ûz 

[coratges 

Ver  qeus  man  lai  on  es  vos- 

[tre  estatges 

Esta  chanzon  car  mi  sia  mes  - 

[satges 

5  E  voil  saber  lo  meus  bels 

[amies  genz 
ï*er  qe  mi  setz  ta  fers  ni  tan 

[saluatges 

No  sai  si  ses  orgoilz  o  malz 

[talenz. 
VI.  Mas  aitan  voil  digaus  p'us 

[lo  messatget 

Qe  trop  dorgoil  ten'  gran  dan 

[maintas  genz. 


W.  :  A  ch.  —  U.  :  ja      ^  l  :  membre  -  ♦  c.  en  :  nostres  —  »  /.  :  an. 


LE  CHANSONNIER  DB  BBRNâRT  AMOBOS 


245 


248 

LA  COMTESSA  DE  DIA 
(=B.  Or.  46,  1) 

I.  (p,  232)  Ab  ioi  et  ab  iouen 

[mapais 
E  ioia  e  iouenz  mapaia 
Qe  mo8  amis  es  lo  plus  gais 
Fer  qeu  son  coind  e  gaia 

5  E  pois  eu  li  fui  *  veraia 

Ben  taing  qel  me  sia  verais 

Cant  ^  de  lui  amar  no  mes- 

[  trais 
Ni  ai  cor  qé  nestraia. 

II    Moût  mi  plai  car  fai  '  qe  val 

[mais 

Sel  qeu  plus  dezir  que  maia 

K  cel  que  primes  lom  a  trais 

Deu  prec  que  gran  ioi  latraia 

5  E  qi  qe  mal  len  retraia 

Non  creza  fors  qiel  retrais 

Com    coil  maintas  ves  los 

[balais 

Ab  qel  mezeis  si  balaia. 

m.  Domna  qen  ^  bon  pretz  sen- 

[ten 

Deu    ben    pausar   senten- 

[denza 

Eq  un  pro  caualer  valen 

Pois  il  conois  sa  valenza 

5  Qe  lauz  amar  a  prezeoza 

E  dOpna  pois  ama  prezen 

Ja  pois  li  pro  ni  li  ualen 

Non  diran  mas  auinenza. 

IV.  Qeu   nai  chauzit  un  pro   e 

[gen 

Per    cui    pretz    meillur    e 

[geuza 

Lart  '  e  adreg  e  conoisser  * 


On  es  senz  e  conoissenza 
5  Prec  li  qe  maia  crezenza 
Ni  hom  voil  '  posca  far  cre- 

[zen 
Qeu  fassa  vas  lui  faillimen 
Sol  non  trop  en  lui  fallenza. 
V.  Amies  la  vostra  valenza 
Sabon  li  pro  e  li  valen 
Per  qieu  vos  qier  de  man- 

[tenen 
Sius    platz    vostra   m  an  te - 

[nenza. 

249 

NAIMERIC  DE  BELENOI 

(=  B.  Or.  9,  7) 

1.  {p.   233)    Aram    destreing 

[amors 
Tan  amorazamen 
Qels  mais  qem  fai  nom  sen 
Anz  mes  lafanz.  douzors 
5  E  la  humils  paruenza 
Kil  francha  captenenza 
De  lieis  per  cui  ma  près 
Amors  ma  si  conqes 
Qe  vas  on  qieu  estei 
10  Lai  on  la  ui  la  vei. 
H .   Qe  qant  ieu  venc  dailliors 
La  gran  beulat  el  sen 
Truep  doblat  doblamen 
Per  qe  men  pren  temors 
5  Qe  merces  no  lam  venza 
Mais  daizo  ai  pleuenza 
Qe  anc  orgueils  nos  mes 
En  tan  franc  luec  som  pes 
Pero  com  qem  guerrei 
10  Amors  so  tais  com  dei. 
III.  Sa  couinenz  colors 


'c.en:  sui —  *l,  :  Cane  —  ^c.en:  sai  —  •  /.  :  qe  en  —  s  /.  ;  Lare  — 
*  /.  :  conoissen  —  ^  L  :  noil. 


246 


LE  CHANSONNIER  DE  BBRNART  AMOHOS 


Eill  oill  clar  e  rizen 
Eil  douz  esgar  plazen 
El  OQrada  valors 

5  Mes  tant  e  souinenza 
Per  qe  totz  iornz  magenza 
Qe  mos  leials  cors  mes 
Mirails  de  totz  sos  bes 
Qe  cant  aillors  cortei 
10  Pensant  ab  lieis  dompnei. 
IV.  Tant  es  gianz  sa  ricors 
Qieu  nô  laus  far  paruen 
Corn  là  forsadameu 
Qieu  non  aten  socors 

5  Mais  de  sa  conoisenza 
Qieu  lam  ab  tal  temenza 
Qesgardar  non  laus  ges 
Qelam  veia.  ni  res 
Qe  tant  garda  ves  mei 

10  En  lesgart  me  recrei. 
V.  Pos  aissim  venz  temors 
La  bella  oui  mi  ren 
Naia  bon  chauzimen 
Qel  mon  non  es  dolors 

5  Mas  truep.  longa  tenedenza  ^ 
Per  qieu  fas  tal  sufrenza 
Qe  si  nom  val  merces 
Ab  leis  e  bona  fes 
Paor  ai  qe  desrei 

10  E  car  o  die  folei. 


250 

NAIMERIC  DE  BELENOI 

(=  B.  Gr.  9,  8) 

1*  Cel  qi  promet  a  son  coral 

[amie 
Son  seruizi  cant  lo  ue  ben 

[amant  ' 

*  l.  :  longa  tendenza. 
«  /.  :  benanant  —  3  c.  en  :  paia 
•c. en:  domuen 


Nil  per  para'  ges  no  fai 

[eafort  grant 
Pero  non  die  qazautimenz  * 

[non  sia 
5  Qi  als  granz  obs  son  amie 

[acorria 
Som  parria  esfors  e  benes- 

[tanza 
E    séria    complida    lamis- 

[tanza. 

II.  (p.  234)  Per  vos  domnaqem 

[promesest  o  die 
Vostre   socors  ab   amoros 

[semblAz 
Qieu   mestaua  suau  e  senz 

[afanz 

Aram  auetzem  fe  et  emparia 

5  Emblat  mon  cor  e  sufretz 

[qieu  maucia 
Dun  douz  dezir  plen  de  des- 

[mesuranza 

Dont  a  mes  ioms  non  par- 

[trai  mesperaoza. 

III.  En  vos  si^  mes  e  de  mi  si 

[partie 

Qan  vos  traisses  las  blan- 

[chas  mas  dels  ganz 

E  remas  lai  mos  cors,  doin- 

[nen<^  liam 
Ries  e  ioios  en  vostra  se- 

[gnioria 
5  E  qar  de  vos  non   si  part 

[nueig  ni  diu 
Jeu  muer  dire edenueie  des • 

[peranza 
Car  ses  mi  es  en  tan  grau 

[benanâza . 

IV.  Lo  brausresposdomna  mes- 

[paorie 


—  ♦  /  :  qe  chausimenz  ■  c.  »n  :  fi  — 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


?47 


Que  mi  fezes  après  dun  bel 

[semblaoz 

Per  qieu  nom  part  de  vos 

[nius  vein  deuanz 

Qen  pensan  sui  ab  vos.  e  sieu 

[vesia 
5  Vostre  bel  cors   demueia' 

[mauciria 
Pero  mais  voil  lai  morirsenz 

[doptanza 
Qe  viure  sai  en  tan  grieu 

[malananza. 
V.  Lo  bel  semblant  amoros  aut 

[e  rie 

El   douz   esgart  el  francs 

[digtz  ben  estanz 

De  uos  per  qieu  met  autre 

[en  soanz 
ËQ  dreit  dama*  salua  lur 

[compagnia 
5  An  dinz  mos  oils.  per  meig 

[facba  lur  via 
Don  man  emblat  lo  sen  e  la 

[membranza 

Per  qiea  non  viu  ab  ioi  mas 

[per  semblanza. 

251 

NAIMERIC  DE  BELEUOI 
(  =  B.  Or.  9,   18) 

I.  Pos  le  gais  temps  de  pas- 

[cor 

Renouellae   ve 

Vestitz  de  fueill  e  de  flor 

Chantarai  de  se 
5  Catressi  ses  mos  pensatz 

De  fin  ioi  renouellatz 

Car  mi  sobranciers  volers 


A  cui  nom  platz  vils  pla- 

[zers 
A  trobat  a  son  talen 

10  Domna  décor  e  de  sen 
Erguillosa  ^  humil 
De  captenenza  gentil. 

II.  Amar  mi  fai  ad  honor 
Mos  ries  cors  anc  se 
Senz  blasme  e  senz  follor 
Dautrui  e  de  me 

5  Cane  nom  abeillitz  beutatz 
Ni  paratges.  ni  rictatz 
Si  noi  fo  senz  e  sabers 
Ql  saa  *  far  e  dir  plazers 
E  gardar  de  faillimen 

10  Domne  cel  qa  lui  saten 

E  ai  cor  tan  seignoril 

Qaz  autra  amor  nom  apil. 

m.  (p.  235)  Mais  qui  vol  den- 

[tendedor 
Proar  sama  be 

G  art  son  sen  e  sa  ricor 

Ni  con  si  cbapte 

5  Qe  ses  ben  enamoratz 

Li  faig  eil  dig  el  solatz 

Seran  plus  rie  qel  deuers 

Camors  non   es  mal  '  pla- 

[zers 

E  tuit  bel  captenemen 

10  Mot  von  clamar  ^  leialmen 

Mais  ieu  non    truep    antre 

[mil 

Un  qi   en   sos  faigtz   non 

[guil. 

IV,  Qi  vol  apenre  damer 

Amar  li  coue 

Qe  ia  per  enseigniador 

Non  apenra  re 

5  Qe  fin  amors  so  sapchatz 

Non  es  als  mas  volûtatz 


*  Il  denneia—  *  l.  :  damar. 

* /.  :  E.  e  —  ♦  Z.  :  fan  —  *  c.  en:  mas  —  ^  Mouon  damar 


248 


LE  CHANSONNIER  DE  BBBNÂRT  ÂMOROS 


Caduz  inz  el  cor  vezers 
On  la  reten  bels  plazers 
E  viu  de  dous  pensamenz 
10  Per  cui  qê  am  e  reten 
En  aut  luec  o  en  sotil 
Vesqez  a  rie  cor  o  vil. 

V.  Mas  tan  a  fina  valor 
Cella  qem  mante 

Qe  non  cre  lauzcnjador 
Ni  fais  ditz  zo  cre 
5  Qel  sieus  genz  cors*  pre- 

[zaiz 
Complitz  de  totas  beutatz 
Conois  menzonias  e  vers 
Per  qe  nom  tem  fais  pîa- 

[zers 
Cnb  sen.  soAna  e  pren 
10  E  iuia  tan  leialmen 
Qe  palais  ten  p«r  cortil 
Som  noi  fa  fag  agradil. 

VI.  Ni  on  plus  vau  qeren 
Terra  ni  baron  ni  gen 
Tuit  autre  fag  mi  son  vil 
Tant  son  li  vostr?  gentil. 

252 

NAIMERIC  DE  BELEUOI 

C=  B.  Gr.    9, 12) 

I.  Merauil  me  com   pot  hom 

apellar 
Amorsospirni  corals  desi- 

[rers 
Ni  com  pot  hom  de  sa  dolor 

[chantar 

Mais  car  nom  puesc   mon 

[cor  dire  es  tiers 

5  Jeu  chan  forsatz,  ab  alques 

[dalegranza 


Per  zo  qe  tais  aprenga  ma 

[chanzon 

Qe    la  chante  lai   don    nô 

[parc  ni  non  son 

Ni   descubrir  non  laus  ma 

malananza. 
II.  Tuit  li  certes  qi  ren  sabon 

[damar 
Lo    deuon   dir  de  gaug  e 

[volontiers 
Qe  chascuns  deu  en  si  me- 

[zeus  pensa r 
Con  es  granz  mal  paors  de 

[lauzengiers 
5  Qieu  era  ries  de  sola  les- 

[peranza 
Caissi  sal  dieus  dais  non  ai 

[sospeizon 
Ni   ella  cor   tro   lauzenier 

[fellon 
Percasseron  ma  mort  e  ma 

[oranz.i. 

III.  (p,  236)  Auoir»  me  fan  dou- 

[zamen  senz  cuiar 
A  la  bella  qem  toi  totz  aie- 

giers 
Qe  sa  colors  fresca  el  dotiz 

[esgar 
El  gais  solatz  sauis  e  pla- 

[zen  tiers 
5  Mao  e  mon  corb^stida.  un  i 

jdauza 

Qem  pren  cant  fui  *  emmet 

[en  tal  preizon 

Qe  issir  nom  puesc  semortz 

[ou  amanz  non 

E    la   mortz   es    ma  maier 

[esperanza. 

IV.  Tant  can  puesc  sols  a  una 

[part  estar 


ï  L  :  cors  ries. 

'  /.  :    Aucir    —3  c.   en:  sui 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS     249 


Me  pais  ab  ioi  mos  mortals 

[consirers 
Que  ma  fag  si  autras  res  obli- 

[dar 
Qieo  nO  vei  luecs  domna  ni 

[caualiers 

5  Mas   entorn   leis  qem    ten 

[en  remembranz  i 

Son  douz  pais  en   sa  gnia 

[saizun 
Aqel  pensara  me  plaz  tm. 

[em  sab  bon 
Qe  ma  dolors  mo  par  granz 

[alegrnnzn.' 
V.  Pero   daiUn  li  veil  meice 

[clamai* 
Qe  tan'  sera  ab  amanzdrei- 

[turiers 

Qem  deign  mo  nom  ab  son 

[solatz  mesclai' 

Qe  lais  men  er  nonsabenz 

[messatgiei-8 
5  Qe  mé  fara  al  cor  gran  ale- 

fgranza 
Cam  *  mo  dira,  daquel  solaiz 

[con  fon 
K  granz  plazers    qi  bel  ditz 

[per  razoD 

En  dreg  damôr.  engal  dun 

[fag  balanza. 

VI    De  nostre  rei  mi  plagra  da- 

[ragon 
Qe  per  son  sen  disses  doce 

[de  non 
Aissi  com  pretz  o  reqîer  e 

[ouranz.i. 


253* 

NAIMERIC  DE    BELEUI 

(=  B.  Gr.  9,9) 

I .  Domna  flor 
Damor 

Domna  senz  vilania 

Resplandor 
5  E  color 

De  tota  cortezla 

Vostramor 

Fai  socor 

Aicel  qen  vos  sen  fia 
10  Tal  qe  plor 

Ne  dolor 

Non  sen  verges  maria 

Car  de  vos  près  charn  ^  hu- 

[mana 

Jesuchrist  qi  lau  e  sana 
15  Totz  vostres  amies  de  mal 

Per  confession  leial. 

II.  Rie  *  iornal 
A  gen  lal 
Benedeita  gloriosa 
Qa  nadal 

5  Fos  en<;al 

Maire  fiUha  e  espoza 

De  reral  * 

Cort  captai 

Done  poderoza 
10  Un  logal 

Mi  faitz  sal 

Misericordioza 

Qe  nois  mes  daqesta  uida 

Car  noi  trop  tantes  marrida 
15  Cort  ni  donna  ni  segnior 

Senz  trebail  ni  senz  dolor. 


'i.:can-  »  L:  Cant. 

'  Voyez  Védi lion  donné f,  par  M.  Chabane  lu  dans  la  liev.  d.  l.  t\  IV 
*•,  t.  II,  p.  571  ss..  —  3  Ch.:  char  —  *  Ch.:  Qui  Lecture  douteiK^  ^ 
*  c.  (71  :  reial—  •  l:  Dona  Ch.  :  misericordiosa 


250 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


III.  (p.  237)  Qi  honor 
Vol  damor 

En  vos  dOna  entenda 

Qe  daillor 
5  Ne  ven  *  plor 

Tôt  ioi  qe  hom  natenda 

Eil  meilhor 

Fan  follor 

Guidon  qe  miels  lur  prenda 
10  Cab  sabor 

Dan  maior 

E  pert  cascus  sa  renda 

Mas  la  vostra  amistanza 

Dona  ioi  e  alegranza 
15  E  tôt  ire  pensamen 

[ ]' 

IV.  Ben  i  pren 
Qui  enten 

En  vous  dousereina 

Cab  iauzen 
5  Pensamen 

Son  dezirer  afina 

Cor  e  sen 

E  talen 

Mi  donatz  e  aizina 
10  Qe  viuen 

Peneden 

Ab  vera  disciplina 

Dona  mos  pecbatz  fenisca 

De  tal  guiza  e  delisca 
15  Cal  iorn  derrer  mi  iutjatz^ 

Ab  aicels  cauran  ben  faitz. 

V.  Seignier  en  vos  non  perisca 
Vostre  prez  e  non  delisca 
Qe  cant  la  mortz  eis  dagait 
Tuit  li  cuîdar  son  desfait. 


254 

EN  BERTRAN  DE  LA  MÂNO 
(=  B.  Gr.  76,  il) 

I.  Lo  segles  mes  cambiatz 
Trop  laig  don  soi  iratz 
Qapenas  sai  qem  dia 
Qieu  soil  esser  vezatz 

5  De  chant  e  de  solatz 
E  de  caualeria 
Mesclat  ab  cortezia 
E  zo  per  qom  valia 
Era  ma  volontatz 

10  Et  en  digtz  et  en  faitz 
En  tôt  zo  qieu  podia 
E  las  domnas  vezia 
Cellas  cui  valors  tria 
Ab  lur  plazentz  beutatz 

15  Don  era  conortatz 
Del  rie  ioi  qeu  nauia 
E  trac  nen  garentia 
Amor  qi  me  mouia 
Del  tôt  mera  donatz 

20  Azo  qe  valor  platz 
Sil  segles  mo  suffria 
Ara  tem  qe  blasmatz 
Non  fos  e  côdampnatz 
Si  ren  daqo  fazia. 

II.  Ara  me  sui  viratz 
Totz  enics  e  forsatz 
En  zo  qe  non  plaz  mia 
Car  mi  couen  de  plaitz 

5  Pensar  e  dauocatz 
En  far  libels  tôt  dia 
E  pois  esgar  la  uia 
Simils  *  corrieus  vëria 
Qi  men  ven  da  totz  latz 
10  Polsos  et  escursatz' 


«  l.  :  Deven?  {Ch.\  ~^i  Ch.:  E  foi  de  paubre  manen  —  3  Ch,:  jugaU 
{imposable  pour  la  syntaxe  comme  pour  la  rime). 
*/.  :  Si  nuls  —  »  Z»:  escuisatz 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


251 


Qe  li  cortz  lo  menuia 
E  si  me  ditz  [follia 
Blasmar  non  lauzaria 
Anz  me  ditz  totz]  priuatz 

15  Qen  cort  es  demandatz 
El  pena  Rescriuia 
Qomnous  perdonaria 
Ses  '  iorns  en  vos  faillia 
Segnor  ar  esgardatz 

20  (p.  238)  A  qe  ieu  sui  tor- 
Sieu  sui  ben  a  la  lia      [natz 
Per  qam  aitan  lo  glatz 
Qom  faz  las  âors  dels  prutz 
Qar  non  sai  on  me  sia. 

III.  Baron  a  dieu  siatz 
Qar  hom  qe  viu  forsatz 
Trai  piegz  qe  si  muria 
Al  rei  castellan  platz 

5  Qes  sobre  totz  prezatz 
Qieu  tenga  lai  ma  via. 

IV.  Qen  lui  mer  restauratz 
Jois  e  chanz  e  solatz 
Qallors  non  reuenria. 

255 '^ 

EiN  BERTRAN  DE  LA 
MANNO 

(=B.  Gr.76,21) 

I.  Unachanzonduneia^ai  telan 
Qieu  la  fassa  ab  gai  sonet 

[contes 
E  ges  daitant  no  mi  for  en- 

[tremes 
Maa    forza    men    amora    e 

[ma  enanz:i  ^ 


5  Per  la  bella  qes  tant  pros  e 

[valens 
Qeu  non  laus  dir  com  mauci 

[ab  turmenz 
Per   qil  dirai   cbantan  ma 

[malananza. 
II.  Lo  primer  iorn  qieu  vi  son 

cors  prezan 

Anz    qem    partitz    denantz 

[leis  mac  conqes 

Sa  granz  beutatz  e  si  lassât  ^ 

[e  près 
Cane  pois  non  saup  qe  si  fos 

[benananza 
5  Tant  sui  destreitz  dangoissos 

[pensamenz 
Car  nom  mi  val  merces  ni 

[chauzimenz 
E  ia   totz  iornz   dobla   ma 

deziranza. 
m.  Mas  can  remir  son  bel  cors 

[ben  istan 
Nô  merauill  son  grant  error 

[ma  mes 

Car  sa  beutatz  [ )  es'* 

E  SOS  fiz  pretz.  e    sa  gaia 

[coindanza 
5  Al  sieu  lauzar  non  sui  eu 

[pro  sabenz 

Mas   aitals  es  cobs  noi  ha 

mais  ni  meinz 

Con  hom  pot  meils  fazonar 

[per  semblanza. 

IV.  Âl   sieu  rie  pretz  no  sui  eu 

pro  ualent 
Mas  som  '  valgues.per  amar 

[coralmenz 


^c.  en:  Sel. 

*  Voyez  C édition  de  M,  Chabaneau  dans  la  Eev,  rf.  /.  r.  IV  s.,  t.  Il, 
p.  564  s.  —  *  c.  ew  :  dimeia  —  ^  Çh,:  m'o  enanza  —  *  Ch.  :  lazat  —  c  Ch.  : 
Peut-être  la  lacune  est-elle  entre  beutatz   et  es  —  s/.:  sim  (C/i.) 


258 


LE  CHANSONNIER   DE  BERNART  AMOROS 


Ben    istera  *    égal    en    la 

[balanza. 
V.  Del   comte    sai   mo  segnor 

[vermenz  ' 

Qe  chi'  fara  el  chantz  nO 

[valra  meintz 

E  per  mo  mal  o  ^  chantara 

[en  danza. 

'256 

EN  BERTRAN  DE  LA  MANNO 
(=  B.  Gr.  76,  5) 

I .  {p.  239)  Délassai  de  proen- 

[zam  doill 

Car  al  meu  port  nO   passa 

[ren 

E  car   noi    prenc  zo  qeu  ^ 

[soill 

Foitmenueia.  cascus  o  cre 

5  Mais  segners  faill  qel  sen  ^ 

[descop 

E  qant   pot  ben  aucr  lur  ^ 

fcor 

E  bon  araor  de  tôt  son  co- 

[munal* 

Qel  mils  ^  trazaurs   a  senor 

[tan  no  val. 

II.  La  sal  an  mes  a  tan  gran  for 
Per  qeu  tem  fort  e  tem  ancor 
Qel  prouerbis    qes    tan  diz 

[torn  en  mal 

Condugz    ab    carn    totz  es 

[perdutz  per'°  sal. 


m.  Qi  aital  ortolan  acueill 
Paor  deu  auer  per  ma  fe 
Qe  noil  faria  mal  en  loill 
Ren  qel  ait  de  ben   en  torn 

[se 
5  Mas  cre  qel  o  fai  per  de- 

[mor 
Car  talcet".cennauz  part'^ 

[son  tezor 
E   nous  cuides  qel  o  fassa 

[per  mal 
Car  a   totz  part  son    axier 

[per  égal. 

IV.  En  bonafaci  a  rie  cor 

E  non  es  ges  cassatz  el  cor 
Qe  donals  seus  e  los  garda 

[de  mal 
Per  qe  li  son  trastuit  bon  e 

[liai. 

V,  SiP^  qesa  comparatz  a  troill 

[Nos  tenon  sai  estrec  '*  lo  fre 

E]  nos  tenon  lo  cap  el  soil 

E  noi  troban  ^^  nulla  merce 

5  Mas  non   es   senblanz   ges 

[encor 
Qe    gérez  '*  sos    enemics 

[for 
De  sa  terra  on  li  faziou  mal 
Els  francs  baros  degra"  far 

[atretal. 
VI.  De  la  sal  non  an  ges  per  lor 
Anz  li  son  tuit  li  autre  for 
Qe  n5  nau  trait  ensems  un 

[plen  grazal 


«  Ch.  :  iflera  (/.  :  istera)  ^  *Ch.:  ver[a]menz  —  »  /.  :  si  ?  {Ch.)  —  *  /.  :  per 
m*amo[r]  \o7{Ch.). 
*  Voyez  Cédition  de  M.  Chabaneau  l.  c.  p.  565  s.  —  *  Ch.  :  que  [eu 

-  «  Ch.  :  seu[s]  -  '  Ch.  :  lux,  l.  :  lur  —  «  Ch.  :  cumunal  —  *  /.  ;  Que  (1) 
nuls(C/i.)—  »•  /.  :  sens?{C/i.).  Comparez:  Bacons  mal  salez  en  charnier 
empire  Prov.  au  vilain  p.  p.  A.  Tohler2^,  7  —  »»  c.  en:  ici—  '^  /.  ;  per? 
(Ch.)  -  »»  Ch.  :  Sel  —  »*  Ch.  :  estret  —  «^  Ch.  :  trobam  —  »•  Ch.  :  prêtes 

—  *7  Ch.  :  degran 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


253 


Don  prouerbis  e  pesatges 

[pauc  val. 

VII.  Qui  *  mal  semena  mal  coill 

E  qi  mal  peoza  mais  11  ve 

E  qi  mal  mi  fai  mal  11  voill 

E  prec  dea  '  qe  de  mal 

[lestre 

5  Don  daisso  malegren  '  de* 

[mor 

E  nai  gran  plazer  .e  mon 

[cor 

Qe  dius  ^  non   gic  aueniar 

[ben  ni  mal 

Per  qen  seran  tuit  venje  tal 

e  tal. 

\U\.(j}.240)   Flacs  baros   viz* 

[eus  metetz  *  for 

Descoratze  noi  ontassescor 

E  membre  vos  del  cor  ^  de 

[la  sal 

Si   non   iamais  non   seretz 

[proenzal. 


257* 

PEIRE  MILON 
(=  B.  Gr.  349,  6) 

I.    Pois  qe  dal  cor  mauen  farai 

[chanzos 
E  pois  qeu  vei  espandre  flor 

[de  nouel 
E  pois  qeu  vi  alegrar  li  auzel 
Qi  van  chantan  sus   larbre 

[qe  foliios 
5  E  pois  qeu  vei  lun  del  au- 

[ties  iauzir 


Ben  puesc  auer  pensament 

[e  consir 
C  ar  anc  un  iom.  no  fui  ioioa 

[damar 

Ni  la  per  mal  damor  non 

[pose  estrair. 

II.  Domna  en  vos  trobei.  tais 

[guierdos 
Com  fa  al  lop  lo  chabrols  e 

iagnel 
Qant  enver  lui  ill  coren  senz 

[reuel 
E  laissam  star  las  fedas  els 

[moutos 
5  Aissi  domna  al  pr/m  al  mieu 

[albir 
Per  la  meiller  ou  *  vos  cui- 

dai  chauzir 
Mas  iogador.  ai  vist  souen 

[iogar 
Qe  geta  fal  e  si  cuia  en- 

[trar. 
III.  Lai*  ma  donat  vostre  cors 

[orgoillos 
Tota  *o  daissi  lira  el  capdel 
E  fassa    mi    sius  plaz   un 

[semblan  bel 
E  la  poissas  non  sera  tal- 

[nos  " 
5  Merauill  me  car  am  tant  ni 

[dezir 
Q  e  per  merces  no  vol  un 

[prec  auzir 

E  la  ar  "  merces  lo  segner. 

[deus  dun  lair 

Qi  en  la  crois  li  saup  merce 

[clamar. 


ï  CA.  /.  :  Gel  qui?  —  «  Ch.  ;  don  (  /.  ;  dieu)  —  »  CA.  ;  malogren  ;  /.  ;  mal 
e  greu  (Ch.)  —  ♦  c. en; drus  — »:  /.  :  vos(C/i.)  •  Ch.  ;metes— '  Ch.:  cor[e]. 

•  Voyez  l'édition  de  M-  Appel  d après  les  mss.  I  a  dans  la  Rev.  d.  /.  r. 
IV  $.  t.  IX  p,  193  ss.  —  «  /.  :  melllor  eu  —  »  Appel:  Hai  -  lo  c.  en: 
Tola  —  H  A.:  tainor  —  J*  c.  en  ;  ac 


254 


LE  CHANSONNIEE  DE  BERNAHT  AMOROS 


IV.  Las  qe    farai    morrai   tan 

[cossiros 
De  '  qeu  non  puesc  de  leis 

auer  apel 
E  com  li  soi   cascun  iorn 

[plus  fizel 
Eu  mais  la  trop  vas  mi  plus 

[airos 
5  E  cant  la  veg  encontra  mi 

[venir 
Eu  vauc  vas  leis  tan  ioios 

[per  seruir 
Donc  se  capten  escura  del 

[iogar 

Mas    ia    vi  far  après  scur 

[temps  ben  clar. 

V.  A  ra  soi  eu  en  cancer  tenebros 
Sa  par  no  ui  en  mur  ni  en 

[castel 
Qe  eu  non  puesc  trobar  clau 

[ni  martel 

Qem  puesca   trar    de   leis 

[mans  del  leos 

5  E  pois  merces  qera  claus 

[de  lubrir 

(p.  241)  Eu  non  la  trop  soi 

[vencutz  sens  mentir 

Ni  ia  per  zo  nom  recreirai 

[damar 
Qieu  vi  ia  hom  qera  vencutz 

[sobrar. 
VI.  Ai  mala  res  dieus  vos  lais 

[repentir 
Del  malqemfaitz.donmaues 

[fait  fiorir  * 
Caissi   com   pert  [tôt  aiga 

douz  e  mar 

Son  non  si!   pert]  en  vos 

[amors  son  par. 


258* 

PEIRE  MILON 
(=B.Gr.349,7) 

1 .  Quant  on  troba  dos  bos  com- 

[batedors 
Dengal  proeza  e  dengal  gar- 

[nimen 
E  luns  non  pot  plus  de  lau- 

[tre  nien 
Donc    me  sembla  qel  locs 

[fora  maiors 
5  E  sil  son  dos  sobra  a  un 

[som  par 
Qi  se  combat  qant  qel  pot 

[pois  merces 
Sel  lor  clama,  da  blasmar 

[non  es  ges 
Nom  merauil.  sel  sol  non  pot 

[durar. 
II.   E  pois  qel  dos  qes  del  venzer 

[seg^or 
Non  an   del  sol  merces  ni 

[cbauzimen 
Adonc  sen  fan  blasmar  de 

[tota  gen 

E  lor  afar  torna  a  deshonor 

5  E  sim  '  autre  vengues  sol 

[aiudar 

E  venqes.  son  pois  los  dos 

[semblant  mes 

Qe  tota  gentz  iutjera  granz 

[bes  es 
E  da  chascun  il  se  fbiran 

[lauzar. 
III.  A  vos  merces  complaing  eu 

[mas  dolors 


*  c.  en  :  Oc  —  •  c.  en  :  florir. 

•  Voyez  l'édition  de  Jfcf.  Appel  d'après  les  Mss,  I  a  dans  la  Rev.  d.  l.  r. 
IV  s.,  t.  IX,  p.  195  ss.  —  3  Appel  :  s'un 


LE  CHAKSONNIER  DE  BERNART  AMOROS    255 


Qe  no  men  pot  aiudar  om 

[viuen 
Qieu  soi  lo  sols  qis  combat 

[escien 
Encontra  dos  ma  domna  et 

[amors 
5  E   ia  nom  val  merces  tôt 

[iorn  clama  r 
Or   maiadatz.  si  vos  platz 

[gentils  res 
Qe  chascuns   hom  grazitz 

[los  bes 
Pos  qe  nom  val  ni  ben  dir 

[ni  ben  far . 
IV.  E  sieu  pogues.  eu  fugira 

[ailiers 
Mas  lus  dels  dos  menchauza 

[em  repren 
Qi  cor  plus  tost  cauzel  qi  va 

[volen 
Estiermon  gratmi  fa  tomar 

[valons 
5  [E   sa  merces  plagues  de 

secors  dar 

Non  o]  pot  far  se  il  tôt  o 

[vol  gués 
Qe  ma  donna  nol  vol  que 

[ma  conqes 
Adz  vol  qeu   moir  en  lais 

[desesperar. 

V.  Ara   pose  eu  tomar    mon 

[chant  en  plora 

Pois  qeu   non  puesc  fugir 

[qe  lunz  mi  pren 

E  pois  non  puesc  durar.  plus 

[nom  defen 
Pois   de    secors  non  pose 

[auer  valors 
5  Las  qe  farai  nom  9Sii(jp.242) 

[acoisselar 


Se  lus  dels  non  s  ta  vas  mi 

[certes 
Pois  qe  sos  hom  mi  tent  ^ 

[liges  e  près 
Sol  del  pécha t  qelqe  bem 

[degra  far. 
VI.  Ben  es  maluatz  qis  laissa 

[perillar 
Alcun  caitiu  saiudar  li  po- 

[gues 
Pois   qen   vas  lei  non  es 

[mespres 
Mas  sol  daitan  de  seruir  e 

fdonrar. 
VIL   Ai  ma  donna  si  vas  vos  mi 

[valgues 
.  Plor  ni    sospir  ni  maltrag 

[qeu  agues 

Ja  per  nul  temps  ioi  non 

[cug  demandar. 


259* 

PEIRE  MILON 

(  =  B.  Or.  349,  9) 

1 .  Si  con  lo  metges  fa  crer 
Al  malaut  qe  ont  e  brai 
Qan  li  ditz  tu  scanparai 
E  del  morir  sap  per  uer 
5  E  pero  sil  relinquis 
Enanz  qeil  mortz  sia 
Ni  noi  va  tan  can  solia 
Can  siaproisma  de  la  fis. 

II.  Aissi  mi  donz  men  promis 
Em  diz  qe  gauzenz  serai 
Dels  mais  traitz  qe  sufertz 

[ai 
Don  tome  mom  plor  en  ris 


^c.m.:  rent.—  *  Voyez  Vidition  de  M.  Appel  diaprés  les  manuscHts 
NlKadoTwto/lei;.  d.iir. /K«.  JX,p.  198*. 


l 


^56 


I.E  CHANSONNIER  DE 


5  Qeu  cuiaua  mom  piazer 
Auers  senz  bauzia 
Ara  veg  qil  do  sufria 
Dels  sieu)  beU  oils  mi  vezer. 

III.  R  pero  nom  desesper 
Ni  ia  nom  desperarai 
Ni  desesperatz  serai 

Anz  ferm  en  leis  mon  esper 
5  Qe  per  bon  esper  enreqis 
Paubrom  mainta  via 
Per  desesper  non  ac  mia 
Vidas  tracher  paradis. 

IV.  Dieus  per  qe  ai  mon  cor  mis 
Lai  don  ia  non  iauzirai 
Pois  qe  sa  promessa  estrai 
El  non  son  hoc  contradis 

5  Peros  doblal  meu  dolor 
E  creis  noit  e  diam 
Mas  som  sembla  gran  folia 
En  prometre  non  voler. 

V.  E  per  zo  e  nonchaler 
Métrai  el  dezir    qeu  nai 
Fols  qe  ai  dig.  no  farai 
Qel  nol  vol  cel  qen  poder 

5  Ma  per  qeu  mafortis 
En  sa  compagnia 
Qe  samors  tant  fort  me  lia 
Qe  de  tôt  il  ma  conqis. 

VI.  (p.  243)  Eu  soi  cel  qe  nom 

[geqis 
Per  respeig  anz  atendrai 
Ni  ia  nom  en  recreirai 
Anz  serai  de  tôt  aclis 
5  Qel  mont  non  es  nul  auer 
Qim  des  manentia 
Per  qieu  mais  en  sa  bailia 
Voill  esser  matin  *  e  »er. 
Vil.   Chanzo  dieus  mi  lai  vezer 
Qe  tu  dreita  via 


BERNABT  AMOROS 

Anz  midonz  senz  f allia 
Far  lo  mieu  maltrag  saber. 

260* 

EN  PEIRE  MILON 

(=B.  Or.  349,1) 

I .  Aissi  mauen  con  cel  qi  sci- 

[gniors  dos 
Seru  p[ert]ostemps  ni  nô  ai 

[guizerdos. 
E  de  ben  far  en  vas  lor  sa- 

[fortis 
E   chascun  iorn   son   plus 

[contrarios 
5  Ai  per  qel  fan  ia  comanda 

[razos 
Cel  qi  ben  fai  deu  ben  tro- 

[bar  amis. 

II.  Ben  puesc  esser  duna  ren 

[doloiros 
Car  anc  damor  no  fui  auen- 

[turos 
Ni  de  de  doncs  '  e  uas  lor 

[soi  aclis 

Com    en    seruir   met   plus 

[mentencios 
5  Eu  mais    los  trop   vas  mi 

[plus  airos 
Ni  ro  ^  fnz  re  qe  a  lor  abeil- 

[lis. 

III.  Ara  vei  eu  qe  razos  chai  en 

[ios 
E  qe  orgoils  poia  senz  failli- 

[zos 
Pois  quel  seruir  del  tôt  si 

[relinqis 


*  Appel:  Voil  e.  matlin. 

•  Voyez  l'édUion  de  M.  Appel  diaprés  les  mamiscrUs  C  I  N  a  dans  la 
Rev.  des  l.  r.  IV.,t.IX,pA90ss.  —  «  Appel  :  donas  —  »  /.:  no 


LE  CHANSONNIER  DE 

E   qel  befagz.  es   del  tôt 

[nuallios 
5  Qan  hom  merces  demandon 

[senz  chaizos 
E  perdon  qer  daisso  qe  nom 

[faillis. 
IV.  Pois  qe  nom  val   merces 

[dreigz  ni  razos 
Seruir  ben  far  esser  fizel  ni 

[bos 
Pauc   mi  valgra  seu  fols 

[nienics 
Pois  qaissi  es  qe  non  trop 

[garizos 
5  Plore  sospir  etestauc  tene- 

[bros 
Et  enaissi  viurai  tosc  *   e 

[la  fiz. 

V.  Bem  mirauill  qi  anc  no  fon 

[ioios 
E  semprestai.  marritz  et  an- 

[goizos 
Corn  pot  viure  qi  damor  non 

[iois 
Ni  non  atent  ni  bels  digtz  > 

[ni  bels  dos 
5  Qe  si  ma  fag  la  bella  de  cui 

[sos 
Senz  colp  de  fust  ma  mort  e 

[ma  conqis. 

VI.  (p.  244)  Ai  dieus  qe  non 

[pose  esser  amoros 
De  la  bella  qem  fai  star  tant 

[iros 

Mas  cant  ieu  veg  ^  sa  bocha 

[e  son  cler  vis 

Ab  ^  cor  mi  tocha.  una  tais 

[passios 


BERNART  AMOROS  257 

5  Com  la  pogues  baizar  per 

[fin  amors 
No  sai  qieu  die  tan  son  mei 

[enemis. 
VII.  Chanzo  lanzac  qieu  no  voil 

[autre  mis 
E  va  ten  tost  ab  bella  de 

[cui  SOS 
E  dig  li  ben  qeu  moir   de 

[lamor  sos 

Si   eu  non   bais   los  sieus 

[clars  oils  voltitz. 

261* 

EN  PEIRE  MILON 
(=  B.  Gr.  349,  5) 

I .  Pos  luns  auzels  en  vas  lautre 

[satura 
De  lais  de  critz  de  voûtas  de 

[chantar 
E  per  amor  per  laire'  ses 

[baudeia 
Eil  tui*  son  clar  qi  corren 

[per  valeia 

5  Ben    son    doncs   fols    qen 

[amor  nom  atur 

B  car  no  soi  ara  gai  ni^ 

[chantaire 
Pois  caissi  es  eu  chant  e 

[mesbaudei 
E  pois  qeu  vei  reuerdir  pose 

[e  prea. 

II.  Per   vos    amors   chascuns 

[hom  se  meillura 
Car  hom  nés  lares  e  certes 

[e  *  sap  far 


^c.cn:tPosc— «^  rdigz— »^.:euueg  —  *  ^.:  Al. 
.    '  yoyt!z  l'édition  de  M,  Appel  dans  la  Rev.  d.  L  r.  IV  s.,  t,  IX,  p.  187 
t'—^ Appel:  de  plaire  — «  il.:  lui,  c.  eri:  riu  —  '  -4.:  e  —  «  i,  :  et 

17 


258 


LE  GHANSONNIEH  DE  BERNAHT  AMOROS 


Tôt  chauzimen.  e  per  vos  si 

[domneia 

Drutz  en  chambra,  ab   sa 

[domna  priuea 

5  Ben  soi  iratz  car  per  vos 

[non  meillur 
E  car  nonsanpancor'  qe  fos 

[a  faire 
Non  sap  qe  fos  domneiar  ni 

[domnei 
Qe  ma  domna  del  tôt  son  ^ 

[es  alea. 

III.  Qel  iorn  qela  se  mira  non 

[a  cura 
De  negun  hom  qe  la  pogues 

[amap 
Ni  non  auzira  hom  qi  la  veia 
Per  qieu  uolgra  qel  mirador 

[fos  spea 
5  Virar  ^  vos  puesc  domna  qe 

[dais  non  cur 
Ester  de  vos  de  cui  sui  fiz 

[amaire 
Gant  vostre   cors    auinent 

[gart  e  vei 
Mi  par  qe  deu  sia  en  la  con- 

[trea. 

IV.  Ai  franca  res  non  siatz  tant 

[endura 
Pois  qe  sabez  qeu  no  men 

[puesc  strar 
Gant  penz  de  vos  e  non  sa^ 

[con  se  seia 
Tôt  mart  del  dol  lo  ventre  e 

[la  corea* 
5  E  ia  non  vol  razon.  qe  lom 

[sendur 
Enuer  celui  qi  no  sen  pot 

[estraire 


De  lei  amar  de  seruir  on  si 

[sei 
Mas   tal   razo   a  nos   nés 

[agréa. 

V.  (p.  245)  De  totz  bos  aibz 

[poia  e  donc  peiura 

Gar  il  merces.  a  leis  non  val 

[atrair 
Ar   qe  farai.   pois  merces 

[non  laatreia 
Eu     atendrai    daitant    lai 

[afieia 
5  Qe  meillurar  vol  auanz  qeu 

[peiur 
E  sil  plagues.  qelam  degnes 

[atraire 
Pois  qe  sos  om  liges  a  li 

[mautrei 
Er  bon^  sorgoil  en  li  fos 

[aualea. 

262* 

EN  PEIRE  MILON 

(=  B.  Gr.  349,  4) 

I.  Per  pratz  vertz  ni  per  amor 
Non    chant    ni    per    bosc 

[foillutz 
Ni  per  mai  ni  per  pascor 
Ni  per  clars  rius  cai  vegutz 
5  Ni  per  chant  dauzel  ni  critz 
Ni  per  vergier  qes  floritz 
Mas  per  las  bonas  del  mon 
Domnas  comenz  machanzoo 
Gui  eu  am . 

II.  E  non  sui  ies  recrezutz 
Si  tôt  amor  me  faillitz 
Qeu  nô  am  chant  e  desdutz 


*  A,  :  ancar  —  *  c.  en:  seu  —  '  c.  e7i  :  iurar  —  M. :  coreia  —  ^A.:  ben. 

•  Voyez  Vidition    de  M.  Appel  dans  la  Rev.  d,  l.  r.  JV  «.,  /.  IX, 
p.  185  ss. 


l 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


25^ 


E  qe  ioi  non  sei  grazitz 
5  Gardatz  seu  agues  razo 
De  far  gauz  e  mession 
Com  fora  de  gran  valor 
Mas  damor  non  ai   sabor 
Nin  iauzi. 

III.  Tôt  iorn  mi  stauc  sbaitz 
£  soi  en  gran  sospeizo 

Ni  ia  mon  cor  ner  sclairitz 
Qenaissi  es  la  saizo 
5  Garnie  senz  cor  trichador 
Serai  e  fin  amador 
Mas  car  non  soi  conogutz 
E  mes  cant  fatz  en  descutz 
Ni  nom  cal.  * 

IV.  Bes  non  pot  dar  garizon 
Si  non  cel  qes  bellazor 
Doills  '  de  cor  e  de  faizon 
E  per  zo  soi  en  error 

5  Ben  par  qel  mont  ai  perdutz 
Pois  3  amor  non    ai  agutz 
Don  totz  temps  soi  encubitz 
E  de  cel  mal  fui  garitz 
Ni  i  ai  pro. 
V.  Veiatz  e  qe  qe  ricor 

Nom    val.    ont.   en    esser 

[drutz 
Si  fa  e  com  ^  la  genzor 
Gardatz  si  fai*  al  saubutz 
5  Non  per  qe  qe  tant  ar^  ditz 
Non  soi.  non  en  malditz 
Non  pose  aïs  ar  mi  respon 
Es  lare  oc  e  maluatz.  non 
Ni  vilan. 
VI.  (p,  246)  Saissi  es  non  ses 

[vencutz 
Eu  nô  tro  caial  speritz 
Sofre  lo  dart  e  lescutz 


Eu  oc  qe  tant  ma  baillitz  ^ 
5  Manda  li  qet  fassa  un  don 
Eu  oc  be  senz  contenzon 
Qun  ris  te  don  per  amor 
Saizo  faz  ja^  don  meillor 
Nom  es  de*  plus. 

263* 

EN  PEIRE  MILON 

(=  B.  Gr.  349,  8) 

I.  Sieu  anc  damor  sufferc  ni 

[mal  ni  pena 
Dol  ni  trebail  ni  destric  ni 

[rancura 

Danz  ni  mais  traitz.  per  cbalt 

[ni  per  buzema 

Ni  plors  ni  geins  ^'  ni  consir 

[ni  sospire 
5  Arail  grasisc  les  bes  qe  il 

[me  dona 
Lo  gaug  lenanzlo  déport  la- 

[legranza 
E  lo  solatz  del  totel  *^  ben- 

[voillenza 
Qim  plai  aitan.  qe  nom  par 

[qe  mal  seia. 

II.  Auiatz  lo  pro  el  be  camors 

[démena 
Encontra  cel.  enuas  cui  il 

[satura 

Qe  chascun  iorn  *'  cui  mal- 

[uastatz  gouema 

Samor  fatrai  *'  vas   lui   al 

[mieu  albire 
5  Lo  rent  certes  larc  e  pros  e 

[sadona 


I  A,',  val  —  «  Appel  :  d'oils  —  M.  :  Pois  c'  —  *  il.  :  con  —  »  A,  :  fei  - 
•  c.  en  :  ai  —  ■»  ^.  :  m*abeillitz  —  «  ^.  :  f a  —  "  c.  en  :  N.  des. 

•  Voyez  :  C.  Appel  :  Provenir  Inedita  aus  Par,  Hss,  p.  242  ss.  —  »•  /. 
gcms  —  u  /.  :  tota  —  "  /.  :  hom  —  «»  Appel  :  farai;  c.  en  :  satrai 


260  LB  CHANSONNIER  DE 

Vas  los  valenz  e  val  miels 

[sacoindanza 
Ben  mil  aitan  e  de  moutz 

[bes  lagenza 
Cel  caisso  fa  mi  par  camar 

[se  deia. 
III.  Fais    blasmador    lamada  * 

[qarentena 
E  lo  malan  aiaz  qe  vos  fal- 

fzura 
Si  mantenetz  per  qe  la  gentz 

[seferna 
Lo  gang  del  mon  cor  era 

[plor  *  en  ire 
5  Qar  vos  blasmatz  amor  qe 

[tant  es  bona 
Sol  per   aisso  car  no  vos 

[da  samanza 
E  non  es  dreitz  pos  qel  es 

[sa  voillenza 
Qe  non  vos  am  ni  ia  non  vos 

[guerreia. 
IV.  Chase  us  fa  ben  qi  sa  lenga 

[refréna 
E   qi  garda  razo    dreitg  e 

[mezura 
Caisso  no  fa  degresser  en 

[cisterna 
E  degra  trair  pen  e  dauz  e 

[martire 
5  E  se   eu  fos  segner  de  la 

[corona 
Ai  mal  astruc  qi  obren  sa 

[musanza 
E  paraulas  laissanar  senz 

[temenza 
De  las  gautas  la  lenga  li 

[traireia. 
V .  (p,  247)  La  merce  deu  damor 

[soi  en  cadena 


BEHNAET  AMOROS 

E  serai  o  mentre  ma  vida 

[dura 
Non  laisarai  si  tolz  mi  en- 

[fema 
Qeu  non  sia  sos  om  e  sons 

[seroire 
5  E  dei   0  far  quar  il  de  tal 

[persona 
Vol  qeu  aia  samor  e  sa  coin- 

[danza 
La  genzer  es  de'  lo  mont 

[senz  tenza 
Grâces  li  ren.  qelaP  vol  e 

[laatreia. 

264* 

EN  PEIRE  MILO 
(=  B.  Gr.  349,  2) 

1.  A    vos  merces  voil  retrair 

[mon  afairo 
De  mal  damor  e  de  sa  for- 

[faitura 
Per  merceus  prec  entendetz 

[ma  rancura 
Pois  qen  amor  me  mis  sui 

[finz  amaire 
5  Con   vos   mercei   merceian 

[humilmen 
Lafan  damor  el  dan  tôt  eis- 

[samen 

Ni  per  merces  il  nom  vol 

[dar  guirenea 

Anz  vol   amors  qeu  moira 

[ab  Buffrenza. 

II.  Per  vos  merces  qi  es  tant 

[debonaire 
Nom  vole  amors  far  ten  *  qe 

[fos  mezura 


'  /.:  la  mala  —  •  ï.  :  tom  en  p.  e  —  '  /.:  de  toi  —  *  A.  :  qe  tal. 
•  Voyez  :    C.  Appel  Prov.  Ined.  p.  239  ss.  —  ^  c,  en:  ren 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNA RT  AMOROS  261 

Sa  vos  plagaes  m«rc6s  [ar  V.  Ane  ab  mos  oils  non  vi  filla 

ben  dreitura  [de  maire  * 

Blasmatz  amor  e  si  es  con-  Qi  de  son  cor  volgaes  star 

traire  [tant  endura 

5  Senz  vos  merces]   non  es  Sil  oil  gardon  vas  lei  fiz  e 

[nuls  hom  viuen  ^                           [mezura* 

Gamor  de  dieu  pose  auer  ni  Mal  mieu  cor  fiz  a  leis  degra 

[de  gen  [atraire 

Ara  mostratz  merces  vostra  5  Car  per  los  oils  se  mes  en 

[vaillenza  [aital  ren 

Encontramor  non    laissetz  Qi  en  son  cor  non  a  merces 

[per  temenza.  [nien 

III.  E  si  merces  no  fos  al  mieu  Nil   seu  bel  oil  non   curan 

[veiaire  [de  tenza 

Lamor  de  dieu  non  cre  qa-  ^i  non  curan  del  meu  cors 

[gués  cura  [per  crezenza. 

De  negun  hom  qe  ves  mer-  yi.  (p.  248)  Els  sieus  bels  oils 

[ces  sendura  [qjn  fan  dun  don  donaire 

Pero  amors  aiaz  talan  da-  Aguessen   cor  de  far  ben 

[traire  [senz  falsura 

5  A  vos  merces  e  fares  chau-  jig  garderan  meus  oils  et  er 

[zimen  [dreitura 

Car   senes    leis  amors   es  Qg^\  prim  esgart  tôt  el  meu 

[dengan  plen  [corn  esclaire  ' 

Aiatz  merces  merces  a  soui-  5  g  daitan  prec  il  sieus  clars 

[nenza  [oilz  rien 

E  vos   amors   voillatz    qe  q^  ^ian  cor  de  far  mun  ris 

[merceus  venza.  [plasen 

IV.  [ E  sil  mei  oil  vezen  tal  cap- 

[tenenza 

]  Ben  sai   mos  cors  iauzira 

E  pois  mei  oill   gardar  al  [senz  fallenza. 

[sieu  repaire  y  IL  Bella    domna    aias    damor 

5  Ben  degrals  oils  voler  mal  [talen 

[senz  conten  e  venza  vos  merces  per  tal 

Qi  al  mieu  cor  fan  dolor  tan  [couen 

[souen  Car  mei  oil  fan  vol  un  tiers 

Qeu  sai  camors  dais  oils  [mantenenza 

[primers  comenza  Enmoncoraitotamaconois- 

Per  qe  mos  cors  en  fa  la  Tsenza. 

[penedenza. 

*  Appel  :  da  maire  (/.  ;  de  maire)  —  *  il.  :  mesuFa  —  •  i4.  :  cor  m*e. 


262 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOUOS 


265 

[RAIMON  JORDAN  VESCOMS 

DE  SAINT  ANTONI  ] 

(=B.  Gr.404,11) 

I  •   Vas  vos  soplei  domna  pri- 

[meiramen 
Per  cui  eu  chant  e  comeoz 

[ma  chanzo 
E  sa  uos  platz  entendetz  ma 

[razo 
Qestiers  nous  aus  descubrir 

[mon  talan 
5  Aissi  maue  qan  vei  vostras 

[faizos 
La  lengamfaill.  el  cornai  te- 

[neros  * 
Car  qi  non  tem  non  ama 

[coralmen 

Per  quieu  ting  car  lo  vostre 

[segnoratge. 

II .  Bella  domna  merce  trau  per 

[guiren 
E  pos  merces  nom  vol  dar 

[garizon 

Per  merceus  prec  qe  mer- 

[ces  venzal  no 

Ni  ja  daizo  nom  veires  re- 

[crezen 
5  Anz  clamarai  tant  m^rce  a 

[rescos 

Tro  qe  merces  tenga  mos 

[bratz  ambdos 

Entrels  vos  très  e  fora  chau- 

[zimen 
Car  nO  er  menz  de  certan 

[homenatge. 

III.  E  seu   follei   ben   lo  fatz 

[escien 


Sabetz   p^qe  car  mi  platz 

[em  sap  bo 
E  dirai  vos  p€r  cal  enten- 

[cion 
Ben  esperan.  ven  hom  a  sal- 

[uamen 
5  E  sim  faitz  ben  molt  en  serai 

[ioios 
E  sim  faitz  mal  sufrirail  per 

fauzos 
Grazirai  lo  ben  el  mal  eis- 

[samen 
Aissi  farai   lo    conort   del 

[saluatge. 
IV.  Eu  vos  ai  dat  per  fe  e  leial- 

[ment 
Lo  cor  el  cors  don  vos  faitz 

[tenezo 

E  platz  mi  molt  quieu  sai 

[qe  vostrom  so 

Us  bos  espers  ^  de  vos  iau- 

[zen 
5  Qem  bos  segnor  non  perd  cm 

[guizardos 
Qui  ben  lo  serf  qeu  vi  main- 

[tas  sazos 
Paubrenrequir  per  bon  en- 

[tendimen 

Per  qieu  en  voil  ben  aforlir 

[mon  coralge. 

V.  Eu   conoisc    ben   qieu    faz 

[gran  ardimen 

Qant  ieu  damar  vos  prec  e 

[nous  sap  bo 

E  non  e  puesc  toler  ma  sos- 

[peizon 

Anz  mo  sai  ben  qi  en  *  tre- 

[baill  pgr  men  ^ 

5  Tant  es  valentz  vostre  cors 

[orgoillos 


*  L  :  temoros  -^^  U:  e.  mi  ten  —  3  /.  :  qen  —  ♦  i.  ;  nien 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  ÂMOROS 

266 


?63 


E  tant  puiatz.  som  peiiz  de 

[sobrels  bos 
Qieu  men  cossir.  desmai  e 

[despauen 
TaD  sui  cochos  qieu  mo  tenc 

[afolatge. 
YI.  {p.  249)  Tant  ai  assis  mon 

[dezir  finamen 
En  vostr  amor  don  ia  dieus 

[ben  nom  do 

Sien  mais  nous  am  seruir 

[tôt  em  perdo 

Qe  de  nuill  autr  auer.  mon 

[mandamert 
5  Âb  tan  gran  gaug  satrai  mos 

[cors  vas  vos 
Qieu  pos  vos  vi  non  fui  dais 

[poderos 

Tan  en  sui  enueios  ^   del 

[vostre  cors  gen 

Qaqi  mezeus  remanc  el  vos- 

[tre  estatge 
Vil.  Garin  ben  sai  chauzir.  fe  qe 

[deg  vos 
En  la  genzor.  e  tu  vail  dire  ' 

[cbanzos 
A  la  meillor.  et  a  la  plus 

[valen 

Quautra  del  mon  non  am  de 

[bon  coratge. 

Vlll.  Chanzoneta  [uai  ten  tost]  a 

[ma  domna  ^ 

E    portail   mon  messatge. 

IX.  E  digas  4  qe  de  paubre  manen 

Serai  totz  temps  el  sieu  lic 

[segnioratge. 


LO  UESCOMS  DE  SAINT 
ANTONI  RAIMON  JORDAN 

(=  B.  Gr.  404,2) 

I.  Ben  es   cambiatz  ara  mos 

[pessamenz 
E  la  turs  fraigz  don  mi  cuiei 

[tener 
Qe  non  ânes  mai  ma  dôna 

[vezer 
Qabaital  gieing.  mi  cuidaua 

[défendre 
5  Mas    ara  sai  si   raerces  no 

[lan  uentz 
Qa  mon  dezir  dei  demandar 

[ma  mort 
Qaissi  men  prez  qan  de  lui 

[mi  parti 
Qan  men  auenc  per  sa  terra 

[passar 
Qanc  nom  saubi  de  leis  vezer 

[gardar. 
II .  Mas  re  no  sai  si  ses  enchan- 

[tamenz 
Qe  qan  la  uei  de  mi  non  ai 

[poder 
Qamors  lam  fai  tant  blan- 

[dir,  e  tem  ^ 

Qe  nés  mos  precs  nO  lauze 

[far  entendre 

5  Mas   ill   es    tant   aprez  e 

[conoissenz 
Qe  sap  triar  damor  los  bes 

[els  tortz 
E  de  me  sap  qe  de  mas  ^ 

[anc  la  vi 

Nom    venc  en   cor  dautra 

[domna  preiar 


^l:  T.  enueios  sui  —  «  /.  :  dir  —  3  /.  :  a  ma   d.  vai   ten  —  ♦  /.  :  E 
^gai  U.  M.  :  temer  —  •  /.  :  pois 


^ 


264 


LE  CHANSONNIER  DE  BERVART  AMOROS 


Ni  nais  *  mal  traigz  no  Ion  ' 

[fes  oblidar. 

III.  Tantas  penas  nai  saffertas 

[cozentz 

Per  que  douz  gaugz  men 

[deuri  eschazer 

Pero  ben  sai  no  lam  chai 

[plus  temer 
Qe  se  merces  ia  deu  en  leis 

[descôdre 
5  Ben  es  sazos  e  vaillam  chaa- 

[zimenz 
Bona  donna  qem  detz  ioi  e 

[déport 
Si  qe  lesglai  si  parton  tuit 

[de  me 
Qar  ben  podetz  las  perdas 

[emendar 
Sem  retenetz  a  vostre  benes- 

[tar. 

IV.  Car  de  las  très  meillors  es 

[plus  plazenz 
Per  qe  nô  part  de  vos  mon 

[bO  esper 
Mas  tantdorgoil  faitz  contra 

[me  parer 

Perqieu  volgra  vostra  beu- 

[tatz  fos  raendre 

5  K  si  voil  far   tant  vostres 

[mandamentz 

Qe  chascun  iorn  clam  dieu 

[e  prec  molt  fort 

Qeus  met  en  cor  quem  fas- 

[satz  bona  fe 
Cab  vos  guerrei  a  cui  no 

[m  au  s  tornar 
Ni  sai  fugir  ni   puesc  pron 

[echauzar. 

V.  (p.  250)  Ara  son  tant  dôna 
[vas  vos  tementz 


Qe  ses  bon  guit  nous  anz 

[anar  vezer 
Tal  paor  hai   qem  voillatz 

[dechazer 

Mas  tôt  en  artz  ne  cug  bon 

[segur  pendre 

5  E  san  iohan  deu  men  esser 

[guirentz 
Qe  dun  bel  dig  ai  trag  tam 

[bel  conort 
Mas  de  près  '  soi  sel  disses 

[enaissi 
Qon    ieu    deman  e    irai   o 

[proar. 
E  vos  digatz  nel  ver  se  deus 

[vos  gar. 

VI.  Ja  de  preiar  no  serai  recre- 

[zentz 
Tro  qe  merces  vos    fa:*sa 

[dire  ver 
Et  ora  mais  merce  deuetz 

[auer 
Forze  merces  lorgoillos  cor 

[daprendre 
5  Se  nO  ieu  hai  la  mort  entre 

las  dentz 
Sera  merces  nom  adutz   a 

bon  port 
E  samic    ai  de  preiar  nos 

[thai 
Car  qi  merce  pot  a  vos  aca- 

[bar 

Nom  pot  estiers    mai   tant 

bon  gazaignar. 

VII.  A  ma  domna  fai  ma  razon 

[entendre 
Chanzoneta  e  pois  vai  e  no 

[len 
A  mon  dezir.  qe  pens  de  mon 

[conort 


*  c.  ew :  mils  —  ^  c.  en:  lan  ^  '  /.  :  dopbos. 


LE  CHANSONNIER  DE  BBRNART  AMOBOS 


265 


[ ] 

Tôt   enaissi     con  sap   qes 

[taing  afar 

5  Els  compagnos  sapchas  mi 

[saludar. 

267 

LO  UESCOMS 
DE  SAINT  ANTON! 

(=  B.  Gp.  404,  6) 

I.  Per  qal  forfag  o   per  qal 

[faillimen 
Qeu  anc  fezes  ODContra  vos 

[amora 
Mi  destregnes    nim   teaeiz 

[enueios 
Per  la  bella  qe  mos  precs 

[non  enten 
5  Truep  demostratz  e  mi  vos- 

[tre  poder 
E  qi  vencat  ventz  fai  pauc 

[deftfors  * 

Si  venqesses  leis   qe  nous 

[tem  nius  blao 

Adonc  sai  ieu.   qe  nagratz 

[hoQor  graa. 

II.  Ben  cuiaua  laissar  ad  es- 

[ciea 

Que  nô  camies^    mais    de 

[vostras  lauzoïs 

Ni  qué  iamais  non  reclames 

[per  vos 
QarmeraU  taa  de  mal  acuiU 

[Wmen 
5  Mas  aissom    toi  dooal  sen 

[el sabep 
Ca  tota    gen    au  g  dire  ad 

[effros  ^ 


Qel  vostre  pretz  vai  lo  meil- 

[lor  sobran 

Qe  mal   parliers    nous    en 

[pot  tener  dan. 

III.  Ë  qar  sabetz  dona  certana- 

[men 

Que  dautramors    nom  ven 

[gaugz  ni  paors 

Perpensatz    vos    sius    pot 

[esser  nuls  pros 

Sim    faitz  mûrir,   ad  aitan 

[grieu  turmen 

5  Ben  conossetz  si  no  co  faitz 

[parer 
Qil  sieus  destrui  qe  non  fai 

[grant  effors 
Vostre  sui  ieu  aissi  ses  tôt 

[enian 
Qe  sieu  ren  pert  vos  prcnetz 

[tôt  lo  dan. 

IV.  (p.  251)  Car  ieu  vos  am  tan 

[desegadamen 

Cun  pietz  mi  faitz  la  pen 

[e  la  dolors 

Adoncs    aflam   e  sui    plus 

[cobeitos 

5  De  vostre  amor  e  nai  mai 

[de  talen 
E  non  temetz    domna    pe- 

[chat  auer 

Donc  fez  anc  mais  nuls  hom 

[tan  forant  effors 

Com   ieu   car  ai   ses  mort 

[sufert  aitan 
Lo  mal  respos  el  orgoillos 

[semblan. 

V.  La  granz  beutatz  qe  sobrau- 

[tras  perpren 
E  la  vostra  fina  fresca  colop 


'  i.  :  ventz  no  f.  gran  e.  —  '  /  :  cantes  —  "^  L:  effors 


266  LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 

El  genz  parlars  eil  bel  oill 


[amoros 
Mi  far  *  estar  domna  e  mar- 

[rimen 
5  Qar  ieu  non  sai  sim  volretz 

[retener 
En  aisso  es  sim  métrai  en 

[effops 
Hoc  si  voz  platz  lot  al  vostre 

[coman 
Mas  tant  o  voill  per  qieu  i 

[vau  doptan. 

VI.  Qan  mi  membra  qe  sol  nai 

[pensamen 
Qe   iam   pogues  venir  tan 

[gras  honors 
Ai  tan  gran  gaug  qen  folei  a 

[sasos 

Qel  gaugz  qeu  nai  mi  ca- 

[mia  tôt  lo  sen 

5  Donc  qen  dizetz.  sen  sabia 

[lo  uer 
Sem  metria  de  gaug  en  grant 

[effors 
Car  ai  tal  gaug  car  '  sol  ne 

[vau  pensan 
Cane  mos  ioios^  non  conqes 

[de  ioi  tan. 

VII.  Garin  qe  faitz  car  non  la- 

[natz  vezer 
Qe  renon  sap  a  qu^s  met  en 

[effors 
Qi  non  la  ue  o  non   lestai 

[deuan 
Tan  auinen  sap  far  son  ben 

[istan. 
VIII.  Chonzos  vai  ten  e  digas  li 

deuan 


Qe  sa  leis  platz  qe  tapreuda 

e  chan. 

jPtnt8  coronat  opus. 
Jacopo  Teissierde  Tharascone. 

[268  (ۥ  127)] 
PEIRE  BREUMON 

(=B.  Gr.  331,1) 

1 .  En  abril  qan  uei  uerdeiar 
Lo  pratz  uerç  eluerçer^flo- 

[rir 
E  ui  '  las  aiguas  esclarir 
Et  aug  los  ausels  allegrar  ^ 
5  Lolors  dun  erba  floiria 
El  dolç  chant  qe  lausel  cria 
Mi  fan  mon  iois  renouelar. 
11.  En  qeP  temps  soli  eu  pen- 

Tsar 
Com  sim  *   pogues    damor 

[iausir 
*Ab  caualcar  &  ab  guarnir  ' 
Ab  gent  seruir  ab  donar 
5  Cui  aqes  *®  mesters  auria 
Perço  es  amor  seruia" 
E  pol  on  *^  hom  meils  cô- 

[quistar. 
111.  M  oit    me  sap    gent  lo  cor 

[emblar 
Cam  près    con  ia  dei  sa" 

[uenir 
Greus  er  mais  iom  qeus  nô 

[sospir 
Fer  un  bel  semblan  qe  il  ui 

[far 
5  Qar  ellam  dis  totas  maria  '^ 


*  /.  :  fan—  *  /.  :  can  —  3  /.;  a  mos  iorns. 

L.  S,:  ♦  uergiers  —  b  uei  ^ •  demorar  —  '  qest —  '  Con  eu  ^  •  burdir 
—  ï^  Qi  aitals  —  **  iauzia  —  '*  pot  tan  —  >^  pris  comnhat  de  sai  — 
1*  marria 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  AMOROS 


267 


Qe  fara  la  uostra  amia 
Bels  ami  cosim  pois  *  lais- 

[sar. 
IV,*  Per  ço  non  dei  desesperar 
Qanqera  mi  don  non  remir 
Qar  celui  qtm  la  fei  çequir 
Lam  pot  far  ben  cobrar 
5  E  seu  son  en  sa  bailia 
Era  mais  torn  en  suria 
Ja  deus  no  men  lais  mais 

[tornar. 

V.  Molt  sen  de  dieus  merauil- 

[har 
Com  sim  poic  de  mi  don  se- 

[frir 

E  degral  molt  a  grat  tenir 

Qar  anc  per  lui  la  pois  lais- 

l^sar 
5  Qil  sa  ben  seu  la  peidia 
Qe  iamais  iois  nô  auria 
Ni  hom  no  la  poira  mendar. 

VI.  Chançon  tu  irai  oltra  mar 
Pe  qem  dei  uam*  a  mi  don 

[dir 

Qa  greus  afan  &  a  martir  ^ 

Me  fai  la  noiç  el  iorn  estar  ^ 

5  A  guigelme    daitam   pria  ^ 

Bona  domna  chançon  qel  te 

[dia7 
E  uama  mi  don  conortar.  ^ 


Vil.  {83  r^)  Qe  filippe  de  mon 

[real 
Me  ten  près  en  sa  bailia 
Et  am  tan  sa  compagnia 
Qe  sens  lui  no  men  puesc 

[tornar. 

Suivent  a«  f,  î-lot^  :  Ledonatz 
proensals(t?.erf.  stengel,p.  1-39), 
/".  15  v^-28  v^  :  Las  rasos  de  tro- 
bar  de  R.  Vidal  (r.  ib.,  p.  67-87), 
f.  29-33  une  seconde  copie  de 
la  notice  préliminaire  de  Bernart 
Amoros  et  des  biographies  de  Gui- 
raut  de  Borneil,  Arnaut  Daniel, 
Folquet  de  Marsilia,  Peire  Vidal, 
Gaucelm  Faidit,  Peirol,  Gausbert 
de  Poicibot  et  Pons  de  Capdueil 
(v,  ci-devant)j  puis  f.  34-38  r« 
les  biographies  ci-dessous  impri- 
mées : 

Gui  duissel  si  fo  de  lomozi. gen- 
tils castellanz  et  el  e  sei  fraire  e 
soscosinsnelias  eron  segnor  duis- 
sel qe  es  uns  ries  cas  tels  e  li  dui 
sei  fraire  auia  nom  luns  neble  el 
autre  peire.  El  cozis  auia  nom 
elias  e  tuit  quatre  eran  trobador  e 
trobauan  bonas  chanzos.  Gui  tro- 


»  amies  oui  uoles  —  *L.  S.  non  hà  le  tre  stanze  contras segnate  (IV,V, 
VII),  ma   lia  di  piit  questa  : 

Eu  chant  qi  deuiia  plorar 
Dira  damor  qem  fai  languir. 
Tan  mi  remembron  11  sospir 
Qem  fai  la  noit  el  iorn  pensar 
5  Mais  damor  caissi  languia 
Qi  nom  laissa  noit  ni  dia 
Qel  iorn  mi  fan  cent  uetz  tremblar. 

'  Adonc  e  uai  —  *  Qabchantar  mi  dei  esbaudir  —  5  E  anc  non  mai  auz  i 
parUp  —  •  Com  chantans  qi  plorar  deuria  —  '  Pero  nom  desconort  mia 
—  '  Qancar  aurai  loc  de  chantar. 


268 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂET  AMOROS 


baua  bonas  chanzos  en  elias  bo- 
nas  tenzos  e  peire  descantaua  tôt 
qan  H  trei  trobauan.  En  gui  si  era 
canorgues  de  brilide  de  monferrat 
e  si  sentendet  longa  sazos  en  na 
malgarida  dalbusson  qera  muiller 
den  rainait  lo  uesconte  dalbusson 
et  en  la  comtessa  de  monferrat 
don  fes  main  tas  bonas  chanzos 
mas  lo  legatz  del  papa  li  fes  iu- 
rar  qe  mais  non  fezes  chanzos  e 
per  lui  laisset  lo  trobar  el  chan- 
tar, 

Guillems  de  sainl  leidier  si  fo 
us  ries  castellans  de  uelaic  del 
euescat  del  poi  sa»ta  maria  e  fon 
ornatz  hom  bons  caualliers  dar- 
roas  e  lares  donaire  dauer  e  molt 
enseignât  [34  h)  e  molc  certes  e 
molt  fiz  amaire  e  molt  era  amatz 
e  grazitz  et  entendet  en  la  mar- 
qeza  de  polomiac  qera  serors  del 
dalfin  daluergne  e  de  nasail  de 
claustra  e  moillier  del  vesconte 
de  polomiac.  En  guillems  de  saint 
leidier  si  fazia  ssas  chanzos  della 
e  lamaua  per  amor  e  disia  li  ber- 
tran.  e  a  nugo  marescalc  dizia 
altressi  bertran  qe  era  sos  com- 
paigne  sabia  totzlos  faitz  els  deitz 
den  guillem  e  de  la  marqeza  e 
tuit  trei  se  clamauan  bertran t  lus 
lautre.moltauien  grant  alegranza 
ensemble  tuig  trei  mas  an  Guil- 
lem de  saint  leidier  tornet  en 
grant  tristeza  qeil  diu  {l,  :  dui) 
bertrant  feiren  grant  fellonia  de 
lui. 

En  raimonz  de  mïraualsi  fo  uns 
paubres  caualers  de  carcases  qe 


non  auia  mas   la  qarta  part  del 
castel  de  miraualet  enaqel  castel 
non  estauon  LX  homes  mas  per 
lo  seu  bel  trobar  e  per  lo  seu  bel 
dire,  e  qar  el  saup  plus   damor 
e  de  dopnei  e  de  totz  los  faitz  aui- 
nenz  e  de  totz  los  ditz  plaizenz  qe 
corren  (/*.  35  r®  )  entremadors  et 
amairitz  si   fo    molt  honoratz    e 
tengutz  en   car  per  lo  conte  de 
toloza  qel  clamaua  auderartz  et 
el  lui.  el  coms  li  daua  los  cauals 
6  las  armas  els  draps  qe  bezoig 
li  aaian  et  era  segner  de  lui  e  de 
son  aberc.  e  segner  del  rei  peire 
daragon  e  del  uesconte  de  beders 
e  den  bertran  de  faissac  et  de  totz 
los  granz  baros  daquella  encon- 
trada  e  non  era  nulla  granz  ualens 
dôna  en  totz  aqellas  encontradas 
qe  nô  dezires  e  non  se  pênes  qel 
entendes  en  ella.  o  qe  li  uolgues 
ben  per  domestegessa.  car  el  las 
sabia  plus  onrar  e  fai  grazir  qe 
nuls  autron  per  qe  neguna  non 
crezia  estie  prezada  sel  non  fos 
SOS  amies  raimonz  de  miraual  e 
main  tas  dompnas  entendet  e  fes 
maintas  bonas  chanzos  e  no  crezat 
mais  qel   de  neguna  agues   ben 
en  dreit  damor.  e  totas  lengane- 
rent. 

Raembautz  de  uacheîras  si  fo  fils 
dun  paubre  chaualier  de  proenza 
del  castel  de  uacheiras  [f.  35  v^) 
qauia  nom  peiocbs  qwera  tengutz 
per  matz.  en  raembautz  si  se  fes 
ioglars  et  estet  longa  sazo  cora  lo 
princep  daurenga  sil  fes  gran  ben 
e  gran  honor  el  nauset  el  fez 
conoisser  e  prezar  a  la  bona  gent 
e  uenc  sen  a  monferrat  a  mes  lo 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


269 


marqes  bonifacî  et  estet  en  sa 
cortz  loDC  temps  e  crée  si  de  sen 
e  darnes  e  de  trobar  et  enamora 
sedelaseror  del  marques  qii«  auia 
nom  madonnabeatris  que  moillier 
denric  del  corret.  e  troba  de  leis 
main  tas  bonas  chanzoseapellaua 
la  en  sas  chanzos  mos  bels 
caualliers.  e  fo  crezut  quella  H 
uolgaes  gran  ben  iper  amor.  E 
qant  lo  marqués  passeten  roma- 
nia  el  lo  mena  ab  se  e  fes  lo 
cauallier  e  det  li  grant  terra  e 
gran  renda  el  resqisme  de  salamc 
e  lai  el  moric. 

Nue  hrunec  si  fo  de  la  ciutat  de 
rodes  qes  de  la  segnoria  del 
conte  de  tolosa  e  fo  clergues  et 
eroparet  ben  letras  e  de  trobar.  e 
de  sen  natural.  e  fes  se  iuglar  e 
trobet  bonas  (/.  56  ro)canzo8  mas 
non  fetz  sos.  e  briget  con  lo  rei 
daragon.  et  con  lo  comte  de 
tolosa.  e  con  lo  comte  de  rodes  lo 
seu  segnhorecon  bernât  danduza 
et  con  lo  dalfin  dauerngne.  et 
entendet  en  una  bergera  dorliac 
qe  auia  nom  madruft  galiana.  mas 
ella  nol  uolc  amar  ni  ritenir  ni  far 
con  lai  negun  plaizer  damor.  e  fetz 
son  drut  lo  comte  de  rodes  e  det 
comniat  an  nue  brunec.  e  nue 
branec  per  la  dolor  qel  nac  se 
rendet  en  lorde  cbartossa  ellai  el 
defina. 

Guillem  de  montanghaguout  si 
fo  uns  cauallers  de  proenza.  e  fon 
bon  trobador.  e  grant  amador.  e 
entendia  se  e  madona  iauseranda 
del  castel  de  lunel.  e  fes  per  leis 
mûntas  bonas  chanzos. 


Sordela  fo  de  mantouana  dun 
castel  qe  uen  apeiat  got  gênais 
catani  (L  :  gentils  catanis)  e  fon 
auinenz  hom  de  la  persona  e  fo 
bon  trobador.  mas  molt  fon  trufiz 
efals.de  las  dônas  edelsf/*.  36 v°) 
baros  ab  cui  el  estaua.  et  enten- 
dia se  e  ma  donna  cunîsa  sor  de 
niesier  CDgelin  e  de  messeralbric 
de  roman  qu^ra  moillier  del  comte 
de  saint  bonifaci  ab  cui  el  estaua 
e  p^  la  uolontat  de  messeren- 
gelim  el  emblet  ma  dona  cunisa 
e  mana  la  uia  e  pauc  après  el 
sen  anet  e  no  nedes  (Z.  :  en  cene- 
des)  a  un  castel  de  qels  destrus 
de  ser  enric  e  de  ser  en  guillem 
e  den  ual  pertiti  qeran  mot  sei 
amie  et  espozet  una  sa  seror  cela- 
damenz  qe  auia  nom  ota  e  nene 
(l.  :  venc)  sen  pueis  a  treuis.  e 
qant  aqel  destrais  lo  saup.  si  li 
uolian  ofendre  de  la  persona  e  los 
amies  del  comte  de  saint  bonifaci 
eissamen  don  el  estaua  per  la 
terra  si  caualcaua  en  diestriers 
ab  grant  compaignha  de  caual- 
liers. don  per  temors  daqels  qeil 
uolian  ofendre  el  se  partie  et  ana 
en  proenza.  et  estet  ab  lo  comte 
de  proenza  et  amaua  una  donna 
de  proenza  mont  fort  e  lapelaua 
dolz  enemia.  per  cui  el  fez  main* 
tas  bonas  chanzos. 

En  lanfran  cigaîa  si  fon  de 
genoa  gentils  hom  (/.  57  r»)  e  sauis 
e  fon  iutges  e  eaualiers  mas  uida 
de  iutie  menaua.  et  era  granz 
amadors  et  entendia  se  en  trobar 
e  fon  bon  trobador.  e  fes  maintas 
bonas  chanzos  e  troba  uoluntiers 
de  dieu. 


270 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


En  blacJiassetz  fon  fils  den  bla- 
chatz  qe  fon  lo  meillor  gentils 
hom  de  proenza  el  plus  ornatz 
baros  el  plus  adrettz  el  plus  lares 
el  plus  cortes  el  plus  grazios  et  el 
fon  ben  adrecamen  sos  fils  en 
totz  ualors  et  en  totz  bontatz  .et  en 
totas  larguessa.  e  fon  grant  ama- 
dor  et  entendta  se  en  trobar.  e 
fon  bon  trobador  e  fes  maintas 
bonas  chanzos. 

Perdigos  si  fo  ioglars  e  saup 
trobar  e  uiolar  truep  be  e  fo  del 
aescat  de  iaualda  dun  castel  qe  a 
nom  lesperon.  efon  fils  dun  pau- 
bre  home  qe  era  pescaire  et  per 
80  sen  e  ^er  trobar  poiet  en  gran 
pretz  et  en  grant  honor  qel  dalfiz 
daluergne  lo  tenc  p^r  son  caua- 
lier  el  uesti  el  arma  ab  se  lonc 
temps,  eil  det  terra  e  renda.  e 
tint  [L  :  tuit)  li  princep  eil  gran 
baron  li  fazian  trop  grant  honor. 
e  de  granz  bonas  auenturas  ac 
lôc  temps.  (/.  37 v°)  mas  molt  li 
camieron  las  bonas  auenturas  e 


uengron  li  las  malas  qti«l  perdet 
los  amies  e  las  amigas  el  pretz  e 
lonor  e  lauer  et  enaissi  si  rendet 
en  lorde  de  sistel  e  lai  el  moric. 

Amautz  de  menteil  *  sifo  del 
uescat  de  peirargos  dun  castel  qe 
auia  nom  meroil  e  fon  clergues 
de  paubra  generacion  e  car  el 
non  podia  uiure  per  la  soas  letras 
el  sen  anet  per  lo  mon  e  si  saubia 
ben  trobar.  e  sentendeten  la  cort 
de  la  contessa  de  burlac  qe  era 
fillja  del  pro  conte  raimon  muiU 
lier  del  ucRConte  de  bezers  qe 
auia  nam  Tailliafer.  et  aqest  nar- 
nautz  era  auinenz  honi  de  la  per- 
sona.  e  chantaua  ben  e  legia 
romanz  e  la  contessa  sil  fazia 
grant  ben  e  grant  honor  et  aquest 
si  senamora  en  ella  e  si  fazia 
chanzos  de  la  contessa  mas  no 
lauzaua  dir  ad  ella  ne  a  negun 
pro  nom  qel  las  agues  f ^itas  anz 
dizia  qautres  las  fpizian.  mas  si 
auenc  qamors  los  forsa  tant  qu€l 
fes  una   canzon  délia  (/*.  38  r^)  la 


1  Cette  biographie  et  les  chansons  d'Arnaut  de  Merueil  manquent 
dans  la  copie  complémentaire  du  chansonnier  de  Bemart  Amoros  conte- 
nue dans  les  trois  cahiers  manuscrits  du  fonds  Campori  de  la  biblio- 
thèque de  Modène,  de  même  que  les  poésies  de  Folquet  de  Roman.  Une 
note  à  la  page  500  en  donne  T explication  :  «  Arnautz  de  Merueil  si  fo 
del  vescat  et  cetera  sono  copiate  tute  le  sue  al  altro  libre.  »  Comparez 
une  note  analogue  pour  la  biographie  biffée  et  les  chansons  omises  de 
Guillem  de  Montagnhagout  à  la  page  379  :  «  Non  debbe  esser  scancellata 
la  vida  seben  le  canzone  non  son  copiate  per  esser  ne'  libri  hauti  dal 
Gaddi  e  dall' Adriani  (voir:  Die  beiden  altesten  prov.  Gramm.  heraus- 
geg.  V.  E.  Stengel  Marburg  1878,  S.  IX)  ».  M.  Bertoni  veut  identifier  le 
ms.  du  cav'«  Gaddi  au  ms.  de  la  Laurenziana  ou  plutôt  à  c*  (l'ancienne 
copie  de  c  de  ma  propre  bibliothôque)  et  le  ms.  de  Marcello  Adriani 
au  ms.  F'.  Il  faut  pourtant  noter  que  ni  c  ni  c'  ne  contient  aucune  des 
poésies  de  Guillem  de  Montagnhagout,  et  que  le  ms.  F'  n'ajoute  aucune 
variante  au  texte  des  poésies  de  ce  troubadour. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS  271 


cals  comenset  la  franca  capte- 
uenzaqeu  non  pose  oblidar.  Et  en 
aqtiesla  chanzo  el  li  descobri  la- 
mor  qelli  auia.  e  la  contessa  non 
lesq'met  anz  eniendet  sos  preces 
e  lo  receap  el  grazi.  e  garni  lo  de 
granz  arnes.  e  fes  li  gran  honor  e 
det  li  baldeza  de  trobar  délia  e 
uenc  honratz  hom  de  cort.  e  si 
fes  main  tas  bonas  canzos  de  la 
contessa.  en  las  qals  el  mostret 
qu€l  nac  granz  bes  e  grans  mais. 

Daissi  enan  son  escrichas  ten- 
zoB  de  donas  e  de  caualiers.  e 
comenza  la  tenzos  den  foie  e  de 
siegnher  narnaut  e  den  guillem. 

{f.  38  V)  Aissi  son  escrig  li  nom 
dels  trobadors  qe  son  en  aqest 
libre  e  van  luns  après  laatre 
aissi  eon  eill  son  eserig  * . 

1.  En    Girautz   de   bornell  * 

[=n«l-53 
18.  Bemartz  de  ventadorn  *  = 

[54-86. 
26.  Amautz  daniel  •  =  87-96. 
30.  Folquetz  de  marseillia  *  = 

[97-114. 
35.  Peire  vidais   •    =115-132. 

43.  Peiredaluerngne=  133-137. 

44.  Gaucelmsfaiditz  *=  138- 17 1 . 


55.  Peirols*     =  172-196. 
61.  Peire  raimonz  de  tolosa  = 

[197-201 
63.  Jordan  bonel  de  cofemet  = 

[202. 
63.  Raembautz  daurenga=203- 

[225. 

69.  Gaubertz    de    poneibot    lo 

[raonge  *  ==  226-227. 

71.  Peire  de  maenzae  (manque 

[dans  a) 
71.  Ponz  de  capdueil  *  =228- 

[246. 
76.  La  contessa  de  dia  =s  247- 

[248. 
75.  Naimeric  de  Belenoill = 249- 

[253. 

78.  Bertran  dalamanno  =  254- 

[256 

79.  Peire  milon  =  257-264. 

81.  Raimon  Jordan  veseons  de 

[saint  antoni  =  265-267. 

82.  Ricas  nouas  =  268. 

83.  Gui  duissel  * 
85.  Peire  dugon 

85.  Guillem  de  sain  leider  * 
88.  Guillem  de  eabescaing 

90.  Nue  de  sain  sire 

91.  Nelias  de  barjols 

92.  Nelias  cairel 

93.  (/•.  39  n)  Naunerie  (l.  :  Nai- 

[merics)  de  roeehafica 

94.  Marehabrus 


Cette  liste,  déjà  publiée  par  M.  Bartsch  dans  le  Jahrbuch  f.  rom.  n. 
cngt.Lit.XIp.  13  ss,  est  iciimprimée  d'après  ma  collation  sur  le  ms.  —  M, 
Bertoni  a  publié  dam  le  Giorn.  stor.  di  lett.  ital.  v.  XXXI V  p.  121  ss, 
la  liste  correspondante  des  trois  manuscrits  de  Modène  (voy,  la  note  ci- 
dessus  au  n*  50J  et  il  vient  d'en  publier  les  poésies  inédites  dans  les  Studj 
di  filologia  romanza  publicati  da  E.  Monaci  e  G.  de  Lollis  vol.  VIII 
p.  421-481. 

*  Un  •  indique  que  la  biographie  du  troubadour  précède  ou  précédait 
ses  chansons. 


272 


LE  CHANSONNIER  DE  RERNART  AMOROS 


99. 

Raimonz  de  miraual  * 

160. 

Perdigos  * 

107. 

Raembautz  de  vaqeiras  * 

162. 

Jaufre  rudel 

107. 

Nue  de  penna 

162. 

Arnautz  de  merueil' 

108. 

Naimerics  de  cariât  (=  sar- 

165. 

Giraudon  lo  ros 

[lat) 

166. 

Guillem  figueria 

109 

Naimerics  de  paeiluilan 

167. 

Foiquet  de  roman  ^ 

113. 

Nues  brunetz  ' 

169. 

Reforzat  de  très 

114. 

Alegretz 

169. 

(f39  1?°)  Luquetz  gatelus 

116. 

SerchamoDz 

170. 

Peire  cardenal 

117. 

Sadenetz  (ss  Cadenetz) 

170. 

Galega  panza 

119. 

Guillem     de     montaingna- 

170. 

Namoros  dauluc 

[gour  » 

171. 

llaumon  de  chastelnou 

120. 

Sordel  * 

171. 

Ricautz  bonomel  fraire  del 

121. 

Lafranc  cigala* 

[temple 

126. 

Bonifaci  calvo 

171. 

Porceual  douria 

130. 

PojoU 

172. 

Peire  de  castelnou 

131. 

Ricautz  de  berbezil 

172. 

Bertran  de  paris 

133. 

En  blachassetz* 

172. 

Duranz  sartres  de  carpen- 

135. 

(ou  133?)  Guillem  de  berga- 

tras 

[dan 

173. 

Kngenim    durre   de    valen- 

136. 

Albectetz  de  cestairon 

173. 

Giugo  de  cabanes        [tines 

139. 

Bertran  del  born 

173. 

Bertran t  Arraul  ^ 

146. 

BermoD  (  «>  Reimonz)  rascas 

173. 

Lo  princeps  dels  bauz^ 

146. 

Bernartz  martis 

174. 

Lo  fils  den  bertran  del  Bor. 

147. 

Bertrantz  de  pessatz  (  = 

[pessars) 

De  sai  enan   son  escrig  li 

148. 

Guillem  de  la  tor 

nom  dels  trobadors  que  fei- 

149. 

Lo  coms  de  peiteus 

ron  las  têzos  daqest  libre. 

149. 

Lo  mongens  de  montaudo 

En  foie  seigner  arnautz  e 

152. 

Arnautz  de  tintiguac 

guillem 

153. 

Peire  toigiers  {L:  rotgieis) 

Girautz  e  peirOnetz 

[de  Mirapeis 

Loste  e  guillem 

154. 

Girautz  de  calenzon  ^ 

Naugier  e  guillem 

155. 

Pis  tôle  ta 

5 

»  (f.  40  r°)  Cabdenet  e  guio- 

156. 

Daude  de  pradas 

net 

*  Voyez  la  note  à  la  page  270  —  s  Le  complément  de  Modènefait  pré- 
céder aux  trois  chansons  de  Gir.  de  Cal.  deux  de  Guillem  Adesmar.  Le 
compilateur  de  notre  liste  aura  sauté  le  nom  de  ce  troubadour.  — 
3  Voyez  la  note  à  la  page  270  —  ♦  Le  ms.  de  Modône  ayant  perdu  deux 
feuillets  à  cet  endroit,  la  fin  de  la  chanson  de  Guigo  de  Cabanes,  ainsi 
que  les  poésies  de  Bertrand  Arnaut  et  du  Prince  del  Bautz»  y  inscrites, 
n'existent  plus. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


273 


Nelias  e  son  cozin 
Luqetz   gatelus  e   bonifaci 

[caluo 
Jaufres  e  helyas 
Nelias  e  son  cozin  lo  cler- 

[gUÔ 

10  Sordel  e  johan 

Nebles  e  guillem  adesinar 
[{î.  :  adesmar) 

Nue    de    la    bachalaria   e 
[gaucelim  faidit 

Na  guillelma  e  lafranc  ci- 

[gala 

Albert  e  naimeric 
15  Rofin  e  domna  h. 

Raimon  e  lantelm 

Gui  duisel  e  ma  donna  na 

[maria. 

Sauaric  el  prebost 

Gaucelm  faiditz  e  sauarics 
[de  malleo  e  de  nue 
20  Jaufre  e  Rainaut 

Gaueelm  faidit  e  naimeric 

Guillem     de     bergadan    e 

[naumeric 

Albert  e  naimeric 

Dalfis  daluergne  e  peirols 
25  Gaueelm  faidit  e  raembaut 

Perdigo  e  gaueelm  faidit 

Gaueelm  faidit  e  albert 

Naugo  e  bauzan 

Bauzan  e  migo  {l.  :  nugo) 
30  Nelias  e  son  cozin 

Albert  e  raembaut 

Magnet  (^sMagret)  e  guillem 

(f,40ff^)  Nebles  e  son  segnor 

Segner  nisnartz  e  pel  estort 
35  Pomairol  e  guionet 

Guillem  de  sain  leider  e  una 

[dOna 

Vaquier  e  catalan 

Marchabrus  e  segner  nenric 


Simon  e  lafranc 
40  Guigo  e  joris 

Gui  duisel  e  rainaut 

Bertran  e  soa  domna 

Chardo  e  nugo 

Folqtiet  de  marseilla  e  totz 

[temps 
45  Albertz  e  gaudi 

Segner  e  lafranc  e  rubaut 

Jacme  e  lafranc 

Certan  (  =  Bertrau)  e  nugo 

Lo  comte  e  gaueelm 
50  Peire  de  mont  albert  e  gau- 

[celm 

Albertet  el  monge 

Guillem  e  lafranc 

Guillem  e  guizenet 

Pistoleta  e  blaeatz 
55  Bonifaci  el  Scot 

Lo  comte  e  narnaut 

Naesmar  e  miraual 

Peire  guillem  e  sordel 

Gauselm  e  son  cozin 
60  Bemartz  e  nelias 

Simon  e  lafranc 

Simon  e  lafranc 

(f,  40  r*  c,  2)  Ugon  e  ber- 

[tran 

Peirol  e  gaueelm 
65  Peirols  e  son  segnor 

Guillem  e  narnaut 

Madonna  nisabella  en  elias 

[cair[el] 

Lemozin  e  bemart  del  ven- 

[tadorn 

Guizenet  e  raembautz 
70  Lafranc  e  symon 

En  blaeatz  e  peire  vidais 

Bertran  de  gordon  e  peire 

[raimon 

Taurel  [ou  :  Jaurel)  e  falconet 

Simon  e  jacme  grill. 


18 


274 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  AMOROS 


TABLE  DES  CHANSONS 

DE   LA   PARTIE   DU   CHANSONNIER   BBRNART  AMOROS   CONSERVEE 
PAR  LES  M88.  a  C*  F*  (vOYEZ  LA  NOTE  A  LA  CHANSON  N*  50) 

d'après  la  liste  donnée  par  M.  Karl  Bartsch,  dans  son  Grundriss  zur 

Geschichte  der  provenzalUchen  Litteratur 

{*  désigne  les  chansons  tirées  de  c*,  «  celle  tirée  de  f*  J 


9.  7 

249 

70.35 

59 

167.  9 

150 

242.12 

58 

242.71 

47 

8 

250 

36 

54 

12 

162 

13 

34 

72 

33 

9 

253 

37 

79 

14 

165 

16 

6 

73 

27 

12 

252 

39 

80 

15 

155 

17 

15 

74 

46 

18 

251 

41 

56 

18 

149 

18 

17 

78 

42 

29.  1 

93 

42 

57 

19 

171 

19 

20 

80 

31 

3 

96* 

43 

70 

20 

146 

20 

18 

81 

45 

4 

90 

44 

74 

n 

159 

24 

23 

243.  2 

167 

8 

89 

45 

179 

27 

164 

25 

37 

273.  1 

202» 

10 

87 

76.  5 

256 

29 

160 

28 

32 

276.  1 

243 

12 

92 

11 

254 

30 

142 

29 

39 

323.  l 

38 

13 

94 

21 

255 

31 

145 

30 

36 

U 

136 

14 

88 

80.28 

121 

32 

lc8 

31 

2 

13 

133 

16 

91 

124.  1 

83 

33 

168 

34 

11 

14 

135 

17 

95* 

2 

84 

34 

161 

36 

12 

16 

137 

30.  6 

119 

7 

82 

35 

170 

39 

13 

18 

134 

46.  1 

248 

132.  8 

199 

37 

158 

40 

52* 

326.  1 

229 

2 

247 

133.  5 

122 

39 

156 

41 

1 

331.  l 

268» 

47.  8 

118 

155.  1 

105* 

40 

141 

42 

9 

349.  1 

260 

70.  1 

66 

3 

lor 

43 

147 

43 

10 

2 

264 

3 

55 

5 

103* 

44« 

153 

45 

28 

4 

262 

4 

68 

6 

ur 

45 

140 

46 

21 

h 

261 

6 

77 

7 

112* 

49 

157 

47 

4 

6 

257 

7 

69 

8 

109* 

51 

139 

48 

8 

7 

258 

10 

65 

9 

98 

52 

163 

49 

43 

8 

263 

12 

75 

10 

106* 

53 

151 

50 

131* 

9 

259 

13 

78 

11 

114* 

54 

166 

51 

7 

U 

265 

15 

61 

13 

246 

59 

143 

53 

14 

355.  5 

200» 

16 

72 

14 

107* 

61 

148' 

54 

29 

10 

197 

18 

63 

16 

100* 

62 

144 

55 

53* 

14 

201* 

19 

81 

17 

97 

173.  6 

227 

58 

3 

16 

198 

21 

76 

18 

102* 

14 

226 

59 

51* 

364.  3 

124 

22 

85 

20 

99 

194.  6 

237 

60 

16 

4 

126» 

25 

73 
67 
6S 

21 

113* 

242  1 

50* 

62 

5 

U 

129» 

27 
28 

22 

104* 

2 

49 

63 

40 

16 

120 

117 

23 

108' 

3 

41 

65 

22 

17 

132» 

29 

64 

27 

110* 

5 

25 

66 

30 

24 

130 

30 

86 

167.  2 

169 

6 

26 

68 

19 

25 

121 

31 

71 

4 

154 

7 

44 

69 

24 

31 

128* 

33 

60 

6 

152 

11 

48 

70 

35 

33 

115 

LE  CHANSONNIER  DE  BERNÂRT  AMOBOS 


275 


354.36 

110 

366.13 

194* 

372.  2 

230 

379.  2 

228 

389.21  220 

42 

127* 

14 

175 

375.  1 

238 

389.  1 

207 

22  222 

45 

123 

15 

196* 

4 

232 

3 

216 

23  217 

48 

125» 

16 

184 

7 

233 

4 

225 

28  221 

50 

131* 

19 

193* 

10 

240 

5 

209 

30  205 

366.  1 

189 

20 

176 

11 

241 

7 

204 

32  210 

2 

185 

21 

las 

13 

231 

9 

219 

36  203 

3 

192* 

22 

172 

14 

236 

12 

224 

37  215 

5 

187 

26 

195* 

18 

234 

13 

218 

40  213 

6 

177 

27 

178 

19 

239 

14 

223 

41  214 

8 

188 

29 

190 

21 

242 

16 

212 

404.  2  266 

9 

180 

31 

173 

22 

235 

18 

211 

4  191 

11 

186 

33 

182 

24 

244 

19 

208 

6  267 

12 

174 

34 

1«1 

25 

245 

20 

206 

il  265 

Ehrata  :  n»  58  =  B.  Gr.  70  (au  lieu  de  79),  22  -  no  167  au  Heu  de 
168  et  168  au  Ueu  de  167. 


GURGUS 


Lat.  gurgus  ;  formes  féminines  et  masculines 

en  provençal 

Gurgus  ne  m*était  connu  que  par  Du  Cange,  qui  en  cite 
plusieurs  exemples  tirés  des  chartes  italiennes  (charte  de  957 
en  particulier  dans  Muratori,  Scriptores  Rerum  Italicarum^ 
tom.  2,  part.  2,  col.  474  ;  cf.  Revue  des  Langues  Romanes^ 
43,  p.  69)  ;  ritalien  gorgo  '  réclamait  un  gurgus  plus  ancien 
et  qui  existe  réellement;  il  a  été  signalé  par  K.  Sittl 
{Zur  Beurteilung  des  sogenannten  Mittellateins^  in  Archiv.  lat, 
Lex.  II,  p.  578)  et  se  trouve  dans  un  vocabulaire  de  Tabbaye 
de  Saint-Gall.  Ce  gurgus  est  beaucoup  plus  que  gurges  le 
substratum  de  la  plupart  des  formes  provençales. 

Gurgetes,  donné  en  effet  normalement  ^our/ (Alpes,  Mistral], 
gourd  (forézien).  De  gurgum^  sont  dérivés  gourg,  gou  (Auver- 
gne), goure  (Alpes),  gurc  (Bordelais).  Gours  etgous  qui  exis- 
tent dans  le  Var  (Mistral,  s.  u.  gourg)  dérivent  de  gurgus 
considéré  comme  indéclinable  (cf.  corpus  ^  coz,  uimus]>t;i'n5, 
etc.).  Le  p  du  rouergat  gourp  s*explique  sans  doute  par 
l'analogie . 

On  a  ainsi  du  même  radical  une  double  forme,  masc.  goure ^ 
fém.  gourgo.  Le  même  fait  s*est  produit  en  provençal  pour 
d'autres  mots  :  en  voici  quelques-uns. 

Fructu  a  donné  fru^  frut,  fruc,  suivant  les  dialectes  ;  mais 
il  a  existé  aussi  dans  le  latin  vulgaire  une  forme  fructa  dont 
il  reste  de  nombreux  exemples.  K.  Sittl  {Loc,  cit.  ALL.  Il, 
p.  569)  en  cite  huit  dont  les  plus  anciens  se  trouvent  dans 
des  documents  publiés  par  Tardif  (ann.  693-697)  et  dans  les 
Formulae  Salicae  Bignonianae  {illa  décima  de  omnia  fructa. 
Form.  Bign.  236,5  ;  ibid,  230,24).  A  cette  forme  féminine  se 


1  Kôrtingdans  la  2*  édition  du  Lat.  Rom.  Wb.^ne  donne  que  gurges.. 
*  Une  déclinaison  gurges ,  gurgis  est  également  possible. 


GURGUS  27T 

rattachent  Titalien  fi^tta^  esp.  fruta^  port,  fructa  et  les  nom- 
breuses formes  provençales /V'wcAo,  fhiecho^frutjo^  f^uto^eic, 
suivant  les  dialectes.  Il  faut  noter  que  la  forme  féminine  a  le 
sens  collectif  en  provençal  :  ex.  la  frucho  aboundo  (ap«  Mistral 
=  lei  ft*uit8  sont  abondants. 

Voici  une  autre  formation  du  mâme  genre  :  horius  a  donné 
en  provençal  or/,  jardin,  petit  jardin.  La  forme  féminine 
horta  a  donné  orto^  orta,  grand  jardin  potager  en  langue- 
docien, campagne  en  général  en  provençal  (esp.  huerta^  ital. 
orta)  K.  Sittl  (ALL.  II,  569)  cite  de  horta  plusieurs  exemples 
dont  le  plus  ancien  est  de  744  ;  en  voici  un  autre  tiré  des 
Grùmatici  Veteres  (347,  23)  hortua,  ({ui  ne  peut  être  séparé  de 
horta. 

Notons  encore  que  si  ramus  donne  prov.  ram,  ran,  rama 
des  Gloses  de  Richenau  donne  prov.  rama^  ramo  (amas  de 
branches,  sens  collectif  comme  pour  frucho). 

Le  gaulois  beccu  est  représenté  en  provençal  par  le  mas- 
culin bec  et  par  le  féminin  bèco  dont  le  sens  est  plus  large 
[croc y  crampon^  Mistral,  Trésor,  s.  u  ). 

Le  représentant  provençal  de  discum  -  pour  discus  —  est 
desc  ;  mais  on  trouve  aussi  la  forme  féminine  desco  <^  disca. 
(A.  Horning,  Qroeber's  Zeitschrift  1901.  p.  740).  M.  Horning 
cite  au  même  endroit  le  prov.  empes  venant  de  impensum  ; 
la  forme  empeso,  venant  de  impensa^  est  signalée  en  Dauphiné 
par  Mistral. 

M.  P.  Gejer,  étudiant  les  traces  du  latin  gaulois  dans 
Marcellus  Empiricus  (ALL.  VIII,  475,  sqq  ),  note  le  mot  sablo 
de  sabulum  ;  sabulum  a  donné  la  forme  masculine  sable,  mais 
le  féminin  saplo,  saulo  (cf.  Mistral,  s.  u.)  et  Titalien  sabbia 
renvoient  à  sabula. 

Culcitra  donne  prov.  consséro;  le  masculin  cousser,  cosser 
est  attesté  en  ancien  provençal  et  remonte  sans  doute  à 
*cidcitrum. 

Un  traitement  à  peu  près  semblable  nous  est  attesté  par 
mietch,  miotch  <^  modiumet  tremèjo,  fr.  trémie  venant  de  tri- 
modia  * . 

'  Le  dauphinois  dia  que  Mistral  traduit  par  coup  de  doigt,  empreinte 
du  doigt^  s.  u.  detado  ne  représenterait-il  pas  la  même  chose  que  ital. 
dita  Tenant  de  *digita  ? 


278  BIBLIOGRAPHIE 

Ce  changement  de  genre  se  trouve  dans  les  noms  d'ani- 
mani,  mais  là  il  s'eiplique  mieux.  M.  P.  Oe^er  (/oc.  hud.), 
note  que  le  maac.  lacertus  (deux  fois  dans  Marcellus  Empi- 
ricus)  vit  en  français,  en  espagnol,  en  portagaia;  la  forma 
féminine  lacerta  (plusieurs  fois  dans  Marcellus  Empiricus)  vit, 
dit-il,  en  italien.  On  peut  ajouter  aussi  :  en  provençal  :  cf. 
Mistral,  s.  u.  ieserto,  forme  plus  rare  que  leiert.  De  même 
pour  merulus,  cité  aussi  par  M.  P.  Qeyer  :  en  espagnol  et 
en  italien  le  masculin  et  le  féminin  alternent  :  il  en  est  de 
même  en  provençal  où  l'on  a  généralement  fner/e(masc.)  mais 
aussi  tnerlo. 

La  formation  des  féminins  d'après  des  pluriels  nentres  est 
nn  fait  bien  connn  :  pratum  donne  fr.  pré,  prov.  prat  ;  mais 
le  fr.  prêe  et  le  provençal  prado  postulent  un  féminin  latin 
pratn.  On  le  trouve  en  effet  dans  les  Formulas  Andecauenses 
(5, 6)  et  dans  XasFormulae  Augierues  {pratas  legaturiat  3ù8,  3). 

En  revanche,  on  na  trouve  pas  de  forme  féminine  proven- 
cale  formée  sur  lectum  ;  seul  l'italien  tetta  renvoie  à  *  lecta 
(K.  Sittl,  ALL,  II.  570).  Mistral  note  simplement  le  genre 
féminin  donné  à  tiei  par  les  Niçards. 

i.  Anoude. 


BIBLIOGRAPHIE 


deret-  —  Paradoia  sur  le  Comédien,  odition  critique  aTBc  iniroductinn. 
notes,  fac-aimile,  par  Ernest  Duput.  Paris,  S'Kiélé  française  (Cimfiri- 
mcrie  et  de  librairie,  1902,  gr,  8". 

I«  15  octobre  et  lo  l"  novemlire  1770,  Grimm  insérait  dan»  sa 
•rretitondance  une  dJHSei'tation  qui  portait  ce  titre  :  Obtervatioat  de 
.  Diderot  sur  une  brochure  intitiUée  Garriek  ou  leê  Acteur*  anglait. 
lixante  ana  plus  tard,  en  1P30,  le  libraire  Sautalet  publiait  le  Para- 
xe  eur  le  Comédien,  qui  n'était  que  la  dissertation  de  1770  remaniée 
allongée  du  double  environ.  Par  qui  ce  remaniement  avuit-il  été 
:t?A  cette  question  tous  les  éditeurs  jusqu'ici  n'avaient  fait  qu'une 
|iODBe  :  c'était  Diderot  lui-m6mo  qui,  à  une  date  difficile  à  déterminer 
,  pour  mieui  dire,  à  plusioui's  dates  succeasives,  avait  repris,  iuter- 
lé,  transformé  son  opuscule. 


BIBLIOGRAPHIE  279 

Cette  solution,  en  apparence  si  simple,  du  problème  aurait  cepen- 
dant pu  soulever  quelques  objections. 

Diderot  se  répétait  volontiers  :  mais  il  y  a  vraiment  dans  le  Para- 
(ioM  un  bien  grand  nombre  de  passagesqui  rappellent  d*autres  ouvrages 
du  même  auteur  !  —  Diderot  pouvait  exprimer  des  idées  qui  lui 
fussent  communes  avec  Grimm,  avec  Meister,  avec  Jean-Jacques,  avec 
d'autres  encore  :  mais  ces  sortes  de  rencontres  sont  ici  bien  nom- 
breuses, et  elles  vont  parfois  jusqu'à  une  ressemblance  étrange  dans 
Texpression  !  —  Diderot  n^usait  pas  d'une  composition  bien  serrée  ni 
bien  méthodique  :  mais  pourquoi  cette  fois  semblait-il  avoir  pris  à 
tâche  de  gâter  un  écrit  dont  la  composition  était  nette  et  l'intérêt 
soutenu,  en  y  introduisant  après  coup  maintes  citations  ou  anecdotes 
peu  utiles,  en  y  multipliant  les  réflexions  froides  et  peu  en  situation, 
en  en  rompant  sans  cesse  le  développement  et  la  suite  des  idées?  — 
Diderot  n'écrivait  pas  toujours  d'un  style  très  châtié  :  mais  par  quelle 
malechance  se  trouvait-il  avoir  ajouté  dans  une  révision  toutes  sortes 
de  phrases  mal  faites  et  d'impropriétés,  en  même  temps  (chose  éton- 
nante de  sa  part  I)  qu'il  expulsait  les  façons  de  parler  familières  : 
changer  de  linge,  par  exemple,  ou  fourrer  tout  au  travers  f 

N'était-ce  pas  à  croire  vraiment  que  les  Observations  avaient  été 
revues  par  un  beaucoup  moins  grand  écrivain,  qui  avait  pris  à  tâche 
de  les  amplifier  au  moyen  d'emprunts,  notamment  d'emprunts  faits 
aux  œuvres  de  Diderot  lui-même  ;  qui,  donc,  avait  eu  ces  œuvres,  pour 
la  plupart  inédites,  à  sa  disposition  ;  qui  s'était  cru  le  droit  de  retou- 
cher ce  que  le  philosophe  avait  écrit  ;  et  qui  professait  des  idées  très 
arrêtées  sur  les  défauts  de  style  de  l'écrivain  ?  N'était-ce  pas  à  croire, 
en  un  mot,  que  le  Paradoxe,  sous  la  forme  où  nous  le  lisons  aujour- 
d'hui, était  l'œuvre  de  Naigeon,  Tami  et  le  confident  à  qui  Diderot, 
en  1773,  avait  voulu  que,  le  cas  échéant,  l'ont  confiât  ses  manuscrits  ; 
qui  avait  été  autorisé  par  Diderot  à  arranger,  à  revoir  et  à  publier 
une  partie  de  ses  œuvres  ;  et  qui  n'avait  pas  craint,  en  conséquence, 
d ^indiquer  ainsi  comment  il  comprenait  son  rôle  d'éditeur  :  «  Je  com- 
mence par  une  remarque  géoérale  qui  me  paraît  très  importante,  c'est 
que  je  ne  connais  aucun  manuscrit  de  Diderot  parmi  ceux  qui  ont 
quelque  étendue  qui  puisse  être  imprimé  dans  Tétat  où  il  l'a  laissé. 
Je  n  en  excepte  pas  même  les  meilleurs  ouvrages  de  cette  riche  col- 
lection. Ils  ont  tous  besoin  d'un  éditeur  qui  joigne  à  des  connaissances 
profondes  sur  divers  objets  un  esprit  juste,  et  surtout  un  goût  très 
•évère.  Ces  conditions  sont  d'autant  plus  nécessaires  pour  donner 
uoe  bonne  édition  des  manuscrits  de  Diderot,  quHI  avait,  en  écrivant 
ses  derniers  ouvrages,  deux  tons  très  disparates  :  un  ton  domestique 
et  familier  qui  est  mauvais,  et  un  ton  réfléchi  qui  est  excellent.  »? 

Si,  une  fois,  on  avait  soupçonné  Naigeon  d'être  pour  quelque  chose 


280  BIBLIOGRAPHIE 

dans  la  rédaction  définitive  de  ce  Paradoxe,  qa*il  n'a  pas  publié,  mus 
dont  il  a  parlé,  on  eût  pu  noter  encore  que,  pour  la  pensée  et  pour 
le  style,  cet  écrit  semble  en  plusieurs  endroits  porter  sa  marque,  et 
Ton  eût  pu  faire  la  preuve  morale  que  c'était  à  Naigeon,  non  à  Diderot, 
qu'il  fallait  s'en  prendre  de  la  plupart  des  défauts  que  Ton  trouve  dans 
le  Paradoxe  sur  le  Comédien, 

Cette  démonstration,  dont  nul  ne  s'était  avisé,  M.  Ernest  Dupuj  l'a 
faite  excellemment  dans  l'édition  que  nous  annonçons.  Mais  il  ne  s^en 
est  pas  tenu  là,  et  un  basard  beureux,  comme  il  n'en  arrive  guère 
qu*à  ceux  qui  le  méritent,  lui  a  permis  de  fournir  la  preuve  directe  et 
matérielle  des  remaniements  de  Naigeon.  M.  Dupuy,  en  effet,  a  décou- 
vert un  manuscrit  de  Naigeon,  qui  était  dès  l'abord  une  copie,  déjà 
allongée  et  remaniée,  des  Observations  de  Diderot,  et  qui  s*est  couverte 
ensuite  de  corrections  nombreuses  dans  les  interlignes,  ainsi  que  de 
longues  additions  marginales.  Ce  manuscrit,  à  son  tour,  ou  un  autre 
équivalent,  a  été  reproduit,  avec  deux  additions  nouvelles,  par  un 
manuscrit  de  Saint-Pétersbourg,  que  suivent  assez  fidèlement  les  édi- 
tions imprimées  du  Paradoxe,  Ainsi,  pour  mettre  sous  nos  yeux  toutes 
les  pièces  du  procès  et,  peut-on  dire,  pour  nous  permettre  d'assister 
au  travail  même  de  Naigeon,  M  Dupuy  n'avait  qu'à  faire  ce  qu'il  a 
fait  :  imprimer  face  à  face,  sur  deux  colonnes,  les  Observations  et  le 
contenu  du  manuscrit  nouveau,  soigneusement  pourvu  de  ses  variantes  ; 
accompagner  ces  deux  textes  de  celui  de  Saint  Pétersbourg;  et,  au 
bas  de  ce  dernier,  inscrire  tous  les  rapprocbements,  toutes  les  remar- 
ques littéraires  qu'il  comporte. 

De  ce  commentaire  très  savant  et  très  fin,  aussi  bien  que  de  la 
décisive  introduction  de  M.  Dupuy,  je  citerais  volontiers  quelques 
extraits  ;  mais  il  faut  laisser  au  lecteur  le  plaisir  d'étudier  les  argu- 
ments de  l'éditeur  dans  son  livre.  Ajoutons  seulement  que,  si  le  Para- 
doxe sur  le  Comédien  a  été  l'objet  d'une  collaboration  indiscrète,  il 
peut  en  avoir  été  de  même  d'autres  œuvres  de  Diderot,  publiées  tardi- 
vement, elles  aussi,  et  dont  les  manuscrits  n'ont  jamais  été  produits. 
Que  les  fureteurs  et  les  critiques  entrent  donc  avec  ardeur  en  campagne  ! 
M.  Dupuy  vient  de  leur  donner  l'éveil.  Eugène  Rioal. 

Piol  Glachant.  —  André  Chénier  critique  et  critiqué.  Paris,  Lcmerre, 
1902,  1  vol.  in-18  j.  de  lV-432  p.,  3  fr.  50. 

Quand  il  est  mort,  âgé  seulement  de  trente-deux  ans,  André  Cbé- 
nier  avait  plusieurs  fois  modifié  son  art  et  ses  tbéories  littéraires, 
sans  arriver  à  leur  donner  une  forme  définitive.  Ses  œuvres,  depuis 
1819,  ont  été  successivement  accrues  par  les  apporta  des  différents 
éditeurs,  sans  parvenir  encore,  au  XX®  siècle,  à  constituer  un  recueil 


BIBLIOGRAPHIE  ^81 

complet.  Il  était  naturel  que,  pour  ces  deux  motifs,  les  jugements  se 
multipliassent  sur  André  Chénier,  disparates  et  contradictoires. 

M.  Paul  Glachant,  à  son  tour,  apporte-t-il  un  jugement  nouveau? 
Oui,  puisque,  avec  plus  de  précision  que  ses  devanciers,  il  montre  ce 
que  Chénier  a  eu  de  classique,  en  quoi  il  se  rattachait  spécialement 
au  XV1II«  siècle  et  à  TEncyclopédie,  jusqu'à  quel  point  il  a  pu  être 
on  précurseur  pour  les  romantiques  et  surtout  pour  les  Parnassiens, 
comment  il  a  rétabli  dans  la  poésie  française  le  lyrisme,  et  quel  néO' 
clatncisme  il  tendait,  vers  la  fin  de  sa  vie,  à  inaugurer.  Mais  Tobjet 
propre  de  M.  Glachant  n  est  pas  de  juger,  une  fois  de  plus,  Chénier, 
poète  ou  prosateur. 

Son  livre  se  divise  en  deux  parties. 

La  première  :  André  Chénier  critique,  étudie  les  opinions  littéraires 
d'André  d*après  les  œuvres  antérieurement  connues  (comme  Tépitre 
à  Lebrun  et  le  poème  de  Vlnvention)  et  surtout  d'après  celles  que 
M.  Abel  Lefranc  a  publiées  depuis  Touverture  des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  nationale,  le  10  mai  1899.  Nous  avons  ainsi,  rapidement 
comparées  à  sa  pratique,  les  théories  du  poète  sur  la  poésie  lyrique, 
—  sur  la  poésie  épico-didactique,  —  sur  le  théâtre,  —  sur  la  pasto- 
rale, —  sur  l'élégie,  —  sur  la  satire,  —  sur  Tépltre,  la  fable,  le  conte, 
le  sonnet.  Des  vues  générales  de  M.  Glachant  rendent  particulière- 
ment neufs  et  instructifs  les  chapitres  sur  le  théâtre  et  la  satire. 

La  seconde  partie,  sous  le  titre  :  André  Chénier  critiqué,  forme  une 
bibliographie  raisonnée,  qui  rendra  de  grands  services.  Elle  se  divise 
60  trois  sections  :  diverses  phases  ae  l'histoire  du  texte,  —  livres  et 
articles  de  critique  sur  A.  Chénier  et  son  œuvre,  —  ouvrages  d'imagi- 
nation ayant  trait  au  poète,  à  son  histoire  et  à  ses  œuvres. 

Des  polémiques  et  des  appréciations  discordantes  sur  André  Chénier 
quelques  vérités  se  dégagent,  qui  semblent  définitivement  acquises. 
Ainsi  la  seconde  partie  du  livre,  dont  on  aurait  pu  croire  d'abord 
qu'elle  ne  tenait  en  rien  à  la  proiière,  conspire  avec  elle  à  nous 
montrer  combien  la  physionomie  littéraire  d^André  Chénier  a  été  chan- 
geante, quelles  difficultés  on  a  dès  lors  dû  éprouver  à  la  saisir,  et 
sous  quels  traits,  en  définitive,  il  parnît  juste  de  se  la  représenter. 

Eugène  Rigal. 

Firmery  (J.).  —  Notes  critiques  sur  quelques  traductions  allemandes 
de  poèmes  français  au  moyen  à«,'c  =  Annales  de  l'Université  de  Lyon, 
nouvelle  série,  II,  Droit,  Lettre:*.  Fascicule  8,  Part*,  Lyon,  1901 
[152  p.]. 

l-a  littérature  épique  allemande  du  Xlll<'  siècle  est  une  poésie 
d'imitation;  personne  ne  le  conteste  plus  aujourdui.  Les  Mumesanger 


282  BIBLIOGRAPHIB 

sont  avant  tout  des  traducteurs  ;  mais  il  ne  manque  pas  d'éditeurs 
allemands  de  leurs  œuvres  qui  déclarent  encore  actuellement  qu'en 
traduisant  ils  sont  restés  originaux  et  qui  prétendent  démontrer  que 
leurs  productions  sont  supérieures  aux  modèles  français  par  Télégance 
de  la  forme,  Tart  de  la  composition,  la  «  courtoisie  »  des  idées,  la 
profondeur  psicologique. 

Le  mode  de  démonstration  est  très  scientifique  en  apparence,  puis- 
qu'il repose  sur  des  statistiques.  L'éditeur  réunit  tous  les  passages 
où  la  traduction  diffère  peu  ou  prou  de  son  original  :  suppressions, 
amplifications,  additions,  changements  ;  puis  il  place  arbitrairement 
chaque  difféience  notée  dans  telle  ou  telle  catégorie  de  sa  statistique, 
de  manière  à  montrer  qu'à  chaque  fois  il  i  a  de  la  part  du  traducteur 
perf ec  tionnement 

Pour  éprouver  la  valeur  de  cette  démonstration,  M.  Firmerj  exa- 
mine chaque  fait  en  particulier,  non  plus  dans  une  statistique,  mais 
à  la  place  qu'il  occupe  dans  le  texte.  Il  commence  par  le  roman 
d'Eneas  et  la  traduction  allemande  qu'en  a  faite  H.  von  Veldeke.  11 
montre  que  cette  traduction  suit  pas  à  pas  l'onginal  et  que  toutes 
les  divergences  que  l'on  constate  proviennent  de  ce  qu'elle  est  en 
vers.  Le  stile  de  Veldeke  est  naturellement  lâche  et  traînant»  mais  la 
poursuite  de  la  rime  a  continuellement  obligé  le  traducteur  malabile 
à  cheviller,  à  accumuler  les  épitètes  inutiles,  à  délayer,  amplifier  et 
se  répéter.  Si  bien  que  sa  narration,  loin  d'avoir  une  allure  plus  vive 
que  celle  de  l'original,  a  pour  caractère  dominant  la  prolixité  et  la 
diffusion.  Lorsqu'il  i  a  dans  une  description  ou  dans  un  discours  des 
transpositions,  elles  ne  sont  pas  motivées  par  la  recherche  d'un  arran- 
gement meilleur,  mais  appelées  par  les  besoins  de  la  rime,  et  il  en 
résulte  le  plus  souvent  confusion  et  désordre.  D'idée  originale  et 
étrangère  au  modèle,  il  n'i  en  a  pas,  et  quand  dans  un  endroit  appa- 
raît un  développement  que  l'auteur  français  n'i  présente  pas,  il  est 
simplement  tiré  d'un  autre  passage.  En  somme  c'est  une  traduction 
gauche,  diffuse,  maladroite  et  misérable. 

Dans  la  traduction  du  Chevalier  au  lion  par  Hartmann  von  Aue, 
on  retrouve  les  traits  caractéristiques  de  celle  de  Veldeke,  mais  avec 
la  différence  du  talent  :  Hartmann  a  su  se  pénétrer  de  la  forme  agréable 
et  gracieuse  de  son  modèle  ;  sa  langue  est  d'une  limpide  clarté  et 
d'une  impeccable  élégance;  sa  versification  est  d'un  artiste.  Gottfried 
von  Strassburg  dans  son  Tristan  est  do  l'école  d'Hartmann  von  Aue 
en  ce  qu'il  a  donné  à  sa  traduction  un  caractère  plus  réfléchi  et  plus 
didactique  et  çà  et  là  une  couleur  plus  lirique  ;  mais  plus  encore 
qu'Hartmann,  il  est  élève  des  trouvères  français  et  il  a  su  s'approprier 
leur  manière  jusque  dans  les  moindres  particularités  du  stile  et  de 
la  versification.  Seulement  les  ornements  qu'il  leur  emprunte,  figures, 


BIBLIOORÂPHIB  S83 

antitèses,  jeux  de  mots  ou  de  rimes,  il  les  prodigue  avec  plus  d*abon- 
daoce  que  ses  modèles.  Quant  à  la  courtoisie  et  à  la  décence  dans 
la  peinture  de  Tamour,  c'est  encore  aux  poètes  français  que  les  ont 
empruntées  Hartmann  von  Aue  et  Gottfricd  von  Strassburg  ;  mais 
chez  leurs  prédécesseurs,  Veldeke,  Herbert,  Otte,  la  pudeur  dos 
descriptions  est  souvent  remplacée  par  une  insistance  brutale  et 
grossière  sur  les  détails  les  plus  crus  et  les  plus  obcènes. 

En  somme,  la  prétendue  démonstration  des  éditeurs  allemands  est 
complètement  retournée  par  M.  Firmery,  et  il  résulte  de  son  étude 
que  les  Minnesànger  sont  non  seulement  les  élèves  et  les  traducteurs 
des  poètes  français,  mais  que  leur  originalité  est  nulle  et  leur  supé- 
riorité artistique  introuvable. 

Maurice  Grammont. 


Oréant  (D'  K.)  —  Die  Leygues*che  reform  der  franzôsischen  syntax  und 
orthographie  und  ihre  berechtigung,  Bielefeld,  Karlsruhe  1901  [30  p.]. 

Le  26  février  1901,  M.  Leygues,  notre  ministre  de  Tinstructiou 
publique,  a  pris  un  arrêté  rendant  exécutoires  les  réformes  relatives  à 
la  simplification  de  la  sintaxe  française,  sur  lesquelles  Taccord  venait 
de  s'établir  entre  le  Conseil  supérieur  de  Tinstruction  publique  et 
TAcadémie  française.  Ces  réformes  portent  sur  des  points  très  divers 
et  larrèté  les  énumère  successivement,  mais  ne  les  justifie  pas. 
Comme  il  8*agit  la  plupart  du  temps  de  règles  pour  lesquelles  Pusage 
a  varié  aux  différentes  époques,  ou  bien  d'un  usage  nouveau  tendant 
à  se  substituer  à  Tusage  ancien,  M.  Oréans  a  cru  faire  œuvre  utile 
en  résumant  brièvement  Tistoire  de  chaque  question.  Les  faits  qu'il  a 
rassemblés  étaient  connus  et  épars  un  peu  partout,  mais  nulle  part 
réunis.  11  les  expose  d'une  façon  très  succinte  et  sans  aucune  préten- 
tion à  une  originalité  que  le  sujet  ne  comportait  pas.  11  s*est  abstenu 
d'ailleurs  généralement  de  juger  la  réforme;  mais  l'impression  qui 
se  dégage  de  Tensemble  est  plutôt  une  approbation. 

Et  en  effet  en  général  il  n*i  a  qu'à  approuver;  mais  nous  devons 
reconnaître  que,  puiitqu'il  s^agit  d'une  simplificationt  il  est  mauvais 
de  tolérer  plusieurs  usages  côte  à  côte.  Si  la  tolérance  est  recom- 
mandable  en  matière  religieuse,  dans  les  autres  domaines  elle  n*est 
qu'anarchie  et  confusion.  Ceux  qui  peuvent  ordonner  que  la  sintaxe 
et  Tortografe  soient  enseignées  conformément  à  certains  principes, 
ont  évidemment  qualité  pour  réglementer  ces  principes.  Ils  ont  le 
droit  de  rendre  des  décrets  relatifs  à  une  simplification  ;  ils  on  ont 
même  le  devoir.  Mais  il  faut  que  les  simplifications  proposées  soient 
réelles  et  reposent  sur  la  logique.  Une  tolérance  ne  peut  être  admise 
que  pour  une  période  de  transition;  il  est  nécessaire  den  venir  bien 


284  BIBLIOGRAPHIE 

vite  à  des  règles  fixes.  Ainsi,  à  propos  du  mot  gêna,  Tarrétë  déclare 
qu'won  tolérera,  dans  toutes  les  constructions,  l'accord  de  l'adjectif 
au  féminin  avec  le  mot  gens,  Ex.  :  instruits  ou  instruites  par  l'expé- 
rience ^  les  vieilles  gens  sont  soupçonneux  ou  soupçonneuses  ».  La  con- 
struction avec  tous  les  mots  au  féminin  est  seule  logique  au  point 
de  vue  moderne,  et,  comme  le  dit  M.  Oréans,  elle  constitue  une  sim- 
plification qui  est  fondée  à  la  fois  sur  Tancien  usage  et  rétimolog:e. 
Mais  pourquoi  ne  pas  écarter  Tautre?  Même  lorsque  le  double  usage 
a  existé  autrefois,  ce  n'est  pas  une  raison  suffisante  pour  le  tolérer 
ou  le  réintroduire  aujourdui  :  u  Avec  une  négation ,  on  tolérera 
l'emploi  du  mot  aucun  aussi  bien  au  pluriel  qu'au  singulier.  Ex.  :  ne 
faire  aucun  projet  ou  aucuns  projets  ».  C'est  l'usage  ancien  sans  doute, 
mais  nous  sommes  des  modernes.  Pour  nous,  aucun  avec  une  néga- 
tion est  l'équivalent  de  pas  un  :  Il  ne  fait  aucun  projet  vaut  il  ne  fait 
pas  un  projet  ;  si  l'on  veut  se  rendre  compte  de  ce  qu'il  i  a  de  bar- 
bare à  écrire  aujourdui  aucun  Avec  un  s  dans  ce  cas,  on  n'a  qu'à  pren- 
dre un  exemple  comme  :  Il  n^a  fait  aucun  acte  coupable,  mettre  un  s 
à  aucun  et  prononcer  :  il  n'a  fait  aucun  z  actes  coupables, 

«  On  tolérera  l'absence  de  trait  d'union  entre  le  verbe  et  le  pronom 
sujet  placé  après  le  verbe.  Ex.  :  est  il  ?  »  Sans  doute  encore,  comme 
nous  le  dit  M.  Oréans,  c'est  l'usage  ancien,  mais  ce  trait  d'union 
n'est-il  pas  un  bénéfice  pour  notre  ortografe?  Si  on  écrit  «s^  t7,  com- 
ment écrira-t-on  aime-t-Hf  11  ne  faut  pas  oublier  qu'une  ligne  écrite 
n'est  souvent  intelligible  que  grâce  aux  ressources  de  Tortografo 
usuelle  et  qu'une  écriture  strictement  fonétique  serait  dans  la  pratique 
une  source  continue  d'erreurs.  Si  Tauditeur  comprend  ce  qu'on  lui  dit, 
grâce  à  la  prononciation  avec  les  diverses  intonations  qu'(  lie  com- 
porte et  souvent  grâce  aux  gestes  qui  l'accompagnent,  le  lecteur  a 
besoin  d'être  averti  par  des  signes  particuliers  qui  les  remplacent. 
De  là  l'invention  des  points  d'interrogation  et  d'exclamation,  par 
exemple.  Presque  toutes  les  fois  qu'une  confusion  était  à  craindre, 
l'ortografe  usuelle  a  trouvé  un  moyen  de  l'éviter.  Ainsi  à  l'époque  où 
l'on  ne  disposait  que  d'un  seul  et  même  signe  pour  Vu  et  le  v,  on  a 
imaginé  de  mettre  un  h  devant  la  sillabe  initiale  ui-  pour  empêcher 
qu'on  ne  fût  tenté  de  lire  vi-  et  de  confondre  par  exemple  le  mot  uitre 
(huttre)  avec  vitre,  L'ortografe  espagnole  est  citée  partout,  et  avec 
juste  raison,  comme  un  modèle  de  simplicité  ;  elle  a  néanmoins  eu 
recours  au  même  procédé  dans  une  situation  analogue.  11  s'agit  de  la 
sillabe  initiale  ue-  qu'elle  a  fait  précéder  d'un  h  pour  qu'on  ne  la  prît 
pas  pour  t?e-  et  qu'on  ne  lût  pas  veso  par  exemple  le  mot  hueao  «  os  », 
ce  qui  aurait  amené  une  confusion  avec  beso  «  baiser  ».  Aujourdui  Vu 
et  le  V  sont  suffisamment  distincts  pour  que  1'^  soit  devenu  inutile 
dans  ces  cas  particuliers  ;  mais  en  principe  on  ne  doit  pas  rejeter  un 


BIBLIOGRAPHIE  2B5 

moyen  diacritique  inventé  par  Fortografe  uaaelle,  tant  qu*il  peut 
rendre  des  services. 

Il  i  a  des  distinctions  subtiles  qui  ont  été  introduites  assez  tard 
dans  notre  langue  par  une  recherche  de  grammairiens  et  dont  les 
titres  de  noblesse  ne  remontent  pas  très  aut  ;  est-ce  une  raison  pour 
les  supprimer?  en  aucune  manière.  Une  nuance  de  plus  dans  une 
langue,  c*est  un  gain,  et  la  beauté  artistique  des  langues  est  due  aux 
affinements  successifs  qu'i  ont  introduits  au  cours  des  siècles  les  écri- 
vains, les  grammairiens  ou  d'autres  encore.  L'arrêté  «  permet  d'écrire 
indifféremment:  elle  a  Vair  doux  ou  douce  ».  Sans  doute  dans  cet 
exemple  le  sens  est  au  fond  à  peu  près  le  même  dans  les  deux  cas. 
Mais  si  vous  êtes  assis  à  une  table  qui  n'est  pas  d'aplomb^  qui  chan- 
celle, vous  pourrez  dire  u  cette  table  a  Pair  boiteuse  »,  non  pas 
«  boiteux  ».  L'accord  n'est  donc  pas  indifférent  dans  cette  tournure. 
Voici  qui  est  plus  grave  :  «  Lorque  deux  adjectifs  unis  par  et  se 
rapportent  au  même  substantif  de  manière  à  désigner  en  réalité  deux 
choses  différentes,  on  tolérera  la  suppression  de  l'article  devant  le 
second  adjectif.  Ex.  :  L'histoire  ancienne  et  moderne,  comme  l'hietoire 
anctenne  et  la  moderne  ».  M.  Oréans  fait  observer  qu*on  supprimait 
déjà  l'article  quand  les  deux  adjectifs  et  le  substantif  désignent  un 
ensemble,  un  groupe  de  choses,  expriment  une  idée  unique  :  L'anti- 
quité grecque  et  romaine  («  klassisches  »  altertum)  ;  mais  il  devrait 
ajouter  que  ce  n*est  pas  ici  le  même  cas,  puisqu'il  s'agit  dans  la 
règle  de  u  deux  choses  différentes  ».  L'histoire  ancienne  et  moderne 
c'est  Vistoire  d'une  manière  générale  ;  l'histoire  ancienne  et  la  moderne 
ce  sont  deux  istoires  ou  deux  périodes  de  Tistoire  considérées  indi- 
viduellement. De  même  :  Le  chien  bkmcet  noir  désigne  un  seul  chien, 
k  chien  blanc  et  le  noir  en  désigne  deux.  11  n'i  a  plus  ici  affaire 
d'accord  ou  d'ortografe  ;  c'est  au  fond  même  de  la  langue  que  l'on 
touche  et  c'est  une  maladresse  de  s*i  attaquer.  C'est  courir  du  reste 
à  on  échec  certain.  La  tolérance  proposée  ne  simpliiSe  rien,  elle 
fausse  le  sens.  Dans  ce  cas  on  peut  s'offrir  des  décrets  et  des  lois  à 
volonté  :  ils  resteront  vains. 

Ce  qu'il  fallait  réglementer  c'est  notre  ortografe  ;  il  fallait  la  sim- 
plifier en  la  débarrassant  des  chinoiseries  sans  nombre  dont  elle  est 
érissée.  On  écrit  trafiquant  à  côté  de  fabricant,  holocauste  à  côté  de 
olographe,  rythme  à  côté  de  diphtongue,  embonpoint  avec  un  m  devant 
le  b  et  un  71  devant  \e  p, pJionétique  en  face  de  fantastique,  néphréti^ 
qw  en  face  de  frénésie,  triptyque  en  face  de  glyptique,  apocalypse  en 
face  de  éclipse.  C'est  là  qu'il  faut  porter  la  ache.  La  tolérance  en 
pareille  matière  est  une  utopie.  Dire  :  «  On  écrira  comme  on  voudra  », 
est  une  ineptie.  Dire  :  «  On  écrira  phonétique  avec  un /comme  fan^ 
^ottique  »,  n'est  point  une  simplification,  mais     une    complication^ 


266  filBLIOGHÂPHlE 

puisque  c^est  ajouter  un  cas  particulier  à  d^autres  cas  particuliers. 
La  seule  manière  logique  de  formuler  une  règle  en  matière  d'orto- 
grafe,  la  seule  qui  soit  une  simplification  est  la  suivante  :  «  Le  groupe 
ph  sera  remplacé  par  un/  dans  tous  les  mots  où  il  existe  encore  et 
il  disparu itra  de  Tortografe  française  ». 

Voilà  le  genre  de  réformes  qui  s*imposent.  Mais  supprimer  les 
nuances  d'une  langue  parce  qu'il  i  a  des  gens  qui  ne  les  sentent  pas, 
c'est  du  démocratisme  mal  compris,  c*est  aussi  chimérique  que  de 
vouloir  égaliser  les  fortunes  ou  les  intelligences. 

Maurice  GraMmokt. 


E.  Boorciei.  —  Les  mots  espagnols  comparés  aux  mots  gascons  (époque 
ancienne),  Bordeaux^  librairie  Féret,  io-8«,  23  p.  [Extrait  du  Bulletin 
hispanique,  octobre -décembre  1901]. 

Le  titre  de  Tarticle  de  M.  Bourciez  est  un  peu  trop  vaste  en  com- 
paraison du  sujet  traité.  M.  Bourciez  nous  avertit,  d*aille.urs,  dès  le 
début,  qu'il  recherche  simplement  les  origines  de  quelques  analogies 
lointaines,  anciennes,  entre  le  gascon  ou  le  béarnais  et  TespagnoL 
M.  Bourciez  —  qui  a  été  récemment  indulgent  pour  quelques-unes 
des  théories  de  M.  Mohl  (cf.  Revue  critique,  1901,  11,  151)  —  appli- 
que à  ses  hypothèses  cette  méthode  rigoureuse  qui,  dans  le  domaine 
scientifique,  sait  arrêter  les  écarts  delà  «  folle  du  logis  m.  Le  résultat 
en  est  que  les  conclusions  d'une  étude  si  hérissée  de  difficultés  sont, 
dans  Tensemble,  parfaitement  vraisemblables. 

Les  relations  ont  toujours  été  assez  étroites  entre  TAquitaine  et  la 
péninsule  ibérique:  à  Tépoque  romaine  plus  qu'en  tout  autre  temps. 
De  là,  dans  le  vocabulaire  des  deux  pays',  un  certain  fonds  com- 
mun. Ces  analogies,  d'ailleurs,  débordent  quelquefois  l'Aquitaine  et 
on  les  retrouve  en  Languedoc.  ^ 

Certains  mots  dérivés  du  latin  classique  sont  peu  probants;  on  peut 
dire  d'eux  qu'ils  paraissent  avoir  été  plus  favorisés  dans  la  région 
ibéro-aquitanique  :  ainsi  soly  napus  ;  lucrare,  latrare,  etc.  Mais  M.  B. 
reconnaît  que  ccLsa  est  commun  à  la  plupart  des  langues  romanes  (le 
fr.  chez  prouve  qu'il  a  été  populaire  même  dans  la  France  du  Nord  ; 
à  rapprocher  du  béarnais  a  ca«6,  l'expression  ad  casam  que  j'ai  relevée 

i  Peut-être  aussi  pourrait-on  examiner  si  leur  syntaxe  n*a  pas  quelque 
trait  commun. 

s  Faut-il  expliquer  celles-ci  par  des  infiuences  ibériques  ou  sont-elles 
dues  à  des  emprunts  modernes  ?  Il  est,  en  tout  cas,  vraisemblable  que 
les  Ibères  ont  occupé  une  partie  de  la  Narbonnaise  (cf.  Grundriss  de 
Grœber,  I,  299;  A.  Darmesteter,  Rev,  Celt,,  1901,263). 


BIBLIOGRAPHIE  ig87 

dans  les  chroniques  de  Frédégaire^  Revue  de  philologie  française^ 
1900,  p.  151). 

D*autres  exemples  sont  plus  probants  :  Saltuêf  abies,  calcaneum, 
pemOf  etc.  Mais  encore  ici  tous  ces  mots  n'appartiennent  pas  exclu- 
sivement à  la  région  ibéro-aquitanique  :  pèmo  est  encore  connu  en 
narbonnais  avec  le  sens  de  quartier^  portion  d'un  tout;  *  abetem  pour- 
rait bien  vivre  encore  dans  le  narb.  àbetê,  employé  exclusivement  au 
pluriel  et  servant  à  désigner  les  balles  du  blé  qui  se  séparent  du  grain 
au  dépiquage  et  qui  ress  emblent  aux  enveloppes  du  même  genre  qui 
s*entas8ent  au  pied  des  sapins.  En  revanche,  les  représentants  de 
larem  et  de  cuna,  de  faecem  et  de  taxum^  des  mots  abstraits  comme 
metam  et  fatum  viennent  confirmer  la  thèse  de  M.  Bourciez. 

Elle  se  trouve  confirmée  également  par  nombre  de  formes  tirées  du 
latin  vulgaire  :  Fesp.  pàjaro  et  le  béarnais  passaroo  renvoient  tous 
deux  SLU  passar  de  VAppendix  Probi;  béam.  cufiat,  esp.  cufiado  ren- 
voient tous  deux  à  *  cûgnatus.  A  propos  de  cAaZar«  j*ajouterai  que  le 
narbonnais  dit  calkà  (avec  l  mouillé),  qui  me  parait  être  emprunté  à 
Tespagnol.  L'hypothèse  de  de{la]xare,  pour  expliquer  les  dérivés  de 
lazare  conmiençant  par  d  n^est  pas  heureuse;  on  connaît  assez  la  ten- 
dance contraire  qu'ont  eue  les  populations  romanes  à  faire  revivre  le 
simple  dans  les  composés  et  môme  à  Toccasion  à  y  replacer  l'accent. 
La  différenciation  de  /  en  ri  ne  me  parait  pas  plus  admissible  qu'à 
M.  Bourciez.  L'analogie  seule  doit  expliquer  ces  formes  :  faut-il  voir 
ici  l'influence  des  verbes  dare^  donarel  M.  B.  étudie  ensuite  quelques 
dérivés  communs  aux  régions  ibériques,  *nidale,  *  d  extraie  (mais 
celui  ci  existe  aussi  en  provençal,  cf.  Mistral,  Trésor,  s.  n.  des^ 
trau)  et  certains  mots  dont  l'évolution  sémantique  est  identique  dans 
les  mêmes  régions  *  (serrai  portus,  cibata,  dont  M.  B.  reconnaît  que 
remploi  ne  se  limitait  pas,  au  nord  des  Pyrénées,  à  la  seule  Aqui- 
taine). Le  béarnais  seubemay  —  à  côté  de  l'espagnol  madreselva 
(chèvrefeuille)  —  est  plus  significatif  et  Pemploi  de  natus  est  tout  à  fait 
probant.  Je  n'en  dirai  pas  autant  de  plicare  de  la  Siluiae  Peregri- 
natio;  il  n'est  pas  sûr  que  ladite  Silvia  soit  une  Aquitaine;  j'incline- 
rais même  à  croire  qu'elle  était  plutôt  provençale,  et  plega  pourrait 
être  aussi  ancien  en  provençal  qu'en  gascon.  ^ 

M.  Bourciez  a  étudié,  en  dernier  lieu ,  quelques  mots  d'origine 
indigène  qui  ont  passé  dans  les  parlers  romans  des  régions  ibériques. 

1  Secare  est  aussi  resté  vivant  dans  l'ouest  de  la  langue  d'oll,  où  Ton 
dit  encore  seier  du  blé  (Maine,  Bretagne). 

*  L*édition  Gamurrini,  malgré  les  mérites  de  ce  premier  éditeur,  est 
bien  faible  en  comparaison  de  l'édition  qu'a  donnée  récemment  Paul 
Oeyer  {Corpus  Script,  eccl.  lat. ,  t.  XXXIX). 


i^8S  BIBLIOGRAPHIE 

Mais  on  sait  assez  que,  sur  ce  point,  c^est  le  fonds  qui  manque  le 
plus.  Aussi  M.  Bourciez  n*en  a-t-il  traité  que  quelques-uns  (ctMco^ 
Uum,  *arUga,  arrogium,  esp.  arroyo,  etc.)*  Je  ne  sais  pas  quel  chan- 
gement de  sens  le  lang.  conscoulho  en  est  arrivé  à  signifier  constitua 
tion:  a  houno  conscoulho  ==  U  a  bonne  consiituUoni  santé.  Le  mouUmn 
et  le  mourcmn  doivent  être  deux  mots  distincts  :  le  premier  ne  peut 
venir  que  de  mola;  cf.  prov.  amoulouna,  mettre  en  bas,  entasser. 
(Cf.  a.  fr.  meulony  meulonner,  in-Godefroy  ) 

11  y  a  donc  bien  quelque?  différences  locales  dans  le  latin  des 
Gaules  ;  mais  on  voit  à  quoi  elles  se  réduisent  pour  une  région  déter- 
minée. Il  se  peut,  sans  doute,  que  quelques  faits  aient  échappé  à 
M.  B.  et  que  des  travaux  ultérieurs  viennent  compléter  la  liste  des 
roots  qu'il  a  dressée;  mais  on  peut  dire,  a  priori,  que  les  additions  ne 
seront  guère  nombreuses  ;  et  si  Pon  veut  parler  un  jour  d*un  latin  de 
Provence  ou  d'Aquitaine  opposé  au  latin  de  la  Gaule  du  Nord,  il 
devra  rester  entendu  que  ces  dénominations  ne  se  justifient  que  par 
quelques  difierences  dont  le  nombre  ne  sera  jamais  suffisant  pour 
rompre  Tunité  du  latin  qui  est  à  la  base  des  langues  romanes. 

J.  Anoladb. 


Erratum. —  Notre  confrère  et  ami,  M.  Weudelin  Fœrster,  membre 
honoraire  de  la  Société  des  Langues  Romanes,  a  célébré,  le  26  octo- 
bre 1901 ,  le  vingt-cinquième  anniversaire,  non  pas  de  son  entrée 
dans  renseignement  supérieur,  comme  nous  Tavons  [dit  par  mégarde 
dans  le  numéro  de  janvier  dernier,  mais  bien  de  son  entrée  en  fonc- 
tions comme  professeur  à  TUniversité  de  Bonn  et  successeur  de  Diez. 

La  Rédaction. 


Le  Gérant  responsable:  P.  Hamblin. 


SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 
DU  PAPAGAI 


La  nouvelle  provençale  du  papagai,  Tun  des  rares  spéci- 
mens du  genre,  pose  à  Thistorien  un  problème  littéraire  que 
son  récent  éditeur,  M.  Savi-Lopez,  ne  paraît  pas  avoir  déûni- 
tivement  résolu  ^.  Si,  en  effet,  on  néglige  les  fragments  qui 
nous  en  sont  conservés  par  trois  autres  manuscrits,  le  chan- 
sonnier J  (Florence,  Bibl.  naz.,  F.  4776)  et  le  manuscrit  R 
(Paris,  Bibl.  nat.,  fr.  22553)  sont  les  seuls  à  nous  donner 
Tensemble  du  récit  ;  or,  si  dans  l'un  et  dans  Tautre,  sauf  des 
variantes  de  détail,  la  première  partie  est  identique,  la 
seconde  est,  dans  chacun  d*eux,  à  tel  point  différente,  que  nous 
avons  en  réalité  deux  récits  très  distincts  par  la  matière,  par  le 
ton  etpar  Tesprit.  Cestdonc  une  question  de  savoir  lequel  est 
le  récit  primitif  et,  comme  la  version  de  R  mentionne  expres- 
sément comme  son  auteur  un  Amaut  de  Carcasses,  dont  du 
reste  Ton  ne  sait  rien,  on  se  demande  si  cet  inconnu  fut  le 
premier  à  mettre  en  vers  notre  nouvelle,  dont  /  ne  nous 
aurait  conservé  qu*un  remaniement,  ou,  si  tout  son  mérite 
aurait  consisté  à  compliquer,  à  dramatiser  le  récit  plus  simple 
de  J,  en  lui  donnant  un  sens  et  une  portée  que  n'avait  pas  le 
récit  original. 
Les  deux  opinions  avaient  été  successivement  exprimées, 


'  Paolo  Sayi-Lopez.  La  NoTella  provenzale  del  Papagallo,  in-4'*,  82  pages, 
NâpoU,  1901  (Extrait  des  Atti  deWAccademia  di  archeologia ,  lettere  e 
6eWa  arti.  Vol.  XXI). 

XLv.  -  JuiUet  1902.  19 


290       SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

celle-ci  par  M.  Stengel',  celle*là  par  Bartsch*,  pour  qui  au 
contraire  Amaut  de  Carcasses^  auteur  de  la  version  con- 
servée par  Ry  était  bien  le  poète  du  texte  original.  Mais  le 
débat  ne  pouvait  être  tranché  qu'après  que  Ton  aurait  réuni 
et  étudié  tous  les  manuscrits.  Il  appartenait  donc  à  l'éditeur 
du  premier  texte  critique  de  départager  les  partisans  des  deux 
opinions  contraires,  et  c'est  ce  qu'a  fait  M.  Savi-Lopez,  en  se 
rangeant  très  nettement  à  l'avis  de  Bartsch,  qu'il  s'efforce 
d'appujer  de  nouveaux  arguments.  Pour  lui,  la  version  de 
R  est  bien  le  texte  original  et  par  suite  Amaut  de  Carcasses 
est  bien  le  véritable  auteur  de  la  nouvelle. 

Il  importe  pour  examiner  la  valeur  de  ce  jugement  de 
résumer  le  contenu  de  chacune  des  deux  versions.  Cette  ana- 
lyse précisera  celle  qu*a  donnée  M.  Savi-Lopez  et  apportera 
sur  un  point  essentiel  une  correction  nécessaire.  Ainsi  que 
nous  l'avons  déjà  dit,  le  début  est  identique  dans  les  deux 
récits.  Un  papagai  vient  au  nom  de  son  maître  Antipha- 
nor  supplier  une  dame  de  lui  accorder  son  amour.  La  dame 
commence  par  s'j  refuser  et  par  alléguer  l'attachement  qu'elle 
a  pour  son  propre  mari.  Mais  le  papagai  se  montre  si  éloquent, 
qu'il  parvient  à  la  convaincre.  Elle  promet  d'aimer  Antipha- 
nor  et  dit  expressément  à  son  messager  : 

Y.  108.     D*aitatf  lo  podetz  conortar 

Que  pels  vos  très  precx  Tamaray 
E  ja  de  luy  no*  m  partiray. 

Avec  ces  vers  s'arrête  la  concordance  des  deux  récits.  Il 
importe  de  le  remarquer  dès  à  présent,  car,  pour  n'en  avoir 
pas  tenu  compte,  M.  Savi-Lopez  a  entièrement  faussé  les 
conclusions  que  l'on  peut  tirer  de  la  comparaison  des  ma- 
nuscrits. 

Dans  Jt  après  cette  promesse  de  la  dame,  le  papagai  revient 
auprès  d'Antiphanor  qui,  sur  le  conseil  de  son  messager, 
s'empresse  d'aller  trouver  la  dame.  Celle-ci  le  fait  asseoir 
auprès  d'elle,  ne  lui  cache  pas  la  bonne  impression  qu'elle  a 


ï  Cf.  Rivistaldi  filologia  romanza  I,  36  sq. 

2  Cf.  Zeitschrift  fur  roman.  Philologie  II,  498-499. 


DU  d  PAPAÛAI»  291 

de  lui  et  lui  avoue  que,  cédant  aux  belles  raisons  àxxpapagai, 
elle  est  toute  prête  à  l'aimer.  Qu*il  lui  jure  seulement  de 
Taimer  d*un  cœur  sincère.  Antiphanor  se  déclare  prêt  à  jurer 
tout  ce  que  voudra  la  dame,  quand  celle-ci,  gagnée  sans  doute 
par  Taccent  de  sincérité  d'Antiphanor,  renonce  à  ce  qu'elle 
exigeait  et  s'abandonne  à  la  bonne  foi  de  celuiqu'elle  aime.  Les 
amants  se  livrent  à  leurs  transports  et  leur  joie  ne  prendrait 
pas  de  un  si  le  papagai  ne  revenait  en  toute  hâte  leur  annon- 
cer Tarrivée  du  mari  et  la  nécessité  pour  eux  de  se  séparer. 
Antiphanor  prend  congé  de  sa  dame  et  lui  fait  promettre 
qu'elle  lui  ménagera  bientôt  l'occasion  de  la  revoir.  Le  récit 
devrait  s'arrêter  là,  mais,  de  façon  assez  étrange,  Antiphanor 
répond  à  cette  promesse  par  de  nouvelles  protestations 
d'amour  qui  ne  remplissent  pas  moins  de  cinquante-six  vers. 
On  dirait  qu'il  tient  à  placer  le  serment  qu'avait  d'abord 
exigé  la  dame  et  dont  elle  l'avait  ensuite  dispensé.  Le  récit 
se  termine  après  qu' Antiphanor  a  donné  son  cœur  à  la  dame 
en  gage  des  promesses  jurées  par  lui  sur  l'Ëvangile. 

Dans  R,  la  dame  ne  se  contente  pas  de  promettre  au 
papagai  qu'elle  aimera  Antiphanor;  elle  lui  donne,  en  gage 
d'amour,  un  bel  anneau  et  un  cordon  de  fin  or  qu'il  remettra 
à  son  maître.  Elle  le  prie  de  retourner  en  hâte  auprès  de  lui 
et  de  le  ramener  dans  le  jardin  où  elle  les  attend.  Le  papagai 
rejoint  Antiphanor,  lui  rend  compte  de  sa  mission  et  lui 
remet  les  présents  remis  par  la  dame.  Mais  au  lieu  de  venir 
au  rendez- vous  donné,  tous  deux  se  préoccupent  du  moyen 
d'entrer  dans  le  jardin.  Le  papagai,  ingénieux,  a  un  plan  tout 
préparé:  il  mettra  le  feu  à  la  tour  qui  commande  l'entrée  et, 
grâce  au  désordre,  Antiphanor  pourra  arriver  jusqu'à  sa 
belle.  Celui-ci  renvoie  le  papagai  mettre  au  courant  de  ces 
dispositions  la  dame  qui,  de  son  côté,  s'inquiétait  de  savoir 
comment  Antiphanor  pourrait  la  joindre.  Séduite  et  rassurée 
par  le  plan  du  papagai^  elle  n*a  plus  qu'à  souhaiter  la  prompte 
venue  de  son  amant.  Tout  s'accomplit  comme  ils  l'ont  décidé. 
Avec  du  foc  grezesc^  le  papagai  met  le  feu  au  château  ;  la 
dame  profite  de  l'émotion  générale  pour  faire  entrer  Antipha- 
nor et  la  joie  qu'ils  ont  d'être  ensemble  est  telle  qu'ils  se 
croiraient  en  paradis.  Mais  le  papagai  revient  leur  annoncer 
qu'on  s'est  rendu  maître  du  feu  et  qu'il  leur  faut  se  séparer. 


ft92  SUR  LA   NOUVELLE  PROVENÇALE 

L*amant  prend  congé  de  sa  dame  et  s'en  va.  Le  rëoit  se  ter- 
mine par  quelques  vers  ou  Fauteur  Amaut  de  Carcasses  donne 
la  moralité  du  récit,  qui  est  fait  pour  railler  les  maris  jaloux 
et  leur  recommander  de  se  ûer  davantage  aux  inclinations  de 
leurs  femmes. 

Ces  deux  versions,  très  nettement  distinctes,  sont,  dans  leur 
fond,  également  acceptables.  Sans  doute,  dans  Jj  le  long  ser- 
ment d'Anliphanor,  qui  termine  le  récit,  a  quelque  chose  de 
choquant  et  nous  verrons,  qu'en  effet,  c'est  une  addition 
maladroite  au  texte  primitif.  De  môme  on  peut  trouver 
qu'il  ne  contient  pas  la  mention  expresse  de  la  séparation 
des  amants  et  du  départ  d'Antiphanor,  le  toat  pouvant, 
comme  dans  B^  former  la  matière  de  deux  vers^  Mais  nous 
n*en  avons  pas  moins  un  récit  qui,  dans  sa  simplicité,  donne 
à  Taventure  qui  fait  le  fond  de  la  première  partie  une  suite 
naturelle  et  vraisemblable.  D'autre  part,  la  version  A,  par  le 
développement  et  l'agrément  des  épisodes  qu'elle  imagine,  est 
plus  variée,  plus  dramatique  et,  si  l'on  veut,  plus  intéressante. 
Mais  de  cela  on  ne  peut  rien  tirer  touchant  l'antériorité  de 
Tun  ou  de  Tautre  récit.  Comme  M.  Savi-Lopez  l'a  reconnu 
lui-même',  un  texte  plus  simple  peut  provenir  d'une  rédac- 
tion plus  richement  développée  ou,  au  contraire,  celle- ci  peut 
n'être  que  le  développement  d'un  texte  originairement  plus 
sobre  et  moins  chargé  de  matière.  En  fait,  pour  trancher  la 
question  qui  nous  occupe,  nous  n'avons  comme  éléments 
d'information  que  la  comparaison  des  manuscrits  d'une  part, 
et  de  l'autre,  l'étude  attentive  du  contenu  de  ces  deux  récits. 


>  V.  304-305,         Antiphanor  s'en  toma  leu 

Gom  filhs  de  rey  ab  son  corrieu. 

'  Cf.  ioc,  cit.,  pp.  33  et  3i. 


DU   «PAPAGAI»  893 


Ce  qui  ressort  le  plus  clairement  de  la  comparaison  des 
manuscrits,  c'est  ce  que  nous  avions  tout  d'abord  soupçonné, 
que  la  longue  protestation  d'amour  qui  termine  le  récit  de  J 
n'en  faisait  pas  primitivement  partie.  Outre  qu'elle  prolonge 
hors  de  toutes  limites  l'entretien  des  amants,  alors  que  le 
retour  du  mari  leur  fait  de  la  séparation  une  nécessité,  les 
humbles  supplications  de  l'amant  et  la  demande  qu'il  fait  à  la 
dame  d'agréer  son  amour  *,  n'ont  pas  de  raison  d'être  si  on  les 
attribue  à  Antiphanor.  Celui-ci  n'est  plus  un  amant  en  expec- 
tative et  il  n'a  pas  à  souhaiter  les  menues  faveurs  de  l'amour, 
puisqu'il  en  a  déjà  goûté  les  réalités'.  Ce  n'est  donc  plus 
Antiphanor  qui  parle ,  et  le  long  monologue  de  ce  nouvel 
amant  est  complètement  étranger  à  la  conception  primitive  du 
récit.  Et,  en  effet,  dans  le  manuscrit  D  (Modène,  Chansonnier 
d*Este)  les  cinquante-six  vers  qui  forment  cette  addition  sont 
conservés  seuls  comme  un  morceau  à  part,  et  dans  le  manus- 
crit G  (Milan,  Bibl.  Ambros.,  R.  71)  qui,  à  quelques  feuillets 
d'intervalle,  contient  la  partie  commune  aux  deux  récits,  ce 
mâme  morceau  vient  après  la  pièce  d'Arnaut  de  Maruelh  Domna 
genser  qu'eu  no  sai  dir^  sans,  du  reste,  qu'on  puisse  l'y  ratta- 
cher avec  plus  de  vraisemblance.  Que  ce  soit  une  pièce  com- 

>  Cf.  Savi-Lopez,  loc.  cit,,  p.  66,  ▼.  41. 

E  vos,  dompna,  prometetz  me 
Qu'ab  franc  cor  et  ab  liai  fe 
Mi  retengatz  per  servidor , 
E  datz  mi  baizan  vostr'amor, 
E  levatz  pueis  de  ginoillos. 
On  eu  ai  estât  denan  vos. 

«  Cf.  Savi-Lopez,  loc.  cU,,  p.  60,  v.  279. 

Antiphanor  intr'el  vergier 
En  un  lieg  de  jotz  un  laurier 
Ab  sa  dona  s'anet  colcar, 
E  lunhs  hom  non  o  sap  contar 
Lo  gaug  que  fo  entre  lor  dos, 
Cals  pus  fo  de  l'autre  joyos. 
Vejaire  lor  es,  so  m'es  vis, 
G'aquo  sia  lur  paradis. 


29  4        SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

plète  en  elle -même  ^  ou  seulement  un  fragment  d*un  récit  plus 
important,  il  est  certain  qu'il  ne  fait  pas,  à  proprement  parler, 
partie  de  la  version  J  et  que  son  addition  est  le  fait  d'un  rema- 
nieur maladroit.  Enfin,  son  interoalation  entre  Tadieu  de  la 
dame  et  les  vers  qui  mentionnaient  le  départ  de  Tamant  a  eu 
pour  conséquence  de  faire  omettre  ces  vers  et  de  laisser  le 
récit  inachevé.  II  j  a  donc  eu  du  texte  de  J  un  état  antérieur  où 
Tadieu  de  la  dame  était  immédiatement  suivi  de  la  séparation 
des  amants,  et  c'est  cette  rédaction  primitive  qu'il  faut  com- 
parer avec  le  récit  de  R.  C'est  entre  eux  et  eux  seuls  que  se 
pose  la  question  d'antériorité  *.  Sur  ce  point  précis  il  semble, 
tout  d'abord,  que  Pétat  actuel  des  manuscrits  ne  puisse  guère 
nous  renseigner.  Nous  n'avons  pas  de  manuscrit  donnant  le 
texte  original  de  la  version  7,  et  quant  aux  deux  chansonniers 
J  et  A,  ils  sont  sensiblement  contemporains  et  de  valeur  à  peu 
près  égale.  Le  chansonnier  d'Esté  (Z>)'  est  à  écarter  puisqu'il 
ne  contient  précisément  que  le  domnejaire  et,  de  même,  on  ne 
saurait  faire  état  d'un  manuscrit  de  Florence  (Bibl.  Riccard., 
2756),  qui  n'a  conservé  qu'une  cinquantaine  de  vers  repro- 
duits par  le  scribe  au  hasard  de  la  mémoire^.  Reste  le  manus- 


1  C'est  Topinion  de  Bartsch  qui  la  rangeait  dans  cette  catégorie  des 
saluts  d*amour  auxquels  on  donne  le  nom  de  domnejaires.  Cf.  Grun<irisSy 
p.  41.  Il  faut  remarquer  qu'elle  ne  rentre  guère  dans  la  définition  donnée 
du  genre  par  M.  Paul  Meyer  dans  son  étude  sur  le  Salut  d'amour  dans 
les  littératures  provençale  et  française  (in  Biblioth.  de  VÊc.  des  Chartes, 
XXVIII,  p.  i24  et  sq.).  Mais  surtout  la  caractéristique  du  salut  d'amour 
la  formule  de  salutation,  fait  complètement  défaut,  et  il  faudrait  au  moins 
admettre  que  nous  n'avons  conservé  de  ce  salut  qu'un  texte  mutilé  dont 
les  premiers  vers  auraient  disparu.  En  tout  cas,  je  ne  vois  rien  qui  jus- 
tifie l'hypothèse  exprimée  dans  la  Romania^  XXXI,  169,  et  d'après  laquelle 
ce  domnejaire  serait  d'origine  italienne. 

•  Une  fois  cela  établi,  il  fallait  résolument  écarter  de  la  discussion  ce 
domnejaire  qui  dénature  le  récit  primitif.  On  pourrait  reprocher  à 
M.  Savi-Lopez  de  ne  pas  l'avoir  assez  fait,  et  quand  il  s'oflorce  de  carac- 
tériser le  récit  de  /d'avoir  tenu  trop  de  compte  de  cette  addition  étran- 
gère. 

3  Les  variantes  de  D  ont  été  publiées  par  Max  von  Napolski.^Gf.  Zeits- 
chrift  fur  roman.  Philologie^  II,  pp.  498-499. 

*  Cf.  Wesselofswski,  Romania,  VII,  326-329  et  Savi-Lopez,  loc.  cU., 
pp.  34  et  42. 


DU   «PAPAGAl»  295 

eritff  '  qui,  lui  aussi,  ne  contient  qu'une  partie  de  la  nouvelle, 
mais  dont  précisément  l'état  incomplet  a  fourni  à  Bartsch  et 
à  M.  Sayi-Lopez  un  argument  en  faveur  de  leur  thèse.  Le 
fragment  qu'il  nous  a  conservé  comprend  98  vers,  qui, 
sauf  les  yariantes  de  détail,  concordent  avec  le  texte  de  7,  et 
s'arrête  au  vers  140  du  texte  établi  par  Téditeur',  c'est-à-dire 
à  l'endroit  même  où,  d'après  Bartsch  et  M.  Savl-Lopez, 
commencerait  la  divergence  entre  les  deux  récits  de  J  et 
de  R,  La  concordance  de  (?  et  de  7  pour  les  vers  conservés 
en  commun  attesterait  leur  dépendance  d'une  même  source; 
d'autre  part,  comme  le  fragment  de  G  s'arrête  au  moment  où 
les  deux  récits  complets  de  B  et  de  J  commencent  à  dif  érer, 
cette  source  commune  à  6  et  à  J  ne  saurait  être  qu'un  texte  in- 
complet du  récit  primitif.  Le  manuscrit  G  aurait  respecté,  en 
quelque  sorte,  la  mutilation  de  son  modèle  et  l'aurait  repro- 
duit sans  chercher  à  le  compléter,  au  lieu  que  J  voulant  le 
compléter,  mais,  ignorant  la  suite  du  récit  primitif,  aurait 
comblé  la  lacune  en  inventant  de  toutes  pièces  un  dénouement 
convenant  tant  bien  que  mal  à  la  première  partie  de  la  nou- 
velle. Ainsi  serait  prouvé  ce  que  l'on  s'efforçait  d'établir,  à 
savoir  que  R  seul  représentait  le  récit  primitif  et  que  J  ne 
nous  en  offrait  qu'un  remaniement  postérieur. 


'  Les  variantes  de  G  ont  été  publiées  par  Max  von  Napolski,  loc.  cit., 
pp.  498-499. 

*  Ce  qui  diftérencie  G  de  /  c'est  Tabsence  des  vers  25-28  et  surtout  des 
Ters  55-76.  Ces  lacunes  ne  se  retrouvant  pas  dans  /?,  il  est  certain 
qu'elles  sont  le  fait  du  scribe  de  G.  Il  a,  semble-t-il,  voulu  reproduire, 
en  l'abrégeant,  le  récit  qu'il  avait  sous  les  yeux,  sans  se  douter  qu'en 
supprimant  les  vers  55-76  il  faisait  disparaître  du  dialogue  l'un  des  pas- 
sages les  plus  vivement  et  les  plus  agréablement  menés.  Toutefois,  l'on 
peut  dire  que,  d'une  façon  générale,  le  fragment  G  comprend  tout  l'en- 
tretien du  papagai  et  de  la  dame,  leur  séparation,  le  retour  du  messager 
auprès  d'Antiphanor  et  le  commencement  du  discours  où  il  lui  rend 
compte  de  son  ambassade.  Les  derniers  vers  sont  : 

Pois  li  a  dit  :  «  Senher,  jamays 
Non  er  noiritz  nul  papagays 
Qe  faza  tan  per  son  senhor 
Com  yeu  ay  fat  per  vostr'amor.  >. 

Us  correspondent  aux  vers  137-140  du  texte  de  M.  Savi-Lopez. 


I 


296        SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

Le  raisonnement  est  ingénieux,  mais  repose  sur  des  données 
inexactes.  Tout  d'abord,  il  n*est  pas  sûr  que  Ton  doive  consi- 
dérer le  fragment  de  G  comme  la  reproduction  d*an  texte 
incomplet.  Il  se  trouve,  en  effet,  dans  une  partie  du  manuscrit 
où  Tauteur  à  réuni  an  peu  pèle  mêle  et  comme  an  hasard  de 
ses  lectures  des  pièces  d'origine  très  différente  ^Peut  être  ne 
doit-on  pas  attribuer  une  très  grande  autorité  à  un  recueil 
dont  on  ne  se  représente  pas  mieux  la  composition.  De  plus, 
la  présence  dans  cette  même  partie  du  recueil  du  domnejaire^ 
si  surtout  Ton  admet  qu'il  n'est  lui-même  qu'un  fragment  d'un 
récit  plus  complet,  pourrait  nous  faire  supposer  que  c'était 
chez  l'auteur  un  parti  pris  de  ne  transcrire  pour  certaines 
œuvres  que  les  fragments  qui  l'intéressaient.  En  tout  caa,  pour 
expliquer  l'état  incomplet  de  (?,  l'hypothèse  de  M.  Savi-Lopez 
n'est  pas  la  seule  possible.  Pour  lui  ce  ne  peut  être  que  la 
reproduction  d'une  rédaction  tronquée  et  restée  incomplète. 
Avec  tout  autant  de  vraisemblance  on  pourrait  dire  que  le 
fragment  conservé  par  6r  est  un  extrait  fait  consciemment 
d'une  rédaction   complète  de  la  nouvelle.  Il  faudra  voir  si 
dans  le  récit  ainsi  coupé  et  limité  nous  ne  découvrons  pas  des 
caractères  et  une  unité  qui  expliqueraient  chez  l'auteur  du 
manuscrit  le  dessein  arrêté  de  ne  conserver  que  cette  partie 
de  la  nouvelle,  considérée  comme  pouvant  former  un  tout. 
Mais  sur  cette  question  le  témoignage  des  manuscrits  ne  peut 
rien  nous  apprendre,  et  nous  ne  pourrons  avoir  une  opinion 
qu'après  avoir  étudié  le  contenu  des  deux  récits  complets  et 
du  fragment  conservé  par  G, 

Mais  les  rapports  que  Ton  suppose  entre  JG  et  leur  source, 
évidemment  identique  à  R  pour  la  partie  conservée  en  commun, 
sont-ils  eux-ndêmes  si  solidement  établis?  L'argumentation  de 
Bartsch  et  de  M.  Savi-Lopez  ne  pourrait  être  probante  que  si 
jusqu'au  dernier  vers  de  6r,  entre  J  et  G  d'une  part,  sauf  les 
lacunes  particulières  à  G*,  et  de  l'autre  la  version  conservée 
par  A,  la  concordance  était  complète.  Or,  il  n'en  est  pas  aiini. 


*  Cf.  Griilzmacher,  in  Archiv  fur  dos  Studium  der  neueren  Sprachen^ 
XXXII,  p.  399  et  Grœber,  Die  Liedersammlungen  der  Troubadours^ 
p.  546. 

«  Cf.  Supra,  p.  294. 


DU  «PAPAGAI»  297 

Nous  ne  relèverons  pas  certaines  lacunes  de  AS  ni  non  plus 
telle  ou  telle  interpolation  de  vers  qui,  après  tout,  peuvent 
n^être  que  le  fait  d'un  copiste  négligent.  Mais,  comme  on  Ta 
déjà  vu  ^,  dans  la  partie  qui  précède  immédiatement  l'endroit 
où  s'arrête  tf,  et  à  partir  duquel  J  et  R  diffèrent  entre  eux 
absolument,  ily  a  tout  un  passage  pour  lequel  7  et  G  offrent  un 
teite  très  distinct  de  celui  de  A.  Sans  doute,  dans  ses  variantes, 
M.  Savi'Lopez  constate  bien  que  les  vers  111-122  ne  se  trou- 
vent que  dans  JR  ;  de  même  pour  les  vers  125-130  il  remarque 
qae  R  est  seul  à  offrir  ce  texte  auquel  correspondent  dans  J 
et  dans  G  deux  vers  au  lieu  de  six,  et  totalement  différents. 
Mais  il  a  tort  de  considérer  ces  lacunes  et  ces  remaniements 
comme  intéressant  seulement  la  tradition  du  texte  et  non  pas 
la  composition  de  la  nouvelle.  Si,  en  effet,  pour  le  passage  en 
question  on  compare  le  texte  de  J  G  et  celui  de  R  on  constate 
que  Ton  a  affaire  non  pas  à  deux  textes  diversiûés  par  les 
procédés  ordinaires  des  copistes,  mais  à  deux  rédactions 
foncièrement  différentes  '.  Ce  sont  bien  dans  Tune  et  dans 


^  Cf.  notamment  les  vers  i9-24  du  texte  établi  par  l'éditeur  et  de  même 
les  Ters  133-136  qui  ne  sont  donnés  que  par  /  et  G  et  qui  cependant  doi- 
vent être  rétablis. 

«  Cf.  Supra,  p.  290. 

'  Nous  reproduisons,  sauf  les  yariantes  secondaires,  le  texte  de  ce 
passage  tel  qu'il  est  dans  R  et  dans  GJ,  On  remarquera  que  la  divergence 
commence  non  pas  comme  le  disait  M.  Savi-Lopez,  avec  le  vers  140, 
mais  dès  le  vers  111.  Pour  ne  pas  troubler  la  concordance  et  rendre  la 
comparaison  plus  aisée,  nous  conservons  la  numérotation  des  vers  de 
Tauteur,  et  nous  laissons  en  blanc,  dans  le  texte  de  i?,  les  quatre  vers  qui 
ne  sont  conservés  que  par  J  G. 

Texte  de  R 

108.  D'aitan  lo  podetz  conortar 

Que  pels  vostres  precx  Tamaray 
110.  B  ja  de  luy  no* m  partiray. 

E  portatz  li*m  aquest  anel, 

Qu'el  mon  non  cug  n'aya  pus  bel 

Ab  sest  cordo  ab  aur  obrat, 

Que'l  prengua  per  ma  amistat 
11  .  E  gardatz  vos  que  non  estetz  : 

En  sest  verdier  m'atrobaretz.  > 


Ifl8       SUR  LA  NODVELLE  PROVENÇALE 

l'antre  les  mêmes  faits  qui  sont  rasoQtâa,  mais  au   lieu  que 

dans  JG,  il  y  a  comme  un  parti  pris  de  brièveté  et  de  sim- 

Ab  tan  lo  papagays  respon  : 
e  Dona,  faj  s'el,  ai  Dieus  be'm  don, 
Mot  a  aisi  azaut  prescn, 
120.  Et  jeu  portai  l'a;  Teramea 

Saludar  l'a;  de  Tostia  part. 

Dona,  sel  Dieus  que  no  menlic 

Voi  do  d'Antiphaiior  amie 
126.  Em  lays  leier  c'abans  d'an  an 

L'amea  de  cor  ses  tôt  enjan.  > 

Ab  tan  parton  lor  parlamen, 

De  layna  car  ac  gran  talcn 

De  ta  don  'e  d'Antiphanor 
130.   Del  vergier  joyos  ses  demor 

Dreg  a  son  senhor  es  Tengutt 

E  comta'l  corn  s'es  captenguli 


PuBjs  li  a  dig  :  I  Senhar,  jamays 
Non  or  noirlli  lais  papagays 
Qua  tan  dJgua  per  son  senhor 
140,  Com  jeu  al  dig  per  Tostr'amor. 

Texte  db  7  G 

108.  D'aitan  lo  podetz  conortar 

Que  pela  vostres  preci  l'amaray, 
110.  E  ja  de  luy  no'm  partira;.  > 

(  Dona,  sel  Dieus  que  no  mentic. 
Vos  do  d'AnttpbanoF  amie.  > 
Lo  papagai  fo  molt  Joîoa, 
Et  issi  dal  »ergier  cochos. 

115.  Dayan  son  senhor  es  vengutz 
E  mostra'lh  com  s'es  captenguti. 
Premeiramen  l'a  comensat 
Lo  gran  pretz  e  la  gran  beutat 
De  la  domna,  si  m'ajut  fes, 

120.  E  d'aisao  a  fait  que  cortes. 

Pueys  li  a  dig  :  .  Senher,  jamajs 
Non  er  noirili  nnilha  papagays 
Que  fassa  tan  per  son  senhor 

124.  Com  jeu  ay  fag  per  Toatr'araor. 


DU  «  PAPAGAl »  299 

plioité,  il  est  manifeste  que  R  a  voulu  détailler  et  déyelopper 
le  récit. 

Ainsi,  dès  que  la  dame  a  promis  d* aimer  Antiphanor  (v.  108- 
110),./  et  G  sont  d*accord  pour  ramener  rapidement  le  papagai 
auprès  de  son  maître.  Sur  une  brève  formule  de  souhait  il 
s'élance  hors  du  jardin  et  va  annoncer  à  Antiphanor  le  succès 
de  son  ambassade.  Au  contraire,  dans  R,  la  dame  ne  se  con- 
tente pas  de  sa  promesse.  Elle  charge  le  papagai  de  porter 
à  son  maître  les  gages  d'amour  qu'elle  lui  destine.  Elle  lui 
renouvelle  la  prière  déjà  faite  (v.  103)  d'avoir  à  se  hâter  et  lui 
dit  expressément  qu'elle  les  attend,  Antiphanor  et  lui,  dans  le 
jardin.  De  son  côté,  le  papagai  loue  la  beauté  des  présents 
qu'il  portera  à  l'amant  avec  les  saluts  de  la  dame.  Il  souhaite 
aussi,  mais  avec  plus  de  mots,  de  voir  bientôt  l'effet  de  ses 
démarches.  Puis  en  six  vers  au  lieu  de  deux,  qui  j  suffisaient 
dans  l'autre  rédaction,  le  poète  mentionne  le  départ  du  papagai 
et  son  retour  auprès  d'Antiphanor. 

Il  est  donc  certain  que  nous  avons  là  non  pas  deux  états  du 
même  texte,  mais  deux  textes  différents  dont  l'un  est  le 
remaniement  de  l'autre.  Lequel  est  la  forme  remaniée  et  lequel 
le  récit  primitif?  L'étude  seule  de  l'ensemble  des  deux  récits 
peut  nous  l'apprendre.  Toutefois,  si  l'on  compare  les  trois 
textes  de  A,  de  J  et  de  (/,  pour  la  partie  conservée  en 
commun  (v.  1-110),  l'on  voit  bien  que,  pour  telle  ou  telle  raison, 
A  omet  certains  passages^,  que,  de  même,  G  laisse  de  côté 
certaines  parties  du  récit%  mais  J  semble  bien  reproduire  le 
texte  intégral,  puisque  c'est  toujours  d'après  son  témoi- 
gnage qu'il  est  possible  de  combler  les  lacunes  des  deux 
autres  manuscrits^.  Il  est  dès  lors  assez  peu  vraisemblable 
que,  dans  le  seul  passage  qui  nous  occupe,  /  ait  voulu,  de  parti- 
priii,  abréger  la  rédaction  originale.  En  admettant  même 
riij^pothèse    de   M.  Savi-Lopez  et  qu'à  partir  du  vers  140 

«  Cf.  les  vers  19-24  et  133-136  omis  par  l'auteur  de  R. 

'  Cf.  les  vers  25-28  et  55-76  omis  par  l'auteur  de  G. 

'  Les  seules  lacunes  qu'y  relève  M.  Savi-Lopez  sont  celle  des  vers 
111-122,  commune  également  à  G,  et  celle  des  vers  125-130  remplacés 
par  deux  vers  particuliers  à  JG.  Ce  sont  précisément  celles  qui  différen- 
cient les  deux  rédactions  du  passage  que  nous  examinons. 


L 


300  SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

Tautôur  ait  inventé  de  toutes  pièces,  on  ne  voit  pas  pourquoi 
il  aurait  supprimé  les  détails  que  donnait  pour  ce  passage 
Toriginal  conservé  par  R.  En  fait,  ils  s'accordaient  très  bien 
avec  la  suite  qu'il  imaginait*.  De  plus,  si  vraiment  cet  auteur, 
en  présence  du  texte  incomplet  qu'il  utilisait,  a  été  si  embar- 
rassé et  si  dépourvu  d'invention  qu'on  nous  le  dit',  on  se 
demande  pourquoi  il  aurait  ainsi  délibérément  négligé  les 
indications  que  lui  offrait  ce  modèle  et  qu'il  pouvait  déve- 
lopper à  son  gré.  Il  semblerait  donc  que  dans  ce  passage,  ce 
n'est  pas  J  qui  a  abrégé  le  texte  original,  et,  cette  hypothèse 
étant  exclue,  il  resterait  uniquement  que  c'est  R  qui  l'a  déve- 
loppé. Nous  verrons  si  l'examen  interne  d/ss  deux  récits 
confirme  cette  conclusion.  Pour  le  moment,  il  nous  suffit  de 
constater  : 

1*  Que  jusqu'au  vers  140  l'accord  absolu  qu'on  prétendait 
exister  entre  les  textes,  du  moins  entre  les  deux  rédactions 
de  JG  et  de  R,  n'existe  pas; 

2^  Qu'avant  l'endroit  même  où  s'arrête  G  et  où  commence 
la  divergence  absolue  de  J  et  de  A,  il  j  a  un  passage  attestant 
de  la  part  de  JG,  ou  de  celle  de  A,  un  remaniement  conscient. 

Les  rapports  établis  entre  les  trois  textes  ne  sont  donc  pas 
les  vrais  et  l'hypothèse  de  M.  Savi-Lopez  est  à  rejeter,  puis- 
qu'elle est  impuissante  à  rendre  compte  du  remaniement 
ainsi  constaté.  Pour  lui  comme  pour  Bartsch,  il  n'y  avait 
remaniement  à  partir  du  vers  140  que  parce  que  JG  prove- 
naient d'un  texte  incomplet  et  qui  s'arrêtait  à  cet  endroit 
même.  De  plus  J  était  le  seul  qui,  pour  combler  la  lacune, 
inventait  une  suite,  c'est-à-dire,  en  somme,  remaniait.  Or, 
comme  nous  venons  de  le  voir,  du  vers  111  au  vers  140,  G 
remanie  aussi  bien  que  J  et  de  la  même  façon  :  l'accord  entre 
leurs  deux  textes  est  absolu.  De  plus,  la  comparaison  entre  le 
texte  de  JG  et  celui  de  R  montre  que  le  remanieur,  quel 
qu'il   soit,   n'invente   pas  :  tous  deux  ont  le    même   fond 


>  L'invitation  pressante  de  la  dame  à  venir  la  retrouver  dans  le  jardin 
convenait  très  bien  avec  le  dessein  de  /,  qui  nous  montre  Anliphanor  et 
le  papagai  se  rendant  sans  tarder  dans  le  verger.  De  même  l'envoi  des 
gages  d'amour,  et  tous  les  autres  détails  de  R  s'accordaient  très  bien 
avec  la  seconde  partie  de  J, 

•  Cf.  Savi-Lopez,  Op.  cit,  p.  33. 


DU   «  PAPAGAI»  301 

comman^  Que  JG  soit  la  forme  remaniée  ou,  au  contraire, 
que  ce  soit  A,  les  concordances  constatées  entre  eux  suppo- 
sent  nécessairement  que  J  et  G  ont  connu  la  rédaction  It  ou 
inYersement.  Dans  Tune  et  dans  l'autre  hypothèse,  le  texte 
remanié  suppose  à  sa  base  Tautre  rédaction,  et  le  remanieur 
n'invente  pas  mais  modifie  les  éléments  fournis  par  l'autre 
récit.  Enfin,  s'il  remanie,  ce  n'est  pas  pour  combler  une  lacune, 
mais  en  vue  d'un  dessein  à  lui  particulier,  qui  doit  corres- 
pondre à  un  changement  dans  la  conceptiop  générale  de 
rœavre.  On  pourrait  en  dire  autant  de  la  divergence  qui  existe 
entre  les  deux  rédactions  à  partir  du  vers  140.  Pour  être  plus 
complète  que  celle  que  nous  avons  constatée  du  vers  111  au 
vers  140,  elle  peut  être  cependant  de  même  nature  et  corres- 
pondre elle  aussi  à  un  changement  dans  la  conception  du 
récit.  Ainsi  rien  n'est  moins  sûr  que  les  rapports  qu'on  pré- 
tendait établir  entre  J  et  G  et,  d'autre  part,  entre  ces  deux 
états  du  même  texte  et  l'autre  rédaction.  Les  deux  textes  de 
y  et  de  G  ne  dépendent  pas  nécessairement  d'une  source 
commune  et  G  p^ut  aussi  bien  n'être  qu'un  abrégé  de  7. 
D'antre  part,  sous  sa  forme  actuelle,  J  n'est  pas  non  plus 
nécessairement  une  forme  remaniée  du  texte  original  repré- 
senté par  R,  Tout  ce  que  nous  apprennent  les  manuscrits 
c'est  qu'à  partir  du  vers  111',  nous  avons  deux  récits  diffé- 
rents qui  peuvent,  l'un  aussi  bien  que  Tautre,  représenter  la 
nouvelle  primitive. 


'  Il  7  a  plas  dans  R^  mais  à  rexception  des  vers  113-114  de  7G, 
auxquels  correspondent  les  vers  125-130  de  R,  tous  les  yers  de  JG  se 
retrouTent  dans  Tautre  rédaction. 

*  Les  divergences  constatées  da  y.  111  au  v.  140  ne  sont,  en  effet,  que 
le  commencement  du  remaniement  total  qui,  à  partir  du  t.  140,  diffé- 
rencie absolument  les  deux  rédactions. 


SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 


C'est  donc  uniquement  l'examen  interne  des  deux  récîLs  et 
l'étude  attentive  de  leur  contenu  qui  peuvent  notis  renseigner 
sur  leurs  rapports  réciproques.  C'est  par  là  seulement  que 
nous  pouvons  arriver  k  déterminer  quelle  était  la  rédaction 
primitive.  Si  M.  Savi-Lopez  s'en  f&t  mieux  rendu  compte,  aa 
lieu  de  demander  i cette  étude  de  venir  confirmer  les  conda- 
sions  combien  douteuses  qu'il  lirait  de  la  comparaison  des 
manuscrits,  il  eût  été  amené  à  la  pousser  plus  loin  et  eût 
ainsi  évité  des  appréoiatioQS  faassea  résultant  évidemment 
d'un  examen  trop  superâciel  '.  11  ne  suffit  pas,  en  effet, 
pour  démontrer  l'antériorité  de  la  rédaclioD  /t,  de  déclarer 
que  son  récit  se  développe  harmonieusement  et  que,  dans 
l'ensemble,  chaque  épisode  a  sa  place  bien  déterminée.  C'e^t 
le  principal  et  presque  l'unique  argument  de  M.  Savi-Lopez*. 
Tout  d'abord,  il  ne  semble  pas  que  ce  soit  là  une  caractéristi- 
que suffisante,  ni  que  cela  permette  de  distinguer  A  de  ydont, 
à  vrai  dire,  l'on  pourrait  dire  la  même  chose  et  dans  lea 
mêmes  termes.  Une  fois  le  (fomne/ai're  écarté,  le  récit  de^  peut 
sembler  moins  vivant,  moins  varié,  moins  dramatique,  et  si  l'oB 
veut  même,  moins  intéressant,  mais  au  point  de  vue  de  la 
simplicité  et  de  la  clarté  de  la  narration,  il  est  impossible  d'y 
rien  relever  de  choquant  ou  d'inacceptable.  La  suite  et  le 
dénouement  qu'il  imagine  à  l'entretien  du  papagai  et  de  la 
dame  peuvent  rappeler  les  données  traditionnelles  de  Vatba 
et,  par  suite,  ne  sembler  ni  très  originaux,  ni  très  neufs.  Ils 
sont,  étant  donné  la  fiction,  aussi  naturels  que  vraisembla- 
bles :  il  n'y  a  rien  que  l'on  en  doive  retrancher;  rien  non 
plus,  à  l'exception  des  deux  ou  trois  vers  de  la  fin  *,  dont  on 
puisse  constater  l'absence.  Tous  les  détails  du  récit  trouvent 

:  <  Il  giudiiîo  a  cui  de  logo  l'esame 
a  confermato  da  un  brève  sgaardo  al 

i-Lopei,  op.  cit.,  p.  35  ;<  Il  racconta  di  R  si  sTolga  armonico 
i  parte,  come  ogoi  episodio  abbta  confini  ben  misurall  nel 


DU   «PAPAGAI»  303 

dans  le  récit  lui-même  lear  raison  d*étre  et  lear  justification. 
Or,  peut-on  en  dire  autant  de  l'autre  rédaction  ? 

Il  semblerait  qu*une  fois  Taveu  de  la  dame  obtenu,  après 
qu'elle  a  prié  le  papagai  de  vite  retourner  auprès  d'Antiphanor 
pour  qu'ils  reviennent  la  trouver  dans  le  verger  où  elle  les 
attend,  celui-ci  n*eût  plus  qu'à  accourir  pour  goûter  les  joies 
que  lui  aménagées  son  interprète.  Nous  touchons  au  dénoue- 
ment et  la  situation  ne  semble  pas  comporter  de  longues  péri- 
péties. Du  moins,  celles  qu'a  imaginées  l'auteur  de  R  sont-elles 
vraisemblables?  Il  est  curieux,  tout  d'abord,  que,  de  retour 
auprès  de  son  maître,  lepopagai,  qui  lui  raconte  les  incidents 
de  sa  mission  et  lui  remet  les  présents  de  la  dame,  ne  lui  dise 
pas  la  chose  essentielle,  la  seule  qui  intéresse  vraiment  Anti- 
phanor,  à  savoir  qu'il  l'a  convaincue  qu'elle  devait  Taimer, 
qu'il  en  a  reçu  l'aveu  et  que,  dès  ce  moment,  la  dame  Tattend 
dans  son  jardin.  Combien  est  plus  naturel  dans  l'autre  rédac- 
tion le  discours  du  papagai,  qui  après  avoir  rapidement  loué 
la  beauté  de  la  dame,  va  droit  à  ce  qui  importe  le  plus  : 

Pueys  li  a  dig  :  u  Senher,  jamajs 
Non  er  noiritz  nuilhs  papagays. 
Que  fassa  tan  per  son  senhor 
Gom  yeu  ai  fag  per  vostr^amor. 
Que  la  dompna  ai  gazanhada. 
Anas  ades  esta  vegada 
Parlar  a  lieis  en  sel  vergier 
Tût  mantenen  ses  destorbier. 

Et  là-dessus  le  chevalier  s'en  allait  au  rendez-vous  donné 
par  la  dame.  Au  lieu  de  cela,  sans  même  dire  à  Antiphanor 
que  la  dame  Tattend  ni  où,  l'auteur  de  It  se  préoccupe  unique- 
ment des  moyens  à  employer  pour  pénétrer  dans  le  verger. 
Le  papagai  expose  son  plan  :  il  mettra  le  feu  au  château  et, 
grâce  à  la  confusion  générale,  son  maître  pourra  arriver  jus- 
qu*à  sa  belle.  Ici  encore  il  semblerait  que,  ce  plan  étant  bien 
arrêté,  il  n'y  eût  plus  qu'à  Pexécuter.  Mais  auparavant  Anti- 
phanor croit  nécessaire  de  mettre  la  dame  au  courant  de  leurs 
projets.  En  des  vers  d'ailleurs  mal  venus  et  qui  trahissent 
le  remplissage,  il  dit  au  papagai  : 


â04        SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

V.  164-166  Tornatz  premier  al  parlamen 
A  lieys  parlar,  si  a  vos  platz, 
Donc  aestas  razos  li  mostratz. 

Le  papagai  revient  donc  auprès  de  la  dame,  mais,  cette  fois 
encore,  il  semble  oublier  ce  qa*il  doit  avant  tout  lui  dire.  Des 
dispositions  arrêtées  entre  Antiphanor  et  lui  pour  pénétrer 
dans  le  jardin  pas  un  mot,  mais  seulement  six  vers  remplis 
de  formules  banales  pour  exprimer  un  souhait  bien  inutile, 
puisqu*il  est  déjà  réalisé  : 

V.   173-179  Dona,  aisel  Dieus  que  vos  fetz 
Vos  done  so  que  mays  voletz, 
E'us  gar  de  mal  e  d*encombrier, 
Sol  q^^e  lo  vostre  cavayer 
Vulbatz  amar  tan  lialmen 
Corn  el  fay  vos  ses  falhimen. 

Autant  un  pareil  discours  serait  naturel  an  début  de  la  nou- 
velle, lors  du  premier  entretien  du  papagai  et  de  la  dame, 
autant  il  est  choquant  ici  où  il  tient  la  place  d*un  autre  dis- 
cours qu'on  attendait  et  qui  n*y  est  pas.  Ce  qui  souligne  plus 
encore  Tin  vraisemblance,  c'est  que  ce  n'est  pas  le  papagai, 
mais  la  dame  qui  aborde  la  première  le  véritable  objet  de  cet 
entretien.  C'est  uniquement  parce  que  la  dame  se  préoccupe, 
elle  aussi^  des  moyens  pour  Antiphanor  de  pénétrer  dans  le 
jardin  que  le  papagai  se  rappelle  ce  pour  quoi  il  était  venu.  Il 
expose  donc  son  plan,  recommande  à  la  dame  de  bien  saisir 
le  moment  favorable  et  celle-ci  accepte  : 

V.  209-210.  Ab  tan  la  dona  ditz  :  «  Platz  me 
Et  anatz  lo  querre  desse.  » 

C'est  la  seconde  fois  qu'elle  invite  le  papagai  à  lui  amener 
Antiphanor  et  avec  la  même  impatience.* 


*  Déjà  elle  lui  avait  dit  en  deux  vers  qui  ne  nous  sont  conservés  que 
par  R  : 

v.  115-116.  E  gardatz  vos  que  non  estetz 
En  sest  verdier  m'atrobaretz. 


DU   «PÂPAOAI»  305 

On  poarrait  déjà  trouver  qu*ainsi  conçu  cet  épisode  ralentit 
beaucoup  Faction  et  qu*à  ce  seul  point  de  vue  Tart  du  narra- 
teur dans  R  est  moins  parfait  qu*on  ne  voulait  nous  le  faire 
croire.  Mais  les  invraisemblances  que  nous  y  avons  relevées 
nous  forcent  à  supposer  qu*un  état  du  texte  à  dû  exister  où 
elles  n*étaient  pas,  que  nous  avons  par  conséquent  affaire  à 
un  épisode  interpolé  ou  fortement  remanié  et  en  tout  cas 
étranger  à  la  conception  primitive  de  la  nouvelle.  Cette  sup- 
position se  trouve  confirmée  par  Texamen  d*un  passage  par- 
ticulier de  cet  épisode  qui  nous  livre  en  même  temps  avec 
la  preuve  certaine  de  cette  interpolation  la  manière  dont  a 
procédé  son  auteur. 

Il  s'agit  du  passage  où,  pour  la  première  fois,  le  papagai 
expose  à  Antiphanor  son  ingénieux  stratagème.  Il  se  montre 
d*abord  préoccupé  des  difficultés  qu'ils  rencontrent  et  dit 
expressément: 


'  Cf.  y.  153-160.  Mas  jes  no  say  per  cal  razo 

Non  prenguam  sonh  ni  ochaizo 
Que  puBcam  el  verdier  intrar  ; 
Jes  no  vos  en  say  cosselhar. 
Mas  y  eu  métrai  foc  a  la  tor 
Et  al  solier,  per  vostr'  amor  ; 
E  can  lo  focs  er  abrassatz 
Poiretz  intrar  per  esperatz. 


Autrement  dit,  c'est  le  papagai  qui  avoue  son  embarras,  qui, 
en  présence  des  difficultés,  avoue  à  son  maître  qu'il  ne  sait 
quel  conseil  lui  donner,  pour,  dès  le  vers  suivant,  lui  exposer 
dans  tous  ses  détails  le  plan  qui  assurera  le  succès  de  leur 
entreprise.  Sans  aller  plus  loin,  on  peut,  dès  à  présent,  affirmer 
qu'il  y  a  entre  les  vers  156  et  157  une  contradiction  tellement 
manifeste  qu'il  est  impossible  de  les  laisser  subsister  tels  quels, 
à  la  suite  l'un  de  l'autre,  dans  le  même  texte.  Lo  texte  de  R 
est  ici  évidemment  corrompu  et  il  faut  chercher  la  correction 
nécessaire. 

Elle  nous  est  suggérée  par  la  comparaison  avec  un  autre 
passage  où  le  papagai  expose,  à  la  dame  cette  fois,  comment 

20 


306       SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

il  compte  s'y  prendre.  C'est  elle,  nous  l'avons  vu  *,  qui  songe 
la  première  aux  obstacles  que  rencontre  l'exécution  de  ses 
désirs  amoureux.  La  chose,  au  surplus,  paraît  assez  naturelle, 
car  mieux  que  personne  elle  connaît  la  disposition  des  lieux 
et  les  précautions  dont  elle  est  entourée. 

V.  183-186.  Mas  aquest  verdiers  es  trop  claus, 
E  las  gardas  non  an  repaus  : 
Devon  velhar  tro  al  mati 
Car  lunha  nueg  non  prendo  fi. 

Le  papagai  qui  a  dans  la  tête  son  plan  tout  fait  lui  demande 
avec  malice  : 

V.  187.  Dona,  e  no  y  sabetz  cosselh  ? 
A  quoi  la  dame  réplique  par  l'aveu  très  franc  de  son  embarras  : 

V.  188-189.  leu  no,  e  do  m'en  meravelh 
Se  vos  cosselh  non  y  sabetz. 

Et  le  papagai  répond,  tout  fier  de  montrer  son  ingéniosité, 
en  lui  détaillant  tout  ce  qu'il  a  imaginé. 

Cette  partie  du  récit,  conduite  du  reste  avec  vivacité  et 
agrément,  nous  montre  les  deux  interlocuteurs  dans  leur  rôle 
véritable,  avec  les  sentiments  et  les  idées  qui  leur  sont  natu- 
rels. C'est  à  la  dame  de  se  trouver  embarrassée  et  au  papagai 
de  se  montrer  un  intermédiaire  ingénieux.  Dès  lors,  l'on  se 
rend  compte  que  si,  dans  l'entretien  du  papagai  et  d'Anti- 
phanor,  il  est  question  de  l'embarras  de  quelqu'un,  c'est  uni- 
quement de  la  dame  qu'il  doit  s'agir  et  non  pas  du  papagai, 
La  correction  a  apporter  au  texte  de  R  dans  le  passage  que 
nous  avons  reconnu  comme  corrompu, apparaît  dès  lors  comme 
très  simple.  Il  suffit,  au  vers  153  et  au  vers  156,  de  corriger 
le  mot  say  en  sap,  forme  très  voisine  et  dont  on  s'explique 
aisément  l'altération.  Grâce  à  cette  correction,  Tincohérenee 
que  nous  signalions  tout  à  l'heure  disparaît  et  le  sens  de  tout 
le  passage  est  le  plus  naturel.  C'est  la  dame  qui  s'est  montrée 

«  C£.  Supra,  p.  303. 


DU   «  PAPAGAI  »  807 

préoccupée  du  moyen  de  faire  pénétrer  Antiphanor  dans  le 
jardin  et  c'est  le  papagai  qui  Ta  trouvé . 

V.  153-158.  Mas  jes  no  sap  per  cal  razo 

Non  prenguam  sonb  ni  ochaizo 
Que  puscam  el  verdier  intrar 
Jes  no  vos  en  sap  cosselhar. 
Mas  jeu  métrai  foc  a  la  tor 
Et  al  solier,  per  vostr'  amor. 

Il  est  vrai  que  dans  le  premier  entretien  de  la  dame  et  du 
papagai  (v.  7-126)  aucune  allusion  n'a  été  faite  à  ces  préoc- 
cupations et  qu'il  n'en  sera  [question  que  dans  leur  second  en- 
tretien, c'est-à-dire  bien  après  l'allusion  qu'on  j  fait  ici.  On 
pourrait  sans  doute  supposer  que  le  premier  entretien  ne  nous 
a  pas  été  rapporté  dans  tous  ses  détails.  Le  papagai  ferait  ici 
allusion  à  une  idée  qui  lui  aurait  été  bien  réellement  exprimée 
par  la  dame,  et  que  le  récit  aurait  laissé  tomber.  Mais  autant 
nous  admettrions,  nous,  la  possibilité  de  tels  sous-entendus, 
autant  ils  sont  étrangers  aux  habitudes  littéraires  du  moyen 
âge.  Le  soin  avec  lequel  nos  anciens  conteurs  nous  rapportent 
les  entretiens  sous  la  même  forme  et,  le  plus  souvent,  avec 
les  mêmes  mots,  nous  force  a  exclure  une  telle  supposition. 
L'allusion  faite  par  le  papagai  à  l'embarras  de  la  dame  et  à 
l'aveu  qu'elle  en  fait,  n'est  possible  que  si  vraiment  la  dame 
lui  a  auparavant  avoué  cet  embarras.  Or,  il  n'en  est  question 
qu'aux  vers  183-190,  dans  le  second  entretien  du  papagai  et 
de  la  dame.  La  conclusion  à  tirer  de  là  c'est  que  l'allusion  faite 
dans  les  vers  153-156  à  un  sentiment,  à  une  idée,  qui  ne  seront 
exprimés  que  dans  la  suite  du  poème,  ne  peut  être  que  le  fait 
d'un  remanieur  maladroit.  Ainsi  se  trouvent  confirmés  les 
doutes  que  nous  avions  sur  l'authenticité  de  cet  épisode  et 
lliypothèse  d'une  interpolation  que  nous  avaient  suggérée 
Tinutilité  et  les  invraisemblances  du  second  entretien  dapapa^ 
gai  et  de  la  dame.  Nous  pouvons  maintenant  affirmer  que  la  fin 
du  premier  entretien  du  papagai  et  d'Antipbanor  (v.  153-166), 
et  la  seconde  rencontre  du  papagai  et  de  la  dame(v.  167-210) 
sont  fortement  remaniées,  et  que  l'idée  même  de  ce  dernier 
épisode  était  probablement  étrangère  au  récit  primitif  qui  est 
à  la  base  de  la  rédaction  R. 


l 


308       SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

Il  peut  sembler  arbitraire  de  vouloir  refaire  d'après  nos 
idées  à  nous  modernes  des  œuvres  que  d'autres  ont  écrites 
pour  d'autres  temps  et  pour  d'autres  lecteurs.  Il  est  à  tout  le 
moins  loisible  de  profiter  de  la  maladresse  des  remanieurs 
pour  dégager  dans  Tœuvre  qu'ils  ont  prétendu  embellir  ce 
qui  leur  revient  et  ce  qui  appartient  à  l'auteur  véritable,  ce 
qui  est  ajouté  et  ce  qui  est  primitif.  Dans  le  cas  présent,  il 
est  aisé  de  voir  en  quoi^a  consisté  l'art  du  remanieur.  Si  vrai- 
ment aux  vers  153-157  il  ne  peut  être  fait  allusion  à  l'em- 
barras de  la  dame,  le  papagai  n'a  pas  non  plus  à  nous  dire 
le  stratagème  ingénieux  qu'il  mettra  en  action.  Dès  lors  son 
retour  auprès  de  la  dame,  qui  n'a  d'autre  raison  d'être  que  de 
lui  communiquer  ce  beau  plan,  se  trouve  sans  objet,  et  l'on 
peut  affirmer  que  l'idée  de  ce  second  entretien  était  étrangère 
à  la  conception  primitive  de  la  rédaction  A  et  à  celle  du  poème 
original.  Celui-ci  devait  essentiellement  se  composer  de  trois 
parties,  l'entretien  du  papagai  et  de  la  dame,  celui  du  papagai 
et  d'Antiphanor,  enfin  la  rencontre  des  deux  amants.  Nous 
les  retrouvons  dans  la  rédaction  J  et  si,  pour  des  raisons  qu'il 
n'est  pas  impossible  de  démêler,  de  ces  trois  parties  la  pre- 
mière seule  a  surtout  été  développée,  l'économie  générale 
du  récit  j  est  conforme  à  la  vraisemblance  et  au  naturel.  C'est 
seulement  par  le  développement  donné  aux  deux  dernières 
parties  que  devait  en  différer  la  rédaction  originale  de  H,  et 
l'on  peut  en  retrouver  l'ordonnance  primitive. 

Il  était  naturel  que,  dès  son  premier  entretien  avec  le  papa- 
gaiy  après  qu'elle  a  consenti  à  aimer  Antipbanor,  la  dame  se 
préoccupât  de  la  réalisation  de  son  désir.  Les  vers  179-210, 
dont  nous  avons  relevé  l'invraisemblance  à  la  place  qu'ils 
occupent,  auraient  leur  place  naturelle  dans  ce  premier  entre- 
tien, après  la  promesse  de  la  dame  et  l'envoi  des  gages  d'amour. 
La  suite  des  idées  est  si  naturelle  que  l'on  peut  presque  affir- 
mer que  c'était  celle  de  la  rédaction  dont  R  n'est  que  le  rema- 
niement. Que  l'on  transpose  le  morceau  à  la  suite  du  vers  115, 
il  est  impossible  d'imaginer  un  développement  plus  naturel 
des  sentiments  et  des  idées.  La  dame  remet  au  papagai  l'an- 
neau et  le  cordon  d'or  fin  qui  prouveront  à  Antiphanor  son 
amour.  Elle  donneiait  bien  davantage  encore  et  le  monde 
entier,    s'il  était  à  elle,  pour  son  amitié.  Mais  comment 


DU   «  PAPAGAI»  309 

ponrra«t-ell6  le  voir,  le  jardin  étant  clos  et  gardé  comme  il 
ost?  Elle  désespère  de  surmonter  tant  de  difficultés  ,  mais  le 
papagai  vient  à  son  aide  et  lui  expose  son  plan.  La  dame 
accepte  et  supplie  son  interlocuteur  d^aller  vite  lui  chercher 
Antiphanor  : 

Ab  tan  la  dona  ditz  :  «  Platz  me 
210.  Et  anatz  lo  qaerre  desse.  »  i 

Suivaient  le  souhait  du  papagai  pour  la  réalisation  de  ses 
désirs  et  son  retour  auprès  d* Antiphanor. 

Une  transposition  analogue  suffit  à  faire  disparaître  toute 
invraisemblance  de  l'entretien  du  papagai  et  de  son  maître. 
Qu'on  fonde  en  un  seul  les  deux  discours  du  papagai  à  Anti- 
phanor, en  plaçant  les  vers  220-234  immédiatement  après  le 
vers  162,  ce  discours  venant  après  l'unique  entretien  du  papa^ 
gai  et  de  la  dame,  les  idées  se  présenteront  dans  Tordre  le 
plus  naturel  et  le  plus  vraisemblable.  Le  papagai  rendait 
compte  de  sa  mission  et  remettait  à  Antiphanor  les  présents 
de  la  dame.  Il  lui  disait  rembarras  de  la  dame  pour  le  faire 
entrer  dans  le  jardin  et  le  stratagème  imaginé  par  lui.  Après 
Texposé  de  son  plan,  la  demande  du  focgrezesc  suivait  en  quel- 
que sorte  nécessairement,  et  la  version  originale  de  R  racon 
tait  à  peu  près  de  même  façon  que  fi  lui-même  Texéoution  et 
le  succès  du  plan  du  papagai. 

Sans  doute  dans  le  récit  ainsi  obtenu  certains  vers  sub- 
sistent, qui  apparaissent  comme  probablement  ajoutés  ou 
modifiés  par  le  remanieur.  Pour  relier  entre  eux  les  passages 
remaniés,  il  devait  naturellement  retrancher  et  plus  souvent 
encore  ajouter  çà  et  là  quelques  vers.  Mais  outre  qu*il  j  aurait 
quelque  arbitraire  à  décider  si  tel  ou  tel  vers  en  particulier 
appartenait  ou  non  à  la  rédaction  primitive,  il  n'entre  pas 
dans  notre  pensée  de  restituer  intégralement  la  rédaction  que 
R  a  remaniée.  Il  nous  suffit  d'avoir  montré  qu'il  j  a  dans  !e 
texte  actuel  de  R  des  impossibilités  et  des  invraisemblances 
qui  ne  8*expliquent  que  dans  l'hypothèse  d'un  remaniement. 

>  Les  vers  115-116  qui  terminent  de  même  façon  le  premier  entretien 
de  la  dame  et  du  papagai  et  qui  font  en  réalité  double  emploi,  sont 
très  probablement  dus  au  remanieur. 


310        SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

Ce  remaniement,  on  le  voit  maintenant,  a  consisté,  suivant 
une  formule  très  suivie  au  moyen  âge,  à  dédoubler  deux 
épisodes.  On  a  coupé  en  deux  le  premier  entretien  du  papa-- 
gai  et  de  la  dame  ;  on  a  pareillement  dédoublé  le  discours  du 
papagai  à  Antipbanor;  on  a  intercalé  les  différents  discours 
ainsi  obtenus  qui  supposaient  plus  de  mouvement,  plus  d^ allées 
et  de  venues,  et  tout  cela  en  vue  d^allonger  le  récit  et  de 
prolonger  le  plaisir  du  lecteur. 

Dès  lors,  il  apparaît  clairement  que  c^était  mal  poser  la 
question  que  de  se  demander,  comme  on  Tavait  fait  jusqu'ici, 
lequel  des  deux  textes  actuels  de  J  et  de  R  représentait  la 
rédaction  originale.  Il  est  désormais  certain  que  A  n'est  qu'un 
texte  remanié  d'une  rédaction  dont  nous  avons  entrevu  les 
éléments  essentiels,  et  la  question  d'antériorité  ne  peut  plus 
se  poser  qu'entre  la  rédaction  /  et  cette  rédaction  ainsi 
définie.  L'honneur  que  l'on  voulait  faire  à  Amaut  de  Car- 
casses^ d'avoir  le  premier  mis  en  vers  la  nouvelle  du  papagai 
et  de  la  dame,  apparaît  en  tout  cas  comme  immérité.  Il  est 
inadmissible  que  dans  les  derniers  vers  de  A,  où  figure  ce 
nom,  le  remanieur  ait  laissé  subsister  celui  de  l'auteur  de  la 
rédaction  qu'il  modifiait.  Tout  ce  que  nous  savons  des  habi- 
tudes littéraires  du  moyen  âge  et  de  la  facilité  avec  laquelle 
un  remanieur  quelconque  croyait  par  des  changements  de 
détail,  souvent  très  contestables,  s'approprier  un  sujet  déjà 
traité  avant  lui,  nous  permet  d'affirmer  que  cette  signature 
est  celle  du  poète  qui,  travaillant  sur  la  version  que  nous 
avons  déterminée,  en  fit  ce  que  nous  a  conservé  le  manuscrit 
B.  Amaut  de  Carcasses  ne  fut  donc  qu'un  remanieur,  et  encore 
assez  médiocre.  Tout  son  mérite  a  consisté  à  allonger,  en  le 
gâtant,  un  récit  dont  il  n'était  pas  l'auteur.  Peut-être  aussi 
est-ce  lui  qui  a  voulu  donner  au  récit  une  portée  moralisante 
et  du  conte  plaisant,  assez  voisin  par  la  donnée  du  Castia- 
gilos,  de  Raimon  Vidal,  et  qu'il  s'efforçait  de  renouveler,  faire 
une  leçon  à  Tusage  des  maris  jaloux.  Il  aurait  ainsi  formulé, 
en  l'exagérant,  Tidée  qui  était  au  fond  du  conte,  et  les  der- 
niers vers  de  /?  seraient  bien  en  effet  d' Amaut  de  Carcasses. 

De  ces  mêmes  vers  on  a  cru  aussi  pouvoir  tirer  la  preuve 
que  cet  inconnu  avait  composé  d'autres  nouvelles  et  qu'il 
aurait  ainsi  plus  de  titres  encore  à  figurer  dans  l'histoire  de 


DU    «PAPAGAI»  311 

la  poésie  provençale.  En  fait,  le  manuscrit  R  se  borne  à  dire 
de  façon  peu  claire  : 

V.  306-312.  So  dis  n'Arnautz  de  Carcasses, 
Que  precz  a  faitz  per  mantas  res 
E  per  los  maritz  castiar 
Que  volo  lors  molhers  garar, 
Que  *ls  laisso  a  lor  pes  anar, 

que  may  valra, 

Ë  ja  degus  no  y  falhira. 

Eo  plus  de  l'avant-dernier  vers  qui  est  mutilé,  mais  dont  il 
n'est  peut-être  pas  impossible  de  deviner  le  complément*, 
M.  Savi-Lopez  suppose  une  lacune  après  le  vers  307  et  de 
son  aveu  même',  nous  n'aurions  là  qu'un  texte  corrompu 
dont,  par  suite,  Ton  ne  saurait  rien  tirer  qu'avec  la  plus  grande 
prudence.  Il  est  certain,  en  eâet,  que,  dans  ces  vers,  nous 
devons  supposer  une  lacune,  mais  non  à  Tendroit  indiqué 
par  réditeur.  Le  sens,  pour  être  parfaitement  acceptable, 
n'exige  rien  entre  les  vers  307  et  308  et  quand  M.  Savi-Lopez 
suppose  entre  eux  l'absence  d'un  ou  plusieurs  vers,  il  n'a, 
sans  doute,  d'autre  raison  que  de  vouloir  trouver  au  moins 
un  autre  vers  rimant  en  -ar  et  de  faire  disparaître  ce  qu'il 
trouve  de  choquant  dans  ce  groupe  de  trois  vers  terminés 
par  la  même  rime.  Or,  c'est  toute  une  question  de  savoir  si 
dans  le  genre  particulier  des  novas  rimadas,  il  faut  toujours 
chercher  à  retrouver  des  couples  de  vers  rimant  de  deux  en 
deux  et  s*il  ne  comportait  pas  plus  de  libertés  qu'on  ne  saurait 
d'abord  porté  à  le  supposer'. 


1  Cf.  les  notes  critiques  publiées  à  la  suite  de  cette  étude,  p.  328. 

«Cf.  Op.  ci7..p.  40. 

'  Il  est  certain  que,  de  plus  en  plus,  on  a  tendu  à  faire  exactement 
rimer  les  Ters  de  deux  en  deux  et  à  alterner  régulièrement  les  rimes 
masculines  et  les  rimes  féminines.  Mais  il  n*en  a  pas  toujours  été  ainsi 
et  remploi  de  Toctosyllabe,  qui  est  le  vers  propre  du  genre,  était,  à 
l'origine,  beaucoup  plus  libre  que  ne  l'ont  fait  les  théoriciens  postérieurs. 
Si  l'on  en  croyait  Azaïs  {Breviari  d'Amor,  I,  cxi,  sq.),  la  versification  des 
noDOi  rimadas  jouissait  de  tant  de  libertés  qu'en  fait  on  pouvait  violer 
le  principe  même  de  la  métrique  romane  :  sans  avoir  égard  à  la  dernière 
syllabe  accentuée  du  vers,  on  pouvait  réunir  dans  la  même  pièce  des 


<% 


12        SUR  LA.  NOUVELLE  PROVENÇALE 

C^est,  à  mon  avis,  le  sens  et  le  sens  seul  qui  doit  nous  faire 
admettre  Texistence  d'une  lacune,  et,  de  ce  point  de  vue,  rien 
ne  nous  oblige  à  penser  que  le  vers  308  ne  peut  pas  suivre 


octosyllabes  à  rimes  masculines  ou  en  accen  agtUf  et  des  octosyllabes  à 
rimes  féminines  ou  en  accen  greu,  ceux-ci  comme  ceux-là  n'ayant  exac- 
tement que  huit  syllabes  et  la  finale  atone  d'un  vers  à  rime  féminine 
comptant  comme  une  syllabe  véritable.  En  fait,  certaines  rédactions  du 
Breviari  cCAmor  sont  tout  entières  rédigées  d'après  ce  principe  :  l'effet 
pour  nos  oreilles  en  est  monstrueux.  C'est,  il  est  vrai,  une  question  de 
savoir  si  le  poème  original  a  été  rédigé  d'abord  sous  cette  forme  étrange, 
ou  si  les  rédactions  qui  la  présentent  ne  sont  pas  des  formes  postérieures 
et  altérées.  Mais  si  l'on  a  pu  prendre  une  telle  liberté  avec  la  constitution 
même  des  vers,  on  conçoit  que  leur  groupement  ait  pu  être  à  l'origine  plus 
libre  qu'on  ne  le  dit  d'ordinaire.  D'abord,  l'alternance  des  rimes  mascu- 
lines et  féminines  n'est  une  nécessité  qu'à  une  époque  très  récente.  Les 
Leys  dCAmorSy  elles-mêmes,  I,  38,  disent  expressément  :  «  E  no  reputam 
a  vici  si  hom  en  novas  rimadas  pauza  ad  una  ni  quatre  ni  .VL  o  mays 
bordos  terminans  en  accen  greu  solamen  o  en  accent  agut,    cant  que 
depueysh  aysso  nos  continue  >.  Il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  qu^on 
rencontre  parfois   l'octosyllabe  groupé  en  très  longues  tirades  sur  une 
seule  assonance  ou  rime  (Cf.  Stengel,  Romanische  Metrik  in  Groeôer, 
Gfundriss  II,  28,  29j.  De  ce  type  sont  les  fameuses  épîtres  de  Raimbaut 
de  Vaqueiras.  Dans  notre   texte  même,   nous  voyons  que  ralternance 
n'est  pas  rigoureusement  observée  :  au  vers  25  de  la  seconde  partie  de 
J(Savi-Lopez,  op,  cit.  p.  62-63),  nous  avons  une  suite  de  quatre  vers 
rimant  en  -en  et  de  même  au  v.  39  une  suite  de  quatre  vers  rimant  en 
-ar.  De  même,  si,  à  l'ordinaire,  l'on  groupait  les  octosyllabes  en  couples  de 
deux  rimant  ensemble,  il  se  peut  que  cet  usage  ait  comporté  quelques 
exceptions.  Qu'il  y  ait  eu  quelques  irrégularités,  c'est  ce  que  semblent 
avouer  les  Leys  d'Amors^  I,  140,  où   il  est  dit  :  «  Pauzar  rim  tornat  en 
novas  rimadas  vicis  es  quar  adonx  l'obra  desparia  coma  si  hom  comen- 
sava  alcunas  novas  rimadas  pauzan  las  acordansas  finals  dels  versetz  de 
dos  en  dos  bordos  ayssi  quo  es  acostumat  de  far  e  pueys  ne  pauzava 
très  acordansas  finals  ad  una.  »  Ce  qui  revient  à  dire  que  si,  à  l'ordi- 
naire, on  accouplait  les  vers  de  deux  en  deux,  la  même  pièce  présentait 
parfois  des  groupes  de  trois  vers  construits  sur  la  même  rime.  L'auteur 
des  Leys  considère  que  c'est  une  faute,  mais  cela  n'est  sans  doute  vrai 
que  pour  l'époque  où  il  écrivait.  Il  est  bien  obligé  de  constater  l'exis- 
tence de  telles  exceptions  dans  les  œuvres  antérieures,  et, ne  pouvant  les 
condamner  absolument,  il  s'efforce  de  les  excuser:  «Variamen  de  compas 
de  sillabas  e  de  rims  en  novas  rimadas  son  escuzat  en  cas  de  nécessitât 
coma  per  interpositio  d'alqun  dictât  per  causa  d'ishemple  o  per  autra 
maniera  aqui  pauzat.  »  (I.  liO).  En  eÛ'et,  toute   la   dernière  partie  du 
Breviari  d'Amor,  le  Perilhos  tractât  d'Amor  et  la  fameuse  nouvelle  de 
Raimon  Vidal  En  aquel  temps  c'om  era  jais,  qui  sont  en  grande  partie 


r 


DU   »  PAPAGAI  »  313 

immédiatement  le  vers  307.  Au  contraire,  Timpossibilité  pour 
le  sens  de  rattacher  le  vers 

Que  precx  a  faitz  per  mantas  res 

à  ce  qui  précède  semble  indiquer  qu'entre  les  deux  vers  306 
et  307  quelque  chose  d'essentiel  a  disparu.  Quel  sens,  en 


composées  de  citations  des  troubadours,  nous  montrent  quelles  libertés 
oa  se  permettait  dans  remploi  des  octosyllabes.  C'est  Toctosyllabe  qui 
forme,  en  effet,  le  fond  du  récit,  et  les  citations  sont  naturellement  des 
mètres  les  plus  divers.  Ce  qui  est  curieux,  c'est  de  voir  comment  elles 
Tiennent  s'insérer  dans  le  discours.  Parfois  la  citation  se  distingue  très 
nettement  du  corps  de  la  nouvelle,  elle  se  place  après  ou  avant  un  couple 
complet  de  deux  octosyllabes  rimant  ensemble.  Par  exemple,  dans  la 
pièce  de  Raimon  Vidal  : 

Que  mans  n'a  faitz  d'aut  bas  baros 

Et  per  so  dis  en  Perdigos  : 

€  En  paratje  non  conosc  ieu  mai  re 

Mas  qu'en  a  mais  cel  qui  mielhs  se  capte.  » 

E  podetz  conoisser  qu'es  dreitz 

E  per  sol  cavaliers  adreitz 

Bartsch,  Chrest.  Proven,,  220,  7-12. 

Mais  le  plus  souvent  le  premier  ou  le  dernier  vers  de  la  citation,  quoi- 
que n'étant  pas  des  octosyllabes,  forment  couple  et  riment  avec  un  octo- 
syllabe qui  précède  ou  qui  suit,  et  qui  fait  partie  de  la  nouvelle  elle- 
même.  Par  exemple,  encore,  dans  la  même  pièce  : 

E  fetz  a  SOS  vezis  assautz 

Aisi  com  dis  en  Haimbautz 

E  cels  quim  vol  auzir  m'escout  : 

c  Per  mi  dons  ai  cor  estout 

Et  humil  e  haut  ; 

E  s'a  leis  no  fos  d'azaut, 

Ieu  m*estera  en  luec  de  vout 

Que  d'als  no  pensera  moût 

Mais  manger'  e  tengram  caut 

Et  agra  nom  Haimbaut.  » 

No  vole  aver  nom  Raimbaut 

Lo  cavaliers  mas  bon  e  bel.  /6irf.,  21-32 

Et  de  même  221,  v.  5-6,  v.  13-14  ;  222,  v.  29-30,  etc. 

En  réalité,  le  premier  et  le  dernier  vers  de  la  citation  rimant  à  linté- 
neup  de  la  cobtay  l'octosyllabe  ne  forme  pas  avec  ce  vers,  en  général  de 
mesure  différente,  un  couple  réel.  Les  deux  vers  ne  riment  pas  ensemble 


316  SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

médiocre  qui  a  eu  la  chance  de  nous  léguer  son  nom  *  alors 
que  Tauteur  du  récit  primitif  restait  inconnu. 

Une  dernière  question  reste  à  examiner.  Puisque  à  la  base 
de  la  rédaction  R  nous  distinguons  un  récit  plus  simple,  mais 
toujours  différent  de  /  par  les  péripéties  et  par  le  dénoue- 
ment,  il  nous  faut  décider  maintenant  laquelle  de  cette  ver- 
sion disparue  ou  de  celle  qui  est  consenrée  par  /  est  vérita- 
blement la  forme  originale  de  la  nouvelle.  Mais  la  première 
partie  du  récit  étant  identique  dans  Tune  et  dans  Tautre,  et 
celles-ci  ne  différant  que  par  la  suite  donnée  à  ce  début  com- 
mun, la  question  consiste  à  démêler  laquelle  de  ces  deax 
continuations  continue  le  mieux  le  récit.  Quelle  est  celle  qui 
se  conforme  le  mieux  à  l'esprit,  au  ton  du  début,  et,  par  suite, 
appartient  à  la  conception  originale  de  la  nouvelle?  On  peut, 
en  effet,  a  priori^  s'attendre  à  ce  qu'un  remanieur  unique- 
ment préoccupé  de  renouveler  rintérêt  de  son  récit,  trahisse, 
p  ir  des  disconvenances,  son  travail  de  réfection.  C'est  parce 
qu'on  a  cru  trouvé  de  ces  dissonances  dans  le  texte  de  J  qu'on 
en  avait  imméiatement  conclu  que  cette  version  ne  pouvait 
être  la  version  originale  '.  En  fait,  tout  ce  qu'a  pu  reprocher 
M.  Savi-Lopez  au  récit  de  •/,  c'est  de  raconter  avec  moins 
d'agrément,  et  surtout  avec  moins  de  détails,  la  fin  de  l'aven- 
ture. Il  peut  ne  pas  ressembler  à  /?,  sans  qu'il  j  ait  entre  les 
deux  parties  qui  le  composent  disconvenance  de  ton  et  d'es- 
prit. Et,  en  effet,  il  est  impossible  de  rien  trouver  dans  la 
seconde  partie  de  /  qui  ne  soit  en  parf  iite  harmonie  avec  la 
première.  C'est  le  même  ton  de  la  narration  simple,  et,  si  les 
discours  J  tiennent  la  plus  grande  place,  c'est  un  trait  de  res- 
semblance de  plus  avec  l'autre  partie.  Ceux  qu'y  échangent 
la  dame  et  Antiphanor  ne  diffèrent  en  rien.de  ceux  que 


*  On  n'est  même  pas  fixé  sur  la  valeur  do  ce  nom.  M.  Savi-Lopci 
(op.  cit.  p.  38-39j  dit  qu'on  peut  considérer  Carcasses  soit  comme  dési- 
gnant tout  le  pays  de  Carcassonne,  soit  comme  le  nom  d'un  petit  vil- 
lage de  cette  région.  En  fait,  nous  n'avons  aucune  raison  de  choisir  l'un 
plutôt  que  l'autre.  L'auteur  d'un  compte-rendu  paru  dans  la  Romania 
XXXI,  p,  169^  adopte  délibérément  le  second  sens,  mais  sans  nous  dire 
pourquoi. 

'  Cf.  Savi-Lopez,  op.  cit.  pp.  35-36. 


DU   CPAPÀGAI»  317 

tenaient  le  papagai  et  la  dame.  Il  j  aurait  ainsi  entre  les 
deux  parties  de  J  plus  d*anité  de  ton  que  ne  semble  le  croire 
M.  Sayi-Lopez  et  qa^il  n*j  en  a  en  réalité  entre  les  deux 
parties  qui  constituent  le  récit  de  R.  Car,  si  le  ton  de  R  et  de 
la  version  qu*il  remanie  est  bien  toujours  celui  de  la  narra- 
tion,  encore  faut-il  reconnaître  que  la  seconde  partie  fait  aux 
péripéties  et  à  Télément  extérieur  une  large  part  quMls 
n^avaient  pas  dans  la  première.  Une  fois  indiquée,  et  très 
sobrement,  la  donnée  générale  et  le  cadre,  toute  cette  pre- 
mière partie  consiste  en  un  dialogue,  du  reste  agréablement 
conduit  entre  la  dame  et  le  papagai.  Au  lieu  de  cela  le  dia- 
logue n'est  plus,  dans  la  seconde  partie  de  R,  la  chose  essen- 
tielle etrintérét  va  tout  entier  aux  péripéties  imaginées  par 
le  narrateur,  aux  allées  et  venues  du  papagai^  au  stratagème 
de  rincendie,  à  la  rencontre  d'Antiphanor  et  de  la  dame,  au 
retour  du  papagai  et  à  la  séparation  des  amants.  C^est  donc  à 
Toriginal  de  R  qu'on  pourrait  reprocher  de  ne  pas  présenter 
dans  les  deux  parties  sinon  la  même  unité  de  ton,  du  moins 
la  même  unité  d'intérêt.  A  ce  point  de  vue,  il  serait  certai- 
nement inférieur  à  Tautre  version  et  ce  pourrait  être  une 
preuve  que,  par  rapport  à/,  l'original  lui-même  de  R  n*était 
sans  doute  qu'un  remaniement. 

Il  est  en  effet  certain  que  Tintérêt  de  la  première  partie 
commune  à  A  et  à  •/  consiste  dans  la  discussion  entre  la  dame 
et  le  papagai.  On  le  voit  d'abord  au  parti  pris  du  narrateur 
de  négliger  tout  ce  qui  pourrait  localiser  la  scène  et  lui  don- 
ner quelque  réalité.  Pas  de  description  du  verger  où  le  papa- 
^01  rencontre  la  dame,  sinon  que  c'est 

v.  1 .  Dins  un  verdier  de  mur  serat. 

Rien  non  plus  sur  la  façon  dont  le  papagai  j  pénètre.  Des 
deux  interlocuteurs, OQ  ne  nous  fait  aucun  portrait,  ni  moral, 
ni  physique.   Antiphanor*    est  un   ûls  de    roi   et  la  dame 


*  M.  Savi-Lopez  (Op.  cit.  pp.  8-9)  a  fort  bien  montré  que  ce  nom  n*a 
rien  de  grec,  et  que  c'est  à  tort  que  Barlsch  avait  tu  dans  ce  nom  ainsi 
que  dans  la  mention  du  foc  grezesc  une  preuve  de  l'origine  orientale  de 
notre  nouvelle.  Par  contre,  p.  33,  il  reproduit  la  remarque  de  Bartsch 
que,  dans  la  première  partie  de  J,  le  nom  d'Antiphanor  est  mentionné 


318       SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

n'a  même  pas  de  nom.  Tant  il  est  vrai  que  pour  Tauteur  de 
cette  première  partie  ce  ne  sont  ni  les  circonstances,  ni  le 
cadre,  ni  les  personnages  eux-mêmes  qui  sont  intéressants, 
mais  uniquement  la  question  qu'il  s*agit  de  discuter  et  le 
débat  quMl  imagine  entre  deux  interlocuteurs  du  reste  quel- 
conques. Aussi  bien,  en  avons  nous  la  preuve  certaine  dans 
le  récit  lui-même  et  un  vers,  que  jusqu'ici  on  semble  avoir 
laissé  inaperçu,  nous  révèle  le  véritable  caractère  de  ce 
début  dans  la  pensée  de  son  premier  auteur.  Qu'on  se  reporte 
aux  premiers  vers  de  la  nouvelle  qui  servent  à  Fauteur  à 
introduire  son  récit. 

Dins  un  verdier  de  mur  serat. 
A  Tombra  d'un  laurier  folhat 
Auzi  contendre  un  papagay 
De  tel  razo  com  ye*u8  diray. 

Quand  on  sait  Tusage  à  peu  près  constant  cbez  nos  auteurs 
du  moyen  âge  d'indiquer  très  nettement  dès  le  début  le  genre 
auquel  appartient  la  pièce  ou  l'ouvrage  qu'ils  composent  \  il 
est  évident  que  l'auteur  du  récit  original  s'est  avant  tout  pro- 
posé de  nous  rapporter  une  conienso  ou  tenso,  c'est-à-dire  un 
débat  entre  un  papagai  et  une  dame  *.  L'intérêt  devait  aller 

cinq  fois,  au  lieu  que  la  seconde  partie  paraît  l'ignorer.  Comme 
Bartsch^  il  semble  voir  là  la  preuve  que  la  seconde  partie  est  un  rema- 
niement postérieur.  A  moins  d'admettre  que  cette  seconde  partie  existait 
indépendamment  de  la  première  et  qu'on  l'y  a  réunie  arbitrairement, 
l'absence  du  nom  d'Antiphanor  ne  prouve  rien.  Dans  l'hypothèse  même 
de  M.  Savi-Lopez,  l'auteur  de  /  voulant  donner  une  suite  à  la  pre- 
mière partie  où  figurait  ce  nom,  n'avait  qu'à  le  reproduire  tel  qu'il  le 
trouvait.  S'il  ne  l'a  pas  fait,  c'est  qu'il  n'y  attechait  pas  une  grande 
imporUnce.  Son  chevalier  n'avait  pas  d'individualité  et  ce  nom  n'était 
pour  lui  qu'un  nom  quelconque. 

*  Cf.  le  début  d'un  débat  inédit  de  l'âme  et  du  corps  contenu  dans  le 
ms.  de  la  Bibliothèque  Nationale,  franc.  14973,  f"  1,  r*». 

L'autrier  ausiy  una  tenson 

vos  dir  en  quall  rason 

An  que  vollyas  estar  e  pas 
E  s'entendes  et  escoytas 

•  Pour  être  moins  fréquent  que  tenso^  le  mot  contenso  s'emploie  pour 
désigner  des  pièces  du  même  genre  tout  comme  joc  partit^  partimen  et 
partida. 


DU  «  PAPAGÀl  »  319 

inrtoat  à  la  question  qui  en  fait  l'objet,  une  de  celles  qui 
forent  sans  doute  les  plus  débattues  entre  théoriciens  de  Tamour 
courtois  :  Tamour  conjugal  exclut-il  pour  la  femme  la  possi- 
bilité de  tout  autre  amour?  Le  développement  même  de  la 
discussion,  Tingéniosité  du  papagai  a  triompher  du  refus  et 
des  objections  de  son  interlocuteur  attestent  que  c^estbien  là 
Tobjet  essentiel  du  récit,  et  l'admiration  manifestée  à  plusieurs 
reprises  *  par  la  dame  pour  Téloquence  de  son  interlocuteur 
nous  atteste  le  plaisir  que  les  lecteurs  du  temps  prenaient  à 
de  telles  discussions.  Si  tel  était  bien  le  dessein  de  l'auteur, 
l'on  Toit  pourquoi  dans  la  version  /  la  suite  de  l'entretien  est 
rapidement  contée  au  point  de  paraître  presque  sacrifiée. 
L'essentiel  étant  le  débat  lui-même  entre  la  dame  et  le  papa- 
gaifUne  fois  l'aveu  de  la  dame  obtenu,  l'auteur  avait  dit  ce  qu'il 
voulait  dire,  et  peu  lui  importait  le  dénouement.  Il  est  même 
inutile  de  considérer  ce  dénouement  comme  une  imitation  de 
Valba  :  ce  n'est  vrai  que  pour  la  version  A,  qui  manifestement 
lai  emprunte  son  décor  et  ses  acteurs  ordinaires  las  gâchas. 
Le  retour  du  mari  était,  dans  la  donnée  du  récit,  le  dénouement 
le  plus  naturel,  et,  si  l'auteur  l'a  emprunté  à  la  vie  journalière, 
sa  banalité  même  ne  fait  que  mieux  ressortir  l'intérêt  de  la 
première  partie  et  le  caractère  véritable  de  la  nouvelle  primi- 
tive. On  voit  aussi  maintenant  comment  l'auteur  du  manuscrit 
6,  qui  évidemment  a  voulu  conserver  un  extrait  du  récit  primi- 
tif, a  pu  Tarrêter  au  retour  du  papagai  auprès  de  son  maître. 
Si  on  peut  lui  reprocher  d*avoir  négligé  certaines  parties  de 
Tentretien  du  papagai  et  de  la  dame  qui  sont  peut  être  les 
pins  agréablement  racontées,  il  n'en  reste  pas  moins  que  cet 
entretien  suivi  du  retour  du  papagai  et  du  témoignage  qu*ii 
se  rend  à  lui-même  pour  son  ingéniosité  et  sa  fidélité  forme 
un  ensemble  ayant  son  unité  et  présentant  un  intérêt  véri- 


»  Cf.  T.  97  sq.        Papagay,  si  Dieus  m*acosselh, 

En  cara*  us  die  que  'm  meravelh 
Car  vos  tan  gen  sabetz  parlar 

Cf.  de  même  dans  J.j  p.  62,  t.  16. 

Cf.  T.  55.  sq.      Papagay,  trop  es  bel  parliers 

Par  me,  si  fossetz  cavayers, 
Que  jen  saupratz  dona  prejar. 


380       SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

table.  Le  fait  que  lui  aussi  néglige  la  seconde  partie  confirme 
notre  façon  de  comprendre  le  récit  primitif.  Cétait  essentiel- 
lement an  débat  dont  tout  Tintérét  consistait  dans  la  question 
discutée  et  dans  Fart  de  conduire  le  dialogue.  L*auteur  s'ef- 
forçait de  le  raconter  tel  quel  et  pour  lui-même  sans  chercher 
à  Tentourer  de  circonstances  et  d*ayentures  plus  ou  moins 
rares,  sans  vouloir  non  plus  lui  attribuer  une  portée  ni  satiri- 
que ni  moralisante. 

Cette  double  préoccupation  caractéristique  de  la  version  R 
et  du  texte  remanié  par  son  auteur,  nous  permet  d'affirmer 
qu'ils  représentent  tous  deux  une  tradition  en  contradic- 
tion avec  la  conception  primitive  de  la  nouvelle  et  par  con- 
séquent postérieure.  D'une  part,  l'importance  que  prend 
dans  l'une  et  dans  l'autre  l'élément  purement  narratif,  la 
recherche  du  pittoresque,  l'effort  fait  pour  donner  à  toute 
cette  aventure  un  air  de  réalité,  attirent  l'intérêt  aux  dépens 
de  ce  qui  était  l'objet  propre  du  récit  primitif.  D'autre  part, 
la  transformation  de  la  nouvelle  en  une  sorte  de  Castia-gilos^ 
est  une  déformation  de  la  donnée  originale.  Or,  si  c'est 
Amant  de  Carcasses  qui  le  premier  a  tiré  formellement  de 
l'aventure  la  morale  que  l'on  sait,  en  fait,  cette  morale  était 
en  quelque  sorte  à  l'état  latent  dans  le  récit  qu'il  rema- 
niait. Le  débat  primitif  était  déjà  devenu  le  conte  plaisant 
destiné  comme  le  Casiia-gilos  de  Raimon  Vidal,  à  faire  rire  aux 
dépens  des  maris  jaloux,  mais  cela  même  n'était  qu'un  déve- 
loppement postérieur.  Dans  la  partie  commune  à  /  et  à  /{,  il 
n'est  permis  nulle  part  de  soupçonner  la  jalousie  du  mari. 
Les  sentiments  qu'il  inspire  à  sa  femme  *  et  qu'elle-même 
invoque  pour  repousser  d'abord  les  prières  du  papagai^  ne 
sont  pas  ceux  que  d'ordinaire  les  jaloux  inspirent  à  leurs  victi- 
mes. Dans  tout  le  récit  de  J,  le  mot  de  gilos  ne  se  trouve  pas 
et  même  au  moment,  où,  pour  terminer  l'entretien  des  amants, 
il  fait  revenir  le  mari,  rien  ne  permet  de  supposer  que  c'est  un 
mari  jaloux.  En  réalité,  cette  jalousie  du  mari  est  une  invention 


1  Cf.  V.   66.  Ab  tan  vos  ai  yeu  doncx  vencut, 
Q\ïexi  am  mon  marit  may  que  re 
Que  si'  el  mon,  de  bona  fe, 
£  lunh  autr'  amador  no  vuelh. 


DU   «PAPAGAI»  321 

da  remanieur.  Elle  a  pu  lui  être  suggérée  par  ce  avergier 
de  mur  serat»  où  le  récit  primitif  situait^  de  façon  bien 
vague,  la  scène.  Au  surplus  elle  était  trop  naturelle  pour 
qu*un  remanieur,  qui  voulait  renouveler  le  récit,  pût  négliger 
ce  qu'elle  apportait  ^n  soi  de  pittoresque  et  de  dramatique. 
Mais  ainsi,  ni  la  version  remaniée  par  Amaut  de  Carcasses, 
et  qui  nous  est  conservée  par  le  manuscrit  fi,  ni  le  récit 
loi-même  qui  a  servi  à  ce  remaniement  et  qui,  quoique  moins 
développé,  en  reproduisait  les  lignes  essentielles  ne  sont  la 
forme  primitive  de  la  nouvelle  du  papagai.  Contrairement 
aux  conclusions  de  Bartsch  et  de  M.  Savi-Lopez,  c'est  la 
version  J  qui  représente  le  récit  original  et  ce  récit  est  l'œu- 
vre d'un  inconnu. 


Nous  pouvons  donc  de  ce  même  récit  distinguer  et  retrou- 
ver quatre  états  successifs.  Le  premier,  qui  n'est  plus  repré- 
senté par  nos  manuscrits^  était  constitué  essentiellement  par 
le  récit  de./  débarrassé  de  l'addition  du  domnejaire  et  terminé 
parles  quelques  vers  de  conclusion  que  cette  addition  a  fait 
disparaître.  La  version  qui  s'en  rappreche  le  plus  est  celle  de 
y,  identique  en  son  fond  mais  gâtée,  vers  la  un,  par  l'addition  du 
domnejaire.  Le  troisième  état  qui,  lui  non  plus,  n'est  pas  repré- 
senté directement  dans  nos  manuscrits,  est  celui  de  la  ver- 
sion qui  est  à  la  base  du  récit  de  77.  Elle  différait  du  récit  pri- 
mitif par  le  développement  de  la  seconde  partie,  l'importance 
nouvelle  donné  à  l'élément  purement  extérieur  et  la  ten- 
dance à  ridiculiser  les  maris  jaloux.  Enûn,  le  remaniement 
à' Amaut  de  Carcasses,  est  la  dernière  forme  prise  par  le 
récit.  Elle  est  obtenue  par  le  dédoublement  de  deux  des 
épisodes  de  la  version  précédente  et  ne  cherche,  en  allongeant 
la  narration,  qu'à  prolonger  le  plaisir  du  lecteur. 

Cette  constance  à  remanier  et  à  s'efforcer  de  renouveler  un 
même  thème  narratif,  n'a  rien  qui  doive  nous  surprendre.  Elle 
est  bien  dans  les  habitudes  littéraires  du  moyen  âge.  Mais 
elle  confirme  ce  que  nous  savons  par  ailleurs  du  faible  déve- 

21 


322        SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

loppement  que  reçut  en  provençal  le  genre  de  la  nouvelle,  et 
d'autre  part,  elle  rend  plus  frappante  une  pauvreté  d'inven- 
tion qu'atteste  déjà  la  médiocrité  du  récit  original.  Déjà, 
M.  Savi-Lopez,  avait  très  bien  montré  que  la  version  de  /}, 
considérée  à  tort  par  lui  comme  le  texte  original,  résultait 
uniquement  de  la  juxtaposition  de  deux  thèmes  très  répandus 
dans  toute  la  littérature  du  moyen  âge,  celui  de  Toiseau 
messager  d'amour  et  celui  des  oiseaux  incendiaires*.  C'est 
non  plus  à  Amaut  de  Carcasses^  mais  à  l'auteur  de  la  version 
remaniée  par  lui  que  revient  le  mérite  d'avoir  ajouté  le 
second  thème  au  premier,  en  faussant,  il  est  vrai^  la  concep- 
tion de  la  nouvelle  primitive.  Quant  à  celle-ci,  on  voit  main- 
tenant à  quoi  elle  se  réduit.  Elle  est  essentiellement,  sous  la 
forme  narrative,  un  débat  sur  l'une  des  questions  sans  doute 
les  plus  rebattues  de  la  doctrine  courtoise.  C^est  une  tenso 
comme  en  échangeaient  entre  eux  les  troubadours.  Qui  sait 
même,  si  ce  débat  n'a  pas  existé  sous  une  forme  Ijrique  ?  La 
question  qui  en  fait  le  fond,  nous  nous  la  posons  encore  quand 
nous  cherchons  à  démêler  ce  que  fut  l'amour  courtois.  Comment 
les  troubadours  auraient-ils  pu  ne  pas  la  discuter  ?  On  voit 
alors  à  quoi  se  réduirait  le  mérite  de  l'auteur  de  la  nouvelle 
primitive.  Peut-être  a-t-il  uniquement  consisté  à  transposer 
sous  la  forme  narrative  une  tenso  lyrique  et  à  introduire 
comme  interlocuteurs  une  dame  sans  individualité  et  un 
papagai* 


*  Sayi-Lopez,  op,  «7.,  pp.  10-31. 


DU  V  PAPAGAI  »  323 


NOTES  CRITIQUES 


La  conclusion  du  travail  qui  précède  c*est  que  Tédition  de 
la  nouvelle  du  j9a/>a^at  devait  être  comprise  autrement  que  ne 
Ta  fait  M.  Savi-Lopez.  Pour  lui,  B  étant  le  seul  manuscrit  qui 
contienne  tout  entière  la  nouvelle  originale  devait  être  à  la 
base  de  Tédition.  Même  pour  la  partie  qui  se  retrouve  dans 
les  autres  manuscrits  son  autorité  est  incontestable,  car  il  est 
de  beaucoup  le  plus  rapproché  du  texte  original,  et  les  autres 
remontant  plus  ou  moins  directement  à  une  même  source  ne 
représentent  qu'une  même  tradition*.  D'autre  part,  ceux  ci 
ne  conservant  que  des  textes  remaniés,  il  n'y  avait  qu*à  les 
négliger  pour  ne  chercher  à  reproduire  dans  sa  pureté  que  le 
texte  original  d'où  fi  dérive  directement.  Par  suite,  l'édition 
de  la  nouvelle  ne  devait  être  que  la  reproduction  du  manus- 
crit R  et  il  ne  fallait  avoir  recours  aux  autres  manuscrits  qu'en 
présence  de  lacunes  certaines  et  de  fautes  évidentes.  C'est 
aussi  ce  qu'avait  pensé  Bartsch,  qui,  négligeant  même  toute 
comparaison  avec  les  autres  manuscrits ,  s'était  borné  à 
reproduire  presque  tel  quel  le  texte  de  jR,  ne  le  corrigeant 
qu'en  cas  de  nécessité  absolue  et  à  l'aide  de  conjectures'. 

Le  texte  de  M.  Savi-Lopez  n'aurait  donc  pas  dû  différer 
beaucoup  de  celui  de  Bartsch.  A  l'exception  des  lacunes  de  A, 
qui  devaient  être  comblées  par  la  comparaison  des  autres 
manscrits ,  c'était  partout  sa  leçon  qui,  sauf  impossibilité, 
devait  être  préférée  et  reproduite.  En  fait,  au  point  de  vue  de 
la  méthode,  on  reprochera  au  nouvel  éditeur  de  s'être  montré 
beaucoup  trop  éclectique  et  d'avoir  admis  dans  son  texte  des 
leçons  de  /  ou  de  6r,  les  préférant  sans  raison  à  celles  de  fi. 
Cf.  notamment  aux  vers  7,  14,  15,  36,  58,  60,  70,  77,  81,  82, 


*  Cf.  Savi-Lopez,  op,  ciï.,  pp.  42-45. 

>  Cf.  Chrestomathie  Provençale.  5*  édit.,  pp.  259-2G6. 


324        SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

103,  137.  Mais  surtout  Ton  voit  maintenant  que  les  principes 
mêmes  qui  Tout  guidé  ne  sont  pas  les  vtais.  D'abord  il  semble 
bien  démontré  que  c'est  J  qui  nous  a  conservé  la  nouvelle 
originale.  C'est  donc  le  texte  de  cette  nouvelle  qu'il  fallait, 
avant  tout,  s'efiorcer  d'é  tabl  ir  et  presque  exclus!  vement  d'après 
ce  manuscrit.  Pour  la  seconde  partie  c'est  une  nécessité, 
puisque  il  est  seul  à  la  donner.  Il  n'y  avait  qu'à  rejeter  dans 
un  appendice  ou  même  à  supprimer  entièrement  le  domnejaire 
qui  n'a  rien  affaire  avec  la  nouvelle  elle-même.  Mais  même 
pour  la  partie  conservée  en  commun  avec  G  et  avec  R^  c'est 
encore  l'autorité  de  J  qui  devait  être  prépondérante.  Il  est,  en 
effet,  le  seul  a  donner  le  texte  intégral  et  c'est  lui  seul  qui 
permet  de  combler  les  lacunes  particulières  k  G  eik  fi.  Mais, 
de  plus,  fi  étant  un  remaniement  et  son  auteur  ajant  pris 
avec  le  fond  du  récit  les  libertés  que  Ton  sait,  les  leçons 
particulières  à  fi^  dans  cette  première  partie,  peuvent  être, 
elles  aussi,  considérées  comme  des  changements  arbitraires 
du  remanieur. 

Par  contre,  une  fois  établi  le  texte  de  la  nouvelle  originale, 
il  y  avait  intérêt,  en  raison  de  l'agrément  de  certaines  de  ses 
parties,  à  publier  le  texte  de  A  et  à  donner  ainsi,  après  Tori- 
ginal,  le  remaniement.  Ici  le  manuscrit  fi  reprenait  toute  son 
autorité.  Une  fois  comblées,  grâce  aux  autres  manuscrits,  les 
lacunes  certaines  de  son  texte,  il  n'y  avait  qu'à  le  reproduire 
en  corrigeant  seulement  les  leçons  fautives.  Telle  aurait  dû 
être,  à  notre  avis,  l'édition  double  de  la  nouvelle  du  Papagai 

Sur  l'édition  même  que  nous  en  a  donnée  M.  Savi-Lopez, 
voici  quelques  remarques  et  corrections  suggérées  par  le 
lecture  du  texte  et  des  notes  qui  l'accompagnent*. 

14.  L'argument  donné  pour  préférer  la  leçon  de  ./  que  basti 


i  On  remarquera  que,  en  trois  endroits  (v.  30,  48,  154),  mes  obserra- 
tions  concordent  avec  celles  qu'avaient  d<^jà  faites  M.Antoine  Thomas  et 
qu'il  avait  communiquées  à  l'auteur  d'un  compte-rondu  paru  dans  la 
Romania,  XXXI,  169-170.  Ce  travail  était  rédigé  quand  j'ai  eu  connais- 
sance de  ce  compte-rendu  et  je  n'ai  pas  cru  devoir  supprimer  les  passa- 
ges où  je  me  suis  rencontré  avec  mon  maître. 


DU   «  PAPAGAI»  325 

per  vos  lo  tomey  ne  prouve  rien.  Dans  tout  le  reste  du  récit 
rien  n'indique  que  la  dame  connût  auparavant  Antiphanor  et 
sa  galanterie. 

19*24.  Sans  doute  ces  vers  n^ajoutent  rien  d^essentiel  à  ce 
qui  a  été  précédemment  exprimé,  mais  aux  vers  33-34 

Car  anc  auzetz  dir  que  dones 
Joya  ni  que  la  prezentes 

il  est  fait  allusion  à  des  paroles  et  à  une  proposition  du  papa- 
gai  qui  disparaissent  si,  comme  le  fait  fi.  Ton  omet  les  vers 
19-24. 

23.  La  leçon  de  J  quettautra  csser  poderos  est  aussi  accepta- 
ble que  celle  de  R,  L'antithèse  entre  morir  et  viure  qu'admire 
M.  Savi-Lopez  pourrait  bien  n'être  qu'une  recherche  du 
remanieur. 

30-31.  Ainsi  ponctué^  le  passage  n'a  pas  de  sens.  La  note 
correspondante  confirme  que  l'éditeur  n'a  pas  compris.  Il  faut, 
évidemment,  ponctuer 

Et  a  li  dig  :  «  Amie,  e  don 
Sai  es  vengutz  e  que  sercatz  ? 

et  entendre  don  =  (Toii, 

45.  La  leçon  véritable  ne  serait-elle  pas  celle  de  G  non 
amaz.  Dans  tout  le  discours  de  la  dame  il  n'a  pas  été  question 
d'Antiphanor  et  l'on  ne  voit  pas  quel  pourrait  être  régulière- 
ment l'antécédent  de  lo  dans  non  tamatz.  De  plus,  la  réponse 
de  la  dame  n'est  possible  que  si  le  papagai  a  parlé  d'aimer 
sans  désigner  précisément  la  personne. 

48.  Vouloir  retrouver  dans  cal  une  forme  du  verbe  caler^ 
c^est  se  condamner  à  ne  pas  comprendre.  Comme  l'avait  bien 
VQ  Raynouard,  cal  n'est  ici  que  le  pronom  interrogatif  :  a  Et 
vous  [aimez]  qui,  ma  dame  ?  » 

58.  Du  point  de  vue  même  de  M.  S.  L.,  il  fallait  conserver 
ici  la  leçon  de  B  nom  vue^h  laissar, 

91  92.  On  peut  d'autant  mieux  accepter  sas  vertuti  ou  las 
vertutz  et  y  voir  une  personnification  des  vertus  allant  avec 
Amour,  que  M.  S.-L.  lui-même  [p.  13}  cite  un  passage  de  la 
Messe  des  Oiseaux  de  Jean  de  Condé,  où  le  papagai  enseigne, 
dans  un  véritable  sermon,  les  quatre  vertus  de  l'amour: 
obéissance,  patience,  loyauté  et  espérance. 


826       SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

93.  La  forme  dMoônitif  dezir  =  dir,  dt're^  particulière  à  R, 
est  une  forme  unique  et  R  est  trop  souvent  fautif  pour  que 
son  autorité  soit  suffisante.  Cf.  E.  Lévj,  Provenz,  Supplem. 
Wcerterb.jll^  24,  qui  semble  la  considérer  comme  devant  être 
rejetée. 

125.  La  leçon  de  R  c^abans  d'un  an  est  en  contradiction 
avec  ce  qu*a  dit  précédemment  la  dame,  v.  105,  Queu 
m'acordaray  en  breumen.  Le  papagai  est  plus  expéditif,  cf.  v. 
193.  Encar  a  nueg  F  en  menaray.  Il  faut  évidemment  corriger 
c^abans  deman. 

127-128.  Aucune  raison  de  supposer  entre  ces  deux  vers 
une  lacune.  On  ne  voit  pas,  du  reste,  au  point  de  vue  du  sens, 
ce  qu*on  pourrait  intercaler  entre  eux.  On  peut  très  aisément 
entendre  de  layns  même  venant  après  le  vers  qui  précède 
dans  R,  La  seule  difâculté  sérieuse  c*est  Tabsence  d'un  sujet 
nettement  exprimé  des  verbes  ac  et  es  vengutz.  Encore  n'y 
a-til  rien  là  de  particulièrement  choquant.  Le  papagai  est 
toujours  le  principal  acteur.  C'est  lui  qui  a  parlé  le  dernier  et 
le  vers  127  interrompant  à  peine  le  récit,  il  est  facile  de 
suppléer  le  papagai  comme  sujet  des  deux  verbes.  La  correc- 
tion de  M.  Stengel  Ab  tan  part  de  lor  parlamen  reste  au  sur- 
plus possible,  et  R  qui  est  le  seul  à  donner  le  passage,  n*a 
pas  une  telle  autorité  qu'on  ne  puisse  parfois  le  corriger. 

141.  Le  manuscrit  dit  mira^  que  Bartsch  corrige  en  nianey 
qu'accepte  M.  Savi-Lopez.  Il  faut  probablement  lire  tntrey, 
dont  on  s'explique  plus  aisément  l'altération  en  miray. 

144.  L'éditeur  imprime  telle  quelle  la  leçon  du  manuscrit 
may  volrfesser  soutz  que  pres^  à  laquelle  il  est  bien  difficile 
de  donner  un  sens  satisfaisant.  Ne  doit-on  pas  corriger  volria 
en  volia  et  soutz  en  lentz?  a  J'aimais  mieux  être  lent,  aller 
lentement  qu'être  pris  »  ;  ce  qui  concorde  avec  les  précautions 
du  papagai  pour  pénétrer  dans  le  jardin. 

153-156.  D'après  ce  que  nous  avons  dit  (cf.  supra^  p.  301- 
309)  de  la  contradiction  existant  entre  les  vers  156157,  il  faut 
certainement  rétablir  comme  il  suit  ces  vers  : 

V.  153.  Mas  jes  no  sap  per  cal  razo 
V.  156.  Jes  DO  vos  en  sap  cosselhar. 

En  outre,  il  faut  corriger  au  v.  154  non  prenguam  en  nos 
prenguam. 


DU   «PAPAGAl»  327 

159.  Corriger  abrassaiz  en  abrasatz. 

160.  La  correction  per  esperatz  est  à  rejeter  comme  inutile 
et  peu  satisfaisante.  Il  faut,  au  contraire,  maintenir  la  leçon 
du  manuscrit  per  espatz^  qui  est  une  locution  courante  signi- 
fiant à  loisir,  cf.  E.  Levy  Provenz.  SuppL  Woerterbuck,  III, 
247.  Il  est  certain  que  la  correction  de  Bartsch  àe  per  espatz 
est  une  conjecture  ;  elle  n'en  est  pas  moins  très  vraisemblable. 
On  ne  voit  pas  pourquoi  M.  S.-L.  se  refuse  à  dériver  espatz 
de  spatium,  ni  surtout  pourquoi  il  n'admet  pas  une  forme 
espatz,  au  moins  aussi  régulière  que  espas, 

173.  La  leçon  du  manuscrit  Dona  sel  Dieu  que  vos  criet  est 
évidemment  fautive,  puisqu'elle  supprime  la  rime  avec  voletz, 
mais  la  correction 

Dona  aisel  Dieus  que  vos  fets 

qui  suppose  une  double  faute,  n'est  probablement  pas  la  bonne. 
Il  faut,  sans  doute,  lire  Dona  sel  Dieus  que  vos  creeiz  et 
entendre  creetz  comme  la  2*  p.  plur.  Indic.  prés,  de  crezer, 
creire=z  croire:  «  Madame,  le  Dieu  que  vous  croyez,  en  qui 
vous  croyez  ....  ».  Bartsch  corrigeait  aussi  de  façon  assez 
voisine  que  vos  crieiZy  mais  il  entendait  crietz  comme  une 
3*  p.  s.  Ind.parf.  de  crear^  ce  qui  est  impossible.  C'était,  du 
reste,  le  seul  exemple  qu'il  donnât  de  cette  forme.  Cf.  Chrestom. 
provençale  p.  435. 

182.  Etant  donné  que  Vamistat  d'Antiphanor  est  chose 
acquise  à  la  dame  et  qu'elle  n'a  plus  à  la  souhaiter,  ne  doit-on 
pas  corriger  per  la  vista  cCAnttphanor?  L&  suite  des  idées 
serait  alors  toute  naturelle  et  1  on  s'expliquerait  qu'aussitôt 
après,  la  dame  se  préoccupât  des  moyens  de  le  voir.  Cf.  Dom- 
nejaire,  v.  36,  ni  per  paraula  ni  per  vista. 

188.  Mettre  une  virgule  après  meravelh. 

193-196.  Aucune  nécessité  au  point  de  vue  du  sens  de 
supposer  une  lacune.  De  même,  les  vers  301-303  et  309-311 
présentent  des  groupes  de  trois  vers  rimant  ensemble  sans 
que  l'on  puisse  davantage,  pour  le  sens,  soupçonner  une 
lacune.  Cf.  supra  p.  311,  note  3. 

204.  Corriger  évidemment  per  fors*  escantir.  Je  ne  connais 
pas  d'emploi  de  per  fort  au  lieu  que  la  locution  per  forsa 
est  courante. 


328        SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

224-225.  Supprimer  toute  ponctuation  après  cami,  sans 
quoi  il  est  difficile  d'entendre  via(z.  On  pourrait  songer,  il  est 
vrai,  à  le  prendre  pour  une  interjection:  «  Allons,  vite  », 
mais  Ton  ne  connaît  pas  d'exemple  d'un  pareil  emploi.  Peut- 
être  faut-il  tout  simplement  corriger  viatz  en  anatz. 

232.  Il  faut  probablement  corriger  faitz  me'n  liurar.  Cf.  234 
Ivn  fay  liurar. 

238.  La  leçon  du  manuscrit  Funa  va  et  Vautra  s'en  enquier, 
est  évidemment  fautive,  mais  ni  la  correction  de  Bartsch  tuna 
va  et  tautra  Cenquier^  ni  celle  de  M.  Savi-Lopez  Vuna  va, 
Vautra  s  en  enquier,  ne  sont  satisfaisantes.  Quel  sens  donner  au 
verbe  va?  Ce  mot  va  est  évidemment  une  faute  pour  uca^  3*  p. 
s.  Ind.  pr.  de  ucar,  qui  désigne  Thabitude  qu'avaient  les  guet- 
teurs ou  gâchas  de  huchier.  Cf.  Rajnouard.  Lexiq.  V,  444, 
citant  en  anc.  français  Tote  noit  fist  ses  gaites  et  huchier  et 
corner.  Le  vers  tout  entier  doit  être  lu  :  Vuna  uc'  e  Vautra 
enquier,  «  L'un  crie,  l'autre  interroge  ». 

262.  La  correction  feu  fag  n^ay  est  une  correction  quel- 
conque. On  lirait  avec  au  moins  autant  de  raison  :  Ben  fag 
n'ay  tôt  Vassemamen, 
284.  Ecrire  de  Vautre. 

302.  Ici  encore,  uniquement  parce  qu'il  est  choqué  d'un 
groupe  de  trois  vers  rimant  en  -etz,  M.  Savi-Lopez  suppose 
à  tort  une  lacune  ou  une  interpolation.  Il  est  inexact,  du 
reste,  de  dire  que  en  est  segle  exprime  la  même  idée  que  tant 
cant  viuretz, 

305.  Corrieu  a  évidemment  ici  le  sens  de  courrier,  piqueur 
et  désigne  le  cavalier  qui  accompagne  ou  précède  un  per- 
sonnage d'importance.  Ici  le  mot  est  appliqué  de  façon 
plaisante  au  papagai. 

307.  A  notre  avis  {cf.  supra,  p.  314)  il  faut  supposer  ici  une 
lacune  d'un  vers  qui  pourrait  être  Delplazen  papagai  cortes. 
311.  Si  l'on  admet  que  quels  laisso  a  lorpes  anar  fait  allusion 
au  fait  que  la  dame  était  enfermée  dins  un  verdier  de  mur 
serat,  il  est  vraisemblable  que  le  vers  suivant  contenait  une 
allusion  à  l'autre  précaution  attribuée  au  mari  et  à  la  pré- 
sence des  guetteurs  ou  gâchas.  On  pourrait  supposer  dans 
l'original  de  B 


DU   <c  P  A  PAG  AI»  329 

Que'ls  laisBo  a  lor  pes  anar 
E  ses  gachdiSf  que  may  valra. 


Continuatioa  de  J  à  partir  du  vers  140.  (Savi-Lopez,  Op.  cit., 
p.  62.64.) 

5.  Effacer  la  virgule  après  anatz» 
14-15.  Les  deux  vers 

Per  vostre  papagai  vos  val 
Car  hieu  vos  vei  tan  plazentier. 

contiennent  une  contradiction.  La  dame  avoue  à  Antiphanor 
que  c*est  à  ce  papagai  qu'il  doit  d'être  accueilli  par  elle.  Il 
faut  donc  corriger  le  second  vers  et  lire 

Car  hieu  qo*q  vei  tan  plazentier 

«  Car  je  n'en  connais  pas  d'aussi  plaisant.  » 

37.  Le  manuscrit  porte  :  Mas  ieu  non  o  die  per  vos  qui  est 
fautif.  L'éditeur  propose  :  JUas  ieu  ja  non  o  die  per  vos.  On 
corrigerait  au  moins  aussi  bien  en  lisant:  Mas  ieu  non  o  die  j  es 
per  vos. 

5L  Aucune  raison  de  corriger  la  leçon  du  manuscrit  elcava- 
1er  près  comiat.  On  ne  voit  pas  pourquoi  après  est  préférable 
à  près  et  l'emploi  de  comiat  comme  trisyllabique  est  attesté 
par  ailleurs. 

Cf.  277.     Et  a  ubert  ses  comiat 

De  las  gâchas  e  mal  liir  grat. 

60.  L'éditeur,  après  M.  Stengel,  conserve  la  leçon  du 
manuscrit 

e  prec  vos  que  la  mieu  don  man 

à  laquelle  il  est  difficile  de  trouver  un  sens.  M.  Savi-Lopez  le 
reconnaît  lui-même.  Il  faut  certainement  corriger  lo  mieu 
doman.  Le  cavalier  rappelle  à  la  dame  la  demande  qu'il  lui  a 
faite  aux  vers  52-56  La  forme  doman  est  moins  fréquente  que 
deman,  mais  a  sûrement  existé.  Cf.  E.  Lévy,  Prov,  Supplem, 
Wcsrterb.^  citant  les  formes  domandar,  domandador. 


330       SUR  LA  NOUVELLE  PROVENÇALE 

Texte  du  Domnejaire  (Savi-Lopez,  Op.  cit.,  p.  65-67). 

3.  Corriger  évidemment  totz  vostres  mandamenz. 

45.  Le  vers  est  corrompu  dans  les  manuscrits.  Il  faut  cor- 
riger e'm  levatz  pueis  de  ginoillos. 

65.  Le  vers  dompna  per  aquest  sanz  avangelis  est  probable- 
ment altéré.  Au  point  de  vue  du  sens  aquest  ne  s^ezpliqae  pas 
très  bien.  Mais  surtout  s'il  faut  considérer  ce  vers  final  comme 
un  vers  isolé  analogue  au  Senher  marques  qui  termine  les 
épîtres  de  Raimbaut  de  Yaqueiras',  je  doute  qu'on  puisse 
admettre  que  ce  vers  avait  neuf  syllabes^  le  récit  tout  entier 
étant  en  octosyllabes.  Les  Leys  d'Amors  connaissent  bien  un 
genre  de  novas  rimadas  se  terminant  sur  un  vers  isolé  et 
admettent  bien  que  quel  que  soit  le  genre  des  novas  rimadas^ 
annexas^  parionas  ou  comunas^  le  dernier  vers,  verset^  o  bordo 
peut  être  biocatz^  c'est-à-dire  incomplet.  Le  vers  qui  termine 
les  novas  rimadas  peut  donc  rimer  avec  un  autre  vers,  ou 
être  isolé,  et  s'il  est  isolé,  il  peut  ou  non  être  incomplet.  Mais 
jamais  on  ne  voit  qu'il  puisse  être  plus  long  que  le  vers  em- 
ployé dans  le  corps  du  récit.  Il  faut  donc  faire  un  octosyllabe 
du  vers  Damna  per  aquest  sanz  avangelis  et  corriger  Domna 
per  los  sanz  avangelis.  Cf.  du  reste  au  v.  33.  E  per  los  avan* 
g  élis  sanz, 

Jules   COULET. 
1  Savi-L«peZf  Op,  cit,y  p.  35. 


BIBLIOGRAPHIE 


Emile  Fignet,  de  l'Académie  française,  ^  La  politique  comparée  de 
Montesquieu,  Rousseau  et  Voltaire.  PariSy  Société  française  d^impr,  et 
de  libr.,  1902,  in-16, 3,50. 

L*auteur  des  Questions  politiques  et  des  Politiques  et  moralistes 
du  dix'neuvième  siècle  continue  son  enquête  sur  c  les  différentes 
questions  qui  nous  préoccupent,  qui  nous  divisent  et  qui  nous  ruinent 
depuis  cent  vingt  ans  »,  et,  cette  fois,  il  cherche  ce  qu*en  ont  pensé 
M  les  trois  hommes  les  plus  considérables  du  dix-huitième  siècle  », 
Montesquieu,  Rousseau  et  Voltaire.  Successivement  il  passe  en  revue 
Vidée  de  patrie,'-^  la  liberté,  —  r  autorité,  —  Vorganisation  sociale: 
socialisme  et  individualisme,  —  la  centralisation  et  la  décentrali- 
sation,—  le  pouvoir  judiciaire,  —  VÉtat  et  les  Églises ,  —  VÉtat  et 
Yéducation,  —  l'État  et  Varmée,  —  certaines  réformes  administra' 
tives  et  de  législation;  et,  sur  ces  divers  points,  il  constate  qu'en 
dépit  de  quelques  hésitations  et  contradictions,  les  trois  écrivains 
représentent  des  doctrines  fort  nettes  et  distinctes.  Montesquieu  le 
libéralisme,  Rousseau  le  despotisme  démocratique,  Voltaire  le  des- 
potisme royal.  Quant  aux  opinions  propres  de  M.  Faguet,  elles  ne 
s'étalent  pas  indiscrètement,  mais  elles  se  laissent  voir  partout,  et  ce 
ne  sont  pas  elles  qui  donnent  au  livre  son  moindre  intérêt.  Libéral 
eonvaincn,M.  Faguet  est  le  plus  souvent  d'accord  avec  Montesquieu, 
dont  il  accommode  à  notre  temps  les  théories. 

Sa  conclusion  est  loin  d*ôtre  optimiste  : 

«  Le  rêve  de  Voltaire,  le  vrai,  la  monarchie  absolue,  sous  un  titre 
on  sous  un  autre,  mais  la  monarchie  absolue,  ennemie  de  toute 
liberté,  concentrant  tous  les  pouvoirs,  intelligente  quand  elle  pourra, 
cest-à-dire  une  fois  sur  dix,  persécutrice,  défiante,  tracassière  et 
tyrannique  toiyours,  protégeant  peut-être  les  arts  et  les  lettres,  qui 
n'ont  pas  besoin  d'être  protégés  ;  c'est  à  quoi  il  faut  s'attendre  et  ce 
qui  nous  attend.  C'a  été  le  premier  résultat  de  la  Révolution  fran- 
çaise, c'en  sera  le  dernier.  C'était  la  philosophie  politique  de  Voltaire. 
Elle  sera  réalisée.  L'avenir  appartient  au  roi  Voltaire.  Il  appartient 
aussi  au  roi  de  Voltaire.  » 

Nous  ne  pouvons  songer  à  examiner  ici  en  détail,  et  moins  encore 


332  BIBLIOGRAPHIE 

à  discuter,  un  livre  qui  touche  à  la  politique  plus  encore  qu'à  la  litté- 
rature. Mais  il  était  bon  de  le  signaler  à  l'attention  de  tous.  On  sait 
de  quelle  variété  de  connaissances,  de  quelle  intelligence  pénétrante, 
de  quelle  puissance  de  pensée  témoignent  les  ouvrages  de  M.  Faguet. 
Il  force  à  réfléchir  ceux  mômes  qui  sont  le  moins  disposés  à  Tapprou- 
ver.  Et  pourra- t-on  jamais  assez  réfléchir  sur  les  matières  qui  sont 
traitées  dans  cet  important  ouvrage  ? 

Eugène  RiOAL. 

Julei  Lemiltre,    de  V Académie  française.  —  Quatre  discours.   Parii, 
Société  française  d'impr.  et  de  libr.,  1902,  in-16,  2  fr. 

Le  volume  de  M.  Jules  Lemaitre  contient  des  discours  prononcés  à 
diverses  dates  :  sur  Racine  et  Port-Royal,  —  sur  les  Prix  de  vertu ^ 
—  en  réponse  à  M.  Berthelot,  entrant  à  l'Académie  française^  --aux 
Femmes  du  monde.  Le  premier  seul  touche  à  l'histoire  de  la  littéra- 
ture :  il  est  exquis. 

E.  R. 

Btrnardin  (N.-M.).  ^  La  Comédie  italienne  en  France  et  les  Théâtres 
de  la  Foire  et  du  Boulevard  (1570-1791).  Paris,  édition  de  la  Bévue 
Bleue,  1902,  in-12,  2  fr.  50. 

Auteur  d'une  très  savante  thèse  sur  Tristan  THermite  et  conféren- 
cier toujours  applaudi  de  TOdéon,  M.  Bernardin,  outre  qu*il  connaît  à 
fond  l'histoire  du  théâtre,  possède  à  la  fois  les  qualités  austères  de 
Térudit,  auquel  la  vérité  est  sacrée,  et  les  qualités  aimables  de  l'ora- 
teur,  qui  doit  plaire  au  grand  public.  Aussi  n'y  a-t-il  pas  lieu  de 
s*étonner  qu'il  ait  expliqué  avec  exactitude  et  avec  esprit  comment  la 
comédie  italienne  s'est  établie  à  Paris,  comment  elle  s'est  modiflée, 
comment  elle  adonné  naissance  à  l'opéra- comique.  «  C'est,  dit-il,  l'his- 
toire de  cette  installation,  de  cette  évolution,  de  cette  transformation 
enfin,  que  je  veux  rapidement  conter  depuis  le  seizième  siècle  jusqu'en 
179),  m'arrêtant  seulement  aux  faits  principaux,  aux  écrivains  les 
plus  célèbres  et  à  leurs  œuvres  les  plus  importantes  ;  car  ce  qui  nae 
paraît  intéressant  ici,  ce  n'est  pas  de  réunir  une  quantité  de  noms,  de 
titres  et  de  dates,  mais  bien  plutôt  de  dégager  de  ces  œuvres  oubliées 
et  parfois  mutilées,  l'esprit  même  de  la  Comédie  italienne  et  de  mar- 
quer l'influence  qu'elle  a  pu  exercer  sur  notre  Comédie  nationale  ;  et 
c'est  aussi  de  montrer  la  part  que  sont  en  droit  de  revendiquer  fière- 
ment avec  elle  les  Théâtres  de  la  Foire  et  du  Boulevard  dans  cette 
conquête  de  la  liberté  des  théâtres,  qui  devait  être  si  féconde  en 
heureux  résultats  ». 


BIBLIOGRAPHIE  333 

Rien  de  plus  agréable  que  la  lecture  de  ce  joli  volume,  d'ailleurs 
orné  de  nombreuses  illustrations.  Si  la  Bibliothèque  théâtrale  Uluatrée, 
que  la  Comédie  italienne  de  M.  Bernardin  inaugure  et  qui  paraîtra 
sous  la  direction  de  M.  Paul  Ginistj,  compte  beaucoup  d'ouvrages 
comparables  à  celui-ci,  son  succès  sera  grand  et  de  bon  aloi. 

Eugène  RiOAL. 

Vendryèf  (  J.)*  -*  Recherches  sur  l'histoire  et  les  eûets  de  Tintensité  ini- 
tiale en  latin.  Paris,  Klincksieck,  1902  [XIV,  348  p.]. 

Il  i  a  cinquante  ans  que  Dietricb  a  émis  Tipotèse  d'un  accent 
d'intensité  initial  en  latin;  elle  lui  paraissait  indispensable  pour 
rendre  compte  de  certains  faits  de  sincope  et  de  mutation  vocalique 
qai  apparaissent  dans  Tintérieur  des  mots  de  cette  langue.  Depuis,  la 
question  a  été  maintes  fois  reprise,  étudiée  à  nouveau,  fouillée,  retour- 
née de  toutes  façons  ;  mais  on  n'est  pas  arrivé  à  des  conclusions  suf- 
fisamment démonstratives  pour  entraîner  toutes  les  adésions  dans 
un  sens  ou  dans  l'autre,  et  l'on  peut  dire  qu'il  reste  deux  camps  en 
présence  dont  Tun  considère  l'existence  d'une  intensité  initiale  en 
latin  comme  un  fait  acquis  et  indiscutable,  tandis  que  l'autre  la 
rejette  comme  une  ipotèse  dépourvue  de  tout  appui  et  d'ailleurs 
inutile.  Ces  derniers  reconnaissent  les  mêmes  faits  de  sincope  et  de 
mutation  vocalique  que  leurs  adversaires,  mais  ils  croient  pouvoir 
les  expliquer  autrement,  et  chacun  reste  sur  ses  positions.  11  va  de 
soi  pourtant  que  l'une  des  deux  téories  doit  être  erronée  ;  et  il  est 
à  supposer  a  priori  que  si  ses  adversaires  n'ont  pas  pu  démontrer 
nettement  par  où  elle  prête  le  flanc,  c'est  qu'on  s'est  surtout  borné 
jusqu'à  présent  à  étudier  des  points  particuliers  de  la  question  indé- 
pendamment des  autres  N'arriverait-on  pas  à  une  solution  définitive 
en  reprenant  tout  l'ensemble  du  problème  et  en  confrontant  tous  les 
faits  qui  le  concernent?  C'est  ce  qu'a  pensé  M.  Vendryès  et  ce  qu'il 
a  essayé  de  réaliser.  L'entreprise  est  ardie,  non  seulement  parce  qu'un 
sujet  qui  a  été  pendant  cinquante  ans  remis  sur  le  métier  sans 
résultat  concluant  par  des  savants  de  premier  ordre  présente  évi- 
demment des  difficultés  peu  communes,  mais  encore  parce  que  le 
latin  est  l'une  des  moins  claires  de  toutes  les  anciennes  langues  indo- 
enropénnes.  L'auteur  ne  s'est  pas  fait  d'illusions  à  cet  égard,  mais  il 
s'est  senti  mieux  outillé  que  ses  devanciers  parce  qu'il  disposait  de 
deux  instmments  de  plus,  le  contrôle  de  la  fonétique  expérimentale 
d'une  part,  et  en  même  temps  une  métoile  nouvelle  qui  est  en  onneur 
en  France  depuis  quelques  années  et  qui  consiste  à  éclairer  les 
langues  mortes  par  l^s  vivantes,  à  expliquer  le  passé  par  le  présent, 
et  d'une  manière  générale  lorsqu'un  fénomène  est  obscur  dans  une 


334  BIBLIOGRAPHIE 

langue  et  clair  dans  une  autre,  à  user  des  lumières  que  fournit  celle^i 
pour  dissiper  les  ténèbres  qui  planent  sur  celle-là. 

La  première  partie  est  destinée  à  donner  une  base  solide  à  la 
seconde.  Elle  a  pour  objet  d^établir  Texistence  et  de  fixer  les  limites 
de  riotensité  initiale.  L'auteur  examine  tous  les  témoignages  dont 
on  dispose,  c*est-à-dire  ceux  qui  sont  fournis  par  les  langues  roma- 
nes, par  les  grammairiens  latins,  par  la  fonétique  latine.  11  arrive  aux 
conclusions  suivantes  :  pendant  la  période  classique,  qui  va  du 
II*  siècle  avant  J.-C.  au  IV*  après,  la  langue  latine  possédait  la 
distinction  des  longues  et  des  brèves  et  de  plus  un  ton  ou  accent  de 
auteur  qui,  suivant  les  cas,  prenait  place  sur  la  sillabe  pénultième 
ou  sur  Tantépénultiéme  ;  pas  trace  d'un  accent  d'intensité.  Dans  la 
période  préistorique ,  le  latin  présentait  les  deux  mômes  caractères 
puisqu'il  les  tenait  Tun  et  l'autre  de  l'indo-earopéen  ;  mais  il  avait 
en  outre  un  accent  d'intensité,  dû  non  pas  à  l'élévation  de  la  voix, 
mais  à  l'eifort  musculaire. Cet  accent  d'intensité,  qui  frappait  l'initiale, 
était  une  innovation  du  latin  ;  il  cessa  de  se  manifester  à  Tépoque 
où  apparurent  les  premières  œuvres  littéraires.  A  la  fin  de  la  période 
classique  le  sentiment  de  la  quantité  s'efface  peu  à  peu,  le  ton  devient 
progressivement  accent  d'intensité  et  les  sillabes  accentuées  s'allon- 
gent tandis  que  les  autres  s'abrègent.  Cet  état  de  choses  caractérise 
une  troisième  période,  la  période  romane,  qui  dure  encore  aujour- 
dui. 

La  seconde  partie  est  consacrée  à  l'étude  des  effets  de  l'intensité 
initiale  ;  les  principaux  sont  la  loi  des  mots  iambiques,  la  sincope  et 
la  mutation  vocalique.  Aucun  de  ces  fénomènes  n'est  dû  à  l'intensité 
seule,  mais  à  la  lutte  de  l'intensité  avec  le  piincipe  quantitatif  ou  au 
concours  de  ces  deux  éléments.  L'intensité  suffit  à  expliquer  le  double 
traitement  aitU  /dôs,  mare/far(r);  mais  elle  ne  rend  pas  compte  à  elle 
seule  du  double  traitement  de  aînet  abiuissem;  celui  de  abi  résulte 
à  la  fois  de  l'intensité  initiale  et  de  l'imprécision  quantitative  de  la 
finale.  Le  cas  de  senectûtem  s'explique  par  le  concours  de  l'intensité 
initiale  et  du  ritme  quantitatif.  On  saisit  en  même  temps  pourquoi  les 
deux  sillabes  de  l'élément  iambique  abi,  aenec-  sont  inséparables  et 
doivent  entrer  dans  un  môme  demi-pied,  et  aussi  pourquoi  un  mot 
commençant  par  trois  brèves,  tel  que  miseriaj  n'a  pas  normalement 
chez  Plante  l'ictus  sur  li  seconde.  La  formule  générale  de  la  loi  de 
sincope  reste  telle  qu'elle  avait  été  énoncée  en  France  en  1893,  mais 
on  voit  aujourdui  pourquoi  aucune  sincope  ne  se  produit  dans  las 
mots  du  tipe /aci7tu«,  ni  dans  ceux  dont  la  seconde  sillabe  est  lon- 
gue de  position. 

En  résumé,nous  avons  affaire  ici  à  un  excellent  livre  et  la  question 
qu'il  traite  peut  être  considéiée  comme  définitivement  tranchée.  Aussi 


BIBLIOGRAPHIE  335 

Dd  chicaneroDs-Dous  pas  Fauteur  sur  quelques  menus  détails  qui 
gagneraient  peut-être  à  être  interprétés  autrement,  sans  que  cela 
change  rien  à  Tensemble.  Nous  n*avons  pas  dit  que  cet  ouvrage  est 
une  tèse  de  doctorat,  parce  que  cela  n*a  aucune  importance  et  n'inté- 
resse personne,  étant  donné  que  certains  obtiennent  le  même  grade 
avec  des  travaux  dénués  de  toute  espèce  de  valeur.  Ce  qui  vaut 
mieux,  c'est  de  pouvoir  constater  que  Fauteur  est  remarquablement 
documenté  et  fait  preuve  de  beaucoup  de  sûreté  et  de  pénétration  ; 
son  étude  marque  Tapparition  d'un  nouveau  linguiste  digne  de  ce 
nom,  que  nous  ajouterons  désormais  à  la  liste  si  courte  de  ceux  dont 

la  France  pourrait  s'enorgueillir. 

Maurice  Grammont. 

LIVRES  ET  BROCHURES  ANNONCÉS  SOMMAIREMENT 

Aicoll  (G.-J.)*  —  Ancora  délia  sibilante  tra  vocali  nel  Toscano  (Estratto 
dair  Archivio  glottologico  italiano),  1902. 

M.  Ascoli  montre  que  Va  intervocalique  latin  est  rendu  en  toscan 
par  i  sourd  dans  les  mots  comme  famoao,  peso,  preso,  etc.,  &  par  s 
sonore  (z)  dans  les  mots  comme  uzo,  vizo,  uccizo,  etc.  Dans  la  pre- 
mière catégorie  Vs  intervocalique  provenait  d'un  ancien  -im-,  dans  la 
seconde  d*un  ancien  -ss-  simplifié  après  vojelle  longue.  11  résulte  de 
la  constatation  de  M.  Ascoli  une  conclusion  importante  pour  la  pro- 
nonciation du  latin,  c'est  que  Vs  àefamosus  était  nettement  sourd, 
tandis  que  celui  de  tisus  était  sonore  ou  «  volgente  al  sonoro  ».  Les 
grammairiens  latins  sont  muets  sur  cette  différence  de  prononciation  ; 
mais,  d'une  manière  générale,  ils  nous  ont  dit  si  peu  de  choses,  &  ils 
ont  si  mal  observé  leur  langue  que  leurs  témoignages  sont  le  plus 
soQvent  à  peine  dignes  d*étre  pris  en  considération.       M.  G. 

Onoranse  a  Graiiadlo  Atcoli.  —  Une  brochure  in  4*,  32  pp.  Milano, 
tip.  Bemardoni  di  C.  Rebeschiniy  1901.  (Pubblicazione  del  Comitato  per 
le  Onoranze.) 

Nous  avons  précédemment  signalé  {Revue,  1901)  le  volume  de 
Mélanges  de  linguistique  publié  pour  fêter  le  soixante-dixième  anni- 
versaire de  la  naissance  de  M.  Ascoli  (16  juillet  1829)  et  le  quaran- 
tième de  son  professorat  (3  janvier  1861).  Le  présent  opuscule 
complète  ce  volume  de  Mélanges.  11  contient  un  court  récit  de  la 
formation  de  ce  comité,  de  son  œuvre,  de  la  fôte  où  le  volume  fut 
offert  au  vénérable  professeur,  et  les  discours  prononcés  en  cette 
circonstance.  Le  plus  intéressant  est  celui  de  M.  Ascoli  lui-même, 
qui  a  rappelé  les  origines  de  VAccademia  scientifieo-letteraria  de  Milan, 
où  il  professe,  et  présenté  des  hypothèses  intéressantes  sur  ses 
destmées  probables.  L'Académie  devait  être,  selon  la  pensée  de  ses 


3dd  CHRONIQUE 

fondateurs,  Mamiani,  Carlo  Tenca,  Oabriele  Rosa,  etc.,  une  sorte 
de  Collège  de  France,  lombard  et  italien  :  elle  est  devenue  une 
Faculté  de  lettres  de  plus,  Ascoli  compte  sur  la  transformation,  pro- 
chaine et  nécessaire,  de  renseignement  classique  secondaire  en  Italie, 
pour  rendre  inutile  la  coexistence,  à  Milan  et  à  Pavie,  de  deux 
facultés  de  lettres,  et  il  espère  que  TAccademia  reprendra  alors  sa 
destination  première  et  son  caractère  véritable  :  «  Risorgerà  allora 
per  Milano  Taspirazione  al  gran  modello  del  Collège  de  France,  e 
vuol  dire  la  scuola  che  non  fissa  il  numéro  délie  catedre,  non  i  corsi, 
non  i  programmi  e  anzi  esclude  la  reiterazione  di  un  medesimo 
corso.  »  —  Il  est  intéressant  de  constater  la  réputation  de  notre  vieux 
Collège  de  France  à  l'étranger,  à  Theure  où  certains  chez  nous  sem- 
blent n'en  pas  bien  comprendre  la  raison  d'être  et  Tutilité. 

L..G.  P. 

CHRONIQUE 


Dans  un  des  derniers  numéros  de  VArchiv  fur  dos  Studium  der  neuB" 
ren  Sprachen  und  LiUeraturen  (tome  cvii,  p.  338,  suiv.),  M.  C.  Appkl 
s'occupe  à  son  tour  de  Vamour  lointain  de  Jaufre  Rudel  et  apporte 
une  explication  bien  originale.  Vamora  de  terra  lonhdana  dont  parle 
le  poète  serait  un  amour  éloigné  de  la  terre  (p.  343)  et  nous  aurions  ici 
une  des  plus  anciennes  applications  du  langage  de  Tamour  terrestre 
à  Pamour  céleste.  M.  Appel  qualifie  lui-même  son  hypothèse  de  c<  ha- 
sardeuse •  :  mais  les  efforts  qu'il  fait  pour  la  justifier  et  pour  détruire 
les  objections  qui  se  présentent  Tamènent  à  une  discussion  des  plus 
serrées,  qui,  si  elle  n  entraine  pas  la  conviction  absolue,  a  le  mérite 
de  présenter  l'énigme  sous  un  jour  tout  nouveau.  J.  A. 


Le  docteur  LudwigFraenkel,  professeur  au  Gymnase  réal  d'Aschaf- 
fenbourg,  consacre  dans  les  Berichte  des  freien  deutschen  Hochstiftes 
de  Francforts.  M.  (Neue  Folge,  Band  XVll)  un  intéressant  article  au 
Kritiêcher  Jahresherichi  de  VoUmôller.  Nos  lecteurs  connaissent  cet 
annuaire  si  complet  qui  donne  un  résumé  fidèle  de  tous  les  travaux 
qui  se  rapportent  à  la  philologie  romane.  11  se  divise  en  quatre  parties 
principales  :  Grammaire  des  langues  romanes,  Littérature,  Sciences 
auxiliaire.'^,  Enseignement  des  langues  romanes.  Parmi  les  subdivisions 
de  la  première  partie,  nous  nous  contenterons  de  citer  :a)  Grammaire 
et  Lexicologie  de  Tancien  provençal  ;  h)  Grammaire  et  Lexicologie 
du  provençal  moderne;  c)  Ancien  provençal  (textes);  d)  Provençal 
moderne  (textes)  ;  e)  Patois  provençaux.  Enfin,  dans  la  subdivision 
Grammaire  du  provençal  moderne^  une  place  est  faite  à  la  Langue  des 
félihres.  Cet  aperçu ,  quoique  incomplet ,  suffit  à  montrer  la  place 
qu'occupe  le  provençal  dans  V Annuaire  critique  de  M.  Vollmoller,  et 
les  volumes  déjà  parus  prouvent  que  ce  n'est  pas  là  un  vain  pro- 
gramme. J.  A. 

Le  Gérant  responsable:  P.  Hamblin. 


RECETTES  DE  FAUCONNERIE 

ET  ÉLÉMENTS  DE  MÉDECINE 


Le  texte  de  fauconnerie  que  j*ai  publié  dans  cette  Retme  il  j 
a  déjà  longtemps  (voyez  a.  1896,  t.xxxix,  p.  289),  est  certaine- 
ment Tœuvre  d'un  copiste  italien  qui  prenait  son  bien  ou  il  le 
trouvait,  entassant  pêle-mêle  des  recettes  latines,  italiennes 
et  provençales  ;  peut  être  avait-il  sous  les  jeux  un  petit  traité 
de  Peire  de  TAstor.  Les  deux  dernières  recettes  ne  sont  peut- 
être  pas  de  la  même  source;  des  mots   comme  ardoir  {Wgne 
187)  et  le  sel  (à  coté  de  sal)  trahissent  une  provenance  fran- 
çaise pour  ravant-dernière  ;  et  la  dernière  est  toute  en  italien 
à  peu  près  correct.  Quelques  mots  demandent  une  correction  : 
ligne  4  saur  1.  savi  —  ligne  39  salvar  doit  être  salvatge  — 
ligne  59  le  sens  exige  de  biflfer  non  —  ligne  118  defea  1.  defeci^ 
maladie  dont  parle  Daude  de  Pradas  au  chap.  LXXXVIl  de 
son  Roman  dels  auzels  cassadors  (Studj  di  fllol.  rom.  V,  147). 
Encore  je  ne  sais  pas  quelle  maladie,  ni  quel  mot  ce  soit, 
d'avoir  fantamas  aux  pieds  (1. 72)  ;  Voli  de  sussoim  (1.  157)  est 
peut-être  sxzami  =  sésame  ou  huile  de  jugeoline. 

Dans  le  verso  du  f.  52,  il  ja  encore  quelques  recettes  trans- 
crites de  la  même  main,  mais  on  ne  B*est  pas  donné  la  peine 
de  les  traduire  ;  elles  sont  pêle-mêle  en  italien  et  en  latin. 
Quelques  formes  des  deux  qui  sont  en  italien  (la  V^  et  la  11™*) 
accusent  une  provenance,  ou  une  habitude  de  prononciation 
méridionale  et  probablement  sicilienne  :  unu,  de  muliu^  una 
gamma^  tunu  colC  autruy  vinu  caldu. 

En  voici  le  texte  : 

1.  [Fol.  52  vbrso]  Ad  fare  airare  unu  ociello  che  auesse  retenuta 
8oa  piumata,  falcone  o  astore  —  Prendi  iij  grana  de  scatapuzça  et  tre 
grana  de  pepe  et  partile  per  mezo,  et  poy  le  mitti  tucte  dentro  dune 
morsello  de  carne,  et  dalile  sençaltro,  poj  lo  metti  su  la  pertica  et 
laasalo  stare,  che  non  de  multu  gectarâ  la  piumata  et  quello  sella 
XLV.  —  Septembre  1902.  22 


34  0  RECETTES  DE  FAUCONNERIE 

couleurs,  vert,  bleu,  rouge  et  marron,  et  on  a  compliqué 
cette  mosaïque  par  un  excès  d'abréviations  capricieuses  qui 
rendent  souvent  la  lecture  très  pénible  ^ 

J'ai  nommé  plus  haut  Arnaut  de  Vilanova,  parce  que  ce 
traité  est  d'origine  évidemment  catalane,  ce  qui  n'a  pas  em- 
pêché que  le  manuscrit,  qui  est  à  la  Marciana  à  Venise,  ait 
été  catalogué  jusqu'à  nos  jours  entre  les  codici  francesi.  Le 
Catal.  Zanelli  le  désigne  au  n^  XXV  qu'il  conserve  encore 
aujourd'hui  et  note  :  tn-4'  cartaceo^  di  fogli  S8^  delsecolo  XV 
in  circa.  Trattato  di  medicina  in  lingua  francese  senza  nome 
dautore»  Il  me  semble  de  la  fin  du  XIV*  siècle.  Et  M.  Ciam- 
poli,  dans  ses  Codici  francesi  délia  BibL  di  S.  i/arco  (Venezia, 
Olschki  1897,  p.  70,  71)  n'ajoute  que  quelques  indications  sur 
la  mesure  [0,290  x  0,  220]  et  sur  Varbre  des  maladies  qui  en 
forme  le  frontispice,  dont  il  n'a  pas  bien  lu  certains  mots,  et 
qui  est  nécessaire  à  l'intelligence  du  texte.  Les  extraits  sui- 
vants suffiront,  je  crois,  à  apprécier  tout  l'ouvrage. 

En-haut  du  frontispice,  il  j  a,  en  rouge,  le  titre  :  «  Arbrb 

DBLS  COMBNGAMBNTS   DB   MBDECINA  BT   LA   RODA  B8  LA  RATT  ». 

Au  pied  de  l'arbre,  dont  nous  donnons  un  croquis  à  part,  on 
a,  en  rouge,  cette  déclaration  : 

«  Deu«  ({ue  Bois  subirana  u^tut  delà  quai  totes  al  très  uertuts 
receben  comencament  et  perfeccio  ab  gratta  et  ab  ajuda  oot/ra  et  p«r 
ententio  de  uos  honrar  et  seruir  comenz  lart  que  ea  dels  comenca- 
raents  et  d«ls  graus  de  medicina  per  la  quai  luma  entenjment  sexalça 
siguent  la  manera  delà  art  ahreujada  de  trobar  ueritat  a  entendre  les 
secrets  medicinals  et  narrais.  » 

[Fol.  l  verso].  «  del  prolech  »—  *  Com  toda  art  aja  ses  comenca- 

'  Dans  les  deux  figures  ci-dessous  reproduites  les  couleurs  ne  sont 
pas  représentées  puisque  le  lecteur  pourra  s'en  rendre  compte  en  obser- 
vant la  diversité  des  lettres  correspondantes.  (Voyez  la  note  de  la  page 
suivante). 

s  Je  mets  entre  guillemets  les  rubriques  qui  sont  en  rouge  dans  le 
manuscrit.  En  haut  des  pages  et  tout  au  long  des  marges,  il  y  a  des 
indications  sur  la  matière  traitée  dans  le  texte ,  des  notes  nombreuses, 
des  recettes  en  chiUre,  de  diverses  mains,  que  je  ne  copie  pas  parce  que 
elles  sont  toutes  en  latin.  Où  le  ms.  porte  le  petit  signe  rouge  qui 
sépare  les  périodes,  je  sépare  en  allant  à  l'autre  ligne.  Je  conserve 
l'ortographe  du  texte,  quoique  souvent,  à  côté  des  formes  correctes,  on 
en  donne  des  fautives  ;  la  cédille,  par  exemple,  manque  ou  est  placée  à 
caprice. 


ET  ELEMENTS  DE  MEDECINE  341 

ments  per  ço  nos  comencam  aquest  libre  en  los  comencaments  de 
medecina  per  los  quais  haurem  conexenca  daltres  comencaments. 

Departim  aquest  libre  abreujadament  en.  x.  distinctios  ;  la  primera 
es  la  disposicto  de  tôt  lo  libre.  Segond'  es  del  triangle  ufrmeiil.  Tertia 
es  del  triangle  nert.  Quarta  es  àel  trVangU  groch.  Qinta  es  àéï 
comencament  dels  graus.  Sexta  es  de  generaçio  et  corrupcio.  Septima 
es  de  febres.  Octaua  es  de  urjnes.  Nona  es  de  pois.  Décima  es  de 
metafora. 

«  Delà  primera  distinctio  delà  dieponcio  desta  art  »  —  Nattira  es 
de  entenjment  que  entend  mils  per  demostrado  fêta  per  vista  et  per 
omament  que  per  cor  tant  solament,  et  per  co  nos  al  comencament 
dest  libre  forma;»  .i.  arbre  segons  esta  manera  per  tal  que  ab  les 
fions  demostre/n  ueritat  de  ço  que  encerca  al  huTna  entenjment,  lo 
quai  arbre  es  apellat  arbre  dels  comencaments  de  medicina.  La  rayt 
del  arbre  es  una  roda  composta  de  letres  significans  los  iiij  humors  et 
per  ço  es  departida  en  iiij  partes,  la  primera  part  es  delà  colera, 
segond  es  delà  sanch,  Terça  es  delà  fleuma,  Quarta  es  de  melencolia. 
En  enquadrangle  es  demostrada  la  epuracio  delà  bumor  et  la  febra  et 
lo  mesclament  dels  éléments  et  la  major  decesio  delà  febra  et  les  altres 
coses  ques  contenen  en  la  eondicio  del  arbre. 

A  fer  et  a  formar  los  demostraments  ques  couenen  a  aquesta  art 
sotBposam  a  eeeer  calor,  b  secor,  C  humiditat,  d  fredor^  Et  daquestes 
letres  componem  los  quadrangles  delà  roda  segons  ques  mesclen  los 
hamors  et  segons  que  les  unes  ban  actio  o  passio  en  les  altres  et  aco 
tes  démos trat  en  la  rayt  del  arbre. 

Delà  rayt  nexen  dues  branques.  La  primera  es  dels  comencaments 
de  medicina  segons  que  es  recomptât  per  los  anticbs  que  son  passais. 
Àquella  branqua  es  en  très  partes  :  la  primera  es  natural,  la  quai  ha 
.Tij.  flors,  ço  es  a  saber  éléments,  complections,  humors,  membres, 
virtuts,  operacions,  spirit.  Item,  ha  en  la  dicta  brancha  .iiij.  flors,  ço 
es  a  saber  état,  calor,  diuersitat  de  mascle  et  de  femna,  et  forma.  La  ij 
[segtmda]  es  jnna^ral,  la  quai  ha  .x.  flors,  ço  es  a  saber  aer,  exercici, 
repos,  menjar,  beure,  vetlar,  dormir,  complir,  buydar,  accidens  danima, 
ço  es  goig  et  trtstitia.  La  iij  braaqua  es  contra  nafura,  la  quai  ha  .iij. 
flors,  ço  es  a  saber  malautia,  causa,  accidens. 


*  Les  lettres  et  les  chiffres  qui  se  rapportent  à  l'arbre  des  maladies 
sont  toujours  dans  le  ms.  en  rouge,  marron,  bleu  et  vert  selon  la  branca 
à  la  quelle  elles  appartiennent  ;  pour  pouvoir  les  distinguer  typographi- 
quement  nous  avons  employé  le  grasset  fort  pour  le  rouge  [a],  le  petit 
grasset  pour  le  marron  [b],  la  majuscule  pour  le  bleu  [C],  et  la  petite 
majuscule  pour  le  vert  [d], 


34 E  RECETTES  DE  FAUCONNERIE 

La  8egond[a]  braDqtia  es  noudlameyit  atrobada  a  espondre  la  pri- 
mera artificialment  et  methaforicalment,  et  es  departida  en  .ij.  parts. 
La  primera  part  es  departida  en  «  b  C  D,  la  segond*  es  departida  en 
los  .iij.  triangles  que  son  en  los  comewcaments  delà  art  abrcujada  a 
trobar  ueritat,  et  en  J.  qt/adrangle  delà  figura  de  predestinacto  la  qnal 
se  conte  en  la  art  damunt  dita. 

La  a  es  departida  en  .iiij.  gi'a««  demostrats  per  les  ûgureB  âel  algo- 
rism  ço  es  a  saber  en  .4.  3.  2. 1.  et  aco  meteix  se  seguex  (sic}  de  m 
b  C  D.  Er'  a  demostrar  los  graus  damunt  dits  coue  elegir  xvj  herbes 
en  gênerai  et  cascuTta  de  signtficacio  de  les  altres  herbes  que  son  de 
sa  compliccio,  et  çascuna  de  les  xvj  herbes  sia  nomenada  per  letra  a 
ella  apropn'ada  per  descripcio,  per  tal  que  mils  et  pue  abreuîadament 
sen  pusca  fer  demostracto,  et  coue  que  en  les  letres  no  sia  .j.  ques 
sembla  ab  lo  primer  nombre  dalgorism  ni  noy  sia  .x.  que  significa 
nombre  de  deu.  Lo  nom  dels  herbes  et  dels  letres  es  aquest. 

Vos  sotsposam  et  deym  que  e  es  una  spe/ta  de  simple  medicina  et 
es  en  4  grau  de  a,  et  en  3  de  b,  et  en  2  de  0,  et  en  i  de  d. 

La  f  es  altra  spe^ta  que  es  en  3  de  a^  et  en  2  de  b,  et  en  |  de  C* 

La  f;  es  altra  spe^'a  que  es  en  1t  de  a,  et  en  1  de  b. 

La  h  es  altra  spe/ia  que  es  en  1  de  a. 

Lak  es  altra  spetia  que  es ainsi  de  suite  jusquà  la  dernière 

SPBTiA,  la  T  que  es  en  1  de  d. 

Per  estes  letree  decorre  esta  art,  et  sens  que  hom  no  sapia  les  letres 
no  enten  la  art 

Cascuna  dois  letres  coue  eeeer  flor  en  larbre  ei  coue  hauer  proprta 
color  et  SOS  grau5,  per  ço  que  les  letres  et  sos  graue  se  couenguen  a 
fer  la  demonstracto  ;  hon  per  co  noe  aproprtam  a  la  :  a.  e.  f.  §;,  h. 
color  uermellae^aquesta  color  metexadonam  alsgrausque  sondecalor. 
  la  :  b.  k.  1.  m.  n.  donam  color  negra  et  aco  meteix  als  graus  que 
son  de  secor.  A  la  :  C.  0.  P.  Q.  R.  donam  color  blaua  et  aco  mefeix 
de  SOS  grau5  que  signtfican  humiditat.  A  la  :  d.  s.  t.  y.  t.  donam  color 
uert  et  a  los  graus  que  son  de  fredor. 

Lo  triangle  uermell  es  en  très  flors,  ço  es  :  començament,  miga  et 
fi.  Lo  triangle  uert  es  en  altres  très  fiors,  ço  es  diuersitat,  concordanca 
et  cowtrarjetat.  Lo  trmngle  groch  es  départit  en  altres  très  flors  ço 
es  a  saber  en  majoritat,  egualtatetminoritat.  Loquadrangle  es  départit 
en  .iiij.  flors  ço  es:  esser,  priuacio,  PERFECIO,  depallimknt. 
Esser  es  de  color  uermella  et  perfeccio  de  color  blaua  [Fol.  2  vkrso] 
ei  priuac/o  de  color  negra  et  deflalliment  de  color  uert.  Quin  aquesta 
art  uol  entendre  ni  saber  a  saber  li  coue  lalfabet  damunt  dit,  et  coue 
que  les  flors  del  arbre  traslat  en  altres  flors  mouables  colorades  per 
tal  que  pusca  demostratiuament  mesclar  et  formar  et  eguallar  et  crexer 
0  minuar  ab  les  altres. 


ET  ELEMENTS  DE  MEDECINE  34  3 

«  Delà  condicions  del  arbre  »  *. 

[Fol.  3  rboto]  «  De  la  entenco  segons  la  quai  los  graus  els  trian- 
gles son  en  esta  art  >»  —  «  De  la  entencio  per  la  quai  es  en  esta  art 
lo  qnadrangle  et  la  rayt  del  arbre  et  generacto  et  corrupcio  »  —  c<  De 
la  entencio  segons  la  quai  tractam  en  esta  art  de  febra  et  donna  et  de 
pois  et  de  methafora  »  :  [Fol.  3  verso]  Corn  febra  sia  la  pus  uniuersal 
malaltia  et  cor  [l.  com]  esta  art  sia  abreujada  per  ço  qtie  en  breu  de 
temps  tragam  de  treball  los  scolars  pobres  que  per  pobretat  ban  treball 
en  eontinuar  lo  studi  de  medicina,  et  com  los  comencaments  uniuersals 
son  démonstrations  als  comencaments  particulars,  per  co  nos  en  gênerai 
tractam  de  les  febres  tant  solament  et  esquiuam  tractar  de  les  altres 
malalties  per  ço  que  no  alongue;n  lart,  etc. 

[Fol.  4  rkcto]  «  Comenca  la  .ij.  distinctio  et  de  .e.  ». 

[Fol.  5  recto]  «  Demiga  et  de  .e.  ». 

[Fol.  6  recto]  «  De  fi  et  de  .e.  ». 

[Fol.  8  recto]  «  Comenca  la  .iij.  distinctio  que  es  de  diuersitat, 
concordanca  et  con/rarjetat  et  pnmerament  de  diuersitat  ». 

[Fol.  9  recto]  «  De  concorda?ica  et  de  .e.  ». 

[Fol.  1 1  recto]  «  De  oon/rarietat  et  de  .e.  ». 

[Fol.  12  recto]  «  De  la  .iiij.  distinctio  de  maior,  menor  et  equal  et 
de  .e.  ». 

[Fol.  13  verso]  «  Comenca  la  .y.  distinctio  eu  la  quai  se  domastra 
[sic)  la  manera  segons  la  quai  los  graus  deuen  esser  encercats  ». 

[Fol.  14  verso]  «  En  quai  manera  coue  encercar  les  kalitats  dels 
herbes  segons  los  dits  dels  actors  et  segons  los  comencaments  na^u- 
rals  ». 

[Fol.  15  verso]  u  Dels  comuns  comencaments  naturals  ab  los  quais 
deuen  esser  encercats  los  graus  en  les  coses  medicinals  ». 

[Fol.  16  recto]  «  En  quai  mauera  deuen  e^er  encercats  los  .iiij. 
grau«  en  la  humana  speh'a  ». 

[Fol.  17  verso]  «  Comenca  la  .vi.  distinctio  que  es  de  generacio  et 
de  corrupcio  ». 

[Fol.  18  verso]  «  De  generaceo  et  corrupcio  en  lo  mesclamen^  de  : 
e.  f.  g.  h,  k.  1.  m.  n,  0.  P.  Q.  R,  s.  t.  v.  t.  per  orden  segons  ques 
coue  ». 

[Fol.  19  recto]  «  De  generacio  e^  corrupcio  en  animais  » 

[Fol.  20  verso]  «  De  generacto  et  corrupcio  en  los  metalls  ». 

[Fol.  21  recto]  «  Comenca  la  .vij.  distinctio  de  febres  ». 

[Fol.  22  verso]  «  De  febra  quartana  dobla  ». 

*  Sauf  un  ou  deux  traits  intéressants,  je  me  borne  dorénayantà  donner 
les  rubriques  du  texte. 


344 


RECETTES  DE  FAUCONNERIE 


[Fol.  23  verso]  «  De  tercana  dobla  ». 

[Fol.  24  rkcto]  «  De  febra  colhidiaaa  »  —  «  de  febra  continaa  et 
aguda —  «  Comencala  .viij.  distinctio  de  urjnes  »  —  [iD.  verso]  «  de 
orina  colerica  ». 

[Fol.  25  recto]  «  De  orina  sangain^a»  —  «  de  orina  âeumatica  » 
[iD.  verso]  «  de  orina  malincolica  »  —  «  Comenca  la  .ix.  distincio  de 
pois  »  —  «  de  pois  colerich  ». 

[Fol.  26  recto]  «  De  pois  sangujny  » —  «  de  pois  fleumatich  »  — 
(c  del  pois  melencolich»  [id.  verso]  «  La  .x.  distinccio  de  metha- 
fora  ». 

(Fol.  29  verso]  «  De  la  sp^ra  de  la  nit  »  :  Si  tu  fas  de  lanto  o 
daltre  mettall  o  de  paper  una  rota  que  a  lo  nom  damant  dit  et  que  es 
jnstrument  a  conex^r  les  hores  delà  njt,  lo  quai  jnstrument  sia  fet 
segons  esta  figura  tu  poras  metaforicalment  apercebre  per  la  figura 
en  quai  ora  delà  nit  regen  a  b  C  d  plus  forment,  car  cada  letra  ha 
segons  lo  moujment  del  firmament  major  poder  en  la  .j.  quadrangle 
de  la  nit  que  en  laltre  ;  et  si  tu  aco  coneixs  poras  saber  la  hora  quea 
coue  a  donar  la  medicina  segons  ques  coue  ab  la  qi^alitat  dels  letres  et 
ab  les  hores,  et  si  tu  estudies  o  uas  per  lo  cami  sabras  conexer  per  la 
spera  en  quai  hora  es  de  la  nit. 


ET  ÉLÉMENTS  DE  MÉDECINE  3 1 5 

Per  lo  forât  que  es  en  mi^g  loc  de  la  minor  roda  esguarda  la  très- 
muntana  clucant  la  .j.  ull  pw  ço  que  mils  la  pusqas  ueer,  p«r  les 
.iinij.  hor«8  significades  en  la  espéra  si  guarda  lo  major  frare  que 
es  stela  decorrent  en  torn  a  la  tre^muiftana,  et  no  moves  ton  cap  ni 
tes  maris  ab  que  tens  la  sp^ra,  et  segons  la  drecera  on  te  caura  lo 
fnre  poras  conexer  en  quai  hora  em  delà  njt  ni  quant  ha  tro  al  dia  ; 
ab  que  sapies  lo  cors  et  lordonament  de  la  estela  segons  que  es  en  la 
roda  signtficat,  ço  es  a  saber  que  la  estela  que  es  apellada  major  frare 
nex  al  sol  post  miganjuyn  en  la  casa  on  es  juyn — 

^...  Com  hom  que  beria  aygua  mennch  mes  que  aqtiel  que  beu  uj, 
segons  cors  narrai,  p^  esta  metafora  tes  signtficat  que  al  hom  des- 
menjat  magre  turmentat  per  a  b  o  per  b  d  faces  heure  avgua  al 
coroencament  de  son  menjar  per  ço  que  y  pusqes  multiplicar  d  C.  Com 
la  salamandra  uiua  en  lo  foch,  per  aço  metaforicalment  tes  signtficat 
que  en  axi  la  C  rech  atempradament  la  a,  respirant  foch  com  hom  fa 
aer;  lo  quai  respira  ment  tança  af  foch  son  entreinent,  axi  com  la 
fiuestra  tancada  que  tança  al  uent  son  en  trament  en  la  cambra  per  la 
fioestra  ubiterta;  hon  si  tu  aquesta  metafora  entens,  entendras  lart 
com  poras  empaixar  en  lo  malalte  que  les  unes  qualitats  no  rece- 
ben  mas  una  dels  al  très. 

En  axi  com  en  la  setencia  de  medicina  et  encara  de  naturat  lo 
.vij.  pun^  es  dominant  loa  altres  pu/^ts,  enaxi  en  la  sc/encia  de  dret 
jiisticia  ves  encercada,  la  quai  te  lo  he  comu  noble  sobre  lo  be 
spécial,  et  la  quai  juzga  lespetial  a  essev  sotsmes  al  gênerai,  et  uol 
quel  spe^'al  aje  pasctencia  et  humilitat  et  (  lo  liaez:  com)  generacto, 
dominicio  et  perfeccio,  que  enell  sien  conseruades  les  spe/tes  de  jus- 
ticia.  Molts  daltres  comencaments  poriem  recontar  segons  esta  art 
metaforical.  mas  car  [Fol.  31  vsrso]  auem  a  parlar  dels  comenca- 
ments  de  theologia  et  de  dret  et  de  na^ra  es  coue  que  [pojnem  û  als 
comencaments  de  medicina,  los  quais  acabats  ab  ajuda  et  benedicio 
de  nof^re  senyor  deue,  amen.  —  '. 

Il  serait  tout  à  fait  hors  de  ma  compétence  de  cherchei 
quelle  place  peut  occuper  ce  petit  traité  dans  Thiâtoire  de  la 


'  Enyiron  à  moitié  du  dernier  /bZio,  31  recto. 

*  Dans  la  partie  de  la  page  restée  en  blanc,  on  a  écrit  de  main  plus 
récente,  le  sommaire  des  sept  chapitres  du  traité  qui  suit  au  fol.  32  : 
Incipit  liber  Theôit  de  Mis  ^uae  indigent  exposicione  anteqnam  legatur 
Almagesti ;  il  est  tout  en  latin  et  occupe  jusqu'au  fol.  36  verso.  Au 
fol.  37  :  Incipit  Theorica  planetarnm  (fol.  37  et  38),  mais  elle  reste 
incomplète. 


ET  ELEMENTS  DE  MEDECINE  347 

Médecine.  Je  me  bornerai  plutôt  à  rappeler  ici  que  nous 
avons,  à  Bologne,  le  Traité  de  Roger,  mis  en  vers  provençaux 
(on  en  possède  même  une  traduction  en  prose),  et  à  Florence 
la  version  provençale  du  Traité  d'Henry  de  Mondeville  *• 

Une  autre  profession,  d'une  grande  importance  au  mojen 
âge,  dont  nous  n'avions,  que  je  sache,  aucun  traité  en  pro- 
vençal, et  qui  tient  également  de  lascience,  pour  sa  manualité 
pratique,  et  de  Fart,  pour  les  remarquables  compositions 
qu'elle  nous  a  laissé,  est  celle  de  l'enluminure  ou  miniature. 
Cette  lacune  vient  d'être  comblée  par  le  petit  traité  suivant, 
trouvé  et  publié  par  M"*  AnnaVolta,  docteur  ès-lettres  '.  Le 
manuscrit  en  est  aussi  à  Bologne.  Evidemment,  la  Haute-Italie 
du  XIV"*  siècle  n'était  pas  envahie  seulement  par  les  Trou- 
badours; au  dessous  de  la  poésie  se  mouvait  un  l^rge  courant 
de  science  vulgaire  en  prose  provençale,  qui  trouvait  chez 
nous  un  bon  accueil  et  des  louanges  même  excessives.  En 
effet,  c'est  bien  contre  la  langue  vulgaire  de  Provence  «  mas- 
iimameniediiingua  (TOco  »  que  le  plus  grand  des  Italiens  élè- 
vera et  défendra  :  «  la  gran  ùontà  del  volgare  di  Si  ». 

A.  Rbstori. 


'  V.  mon  :  Hist.  de  la  littér.  prov,^  Montpellier^  Hamelin  1894,  p.  123. 
'  Il  sera  publié* (^ans  un  prochain  fascicule  de  la  Revue, 


NOTEIIELLE   PROVENZALI 


1.  Sopra  dae  componlmentl  di  Gercalmon 

Una  data  veramente  fondata  e  taie  da  non  sollevare  dubbio 
di  sorta  intorno  a  uno  de*  primissimi  poeti  dl  Provenza  è 
sempre  an  buon  guadagno  per  chi  volga  suo  studio  al  primo 
fiore  délia  lirica  ocoitanica. 

L'acquisto  riesce  poi  a  maggior  ragione  prezioso  quando  si 
tpatti  di  Cercaltnon  —  o  Gercamon  *  — ,  pel  quale  fanno 
quanto  mai  difetto  quelle  notizie  e  quei  dati  sicuri ,  che  si 
desidererebbero  intorno  a  un  trovatore  che  possedette  un'arte 
assai  raffinata  e  ad  essa  educô  un  célèbre  poeta  provenzale  : 
Marcabrun. 

Il  bisogno  di  guadagnare  per  la  biograâa  di  Gercalmon  un 
punto  fisso,  intorno  a  cui  si  fosse  svolta  i'attività  poetica  del 
nostro  trovatore,  fu  già  sentito  dal  Rajna,  il  quale  s*adopr6, 
parecchi  anni  sono,  intorno  alla  tenzone  :  Car  vei  fenir  a  tôt 
dia  ^  e  trasse  da  essa  alcuni  iugegnosi  argomenti,  che  erano 
sfuggiti  air  editore  dei  componimenti  di  Gercalmon  '  e  che 
provano  essere  stata  la  tenzone  scambiata  nelFanno  1137, 
dopo  la  morte  di  Guglielmo  VIII,  conte  di  Poitou  e  X  duca 
d'Aquitania,  e  prima  délia  assunzione  di  Luigi,  figlio  di  Luigi 
il  Grosso,  ad  erede  di  parte  dei  possessi  del  Gonte  (9  aprile  ^ 
30maggio  1137). 

Dopo  Tarticolo  del  Rajna,  comparve  nella  Zeùschrift  del 

1  Cercalmon  dà  sempre  il  ms.  D  in  testa  ai  componimenti  e  neir  in- 
dice a  capo  del  codice 

'  P.  Rajna,  Cercamon,  Car  vei  fenir  a  tôt  dia  y  in  Romania  VI, 
payg.  115-9. 

•  Mahn,  Der  troubadour  Ccrcamon^  in  Jahrb,  f.  roman,  u.  engi 
lit.  I,  83. 


NOTERELLE   PROVENZALt  34^ 

Qrôber  uno  studio  di  R.  Zenker,  che  cercô  di  coDtestare 
Tattribuzione  délia  tenzone  :  Car  vei^  contenuta  in  un  solo 
manoscrittOyaCercalmon  e  pensé  di  identiâcare  il  «maistre», 
che  in  essa  figura,  con  Raimon  de  MiravaP.  In  tal  modo 
Terrebbe  tolto  di  mezzo  Gercalmon  e  il  componimento  per- 
derebbe  in  gran  parte  il  pregio  délia  sua  ragguardeyolis- 
aima  anticbità. 

La  qnestione  era  troppo  importante  per  la  storia  délia  lirica 
provenzale  perché  a! tri  non  sentisse  il  bisogno  di  ritornarvi 
sopra.  L'opinione  del  dotto  tedesco  trovô  infatti  un  forte  e 
acuto  oppositore  in  A.  Jeanroj  ^,  il  quale  si  studio  di  ricer- 
care  su  quali  fondamenta  si  reggessero  le  nuove  argomenta- 
lioni  e  dopo  un  attente  esame  di  esse,  si  mostrè  disposto  ad 
accettare  le  conclusioni  del  Rajna  scrivendo  :  «  Je  remar* 
I  querai  que  le  système  de  M.  Rajna  les  explique  toutes  (le 
B  allusioni  storiebe)  de  la  façon  la  plus  satisfaisante,  tandis 
f  que  celui  de  M.  Zenker  n*en  explique  aucune.  11  me  semble 
»  donc  quMl  est  prudent  de  s*en  tenir,  jusqu'à  nouvel  ordre, 
»  en  ce  qui  concerne  cette  pièce,  à  Topinion  exprimée  ici,  il 
»  y  a  treize  ans,  et  de  continuer  à  regarder  la  pièce  Car  vei 
»  fenir  comme  le  plus  ancien  spécimen  conservé  de  la  ten- 
»  çon  '  ». 

Un  nuovo  teste  di  Gercalmon  pubblicato  da  poco  diploma- 
ticamente  negli  Studi  del  Monaci  e  De  LoUis  *  viene  a  confer- 
mare  la  relazione  del  nostro  poeta  con  Guglielmo  di  Poitou  e 
ribadire  la  data  del  1137.  E  questa  volta  la  conferma  è  sicura 
e  non  occorre  certamente  gran  sforzo  per  dimostrarla  taie. 

Si  tratta  di  un  planh  scritto  da  Gercalmon  per  la  morte  di 
un  •  Conte  de  pitieu  »  (v.  13)  che  non  pu6  essere  altri  che 
Ouglielmo  di  Poitou  ^  Questi  infatti  moii  il  9  aprile  1137  nel 

«  Zeittchrift  f,  rom,  Phil.,  XIII,  298. 

*  A.  Jeanroy,  Sitr  la  tençon^  Car  vei  fenir  a  tôt  dia ,  in  Romania^ 
XIX,  394. 

'  Op.  cit.,  pag.  402. 

«  Studi  di  filol.  rom.  fasc.  23,  p.  5  dell*  estr  (n»  IV). 

^  Recentissimamente  la  stessa  opinione  è  stata  emessa  dal  Meyer  in 
Homania,  XXXI,  p.  160.  Alla  morte  di  Ouglielmo  YIII  si  allude  anche 
da  Marcabmn  nell'  ulUma  strofe  del  Vers  del  lavador,  come  fece  osser- 
Ttre  il  Meyer  stesso  in  Romania,  VI,  pag.  123.   Si  cfr.   Y.  Crescini, 


352  NOTERELLE  PROVENZALT 

Qar  us  non  troba,  on  s^aiziu, 
Mas  qan  n'Anfos,  q'a  ioi  conqis. 

Ghi  sarà  questo  Alfonso?  La  scelta  pu6  cadere  sul  re  di 
Castiglia  e  di  Leoo  Alfonso  VIII  o  anche  sopra  Alfonso  Gior- 
dano  conte  diTolosa  dal  1112  ai  1148. 

L'uno  e  i*altro  di  questi  principi  fu  caotato  da  Marcabrnn 
6  nalla  toglie  cli'  essi  possano  anclie  esser  stati  conoscinti 
da  Cercalmon,  il  qaale,  a  sentir  la  biograâa  provenzale, 
dérivé  il  suo  nome  dal  iungo  suo  errare  di  paese  in  paese.  In 
yerità  io  non  saprei  deciderml  fra  i  due  '  e  parmi  che  Pallu- 
sione  si  presenti  in  se  troppo  indefînita  per  permettere  una 
identiôcazione  sicura.  Un  accenno  storico  più  importante 
abbiamo  nella  strofe  seguente  :  a  Lo  piangono  Francesi  e 
Normanni  e  ben  lo  deve  piangere  il  Re,  a  cui  lasciô  la  terra 
e  la  proie».  Si  allude  chiaramente  a  Luigi,  il  cui  figlio  era 
stato  eletto  da  Guglielmo  a  sposo  di  Eleonora,  che  recava  in 
dote  i  domini  di  Aquitania  e  Poitou. 

Qesta  allusione  si  riconnette  a  quelle,  che  trovansi  nella 
tenzone  :  Car  vet,  la  quale  fu  certo  composta  intorno  al  mede- 
simo  tempo. 

In  questi  due  soli  componimenti  Cercalmon  si  compiace  di 
toccare  avvenimenti  del  suo  tempo  :  tutte  l'altre  sue  poésie 
sono  ispirate  alla  natura  e  ail*  amore  e,  benchè  in  générale 
semplici  e  piane,  risentono  un  po'  di  quel  convenzionalismo, 
che  costituirà  poi  la  nota  prédominante  nella  lirica provenzale. 


2.  Un  naovo  teato  dalla  canzona 
alla  Vargina,  Flors  de  Paradis^ 
a  una  parafk^aai  dal  Pater, 

Il  primo  testo  è  contenuto  nel  ms.  Ashb.  délia  Laurenziana 
105^-^,  cosl  magistralmenta  descritto  dal  Mejer  ^,  e  sfuggi 
sinora,  ch'  io  sappia,  alF  indagine  degli  studiosi. 

1  II  De  Lollis  (Studi  difiL  rom.^  fasc.  24,  p.  2  dell*  eslr.)  tocca  soltanto 
di  Alfonso  di  Tolosa. 
«  Uomania,  XIV,  485-548. 


NOTERELLE  PROVENZALI  353 

À.  sottrarlo  aile  ricerche  erudite  concorse  senza  dubbio  il 
fatto  che  nel  catalogo  dei  codd.  Ashb.,  dovuto  al  Paoli ,  esso 
è  indicato  corne  un'  operetta  di  carattere  religioso  in  prosa  '. 

La  sua  importanza  non  è  certo  grande,  ma  non  va  dimen- 
ticato  cbe  precisamente  dal  confronto  di  questo  componi- 
mento  col  serventese  di  Guilhem  Figueiras  contro  Roma  il 
Hajna  fa  indotto  ad  esporre  una  nuova  teoria  intorno  al  génère 
poetico  del  serventese  *.  A  questo  titolo  soltanto  io  offro  ai  let- 
tori  parte  del  testo  del  cod.  laurenziano  :  ' 

[Cod.  Ashb.  105  S  c.  21']. 

1.  Flora  de  paradis* régi aa  de  bonayre  auos  imiren  clins  penedens 

sens  coruajre  forfag  emesquins  preguas  per  mi  saluajre  que 
guizes  abon  port  e  me  gart  de  la  mort  dêferns  don  conort 
degun  homs  nO  pot  trayre  p  neguna  sort. 

2.  Uerges  al  mieu  tort  uoshay  trop  ofenduda  repenedimen  fort 

(fort)  requeri  uostra  iuda  dooas  mi  çfort  que  dO  sie  perduda 
marma  car  caszut  soy  si  la  uertut  dedieu  non  ânes  al  portel 
fuoc  nos  defen  daques  trop  deyfendut. 

3.  Uerges  lo  san  frut  que  de  uos  près  nayseosa  de  dieu  deseudut 

per  uera  çnoysensa  nos  arezemut  de  mort  ede  temensa  siben 
confesat  siam  et  épas  dccort  alurat  aueraçnoycensa  ploran  los 
pecast. 

Tralasciodi  citarealtre  stroû perché  il  testo  ashburnhamiano 
non  présenta  alcuna  particolarità  di  qualche  rilievo;  riporto 
invece  per  intero  una  parafrasi  ancor  inedita  del  Pater ^  che 
si  legge,  a  c.  4  délia  prima  parte  dello  stesso  ms.  I  primi  vers! 
furono  pubblicati  dal  Meyer. 


*  I  Codici  Ashburnhamiani  délia  R.  Biblioteca  Mediceo-Laurenz.  di 
Firenze.  Vol.  I,  fasc.  I",  Roma,  1887  (Pubbl.  del  Ministero  délia  Pubblica 
Utrnzione). 

*  Giom.  di  filoL  row.,  I,  pag.  84.  Si  veda  di  contro  ;  Bartsch,  ZeitschHft 
f.  roman.  Phil.y  IV,  439,  ove  si  impugna  l'antichità  délia  nostra  can- 
ine alla  Vergine. 

*  Si  cfr.  Tedizione  del  Bartscb  in  Denkmàler.  73,  26,  e  si  tenga  présente 
che  un  altro  testo  di  questa  preghiera  esiste,  come  avYerte  il  Rajna,  nella 
biblioteca  di  Siena. 

23 


^54  NOtERELLE  I^ROVENÉALÏ 

Parafrasi  in  vers! 
del  Pater  ^ 

[105*  c.  4  r.] 

Payre  nostre  qui  es  cels 
Fermas  en  toz  savis  feels, 
Mons  de  pechatz  et  de  tuzihls 
Mondaz  nos  quauem  nom  tosfils 
5  Degrasia  que  siecit  plas 
Tôt  nom  et  nos  santifia 
Enaysi  con  sem  drey  crestia 
De  Crist  siam  fermet  sertan 
Ens  comandament  de  ta  ley 

10  E  que  siam  humil  ues  tu 
Per  lesperit  delatemor 
De  te  los  nostre  bon  senhor 
Per  tal  quel  règne  auer  puscam 
Celestial  que  cobeytam 

15  Que  auran  si  contuas  dig 
Cil  que  son  paure  en  esperit 
Pueys  ti  preguam  ereq««rem 
Bels  dois  payre  si  con  deuem 
Que  anos  lotieu  règne  uengua 

20  Et  enaysi  mondar  nos  decha 
Quel  rené  amnos  enos  amte 
Bels  senber  dieus  si  con  couen 
Per  lesperit  de  pietat 
Quens  aias  se  ti  plas  donat 

25  Per  so  que  ben  puscam  tener 
Leretatat  quesperam  auer 
En  terra  de  promecibon 
On  crecamrem  gran  guisardon 
E  gran  ganh  e  gran  benestansa 

30  De  durabla  bonauransa 
A  quil  cobedente  sont 
Tan  can  uion  en  aques  mon 
Preguem  te  per  ta  santeta[t] 
Quens  fassaz  far  satauclût  (?) 

1  Ne  do  una  riproduzione  strcttamente  diplomatica. 


NOTERELLE  PROVENZALI  355 

35  Enterra  sels  quetamarant 

Ajsi  com  langel  elcel  fan 

En  don  lesperit  de  siensa 

Que  sapchamauer  conoicésa 

Cum  nos  puacam  eschirgaytar 
40  Dels  diable  e  puscam  plorrar 

Pels  falhimens  epels  forfayt 

Qua  uem  en  aquet  segle  fag 

Et  après  P  laper  donansa 

Del  tieu  renue  hô  ses  dobtâ8[a] 
45  Crezem  que  serem  confortât 

Sil  que  con  fes  auran  plorat 

Senher  doua  nosalauzar 

Lopa  dont  hom  deu  co«forta[rj 

Las  armas  els  cos  cascund[ar] 
50  Ses  erguelhe  ses  fellonie 

Fer  lesp  erit  dafortimenti  * 

Quauran  tuit  sil  perfita| 

Cui  tu  daras  talauentura 

Qaurant  amasat  dedrechurj 
55  Quel  celerchus  coronat] 

De  te  quies  pas  uin  saludan| 

Fer  douanas  per  ta  mistat 

Los  pechat  dont  sera  ecepi 

E  n  aysi  can  nos  perdonan| 
60  A  toz  fiels  cil  que  tamaraj 

Fer  lesperit  dacordame) 

Car  be  sabem  uerajamen 

Que  sil  ueyran  perdonas 

Mas  qui  debon  cor  non  perdon 
65  [0.  4  V**]  Ja  non  aura  el  sel  corona 
Mot  ci  deu  doc  espauentar 

Tôt  hom  que  nô  uol  perdonar 

Quan  lo  pajre  nostre  adig 
Quenajsi  con  aue  sauzit 
70  Seguon  drez  eseguon  razô 
Cuer  a  dieu  que  aia  nô  perdon 
Quar  qui  non  a  merce  dautruj 
Non  es  dreg  dieus  laia  deluy 

»  La  Uneetta  indica  che  il  margine  deDa  carta  è  stato  ritagliato  forse 
in  causa  délia  legatura  del  codice. 


*    -r;ii.^3  PR0VEN2ALI 

4    ^   ^Mrm  altre  don 
.    Hi^ws^  en  temtat  ion 
,  K  V*  lajces  tan  temptar 
V    ^j>  [>ucca  sobremontar 
.    laoiQ  nostre  enemic 
•M»  i«r«  dieus  et  uers  amies 
»     fW4  iam  lesperit  de  ten  demô 
^ud  ooQosquam  lentendemé 
^QA  teiûpdador  cui  terrem 
•^«maysî  nos  enguardem 
Que  paradis  per  ton  plaszer 
Ni  Puscam  la  tiua  facia  uezer 
Dieus  deyliyra  nos  de  tôt  mal. 
K  de  nostre  enemic  montai. 
Lo  diable  que  nos  batalha. 
Que  nO  es  iorn  que  nO  nos  asalha 
90  Dans  lespent  de  sabieza. 
Que  puscam  uenser  cobeeza. 
Ërguel  e  tôt  los  autres  uiszes 
Et  en  eysi  cisplas  nos  guizes 
Quem  pas  estem  et  permanhan 
95  E  pas  anem  emant  enc  guâ 
Per  tal  que  siam  apellat . 
Li  tieu  bon  fil  benaurat 
E  quecel  gauc  puccara  gauzir 
Que  aurelha  non  pot  auzir. 
100  Uelhs  uezer  ni  boca  parlar. 
Ni  negu  cor  dôme  pessar 
Car  aquest  asaparelhat. 
Atot  sels  que  taurft  amat 
Cest  gaug  aiam  cominamô 
105  Tuit  H  tieu  flel  amen. 

Giulio  Bbrtoni. 


(A  suivre.) 


--^^ 


LA  TRADUCTION  DU  NOUVEAU  TESTAMENT 

EN  ANCIEN  HAUT  ENGADINOIS 
Par  BIFRUN 


L'G  CUDESTH  DELS  PATS  DALS  APOSTELS 

CAP.  XVI. 

(1)  Et  arriuô  â  Derben  &  â  Ljstram,  &  uhé  un  schert  dis- 

cipul  era  allô  cun  num  Thimotheus  ôlg  d'ûna  scherta  duoana 

lûdeaua,  cbi  craiaua,  mu  Vg  bab  era  Grec.  (2)  Ad  aquaisti  Tg 

dêuan  buna  testimuniaunza  tuots  Vs  frars  cbi  eran  â  Lystris 

&  ad  Iconijs.  (3)  Aqael  uous  Paulus  cbi  gies  cun  el,  &  Vg 

bauiand  prais  in  cumpagnia,  scbi  Vg  armundô  el  parmur  dais 

lûdeaus,  qusels  cbi  eran  in  aquels  lous.  Per  cbe  tuots  sauaiuen 

cbe  ses  bab  era  Grec.  (4)  Et  passand  els  très  las  cittêds,  scbi 

dêuan  é  ad  aquels  ascbantamains  da  saluer,  qusels  cbi  eran 

burdenôs  dais  apostels  &  dais  preers  quels  cbi  eran  â  Hieru- 

salem.  (5)  Et  in  aquella  guisa  las  baselgias  s'cunfarméuanîlla 

fe,  &  in  immiincbia  di  crescbaiua  [451]  Vg  inumber.  (6)  Et 

siand  passôs  très  la  Pbrjgiam  &  la  cuntrêdgia  Galatica,  & 

cbeU  eran  scumandôs  delg  saine  spiertdapredgiêr  in  Asia,  (7) 

scbi  sun  els  ieusin  Mjsiam,  et  apruêuan  dad  ir  in  Bitbyniam, 

&  Vg  spiert  nu  Ts  lascbô.  (8)  Mu  cura  cbe  fiitten  passôs  très 

Mjsiam,  scbi  gitten  é  giu  â  Troadem,  (9)  à  îUa  not  es  stô 

uais  â  Paulo  iina  uisiun,  iin  hum  da  Macedonia  cbi  era  auaunt 

el  &  Vg  aruêua  dscbant  :  Vitten  in  Macedonia&  n's  sacuorra.(lO) 

Et  SCO  el  bauét  uis  la  uisiun,  scbi  bauain  nus  impestiaunt 

scbercbiô  dad  ir  in  Macedoniam,  siand  ascbertôs,  cbe  Vg  signer 

baués  clamô  nus  â  predgiêr  ad  aquels  Vg  euangeli.  (11)  Et 

par  aqné  cura  cbe  nusfiiscben  mufts  da  Troade ,  scbi  gnistben 

nus  â  dastaiséd.  dastais  cuors  â  Samotbracem,  &  îlg  di  dsuain- 

terâ  Neapolim  (12)&  dalonder  â  Pbilippis,  qusela  cbi  es  la  prima 

cittêd  colonia  da  la  part  da  Macedoniœ.  Mu  nus  dmuréuan 

allô  in  la  cittêd  uerzequauns  dis.  (13)  Et  Vg  di  delg  sabatb 


358  [.G  CUDESTH  DEI.S  FATS  DALS  APOSTKLS 
ischeos  ieus  oura  de  la  citléd  dspera  \'g  âum,  innaa  chi 
s'sulaiua  fér  l'uraciun,  &  seziand  fauléuans  cun  las  dunauD:), 
(]u»lascbierangnida3inBemmeL.(14)Qteraiinaschertaduoniia 
cuD  num  Lydia,  iina  nhi  uendaiua  purpur,  de  la  cittèd  da 
Thyatiri,  quêla  chi  seruaiua  â  dieu,  chi  atadlô  :  &  t'g  signer 
aurît  l'g  cour  d'aqiialla,  par  chella  faschés  Bursen  ad  aquellea 
chi&sea,  quœlas  chi  gniuan  dittas  da  Paulo.  (15)  Mu  Bi-[4S2]- 
and  battagiéda,  alla  at  sia  chiâsa,  schi  aruo  ella,  dschaiit  : 
Schi  aus  hauais  giiidichiô  ch'  eau  saia  âdâla  agli  signer,  achi 
gni  aiut  et  stéd  in  mia  chiâaa.  Et  n'aatfurzô  nus,  (16)  et 
dohiappô  gisnd  nus  â  fér  uraciun,  che  una  scberta  matella, 
quœla  cbi  hauainal'g  spiert  da  Pjthonis,  inacunlrô  iD  nus, 
quœla  chi  dêua  iin  graad  guadang  &  ses  patrusa  cun  ingiu- 
uinér.  (17)  Et  aquaiata  giat  dsieua  Paulum  &  dsieua  nua 
&  claméua  dschant:  Aquaist[^]  hummens  aun  famaigs  dalg 
hiitîschem   dieu,    à   predgian  à   uus    la    uia    deig   saliid. 

d  Pautna 
flumand 
'aqaella. 
patruns, 
Paulnm 
:20)  &  l'a 
s  ingaa- 
iBCsdsda 
1  aala^r, 
ir  «Is,  & 
ama^a^D- 
iira  oheli 
lun  6  in 
I,  ebet  l'a 
ftF&chieu 
s,  atran- 
8  &  Silas 
I  udiuan. 
mbla,  da 
^uan.  Et 
liama  da 
td6  si),  & 
iand  trat 


l'g  CUDESTH  DELS  fats  DALS  APOSTELS         359 

oar  la  dèia,  schl  s'  uulaiaa  el  amazêr  sesues,  pissiand  chels 
praschanîjrs  fûssen  fiïgieus  uia.  (28)  Mu  Paulus  clamô  ad  hôta 
uusth,  dschant:  Nu  fêr  â  ti  duessa  ûnguotta  d'mél,  per  che 
DUS  ischen  zuonds  aqui.  (29)  Et  hauiand  dumandô  ûoa  liûsth, 
schi  sUnscurzô  el  aint  tremblant  d'  te  m  ma,  &  s'  bitto  giu  als 
pes  da  Paulo  &  da  Silse,  (30)  Vs  hauiand  mnôs  oura,  schi  dis 
el:  Sig»er,  che  stou  eau  fêr,  ch'eau  uigna  salf  ?  (31)  Et  els 
disseo  :  Craia  îlg  signer  lesum,  schi  uainst  ad  esser  salf  tii  6i 
tia  chlêsa.  (32)  Et  predgiaun  agli  Tg  plêd  delg  signer,  &  â 
tuots  aquels  chi  eran  in  sia  chiésa.  (33)  Et  el  prandét  aquels 
in  aquella  prœpia  hura  d*noty  &  Ts  lauô  giu  las  plêias,  <k  es 
adiintrat  battagiô  &  tuotta  la  sia  braiôda  d'chiêsa.  (34)  Mu 
cura  chel  hauét  aquels  mnô  in  sia  chiésa,  schi  mattét  el  ad 
aquels  giu  maisa,  &  stet  [454]  led,  par  chel  hauaiua  craieu  â 
dieu  cun  tuotta  sia  chiésa.  (35)  Et  cura  che  uen  di,  Ts  mastrôs 
tramtetten  Ts  mes,  dschant  :  Lascha  ir  aquels  humens.  (36)  Et 
Tg  guardiaunt  dis  aquaists  pléds  â  Paulo  :  Ts  mastrôs  haun 
tramis  che  uus  daias  gnir  laschôs  ir.  Huossa  dimé  izen  cun  la 
paesth.  (37)  Mu  Paulus  dis  ad  aquels:  N's  hauiand  battieus 
auertamaung,  sainza  udir  la  chiaschun,  siand  nus  Rumauns, 
&  n*s  haun  chiatschô  in  praschun,  à  huossa  ad  ascus  n's 
nœglian  chiatschêr  oura?  Nha  par  Tg  uaira,  dimperse  uignen 
els  snessa  (38)  &  n's  mainen  oura.  ElTs  mes  purtaun  aqnaista 
ueruaals  mastrôs.  Et  els  tmetten  hauiand  udieu  chefiissen  Ru- 
mauns,  (39) <k  uennen  &  Ts  arua[u]n,  et  Ts  hauiand  mnôsoura^ 
schi  Ts  aruéuan  é  che  giessen  our  da  lur  cittéd.  (40)  Et  siand 
gnieus  oura  da  la  praschun,  schi  gietten  é  aint  tiers  Lydiam, 
&  hauiand  uis  Ts  frars,  schi  Ts  haun  é  cufurtôs  &  sun  tii  ôs 
uia. 

ANNOTATIUNS 

Purpur]  iina  scherta  guisa  d'  pan  u  d'ualiidda  culur 
d' briinchiœschen,  chi  sulaiuen  iisér  Ts  grands  signuors  in 
uesekimainta.  Spiert  da  Pythonis]  iin  spiert  dalg  diêl  Apolli- 
nis,  un  spiert  ingiuuinêl]  iin  spiert  dalg  gimuni,  chils  acradan- 
têua.  Colonia]  es  iina  cittéd  quaela  chels  inimichsaguadagnen, 
&  prenda  cura  la  lieud  chi  es  alaint,  &  metta  aint  lur  segna 
lieud,  par  manti-[455]-gner  la  cittéd,  sco  faiuen  Ts  Rumauns, 
Maslrôi]  superiours,  arischaduors,  pudastéts. 


:^60       l'g  cudesth  dels  fats  dals  apostels 

CAP.  XVII 

(l)Ethauiand  fat  strêda  très  Amphipolim  &  Appoloniam, 
schi  uennen  é  â  Thessalonicam,  innua  chi  era  la  Sjnagoga 
dais  IliJeaus.  (2)  Mu  Paulus  suainter  sia  ûsaunza  giet  aiut 
tiers  els  &  per  trais  sabaths  dispiitêua  cun  els  our  da 
las  scrittiiras,  (3)  mettand  oura  &  apruand,  che  Christus 
baués  stuieu  indiirêr  &  aresiistér  dais  muorts,  &  che  aquaist 
saia  Christus  lesus,  quael  ch'eau  (  dschaiu'el  )  predgia  â 
uus.  (4)  Et  qualchiiios  d*aquels  craietten,  &  s'accumpagnaun 
cun  Paulo  &  cun  Sila,  à  bgiera  lieud  dais  deuots  Grecs  &  da 
las  inauaunt  dunauns  brichia  pôchias.  (5)  Et  Ts  liideaus,  chi 
nu  uousen  crair,  amuantôs  da  l'inuilgia,  hauiand  prais  cun 
els  in  cumpagnia  alcbiuns  sthgualanots  d'iina  mêla  uiita  <k 
hauiand  araspô  sii  la  lieud,  schi  amuentaun  é  sii  la  cittêd, 
à  faschand  forza  â  la  chiêsa  da  lasonis,  scherchiéuan  dais 
mnér  oura  agli  pœuel.  (6)  Et  nu  Ts  hauiand  achiatôs,  schi 
traiaiuen  é  lasonem  <k  qualchiiins  dais  frars  tiers  Ts  parzuras 
délia  cittéd,  clamant  :  Aquaists  sun  aquels  chi  haun  sthguar- 
dinô  Vg  craes  de  la  terra,  &  sun  gnieus  er  aqui,  (7)  quels  che 
lason  ho  prais  aint  ad  ascus,  &  aquaists  tuots  faun  incunter 
Ts  aschantamains  dalg  Caesaris,  dséhant,  che  sa-[456]-ia  un 
ôter  araig  lesum.  (8)  Et  amuantaun  sii  Vg  pœuel,  &  Ts  mas- 
trôs  délia  cittêd,  udiant  aquellas  chiôses,  (9)  et  hauiand  arf- 
schieu  buna  cuntentezza  da  lasone  &  dais  ôters,  schi  Ta 
laschaun  é  ir.  (10)  Mu  Ts  frars  adiintrat  in  la  not  tramtetten 
dauent  Paulum  &  Silam  insemmel  in  Berrhœaro.  Quaels  cura 
che  fiitten  ariuôs,  schi  tiraun  é  uia  in  la  sjnagoga  dais 
liideaus.  (11)  Mu  aquaists  eran  dais  plii  nœbels  trauntér  els, 
d'aquels  chi  eran  â  Thessalonica,  qusBls  chi  hauaiuen  arf* 
schieu  Vg  plêd  cun  tuotta  praistezza  da  la  uœglia,  examinand 
inmiinchia  di  las  scritturas,  schi  aquellas  chiôses  fiissen 
uschia,  (12)  <x  bain  bgiers  d'aquels  craietten,  &  er  hundrédas 
dunnauns  Gra?cas  <k  hummens  brichia  pougs.  (13)  Et  cura  che 
Ts  lii  leaus  da  Thessalonica  sauetten  ch'er  â  Berrhoae  fii^ 
preljiiô  Vg  pied  da  Paulo,  schi  uennen  é,  &  er  allô  amn- 
Hiitêuan  sii  ariraur.  (15)  AIhura  impestiaunt  Va  frars  tram- 
totttMi  dauend  Paulum,  chil  gies  sco  ir  alg  mêr.  Mu  Silasà 


L'G  CUDESTH  DELS  fats  DALS  APOSTELS         361 

Timotheus  aramagneten  allô.  (14)  Et  aquels  chi  accumpa- 
gnêuan  Paalam  Tg  coDdûsthetten  iDÛna  ad  Athenis.  Et  hau- 
iand  prais  comischiun  tiers  Silam  &  Thimotheum  che  gnissen 
8û  Vg  plu  praist  tiers  e1,schi  sun  els  tirôs  aia.  (16)  Et  intaunt 
che  Paulus  aspettêaa  els  ad  Athenis,  schi  s'asckiudéua  sieu 
spiert  in  el,  ueziand  el  tuotta  la  cittêd  chi  era  déda  al  g 
seruezzen  de  las  immêginas.  (17)  Et  el  dimê  dispiitéua  in  la 
synagoga  cun  Ts  lu-  [457]  -deaus  (éd.  liidia)  &  cun  las  per- 
snnas  deuotas,  &  in  la  plazza  inmiimchia  di  cun  aquels  chi 
giauen  par  uentiira  tiers  el.  (18)  Et  iinqualchiiins  philosophi 
dais  Bpicureis  &  dais  Stoicis  chiampastêuan  cun  el,  à  qua- 
Ichiiins  dschaiuen  :  che  uuol  dir  aquaist  schanschédar?  & 
alcbiiins  ôters  dschaiuen:  el  para  esser  iin  chi  disth  da  nuofs 
dimunis,  per  che  chel  predgiêua  ad  els  lesum  &  Taresûs- 
taunza.  (19)  Et  Vg  hauiand  apigliô  Vg  mnaun  é  alla  plazza 
da  Marcij,  dschand:  pudain  nus  sauair,  da  che  guisa  saia 
aquella  nouua  duttrina,  qusela  chi  uain  da  te  araschunêdaf 
(20)  Per  che  tii  mettas  aint  in  nossas  uraglies  schertas  chiôsas 
nouuas.  Nus  unlain  dimê  sauair,  che  aqué  uuol  esser.  (21)  Mu 
tuots  aquels  da  Athenis  &  er  Ts  fnllastijrs  chi  afdôuan  allô, 
nun  attendaiuen  ad  ôter  co  dir  u  dad  udir  iinqualchiôsa  da 
noef.  (22)  Et  stant  Paulus  in  meza  la  plazza  da  Marcij,  dis  : 
Hammens  d'Athenis,  eau  uez  uus  intuottes  chiôseshunamang 
memma  supersticius,  (23)  par  che  passand  eau  très  à  cuschi- 
drant  las  uossas  deuociuns,  schi  hse  eau  acchiattô  iin  hutêr,  in 
aquœl  stéua  scrit  sii  :  agli  nun  cunschieu  dieu.  Aquel  dimê  che 
uns  nun  cunschiand  hundras,  aquaist  predg  eau  â  uus  :  (24)  Deus 
quael  chi  ho  fat  Vg  muond  à  tuottes  aquellas  chiôses  chi  sun  in 
el.  Aquaist  siand  signer  delg  schil  &  da  la  terra,  nu  sto  in 
taimpels  fats  cun  mauns,  (25)  né  [458]  uain  agli  seruieu  cun 
matins  hnmauns,  nun  liauiand  el  bsiing  d'iinqualchiôsa,  siand 
el  quael  chi  do  â  tuots  la  uitta&  Vg  âêd  per  tuot  :  (26)  &  ho  fat  our 
d'iin  saung  tuotta  la  giniira  délia  lieud,  par  chella  afdâs  sur 
ruoiuersafatschade  la  terra,  &  hodeterminôhurdenôs  tijmp», 
&  ho  ourauaunt  ifichiô  aintTs  terms  da  lur  afdaunza,  (27)  par 
che  scherchiassen  dieu,  schi  par  uintiira  Vg  apalpen  &  Vg 
acchiatten,  cunbainchel  nun  esdalœnsth  dascodiind'uus.  (2S) 
Per  che  très  el  uiuain  nus  &  n*s  amuantains  (éd.  amuantaim) 
à  ischens  :  da  co  ch'er  qualchiiins  dais  nos  poets  haun  dit  :  Nus 


362         l'G   CUDESTH  DELS  FATS  DALS  APOSTELS 

ischen  er  da  quella  sclatta.  (29)  Siand  nas  dîmê  de  la  sclatta 
da  dieu,  schi  nu  daiuen  nus  pisser,  che  la  deitad  sala  sam- 
giaunta  agli  ôr  à  argient,  a  ad  ûna  pedra  intagliêda  cun  art; 
a  â  qualchiôsa  spiêda  delg  hum.  (30)  Et  hauiand  deus  inûna  ad 
in  huossa  laschô  passer  uia  Ts  tijmps  da  quaista  ignuraunza, 
huossa  fo  el  assauair  alla  lieud,  per  che  tuots  da  per  tuot  im- 
giuran  ;  (31)  par  chiaschun  chel  ho  aschantô  un  di,  in  aqusl 
chel  uain  â  giiidichêr  cun  giiistia  Tgcrésde  la  terra,  très  aqnel 
hum,  par  aqœul  el  ho  hurdenô,  hauiand  fatfe  â  tuots,  cura  chel 
Tg  ho  hagieu  astdastdô  su  dais  muorts.  (32)  Et  cura  chels 
hauetten  ndieu  Taresustaunza  dais  muorts,  alhura  alchiiins 
ariauen  del,  &  alchiiins  dschainen:  Nus  uulain  aunchia  d'a- 
1459J-  que  ndirte.  (33)  Et  uschia  Paulus  es  ieu  our  da  miz  eh, 
(34)  Et  qualchiiins  humens  stand  tiers  el  craietten  a<^li,  in 
aqua3ls  era  Dionisiusareopagita(éd.  arcBpagita)&  iiaa  duonna 
cun  num  Damaris,  &  ôbers  cun  els. 

AWNOTATIUNS 

Phihsophi]  amô  lars  de  la  sabbijnscha.  uschia  anumnêuan 
é  Va  sabbis  da  tijmp  uijlg.  Epicuri  u  Epicurei]  cran  lieud 
d'iina  upiniun,  chi  managiéua,  che  la  mér  beadijnscha  fiis  â 
uiuerbain  &  à  triuphôr  senza  ôter  pissijr  in  aquaist  muond. 
Stoici]  eran  d'iina  upiniun,  che  la  mêr  beadijnscha  fii^  â 
uiuer  hunestamang  &  indret,  &  nu  pigliêr  pissijr  da  las 
chiôses  da  quaist  muond,  dimperse  las  laschér  passer  uia. 
Areopagita]  Un  acusglijr  u  giudisth  ad  Athenis. 


CAP.  XVIII 

(l)  Dâieua  aqué  es  Paulus  tirô  uia  our  da  Athenis,  ôi  uen 
â  Corinthum,  (2)  éi  hauiand  acchiattô  Un  lUieau  cun  num 
Aquila  de  la  naciun  Ponticus,qu8el  chi  era  gnieu  dapoick  da 
Italia  cun  sia  mugliêr  Priscilla,  par  chiaschun  che  Claudius 
hauét  cumandô  che  tuots  ludeaus  dessen  s'pariir  our  da 
Ruma  :  &  el  giet  tiers  aqueb,  (3)  perche  el  era  d*aqué  prœpi 
mastijr,  schi  stêua  el  tiers  aquels  &  lauurôua.  Et  lur  art  œra 
da  tessijr   pauigliuns.   [460]  (4)    Et    disputêua  inmunchia 


i/g  CUDESTH  DELS  fats  DALS  APOSTELS         363 

sabath  in  la  synagoga,  &  intragaidêaa  Ts  ludeaus  &  Ts  Gr^cs 
inseromel.  (5)  Mu  cura  che  Silas  &  Timotheus  fûtten  gnieus 
da  Macedonia,  schi  gniua  Paulus  stranschieu  delg  spiert,  chel 
dêua  testimuniaunza  aïs  lûdeaus  che  lesus  fiis  Christus.  (6)  Et 
caoterdschant  aqnels  &  blastmant,  hauiand  el  sthquassô  giu 
sia  nesckimainta  schi  dis  el  ad  aquels  :  Vos  saung  sala  sur 
nos  chiô.  Dad  huossa  inuia  uœlg  eau  ir  net  tiers  Ts  paiauns. 
(7)Etsingiét  dalô  Si  giet  aintin  la  chiésadad'iin,  quael  chi  hau- 
aiaa  nnm  giiist,  qusel  chi  seruiua  â  dieu,  la  chiésa  da  quael 
tucbiêna  la  synagoga.  (8  Et  Crispus  parzura  de  la  synagoga 
craiétaglî  signer  cun  tuotta  sia  chiésa,  &bgiers  dais  Corin- 
ters  udiant  craianen  &  gniuan  battagiôs.  (9)  Et  Tg  signer  dis 
d'not  très  iina  uisiun  â  Paulo:Nu  tmair,  dimperse  fauella,& 
nu  taschair,(10)paraquéch'eau  sun  cun  te,  &  iingiiin  nu  uain 
à  t'assaglir  par  t'dêr  fadia,  per  che  ch'eau  hse  iin  grand  pœuel 
in  aquaista  cittêt.  (11)  Et  stet  allô  un  an  à  sijs  mais  amus- 
sand  aquels  Tg  plêd  da  dieu.  (12)  Mu  siand  Gallio  guuerna- 
dur  daTAchaise,  schi  s'aluann  sii  l's  liideaus  pariina  incunter 
Paalum,&rgmnaun  allabaunchia  de  Taraschun  (13)  dschant: 
Aquaist  intraguidalalieud  daseruir  â  dieu  incunter  la  lescha. 
(14)  Et  in  aquella  che  Paulus  s*pardarschaiua  par  aurir  la 
[461]  buochia,  schi  dis  Gallio  als  liideaus  :  0  ludeaus,  sch'  elg 
es  qualch  ingiûrgia  u  quai  mêl  trat,  schi  ataidl  eau  uus 
appas.^aiuel  :  (15)  Mu  sch*  elg  es  dabat  dalg  plêd  u  da  nums 
&  da  uossa  lescha,  schi  guardô  uus  suessa.  Per  che  eau  nu 
i]œlgessergiiidist[h]  daquaistas  ohi6ses.(16)Et  dsthchiatschô 
aquels  uîa  da  la  baunchia  de  Taraschun.  (17)  Et  tuots  Grsecs 
hauiand  appigliô  Sosthennem  parzura  de  la  synagoga  Tg  bat* 
taiuen  auaunt  la  baunchia  de  Taraschun  né  Gallio  hauaiua 
ungiuna  chiiira  d*aquellas  chiôses.  (18)  Et  Paulus  dalonder 
inuia  es  dmurô  allô  bgiers  dis  ;  alhura  hauiand  prais  cumiô 
dais  frars  nauigiô  in  Syriam,  Tg  accumpagniand  Priscilla  & 
Aquilla,  dsieua  chel  haués  araes  Vg  chiô  in  Cenchreis,  per  che 
chel  hauaiua  uut.  (19)  Et  dsieua  arriuô  el  ad  Ephesum  &  laschô 
aquels  allô.  Et  el  giet  aint  in  la  synagoga  &  dispiitêua  cun 
Ts  ludeaus.  (20)  Et  aruand  els  chel  uulés  plii  bgier  tijmp  stêr 
cun  els, schi  nu  nous  eldêr  tiers,  (21)diraperse  prandét  cumiô 
dad  els,  dschant  :  Eau  stou  ignamœd  fêr  la  festa  chi  uain  â 
Hienisalem,  mu  schi  deus  uoul  schi  uœlg  eau  darchiô  turnêr 


l 


864         l'G  GUDESTH  DELS  FâTS  DÂLS  APOSTELS 

tiers  nus.  Et  muet  da  Epheso,  (22)  &  cura  chel  fut  amaô  à 
CsBsaream  &  chôl  fût  ieu  su  &  hauét  saliidô  la  baselgia,  schi 
giet  el  giu  ad  Antiochiam.  (23)  Et  dmurô  allô  un  pô  d'un 
tijmp,  &  es  chiaminô,  giaud  très  da  lœ  in  lœ  suainter  huor- 
[462]  -den  Tg  paias  da  Galatica  <k  da  Phrisgia,  cunfermand 
tuots  Ts  discipuls.  (24)  Et  iin  schert  liideau  cun  num  ApoLIos, 
da  naciun  Alexandrin,  iin  hum  parlaint,  ariuô  ad  Ephesum, 
chi  era  pusaunt  in  las  scrittiiras.  (25)  Aquel  era  intraguidô 
in  la  uia  delg  signer,  éi  faflêuacun  Tg  spiertbugHaint,&  amus- 
sêua  cun  diligijncia  aquellas  chiôses  chi  sun  delg  signer, 
sauiand  sullamaing  Tg  bataisem  da  lohannis.  (26)  Et  aquaist 
cumenz6âfaflêrliberélmanginlasjnagoga.(27)  Qusel  hauiand 
udiou  Priscilla  &  Aquilla  Tg  prandetten  tiers  els,  <k  mettet- 
ten  our  â  gli  plii  perfettamaing  la  uia  delg  signer.  (27)  Et 
uuliand  el  ir  in  Achaiam,  schi  Tg  intraguidaun  Vs  frars,  à 
scriuettenals  discipuls,  che  Tg  dessen  arschaiuer.  Quael  siand 
arriuô,  ualét  bgier  ad  aquels  chi  hauaiuen  craieu  très  la 
gracia.  (28;  Per  che  chel  cuuanschaiua  ûck  Ts  liideaus,  amus- 
sand  auertamang  très  las  scrittiiras  che  lesus  era  Christus. 

ANNOTATIUNS 

Ciaudius]  quœl  chi  era  imperadur  â  Ru  ma. 


CAP.  XIX. 

(1)  Et  es  duantô  siand  Appelles  â  Corinthi,  che  Paulus 
t^iand  passô  très  Tg  paias  zuras  chel  uen  ad  Ephesum,  <& 
hauiand  achiattô  alchiiins  discipuls,  (2)  dis  ad  aquels  :  Nun 
hauais  uus  arfschieu  Tg  saine  spiert,  da  pœia  che  uus  hauais 
craieu?  Mu  [463]  aquels  dissen  ad  els  :  Bain  plii  nus  nun 
hauain  pur  udieu,  schi  l'g  es  Tg  saine  spiert.  (3)  Et  el  dis  ad 
aquels  :  Schi  cun  che  bataisem  dimé  isches  battagiôs?  Et  els 
dissen  :  Culg  bataisem  da  loannis.  (4j  Et  Paulus  dis:  loannes 
ho  bain  battagiô  culg  bataisem  de  rariiâijnscha,  dschand  agli 
pœuei  da  quel,  qusel  chi  daiua  gnir  dsieua  el,  par  che  craiessen, 
a  que  es  da  Christo  lesu.  (5)  Et  hauiand  udieu  aqué  schi  sun 
els  battagiôs  îlg  num  dalg  signer  lesu.  (6)  Et  cura  che  Paulus 


l'g  CUDESTH  DELS  ï'ATS  DALS  APOSTELS        3é5 

hauétmis  Ts  mauns  ad  aquels,  schi  uen  Vg  saine  spiert  sur 
els,  &  fafléuan  lauDgoaz  et  profesêuan.  (7)  Et  eran  tuots 
intuorn  dudesth  humens.  (8)  Mu  siand  ieu  aint  in  la  sj^nagoga, 
schi  fafléua  el  trais  mais  da  lung,  dispiitant  &  intraguidant 
deig  ariginam  da  dieu.  (9)  Et  oura  ohe  alchiuns  s'indûritten 
né  craietten,  dschant  mél  auaunt  la  lieud  de  la  uiadalg  signer, 
ichiesel  tirô  uia  our  da  quels,  &  ho  zauurô  oura  Ps  discipuls, 
dispûtand  inmiinchia  di  in  la  scoula  dad  iin  schert  Tiran. 
(10)  Et  aqué  es  duantô  duos  ans  da  lung,  da  sort  che  tuots 
aquels  chi  afdêuan  in  Asia,  udîuan  Vg  plêd  dalg  signer  lesu, 
Ts  Itideaus  &  Ts  Grsecs  iusemmel.  (11)  Et  deus  faschaiua  très 
Vs  mauns  da  Pauli  uirtiids  hrichia  commûnas,  (12)  da  sort 
'  che  s' purtéuan  er  da  sien  chiœrp  Ts  fazolets  &  las  schintas, 
&  Ts  mettaiuen  eu  Ts  amallôs,  par  che  las  malatias  drassen 
nia  dad  els,  &  Vs  mêls  spierts  giessen  oura.  (13)  [464]  Mu 
qualchiiins  dais  liideaus,  qusel  [s]  chi  giauen  intuorn  scungiiirand 
apruaun  de  clamer  in  agiiid  sur  aquels,  chi  hauaiuen  Vg  môl 
spiert,  Vg  num  dalg  signer  lesu,  dschant  :  Nus  scungiùrain 
uns  par  lesum,  qusel  che  Paulus  predgia.  (14)  Mu  elg  era 
scherts  set  filgs  da  Sceua  liideau  parzura  dels  sacerdots, 
quaels  chi  faschaiuen  aqué.  (15)  Et  Vg  mél  spiert  arespondiant 
dis:  Eau  cugniousth  lesum  &  eau  ssb  Paulum,  mu  uus  chi 
i8ches?(16)Et  Vg  hum,  in  aqusel  chi  era  rgmêldimuni,  saglit 
in  aquels  &  Ts  hauét  sur  maun  &  Vs  uanschét,  da  sort  che 
fûgitten  our  da  quella  chiésa,  niids  &  plaiôs.  (17)  Et  aqué  es 
gnieu  â  sauair  â  tuottels  liideaus  &  Graecs,  quaels  chi  stéuan 
ad  Ephesi,  &  es  gnieu  iina  granda  temma  sur  aquels  tuots,  & 
Tg  Dum  dalg  signer  lesu  gniua  adhuzô.  (18)  Ethgiers  da  quels 
chi  craiauen,  gniuan  &  cunfesséuan,  &  dschaiuen  oura  lur 
fats.  (19)  Et  hgiers  dels,  qusals  chi  hauaiuen  adruô  arts  da 
Btriœng,  hauiand  purtô  insemmei  Ts  cudesths,  &  schi  Vs 
ardetten  é  auaunt  tuots  &  siand  fat  quint  da  lur  pritsths,  schi 
acchiattaun  é  da  schinquaunta  milii  danêrs.  (20)  Uschi  ferm 
crascbaiua  Vg  pléd  da  dieu  &  s'  cufermêua.  (21)  Siand  cum- 
plieu  aqué,  schi  prandét  Paulus  auaunt  se  Vg  spiert,  che  cura 
chel  aués  passé  Macedoniam  &  Acliaiam,  chel  iiulés  ir  â  Hie- 
rusalem, dschant:  dsieuach*ea(52r)uingad  esser  sté  allô,  schi 
itou  [465]  eau  eruairRuma.(22j  Et  hauiand  tramis  duos  daquels 
^  l'g  seruioan,  numnédamang  Timotheo  &  Erasto,  in  Mace- 


àÔ6         L^G  CODEStH  DELS  PAtS  DALS  APOStELÔ 

doniam,  schi  arumagnét  el  par  ùq  tijmp  in  Asiam.  (23)  Et  in 
aqué  tijmp  es  aluô  su  sthguardinbrichiapitschentrês  aquella 
uia.  (24)  Per  che  un  schert  cun  num  Demetrius,  lauurêdar  delg 
argient,  qusdl  chi  faschaiua  chiapellas  d^argieat  da  Dianse, 
dêua  brichia  pitschen  guadaog  als  artischauns,  (25)  qusels 
hauiand  el  clamô  insemmel,  &  er  aquels  ohi  eran  laurains  da 
ta!  chiôseSy  dis  :  Humens,  uus  sauais  che  our  da  quaist  mas- 
tijr  es  â  nus  guadang,  (26)  &  uezais  &  udis  che  brichia  sallet- 
tamang  ad  Ephesi,  mu  buoamang  per  tuotta  TAsia  aquaist 
Paulus  ho  surpladô  &  uuluieu  ûo  grand  pœuel,  dschant  che  nu 
saien  diaels,  aquels  chi  uigna[n]  fats  cuu  maun.  (27)  Et  brichia 
suUettamaing  uaio  aquaista  part  â  nus  in  priuel,  chella  nu 
vigna  arfiidêda,  mu  bain  er  che  l'g  taimpel  de  la  granda  diela 
Diana  uigna  sestmô  par  iinguotta,  &  che  uigna  â  gnir  che 
nigna  er  sthdrùt  la  sia  maiestêd  quaela  chi  guard'oura  tuotta 
TAsia  et  Vg  muond.  (28)  Hauiand  aquels  udieu  aquellas  chiôses, 
schi  Sun  els  gnieus  plains  d'ira,  &  bragitten,  dschant:  La 
granda  Diauna  dais  Ephesers.  (29)  Et  tuotta  la  cittêd  es  gnida 
plaina  d*  confusiun  &  pariina  faschetten  els  Un  sthfors  tlg 
Theatro,  &  apigliand  Gauis  et  A  -[466]-  ristarcho  da  Mace- 
donia  cumpagniungs  da  Pauli.  (30)  Et  uuliand  Paulus  ir  aint 
tiers  Vg  pœuel  schi  nulg  uuosen  laschêr  ir  Ts  discipuls.  (31) 
Et  qualchiiins  er  dais  priims  da  Asias,  quels  chi  eran  ses  amichs, 
tramtetten  tiers  el,  Vg  aruant  chel  nu  s*  laschàs  aint  îlg 
theatro.  (32)  Chi  clamêua  par  aqué  d*iina  guisa,  chi  clamêua 
d*iin'  ôtra.  Per  che  la  communitaet  era  suot  sura,  &  la  mêra 
part  nu  sauaiuen  perche  chiaschun  els  iiissen  gnieus  insemmel. 
^33)  Et  traietten  our  delg  pœuel  Alexandrum  Vg  astumpland 
oura  Ts  liideaus.  Et  Alexander  hauiand  culg  maun  aggiauiiscbô 
che  s' taschés,  uulaiua  arender  araschun  agli  pœuel.  (34)  Quœl 
SCO  els  cunschetten  chel  fiis  iin  liideau,  schi  s' aluô  sii  iina 
uusth  da  tuots  bunamang  duos  huras  dalung  da  quels  chi  cla- 
mé uan  :  La  granda  Diauna  dais  Ephesers.  (35)  Mu  cura  che  Tg 
scriuaunt  hauét  aquaidô  Vg  pœuel,  schi  dis  el  :  Humens 
Ephesers,  chi  es  aquel  hum  chi  nu  sappia  che  la  cittéd  dais 
Ephesers  sala  seruiainta  de  la  granda  di»ela  Diauna  &  da  Timê- 
gina  gnida  giu  da  loue  ?  (36)  Siand  dimê  ch*iingiîin  ad  aqué  nu 
cunterdia,  schi  bsiigniasses  stér  quaids,  &  nun  fôr  iinguotta 
memma  imprescha.  (37)  Per  che  uus  hauais  mnô  aquaists 


1)g  CÙDÉSTli  DELâ  ï'AtS  bALÔ  Al>OSTELà  ^6^ 

hnmens,  chi  nu  sud  né  lôdars  da  baselgias  né  blastmaduors  in 
la  uossa  disala.  (38)  Che  schi  Demetrius  &  aquels  artischauns 
chi  sun  cun  el  haun  qualch  araschun  incunter  al  «[éeT]- 
chiiin,  schi  es  é  drachiiira  &  sun  guuernaduors;  s*acchiusen 
liiin  liôter.  (39)  Mu  schi  elg  es  che  uus  s'  dumandês  da  ôtres 
chiôses,  schi  s' ladina  cun  iina  ligiaisma  communitêd.  (40)  Per 
che  elg  espriuel,  che  nus  nu  duaintan  culpauns  da  quaist  ari- 
mur  d'huoz,  nun  hauiand  alchiùna  chiaschun  cun  aquêla  che 
nus  possan  arender  araschun  da  quaista  curraria.  Et  hauiand 
dit  aqué  schi  lasohô  el  ir  la  commuoitêd. 

ANNOTATIUNS 

Diêls  et  diêias]  dees  u  deas  dais  paiauns.  Theatrum]  Tg 
palaz.  un  lœ  innua  chi  si  fo  tramelg  u  cusselgs  u  drachiiiras  u 
cumœn.  Schinqtmnta  milli  danêrs]  fo  125.000  sckiiids.  da 
loue]  da  lur  deus  lupiter. 

CAP.  XX. 

(l)Mu  dsieua  che  fût  passô  uia  la  rimur  hauiand  Paulus 
clamôTs  discipuls  tiers  se,  schi  imbrascho  el  aquels  de  es  tirô 
uia  par  ir  in  Macedoniam.  (2)  Et  siand  passô  très  aquels 
paias  &  hauiand  mis  â  maun  ad  els,  schi  uen  el  in  Greciam,  (3) 
&  cura  chel  fut  stô  allô  trais  mais,  schi  agli  mis  dsieua  spias 
dais  liideaus,  cura  chel  era  par  nauigiêr  in  Sjriam,  Si  el 
hauaiua  îlg  sen  da  turnêr  très  Macedoniam.  (4)  Ma  Sopater 
da  Berrochae  Tg  ho  accumpagnô  infina  in  Asiam  :  &  da  Tessa- 
lonica  Aristarcus  à  Secundus  de  Gains  Derbseus  &  Timo- 
theus.  [468]  Et  de  Asia  Tychicus  &  Trophimus.  (5)  Et  aquels 
passaun  auaunt  éi  aspettaun  nus  â  Troade.  (6)  &  nus  dsieua 
Ts  dis  dels  Azijms  nauigijschens  da  Philippis  &  ariuaschen 
tiers  aquels  â  Troadem  in  schinc  dis  innua  che  nus  hauain 
dmurô  set  dis  (7)  Et  îlg  priim  di  da  Themna,  siand  gnieus 
iasemmel  Ts  discipuls  par  arumper  Tg  paun,  Paulus  araschu- 
nêua  cun  els,  s'uuliand  îlgdi  dsieua  partir,  &  surtras  Vg  plêd 
inûna  â  meza  not.  (8)  Et  eran  bgierras  liiisths  in  la  sseia 
innua  che  nus  eran  araspôs.  (9)  Et  seziand  iin  giuuen  cun 
nom  Eutijchus  sii  la  fenestra&  gniand  aggrauô  d*ûo  hôt  soen. 


S6Ô         L^G  CUDESTH  DËf.S  PATS  DALS  APOSTELS 

araschunand  dich  Paulus,  eg  el  plu  fick  chialchiô  dalg  sœn,  & 
es  tumô  da  la  terza  sœla,  &  es  prais  bû  mort.  (10)  Et  siand 
gnieu  giu  Pauius,  s'imbrunchiô  sùn  el,  Vg  pigliô  in  bratsth  & 
dis  :  Nu*8  cunturblô,  per  che  la  sia  huorma  es  aunchia  in  el. 
(11)  Et  siand  ieu  sii  &  hauiand  aruot  Tg  paun  &  mangiô,  schi 
bol  dijch  faâô  cun  els  ioôna  alla  damaun,  alhura  alla  dauous 
tirol  uia.  (12)  Et  mnaun  Tg  giuuen  chi  era  uif,  &  sun  fick 
enfurtôs.  (13)  Mu  nus  siand  muntôs  in  barchia  gnisohen   ad 
Asson,  allô  daiuens  prender  aint  Paulum.  Per  che  chel  hau- 
aiua  uscbia  hurdenô,  chel  nulaiua  fêr  Tg  uiêdi  par  terra.  (14) 
Et  cura  nus  fiischen  gnieus   insemtuel  al  Asson,  Tg  hauiand 
prais  aint,  schi  gnischen  in  [468]  Mitjlenem,  (15j  &  nauigiand 
da  londer,  îlgdi  dsieuagnischens  ad  arriua  â  Samum,  &  ischens 
dmurôs  âTrogijIIi,  (k  iig  prossem  di  gnischens  in  Miletum. 
(16)Per  che  Paulus  hauaiua  prais  auaunt  se  da  passer  uia 
Ephesum,  per  nu  cusiimér  uia  Tg  tijmp  in  Asia.  Per  che  el 
stinéua,  schi  fiis  â  si  possibel,  da  fer  Tg  di  d'schinquaisma  â 
Hierusalem.  (17)  Et  hauiand  tramis  mes  da  Mileto  ad  Ephe- 
sum  schi  clamô  el  Ts  preers  de  la  baselgia,  (18)  qusels  cura 
che  fiitten  arriuôs  tiers  el,  schi  dis  el  ad  dels  :  uus  sauais  che 
dalg  priim  di  incô  ch'  eau  sun  antrô  in  Asiam,  in  che  mœd 
ch'  eau  sun  stô  adûna  cun  uus;  (19)  seruiand  agli  signer  cun 
tuotta  humilitsed  dalg  cour  :  &  cun  bgierras  Iharmas  &  atten- 
tamains;  quœls  chi  sun  â  mi  crudôs  tiers,  tpés  la  malizchia 
dais  lûdeaus.  (20)  Co  ch*  eau  nun  hae  sckiuieu  ûnguotta    da 
quellas  chiôses,  qusBias  cbi   eran  in   uos  iittel,  ch'  eau  nun 
hêgia  dit  â  uus  auertamang  &  par  scoliina  chiésa,  (21)  dant 
testimuniaunza  &  er  als  Grsecs  da  fariiflijnscha  chi  es  uia  à 
dieu,  &  de  la  fe  quaela  chi  es  uia  â  nos  signer  lesum.  (22)  Et 
huossa  uhé  cunstrit  dalg  spiert  uing  eau  â  Hierusalem,  aqué 
chi  uain  â  mi  ad  interuegnir  aqué  nu  sse  eau,  (23)  arsaluô 
che  Tg  spiert  saenc  par  tuottas  las  cittêds  do  testimuniaunza, 
dschant  :  ch'eau  [470]  daia  d^aspettêr  liams  &  astijns    (24) 
Mu  da  que  nu  bas  eau  iingiiin  pisijr  :  ner  la  mia  uitta  es  â  mi 
mues  chiêra,  piir  ch'eau  dfinescha  mieu  cuors  cun  algrezchia, 
&  Tg  ufici  ch'eau  hê   arfschieu  dalg  signer  lesu  par  dér  testi- 
muniaunza alg  euangeli  de  la  gracia  da  dieu.  (25)  Et  huossa 
uhé  eau  hSd  che  aqui  dsieua  uus  tuots,  (lês  aquœls  clfeau  sun 
pastiù  predgiatid  fg  ariginam  da  dieu,  nu   guis  â  uair  mia 


L^G  CUDESTH  DELS  FATS  DALS  APOSTELS    869 

fatscha.  (26)  Très  aqué  clam  eau  uus  in  testimuniaunza  îlg  di 
d'huoz,  ch'eau  sun  net  d'alg  saung  de  tuots.  (27)  Per  che  eau 
non  hae  skiuieu,  che  nunhêgiapredgiô  à  uus  tuottelgcusselgda 
dieu.  (28)  Par  aqué  attende  â  uus  &  â  tuotteig  trœp,  in  aqusel 
Tg  spiert  seenc  ho  aschantô  uus  huastgs  par  arischer  la  basel- 
giada  dieu,  qudelachel  ho  accunchiiistô  cun  sieu  saung.  (29) 
Perche  eau  sse  aqué,  che  dsieua  che  eau  sun  tirô  uia,  che 
oiguen  ad  antrér  in  uus  grefâ    lufs,  quœls  chi  nu  uignen  â 
schioagiêr  Vg  trœp.  (30)  Et  our  da  uus  suessa  uignen  â  s'aluêr 
su  humens  chi  uignen  â  schanschêr  Tg  cuntrêdi  par  mnêr  Ts 
discipuls  dsieua  se. (31)  Très  aqué  uagliô  algurdaiuels  oh'  eau 
na  hae  pussô  par  trais  ans  da  lœng  d'  di  <k  d'  not  da  auisér 
scodiin  cun  Iharmas.  (32)  Et  huossa  arcumand  eau  uus  frars  â 
dieu  &  agli  plêd  de  la  sia  gracia,  quel  chi  es  pussaunt  da*  s 
aediûchier  <k  dér  â  uus  Thierta  traunter  tuots  santiâchiôs. 
(33)  Eau  nun  hœ  aggia-[47J)-  uiischô  argient  &  ôr,  u  la 
neskimainta  d'alchiûn.  (34)   &  taunt  plii   uus  sauais  che   als 
mes  bsiings  &  ad  aquels  chi   eran  cun  me,  haun  suruegnieu 
aquaists  mauns.   (35)  Eau  hse  tuot  amussô  â  uus,  che   in 
aquella  guisa  s'afifadiand  s'astouua  prender  sii  Ts  flaiuels  :  & 
8*algurdêr  dalg  signer  lesu,  per  che  el  ho  dit  suessa  :  Che  elg 
es  plii  biêda  chiôsa  â  dér  co  ad  arschaiuer.  (36)  Et  cura  chel 
hauét  dit  aqué,  schi  s' mettét  el  giu  insthnuoglias  &  ur6  cun 
tuot  aquels.  (37)  Alhura  fiit  cumanzô  iin  grand  cridér,  à  s'bit- 
téuan  dintuorn  Tg  culoez  de  Pauli,  &  Tg  biitschêuan  :  (38) 
hauiand  mêla  uitta  alg  postiitt  da  quel  plêd  chel  hauaiua  dit, 
che  nu  gnissen  à  uair  plii  la  sia  fastcha.  Et  l'g  accumpa- 
gnêuan  â  la  néf. 

ANNOTATIUNS 

Santifichiôs]  fats  sadncs. 

{A  sut'vre.)  Jacques  Ulrich. 


U 


IV 
DOCUMENTS  SUR  LES  RELATIONS 

DE 

L'EMPEREUR  MAXIMILIEN  ET  DE  LUDOVIC  SFORZA 

£N  l'année  1499 


(SuiU) 

[21  mai] 

Ill">®  et  Ex"*°  aignore  mio  obaer"®,  Da  poi  la  partita  de  la  Cesarea 
Maestà  di  questo  locho  non  se  è  inteso  altro,  salvo  che  qui  è  venuto 
aviso  como  Sujceri,  havendo  inteso  che  la  predicta  Maestà  se  era  dri- 
zata  verso  Felchirch,  havevano  anchora  loro  mandato  grosso  exercito 
contra  la  Maestà  sua.  Ma  per  diverti re  e  dividere  le  forze  de  Suiceri, 
oltrachele  gente  quale  se  ritrovano  ad  Basilea  dovessino  moversi  da 
quella  banda,  questa  sera  furono  inbarchati  duo  millia  fanti  in  questo 
locho  et  al  tri  tanti  se  ne  dovevano  imbarchare  ad  Uberling,per  unirse  tutti 
insieme  e  fare  demonstracione  de  volere  inlrare  nel  paese  de  Sujceri 
che  e  sopra  questo  lacho,  acio  non  havessino  faculta  de  mandare  tutto 
el  sforzo  suo  verso  la  Cesarea  Maestà.  La  quale,  per  quello  se  è  inteso 
per  vero,  non  bavera  cum  se  mancho  de  20.000  fanti  e  1.500  cavalli. 
Credo  non  passarano  doi  di  chel  se  intendera  qualche  cosa,  e  aono 
certo  che  per  la  via  de  Chiavena,  al  quale  locho  sera  vicino  el  facto 
per  due  giornate,  la  E.  V.havra  più  presto  lo  aviso  che  da  me;  e nien- 
tedimeno  io  ne  daro  etiam  noticia  e  più  vera  che  si  potra. 

Essendomi  voluto  ben  informare  se  de'  capitanei  de  Suyceri  quali 
havcsseno  fama,  ne  erano  stati  morti  in  queste  guerre,  me  è  stato  cer- 
tifichato  che  la  roagior  parte  de  li  principali  capitanei  loro  sono  man* 
chati,  et  in  spetie  dcl  locho  de  Urania  ne  sono  stati  morti  circa  qua- 
ranta  de  li  primi,  e  fra  li  altri  Aman  Bernardine  ;  sono  etiam  stati 
morti  doy  fratelli  del  abbate  de  Santo  Gallo,  quali  erano  li  principali 
capitanei  che  erano  stati  sempreal  servitio  de  Francesi;  de  Zurigho  ne 
sono  manchati  asay,  e  novamente  se  è  inteso  esser  stato  preso  uno  de 
li  principali  del  dicto  locho  de  Zurigho  verso  Basilea  ;  el  quale  per 
e^ser  fa^to  presone  e  non  menato  per  li  ferri  corne  se  fa  ogniuno  gone- 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SF0R2A  371 

ralmente,  se  estima  sia  proceduto  per  intendere  tutti   li  desegni  de 
Sujceri,  e  cbe  li  aiuta  e  soccorre. 

La  Cesarea  Maestà,  fin  questi  di  passât!,  scripse  alli  reali  de  His- 
pania  questi  movimenti  de  Sujceri,significandoli  esserli  mossa  questa 
guerra  per  instigatione  de  Francesi;  quali  non  solo  erano  causa  de 
questi  movimenti,  ma  li  nntrivano  et  aiutavano,  ricerchando  a  quelle 
régie  Maestate  che,e  per  Tobligo  e  per  laaffinita,volesseiio  moversi  e 
fare  contra  Francesi;  e  perhohavendo  l'Ex.tia  V.rascripto  sopra  ques- 
ta materia,  non  sera  necessario  ricordare  altramente  alla  Cesarea 
Maestà  che  scriva,  havendolo  gia  facto,  ma  solum  significarli  quello 
che  la  E.  Y.  ha  scripto  ley  in  conformita  di  questo. 

Alla  111™*  S.  V**  continue  me  ricomando. 

Ex  Lindo,  xxi  maii  1499. 
Exe™'  111"®  Dominationis  V'*  minimus  servitor, 

Marchesinus  Stanqa. 

(Lindau,  23  mai) 

lllmo  et  ex™*  signer  mio  obs"*, 

Havendo  expedito  el  présente  cavallaro  solo  perche  TEx.  Vï*inten- 
da  quello  me  ha  scripto  la  Cesarea  Maestà  e  sapia  dove  bavera  a  dri- 
zare  li  cavallari  che  hora  venerano,  me  è  anche  parso  significarli  quello 
che  in  questo  di  se  è  inteso  in  questa  terra.  Gli  significo  aduncha 
como  de  verso  Constantia  è  venuto  aviso  che  quelle  gente  de  la  Cesarea 
Maestà  che  se  ritrovanoli  hanno  brusatomolti  loci  de  Suiceri,  e  vedendo 
epsi  Suiceri  non  potere  resistere  aile  gente  da  cavallo  che  se  ritrovano 
jii  quelle  confine,  per  levarli  le  facultà  cossi  del  brusare  facilmente  le 
terre,  como  delvivere  de  li  cavali  inimici,loro  medesimi  hanno  brusati 
li  strami  in  le  terre  sue  e  reducano  tutte  le  robe  alli  loci  più  securi. 

Epsi  Suiceri  sono  constreti  ad  tenere  le  forze  sue  divise  in  tre  loci  : 
perho  che  dal  canto  de  Basilea  è  uno  exercito  grosso  del  quale  è 
capo  M.  Federicho  Capeller  et  el  conte  de  Furstembergo  ;  et  in  questo 
exercito  è  la  guarda  de  Burgogna  che  sono  800  cavalli  ellectissimi  et 
eipertissimi  ;  ad  Costanza  è  un  altro  exercito,  e  dove  se  ritrova  la  Ce- 
sarea Maestà  un  altro.  El  duca  Federicho  de  Saxonia  ellectore,  secun- 
do ô  stato  dicto  qui,  è  arrivatoad  Olmo  lontanoda  Costanza  due  gior- 
nate  et  cum  lui  se  dice  essere  el  duca  de  Pomoro,  quali  veneno  cum 
coroitiva  de  800  cavalli  e  6.000  fanti.  Queste  cose  sono  state  affirmate 
qui,  e  taie  quale  le  ho  intese  ho  voluto  significarle  allalU»»*  S.  V.  In 
bona  gratia  de  laquale  continue  me  ricomando . 

Ex  Lindo  xxm  maii  1499. 

E.  Ill"*  D.  V.  minimus  servitor 

Marchesinus  Stanqa. 


^12  MAXmiLIEN  ET  LUDOVIC  SPOMA 

(23  mai  1499) 

111"»**  et  ex"***  signor  mio  observan™**, 

La  CesareaMaestàper  uno  cavallaro  mandato  ad  posta,  me  ha  scripto 
quello  che  per  la  inclusa  lettera  vedera  la  Ex.  V.,  laquale  me  è  parso 
mandarli  aciohabia  del  tutto  et  intenda  quanto  epso  miha  scritto  per 
le  lettere  de  la  predicta  Maestà  mi  ha  ricerchato  dirrective  alli  subdit 
de  TEx.  V.  in  Valtolina  che  provedano  aile  gente  sue  de  victaalie  : 
havendo  epsa  scripto  alla  p. ta  M. ta  che  l'haveva  dato  bono  ordine 
circa  questo.  la  ho  scripto  al  capitano  de  Valtolina  et  Giov.  Angelo  de 
Baldo  quello  che  per  Tinclusi  extracti  potera  vedere,  e  perho,  quando 
Giov.  Angelo  habia  havuto  commissione  sopra  questo,  mi  persuade  la 
exeguira  ;  quando  anche  non  Thavesse  havuta,  la  E.  V.  li  fara  quella 
provisione  parera  alla  prudentia  sua.  Ho  mandato  Augustino  da  la 

Maestà  sua  como  ha  ricerchato Domatina  me  levaro  anchora  io 

de  qua,  e  me  inviaro  ad  Malzo,  dove  saro  in  quatro  di  e  li  altri  ambas- 
ciatori  che  sono  qua  restarano,  non  havendo  loro  ordine  alchuno  ne  de 
stare  ne  de  levarsi.  Alla  111°»^  S^»  V»  continue  me  ricomando.  Ex  Lin- 
do,  23  maii  1499. 

E.  111"*  D.  V.  minimus  servitor, 

Marchesinus  Stanqa. 

[28  mai] 

Ill.mo  et  ex.mo  signor  mio  obs.mo, 

Le  cose  occorse  verso  Malzo  da  poy  la  partita  mia  da  Lindo  non 
hanno  permesso  che  io  me  li  sia  possuto  transferire,  como  haveva  deli- 
berato  et  era  designato  da  la  Cesarea  Maestà.  Ringratio  bene  Dio  che 
non  habia  voluto  me  sia  ritrovato  tanto  inante  ad  questo  camino  chel 
ritomare  non  fusse  poi  stito  in  faculta  mia.  De  quelle  cose  che  sono 
accadute  li,sapendo  che  TE.  V.  e  daJo. Colla  e  da  Augustino  Somenza 
ne  è  stata  longamente  avisata,  io  non  li  replicaro  el  medesimo  per 
non  fastidirla.  Questo  li  diro  solum,  chel  numéro  de  li  morti  in  questo 
conflicto  non  è  stato  tanto  quanto  se  era  vociferato  ;  e  per  fermo  se 
tene  che  de  Grisani  ne  siano  morti  el  doppio  più  de  li  Gesarei,  et  el 
numéro  depsi  Gesarei  pare  non  sia  stato  se  non  800. 

Io  sono  arrivato  in  questo  locho  de  Himbst,  vicino  ad  Malzo  cin- 
quanta  millia  italiani,  dove  ho  ritrovato  lettere  de  la  Cesarea  Maestà, 
per  lequale  me  commette  che  me  debia  firmare  fin  che  me  scrivera 
altro,  attribuendo  el  farmi  dimorare  qui  alla  carestia  del  vivere  et  alla 
pocha  securita  de  la  via.  Quanto  al  periculo  de  la  via,  ho  creduto 
facilmeate  al  scrivere  de  S.  Maestà,  ma  quanto  al  vivere,  non  so  como 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA  373 

per  la  via  si  possa  ritrovare  meno,  non  essendo  qui  cosa  alchuna  ne 
per  el  vivere  de  le  persone  ne  de  cavalli.  TuttavoUa  se  fara  al  melio 
se  potera  per  obedire  la  Maestà  sua. 
Alla  ill°>*  Signoria  vostra  continue  me  raccomando. 

Ex  Himbst,  28  maii  1499. 
Mininimus  servitor  Marchisinus  Stanqa. 


18 

Giorgio  Soprasasso  &  Lndovio  Sforza^ 

(Slon  en  Valais,  26  mai  1499).  Analyse. 

Manda  copia  de  una  lettera  del  Re  de  Franza  a  Blés,  de  24  aprilis, 
alli  confederati,  per  confortarli  allô  assetto  de  la  guerra,  accio  cbe 
V.ra  Excellentia  intendaquandoperel  mezo  suo  se  acconciano  le cose 
che  fin  habia  parturire  la  pace. 

El  Re  scrive  cbe,  considerando  quanto  detrimento  sii  per  portare 
a  loro  li  inimici  e  a  tutto  el  cbristianesimo  la  guerra  sua  con  Suevi 
et  adborenti^  li  è  parso  interponere  Topera  sua  per  sedare  questa 
guerra,  per  laquale  se  porriano  sminuire  le  forze  de  la  cbristianità, 
et  augumentare  quelle  del  Turco  ;  perô  manda  soi  ambasatori  a  loro  et 
alli  inimici  per  tractare  dicto  effecto  ;  pregandole,  per  la  reverentia 
del  Salvatore,  per  la  fede  nostra  e  de  tutto  el  cristianismo,  vogliano 
exhibirse  prompti  e  parati,  et  percbè  forse  li  ambassatori  non  por- 
riano arrivare  cossi  presto,  fare  tregua  per  qualcbi  di,  accio  non  se 
venga  ad  conflicto  inante  la  zonta  loro  :  cbe  saria  pemiciosa  cosa. 

M.  Zorzo  subjunge  cbe'  Suiceri  bano  mandato  incontra  aile  bom- 
barde del  Re  de  Franza;  cbe  Bernesi  li  bano  scripto  cbel  voglia 
drizare  le  lettere  cbe  se  scriverano  per  V.ra  Excellentia. 

Circa  la  resolutione  de  Vostra  Cxcelleatia  per  li  soi  mille  fiorini  dice 
cbe  gli  pare  sii  bonesto  cbe  li  dinari  prestati  siino  restituiti  a  V.ra 
Excellentia,  e  lui  li  baveria  domandato  a  Monsignore  quando  fusse 
stato  el  termino,  quale  è  a  Kalen.  Julii,  ma  expectara  voluntera  pur- 
cbe  la  causa  de  M.  Matbeo  non  se  differiscba,  o  se  li  usi  negligentia 
per  questo  ;  el  cbe  non  se  poria  fare  senza  incommode  de  Vostra 
Excellentia,  non  essendo  bastante  la  vecbieza  de  Monsignore  a  domare 
quelli  populi. 

Che  in  la  pensione  de  li  soi  ducento  ducati  gli  sono  retenuti  ogni 
anno  venticinque  ducati,  percbe  non  se  pagbino  senon  fiorini  quattro 

*  Milan,  ibid.  Pot.  Est.  Svizzera,  Copie.  Summario  de  lettere  de  Val- 
lesi  de  M.  Zorzo  Supersaxo,  die  26. 


374  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFOBZA 

l'uDo,  se  doveriaao  pagare  a  4  florini  8;  che  lui  non  creda  bu  mente 
de  V.  Ex.,  havendo  lui  aervito  e  in  tempi  de  guerra  e  pace,  non  lenza 
mazore  spesa,  de  laquale  non  ba  mai  domandato  ne  havulo  coba 
alcuna.  Oli  basta  la  gratia  de  V.  Es.  se  la  po  havere. 


L«B  lieutenants  et  conBelllers  impdrlunz  d*Inspracta  . 
k  Lndovic  Sforsa  ■ 

(Inspruch,  27  mai  1498  [sic]) 

IlluBtriaBime  etexcellentisBime  princeps,  dominne obaervsDdiasiine, 
paratissimum  aemper  obseqiiendi  aninium  comendacione  pra^missA, 
Ex  apectabili  viro  illuatrissimsc  Daminationls  Vestra;  cancellarîo, 
nobia  ob  ejus  virtutea  et  prudeatiam  quîbiis  is  m  agendia  rebos 
prsstare  videtur  prcecipue  accepte,  tœpe  intelleximus  devolioncm 
illam  et  beoivulentiam  quibus  Dominatio  Veatra  lllostriasima  er^a. 
sacram  regiam  Majestatem  et  dominum  nostnim  gralioaisaimiiin 
terrasqiie  suas  et  aubdiloa  afficiatur.  Unde  etiam  factiim  ait  quod 
illi  de  Uga  Grlsea  îegre  ferant  pra?serticn  de  eo  quod  D.  V.  lllits- 
trieaima  in  complacentia  Régie  Majeatatis  inhibiierit  ne  ex  terris 
aiiLs  ulla  victualia  sibi  advebantur.  Quam  quidcm  benivolcntiaDi  ce 
favorem  sacre  Régie  Majestati  aocurate  aignificavimuB.ejusque  capi- 
taneo  eiercitua  inimicorum,  si  contingeret  aubditos  Dominationia 
Vestrx  illustrissimée  abhoatibus  predictis  mologtari,  illia  pro  viribua 
auiilio  et  defenBLom  esBo;  nec  diibitamus  ipaatii  regiara  Majeslatem, 
qu»  nunc  terris  Buis  bereditariia  (contra  quas  bellum  agitur]  appro- 
pinquavit  illaBque  ingressus  eat,  iu  hiïs  et  looge  majoribus  erga 
jjini  V'«"i  Illo..ni  qiianj  gratioaisBime  et  amiciasime  se  ostenauram.  Sed 
pro  eo  quod  ciipit  Dominatio  Veatra  IlLma  de  auccessu  etaclibus  belli 
cerlior  reddi,  eidem  siguiticanduin  duiimus  hiïs  diebua  proiime  tran- 
sactis  in  Valle  Venuata  non  mediocrem  atragflcn  factam  eaae,  ubi 
circiter  qviinque  milia  hominum  utriuaque  partia  inteHerunt,  uoatro- 
mm  videlicet  infra  duo  milia,  boatium  vero  numerua  reaiduua.  Fki 
edam  Regia  Majestas  illius  conaminis  et  propositi  contra  coadem  de 
1  :_-  f--:-5j  tanta  auctoritate  agere  et  procedere  ut  eoram  lemeritas 
irimatur  quod  non  aolum  ipaa  MdJeBlaa  Regia,  sed  et  Ill>" 
I  VeBtra  ot  utriuaque  terre  subditi  posthac  qutetîus  tutiueque 
□  t.  Quod  DoDiinatioDom  Vestram  I 11 u stria simam,  ad  cujus 
A  et  obaequia  nos  paratissimoa  offsrimiia,  latere  noluimus. 

A.  D.  S.  Carteggio  Gtntrale.  Original. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA  375 

Ex  oppido  [nsprugg,  xxvii"*  die  mensis  Maii  mcccxjlxxxxviii^. 
Romanorum  Régis  Domini  nostri  gratiosissimi  locumtenentes  et 
consiliarii  in  Inspragg. 

20 

L^ambassadeiip  milanais  Jo.  Colla  &  Ludovic  Sforza  * 

(Inspmch,  31  mai  1499) 

• 

lllustrissimo  etexcellentissimosigaor,  signoremio  observandissimo, 

Ho  communicato  a  questi  regenti  quanto  m'ha  scripto  la  Excel- 

lentia  Vostra  haverii  dicto  Zoanne  Antonio,  a  nome  de  M.  Jo.  Jacomo 

TriuUio,  de  la  desdicta  deli  vinti  di  e  li  altri  avisi  de  Suiceri,  e  cosi  la 

commissione  facta  a  fiodino  de  ii  doi  milia  fanti,  e  la  descriptione  se 

fa  sui  Lago  Maggiore,  e  li  rispecti  per  cbe  se  fa  questo  :  loro  hanno 

demonstrato  grandissima  displicentia  de  la  desdicta  de  M.  Jo.  Jacomo, 

persuadendose  perù  che  la  sia  più  presto  demonstratione  cha  chel  n*ha- 

bia  reuscire  ad  effecto.  Li  è  bene  summamente  piaciato  Taviso  de  la 

mala  contentezza  de  Suiceri  del  re  de  Franza.  Quanto  al  ricordo  fa 

la  Eicelientia  Vestra  che  per  questi  avisi  possono  cognoscere  essere 

lo  tempo  de  castigare  i  Suiceri,  dicono  che  sperano  de  bene  spendere 

questa  opportunità  ne  havere  in  animo  una  minima  scintilla  de  fare 

pace,  e  più  se  si  dovera  fare,  sara  cura  reputatione  secura  e  cum  ho- 

Dorevole  inclusione  de  la  E.  V.  Tutavolta  sperino  in  Nostro  Signore 

Dio  che  la  Maestà  Cesarea  e  la  E.  V.  insieme  che  li  ha  adiutati  debel- 

larano  e  triumpharano  de  questi  rustici  Suiceri,  e  che  ringratiano  la 

E.  V.  de  li  avisi  e  del  ricordo  ;  el  quale,  cosi  como  amorevolmente  li  è 

sposto  da  la  E.  V.,  cosi  fidelmente  el  tenerano  secreto  e  il  metarano 

in  opéra.  Me  domandarono  se  la  E.  V.  avisava  la  Maestà  Cesarea  de 

questo  et  havendoli  risposto  ch'ella  ne  scriveva  al  magnifico  Messer 

Marchisino,  hano  pur  perô  ordinato  de  scriverne  a  la  Maestà  sua,  loro 

parendoli  avisi  de  non  pocho  momento.  Da  laquale  si  maravigliano 

che  non  habino  qualche  aviso gia  doi  giorni  passati,  sebbene  sono  certo 

che  la  Maestà  sua  sia  in  continue  exercitio  per  finir  la  impresa  contra 

Grisani. 

In  bona  gratia,  etc. 

Ex  Hispruch,  ultime  maii  1499. 

Jo.  Colla. 

1  Milan,  A.  d.  S.  Polenze  Estere,  Germania.  Original.  liOttre  en  partie 
chiffrée,  mais  avec  le  déchiffrement  de  la  chancellerie  milanaise.  Sus- 
cription  :  lU.mo  principi  et  ex™»  D"®  meo  obser?™o  Domino  duci  Medio- 
lani. 


376  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFOBZA 

21 

Ludovic  Sforza  k  Maximilien  ' 

(Milan,  7  juin  1499) 

Minime  opus  erat  quod  Vestra  Majestas  a  me  peteret  ut  opéra  Au- 
gustini,  quem  in  Vallem  telinam  misit,  uti  posset  pro  comeatibus  ad 
exercitum  suum  transmittendis  ;  nam  cum  suum  sit  mihijubere,  et  ego 
nil  magis  cupiam  quam  ei  morem  gerere,  persuadere  sibi  débet  posse 
uti  de  bis  qui  mihi  serviunt,  non  secus  ac  si  Majestati  Vestre  servirent. 
Sed,  cum  jam  antea,  audiente  MajestatemVestram  fînibus  Dominii  mei, 
quod  suum  est,  appropinquare,  a  me  ea  provisio  adhibita  sit,  per  quam 
comeatus  ad  eam  confluèrent  ;  et  nunc  quoque,  inteliectis  bis  quae  Au- 
gustinus  significavit  Majestatem  Vestram  cupere,  omnia  diligenler  et 
celeriter  expediri  curaverim  (sicut  ab  ipso  Augustino  intelliget),  et 
insuper  miserim  D.  Ballhasarem  Pusterulam ,  equitem  et  consilia- 
rium  meiim,  Tiranum  cum  aliis  ministris  qui  buic  negocio  intendant, 
arbitror  M.tem  V.ram  non  moleste  laturam  quod  Augustinum  ad  eam 
redire  jusserim...  liltiam  e  re  sua  erit  ut  eam  sequatur,  [ut  melius]  in- 
telligat  quod  a  me  scribi  contigerit,  et  ipse  de  felicibus  progressibus 
M.tis  V.re,  et,   si  ipsa  aliud  me  jubere  volet,  monere  possit. 


22 

L^Impératrice  Blanca  Maria  k  Ludovic  Sforza  ^ 

(Fribourg,  10  juin  1499) 

Bianca  Maria,  Dei  gratia  Romanorum  regina  semper  augusta. 
Illme  princeps  patrue  et  pater  carissime, 

Heri  recevessemo  le  lettere  de  la  Signoria  Vostra  de  9  e  12  del  pas- 
sato.  In  una  ne  faceva  intendere  quanto  havesse  bavuto  grato  Tofficio 
per  nui  a  suo  bénéficie  fatto  apresso  elser™®  signer  Re  nostro  consorte, 
ringratiandone  d*esso  e  pregandone  acontinuare;  ne  Taltra  diceva 
esser  advisata  cbe  nui  havessemo  scritto  lettere  al  R.mo  et  lll.mo 
signer  yicecanceliere  suo  fratello,  et  ad  altri,  in  favore  de   une  per 

«  Milan,  ibid.  Pot.  Estera,  Qermania.  Minute  originale.  Suscription  : 
Régi  Romanorum. 

*  Milan,  ibid.:  Pot.  Est.  Germania.  Original.  Suscription:  Principi  pa- 
truo  et  p[at]ri  [carissi]mo  D.  no  Ludovico  Marie  Anglo,  duci  Mediolani. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA.  377 

la  coadiatoria  pel  vescovato  de  Gurza,  quai  e  promessa  a  M.  Petro, 
da  Trieste,  ÎDstante  el  ser™*  signor  Re  predicto,  e  ne  pregava  ad  scri- 
ver  de  novo  ad  chi  havessemo  scritto  par  questa  cosa,  reducendola 
al  proposito  de  M.  Petro.  Ad  la  prima,  dicemo  esserne  piazuto  asai 
sentire  che  a  la  Signoria  Yestra  con  tanto  meglior  animo  e  promp- 
teza,  haveremo  a  perseverare  ne  lo  advenire  ;  de  una  cosa  ne  recresse, 
non  posser  fare  tanto  quanto  desiderariamo  per  la  Signoria  Vostra. 
Ma  almancho  in  ogni  tempo   se  deportaremo  in  tal  modo  verso  de 
quella,  che  cognoscera  non  esserne  manchata  la  volunta  de  giovarlî. 
Cossi  non  devevemo  esser  ringraciate  de  cio,  perche  quello  fazemo 
lo  fazemo  per  debito,  volendo  satisfare  a  li  obligi  havemo  a  la  Sig.  V. 
e  conrisponder  al  patemo  amo  ne  porta  quella.  Â  la  parte  de  la  coa- 
diutoria,  respondiamo  nui  esser  nove  de  le  dicte  lettere  ;  che,  quando 
le  havessemo  scritte,  non  séria  stato  per  ignorantia,  essendo  nui  ben 
informate  de  V  opéra  fatta  fin  al  présente  per  el  predicto  ser™<^  signor 
Re,  nostro  consorte,  et  anche  per   la  Signoria  Vestra,  in  favor  de 
M.  Petro;  ma,  ultra  che  non  voriamo  contravenir  a  S.  Maestà  ne  a 
la  Sig.  V''*,  glie  anchora  el  rispetto  del  dicto  M.   Petro ,  quai  ami- 
amo,  si  per  el  grado  tene  apresso  el  ser™»  signor  Re  nostro  con- 
sorte, si  per  esser  ornato  de  virtù.  Ë  voriamo  più  preste  aconzarlo 
cha  incommodarlo  ne  la  ditta  coadjutoria.  Per  laquai  cosa.  la  Signo- 
ria Vostra  debbe  esser  certa  nui  non  baver  scritto  ne   al  predicto 
Rmo  et  IIl»o  signor  ne  ad  altri  contra  Messer  Petro  :  péniche  non 
ne  accadde  anchora  dover  retractar  quello  non  havemo  fatto.  Per 
testificatione  perô  che  habiamo  caro  el  commode  de  M.  Petro,   scri- 
viamo  per  la  alligata  ad  lo  predicto  R"»  ed  III"®  Signor  in  favor  d*esso 
e  tanto  più  volentera  per  che  la  Signorio  Vostra  cognossa  nui  esser 
prompte  ad  farli  cosa  da  piacere. 

M.  Claudio  de  Wandre  Taltro  heri  vene  de  Bergogna  qui,  per  andar 
poi  verso  el  predicto  ser"'^*  signor  nostro  consorte,  e  quello  zorno  et 
heri  fu  a  visitame.  Fra  le  altre  cose,  ne  disse  baver  adviso  de  uno  suo 
amico  franzese  chel  Re  de  Franza  era  venuto  de  Bertagna  a  Lione, 
tutto  intente  a  la  impresa  contra  la  Signoria  Vostra,  e  che  gia  haveva 
mandate  inanti  verso  Hast  cinquecento  lanze,  con  certa  quantita  de 
artelaria,  e  doveva  venire  de  le  persone  cinquanta  millia  e  venir  lui 
in  persona  a  la  ditta  impresa.  Del  che,  abenche  tutto  non  crediamo, 
ceperôparso  advisarnela  Sig.  V.,  perche  essendone  advertita,  habi 
a  star  ben  provista.  Â  la  Sig.  V.  se  recommandiamo ,  certificandola 
como,  per  la  Dio  gratia,  siamo  sane  ;  e  che  continuamente  desidero 
de  quella  intendere  e  cossi  de  li  suoi  figlioli. 

Ex  Friburgo,  x  junii  1499. 

Bianca  Maria  manu  propria.  Qe.  GàDius. 

L.-G.  P. 
{A  suivre.) 


BIBLIOGRAPHIE 


A.  Jeanroy.  -^  Règle  des  Ghanoinesses  Augustines  de  Saint-Pantaléon 
ou  des  Onze  mille  vierges  à  Toulouse  (1358),  in-4»  de  31  pages,  Tou- 
louse, Chauvin,  1901  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  archéologique 
du  Midi  de  la  France,  tome  XVI,  sous  presse). 

L'intérêt  du  texte  publié  par  M.  Jeanroy  consiste  en  ceci,  qu'écrit 
en  1358  et  à  Toulouse,  il  est  pour  nous  un  témoin  authentique  de  la 
langue  parlée  dans  cette  ville  au  milieu  du  quatorzième  siècle.  Aussi, 
l'édition  qui  nous  en  est  donnée  est-elle  essentiellement  philologique. 
L'introduction  nous  donne  bien  quelques  indications  sur  la  fondatioa 
du  couvent  auquel  s'appliquait  cette  règle,  mais  Ton  s'y  est  surtout 
attaché  à  relever  ce  que  le  texte  offre  d*intéressant  au  point  de  vue  de 
la  phonétique,  de  la  morphologie,  de  la  syntaxe  et  du  vocabulaire. 

L'édition  elle-même  ne  présentait  pas  de  grandes  difficultés  :  la 
rédaction  qu'elle  reproduit,  bonne  en  général,  ne  réclamait  que  de 
loin  en  loin  des  corrections,  le  plus  souvent  assez  simples.  Voici 
cependant  quelques  remarques  ou  corrections  notées  au  cours  de  la 
lecture  *. 

4.  L'éditeur  imprime  dyagne  et  de  même  756  archidyagne.  Malgré 
ce  double  exemple,  je  crois  quil  faut  écrire  dyague  et  archidyague. 
Cf.  E.  Levy.  Provenz.  Suppl.  Woerterb.  II.  233,  qui  regarde  lui  aussi 
comme  douteuse  cette  forme  dyagne. 

17.  Rien  ne  peut  justifier  la  graphie  provezisca^aquo,  La  compa- 
raison avec  196  montre  qu'il  faut  écrire  provezisca  aquo.  Cette  cons- 
truction du  verbe  provezir  semble  inconnue  à  Raynouard  (Lex,  Rom, 
V.  537 j  qui  ne  mentionne  que  les  constructions  provezir  ad  alcuna  re 
pt  provezir  ad  alcu  de  alcuna  re.  Mais  la  construction  directe /wwerir 
alcuua  re  est  toute  naturelle  et  a  dû  exister  à  côté  de  prevezir  alcuna 
re.  Les  deux  verbes  provezir  et  prevezir  sont  trop  voisins  pour  qu'ils 
n'aient  pas  réagi  l'un  sur  l'autre.  Cela  est  si  vrai  qu'en  ancien  fran- 

>  On  corrigera  aussi  un  certain  nombre  de  fautes  d'impression  :  22|. 
corriger  vesprasdM  lieu  de  vestras;2Çti,  corriger  o/7îci;  274.  écrire  adver- 
tican  se  en  deux  mots;  361.  écrire  endoctrinada  en  un  seul  mot;  373. 
corriger  sors;  511.  écrire  licencia;  675.  corriger  permetra;  721.  écrire 
aysso  ;  743.  corriger  las  au  lieu  de  lase. 


BIBLIOGRAPHIE  379 

çais,  porveoir  s'employait  pour  «  prévoir  »  et  pour  «  pourvoir  ».  Cf. 
Dictionnaire  général,  s.  v.  pourvoir. 

29.  Rétablir  devant  psalm  Tarticle  défini  ;  cf.  234.  digua  le  psalm; 
237.  digan  lepsalm, 

45.  Corriger  évidemment  cor  en  cors;  cf.  292.  la  elevatio  dêl  cors 
de  Jkesu  Orist, 

58.  Rétablir  [e]  en  sa  ahsencia, 

69.  Ecrire  vint  e  una  en  trois  mots  et  de  même  72.  vint  e  duos, 
75.  vint  e  très.  De  même  1.  78,  la  graphie  vinte  quatre  est  à  rejeter. 
11  fallait  choisir  entre  vinteqttatre  et  vint  e  quatre, 

72.  Rejeter  la  graphie  vintedua's  et  de  même  102.  trentadua's  et 
132.  quaranta  dua's.  Ecrire  vint  e  duos,  trenta  duas^  quaranta  duos. 
On  ne  peut,  en  effet,  admettre  que  duà's  soit  pour  duos  es,  11  eût  fallu 
relever  cet  emploi  des  nombres  cardinaux  una,  duos,  très,  quatre, 
servant  à  former  les  ordinaux. 

121.  Uniformiser  les  graphies  laus^  laun,  launa.  Cf.  91,  101,  458 
et  passim.  Aucune  des  explications  données  (page  9)  de  ces  formes  ne 
me  paraît  satisfaisante.  Ni  le  féminin  la  una,  ni  Texpression  corélative 
Vautre  ne  me  paraissent  pouvoir  rendre  compte  du  masculin  laun. 
L'explication  véritable  m'a  été  suggérée  par  M.  Chabaneau,  qui 
considère  laun,  launa  comme  formés  sur  1  analogie  de  cadaun, 
cadauna. 

187.  Corriger  psams  en  psalms  comme  le  fait  du  reste  M.  J.,  à  la 
ligne  280.  —  225.  Corriger  de'l  dire,  —  246.  Corriger  si  n*avia  et  en 
tendre  n'  =  ne  =  en,  —  258.  Rétablir  [e]  que  no  demande,  —  262. 
Corriger  d'après  36  que  [la]  empoche.  —  298.  Rétablir  d'après  47  [e] 
a  la  messa, 

442.  Inutile  de  corriger  vegan  du  manuscrit  en  vengan  si,  comme  le 
dit  ailleurs  (p.  7)  Téditeur,  la  chute  de  n  devant  une  consonne  est 
une  des  caractéristiques  du  texte. 

447.  Corriger  ses  que  n'agues,  —  484.  Corriger  e  las  quatre,  — 488. 
D'après  145  et  passim  rétablir  [las]  quatre  plus  antiquas, —  516.  Mettre 
un  point  et  virgule  après  despensar.  —  517.  Corriger  fo  en  so, 

519.  Corriger  le  dejuran  du  manuscrit  non  en  dejunran,  mais  en 
dejunaran, 

535.  Corriger  o  cantar  o  legir.  Cf.  39.  Comendaran  o  sia  legir  o 
cantar. 

544.  Rétablir  [de]  mossenhe  Cf.  422.  La  ténor  del  testamen  de  hona 
memoria  de  mossenher  le  cardinal. 

61 1.  Corriger  évidemment  a  lor  en  al  cor.  —  617.  Écrire  laquai  en 
un  mot  et  de  même  711.  lequal,  —  661.  Corriger  processios  en  pro- 
cessio. 


380  BIBLIOGRAPHIE 

663.  On  pourrait  rétablir  mossen  au  lieu  de  mo88e[nher].  Cf.  756. 
mossen  et  782.  mosen, 

667  et  671.  Rétablir  [las]  qutre  sors. 

691.  Inutile  de  covriger  aquesta  (if a  du  manuscrit  en  aquestas  c^an. 

725.  Rétablir  [ds]  defora  et  de  même  à  la  ligne  suivante  [ds] 
dedins. 

756.  Corriger  preBencia[l]nien, 

758.  La  correction  nos[tre\  est  inutile  et  l'on  peut  très  bien  com- 
prendre avec  nos,  pronom  personnel. 

L*étude  linguistique  qui  forme  la  plus  grande  partie  de  VlrUroducticn 
est  telle  qu'on  la  pouvait  Tattendre  de  Fauteur.  Exacte,  précise,  et  en 
général  complète,  elle  relève  ce  que  le  texte  présente  de  caractéris- 
tique. En  particulier  je  ne  vois  guère  à  ajouter  aux  chapitres  concer- 
nant la  phonétique  et  la  morphologie.  On  eût  pu  cependant  noter  la 
forme  vials  =s  viles,  présentant  un  traitement  connu  par  ailleurs,  mais 
peut-être  particulièrement  fréquent  dans  le  parler  de  Toulous».  Cf. 
les  formes ^2  et  Jial  pour  fily  citées  par  Noulet,  Ordenanscts  et  Coustu- 
mas  del  Libre  Blanc^  p.  128.  De  même  il  eut  fallu  relever  les  formes 
de  cas  régime  du  pronom  personnel  féminin  de  la  3*^  personne  luy  et 
lu,  d'ordinaire  assez  rares,  et  qui  dans  notre  texte  sont  au  contraire 
très  fréquentes.  Cf.  204,  258,  527  et  passim.  Enfin,  page  9,  N°  22, 
on  corrigera  al  (en  lo)  en  él  {en  lo). 

Peut-être  les  remarques  relatives  à  la  syntaxe  auraient-elles  pu 
être  enrichies  et  certaines  constructions  être  relevées.  Mais  surtout  il 
eût  fallu  se  demander  dans  quelle  mesure  Ton  pourrait  faire  fond  sur 
r usage  syntactique  de  ce  texte.  Il  eût  fallu  rechercher  si  certaines 
constructions,  certaines  tournures  singulières  ne  trahissaient  pas 
rimitation  paifois  servile  d'un  original  probablement  latin  dont  notre 
texte  ne  serait  que  la  traduction.  L'autorité  qu*on  doit  accorder  à 
notre  texte  dépend  de  la  réponse  faite  à  cette  question. 

Enfin  dans  la  partie  consacrée  au  lexique,  voici  plusieurs  mots  qui 
eussent  dû  figurer,  soit  qu'ils  aient  été  inconnus  à  Raynouard,  soit 
qu'ils  se  présentent  ici  avec  des  acceptions  particulières  et  non  don- 
nées par  lui. 

Arrasigat  (185)  ^  enraciné.  Le  mot  n'est  pas  dans  Raynouard  qui 
ne  cite  que  arasignar  [Ltx.  rom.,  V,  30)  du  reste  fautif  et  corrigé 
avec  raison  par  E.  Lévy,  en  arasiguar. 

Idonea  (328),  mot  emprunté  au  latin  et  qui  naturellement  ne  figure 
)«as  dans  Raynouard  pouvait  être  relevé  comme  deposit  et  mora, 

Orde  (228).  Pour  ce  mot  Raynouard  {Lex.  rom,  IV,  379)  ne  cite 
qu^un  exemple  auquel  il  donne  à  tort  le  sens  de  ordinaire  de  la  messe. 


mBLlOGRÂPmÊ  ^81 

La  comparaison  de  notre  passage  et  de  Tezemple  cité  atteste  pour  le 
mot  le  sens  plus  général  de  liturgie. 

Subie  (428  et  598)  est  employé  deux  fois  comme  adjectif  et  devait 
être  relevé,  car  Raynouard  (Lex.  rom.  V.  241)  ne  connaît  que  stibte 
adverbe. 

Vespra  (225).  Raynouard  ne  connaît  pas  cette  forme  de  singulier 
d'autant  plus  curieuse  qu'elle  se  présente  ici  avec  le  sens  tout  parti- 
cdier  de  veille.  Le  contexte  indique  en  effet  que  Ton  doit  sanctifier 
le  jour  de  la  fête  dès  la  veille  même,  cf.  de  même  e  exceptai  iotz  los 
Saptês  per  la  reverencia  del  dirmntge.  C'est  du  reste  le  même  sens  qu'il 
faut  attribuer  sans  doute  à  avespre  citépar  Raynouard  (Lex.  rom.  V. 
527)et  dont  il  ne  donne  qu'un  exemple.  C'est  ce  sens  qui  s'est  conservé 
dans  les  patois  actuels.  Cf.  Honnorat.  Diction.  prov,-franç,  s.  v.  vespra 
donnant  au  mot  le  sens  de  la  veille,  le  soir  d'avant  et  Noulet,  Libre 
blanCf  p.  185,  citant  plusieurs  exemples  du  mot  avec  ce  sens. 

Mais,  en  somme,  sous  son  apparence  modeste,  le  travail  de 
M.  Jeanroy  est  une  bonne  contribution  à  l'étude  de  l'ancien  parler 
toulousain.  Il  pourra  être  directement  utilisé  pour  l'étude  à  laquelle 
l'auteur  nous  convie  et  qui  consisterait  à  comparer  la  Eègle  publiée 
par  lui,  et  les  textes  sensiblement  contemporains  des  Leys  d'amora 
et  des  Deux  manuscrite  provençaux  édités  par  MM.  Noulet  et  Cha- 
baneau  en  vue  de  fixer  les  traits  essentiels  de  la  langue  parlée  à 
Toulouse  au  XIY*  siècle. 

Jules  COULBT. 


flermann  Kempe.  ~-  Die  Ortsnamen  des  Philomena.  Inaugural' 
IHstertation^  in-8«  de  71  pages,  Halle,  a.  S.  1901. 

Cette  dissertation  de  prétentions  modestes  complète  utilement 
l'édition  du  Philomena^  publiée  naguère  par  M.  Schneegans^  Sous 
son  titre,  qui  n'est  du  reste  qu'à  moitié  exact,  elle  nous  présente 
d'abord  (pp.  7-20)  une  analyse  du  texte  qui  manquait  à  l'édition  et 
dans  la  seconde  partie,  la  plus  importante,  elle  nous  donne  VIndex 
des  noms  de  lieux  que  j'avais  regretté  de  n'y  pas  trouver  '. 

De  Tanalyse  elle-même,  je  dirai  seulement  qu'elle  m'a  paru  faite 
avec  soin,  peut-être  trop  détaillée,  mais,  somme  toute,  satisfaisante. 
Qoant  au  tableau  (pp.  7-8)  destiné  à  nous  faire  comprendre  la  com- 
position des  GeetOt  c'est  peut-être  une  description  par  l'extérieur  des 

^  Oesta  Karoli  magni  ad  Garcassonam  et  Narbonam,  édition  Schnee- 
gans,  HaUe.  a.  S,  1898. 
*  a  Annales  du  Midi,  XII,  238. 


^^i  BlBLIOGtlÂPHIE 

différentes  parties  du  récit  ;  àcoap  sûr,  il  ne  noua  renseigne  pas  sur 
sa  structure  même  et  sur  ce  qu^on  pourrait  appeler  sa  composition 
interne.  Ni  M.  Kempe,  ni  avant  lui  M.  Schneegans,  n'ont  montré,  à 
mon  avis,  comment  s'était  développé  ce  récit  où  l'abondance  et  le 
désordre  apparent  des  épisodes  semblent  nier  l'existence  de  tout 
plan.  J'espère  du  reste  pouvoir  bientôt  reprendre  la  question  et 
apporter  quelque  lumière  sur  la  véritable  composition  des  Gesta, 

Dans  la  seconde  partie  de  son  travail,  l'auteur  s'est  proposé  de  dresser 
lalistecomplètedetouslesnomsde  lieux  cités  dans  le  texte,  de  donner 
toutes  les  variantes  de  formes  de  Toriginal  latin  et  de  la  traduction 
provençale,  enfin,  autant  que  possible,   de   retrouver   ces    uoms  de 
lieux  dans  la  toponymie  du  temps  ou  de  les  identifier  avec  des  localités 
encore  existantes,  ^e  que  Von  reprochera  surtout  à  M.  Kempe,  c'est 
d'avoir  ainsi  compris  et  limité  son  sujet.  L'élément  local  a,  dans  la 
composition  des  Gesta  une  telle  importance,  que  l'étude  des  noms  de 
lieux  cités  pouvait  nous  aider  à  mieux  comprendre  l'œuvre  et  aussi  à 
mieux  connaître  son  auteur.  Elle  eût  permis  de  prouver  ce  que  Ton 
s'était  surtout  borné  à  affirmer,  à  savoir  l'exactitude  des  descrip- 
tions et  la  connaissance  qu'avait  l'auteur  du  pays  où  il  fait  mouvoir 
toute  son  action.  Un  autre  trait  intéressant  à  signaler,  c'est  son  em- 
barras à  trouver  pour  les  lieux  qu'il  cite  et  qu'il  connaît  surtout  sous 
leur  nom  vulgaire  et  provençal  la  forme  latine  exigée  par  la  rédac- 
tion en  latin  de  son  récit.  11  se  traduit  parfois  par  une  diversité  de 
formes  si  étranges  qu'on  ne  sait  si   certaines  ne  sont  pas  vraiment 
fautives;  parfois  encore  l'auteur  se  borne  à  donner  une  terminaison 
latine  à  la  forme  provençale,  parfois  enfin,  il  la  transcrit  telle  quelle. 
D'autre  part,  il  eut  été  curieux  de  voir  comment  l'auteur  de  la  tra- 
duction  provençale  traitait  à  son  tour  ces  noms  latins  ou  pseudo- 
latins. Parfois,  ils  disparaissent  totalement  dans  le  passage  du  latin  au 
provençal,  et  si,  dans  certains  passages,  cette  absence  peut  s'expliquer 
par  un  désir  manifeste  d'abréger  le  récit,  dans  d'autres  il  est  cer- 
tain que  le  traducteur  les  a  omis  consciemment,  parce  qu'il  ne  les 
reconnaissait  pas.  Ailleurs  encore  il  se  borne  à  les  transcrire  tels  quels  ; 
parfois  enfin,  il  les  déforme  de  telle  façon,  qu'il  est  certain  qu'il  ne 
sait  pas  de  quelles  villes  ou  de  quels  pays  il  s'agit.  Il  y  avait  là  des 
comparaisons    curieuses   à  faire    et   des    remarques    intéressantes 
qu'on  regrettera  de  ne  pas  trouver  dans  le  livre  de  M.  Kempe. 

Ce  travail,  tel  que  l'a  conçu  son  auteur,  est,   somme  toute,  satis- 
faisant '.  On  ne  relèvera  dans  sa  liste  ni  omission,  ni  lacune   im- 


>  On  reprochera  cependant  à  M.  K.  de  n'aroir  pas  appnrté  un  soin 
suffisant  à  la  composition  matérielle  du  liyre  et  à  la  correction  de  ses 


BlËLIOaRAPÛIE  3Ô3 

portante  et  ses  identifications^  dont  du  reste  la  plupart  s'imposaient, 
sont  en  général  vraisemblables.  Il  n*est  que  juste  d'ajouter  que  le 
travail  avait  été  en  partie  préparé  par  M.  Schneegans  et  que  M.  Kempe 
a  utilisé  les  indications  réunies  par  lui  pour  les  préciser  parfois  et 
surtout  pour  les  compléter. 

P.  21-22  à  propos  du  nom  d^Albarms  M.  K.  pense  que  Tidentifica- 
tioQ  avec  la  Chaîne  des  Âlbères  ne  s'impose  pas  et  qu'il  peut  s'agir 
tout  aussi  bien  du  petit  village  d'Albôre  (dép.  des  Pyrén.-Orient. , 
arr.  de  Céret,  cant.  d'Argelès).  Mais  il  faudrait  d'abord  attester  au 
treizième  siècle  Texistence  de  ce  village.  De  plus,  la  façon  dont  le  texte 
latin  désigne  cet  endroit  ubi  vocaiur  ad  Albarras  indique  que  c'est 
une  dénomination  imaginée  par  l'auteur  pour  indiquer  un  défilé,  un 
passage  conduisant  vers  les  Albères.  Au  surplus,  le  village  actuel 
à'Albère  est  trop  à  l'écart  de  la  route  de  France  en  Espagne,  que 
l'auteur  du  récit  fait  évidemment  suivre  à  l'armée  de  Charlemagne. 

P.  31.  M.  K.  déclare  qu'on  ne  voit  pas  de  quel  Clarum  MonUm  il 
s'agit  à  la  ligne  2631,  et  il  nous  laisse  le  choix  entre  Clermont-Fer- 
rand  et  un  chef-lieu  de  canton  du  Tarn-et- Garonne,  appelé  de  nos  jours 
Monclar  de  Quercj.  On  ne  s*explique  pas  ce  doute,  car  le  texte  latin 
indique  expressément  qu'il  s'agit  bien  de  Clormont  en  Auvergne. 
«  Misit  autem,,..  in  Alvemia  apud  Clarum  Montem,  » 

P.  31.  A  propos  de  la  ligne  2630,  misit..,,  apud  Convenai'um,  au 
lieu  de  se  demander  s'il  s'agit  des  habitants  du  comté  de  Comminges 
en  général,  si  l'auteur  a  pensé  à  Lugdunum  Qmvenarum  ou  à  Aquae 
Convenarum^  M.  K.  eut  mieux  fait  de  déclarer  le  texte  latin  corrompu 
et  toute  identification  impossible. 

P.  31 .  M.  K.  réunit  en  un  même  article  Caucolibrium  dont  il  es 
question  à  la  ligne  2481,  en  provençal  Cogliure,  et  une  localité  appelée 
(L845  et  908)  en  latin  CuUeria  et  en  provençal  Culieyra.  11  les  identifie 
toutes  deux  avec  le  village  actuel  de  Collioure  (Pyr. -Orient.,  arr.  de 
Céret,  cant.  d'Argelès).  Si,  pour  la  première,  cette  identification  est 
certaine,  rien  par  contre  ne  la  justifie  en  ce  qui  concerne  la  seconde. 


épreuTes.  Les  fautes  d'impression  abondent  dans  son  livre;  en  voici 
quelques-unes,  notées  au  cours  de  ma  lecture,  et  qu'on  voudra  bien 
corriger:  P.  6,  5,  lire  Foncin  au  lieu  de  Foncier  ;  p.  20, 5,  lire  Agde  au  lieu 
ài^Agda;  p.  24,  16,  lire  /bron  au  lieude/brou;  p.  25,  24,  lire  Aix-en-P. 
et  Aix-leS'Bains;-^.  31,  18.  lire  SaiUagouse;-p.  33,  8,  lire  ConstarUino- 
politana;  p.  42,  33,  lire  Limoux;  p.  46,  27,  lire  cum  au  lieu  de  cam; 
p.  54,  20,  lire  Petragoricensium  ;  p.  56, 19,  lire  Prohenssals;  p.  56,  24, 
lire  Haynaborc;  p.  58,  24.  lire  Bovinam  ;  p.  59,  19,  lire  destruxerunt , 
p.  63, 3i,  lire  Thomas  ;  p.  64,  32,  lire  paroccialis;  p.  67,  3,  lire  Taug  au 
Ueu  de  Tuny. 


ââ4  ËiBLioatiÀpmE 

Au  point  de  vue  de  la  forme,  le  latin  Culieria  n*a  rien  de  commun  avec 
Caucolihrium^  ni  le  provençal  OuUeyra  avec  Cogliure,  De  plus,  dans  les 
deux  passages  où  il  est  question  del  rey  de  Oulieyra,  il  semble  bien 
qu'il  8*agit  d'un  roi  sarrasin  d'Espagne. 

P.  46.  L'auteur  eut  dû  réunir  en  un  même  article  ce  qui  concernait 
Oarinus  de  Monteclario  et  Falco  de  Montesclario,  Ce  sont  évidemment 
deux  personnages  de  la  même  famille  et  tirant  leur  nom  d'une  même 
localité.  Qu'en  ce  Garinus  de  Monteclario  revive  Qarin  de  Montglane 
ou  de  Monglan,  l'ancêtre  de  la  geste  de  Guillaume,  c'est  ce  qu'on 
aurait  déjà  pu  supposer  avec  vraisemblance,  si  le  traducteur  provençal 
n'avait  pris  soin  de  l'appeler  expressément  de  Monglan,  Ce  qui  était 
intéressant  ce  n'était  pas  de  chercher,  vainement  d'ailleurs ,  à  identifier 
ce  Monglan^  mais  a  retrouver  le  Montclar  prononcé  M'oncla{r)f  qu'on 
a  pu  ainsi  substituer  à  Monglan  prouoncé  Mongla{n),  L'auteur  pense  qu'il 
8*agit  encore  ici  de  Montclar  de  Quercy.  Il  eut  pu  au  moins  mentionner 
l'existence  d'un  autre  ifon£cZar  plus  voisin  de  Narbonne  et  de  Lagrasse; 
c'est  le  village  actuel  de  ce  nom,  situé  dans  l'arrondissement  de 
Carcassonne,  canton  de  Montréal. 

P.  55.  Les  noms  de  Prat-naout  et  Prat-vieil  peuvent  actuellement 
servir  à  désigner  une  métairie  sans  qu'ils  signifient,  comme  le  dit 
M.  K.,  métairie  haute  et  métairie  basse, 

Jules  COULET. 


OUVRAGES  ANNONCES  SOMMAIREMENT 

Bailt  (G.).  —  Variation  en  liber  Roland  2074,  2156  =  Beitr.  z.  rom.  u. 
engl.  phil.,  Festschrift  fiir  W.  Fœrster,  s.  213-232. 

M.  Baîst  cherche  à  préciser  par  divers  moyens  la  date  de  la  com- 
position et  le  lieu  d'origine  de  la  Chanson  de  Roland.  Il  examine  suc- 
cessivement les  noms  des  armes  qui  sont  mentionnées  dans  le  poème, 
les  noms  géografiques,  les  noms  etnografiques,  puis  la  question  de 
la  composition  et  des  remaniements  et  il  conclut  ainsi  :  «  Danach 
wiirde  sich  ergeben,  dass  unser  Roland  von  einem  Normannen  auf 
franzischem  Gebiet  fur  Francier  nach  franzischer  Vorlage  bearbeitet 
-worden  ist,  im  ersten  Viertel  des  12.  Jh.  ».  Cet  article  est  surtout  un 
travail  de  précision  et  il  est  émaillé  de  remarques  fort  intéressantes. 

M,  G. 


Le  Gérant  responsable:  P.  Hameun. 


LE  PARLER 

DE  BAGNÈRES-DE-LUCHON 

ET   DE    SA    VALLÉE 


INTRODUCTION 

Nous  nous  proposons  d'examiner  ici  le  parler  de  Bagnères- 
de-Luchon  et  de  sa  vallée.  Nous  avons  pu  Tétudier  sur  les 
lieux  mêmes,  principalement  à  Saint-Mamet,  depuis  1892. 

Bagnères-de-Luchon  est  un  cheMieu  de  canton  du  dépar- 
tement  de  la  Haute-Garonne.  Sa  population  est  d'environ 
3700  âmes.  C'est  une  charmante  ville  d'eaux  thermales, 
située  au  centre  de  la  région  pyrénéenne,  dans  une  fraîche  et 
riante  vallée  qu'arrosent  deux  rivières,  TOne  et  la  Pique.  Les 
étrangers  qui  viennent  la  visiter  se  plaisent  à  lui  donner  le 
nom  de  Reine  des  Pyrénées.  Sa  position  géographique  nous 
indique  déjà  que  son  parler  fait  partie  du  dialecte  gascon  pro- 
prement dit,  qui  comprend  en  gros,  comme  on  le  sait,  tous  les 
pays  situés  entre  l'Océan,  l'Adour,  le  gave  d'Oloron,  les  mon- 
tagnes neigeuses  et  les  cours  de  l'Arize  et  de  la  Garonne. 

Dans  le  gascon  ainsi  défini,  on  peut  maintenant  distinguer 
deux  sous-dialectes,  caractérisés  par  la  forme  de  l'article.  En 
effet,  tandis  que  les  Gascons  des  plateaux  et  des  plaines  se 
servent,  comme  les  hahitants  de  la  Guyenne,  du  Languedoc 
et  de  la  Provence,  des  articles  masc.  le  ou  lu^  fém.  la  ^  les 
Pyrénéens  du  centre,  depuis  Oust,  dans  l'Ariège,  jusqu'à 
Lasseube  et  Aramits,  dans  les  Basses-Pyrénées,  se  servent  de 
l'article  masc.  ez-,  et  ou  etch  (venant  de  illum  et  non  de  illûm, 
et  plus  ou  moins  modifié  dans  sa  finale),  fém.  ela  ou  eza.  Le 

'  Voir  au  début  de  la  première  partie,  pour  Talphabet  adopté. 
XLv.  —  Septembre-Novembre  1902.  25 


386  LE  PARLER   DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

parler  de  Luchon  appartient  donc  au  sous-dialeote  qu'on  peut 
appeler  le  gascon  montagnard, 

A  leur  tour,  les  patois  du  Haut-Comminges,  de  la  Barousse, 
de  la  vallée  de  la  Pique  et  de  TOne,  de  la  haute  vallée  de  la 
Garonne  ou  du  Gar,  val  d'Aran  compris,  et  des  vallées  d'Aure 
et  de  Louron  forment,  dans  le  gascon  montagnard,  un  groupe 
qu'on  pourrait  désigner  sous  le  nom  de  groupe  des  Vallées 
(comme  comprenant  en  gros  les  «  Quatre-Vallées»)  ou  mieux 
de  groupe  onésien  (du  nom  des  Onésiens^  anciens  habitants  du 
pajs  de  Luchon,  qui  occupe  le  centre  de  cette  région).  Ce 
groupe  est  limité  au  nord  par  celui  que  forment  ensemble  les 
parlers  du  Bas-Comminges  et  du  Nébouzan  (Saint- Gau- 
dens,  etc.).  Ceux-ci  se  distinguent  des  parlers  onésiens  par 
remploi  de  Tarticle  fém.  ela  (au  lieu  de  eta)^  par  des  pluriels 
en. -es  de  noms  masculins  terminés  par  une  consonne  (Ex.:  u^ 
f  ours  »,  pi.  ûses)^  etc. 

On  peut  ensuite  distinguer  nettement,  dans  le  gi  oupe  oné- 
sien, le  parler  du  canton  de  Luchon  de  celui  des  pajs  immé- 
diatement voisins.  Il  va  sans  dire  que,  du  côté  de  7énasque 
{Sendsk),  les  Pj^rénées  forment  une  limite  décisive  ^  Dans  le 
groupe  onésien  :  1*  La  vallée  d*Aran,  à  Test,  bien  que  pays 
gascon,  a  subi  assez  profondément  Tinfluence  espagnole  :  ce 
qui,  ajouté  à  la  diversité  primitive,  a  amené  des  différences 
notables  dans  le  vocabulaire  (Ex.:  on  dit  en  aranais:  a  kabàlh 
«  à  cheval  »  ;  kûchu  a  boiteux  »  ;  gàstu  a  dépense»  ;  espantâ-s 
c  s'épouvanter  »;  kedâ-s  a  s'arrêter»  ;  on  emploie  le  pronom 
neutre  16  pour  s6,  etc.).  D'ailleurs  (et  ceci  encore  rapproche 
l'aranais  de  l'espagnol],  Taranais  a  une  tendance  à  préférer  le 
son  u  au  son  û  (Ex.  :  brûcha  «  sorcière  »,  luch.  brûcho  ;  bezûnh 
((  besoin  »  ,  luch.  et  larb.  bejûnh)  ;  mais  û  existe  cependant  en 
aranais  (Ex.  :  ûa  «  une  o,  luch.  yô^  larb.  wà;artûtà  «arrêter» 
etc.).  Enfin,  l'influence  catalane,  elle  aussi,  s'est  fait  sentir 
dans  la  vallée  d'Aran,  qui,  comme  on  le  sait,  fait  partie  de 
la  Catalogne  (province  de  Lérida,  en  catalan,  Lhêyda) ^  "doxit 


1  La  Catalogne  s'étend  jusqu'au  sud  de  la  vallée  d'Aran.  La  vallée  de 
Vénasque,  au  sud  de  celle  de  Luchon,  fait  partie  de  l'Aragon  (province 
de  Huesca).  Son  parler  est  un  parler  de  transition,  à  ce  qu'il  nous  semMe, 
entre  le  catalan  et  Varagonais. 


ET  DE  SA  VALLEE  887 

elle  occupe  rextrémité  nord-ouest.  Ainsi,  p.  ex.,  le  catalan 
aime  les  gutturales,  et  Taranais  dit  agi,  agéso,  agût,  au  lieu 
du  luch.  atoi,  aioéso,  at(;té/ (passé  déf.,  imparf.  du  subj.  et 
part.  pass.  du  verbe  awé,  a  avoir  »)  ;  digi,  au  lieu  du  lucb. 
dichi  ou  didi  (pass.  déf.  du  verbe  dide,  «  dire  »),  etc.  —  2*  La 
vallée  de  Louron  et  la  vallée  d*Aure  suppriment  ij  à  la  fin 
des  mots  (Ex.  :  Ansizâ  a  Ancizan»,  Sarraykuli  «  Sarrau  co- 
lin »).  Elles  disent  û  âme  «  un  homme  » ,  comme  le  Béarn  ; 
à  Luchon,  on  dit,  au  contraire,  avec  y  gutturale,  ûy  âme: 
prononcez  presque  ûng  ôme\  (bien  qu'on  dise  cependant,  par 
exception,  ydwte  «un  autre»,  ce  qui  suppose  *â  àwte^  puis 
*  wâwte).  Elles  disent  et-  pour  l'article  masculin  devant  une 
voyelle  (Ex.:  exr  us  «  Tours»  ;  cf.  à  Oloron  e^-aiolhê  «  le  ber- 
ger >).  Elles  emploient  y  pour  j  (Ex.  :  ywén  a  jeune  »  lucb. 
jtoén).  Ajoutons  encore  que  8  finale  est  conservée  dans  la 
vallée  d'Aure,  là  où  le  luchonnais  la  laisse  tomber  (Ex.  :  eza 
Bu  a  Tavalanche  » ,  luch.  eta  lit;  sabéts  «vous  savez», 
luch.  sabét  ;  pourtant  larb.  sabéts).  —  3^  Enfin,  au  nord  du 
pays  de  Luchon  S  le  parler  de  Marignac  et  de  Saint-Béat, 
très  semblable  au  luchonnais,  s'en  distingue  d'abord  par 
l'emploi  fréquent  de  la  terminaison  tch  là  où  le  luchonnais 
n'emploie  que  ^(Ex. :  Sem-Byàtchy  luch.  Sem-Byàt,  «Saint- 
Béat»;  y  êtch  anàtch?  luch.  y  et  anàt?  «y  êtes-vous  allé?») 
A  Luchon,  le  t  final  est  simplement  prononcé  avec  force;  la 
terminaison  tch  existe  bien  en  luchonnais,  mais  elle  n'y  ré- 
suite  guère  que  du  groupe  11  latin  devenu  final.  De  plus  le 
parler  de  St-Béat,  termine,  comme  ceux  de  la  Plaine,  en  -à, 
•^s,  'on  les  mots  terminés  en  luchonnais  en  -e,  -es,  -en  (du 
latin  -at,  -as,  -ant)  ;  l'article  féminin  pi.  y  est  ezas  (luch.  es); 
«une»  s'y  dit  ûo  (luch.  yô,  larb.  wà).  Enfin  il  possède  des 
mots  spéciaux  {dawâtch  a  sous»,  luch.  debàtch;  umpyâ  a  rem- 
plir», luch.  emplyày  etc). 

Maintenant,  dans  le  langage  du  canton  de  Luchon  lui-même, 
il  y  a  une  distinction  à  établir  entre  le  parler  de  la  vallée  de 
Luchon  (ancien  lac  desséché),  arrosée  par  la  Pique,  et  dirigée 
du  sud  au  nord,  et  celui  des  vallées  de  Larboust  et  d'Oueil, 


(1)  Dès  qu'on  sort  du  canton,  à  Caziu-Layrisse,  à  Lège,  à  Guran,  on 
quitte  le  luchonnais.—  La  Barousse  parle  à  peu  près  comme  Saint-Béat. 


388  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

arrosées  par  TOne  et  les  Nestes  qui  la  grossissent,  orientées 
de  Touest  à  Test,  plus  élevées  que  la  vallée  de  Luchon«  moins 
ouvertes  pour  ces  deux  causes  aux  influences  du  dehors,  et 
conservant,  par  suite,  quelque  chose  de  plus  archaïque  dans 
la  langue  et  dans  les  mœurs  *.  Le  parler  larboustois se  sépare 
du  parler  luchonnais  proprement  dit  par  plusieurs  caractères: 
P  Le  larboustois  (ainsi  que  Taranais)  conserve  Ta  final  atone 
du  latin  (féminins  et  impératifs  terminés  en  a  au  lieu  de  o, 
conditionnels  en  yà  au  lieu  de  yô,  etc.),  ce  qui  donne  quelque 
chose  de  plus  naïf  à  ce  langage;  2^  les  noms,  les  adjectifs  et 
surtout  les  participes  masculins  font  leur  pluriel  en  t  plus 
souvent  que  dans  la  vallée  luchonnaise  ;  3*^  le  son  u  est  parfois 
préféré  au  son  û  (Ex.:  brûcka^  «  sorcière»;  à  Luchon,^rwcAo); 
ce  caractère,  comme  le  premier,  rapproche  le  larboustois  de 
Taranais  et  de  l'espagnol  ;  4^  le  vocabulaire  a  quelque  chose 
de  plus  antique  et  de  plus  proche  du  latin  (Ex.:  bam  «danseru, 
bas  (c  auge  »,  kivéïo  «  corral  »,  arrupa  a  robe  »,  estaykà  a  arrê- 
ter»; yêggwa  «jument»,  pris  au  louronnais,  etc.),  et  les  mots 
sont  souvent  moins  modifiés  que  dans  la  vallée  luchonnaise 
(Ex.:  larb.  tivd  a  tienne  »,  st()a  «sienne  »,  luch.  tyô^  syô; 
\a,vh,  wâ  «une*,  \uch.y6  ou  yà;  larb.  aketô  «cela»,  luch. 
akrô;  cep.  larb.  pyà  «  pleine»,  luch.  plyô;  déniya  «jusqu'à», 
luch.  diykyo  ou  diyko;  jàmès  «jamais  »,  luch.  jamês\  nwàti 
cnous  autres»,  luch.  nuzàwii^  etc.),  ce  qui  contribue  encore 
parfois  à  rendre  le  parler  plus  doux.  Mais,  ces  réserves  faites, 
le  larboustois  (étudié  déjà,  comme  on  le  sait,  par  un  savant 
archéologue,  enfant  du  pays,  Julien  Sacaze)  peut  être  consi- 
déré comme  ne  formant  qu*un  seul  et  même  langage  avec  le 
luchonnais  ^. 

Enfin,  dans  le  luchonnais  proprement  dit,  parlé  par  envi- 
ron 6,000  âmes,  c'est-à-dire  par  plus  des  deux  tiers  des  habi- 

»  Voy.  J.  Sacaze,  Epigraphie  de  Luchon,  p.  4-6  ;  Histoire  ancienne  de 
Luchon^  p.  3-6. 

«  Nous  aurons  Toccasion  de  revenir  plus  d'une  fois  sur  la  compa- 
raison du  luchonnais  et  du  larboustois.  Cette  comparaison  sera  plus 
fructueuse,  lorsque  nous  aurons  remarqué  les  caractères  distinctifs  du 
luchonnais  pris  dans  son  ensemble  :  les  caractères  spéciaux  de  chacune 
de  ses  deux  divisions  pourront  alors  être  mieux  discernés  des  caractères 
généraux  communs  à  toutes  deux. 


ET  DE  SA   VALLEE  389 

tants  du  canton,  peuplé  d'environ  8.500  âmes,  il  convient  de 
mettre  un  peu  à  part  les  parlera  de  Gouaux,  d'Artigue  et  de 
Sodé,  villages  élevés  situés  sur  le  flanc  oriental  de  la  vallée  de 
Luchon.  L* altitude  et,  par  conséquent,  Tisolement  relatif  de  ces 
villages,  a  conservé  à  leur  langage  quelque  chose  de  plus  ancien 
(par  exemple,  on  dit  à  Artigue  eza  did  ou  e^a  diés,  a  le  jour  o, 
en  deux  syllabes  et  fém.  ;  luch.  ed  dyô,  larb.  ed  dyà;  —  on 
dit  atoji  pour  «  entendre  »,  b(  pour  «venir»),  ce  qui  le  rap- 
proche un  peu  du  larboustois.  Cazarilh  est  aussi  un  peu  à  part, 
par  suite  de  sa  situation  élevée  sur  le  flanc  occidental  de  la 
vallée  de  Luchon.  Le  parler  de  Luchon  est  à  classer  avec 
ceux  des  villages  du  fond  de  la  vallée,  c'est-à-dire  avec  ceux 
de  Cier,  de  Salles,  d'Antignac,  de  Moustajon,  de  Juzet,  de 
Montauban  et  de  Saint-Mamet.  Les  différences  sont  minimes 
entre  tous  ces  parlers  ;  ils  sont  plus  ou  moins  purs  suivant  les 
villages*  et  quelquefois  même  suivant  les  maisons  '. 

Une  chose  tend,  malheureusement,  à  altérer  de  plus  en 
plus  le  langage  original  de  cette  région  :  la  grande  vogue 
dont  jouit  la  station  thermale  de  Bagnères-de-Luchon  depuis 
une  cinquantaine  d'années.  La  ville  a  doublé  en  étendue  ; 
ane  foule  de  constructions  nouvelles  se  sont  élevées  et  la 
la  population  a  notablement  augmenté,  par  suite  de  l'immi- 
gration non  seulement  des  gens  de  la  vallée,  ou  même  du 
canton  (d'où  un  certain  mélange,  à  Luchon  même,  du  parler 
larboustois  au  parler  luchonnais),  mais  encore  des  gens  des 
vallées  plus  septentrionales,  de  la  Plaine  ou  de  plus  loin 
encore;  enfin,  le  contact  des  étrangers  a  fait  négliger  de  plus 
ea  plus  le  parler  local. 

Une  autre  cause  d'altération,  importante  aussi,  c'est  le  dé- 
part d'un  grand  nombre  de  Luchonnais  pour  les  villes  de  la 
Plaine,  notamment  pour  les  régions  de  Bordeaux  et  de  Cette, 


>  Quelques  mots  difièent  :  ainsi,  à  Saint-Mamet  et  à  Luchon  on  dit 
plutôt  urbi  «ouvrir»  que  dawxi;  ôéy  «  voir»  que  béde\  à  Montauban 
«traîneau»  se  dit,  au  lieu  de  tir,  suték.  Gouaux,  Juzet,  Montauban 
parlent  plus  lentement  que  Luchon  et  Saint-Mamet. 

'  Certains  parlent  «  serré  »,  d'autres  d'une  façon  plus  lâche.  Mieux 
vaut  le  premier,  sans  exagérer.  Le  vocabulaire  est  plus  ou  moins  archaï- 
que et  plus  ou  moins  mélangé,  suivant  l'histoire  do  la  maison. 


390  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

le  plus  souvent  à  titre  de  petits  employés.  Quand  ils  revien- 
nent (car  ils  gardent  Tesprit  de  retour),  ils  ont  un  peu  perdu 
Thabitude  de  leur  langage  ;  et  leurs  enfants  peuvent  ne  savoir 
que  le  français. 

Ajoutons  enûn  Tinfluence  de  Técole,  des  journaux  et  des 
livres  ;  mais  elle  est  plus  faible  que  celles  du  dépaysement  et 
des  étrangers. 

Malgré  tout,  si  le  langage  de  la  ville  s'est  un  peu  corrompu, 
celui  des  villages  ne  s'est  pas  trop  altéré.  Cela  tient  avant 
tout  au  genre  de  vie  de  leurs  habitants  :  pasteurs  et  agricul- 
teurs, ils  n'ont  pas  trop  de  rapports  avec  la  ville,  et  peuvent 
conserver  ainsi  la  pureté  de  leur  parler.  Ce  fait  est  resté 
longtemps  vrai  de  Saint-Mamet,  dont  la  population  devait 
même  habiter  autrefois,  dans  le  délicieux  vallon  de  Burbe,  un 
village  écarté,  aujourd'hui  en  ruine,  du  nom  de  Simadûs, 
D'ailleurs,  les  habitants  de  Saint- Mamet  sont  ceux  qui  res- 
semblent le  plus,  à  tous  les  points  de  vue,  à  ceux  de  Bagnères- 
de-Luchon. 

Les  gens  de  Saint- Mamet  et  de  Luchon  sont  remarquables 
par  leurs  caractères  physiques  et  moraux*.  L'abbé  Ferrère, 
dans  son  ouvrage  intitulé  Une  voix  des  montagnes^  publié 
en  1869,  s'étonne  du  «  type  singulier  »  des  gens  de  Saint- 
Mamet.  a  Depuis  quelques  années,  dit-il  (p.  110),  il  disparaît 
peu  à  peu,  à  cause  des  nombreuses  émigrations  de  la  jeunesse. 
Ce  type  faisait,  de  ce  peuple  de  cinq  cents  âmes,  quelque 
chose  à  part,  d'étonnant,  d'impossible,  quelque  chose  d'aussi 
étonnant  pour  le  moraliste  que  les  rochers  de  granit  d'Oo 
pour  le  minéralogiste.  On  est  à  se  demander  d'où  il  vient. 
Rien  ne  lui  ressemble,  ni  à  Luchon,  ni  dans  les  villages 
voisins.  Population  unique,  seule,  isolée  des  autres  comme 
une  île  au  milieu  de  l'Océan...  .  en  dehors  de  tout  mélange. 

L'histoire  est  pour  elle   une  page  eâfacée Quoi  qu'il  en 

soit,  la  pensée  jaillit  de  l'esprit  de  ce  peuple  comme  une 
étincelle  ;  son  langage  est  vif  et  saccadé  ;  il  imite  le  torrent 
dans  sa  course  bouillonnante  sur  les  rochers.  Son  caractère 


*  Voy.  aussi  ce  qu'en  dit  Taine  dans  son  Voyage  aux  Pyrénées.  11 
trouve  chez  les  Luchonnais  quelque  chose  de  plus  vif,  de  plus  alerte  que 
chez  les  populations  voisines. 


ET  DE  SA  VALLEE  391 

est  pétri  de  salpêtre.  Prompt  à  la  colère  et  à  la  vengeance, 
rien  ne  pourrait  Tarréter.  11  est  agile,  fort,  impétueux.  Et  ce 
lion  du  désert,  tout  sauvage  qu'il  paraît,  tout  frémissant  qu'il 
est,  a  un  cœur  d'or.  Quand  iU  aiment,  c'est  pour  tout  de  bon; 
ils  ne  font  rien  à  demi.  Pour  leurs  amis  Us  se  feraient  mettre 
en  pièces.  Dès  qu'il  s'agit  de  leurs  intérêts,  ils  ne  forment 
qu'une  famille  compacte,  et  qui  insulte  l'un  d'eux,  insulte  le 
village  tout  entier.»  L'auteurde  ces  lignes  n'était  pas  unhomme 
étranger  au  pajs  :  pour  être  ainsi  frappé  du  caractère  des 
gens  de  Saint- Mamet,  il  a  bien  dû  y  trouver  quelque  chose 
d'original.  Il  va  trop  loin  néanmoins  à  notre  avis,  en  distin- 
guant aussi  profondément  qu'il  le  fait  la  population  de  Saint- 
Mamet  de  celle  des  autres  villages  et  surtout  de  celle  du  vieux 
Luchon,  à  laquelle  elle  est,  aujourd'hui  du  moins,  physique- 
ment et  moralement  semblable. 

C'est  donc  des  Luchonnais  en  général  que  nous  dirons  ce 
que  dit  Ferrère  des  habitants  de  Saint- Mamet.  Il  y  aurait  ici 
une  importante  question  ethnographique  à  élucider,  à  l'aide 
de  mesures  anthropométriques  précises.  Les  remarquables 
travaux  de  M.  Collignon  sur  l'ouest  et  le  sud-ouest  de  la 
France  s'arrêtent  à  la  vallée  de  Liouron.  Ils  ont  révélé  déjà 
que,  tandis  que  les  habitants  de  la  plupart  des  hautes  vallées 
des  Pjrénées  (Pyrénées  Orientales,  et  Pyrénées-Occiden- 
tales du  pays  Basque  exclusivement  à  la  vallée  d'Aure  inclusi- 
vement) sont  assez  dolichocéphales,  ceux  du  pays  de  Lanneme- 
zan  et  de  la  vallée  de  Louron  sont  très  nettement  brachycé- 
phales,  et  se  rattachent  ainsi,  avec  la  plus  grande  partie  de  la 
Gascogne  (malgré  quelque  chose  de  plus  allongé  dans  la  face), 
aux  types  du  Plateau -Central,  de  la  Bretagne,  et,  en  somme, 
à  la  grande  masse  de  la  population  française.  M.  Bertrand, 
dans  ses  études  celtiques,  classe  le  centre  des  Pyrénées  dans 
les  pays  brachycéphales.  Mais  il  doit  y  avoir  sans  doute  ici 
des  distinctions  à  faire.  De  même  que  la  vallée  d'Aure  est 
plus  dolichocéphale  que  celle  de  Louron,  de  même  le  Larboust 
est  probablement  plus  dolichocéphale  que  la  vallée  de  Lu- 
obon.  En  tout  cas,  dans  le  Larboust,  à  côté  de  figures  assez 
carrées,  on  trouve  des  faces  remarquablement  longues; 
dans  tous  le  pays,  les  faces  rétrécies  vers  le  bas  et  les  men- 
tons pointus  sont  fréquents.  Pour  les  habitants   de  Saint- 


392  LE  PARLER  DE  BÂGNÈRES-DE-LUCHON 

Mamet,  de  Luchon  et  de  sa  vallée,  ils  doivent  être,  à  en  juger 
par  Taspect  extérieur,  nettement  brachjcéphales.  Le  tjpe 
observé  par  Ferrère  a  la  taille  haute  en  général  ;  il  est  plutôt 
blond  que  brun  ;  la  tète  est  assez  petite  relativement  au  corps, 
le  cou  assez  court  ;  le  front  est  large,  découvert,   un  peu 
fuyant  ;  le  sommet  et  Tarrière  de  la  tête  sont  assez  déve- 
loppés ;  les  jeux  sont  gris,  le   nez  droit  ou  aquilin,  le  corps 
un  peu  sec  et  les  jambes  longues.  Ce  type  se  retrouve,  avec 
quelques  nuances  et   un  certain  mélange  à  un  autre  type 
plus  petit  et  plus  brun,  à  Luchon  même  et  dans  tous  les 
villages  de  la  vallée.  On  voit  combien  il  se  rapproche  du  type 
dit  celtique;  ce  qui  concorde  avec  les  découvertes  d*objets 
et  de  monuments  préhistoriques  faites  dans  le  pays  (travaux 
de  MM.  J.  Sacaze,  Piette  et  Gourdon).  On  peut  donc  penser 
avec   M.   Luchaire,  que  les   Celtes  s'avancèrent    dans    les 
Pyrénées  plus  avant  qu*on    ne  le  croit  d'ordinaire  {alongius 
opinio  e  processerunt Yi)  et  qu'ils  influèrent  profondément  sur 
cette  région.  Sans  doute ,  ce  quelque  chose  de  plus  allonge 
et  de  plus  un  que  présente  la  physionomie  des  Luchonnais, 
comparée  à  celle  des  habitants  du  Plateau -Central,  dénote 
quelque  mélange  avec  les  Ibères  *;  sans  doute^  la  langue  bas- 
que explique  un  grand  nombre  des  noms  de  lieu  du  pays. 
Nulle  part  cependant  dans  les  Pyrénées  il  ne  doit  y  avoir 
plus  de  sang  celtique  que  dans  la  région  centrale,  dont  Lu- 
chon fait  partie. 

Ces  remarques  sur  la  race,  le  tempérament  et  le  caractère 
des  gens  qui  parlent  le  langage  que  nous  devons  étudier  ne 
nous  seront  pas  inutiles;  elles  nous  permettront  d'expliquer 
plusieurs  des  particularités  qu'il  présente.  Contentons-nous, 


t  Nous  employons  dans  ce  travail  (bien  qu*on  ait  contesté  que  les 
Basques  fussent  les  descendants  des  anciens  Ibères  proprement  dits,  et 
qu'on  ait  supposé,  d'autre  part,  que  la  langue  qu'ils  parlent  aujourd'hui 
pouvait  ne  pas  leur  appartenir  en  propre,  mais  avoir  été  empruntée  par 
eux,  soit  aux  anciens  Ibères,  soit  à  d'autres)  les  mots  Ibère  et  ihérUn 
pour  designer,  au  point  de  vue  de  la  race,  une  race  semblable  à  la  race 
basque,  et,  au  point  de  vue  de  la  langue,  une  langue  de  même  famille 
que  la  langue  basque.  (Voy.  l'étude  de  M.  GoUignon  sur  les  Basques). 
—  Celtihérien  signifie  par  conséquent  aussi  chez  nous,  aux  deux  points 
de  vue  signalés,  celto-basque. 


ET  DE  SA  VALLEE  393 

pour  rinstantf  de  faire  ressortir  que  nous  avons  affaire  ici  à 
une  population  originale  et  énergique.  De  là  un  langage  vif, 
contracté,  expressif.  C'est  à  Saint-Mamet  et  à  Luchon  qu'on 
Tarticale  le  plus  nettement;  c'est  là  qu'on  le  parle  avec  le  plus 
de  force  et  dans  le  rythme  le  plus  rapide. 

Nous  avons  donc  déterminé  la  place  du  luchonnais  dans  la 
langue  d'oc  et  le  dialecte  gascon,  et  indiqué  le  caractère  de 
ceux  qui  le  parlent.  Il  nous  resterait  à  en  faire  Thistorique. 
Bornons-nous  à  dire  que  son  histoire  se  confond,  dans  ses 
grandes  lignes,  avec  celles  du  gascon.  Le  luchonnais  s'est  dé- 
veloppé suivant  les  mêmes  lois  internes  (voy.  la  Phonétique 
et  la  Morphologie)^  et,  d'une  façon  générale,  sous  les  mêmes 
influences  externes  (voy.  surtout  la  Lexicologie),  Nous  aurons 
d'ailleurs  plus  d'une  fois  l'occasion,  dans  la  présente  étude, 
de  mettre  en  lumièrd  les  transformations  qu'il  a  éprouvées. 

Venons-en  donc  à  son  examen  direct.  Voici  Tordre  que 
nous  allons  suivre  : 

1*  Nous  étudierons  d'ahord  les  sons  du  luchonnais,  et  nous 
nous  efforcerons  d'indiquer  les  principales  lois  phonétiques 
qui  les  ont  produits  et  qui  les  gouvernent  encore. 

2*  Nous  passerons  ensuite  à  l'étude  de  son  lexique,  exami- 
nant successivement  l'origine,  la  formation  et  la  signification 
des  mots  qui  le  constituent  ; 

3^  Nous  arriverons  enfin  à  l'examen  de  sa  morphologie  et 
de  sa  syntaxe^  à  l'occasion  des  diverses  parties  du  discours. 

Il  nous  restera,  pour  conclure,  à  envisager  du  point  de  vue 
littéraire  le  parler  de  Bagnères-de*Luchon. 


304  LB  PARLER  DE  BA6NERES-DE  LUCHON 


PREMIÈRE  PARTIE 


PHONÉTIQUE 

Dans  Tétude  des  sons  du  luchonnais,  par  laquelle  nous 
commençons,  nous  examinerons  successivement:  1^  quels  lia 
sont;  2°  quelle  est  leur  origine,  comment  ils  se  sont  foroaés  ; 
3®  quelles  modifications  ils  éprouvent  dans  leurs  rencontres 
actuelles. 

Dès  cette  première  partie,  nous  pourrons  voir  comment 
ceux  qui  parlent  ce  langage  ont  su  le  marquer  à  leur  empreinte. 


REVUB  GÉNÉRALE  DES  SONS  DU  LUCHONNAIS 

Il  y  a  lieu  de  distinguer  ici  les  voyelles  d*une  part,  les  semi- 
voyelles  et  les  consonnes  de  Tautre. 

V  Voyelles 

Nous  examinerons  d*abord  leur  timbre,  puis  leur  accentua- 
tion et  leur  quantité. 

A)  Timbre  des  Voyelles 

1)  Voyelles  pures, —  Il  y  a  en  luchonnais  huit  voyelles  pures  : 

1*^  Fondamentale:  a  plus  ou  moins  ouvert  *.  Ex.  :  mas, 
makâ. 

ï  Cependant  a  et  à  sont  assez  rapprochés  l'un  de  l'autre  pour  que 
nous  puissions  nous  dispenser,  dans  tout  ce  qui  suivra,  de  les  distin. 
guer. 


ET  DE  SA  VALLEE  395 

2*  Lourdes  :  d  (o  ouvert),  o  (o  fermé),  et  u  (ou  français). 
Ex.  :  tas  ;  dyô^  kàzo  ;  sus. 

3"  Légères  :  e  (e  ouvert),  e  (e  formé),  et  i  (i  français). 
Ex.  :  mes  ;  arréSy  se'cê;  bi;  ^  auxquelles  il  faut  ajou- 
ter :  â  (u  français),  léger  comme  t,  mais  labial  comme  u. 
Ex.  :  dûs. 

Les  voyelles  à^  ô  et  è  sont  un  peu  plus  ouvertes  que  les 
voyelles  françaises  correspondantes  ;  o  est  un  peu  plus  près 
de  b  qu'en  français,  c*est-à-dire  est  plus  ouvert  que  To  français 
(c'est  un  son  le  plus  souvent  issu  récemment  de  o  ou  de  a)  ;  â 
est,  semble-t-il,  plus  près  de  i  qu*en  français  (Cf.  plus  loin  les 
semi- voyelles).  —  Les  voyelles  o  ouvert  et  ô  fermé  n'existent 
point  en  luchonnais  ;  mais  les  Luchonnais  les  prononcent 
dans  les  noms  propres  français. 

2)  Voyelles  nasales.  —  Il  y  a  en  luchonnais  sept  voyelles 
nasales  : 

P  Fondamentale  :  ay^  plus  ou  moins  ouvert.  Ex.  :  mây^ 

maykà. 
2"  Lourdes  :  ôy  et  uy,  Ex.  :  tôy;  sûy. 
S*  Légères  :  èy^  ey  et  iy.  Ex.  :  mêy  ;  arréy^  ^^yg^]  àiy  ;  — 

et  ûy,  Ex.  :  ûy. 

Les  voyelles  nasales  correspondent,  on  le  voit,  aux  voyelles 
pores:  seul,  o  fermé  ne  donne  point  de  nasale.  En  français 
n'existent  que  ay^  éy,  ôy  ;  et  ôy  (avec  ô  ouvert)  qui  manque 
en  locbonnais  comme  o. 

Les  voyelles  nasales  luohonnaises  se  distinguent  des  voyelles 
nasales  françaises  par  une  prononciation  assez  différente.  En 
effet,  quand  on  les  entend  prononcer,  on  perçoit  (surtout 
lorsqu'au  lieu  d'être  suivies  d'une  gutturale,  elles  sont  suivies 
d*une  voyelle)  un  son  particulier,  dû  à  un  mouvement  du 
palais*  et  que  Ton  peut  appeler  une  n  gutturale  (son  qui  man- 
que en  français  et  que  nous  désignerons  par  le  caractère  y). 
Ainsi,  quand  on  prononce  ûy  âme  «  un  homme»,  on  entend 

^  '  C'est  l'énergie  du  son  y  qui  explique  sans  doute  les  formes  iéyge 
•  tenir»,  béyfje  <  venir  »,  piygulàs  «  grand  comme  un  pin  »,  où  un  .(/s'est 
inséré  après  w« 


396  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

presque  ûng  ôme^.  —  Cependant,  il  faut  reconnaître  que  la 
prononciation  des  voyelles  nasales  luchonoaiseâ, surtout  quand 
elles  ne  sont  pas  suivies  d'une  autre  voyelle,  n'aurait  qu'à 
s'affaiblir  un  peu  pour  rejoindre  la  prononciation  française. 
C'est  à  peu  près  ce  qui  arrive  dans  certaines  rencontres  '  ; 
on  prononce  avec  une  y  assez  douce  :  %  tchtbdw,  ûij  tsala- 
bdnt;  y  est  ici,  à  l'égard  de  y  devant  une  gutturale  ou  une 
voyelle,  à  peu  près  ce  qu'est  k  devant  e  ou  î  à  /:  devant  a,  o 
ou  m;  —  mieux  encore,  on  dit  ûm  pàs^  un  dit,  et  un  fort  (ce 
dernier  sans  n  sensible),  mais  dans  ces  trois  exemples  on  a 
un  û  nasal  prononcé  comme  les  nasales  françaises.  (La  véri- 
table notation  serait  donc  w"m  pas,  w'n  dit,  û*  f^^O'  Ajoutons, 
enân,  qu'on  sent  une  légère  nasalisation  dans  la  voyelle  qui 
précède  nh  finale  (Ex.  :  bdnh  «bain»),  et  les  groupes  nd,  nt 
ou  ns  (Ex.:  arréndo^  «rente»  ;  sent,  c  cent»;  méns^  «  moins  »); 
mais  n  se  fait  entendre. 

En  tout  cas,  l'existence  de  voyelles  nasales  dans  le  luchon- 
nais  le  rapproche  du  français  plus  que  bien  d'autres  parlers 
méridionaux  '.  Seulement,  ce  sont  plutôt  des  nasales  guttu- 
rales, et  elles  sont  prononcées  en  ouvrant  la  bouche  plus 
qu'en  français. 

B)  Accentuation  et  quantitr 

1)  Accent  d'inlemité  et  diphtongues, 

1*)  Toutes  les  voyelles  luchonnaises  peuvent  être  toniques 

1  En  français  même  on  a  écrit  autrefois  aun»  ung;  mais,  selon  Dar- 
mesteter,  simplement  pour  distinguer  vn  de  vu.  — -  La  différence  entre 
les  voyelles  nasales  françaises  et  les  voyelles  nasales  luchonnaises  est 
indéniable,  comme  le  montre  ce  fait  que  (sauf  sMl  s'agit  d'un  mot  terminé 
par  un  suffixe  existant  déjà  en  luchonnais,  comme  -tion,  luch.-^ytéi^)  la 
nasale  française  ne  donne  pas  une  nasale  en  luchonnais  :  Ex.  :  fr.  moyen, 
luch.  muyén\(T,  chirurgien,  luch.  sûrjén. 

*  Voy.  ci-après,  dans  les  rencontres  des  consonnes,  les  assimilations 
des  nasales. 

3  En  montalbanais,  p.  ex.,  y  n'existe  pas  entre  deux  voyelles,  mais 
seulement  (et  affaiblie)  devant  des  gutturales.  On  remarque  pourtant 
comme  une  y  prépalatale  à  la  première  personne  du  singulier  du  par- 
fait de  l'indicatif  des  verbes.  Ainsi,  kantêi  «je  chantai  »,  hetséi  «  je  vis  », 
se  prononcent  presque  kantéyi,  betséyi.  Les  autres  personnes  bnt  après 
une  gutturale.  Cf.  Luchaire,  Idiomes  pyr,,  p.  225. 


ET  DE  SA  VALLEE  897 

OU  atones.  Les  voyelles  ouvertes  peuvent  être  atones  (Ex.  : 
pour  dy  larb.  à  :  eskûtô*to  «écoute-le»,  larb.  eskûtà-w;  pour 
è,  roccasion  ne  se  présente  guère  que  dans  des  proclitiques  : 
k'e  dit  <(  j*ai  dit  »  ;  le  larb.  dit  pourtant  ^dinés  a  jamais  »). 

2')  Il  n'y  a  point  en  luchonnais  de  véritables  diphtongues  ; 
chaque  voyelle  fournit  une  syllabe.  Il  y  a  seulement  des  com- 
binaisons des  voyelles  avec  les  semi- voyelles  w^tù  et  y.  Seul 
w  ne  peut  se  trouver  devant  une  consonne,  ni  à  la  an  des 
mots,  ni  entre  deux  voyelles.  Quand  w  et  y  se  trouvent  devant 
une  consonne,  iU  appartiennent  à  la  syllabe  précédente; 
devant  une  voyelle,  à  la  syllabe  de  cette  voyelle.  Ainsi  on 
dit  dato\xâ  «  dorer»  ;  on  disait  kaio\fiâ  «  chauffer  »  ;  mais  on 
dit  aujourd'hui  ka\v)â.  De  même  ay\mà  «  aimer  »,  mais  6^1  ?/d 
«  je  voyais  » . 

3*^)  L'accent  d'intensité  est  susceptible  de  deux  degrés  : 
ainsi,  dans  les  mots  un  peu  longs,  il  y  a  souvent  un  accent 
principal  et  un  accent  secondaire.  Exemple:  nétotùùt  «nour- 
riture ». 

Nous  ne  marquerons  que  l'accent  principal  {netotitût). 

Tous  les  mots  portent  l'accent  principal  d  intensité  seule- 
ment sur  la  dernière  ou  l'avant  dernière  syllabe.  Pourtant 
Texistence  de  Taccent  mélodique  fait  qu'il  y  a  des  mots  non 
seulement  oxytons  et  paroxytons,  mais  encore  perispomènes, 
et  même  propérispomènes.  (Voy.  ci-après  bas  prononcé  bàas, 
FiêSf  fiées,  et  fiàse,  Pidase).  Il  y  a  là  comme  une  transition  vers 
l'espagnol,  qui  connaît  les  proparoxytons  ou  esdrujulos. 

L'accent  d'intensité  est  assez  fort  en  luchonnais  pour  qu'il 
fût  possible,  si  Ton  voulait,  d'y  faire  des  vers  fondés  sur  cet 
accent,  comme  en  espagnol  parfois,  en  anglais  eten  allemand. 
Par  là, le  luchonnais  se  distingue  du  français,  et  des  patois 
de  la  Plaine,  assez  plats,  si  l'on  peut  dire,  à  cet  égard,  et  se 
rapproche  au  contraire  de  l'espagnol. 

2)  Quantité  des  voyelles. 

Les  différences  de  quantité  des  voyelles  latines,  on  le  sait, 
se  sont  transformées,  dès  le  latin  populaire,  en  différences 
de  timbre  (ainsi  é  a  donné  é,  è  a  donné  e,  etc.).  Les  diffé- 
rences de  quantité  des  voyelles  romanes  ont  donc  une  autre 


398  LE  PARLER  DE  BÂGNERES-DE-LUGHON 

origine  :  avant  tout,  mais  non  uniquement  \  la  présence  ou 
Tabsence  de  Taccent  d'intensité.  La  quantité  des  voyelles  est 
bien  plus  apparente  en  luchonnais  qu*en  français  et  même 
que  dans  les  parlers  de  la  Plaine.  Les  vojelles  qui  portent 
Taccent  dMntensité  sont  longues  en  général,  les  voyelles 
atones  en  général  brèves  ^.  Les  voyelles  ouvertes  sont  tou- 
jours longues,  quand  elles  sont  accentuées.  Signalons  enfin 
Texistence,  en  luchonnais,  de  Ve  fermé  long  (inconnu  au  fran- 
çais, selon  Darmesteter  ^,  mais  connu  à  respagnol)Ex.:  Dyéic 
«  Dieu  » . 

3)  A  ccent  mélodique. 

L'accent  d'intensité  ayant  remplacé  Taccent  de  hauteur  ou 
accent  mélodique,  celui-ci,  comme  en  français,  flotte  sur  la 
phrase,  se  pose  sur  les  mots  expressifs,  interrogatifs ,  excla- 
matifs,  etc.,  et  toujours  (comme  en  latin,  et  malgré  sa 
mobilité)  sur  une  voyelle  accentuée  ^.  Il  faut  remarquer 
pourtant  qu'en  luchonnais  la  voix  peut  monter  et  redescen- 
dre sur  une  même  voyelle  longue,  principalement  dans  les 
mots  qui  terminent  les  phrases.  Soit  Tadverbe  jà  a  oui, 
certes,  déjà  »  terminant  une  réponse.  Ex. :  jay  bâw,  j'â 
«j'y  vais,  certes  ».  Il  se  prononce  avec  a  long,  porte 
Taccent  d'intensité  et  l'accent  mélodique,  ce  dernier  très 
semblable  à  ce  que  devait  être  l'accent  mélodique  circonflexe 
du  grec  et  du  latin  anciens  '  :  on  dit  presque  jâa^ ,  la  voix 
s'élevant  sur  le  premier  a,  s'abaissant  sur  le  second,  de 


1  Voyez  plus  loin  la  diphtongaison  des  voyelles  libres. 

>  Mais  si  Ton  crie  par  exemple  à  quelqu*un  :  ^pàHiht!  c  écarte-toi  U^à 
est  long,  bien  qu^atone.  Dans  kàp  «  tête  »,  a  est  long  ;  mais  dans  kap 
(négation),  il  est  ordinairement  atone  et  bref. 

*  Cependant  dans  «  aimé- je  >,  il  semble  bien  que  é  est  long. 

^  Si  Ton  crie  :  'pàviô-tl  à  peut  être  assez  allongé,  dans  cette  exclama- 
tion pour  porter  lui  aussi  Ta  ccent  d'intensité.  L'exception  confirme  donc 
la  règle. 

^  Si  Taccent  circonflexe  mélodique  ancien  peut  ainsi  se  retrouver  dans 
le  luchonnais,  cela  tient  évidemment  à  la  netteté  avec  laquelle  les  voyelles 
toniques  et  longues  se  distinguent  dans  ce  parler  des  voyelles  atones  et 
brèves. 

«  De  là  Torthographe  française  «  (5o  »  pour  le  village  d'O.  Cf.  sans 
doute  les  noms  béarnais  Puyôo,  Morlaas,  etc. 


ET  DE  SA  VALLÉE  899 

manière  à  mettre  entre  les  deux  tons  Tintervalle  d^une  tierce 
environ  ^.  C*est  de  même  qu*on  prononcera,  en  employant 
parfois  à  moduler  la  vojelle  plus  d'une  seconde,  siî  pour  si 
a  si,  oui»;  de  sées  pour  de  ses  «le  soir»  ;  pratobôàtl  pour 
pratobôt/  «pauTretl»;  et,  bien  qu'un  peu  moins,  bàas,  âêè^ 
Hàase  dans  ta-um  bas?  «où  vas-tu?»,  ke  buiett  âê?  «que 
voulez-vous  faire?  »  et  ke  bulék  ke  fiàse?  «  que  voulez-vous 
qu'il  fasse?».  — Le  parler  luchonnais  est  par  suite  un  peu 
chantant.  Remarquons  cependant  que  le  langage  de  Saint- 
Mamet  et  de  Luchon  traîne  moins  sur  les  vojelles  accen- 
tuées que  celui  des  villages  voisins. 

Cet  accent  mélodique  n'a  pu  être  hérité  du  latin  classique 
parle  luchonnais,  car  le  latin  populaire  avait  déjà  transformé 
l'accent  mélodique  du  latin  classique  en  accent  d'intensité 
avant  même  son  introduction  dans  les  Qaules  ;  il  a  donc 
été  refait  par  le  luchonnais,  ou  mieux  par  le  gascon  en  géné- 
ral. A  quelle  époque  ?  Ne  serait-ce  pas  dès  l'adoption  du 
latin  par  les  anciens  Gascons,  qui  auraient  chanté  le  latin 
populaire  sur  le  modèle  de  leur  langue  propre  ?  En  tout  cas 
presque  toutes  les  influences  linguistiques  voisines  tendent 
à  combattre  cet  accent  chantant  du  gascon.  Seuls,  les  Basques 
ont  dans  leur  langue  de  semblables  mélopées. 

En  résumé,  pour  les  voyelles  luchonnaises  : 

Pas  de  sons  assourdis,  ni  de  sons  voilés,  mais  dea  8ons 
francs,  larges,  ouverts  ;  pas  d'hésitation  pour  l'accent  d'in- 
tensité, pas  de  diphtongues  proprement  dites,  mais  des  coups 
nettement  frappés  ;  enûn,  une  quantité  variée,  et  des  diffé- 
rences d'intonation,  analogues  à  ce  que  devait  être  l'accent 
mélodique  des  anciennes  langues  indo-européennes,  et  sans 
doute  aussi  ibériennes. 

2*^  Consonnes 

Nous  examinerons  d'abord  leur  articulation,  puis  leur 
groupement. 

1  Quelquefois  cependant  la  voix  monte  au  lieu  de  descendre  :  ainsi,  si 
de  ses  se  trouve  au  milieu  d'une  phrase,  bien  qu'entre  deux  virgules  ; 
mais  remarquons  que  dans  cette  modulation  nouvelle  de  de  sées  le  pre- 
mier e  conserve  l'accent  d'intensité. 


4  00  LE  PARLER  DE  BÂGNÈRES-DE-LUGHON 


A)  Articulation  dbs  Consonnes 

Il  7  a  en  luchonnais  vingt-trois  consonnes,  dont  voici  le 
tableau  : 


1®  Semi- voyelles  y,  ta,  et  w;  sourdes  (après  une  consonne), 
ou  sonores. 

2*  Gutturales       P  sourde  *;  j  f  ^^^^^^  ^'    , 

(  3"  sonore  nasale  */, 

3*  Chuintantes     V  sourde  ch  ;   2**  sonore  / \  ®  ^ 

4*  Liquides  1»  sonore  /  ;  2*  so-     g  s  S 

nore  mouillée Ih,    I'bZc 
5*»  Vibrantes        P  forte  r  ;       2"  douce  z.  /  a  ©-S 

(  2^  sonore  a:  >  *s.S 

6**  Dentales  1®  sourde  (;  <  3*  sonore  nasale  n;[  c-f  S 

(  4*  son.  nas.  mouill.  i  g  «  ® 
7**  Sifflantes  !•  sourde  s:  2*>  sonore  z.  ïnk.  ^5-i 
8*  Labio-dentale      sourde  f. /  *2  " 

oo  T   u-  1  i«         j         1 2*  sonore  A; 

9**  Labiales  P  sourde  »;  j  o«  i 

^  '  f  3*  sonore  nasale  m. 

W  Soufflante  /i. 


Passons  à  un  examen  plus  spécial  : 

1)  Semi-voyelles. 

La  semi-vojelle  w  est,  par  son  timbre,  plus  loin  de  to  et  plus 
près  de  y  qu'en  français.  —  Les  semi-vojelles  y  eito  ont,  la 
première,  un  caractère  palatal,  la  seconde  (comme  w  aussi) 
un  caractère  labial  marqué.  Elles  sont  donc  assez  consonnes 
pour  ne  former,  avec  les  voyelles,  que  des  diphtongues  im- 
propres, comme  nous  Pavons  vu. 

2)  Muettes. 

B^  g,  d  ont  un  son  plus  doux  qu'en  français  quand  ils  se 
trouvent  entre  deux  voyelles  ou  au  début  d'un  mot  précédé 
d'un  autre  terminé  par  une  voyelle  ;  ce  sont  même  plutôt  des 
tt  moyennes  »  comme  J3,  7,  S  dans  le  grec  ancien,  ou  mieux 
des  affriquées,  presque  des  spirantes,  comme  le  d  (D  barré 


ET  DE  SA  VALLEE  401 

des  inscr.)  et  probablement  le  g  et  le  b  du  celtique,  car 
Tocclusion  j  est  tout  à  fait  douce  et  faible,  et  suivie  d'un 
léger  souffle.  J.  Sacaze  a  noté  par  ^A  et  dh  ces  sons  plus  doux 
de  ^  et  de  £f  (Ex.:  maghe^  cadha)  ;  il  faudrait  alors  noter  bh, 
le  son  correspondant  de  b  :  son  assez  proche,  non  pas  de  v 
français  (qui  est  labio-dental  comme  f  française),  mais  de  v 
proprement  dit  ou  bilabial,  mais  plus  doux  pourtant.  De  ces 
sons  doux,  le  plus  manifeste  est  celui  de  t;^  ;  on  le  produit  en 
plaçant  la  pointe  de  la  langue  contre  les  incisives  supérieures, 
un  peu  plus  bas  qu*en  français:  d*où  une  affinité  assez  grande 
avec  z  luchonnais,  et  des  tranformations  possibles  dans  les 
deux  sens,  de  dh  en  z  et  de  z  en  dli.  Le  Larboust  a  pour  dh 
une  prédilection  plus  grande  que  la  vallée  de  Luchon. 

Au  début  des  mots,  les  sons  bf  g,  d,  quand  ils  ne  sont  pas 
précédés  d'une  vojelle,  sont  à  peu  près  semblables,  quoique 
plus  doux,  aux  sons  français  correspondants,  c*est-à-dird 
sont  occlusifs.  B^  g.  d  ne  sont  jamais  ûnaux. 

Quand  6,  g^  rf,  et  de  même  p,  k,  t  ont  contraint  à  Tassi- 
milation  (voir  plus  loin)  la  consonne  précédente,  de  façon 
à  produire  les  groupes  bb,  gg,  dd^  pp,  kky  tt^  la  première  de 
ces  muettes  est  implosive,  la  seconde  explosive.  Ex.ieppà^ 
«le  pas»,  kaddêt  a  cadet  »,  etc. 

Les  sourdes  p,  kj  t,  surtout  à  la  fin  des  mots,  sont  pronon- 
cées avec  force  et  suivies  d'une  expiration  assez  sensible. 
Ex.  :  ed  dit  «  le  doigt  »  :  prononcez  à  peu  près  ed  dith  ;  ep  pik 
«  le  pic»  :  prononcez  à  peu  près  ep  pikh.  C'est  là  ce  qui  expli- 
que Torthographe,  en  français,  des  noms  propres  «  Barthe  » 
(luch.  Bârto)^  «  Cathervielle  »  (luch.  [Katerbyêlo),  «  Néthou  » 
(luch. 'A^é/u),  etc.*. 

Comme  en  français,  et  d'une  façon  plus  sensible,  les  sons  k 
et  g  se  prononcent  d'une  manière  prépalatale  très  marquée 
devant  e,  t,  y,  et  aussi  devant  u;  et  à  ;  ce  qui  les  rapproche 
des  dentales  ^  et  des  chuintantes.  En  revanche,  devant  a,  ils 
se  prononcent  à  peu  près  comme  devant  o  et  Uy  ou  comme 
quand  ils  sont  isolés  :  ce  qui  n'est  point  étonnant,  a  se  pro- 

^  Et  sans  doute  aussi  des  mots  béarnais  Préchacq,  Orthez,  etc. 
t  C'est  ce  qui  explique  qu'on  ait  pu  avoir,  en  larb.  déntya  «  jusqu'à  m  , 
luch.  dif/kyo;  et  à  Saint-Béat  tyô!  <  vraiment  I  >  luch.  kyô, 

26 


402  LE  PARLER  DE  BÂGNËRES-DE-LUGHON 

noDçant  en  luchonnais  en  ouvrant  la  boache  plas  qu'en  fran- 
çais *. 

3)  Nasales. 

Les  sons  m  et  n  sont  respectivement  très  proches  des  sons 
6  et  cf  ;  ce  qui  explique,  comme  nous  le  verrons,  la  suppres- 
sion fréquente  de  b  après  m,  de  d  après  n;  ce  qui  explique 
aussi  que  dans  Tintérieur  de  certains  mots  d  ait  remplacé  n  ' 
(Ex.:  maiàt  «contenu  de  la  main»,  s.  d.  pour  ^fnanât)\  et 
qu*on  ait  pu  prendre  b  initial  pour  m  (Ex.  :  Malibyêmo  par 
erreur  pour  Balihyêmo  t  Valibierne  0  ).  Nous  avons  déjà  dit 
que  le  son  y^  particulier  au  luchonnais,  est  une  gutturale 
sonore  nasale.  Le  caractère  guttural  est  marqué  surtout  entre 
deux  voyelles.  Il  explique  que  y  ait  parfois  appelé  g,  (Ex.  : 
piygulâs  de  pîy  :  voy.  ci-dessus).  Le  son  ff  ne  se  redouble 
pas,  en  fait,  bien  que  son  redoublement  ne  soit  pas  phonéti- 
quement impossible.  —  Quand  m,  n  ou  9^  sont  placées  devant 
une  muette,  elles  ont  un  caractère  implosif. 

4)  Liquides  et  mouillées. 

Le  son  /  est  articulé  d'une  façon  plus  dentale  qu*en  français, 
ce  qui  explique  en  partie  des  formes  comme  dentillies  «  len- 
tilles» de  lenticulas;  dichà^  pour  lichàtt  laisser»  de  laxare; 
ce  qui  explique  aussi  sans  doute  le  passage  du  groupe  11  latin, 
devenu  final,  à  M,  puis  à  l  mouillé  et  enfin  à  tch  (Voy.  plus  loin). 
L  peut  se  redoubler  ;  dans  le  groupe  //,  la  première  /  est 
implosive,  la  seconde  explosive,  mais  cela  est  moins  visible 
que  pour  6,  d,  g^  />,  k^  t^  et  même  m  ou  n  redoublés. 

Les  sons  Ih  et  nh  sont  très  nets  ',  tandis  qu'en  français  Ih 
tend  à  disparaître  et  qu*en  provençal  il  a  disparu,  se  rédui- 
sant, dans  ces  deux  langues  à  y  ^.  Ils  peuvent  commencer  ou 
finir  un  mot,  se  redoubler  (Ex.:  elhlhewâ  «  enlever»),  même 
être  suivis  de  y  (Ex.:  ke  mus  planhyâm  «  que  nous  nous  plai- 

1  Ce  qui  explique  aussi  Thistoire  du  c  latins  devant  a,  en  luchonnais. 

'Voy.  ci-après,  dans  C),  pensa  prononcé  presque  pentsa^  et  minjà 
mindjày  ce  qui  tient  à  la  fois  à  n  et  aux  sifflantes  et  chuintantes. 

3  Cf  l'espagnol.  Ces  sons  mouillés  existent  aussi  dans  le  basque  et 
dans  les  langues  celtiques  modernes  (1  et  n  mouillées  en  breton,  11  ini- 
tial en  gallois). 

*  Cette  réduction  est  tout  à  fait  exceptionnelle  en  luchonnais.  Pour- 


ET  DE  SA  VALLEE  403 

gnions  »).  Parfois  ils  tendent  à  se  confondre  (Ex.:  sélh  c  sceau  « 
pour  sénhf  de  signu  ;  estrâlh  ou  estrânh  «  étrange  »  de  extra- 
neu  ;  satoanhûy  à  côté  de  sawalhûy  ou  sugalhûy  ctœuf  de  mou- 
che »)• 

En  luchonnais,  m  mouillée  n'existe  pas  ;  cependant,  on  est 
tout  près  de  Tavoir  dans  des  formes  comme  semyi  «  je  sème  », 
amyi  ce  j'amène  »  (cf.  montalb.  kuntûmyi  «je  continue»);  mais 
on  dit  plutôt  semi^  ami. 

5)   Vibî'antes. 

Les  vibrantes  %  et  r  sont  toutes  deux  dentales,  comme  dans 
le  pays  d'oc  occidentaux. 

Pour  prononcer  Zy  la  langue  frotte  légèrement  de  sa  pointe, 
d'arrière  en  avant,  contre  le  palais  antérieur,  juste  derrière  les 
gencives  des  incisives  ;  pour  prononcer  r,  elle  se  place  à  peu 
près  au  même  point,  et  vibre  sans  se  déplacer,  produisant 
plusieurs  vibrations,  tandis  que  x  n'en  suppose  qu'une. 

Lorsque,  dans  un  groupe  où  r  est  la  seconde  consonne,  r 
s'afifaiblit  en  r,  une  voyelle  vient  se  placer  devant  elle  ^  C'est 
ainsi  que  griôi  a  espèce  de  cerise  s,  donne  ge%yôt\* arbrilhôt 
«  arbrisseau  »,  arbexilhôt  ;  arrebugrit  a  rabougri  »,  arrebugexit  ; 
*kabrê  (anc,  forme  pour  krabê  «  chevrier»),  Kabatê  (nom  de 
famille);  Kabryéwles  ou  Krabyéwles  (nom  de  lieu),  Kazabyétoles; 
fabriko  «fabrique  ou  fonderie  »,  faba%îko\*librày%e  «libraire  », 
libecàyte,  etc.  En  général  cette  prononciation  est  vicieuse  ; 
cependant  on  dit  couramment  arbeulhôt^  libezdyxe,  peut-être 
sons  l'influence  des  mots  ârbe  «  arbre  »,  et  libe  «  livre  ».  — 
Un  étranger  confond  facilement  z  et  /;  %  ne  peut  être  redou- 
blée, ou  du  moins  ne  se  redouble  pas. 

Lorsque  r  se  redouble,  la  première  r  est  implosive,  si  l'on 
peut  dire,  la  seconde  explosive  ;  r  se  redouble  toujours,  comme 
nous  verrons,  au  début  des  mots  (alors  elle  est  précédéa 
d'un  a)  ou  entre  deux  vojelles.  Isolée,  elle  ne  peut  se  trouver 
qu'après  A,  ^,  t,  d,  p,  b,  et  quelquefois  n  (Ex.  :  enrasinâ  «en- 
tant ih  est  passé  à  y  dans  suléy  a  soleil  •  pour  *  suléih  ;  et  dans  le  mot 
larboustois  pyà  «  pleine  »,  pour  "plhà^  de  *  plyà^  luch.  plyô. 

1  En  d'autres  termes,  ^  ne  peut  être  la  seconde  consonne  d'un  groupe. 
Voy. ci-après B)  2),  et  plus  loin,  dans  II,  2,  l'influence  de  certaines  con- 
sonnes sur  les  voyelles  et  les  groupes  combinés  initiaux. 


404  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

racinero)  ;  mais  elle  peut  précéder  toutes  les  consonnes,  sauf 
y  et  H;  elle  est  un  peu  plus  douce  devant  ^,y,  /,  /A,  d,  n,  nA, 
3,  b,  m,  et  quand  elle  est  finale. 

6)  Sifflantes  et  chuintantes. 

Le  son  z  permute  assez  souvent  avec  le  d  doux  ;  pour  le 
prononcer,  la  langue  descend  vers  les  incisives  plus  qu*en 
français,  ce  qui  le  rapproche  un  peu  de  la  zêta  ou  du  ce  espa- 
gnols. 

Le  son  s  est  prononcé  avec  force  et  se  rapproche  un  peu 
du  cA,  qui  Ta  même  parfois  remplacé  (Ex.:  may-chi a  mAÏs  oui  »; 
medechiy  «  médecin  »  ;  adkhât  pour  aDyéw  syàt,  n  adieu  i>  ; 
voj.  plus  loin).  Il  j  a  ici  des  nuances;  par  exemple  s  est  plus 
douce  dans  Benàsk  a  Vénasque  »,  eskdy  c  échoir»,  arribâts 
a  arrivés  »  que  dans  et  sânt  a  le  saint  »  ou  sent  «  cent  ».  Devant 
g  y  l,  df  n^b^niy  c'est  z  que  Ton  a,  et  non  s  (Ex.  :  ezgaxât^  ezlar- 
rat,  ezientegàt^  eznusyént,  ezbait^  ezmurdachât).  Le  caractère 
dental  des  sons  s  et  z  est  très  sensible  après  n  (Ex.  :  pensa, 
«  penser»  ;  prononcez  presque  pentsâ)  et  dans  les  assimila- 
tions comme  nous  le  verrons. 

Les  sons;  et  ch  sont  plus  mouillés  qu'en  français  ;  certains 
même  prononcent  ;  presque  y  et  ch  presque  comme  le  ch  doux 
allemand.  Cette  prononciation  rappelle  le  béarnais.  Ce  n'est 
pasàLuchon  la  bonne  prononciation,  mais  elle  ne  fait  qu*exa- 
gérer  le  caractère  que  nous  indiquons.  Ce  caractère  mouillé 
tient  d'ailleurs  à  ce  que  la  langue,  pour  prononcer  les  sons  / 
et  ch,  se  rapproche  plus  des  incisives  en  iuchonnais  qu'en 
français;  rapprochement  qui  se  produit  d'une  manière  géné- 
rale, comme  on  a  pu  le  voir  par  les  remarques  précédentes, 
pour  toutes  les  consonnes  dentales  ou  apparentées  aux  den- 
tales (liquides,  vibrantes,  sifflantes  et  chuintantes).  Le  carac- 
tère dental  du 7  et  du  ch  est  très  visible,  quand  ils  commen- 
cent une  phrase  ;  il  se  manifeste  encore  nettement  après  n 
(Ex.  :  minjà  «  manger  »;  prononcez  presque  mindjà)  et  dans 
les  assimilations  ,  comme  nous  le  verrons.  L'existence  des 
sons  y  et  ch  en  Iuchonnais  rapproche  le  Iuchonnais  du  fran- 
çais plus  que  d'autres  patois  d'oc,  qui  disent,  au  lieu  de/,  dz^ 
et  au  lieu  de  ch,  ts. 

Les  sons  z,  s,  j,  ch  peuvent  être  redoublés  fEx.  :  duz  zefir 


ET   DE  SA  VALLEE  405 

«  doux  zéphir  »,  essexejà  a  vanner  »  ;  dejjûnhe  «  détacher  du 
joug  n,  echchût  «  sec  »). 

7)  Les  sons  f  et  R. 

Le  son  latin  f  a  dû  être  prononcé  parles  Gascons  comme/* 
bilabiale,  et  non  labio-dentale  ainsi  qu'en  français;  de  là  son 
passage  régulier  ultérieur  à^.  Actuellement,/*,  rapportée  par 
les  mots  savants  ou  étrangers,  se  prononce  à  peu  près  comme 
en  français.  Cependant,  les  dents  n'appuient  guère  sur  la 
lèvre  inférieure  ;  il  est  même  des  endroits  voisins  de  Luchon 
où  Ton  prononce  /  presque  ^;  par  exemple  Frunsâk  «Fron- 
sacn  est  prononcé  à  Fronsac  presque  Ihunsâk.  Le  son  /*peut 
se  redoubler.  —  Le  son  v  labio -dental  manque  en  luchon- 
nais.  Cependant  ceux  qui  disent,  pour  c  Janvier»,  Janvyê, 
prononcent  là  le  v  à  peu  près  à  la  française.  (Voj.  ci-dessus 
pour  le  à  doux). 

Le  son  latin  f  a  donné  en  général  â  en  luchonnais  :  il  n'y  a 
qu'un  pas,  en  effet,  de  /'bilabiale  prononcée  sans  mettre  bien 
en  contact  les  lèvres,  à  fi  palatale  (non  gutturale).  En  luchon- 
nais, fi  est  aujourd'hui  un  souffle,  très  sensible  dans  certains 
mots  (exclamations  par  exemple),  mais  faible  en  général,  et 
n'empêchant  guère  les  élisions  ;  elle  tend  à  disparaître  presque 
partout,  ce  n'est  pas  douteux.  Sa  présence  est  signalée  sou- 
vent par  le  maintien  devant  elle  des  sons  s  et  cfi,  ou  le  redou- 
blement, si  elle  tombe,  de  la  consonne  précédente.  Ex.  :  desfie' 
udà  ou  dessetedâ  «  refroidir  n  ;  etcft  fiây  «  le  hêtre  »,  etc.  ;  ce 
qui  montre  qu'autrefois  elle  était  prononcée  avec  force. 

B)   QROUPBMBNT    DBS   CONSONNES 

1)  Inii l'aies  et  finales  *. 

Ne  peuvent  être  initiales  les  consonnes  y^  %,  nir.  Les  mots 
qui  auraient  commencé  par  une  r  commencent  tous  par  arr-^, 

*  Pour  les  syllabes  (et  non  plus  seulement  les  mots)  ^  et  r  peuvent 
être  initiales;  Çf  j,  d^  z  et  b  peuvent  être  finales.  Ainsi  f^  est  seule  à  ne 
pouvoir  absolument  être  initiale,  ^y,  ^  et  ^  à  ne  pouvoir  absolument  otro 
finales. 

•  Ce  caractère  rapproche  le  luchonnais  et  le  gascon  en  général  (Voy. 
Luchaire,  De  Lingua  Aquitanica)  du  basque,  qui  dit  par  exemple,  d'après 


4  06  LE  PARLER  DE  BAGNÈRES-DE-LDCHON 

sauf  quand  ils  sont  précédés  d'an  mot  terminé  par  une  voyelle  ; 
même  dans  ce  cas,  r  se  redouble  (Voy.  ci-après).  Remarquons 
que  Ih  et  nh  peuvent  être  initiales  ;  que  z^  w  ei  ià  le  sont 
rarement  ;  enfin  que  ch  n'est  initial  que  dans  des  mots  étran- 
gers (Ex.  :  chibâWy  chnpêw^  etc.  ;  mais  tch  peut  Têtre). 

Ne  peuvent  être  finales,  ni  la  semi-voyelle  w),  ni  ^,  ni  les 
sonores  et  douces  ^,  /,*,  cf,  z  et  6  ;  sauf  s'il  y  a  des  élisions, 
et,  pour  g,jj  rf,  z  et  6,  si  Tassimilation  les  exige  (Voy.  plus 
loin)  :  mais  alors  elles  ne  sont  vraiment  pas  finales.  La  finale 
/,  après  avoir  disparu,  s'est  rétablie  par  la  dérivation  im- 
propre et  l'importation  de  mots  étrangers  ;  Ih  et  nk  peuvent 
être  finales. 

2)  Groupes  de  consonnes, 

1^)  Il  y  a  en  luchonnais  des  groupes  disjoints  homogènes, 
issus  du  redoublement  d'une  même  consonne.  Toutes  les  con- 
sonnes peuvent  se  redoubler,  à  l'exception  de  iù,  y^  t  et  /l. 
Quand  il  y  a  redoublement,  la  première  consonne  est  implo- 
sive,  la  seconde  explosive,  en  entendant  par  là,  pour  celles 
qui  ne  sont  pas  dos  muettes,  qu'il  y  a  d'abord  préparation  de  la 
cavité  buccale,  puis,  pour  ainsi  dire,  déclenchement  ^  Le 
luchonnais  semble  avoir  une  prédilection  marquée  pour  le 
redoublement  des  consonnes,  à  peine  sensible  en  français. 

2**)  Il  y  a  encore  en  luchonnais  des  groupes  disjoints  hété- 
rogènes. Dans  ces  groupes,  1®  lù  n'entre  point;  —  2® y,  ck,  fi 
et  %  ne  peuvent  précéder  ;  —  3°  ??  ne  peut  suivre  ;  —  A"*  w  eiy 
peuvent  être  suivis  de  toutes  les  autres  consonnes,  sauf  r  ;  et 
r  des  mêmes,  sauf  ^  et  ^  ;  —  5"  /  des  mêmes  que  r,  sauf  Ih  et 
nh\  mais  les  groupes  avec  /  en  tête  sont  rares  et  étrangers; 
—  6<»  3  peut  précéder  ô,  g,  rf,  /,  m,  n,  Ih  et  nA,  et  suivre  les 
mêmes  sauf  Ih  et  nh\  ei  s  précéder  /?,  A:,  /,  même  /)  et  suivre 

Vinson,  «  arrazoin  »  pour  t  raiaon  >,  «  En'oma  »  pour  «  Rome  >,  c  hirrisku  v 
pour  €  risque  >,  etc. 

*  Parfois  l'assimilation  n'est  pas  complète  et  ne  fournit  pas  un  Téri- 
table  redoublement.  Par  exemple  dans  un  dit  h  un  doigt»  le  i  est  explosif; 
dans  un  dik  kupàt  c  un  doigt  coupé  »  on  a  à  peu  près  le  groupe  k  it, 
mais  le  premier  k,  issu  de  t  assimile,  n'est  pas  absolument  un  k  implosif, 
car  pour  le  prononcer  la  langue  reste  placée  un  peu  comme  pour  le  t 
implosif  (Voy.  ci-après  les  Assimilations). 


ET  DE  SA  VALLEE  4  07 

les  mêmes,  sauf/*;  -  7®y  ne  peut  suivre,  comme  muettes,  que 
d  et  71,  et  ch  que  ^  et  n  ;  et  même  les  groupes  où  /,  ch,  z  et  s 
occupent  la  seconde  place  après  une  muette  non  nasale  sont 
plutôt  combinés  ;  —  8"  enfin,  m  peut  erre  suivie  de  /),  de  b 
et  de  f;f^dek  et  de  g,  et  même  de  tch  et  de  ts  dans  les  assi- 
milations; n,  de  /,  d,  ch,  /,  fei  même  de  r. 

3*)  Enfin,  il  existe  en  luchonnais  des  groupes  proprement 
dits,  c*est-à-dire  appartenant  à  une  même  sjUabe  ou  combinés  ; 
on  peut  y  distinguer  ceux  qui  sont  initiaux  ou  médiaux  et 
ceux  qui  sont  finaux. 

Les  groupes  finaux  sont  ceux  qui  se  rapprochent  le  plus  des 
groupes  disjoints:  1°  Les  douces  6,  g,  /,  M,  d^  nh^  z,  fi^%  eiw 
n'y  entrent  point;  —  2^  w  eiy  ne  peuvent  y  être  que  pre- 
mières consonnes  ;  —  3*  Les  fortes  p,  /,  A:,  /*,  ch,  s,  et  de  plus 
/,  m  et  n  sont  seules  à  pouvoir  y  être  secondes  consonnes  ;  — 
4"»  Comme  premières  consonnes  :  r  peut  y  faire  groupe  avec 
tontes  les  fortes,  sauf  ch  ;  /  avec  les  mêmes  ;  s  avec  p^  t  et  k 
seulement;  m  avec  p  et  s,n  avec  t  et  s;  ij  avec  k;  — 5®  5  peut 
y  suivre  /*,  p,  t,  k,  r,  /,  m,  n;  et  r  précéder  m  et  w. 

Les  groupes  combinés  initiaux  ou  médiaux  sont  les  plus 
caractérisés:  1*  w,  w^  y,  /et  r  peuvent  seuls  y  être  secondes 
consonnes  ;  pourtant  ch  et  s,  peuvent  Têtre  après  /,  et  ;  et  z 
après  rf;  —  2"  chtj\  Ih^  nh  et  x  ne  peuvent  y  être  premières 
consonnes  qu'avec  w  ou  y;  —  3<*  avec  /,  on  n'a  comme  pre- 
mières consonnes  que  b,  />,  g^  k,  /*;  avec  r,  que  ô,  p,  rf,  t,  g, 

A^)  Comme  on  le  voit  aisément^  les  semi-vojelles  ont  besoin 
d*être  soutenues;  les  mouillées,  les  chuintantes  et  les  nasales 
font  groupe  moins  aisément  que  les  muettes  et  la  vibrante  r, 
les  douces  moins  aisément  que  les  fortes  ;  enfin,  en  général, 
les  sourdes  appellent  les  sourdes  et  les  sonores  les  sonores  : 
on  dit  tch,  dj,  ts,  dzy  mais  non  dch,  ni  (/,  ni  ds,  ni  /z,  etc.  Voy. 
plus  loin  les  assimilations. 

5^)  Certains  groupes  méritent  une  attention  spéciale. 

Les  groupes  bl  et  gl^  précédés  d'une  voyelle,  se  renforcent 
en ggl  et  bbl,  Ex.:  àgglo  «  aigle»,  sàbble  «  sable».  —  Les  grou- 
pes tch,  ;t,  /s,  fréquents,  manquent  en  français.  —  Le  luchon- 
nais  aime  peu  les  groupes  ps^  et  ks,  gz.  Dans  plusieurs  cas,  ils 


408  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LDCHON 

sont  passés  à  /s  ^  Ex.  :  pour  ps  :  klûtsis  a  éclipse  >  ;  dûs  kôU 
a  deax  fois  »  ;  pour  ks:  a  patàts  «  en  quantité  ».  Là  où  ils  se 
conservent,  ils  se  prononcent  à  peu  près  pts^  kts^  gdz,  Ex.  :  dûs 
kâpis  «  deux  ièiesn y  dûs  sàkts  u  deux  sacs  »,  aptsént  a  absent», 
akisyûf/  «  action  »,  egdzémple  a  exemple  ».  Cette  prononcia- 
tion est  moins  caractérisée  à  la  fin  des  mots  ;  aussi  écrirons- 
nous  kàps,  sàks.  Au  milieu  des  mots,  le  toixle  d  sont  sensibles, 
mais  ne  sont  pas  explosifs,  ne  servent  qu'à  soutenir  s  ou  z  ; 
lep,  le  k  ou  le  g,  implosifi,  échappent  darantage,  parce  qu'ils 
sont  à  peine  indiqués  et  à  peu  près  assimilés  au  t  ou  au  d; 
mais  nous  croyons  devoir  noter  le  mouvement  labial  ou  gut- 
tural qui  se  produit,  et  écrire,  non  atsént,  atsyûtf  ou  edzém- 
pie  y  mais  plutôt  aptsént^  aktsyûy  et  egdzémple  '. 

En  résumé,  pour  les  consonnes  luchonnaises  : 

La  revue  rapide  que  nous  venons  d'en  faire  nous  montre 
qu'elles  correspondent  en  gros  aux  consonnes  françaises  et 
espagnoles  ; 

Mais  1°  le  son  y  manque  en  français  et  en  espagnol. 

2o  Les  sons  qui  correspondent  sont  différents  ;  les  chuin- 
tantes sont  mouillées  ;  un  grand  nombre  de  consonnes  ont  un 
caractère  dental  prononcé. 

3°  Point  de  rudes  gutturales  comme  la  jota  espagnole. 

4^  Point  de  sons  formés,  comme  le  v  français  ou  la  z  espa- 
gnole, en  appuyant  les  dents  sur  les  lèvres  ou  la  langue: 
sauf /^  prononcée,  d'ailleurs,  d'une  manière  assez  ouverte. 

5*^  Le  luohonnais  a  une  prédilection  pour  les  redouble- 
ments, et  forme  des  groupes  originaux. 

6^  Enfin,  le  nombre  et  la  diversité  des  dentales,  qui  sont  de 
toutes  les  consonnes  celles  dont  la  prononciation  comporte 
le  plus  de  netteté,  assure  une  articulation  nette  et  variée;  et, 


ï  II  suffit,  pour  que  ks  donne  ts^  que  k  soit  le  k  devant  e  et  i  :  c'est  déjà 
presque  une  dentale  ;  et,  pour  que  ps  donne  /s,  que  la  langue,  quand  on 
dit  ps,  touche  le  palais  derrière  les  incisives  avant  le  contact  des  lèvres. 

*  Ainsi,  ks  ou  x  n'existe  pas  purement  en  luchonnais  ;   et  cependant 
ks  ne  s'y  réduit  ni  complètement,  ni  uniformément  à  ts.  (Voy.  ci-apn»9 
dans  la  II*  division,  le  traitement  de  x  latine). 


ET  DE  SA  VALLÉE  4  09 

malgré  Texistenoe  de  sods  doux  {à,  g^  dy  bh^  g  h,  dh^  2,  ;', 
Y,/)  et  de  nombreuses  mouillées,  le  pas  appartient  aux  con- 
sonnes fortes,  détonantes,  qui  égalent  presque  les  autres  en 
fréquence  ^  comme  nous  le  verrons  à  la  un  de  cette  première 
partie. 


Écriture  et  orthographe. 

Il  suit,  de  tout  ce  qui  précède,  qu'il  7  a  en  luchonnais  huit 
voyelles  (si  Ton  ne  distingue  point  entre  a  et  à,  et  si  Ton  ne 
compte  point  les  voyelles  nasales  au  nombre  de  sept),  trois 
semi- voyelles,  et  vingt  consonnes  (si  Ton  ne  distingue  point 
les  implosives  des  explosives,  ni  6,  J,  g  de  bh^  dh^  gh)^  soit 
en  tout  trente  et  un  sons  distincts.  Il  serait  donc  possible 
d*écrire  tous  ces  sons  à  Taide  d*un  alphabet  de  trente  et  un 
signes,  de  manière  à  éviter  changements  de  valeur  et  dou- 
bles emplois  des  signes,  à  n'avoir  qu'un  son  pour  chaque  signe 
et  qu'un  signe  pour  chaque  son,  et  à  exprimer  le  langage, 
chose  vivante  et  fuyante,  aussi  exactement  que  possible,  sans 
trop  multiplier  les  caractères.  Celui  auquel  nous  nous  étions 
d*abord  arrêté  présentait,  en  outre,  l'avantage  de  s'écarter 
peu  de  l'usage,  de  fournir  des  caractères  continus,  non  sur- 
chargés d'accents  ou  de  signes  diacritiques,  d'accord  entre 
eux  au  point  de  vue  du  parallélisme  phonétique,  et  satisfai- 
sants par  leur  apparence  esthétique. 

Mais  les  difficultés  que  présente  la  fonte  et  l'emploi  de 
caractères  nouveaux  et  quelques  autres  considérations  font 
que  nous  nous  servirons  ici  d'un  alphabet  un  peu  différent,  et 
cependant  simple  et  clair.  Le  voici,  tel  que  ce  qui  précède 
Ta  déjà  fait  connaître: 

abckdèefgfiijkllhm  nnhyôoptrstu  to  û  ïv  y  z, 

il  ne  s'écarte  de  l'idéal  que  par  Temploi  du  tréma  pour  dis- 
tin{:uer  ù  et  w  de  u  et  de  w,  de  //  pour  donner  c/i,  là  et  w//,  et 
de  Taoceut  grave  pour  distinguer  è  dd  e,  ô  deo  ;  e  ei  u  sans 
accent  grave  sont  fermés. 

Nous  marquerons  Taccent  d'intensité  principal  par  l'accent 


410  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

aigu.  Cela  ne  présentera  aucune  diMonlté  pour  e,  a,  i,  u,  û  <, 
ni  pour  a  (où  noua  ne  distinguerons  pas  entre  a  et  à).  Pour 
è  atô,  quand  ils  seront  frappés  de  l'accent  d'intensité,  ils  por- 
teront l'accent  circonflexe,  combinaison  de  l'accent  grave, 
signe  de  leur  timbre,  et  de  l'accent  aiga,  signe  de  l'accent 
tonique.  (Ëx.  da  tout  cela:  awé,  beskô,  lejt,  Gatùno,  lùde, 
kddo  iperê,  lôdo,  lêchà-w,  porto ■u}.)Nù\h  marquerons  toujours 
l'accent  tonique. 

Les  groupes  cA,  Ih  etnA,  traditionnels  en  gascon,  soûlasses 
lisibles  et  ne  se  rencontrent  d'ailleurs  point  avec  â,  que  nous 
a  fourni  aisément  y  retourné;  ^  et  *  sont  toujours  durs. 

L'existence  de  règles  d'écriture  simples,  claires  et  unifor- 
mes, contribuerait  beaucoup  &  la  prospérité  littéraire  de  nos 
parlers  méridionaux,  que  bien  des  gens  hésitent  à  écrire  à 
cause  des  difâculiés  orthograpliiques  qu'ils  rencontrent.  Mais 
là  il  faut  tenir  compte  da  la  tradition,  de  l'usage  du  pays  et 
même  de  l'orthographe  des  langues  voisines  et  api>arentée3. 
—  Ici,  notre  but  est  avant  tout  scientifique;  1>ib  signes  que 
nous  avons  adoptés  nous  empêcheront  de  prendre  pour  des 
transformations  de  sons  les  changements  de  notation  que 
nécessiterait  un  autre  alphabet  (p.  ex.,  c  devenant  qu  devant 
e,  etc.)  ;  ils  nous  éviteront,  plus  tard,  des  complications  dans 
l'étude  de  la  morphologie;  iU  vont  nous  permettre  immédia- 
,  tement  d'exposer  avec  clarté  les  principales  lots  phonétiques 
qui  ont  produit  lea  sons  du  parler  luchonnais. 


n 

OniGINE  DES  SONS  DU  LUGHONNAIS 


1.  Origine  générale  des  sons  lucbonnais 

■  '  'videmment  que  par  abstraction  que  l'on  aépare- 
itude  de  la  phonétique  luchonnaise,  ce  qu'elle  a 
ent  luchonnais  de  ce  qu'elle  a  de  gascon.  Qu'il 

is  dii  loutefois,  pour  noter  ù  tonique,  emplojer  le  signs  ù . 


ET  DE  SA  VALLEE  4  1 1 

s*agi8se  de  l'origine  générale  des  sons  qui  constituent  le  parler 
luchonnais,  ou  des  lois  spéciales  qui  les  ont  produits,  Tobjet 
à  étudier  est  gascon  et  luchonnais  à  la  fois.  Aussi  ne  pourrons- 
nous  nous  dispenser  d^examiner  certains  points  généraux  ; 
mais  nous  le  ferons  du  point  de  vue  luchonnais. 

P  Le  fonds  du  langage  luchonnais  est  latin  ;  mais  dans  les 
pays  montagneux  Tinfluenoe  latine  s'est  moins  aisément  exer- 
cée que  dans  les  plaines.  Sans  doute,  les  Romains  s'étaient 
solidement  établis  dans  la  région  centrale  des  Pyrénées.  On 
leur  attribue  le  dessèchement  de  la  vallée  de  Luchon ,  la 
découverte  de  la  vertu  curative  des  eaux,  etc.  11  est  certain 
en  tout  cas  que  des  thermes  importants  s'élevèrent  aux  lieux 
mêmes  où  sont  établis  les  thermes  actuels;  et  les  nombreuses 
inscriptions  latines  qu'on  a  retrouvées  dans  le  pays  (Voj. 
J.  Sacaze,  Epigraphit  de  Bagnères- de -Luchon;  Desjardins, 
Géographie  de  la  Gaule  romaine,  etc.)  montrent  qu'ils  furent 
fort  fréquentés.  Mais,  de  même  que  les  Arvernes  parlèrent  le 
celtique  jusqu'au  IV*  siècle  de  notre  ère,  et  que  les  Basques, 
aux  sources  de  TËbre,  purent  conserver  leur  vieux  langage, 
de  même  les  Pyrénées  centrales,  bien  que  plus  accessibles  que 
l'Auvergne  ou  que  les  Monts  Cantabres,  durent  protéger  rela- 
tivement les  anciens  parlers.  Ainsi,  sur  les  inscriptions  latines 
de  Luchon,  les  noms  barbares  sont  fréquents  * ,  ce  qui  porte 
à  croire  que  la  population  (celtibérienne,  comme  nous  l'avons 
dit,  mais  plus  celtique  qu'ibérienne)  n'avait  guère  changé 
malgré  l'occupation  romaine,  et  qu'à  côté  du  latin  adopté 
d'abord  par  les  hautes  classes,  le  langage  primitif  devait  per- 
sister encore. 

Plus  tard,  l'invasion  germanique  apporta  des  éléments  nou- 
veaux. La  puissance  des  Wisigots  fut  de  bonne  heure  brisée 
par  celle  des  Francs.  Ceux-ci  dominèrent  et  ravagèrent  le 
pajs  :  on  n'a  qu'à  se  rappeler  l'aventure  de  Gondowald  à  Lyon 
de  Gomminges  (aujourd'hui  Saint-Bertrand).  Néanmoins  les 
Gots  ont  eu  peut-être  plus  d'importance   chez  nous.  Bien 


1  D'ailleurs,  quand  même  tous  les  noms  seraient  devenus  latins,  cela 
ne  prouTerait  pas  une  latinisation  complète.  C'est  ainsi  qu'aujourd'hui,  à 
Luchon,  les  prénoms  sont  pris  en  grand  nombre  au  français,  alors  pour- 
tant que  le  luchonnais  reste  la  langue  courante. 


4  14  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

d'alors,  et  que  c*est  de  ce  dernier  qu'est  issu,  sous  l'influence 
combinée  des  tendances  physiologiques  et  de  la  transmission 
traditionnelle,  V  n  accent  »  luchonnais  actuel. 


2.  Principales  lois  phonétiques  du  laohonnais 

Les  sons  latins,  adoptés  par  les  Onésiens  de  la  manière  que 
nous  venons  de  dire,  sont  allés  se  modifiant  avec  le  temps, 
amenant  ainsi  des  changements  parfois  profonds  dans  la  phy- 
sionomie des  mots.  Le  même  fait  s'étant  produit  partout,  les 
parlers  romans,  si  peu  divergents  qu'on  les  suppose  d'abord, 
par  suite  de  la  différence  des  a  accents  »  primitifs,  sont  allés 
s'écartant  de  plus  en  plus  les  uns  des  autres,  s'individualisaut 
de  plus  en  plus  (abstraction  faite  de  leurs  influences  mutuelles), 
prenant  de  plus  en  plus  l'empreinte  de  ceux  qui  les  parlaient, 
devenant  ainsi  toujours  plus  originaux,  dans  la  mesure  où 
savaient  et  pouvaient  le  rester  ceux  qui  se  les  transmettaient. 

Et  cependant,  dans  cette  évolution  même,  les  parentés 
ethnographiques  ont  dû  se  traduire.  Certes,  si  l'on  prend  les 
transformations  phonétiques  une  à  une,  on  pourra  retrouver 
telle  ou  telle,  qui  s'est  produite  en  luchonnais,  dans  les  langues 
les  plus  éloignées  parlées  par  les  peuples  les  plus  étrangers, 
et  le  rapprochement  sera  à  peu  prés  sans  valeur  (sauf  dans 
la  mesure  où  il  révélerait  une  loi  phonétique  très  générale 
ou  universelle).  Mais,  en  réalité,  les  tendances  phonétiques 
n'existent  point  chacune  à  part  ;  elles  forment  des  groupes 
ou  systèmes  vivants  qui  dépendent  de  la  conformation  phy- 
sique du  peuple  considéré,  de  son  tempérament,  de  sa  race  en 
un  mot,  en  entendant  par  là,  avant  tout,  k  constitution  héri- 
tée des  ancêtres.  Le  climat,  les  habitudes,  le  genre  de  vie, 
peuvent,  sans  doute,  quand  ils  sont  semblables,  favoriser  le 
maintien  des  ressemblances  ethnographiques  primitives  et 
atténuerles  différences  de  même  nature  ;  quand  ils  sont  diffé- 
rents, amener  des  résultats  contraires  ;  mais  pourtant  sans 
pouvoir  effacer  complètement  ce  qui  tient  au  sang  et  à  l'ori- 
gine. Le  fait  que  1'  a  accent  »  s'apprend,  et  que  les  organes 
vocaux  se  modèlent,  dans  la  jeunesse,  par  imagination  et 
imitation  instinctives,  sur  V  a  accent  »  du  pays  où  l'on  vit, 


ET  DE  SA  VALLEE  4 1 5 

donne,  sans  doute,  une  espèce  de  parenté  relative,  au  point 
de  vue  de  la  voix  et  de  Farticulation,  à  ceux  qui  parlent,  aux 
mêmes  lieux,  la  même  langue  familiale  ;  mais  cet  «accent  »  se 
maintiendra  mieux  chez  ceux  qui  y  sont  aptes  de  naissance. 
La  question,  comme  on  le  voit,  est  délicate^  mais  Tinâuence 
de  la  race  ne  nous  paraît  point  négligeable.  ' 

Si  donc  on  connaît  déjà,  par  Tanthropologie  et  aussi  par 
Thistoire,  la  parenté  de  deux  peuples,  il  est  plus  que  probable 
que  révolution  de  leurs  langages  révélera  des  tendances 
phonétiques  semblables.  Inversement,  des  tendances  phoné- 
tiques semblables,  dans  deux  langues  différentes,  permettraient 
de  supposer,  en  Tabsence  de  renseignements  historiques  et 
avant  toute  mesure  anthropométrique,  la  parenté  des  peuples 
qui  les  parlent.' 

Il  faudrait  sans  doute  ici  beaucoup  de  prudence  ;  car, 
d'abord,  il  y  a  des  lois  phonétiques  trop  générales  et  même 
universelles,  humaines,  dont  la  possession  commune  ne  prou- 
verait  rien  ;  de  plus,  quand  un  peuple  adopte,  ce  qui  s'est 
produit  souvent,  une  langue  étrangère,  la  nature  des  sons  qui 
constituent  celle-ci  peut  rendre  inutiles  certaines  tendances 


>  Dans  la  vie  d'une  race,  il  y  a  des  familles  qui  s'éteignent  ;  ceux 
qui  vivent  actuellement  ne  se  rattachent  donc  pas  directement  à  tous 
ceux  qui  les  ont  précédés.  Mais  la  langue  et  V  c  accent  »  les  y  rattachent 
d'une  manière  plus  large  et  plus  uniforme  que  le  sang.  L'accent  n'est 
pas  refait  par  les  nouvelles  générations,  mais  hérité  ;  c'est  un  peu  de  la 
nation  passée  qui  survit  dans  la  nation  présente.  Il  peut  même  conserver 
des  traces  d'antiques  parentés. 

*  Le  mieux  serait  évidemment,  pour  éclaircir  ces  questions,  d'utiliser 
a  la  fois  les  deux  sources,  anthropologique  et  linguistique.  Il  faudrait 
comparer  les  peuples  actuels  sous  le  rapport  à  la  fois  de  leur  consti- 
tution physique  (spécialement  au  point  de  vue  des  organes  vocaux)  et  du 
timbre  et  de  l'articulation  des  sons  de  leurs  langues  :  comparaison  qui 
serait  instructive  surtout  lorsque  la  même  race  parlerait  des  langues 
diverses,  ou  diverses  races  des  langues  de  même  origine.  —  Il  faudrait 
encore  pouvoir  suivre  pendant  longtemps,  pour  un  même  peuple  et  une 
même  langue,  les  modifications  physiologiques  les  plus  délicates  et 
l'évolution  phonétique.  —  Il  faudrait,  enfin,  tout  en  évitant  de  s'en  tenir 
à  des  choses  trop  générales,  savoir  faire  abstraction,  dans  tout  cela,  des 
difi'érences  purement  individuelles.  Alors  seulement  on  pourrait  établir 
des  rapports  exacts  entre  la  conformation  physique  et  les  tendances 
phonétiques,  aux  deux  points  de  vue  actuel  et  historique. 


416  LE  PARLER  DE  BAGNERES^DELUCHON 

phonétiques  qui  s'exerçaient  dans  le  langage  primitif,  et,  en 
revanche,  en  manifester  d'autres  qui  ne  trouvaient  dans  ce 
langage  aucune  occasion  de  s'exercer.  Néanmoins,  des 
études  faites  dans  ce  sens  pourraient  être  fructueuses,  à 
condition  de  bien  distinguer  le  caractéristique  de  l'universel 
et  de  comparer  les  tendances  phonétiques,  en  les  prenant, 
non  une  à  une,  mais  par  ensembles. 

C'est  à  peu  près  ce  qu'a  déjà  fait  M.  Luchaire  dans  ses 
intéressantes  études  sur  Les  idiomes  pyrénéens  et  Les  origines 
linguistiques  de  t Aquitaine,  Il  a  montré  que  plusieurs  des  lois 
phonétiques  les  plus  caractéristiques  du  gascon  sont  sembla* 
blés  à  celles  qui  ont  modifié  les  mots  latins  passés  dans  le  bas- 
que :  p.  ex.  la  transformation  de  f  en  fi,  do  11  ou  1  en  v  douce 
entre  deux  voyelles^  la  chute  de  n  entre  deux  voyelles,  de 
d  après  n,  le  redoublement  de  r  initiale  ;  tous  ces  faits  se 
retrouvent  en  luchonnais. 

Mais  les  Luchonnais  anciens,  parents  de  la  race  basque, 
ont  dû  être  aussi  fortement  celtisés  ;  des  tendances  celtiques 
se  manifestent  également  dans  leur  langage.  Signalons 
notamment  la  présence  du  son  û,  non  pas  emprunté  à  l'ancien 
celtique,  qui  Tignorait  (Voyez  plus  loin),  mais  produit  et  déve- 
loppé par  le  luchonnais  comme  par  toutes  les  langues  roma- 
nes parlées  par  des  peuples  celtiques  ou  celtisés  (Français  du 
nord  et  du  midi,  Piémontais,  Basques  français  eux-mêmes) 
et  par  les  langues  celtiques  modernes  ;  celle  des  nasales, 
comme  en  français,  en  portugais,  en  breton  ;  celle  des  sons 
j  et  ch  (et  non  pas  seulement  dj  et  /cA),  comme  en  français  et 
en  breton  ;  la  vocalisation  de  /  comme  en  français  et  en  pro- 
vençal(mais  non  en  languedocien)  ;  le  passage  à  une  certaine 
époque  de  v  on  w  initial  à  gw,  puis  g,  à  peu  près  comme  en 
breton  {gw  ou  giv),  en  français  (gic\  puis  g)^  en  espagnol  (gw)y 
et  d'ailleurs  aussi  en  italien  [gw);  enfin,  les  assimilations,  dues 
sans  doute  à  une  tendance  générale  à  accommoder  les  sons 
en  contact,  mais  se  faisant  en  luchonnais  autrement  qu'en 
grec  ou  en  arabe,  un  peu  comme  en  sarde,  et  plus  encore 
comme  en  breton  ancien  (Voyez  Loth,  Chrestomat/ne  bre» 
tonne  \  —  et  ci- après). 

Nous  laissons  à  de  plus  compétents  le  soin  de  déterminer  ce 
qu'il  y  a  de  sûr  et  de  probant  dans  tous  ces  rapprochements  ; 


ET  DE  SA  VALLEE  417 

mftis  nous  en  croyons  solide  Tidëe  direatrice  :  la  phonétique 
lachonnaise,  dans  son  développement  comme  dans  son  point 
de  départ^  est  une  phonétique  celtibérienne. 

En  tout  cas,  les  lois  phonétiques  du  luchonnais  sont  en  gros 
les  mêmes  que  celles  du  gascon  ;  ou  plutôt,  le  général,  ici 
comme  ailleurs,  n'existant  que  dans  Findividuel,  une  modifi- 
cation phonétique  luchonnaise  quelconque  est  à  la  fois  gas- 
conne et  luchonnaise,  sans  qu'on  puisse  distinguer  autrement 
que  par  abstraction  ^  Au-dessous  de  la  loi  générale  du  moindre 
effort,  et  de  quelques  autres  fort  générales  encore,  comme 
celles  de  la  persistance  des  voyelles  accentuées,  des  consonnes 
initiales^  etc.,  on  retrouve  les  lois  phonétiques  caractéris- 
tiques du  gascon,  mais  appliquées  dans  le  détail  d'une  manière 
personnelle.  C'est  ce  que  nous  montrera  Texposition  que  nous 
allons  faire  des  lois  phonétiques  qui  ont  produit  le  luchonnais, 
en  nous  attachant  à  mettre  en  lumière  ce  qu*elles  ont  d'ori- 
ginal. Occupons- nous  successivement  des  voyelles  et  des 
consonnes. 


1<^  Voyelles 

Disons  d'abord  quelques  mots  de  Y  accentuai  ion. 

Les  voyelles  latines  étaient  les  unes  toniquep,  les  autres 
atones.  L'accent  de  hauteur  avait  été  ramené  déjà  par  le 
latin  de  l'empire  à  l'accent  d'intensité;  cependant,  comme 
nous  l'avons  fait  remarquer,  le  luchonnais  est  assez  chan- 
tant, et  même  certaines  voyelles  luchonnaises  possèdent  par- 
fois des  variétés  d'intonation  :  si  bien  que  le  luchonnais  paraît 
avoir  refait  quelque  chose  d'analogue  à  l'intonation  ancienne 
dii  latin  et  du  celtique. 

Comme  le  latin  populaire  des  Gaules^  le  latin  luchonnais 
possédait  un  accent  principal  et  un  accent  secondaire,  c'est- 
à-dire  renfermait,  à  côté  des  voyelles  toniques  et  des  voyelles 
atones,  des  voyelles  contre-toniques. 

1  Les  Gascons  sont  d'origine  assez  diverse,  d'après  les  travaux  de 
M.  Collignon.  Jusqu'à  quel  point  cette  diversité  se  reflète-t-elle  dans  les 
divers  patois  gascons  ?  Le  pays  et  le  climat  ont  joué  ici  un  rôle  plutôt 
unificateur. 

V 


416  LE  Ï^ARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

Les  voyelles  accentuées  du  latin  ont  donné  les  vojelles 
accentuées  du  luchonnais,  les  contre-toniques  ont  en  général 
persisté,  les  atones  ont  donné  en  luchonnais  des  atones  on 
bien  ont  disparu.  Rarement  Taccent  a  changé  de  place.  Il  j 
a    pourtant    quelques    exceptions  : 

1°  Parfois  deux  mots  luchonnais  supposent  la  même  forme 
latine,  mais  avec  deux  accentuations  différentes;  par  ex.: 
plàde  ou  plàze  a  plaire  »  suppose  plâcere,  mais  pladé  ou  plazé 
«  plaisir  »  *  placera.  En  réalité,  il  n'y  a  pas  là  déplacement 
d'accent,  mais  simplement  changement  de  conjugaison*. 

2°  La  transformation,  devant  une  voyelle,  de  é  ou  i  accen- 
tués en  y  y  de  ô  ou  ù  accentués  en  u;,  a  amené  un  déplacement 
de  Taccent,  en  général  vers  la  droite.  Ex.:  (à  Montauban, 
Tarn-et-Garonne  *,  kûyo,  du  fr.)  (/j/d,larb.  dyd  a  jour  d,  de*dia'  ; 
eslryô  (c  étrenne  »  de  siréna. ;kwô  a  queue»,  pour  *kûdOf  de  coda 
(cHuda)  ;  des  verbes  en  yà  et  wà:  k*amyé$  a  tu  amènes  s  de 
*ad-minas;  k'aswé  u  il  appelle  »  de  *  ad-s6nat,  etc.  Au  con- 
traire, dans  les  formes kantêso  n  que  je  chantasse  d  de  can- 
ta(v)iâse(m), parliso  «  que  je  partisse»  de  parti(v}isse(m},  etc.; 
la  chute  du  v  {w  médial)  a  amené  les  diphtongues  *ây  qui  est 
passée  à  e,  et  *iy  (?)  qui  est  passée  à  i  ;  de  même  mêstre 
(c  maître  »  (  mi-sar.  ).  suppose  *mâystre  de  magistru  ;  etc. 

3**  Parfois  on  a  formé  par  analogie  des  formes  accentuées 
autrement  que  les  formes  du  latin  classique  ;p.  ex.ik'aymdwem 
«nous  aimions»  suppose*  amàbamus  au  lieu  de  amabâmus  ;  de 


1  Nous  mettons  les  mots  latins  en  lettres  droites,  les  mots  luchonnais 
et  de  langue  d'oc  en  italique,  les  mots  français  qui  les  traduisent  entre 
guillemets.  L'astérisque  (*)  désigne  les  formes  hypothétiques ,  le  petit 
zéro  vO)les  formes  fausses  ,  c'est-à-dire  qui  n'ont  pas  dû  exister  ou  n'exis- 
tent point  ;  la  croix  (f  )  les  formes  inusitées  aujourd'hui,  mais  non  hypo- 
thétiques. 

2  Nous  aurons  plusieurs  fois  Toccasion  de  rapprocher  le  montalbanais 
du  luchonnais,  à  titre  de  renseignement. 

'En  général,  nous  supprimons  m  finale,  dans  les  polysyllabes,  car 
elle  était  tombée  dans  ces  mots  dès  le  latin.  Quand  il  sera  nécessaire  de 
la  noter  pour  éviter  des  confusions,  nous  la  mettrons  du  moins  entre 
parenthèses;  nous  mettrons  également  entre  parenthèses  h  latine  et 
toutes  les  autres  lettres  tombées  dès  le  latin. 


ET  DE  SA  VALLEE  419 

même  sémina  donne  sémyo  a  sème  »,  moins  usité  que  semyéf 
formé  par  analogie  avec  amyé  «  amène  »,  etcJ. 

4*^  Enfin,  Texistence  des  enclitiques  et  des  proclitiques  a 
amené  des  déplacements  d'accents  et  des  apophonies  que 
nous  étudierons  plus  loin.' 

Passons  au  timbre  des  voyelles. 

On  sait  que  les  différences  de  quantité  et  de  timbre  des 
voyelles  du  latin  classique  ont  été  ramenées,  dès  le  latin  popu- 
laire, à  des  différences  de  timbre'.  Ainsi ^  : 

â  et  â  ont  donné  a. 
ë  a  donné  è,  auquel  est  passé  aussi  se. 
è  et  ï  ont  donné  e^,  auquel  est  passé  aussi  œ. 
î  a  donné  i, 
6  a  donné  o. 

ô  etû  ont  donné  o,  auquel  est  passé  parfois  au. 
û  a  donné  u,  qui  est  passé  assez  tôt,  en  Gaule,  à  û. 
j  enfin  est  passé,  soit  à  u,  soit  à  i,  brefs  ou  longs,  c'est- 
à-dire  a  donné  o,  puis  u  (pas  d'exemple  de  ûT)  et  e  ou  t^. 


1  On  trouvera  de  nombreux  exemples  de  déplacements  d'accents  et  de 
troubles  plus  profonds  dûs  à  Tanalogie  dans  la  morphologie  du  verbe 
luchonnais.  L'analogie,  contrariant  la  phonétique  et  refaisant  son  œuvre, 
est  arrivée  ainsi  à  rendre  presque  absolument  c  régulière  »  la  conjugaison 
luchonnaise. 

s  Voyez  plus  loin  les  Modifications  éprouvées  par  les  soos  luchonnais 
dans  leurs  rencontres  actuelles. 

'  Se  peut-il  cependant  qu'il  n'y  ait  pas  eu  de  diflérences  de  quantité 
entre  les  voyelles  du  latin  populaire,  et  que  ces  différences  n'aient  pas 
correspondu  quelquefois  à  des  différences  classiques  ?  L'accent,  notam- 
ment, portait  le  plus  souvent  en  latin  sur  des  longues.  Les  toniques  du 
latin  populaire,  surtout  les  toniques  libres,  devaient  donc  être  un  peu 
longues.  Mais  la  nuance  était  sans  doute  assez  faible  pour  qu'on  puisse 
la  négliger  ici  ;  c'est  le  roman  luchonnais  qui  a  dû  refaire  les  difiérences 
de  quantité. 

*  D'après  Darmesteter,  Grammaire  historique  de  la  langue  française^ 
I,  pp.  79-81. 

•  L'équivalence  de  ô  et  de  ï  est  peut-être  en  partie  l'explication  des 
datifs  en  e,  pour  î  ou  œ,  qu'on  rencontre  sur  les  inscriptions  luchon- 
naises  et  pyrénéennes.  Ex.  :  ahbrbblstb,  andose,  matrb,  et  d'autre  part, 
piBNTissiMB,  CARissiMB  (voyez  J.  Sacaze,  principalement  Épigraphie  de 
Luchon,  p.  73).  Sans  doute,  ï  est  long  au  datif  de  la  3'  déclinaison  latine. 


420  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DB-LDCHON 

Mais  le  fait  d*être  libres  ou  entravées,  toniques  ou  atones* 
initiales,  médiales  ou  finales,  et  en  rapport  avec  telle  consonne 
ou  telle  autre  voyelle,  a  modifié  ensuite  les  voyelles  résul- 
tantes primitives,  et  c'est  là  que  8*est  manifestée  Toriginalité 
des  peuples  qui  ont  parlé  des  idiomes  romans.  C*est  ce  qu'il 
nous  reste  à  voir  pour  le  luchonnais. 

Nous  examinerons  d*abord  les  voyelles  libres,   puis  les 
voyelles  entravées,  ensuite  Faction  troublante  de  certaines 
consonnes  sur  les  voyelles,  enfin  les  diphtongues  et  les  apo  - 
phonies. 


A)  VOTBLLBS   LIBRES 

Elles  sont  ou  toniques,  ou  contre-toniques,  ou  atones. 

/)  Voyelles  libres  toniques. 

Elles  restent,  en  général,  ce  qu'elles  étaient  devenues  en 
latin  populairt^;  le  luchonnais,  du  moins  primitivement,  ne 
les  diphtongue  pas. 

1°)  â  ou  à  reste  à;  il  en  est  de  même  de  Ta  de  au  non  réduit 
à  6,  Ex.  : 

cantâba,        kantâwo  «je  chantais». 

altâre,  atotà  «  autel  n. 

cantâre,         kanlâ  a  chanter  ». 

pàlu^  pàw  «pieu». 

cantâmus,      kaniàm  «  nous  chantons  ». 

cantàtis,        kantât  u  vous  chantez  ». 

Cintâiû,         kantât  «  chanté  ». 

vâdo,  bâw  «  je  vais  ». 

cantâ(v)îy  *  kantày^  puis  kantê^  (•  je  chantai  )>. 

•^âriu,  *  -dy,  puis  -e  *  ;  en  fr.  «  -ier  ». 


mais  il  a  dû  s'abréger  ayant  de  disparaître,  yu  sa  position  finale,  et,  par 
suite,  devenu  ï  (càd.  e),  se  confondre  avec  ï  abrégé  (cf.  béne  «viens  »,  de 
vénï)  ;  de  même,  se  (ou  ë)  a  dû,  dans  la  môme  position,  se  confondre  avec 
6  abrégé.  Mais  il  y  a  peut-être  ici,  surtout  pour  les  deux  premiers 
exemples,  maintien  ou  influence  des  datifs  celtiques  en  e. 

•Ainsi  TTvppoç  ou  byrrus  a  donné  'birr-ittu,  d'où  berrét  c béret» ;«//7io 
c  cime  •  suppose  cima,  de  xu/as;  bi^so  c  bourse  •  ^b^rsa,  de  pvpaa. 


f&ba, 
m&rd, 

âcna, 

c&ae, 

casa, 

f&bra, 

pâtre, 

mâcra, 

âd  (h)ora, 


ET  DE  SA  VALLEE 

fiâwo  a  fève». 
màr  «  mer». 
màw  ornai  ». 
àymo^  «aime  ». 
kây^  a  chien  ». 
kâzo  ((  maison  ». 
fiàwxe  «  forgeron  » . 
*  pàyxe^  puispay  *  «  père  ». 
màgro  c  maigre  ». 
âxo  a  maintenant  »  ;  v.  fr.  ore. 


421 


caasa,  kàwzo  ou  kàwdo  a  chose  ». 

paupere,      ^ pâwbre^  puis  prâwàe  a  pauvre  ». 


2*)  ë  et  se  restent  ê.  Ex.  : 

ëra  (m)  êto  <c  j^étais  » . 


pêcu, 

lève, 

gëlu, 

mël, 

fël, 

pëtra. 


pêk  tt  imbécile  » . 
lêto  ((  bientôt  ». 
jêw  a  neige  gelée  ». 
mêw  «  miel  ». 
/iêw  «  fiel  ». 
pêyw  «  pierre  ». 


Matthaau  ou  Matthëu  ',  Malêw^y  «  Mathieu  » 
caalu,  $êw  a  ciel  ». 

e persiste  même  quand  il  est  devenu  final.  Bi.  : 


*  Andrëu  ', 
muliëre, 
pëde, 
Pëtru, 
rëtro 


Andrew o}! André u  André  o . 
mulhê pour* mulyê^  afemme,  épouse  i». 
pê  «  pied  ». 

•  Péyze,  *  Pêy,  Pê  *  «  Pierre  ». 
arrê  pour  *  arrêyxe  «  arrière  ». 


'Voy.  plus  loin  l'Influence  de  certaines  consonnes  sur  les  voyelles, 
la  Réduction  des  diphtongues,  et  le  traitement  des  consonnes  nasales. 

*  Mots  yieillis  ;  mulhé  ne  se  dit  que  dans  la  locution  maxit  é  mulhé 
•  mari  et  femme  ». 

'  On  a  affaire  ici  à  la  diphtongue  eu.  (Voyez  plus  loin  ù  final;  et,  pour 
Oyiw  u.  Dieu  »,  de  Dëu,  et  les  mots  semblables,  Tlnfluence  des  consonnes 
lor  lei  Toyelles). 


LE  PARLER  DE  BAQNERES-DB'LUCHON 


i')  ë,  œ  et  I  restent  é'.  Es.  : 


sëbn, 

sewosuif". 

Bêm, 

j^cBoirn. 

orëta. 

grédo  a  craie  ». 

Séta, 

sédo  »  Boiei). 

cantëmss, 

kanlém  a  que  nous  chantions  ». 

cantétis, 

katilét  <  que  toqs  ohanties  n . 

plënu. 

p%  «  plein  »  ' 

têda'. 

tédo  a  copeau  résineux  ». 

*  stëla  pour  Stella,     estéto  «  étoile  » 


foenu, 

*  pïpa  pour  piru, 
pllu, 

nde, 
'  pïca  pour  pïce, 

*  vluila  pour  vidua, 

*  stïva  pour  stiva, 
-ïtia, 

Yltru, 


^étf  «  foin  a . 

pé%  «  poire  ■ 
péiD  M  poil  ». 


pégo  «poix». 

èéwdo  0  veuve  ». 

estéwQ  «  manche  de  charrue  • 

-éso. 

béyxe  n  verre  ». 


«  tonique  en  géaé- 


1,  donne  i.  Ei  ; 

eccISsia, 

ff/(fî,î(,.  église.. 

Gabriel, 

Garbyim  n  Gabriel  ». 

MichaSl, 

Mikéa,  t  Michel  >. 

Jfsus, 

Jézùi;  •  JË9US  >  (  montalb.  Tsézùs . 

comme  eidamalion  TsA). 

Feiii. 

Filits  .  Félii  .. 

cf.  Aleiis, 

Alétsis  1  Aleiis  ... 

'"  à  coté  de  tieda.  Ces  copeau»  serrent  de  torches.— Meta 
ot-  ■  niédo  ;  maU  on  n  médo  t  meule  de  foin  conique  •■  Y 
fluence  du  t.  fr.  moîe  ?  Ou  hien  est-ce  un  mot  pris  au 
f.  niés,  ci-apris. 

,  plSna  t  pleine  >  donne  par  chute  de  n  'pléa  qui  passe 
"  donne  *  estria  qui  passe  à  eitryà. 


a  Ri' 


a  foi  . 


ET  DE  SA  VALLEE 


423 


On  doit  considérer  comme  libre  é  devant  ns  (car  n  était 
tombée  là  dès  le  latin  populaire);  il  reste  également  é.  Ex.  :  * 

pê(n)su,  pés  «  poids  ». 

-ê(n)8e,  'es  (fém.  'ézo)  ;  en  fr.  a  -ois  »  ou  «  -ais  ». 

Les  exemples  séy  fié  nous  montrent  que  é  devenu  final  est 
resté  é. 


4*)  î  reste  U  Ex.  : 

pica, 

urtîca, 

vînu, 

fine, 

partîmus, 

partitis, 

sic, 

dico, 

ficu, 

lîliu, 

dicëre, 

sortïre, 

-itiu,-itia 


pigo  «  pie  ». 

urtigo  c  ortie  ». 

bif^  «  vin  ». 

/iît^*  0  fin  ». 

partim  c  nous  partons  ». 

partit  «  vous  partez.  » 

si  (C  si,  oui  1. 

dik  ((  je  dis  ». 

Kik  «  fie  ». 

liti  a  lis  ». 

dide  pour  *  dize  «  dire  ». 

surti  or  sortir  ». 

•is^  '  izo  ;  en  fr.  «  is,  ise  ». 


Même  remarque  pour  i  devenu  final  que  pour  é. 

5*)  ô  reste  6.  Ex.  : 

rôsa,  arrôzo  «  rose  » . 

sc(h)ôla,         eskôlo  •  école  ». 
*  sôla  de  sôlu,  solo  v  semelle  ». 
ôleu;  ôli  «  huile  »  (  mot  sav.  ) 

rôta,  arrôdo  a  roue  ». 

(h)ômo,  dm  «  on  ». 

memôria^        memôtyo  «  mémoire  »  (m.  sav.). 
*  fora  pour  foras, ^^10  «  hors  ». 

*  M6(n)se  aurait  donc  dû  donner  ©  mes  (montalb.  mes)  ;  mais  €  mois  i 
se  dit  à  Luchon  mes.  11  y  a  eu  peut-être  ici  influence  du  français  mois 
aTec  son  ancienne  prononciation  ;  peut  être  même  emprunt,  mais  non 
récent,  car  mois  donnerait  aujourd'hui  <>  mwés  ;  peut-être  enfin  est-ce  un 
emprunt  au  latin  savant. 

'  fiig  seulement  dans  la  locution  dà  fiiJJ  a  <*  obéir  à  »,  litt.  t  donner 
final. 


4S4     LE  PARLER  DE  BÂGNÈRES-DE  LUGHON 

Mais  dans  les  mots  : 

sôlu,  sd,  pour  *  sôw    u  sol   de  Tanoienne 

chambre  unique  »  {soi  «  sol  »  est 
pris  au  français)  ;  béarn.  5<Jto  «  sol  » . 

dôior,  dé  «  douleur,  peine  »  pour  *  dôto^; 

sôror,  s6  «  sœur  »  pour  *  sôr  ; 

•ôlu,  -d  pour*-dM?  (le  fém.  -ôla  donne  régu- 

lièrement 'ôlo;  fr.  a  eal,  eule  »  ). 
ô  devenu  ûnal  est  passé  de  d  à  6^. 

Au  contraire,  dans  les  mots  : 

nôvu,  ndw  a  neuf,  nouveau  »  ; 

nôve,  ndw  u  neuf,  9  »  ; 

*  di-jÔvis,         dijdws  a  jeudi  », 

c*est  la  terminaison  primitive  ^-ôw  qui  a  dii  passera  -dw, 
comme  le  font  supposer  les  formes  d'autres  dialectes*. 

6*)  ô,  û  et  au  passé  à  ô  restent  parfois  d.  Ex.  : 

dô,  dô  (f  je  donne». 

stô,  estô    cje    reste»;    presque    inusité 

comme  dô, 
8û(m)  sa  «je  suis». 

*eccu  illûd,  larb.  akexô^  luch.  akrô  «cela». 


1  A  moins  que  dà  n'ait  été  tiré  d'un  vieux  verbe  *dulé^  de  dôlere; 
dÔlet,  aurait  en  effet  donné  *  dôw^  puis  dd,  comme  •volet  pour  vult  a 
donné  '  bôw^  puis  6d,  béarn.  bàio» 

2  Cf.  ci -après  a  atone  final  donnant  *(>,  puis  o  (et  parfois  ô)  :  kâzo^ 
estryô. 

*  Comparez  en  eiVct  en  montalbanais  : 

nàw  «neuf,9>,  également  béarnais. 
ditsôsi  a  jeudi  »;  qui  suppose  *dits6ios. 
iiébe €neu(^  nouveau»  ;  (on  dit  nôw  dans  les  environs; 
mais  on  a  peut-être  là  à  quercynolpour  a). 

En  luchonnais,  *  nôw  de  nove  est  sans  doute  passé  à  nàw  en 
qualité  de  proclitique,  peut-être  sous  l'influence  de  ô  contre-tonique  ou 
atone  initial  passé  à  aw  (voy.  plus  loin);  nota  de  nôvu  a  pu  donner  ndw 
par  analogie  avec  le  piTcédenl;  enfin,  c'est  sans  doute  s  finale  qui  a  amené 
* dijôwSy  de  'di-jôvis  à  dijàwfi.  — Voy.  pour  la  diphtongaison  de  ô  l'In- 
fluence des  consonnes  sur  les  voyelles. 


ET  DE  SA  VALLEE  <25 

Mais  c'est  le  cas  de  beaucoup  le  plus  rare  ;  et  même,  dans 
les  exemples  cités,  c'est  sans  doute  à  son  caractère  final  que 
d  a  dû  de  persister,  et  de  rester  o  fermé. 

Ordinairement,  6  est  passé  à  m  (y  at  il  eu  ici  diphtongai- 
son? Cf.  le  passage  en  français  de  o  à  ^*  fermé,  puis  ouvert). 
Ex.  : 

(h)ôra,  ûto  «  heure  » 

flore,  lu  pour  *  âulû  a  fine  fleur  ». 

illôru,    \  /uuleuro. 

nos,  VÔ9,  nÛ8,  bus  «  nous,  vous», 

-tore  :  traditôre,        traydû  «  traître  ». 
•ô3u,-ôsa,  -Û5,  'ûzo  ;  en  fr.  a  -eux,  -euse  ». 

coda,  pour  cauda,  Atodpour  *  Am7o  a  queue  ». 

•  lûbiu,  arrûy  «  rouge  ». 

lûpu,  lûp  ((  loup  », 

Naturellement,  û  n*a  pu  devenir  plus  fermé  quand  il  est 
devenu  ultérieurement  final;  il  est  resté  û,  comme  le  mon- 
trent les  exemples  lu,  traydû,  etc.  * 

7^)  û  devient  û',  sans  doute  sous  une  influence  celtique  '.  Ex  : 

1  II  7  a  quelques  mots  embarrassants  : 

Sôdo  c  noix  »  ;  le  latin  nûce,  même  passé  à  *nûtia(?),  aurait  donné  *nûzo 
oa  *nû'io;  (montalb.  nûzé).  Y  aurait-il  eu  influence  de  naucu  c  zeste  de 
noix»,  d*où  une  forme  *  nôtia,  ayant  o  (au)  comme  naucu,  mais  tonique 
bref  comme  û  de  nùce?cf.  nugàlh  «brou  de  noix  n^nugé  «noyeri. 

Nàto  «bru»;  (montalb.  nôto).  Le  latin  est  cependant  nûrus  ou  nùra: 
KVRA  se  trouve  dans  les  inscriptions  luchonnaises  JV.  J.  Sacaze,  Hist. 
anc.  de  Luchon,  p.  43^ 

Gùlo  c  gueule  »  vient  sans  doute  du  fr.  gueule  ;  gûla  faisait  attendre 
•  gûlo. 

KUnh  €  coin  pour  fendre  le  bois»,  de  cùneu,  a  û  pour  ti  à  cause  du  y 
qui  a  mouillé  n.  (V.  plus  loin). 

Ajoutons  que  dans  les  mots  savants  ô,  comme  <S  en  général,  a  donné 
ô.Ei.: 

Antôniu,  Antônî  c  Antoine»,  et  non  "^n/tinA,  ni  '*Antûnh, 
*  Nous  voulons  dire  une  influence  de  la  race,  non  de  la  langue.  Dans 
les  langues  celtiques  modernes,  m,  qui  n'existait  pas  primitivement,  est 
is^u  de  la  diphtongue  ou  .  Ex.  :  Tuta  pour  Touta.  D'ailleurs  c'est  là  un 
•phénomène  sporadique,  probablement  dialectal».  (Loth,  Chrestomathie 
bretonne).  C'est  d'une  manière  analogue  que  Q  latin  a  dû  donner  û 
chez  les  peuples  celtiques  parlant  des  dialectes  romans. 
'  Il  7  a   quelques   mots  embarrassants  : 


426  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUGHON 


tù, 

tû  «tu,  toi  ». 

juventùte, 

jwentùt  €  jeanesse  » 

dûru. 

dû  a  dur» 

secûrUy 

segù  ttsùr  ». 

Jûliu, 

Jûlh  a  Juillet  ». 

fama, 

âùm  a  fumée  ». 

plûma, 

plûmo  c plume». 

ûnu, 

ûff  c  un  »  ^ 

lûna. 

lûOj  puis  lyô  a  lui 

plnr.  luch.  et  larb.  Iwés);  etc. 

Naturellement,  û  devenu  final  est  resté  û.  Ex.  :  dù^  madû, 
segûy  etc. 

Ainsi,  d,  é,  ^,  i  persistent  ;  6  reste  ^  en  général,  mais  donne 
comme  final  d,  et  dans  quelques  cas  àw  ;  6  persiste  comme 
final,  mais  passe  le  plus  souvent  à  u  ;  û  passe  à  û. 

Remarquons  que  la  plupart  des  toniques  libres  luchonnai- 
ses,  issues  des  toniques  libres  latines,  ont  une  longueur  très 
sensible  (bien  plus  que  les  toniques  entravées  restées  entra- 
vées). Cette  longueur  se  fait  surtout  remarquer  avec  les 
pénultièmes  libres,  notamment  avec  é  et  û.  Il  n'est  pas  impos- 
sible qu'elle  ait  contribué  aux  diphtongaisons  récentesde  toni- 
ques libres  que  nous  étudierons  dans  Tlnfiuence  de  certaines 
consonnes  sur  les  voyelles*. 

2)  Voyelles  libres  contre -toniques. 

1)  Les  contre-toniques  étaient  surtout  sensibles  dans  les 
mots  latins  ayant  deux  syllabes  au  moins  avant  la  tonique  ; 


Brûmot  nuage  >,  ne  peut  venir  de  brama;  mais  le  latin  disait  aussi 
brëuma  ;  ne  serait-ce  pas  eu  de  brëuma  qui  serait  passé  à  û  dans 
brûmo^  comme  ew  est  passé  à  u  dans  At'bûst\  fiug^^  ^  (Voy.  plus  loin 
la  Réduction  des  diphtongues).  P.  é.  brùmo  vient-il  de  l'espagnol. 

Kûnho  tt  couche  d'un  animal  dans  l'herbe  i,  se  rattache  à  cûn»  «  ber- 
ceau ;  »  *cûnia  a-t-il  existe?—  On  dit  bien  kûnhHo  «berceau  des  nou- 
veau-nés »  ;  mais  dans  co  dérivé  il  peut  y  avoir  eu  apophonie  (cf  bôik 
«  bois  »,  mais  bûi^kàlho  «  menu  bois  >»,  elc). 

»  Pour  la  Nasalisation  des  toniques  ,  voy.  l'Action  troublante  des 
nasales,  et  les  Consonnes. 


ET  DE  SA  VALLEE 


427 


portaient  peat-ètre  aussi  un  accent  secondaire  2)  les  initiales 
précédant  la  tonique  et  3)  quelques  monosyllabes.  Toutes  ces 
voyelles,  à  demi  toniques,  ont  en  général  persisté  en  luchon- 
nais,  avec  cette  seule  réserve  que  celles  qui  étaient  ouvertes, 
à  Texception  de  a,  sont  devenues  fermées.  Ainsi  : 


lo)  a  reste  a.  Ex.  : 

1.  trâditôre, 
rSLtiône, 

2.  màtùru, 
câpistru, 

3.  illâ, 
jâ  (m), 

2*)é  devient  e*.  Ex. 

1.  vérecùndia, 

2.  vëtare, 

3.  për, 
nëc, 

3*)  e  reste  e.  Ex.  : 

1     vëritâte, 
vïgilâre, 

2.  dëbére, 
pllcâre, 

3.  quid, 
mè,  të,  se, 


4')  i  reste  i*.  Ex. 
l.*pibilàpe, 

2.  mîràculu, 


iraydû  t  traître  » . 

arrazûtf  a  raison  > . 

madû  €  mûr  » . 

kabéstre  a  ohevêtre  ». 

eta  (c  la  »  (art.  fém.  sing.), 

ja  «  déjà  »  (j  1  est  souvent  tonique). 


bergûnhot  «  vergogne  ». 
bedâ  «  prohiber  ». 
per  «  par,  pour  ». 
ne  «  ni  ». 

bertât  «vérité  ». 

beyld  a  veiller  ». 

detoé  ((  devoir  »,  subst. 

plegâ  «plier  ». 

ke  ou  ké  a  que». 

me,  te^  se  «  me,  te,  se  »  (le plus 
souvent  contre  -  toniques , 
quelquefois  enclitiques). 

* piwlâ, ipuïs pyewlà a  piauler». 
mixâlh  «miroir». 


^  Cependant  ^i  donne  ^  oii  é«et»,  conj.,  et  hèfm)  donne  hé  «  eh 
'>u  hé»,  interj.  Le  maintien  de  è  dans  ces  mots  s'explique  sans  doate  par 
leur  caractère  plutôt  tonique  que  contre-  tonique,  en  luchonnais.  Hé  est 
une  exclamation  ;  é  commence  souvent  des  phrases  fEx.  :  Ê  kim  bat  ?  litl. 
«Et  comment  allez-vous  ?»)  et  est  assez  accentué  aussi  quand  il  y  a 
apocope  après  lui.  (Ex.  :  Es  kàps  é'z  bats,  c  les  sommets  et  les  vallées  ■). 

'  Mais  primariu  donne  prûmé  c  premier». —  C'est  d'autre  part  par  dissl- 


428  I.E  PARLER  DE  BAGNÈRES-DE-LUCHON 

trîcâre  se,  trtgâs  «s'arrêter». 

3.  (h)îc,  i  oa  I  a  y». 

5*)  ô  devient  sans  doute  d'abord  o,  puis  u,  Ex.  : 

1.  *  môlinàriu,  mvdyê  t  meunier  ». 

bônitàte,  buntât  «bonté  » . 

2. jôcare,  jugâ  «  jouer», 

fôrare,  fiux  «forer». 

6*)  0  devient  m.  Ex.  : 

1 .  pôtiône,  pudûm  c  poison  »  • 

jùvenlùte,         *  juwentût  %  auj.  jwentût^  a  jeu- 

2.  *  vôtare,  budâ  a  vouer  » .  [nesse  ». 

cûbare,  *  kuwâ,  auj.  kwâ  c  couver  ». 

3.  non,  nû  ou  nu  «  non,  ne  » . 

nos,  nus  (ou  mus)  «  nous  »  ;  vos,  bus  «  vous  »; 

8ûb-,  5u-  «  sous  »  (en  composition). 

6^  bis)  eux  {aw)  peut  persister  ou  passer  à  o  et,  par  suite  à  ti, 
ou  enfin  se  réduire  à  a.  Ex.: 

1®  audire,  awji  «  entendre  ». 

d(e)aurâre,  dawtd  a  dorer». 

2®*ansàre  p.  audére,  gudd  «oser» 

3*  Agustu*,  aûst  «  août  ». 

7*)  u  donne  û  '.  Ex.  : 

L  rùminare,  attâmyd  «ruminer». 

2.  Jûdseu,  /âiy^ec;  «judas,  traître  ». 

dû  rare,  dûtd  «  durer». 


milation  que  l'on  a,  de  Ticinu,      bezîy  ou  beditf  «Toisin»,  pour  *àiziy  ; 

de  finîre,      feni  «  finir»,  pour  *fini  ; 
feni  est  d'ailleurs  a  dera*  savant,  comme  le  prouve  la  présence  de  /". 
L'on  dit  aussi  à  Luchon  finiy  mais  sans  doute  sous  l'influence  du  fran- 
çais; d'ailleurs  fenéchi  c  je  finis  i,  etc.,  et  non  finéchi. 

1  Montalb.  tsubentût^  mot  vieilli. 

*  augustu  s'était  réduit  à  Agustu  dès  le  latin  populaire;  cf.  aw  réduit 
à  a  dans  les  mots  pris  sans  doute  au  français,  Anuté  «  Honoré  > 
p.  •  Awnuié:  Agû^if^ii  Augustin  »,  p.  •  Atogùstiff,  —  Le  mot  etù* 
«  heureux»  vient-il  de  agûrôsu  (ou  agûr^su?)  par*  awtûs  ou  *  aytùs'* 
Certains  disent  Miti«,  s.  d.  du  fr.  heureux.,  d'autres  même  itûs, 

'  Ûlulàre  ou  plutôt  s.  d.  *  ûlulàre  donne  irrégulièrement  idulà  «  hurler», 


i 


ET  DE  SA  VALLEE  429 

Ce  passage  des  voyelles  contre-toniques  libres  àdes  voyelles 
plus  fermées  a  contribué  à  développer,  grâce  à  Fanalogie,  le 
balancement  des  sons  que  nous  étudierons  plus  loin  dans  les 
apophonies. 

Nous  trouvons  cependant  quelques  exceptions. 

a)  Dans  quelques  cas  rares,  il  y  a  eu  chute  de  la  contre - 
tonique  initiale  ou  de  l'initiale  : 

1«)  Après  une  r  initiale.  Celle-ci  se  redoublant  ets'appuyant 
d*nn  a  de  manière  à  donner  aiT  la  syllabe  ar-^  dès  lors  ini- 
tiale, est  devenue  contre-tonique,  et  a  réduit  Tinitiale  primi- 
tive au  rôle  de  contre-finale,  amenant  ainsi  sa  chute*  Ex.  : 

régente,    * arrejént^    auj.    arjént  «régent,  instituteur  ». 
rëDÏculu,   *  afTenéih^    auj.    am^M  a  rognon  » • 
râna  «  grenouille  »,  suivi  du  suffixe  -àtot^  *  arranâwt^  auj. 

[arnàtot  «  triton  » . 
rôtundu,     *  arrudûrif    auj.     art^ûn  «rond,  sphérique». 
cf.rûbente,    *  arruwént^  auj.    arrwént  «  rouge  enfiammé  ». 
Mais  le  préfixe  itératif  arre-  reste  intact. 

2*)  Avec  t'initiai.  D*abord,  comme  en  français,  dans  des 
pronoms  ou  adverbes,  parfois  proclitiques.  Ex.  : 

ipse,  a,  f  se^  fsa  (ancien  article). 

(Ii)Iàc,  là  «là». 

(Il)lôru,  lu  ou  lu  c  leur  »,  etc. 

Mais  aussi  dans  des  mots  ordinaires.  Ex.  : 

*  (h)ypericône,    petikûtf  u  mille-pertuis  »  ;  mot  mi-savant. 

*  (h)ïrûndula,       arrôllo  «  hirondelle». 

*  ipône(?),  bûm  «lac  des  hauteurs»  (esp.  ibon). 

Et  des  noms  propres  de  lieu  d'origine  celtibérienne.  Ex.  : 

prob.  pour  ûdulà.  —  De  même   eskumingàt  c  excommunié  »  est  pour 
*  eskumûngdt,  de  excomroûnicâtu. 

Le  préfixe  super- aurait  dû  donner  "*tt6(e>'- ;  il  donne  sûOer-fS.d.  sous 
Tinfluence  de  sus  «  sur  »,  de  sû(r)su  (cf.  en  fr.  sur,  pour  f  soure,  et  sus), 
et  peut-être  aussi  de  super^,  forme  savante  qui  existe  à  côté  dans  les 
noms  propres.  Ainsi  on  a  :  Sûpertégo^  Sùperbanhétes,  mais  S^berkàzo, 
S^berlérfk'  cf.  sûberpés  c  surpoids  >  (montalb.  sebrepés).  —  D*ailleurs, 
itiperire  donne  régulièrement  subrà  <  rester  ».  Cf.  larb  5ti6(e)  c  sur  i. 


4  30  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUGHON 

Ilixône,         Lûchûy  «  Luchon». 
Ilurône,         Lmûy  a  Louron  »,  etc. 

b)  D'autres  fois,  il  y  a  eu  une  diphtongaison  originale. 

P  ô  {6)  contre -tonique,  ou  initial,  ou  quasi  initial  (après  fi 
issue  de  f  )  a  donné  ato.  Ex.  : 

ôdôre,  awdù  «odeur,  senteur». 

(h)ôn6re,  atonû  a  honneur  ». 

*fôréste,  fiatotêat^  a  pâturage  forestier,  forêt  », 

ôperâriu,  dans  datobrê  (dyà  dawbrè  «jour  ouvrier  » 

C*est  sans  doute  là  un  fait  de  dissimilation  qui  ne  8*est  pro- 
duit d'abord,  à  ce  qu'il  nous  semble,  qu'avec  ô  libre  contre- 
tonique  ou  initial  précédant  ô  tonique  donnant  u,  pour  s'éten- 
dre par  analogie  à  d'autres  cas. 
C'est  à  cette  extension  analogique  que  nous  attribuerions  : 

1®  La  forme  awsîde  ou  atosi  a  tuer  o  de  ôccidere  ;  ô  était 
entravé  dans  ôccidere,  mais  était  devenu  libre  par  réduction 
de  ce  devant  i  k  s. 

2^  Le  traitement  semblable  de  o  français  libre  initial  ou 
contre-tonique.  Ex.: 

Qwnèst  ou  atonéste  «  honnête  ». 
atofisyê  «  officier  » . 
awfénso  «  offense  ». 
awfréndo  «  offrande  ». 
Anuxè  p.  *\ionuxê  «  Honoré  ». 
byaAolûr)  «  violon  »  (pron.  vyoUm). 

peut-  être  encore  kawkilho  «  coquille  »  ;  arrawbà  c  rober, 
voler  »  ;  arràwbo,  «  robe  »  ;  etc. 

Mais  on  dit  ustàw  «  maison  »,  urrû  «  horreur  »,  et  non 
^awstâto  ni  ^awrrû.  C'est  qu'ici  il  j  a  deux  consonnes  formant 
un  groupe  disjoint  qui  entrave  ;  tandis  que  dans  les  exemples 
précédents,  même  s'il  y  a  deux  consonnes  consécutives,  le 
groupe  est  combiné  comme  fr  dans  awfréndo^  ou  bien  il  n'j  a 
au  fond  qu'une  consonne,  comme  dans  honnête,  officier, 
offense,  cf.  awside  ;  en  tout  cas,  il  n'j  a  point  d'entrave. 


ET  DE  SA  VALLEE  481 

Le  passage  de  o  contre- tonique  à  aw  s'est  produit  égale- 
ment en  montalbanais  [awnû^  awdû^  comme  en  luch.)  et  dans 
d'antres  dialectes  gascons  (dans  Atusàw^  nom  local  de  la  val- 
lée d'  «  Ossau  »,  u  de  *ursàle  est  traité  de  même). 

2^)  Les  voyelles  libres  autres  que  ô,  faisant  partie  de  la 
syllabe  initiale,  paraissent  s'être  diphtonguées  plus  aisément 
quand  elles  étaient  initiales  ou  quasi  initiales  (c'est-à-dire 
après  fi  issue  de  f).  C'est  ainsi  qu'on  Ajêio,  jêyxo^  je,  ffyétv, 
Hyéms,  fiyéne,  gwéto,  gwé^  gwélh  {g  ajouté),  âyalà,  Ryamâ^  etc. 
Mais  ici  la  qualité  d'initiale  n'était  pas  suffisante  pour  amener 
la  diphtongaison  ;  c'est  la  consonne  faisant  suite  à  la  voyelle 
qui  a  eu  le  plus  d'inûuence. 

c)  Remarquons  enfin  C introduction  de  a  à  la  contre- tonique^ 
et  notamment  le  passage  des  diphtongues  ye  et  we^  devenues 
contre-toniques,  à  ya  et  loa,  Voy.  pour  tout  ceci,  ci-après, 
rinâuence  des  consonnes  sur  les  voyelles. 

i)  Voyelles  libres  atones. 

Examinons  successivement  les  finales,  les  contre  finales  et 
les  pénultièmes. 

a)  Finales, 

Les  atones  finales  (soit  proprement  finales,  soit  apparte- 
nant à  la  syllabe  finale)  sont  en  général  tombées;  le  luchon- 
nais  a  ainsi  perdu  un  grand  nombre  de  finales  latines  sourdes 
(qs,  u(m),  n)  ou  fermées  (is,  es,  e)  ^  Ex.: 

—  gélûougélù,   jêw  a  neige  congelée  » 
*càpû  p.  càput     kâp  «  tête  » 

—  drâcô,  Dtàk  c  le  Drac  (esprit  follet)  » 
dicô,  dik  €  je  dis  » 

(1)  Il  faut  tenir  compte  seulement  des  influences  savante  et  étran- 
gère. 

C'est  la  première  qui  explique  des  mots  comme  Jézùs^  de  Jésus,  Fé- 
HtSy  de  Félix.  Voy.  plus  loin  le  traitement  des  consonnes  finales. 

C'est  la  seconde  qui  explique  les  finales  en  u  atone,  issues  de  o  atone 
espagnol  venu  de  Ù  latin  (Ex.:  môru  «  maure  »,  de  moro);  et  celles  en 
e  atone,  issues  de  e  muet  français  (Ex.:  fidèle  n  fidèle  »).  Voy.  la  Lexico- 
logie. —  Sans  compter  e  ajouté  dans  les  masculins  refaits.  Voy.  la  Mor- 
phologie. 


*  ' 


*3]^  LE  PARLER   DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

(h)ômô,  dm  €  on  * 

— fûï,  âû  €  je  fus  ù 

vendit»  bén  «  il  vend  » 

—  *Cârrë,  Gara  Gar  »  (n.  de  pic) 

vâlët,  bàw  «  il  vaut  » 

nomën,  nom  <  nom  » 

oantârê,  kantà  «  chanter  » 

sapêrê,  sabé  c  savoir  • 

partîrë,  partie  partir  » 

et  tous  les  inûnitifs  en  d,  é^  t,  (à  la  troisième  conjugaison,  la 
anale  ê  n*est  tombée  qu'après  la  pénultième,  quand  elle  est 
tombée;  Ex.:  crédëië,  "krédre^  puis  Arry  c  croire  »;  —  mais, 
le  plus  souvent  Ye  final  atone,  maintenu  comme  soutien  de  r 
en  groupe,  a  persi^té  après  la  chute  de  r.  Ex.:  véndëre,  bène 
€  vendre  ».  Voj.  plus  loin). 

Seuls  font  exception,  parfois,  û,  ô  et  ï,  soit  par  suite  de 
diphtongues,  soit  pour  des  raisons  non  plus  phonétiques  mais 
morphologiques  ;  et,  toujours,  a.  Ainsi  : 

V*)  û  a  persisté  après  ë  ;  pour  mieux  dire,  la  diphtongue  èû 
a  persisté,  en  donnant  d'ailleurs  soit  êw,  soit  yéw{Voj.  plus 
loin).  Ex.: 

1®  *  Andrëû,  Andrew  a  André  ». 

Matthëû,  Matêw  «  Mathieu  » . 

2®  Dëû,  Dyéw  «  Dieu  »  (montalb.  Dite), 

Judœû,  Judyéw  c  judas,  traître  o. 

2^)  o  a  persisté,  grâce  à  la  diphtongue  formée  par  la  chute 
de  la  consonne  médiale,  dans  : 

vâdô,  Wtt?«  je  vais  »  (ici  ô  a  donné  «?);  cf.  X^^Th.àêw  c  je  fais», 
egô,  *eOy  *j/d,  auj.  jû  «je  »  (ici  ô  est  passé  à  û), 

3*»)  i  a  persisté  aussi  grâce  à  des  diphtongues,  et  a  été 
parfois  rétabli  par  Tanalogie  et  la  morphologie. 

Au  parfait  de  la  première  conjugaison,  à  la  première  per- 
sonne, -âvi  ou  plutôt  -âî  a  donné  la  diphtongue  *  dy,  réduite 
depuis  k'ê,  Ex.  : 

cantâ(v)î,  'kanidy^  auj.  kanlê  «je  chantai  ». 


ET  DE  SA  VALLEE  4  33 

Aa  parfait  de  la  quatrième,  -îvi  ou  îî  s^est  aisément 
réduit  à  î,  par  fusion  de  î  atone  avec  î  tonique.  Ex.  : 

parti(v)i,  parii^  a  je  partis  ». 

Au  parfait  des  deux  autres,  sans  doute  sous  Tinfluence  de 
la  quatrième  conjugaison  et  des  formes  en  ^isti  et -istis,  on 
a  aussi  t  tonique.  Ëx.  : 

*dixi  p.  dixi,  dichi  «je  dis  ». 

*legi  p.  légl,  leji  «je  lus». 

*  voli  p.  vôlui,  buii  «je  voulus  »,  etc. 

L'impératif  ^e'fie  «  viens  »,  de  béf^ge  «  venir  »,  conserve  sans 
doute  dans  son  e  final  Tî  de  vénî  (montalb.  béni)  ;  peut-être 
sous  une  influence  savante  ? 

Dans  les  noms,  î  caractéristique  du  nominatif  pluriel  de  la 
seconde  déclinaison  est  tombé.  Ëx.  :  Âuscî,  Âwch  »  Auch» 
(Ce  n'est  que  i  qui  a  pu  permettre  ici  à  se  de  donner  ch. 
Voy.  les  Consonnes).  Mais  les  nécessités  morphologiques  Tout 
maintenu  comme  signe  da  pluriel  de  bien  des  noms,  et  même 
étendu  à  des  noms  qui  ne  le  prenaient  pas  en  latin.  Ex.  : 

bêzi  «beaux»,  lat.  bélli. 
éti  «  eux  )),  lat.  illi. 
fiôrti  (vieilli)  ou  fôrti  «forts»,  lat.  fortes. 

Voj.  pour  tout  cela  la  Morphologie. 

4'')  è  a  persisté,  grâce  à  la  diphtongue  formée  per  la  chute 
de  la  consonne  médiale,  dans  : 
▼âdé,*  »-•-  bay,  auj.  bê  «  va  »  (montalb.  bày), 
*fâ(c)ô,     *  ftà^f  auj.  fié  «fais  »,  luch.  et  larb.  (montalb.  fdy), 

Voy.  bàw  et  /iêw  dans  2®),  ci-dessus. 

5^)  a  atone  final  latin  a  persisté,  mais  a  été  traité  de  deux 
maoïères  différentes  : 

1.  Quand  il  était  proprement  final,  il  est  resté  a  {a  k  peine 
fermé,  quoique  atone)  dans  le  larboustois  ;  il  est  passé,  par 
M,  ko  (moins  fermé  que  Vo  fermé  français)  dans  le  luchonnais 
actuel.  Ex.  : 

câsây  larb.  kâday  luch.  kàzo  ou  kâdo  «  maison», 
illà,  larb.  étUf  luch.  éu)  «  elle  ». 

28 


434  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHOK 

àmâ,  larb.  dyma,  luch.  âymo  «  aime  i  (impér.) 
*  fôrà  p.  foras,  larb.  âô^Oy  lucb.  âôzo  a  hors  »• 
cantàbà(m),  larb.  kantàwa^  Ixxch,  kantâtoo  «je  chaatais». 
véndà(m),  larb,  bënat  lach.  béno  a  que  je  vende». 
*8iâ.(m)  p.  sim,  larb.  syâ^  luch.  syô  «que  je  soIsd. 
spînà,  larb.  espyây  luch.  espyô  «  épine  ». 
unà,  *ûa, d*où  larb. 2ii)d,  luch.  yô  ett/u  «une  ». 

Dans  ces  trois  derniers  exemples,  il  j  a  en  outre  déplace- 
ment de  Taccent.  Ce  déplacement  doit  avoir  été,  en  luchon- 
nais,  postérieur  au  passage  de  a  à  d,  c'est-à-dire  que  t  n'est 
passé  àyetûàu)  et  k  y  qu'après  qu'on  a  eu  *itô,  *  espià^ 
*ûd.  Ainsi ,  avec  ce  dernier  mot,  on  a  eu  successivement, 
pour  le  larboustoiâ,  *ûa  et  wà;  pour  le  luchonnais,  *ûa,  *ûô, 
*wô,  *yôj  yô  et  yû.  Remarquons  cette  dernière  forme  yu  :  o 
est  passé  à  u,  à  cause  du  caractère  souvent  proclitique  de 
t/o,  et  on  a  dit  aussi  yû  pour  la  forme  accentuée.  Ceux  qui 
veulent  raffiner  le  patois  disent  de  nouveau  yô,  —  L'aranais 
est  resté  à  ùa  et  le  parler  de  St-Béat  à  ûo  de  *ûo. 

Les  noms  de  la  cinquième  déclinaison  étaient  en  général 
passés  à  la  première,  ou  avaient  acquis  une  forme  en  a.  C'est 
ainsi  qu'on  a,  de  *  caria,  p.  caries,  kCto  cver  rongeur  »  ;  de 
*dia  p.  dies,  larb.  ed  dyâ  ,  luch.  ed  dyô  «  le  jour»  :  esp.  el 
dia,  catalan  lo  dia  (dies  a  cependant  vécu  à  côté  :  e%a  diés  à 
Artigue;  et  même  larb.  et  luch.  ke  Rè  dyés  «il  fait  jour»);  on 
a  eu  peut-être  même  Va  pour  res  \  mais  on  ne  dit  aujourd'hui 
que  arrés  «  personne  »,  de  res,  et  arréy  a  rien»  de  rem. Remar- 
quons que  râ  de  *rà  aurait  été  tonique  ;  d&ns  dyâ  ou  dyô  de  dia 
il  y  a  eu  déplacement  d'accent,  de  la  même  manière  que  ci- 
dessus. 

Dansera  a  la»  de  illa,  le  caractère  proclitique  de  a  l'a 
maintenu  a,  même  en  luch.  ;  et  a  prép.  devenue  enclitique,  a 
donné  o  dans  diyko  ou  diykyo  a  jusqu'à  »  Hrh.  dé niy a, 

2.  Mais  lorsque  au  lieu  d'être  proprement  final  il  était  suivi 
de  s  ou  de  t,  il  est  passé  à  e.  Ex.  : 

câsâs,     larb.  et  luch.    kàdes  ou  kàzes  u  maison  ». 

1  Un  vietix  pilori  de  Milhau  (Aveyron)  porte:  qua  ra  qob  paras,  etc. 
Litt. ;»  Quelle  chose  (que)  tu  feras...» (Communication  de  M.  P.  Sacaze). 


ET  DE  âA  VALLEE  485 

cântâs,  kântes  «  tu  chantes  ». 

cànt&t,  kânte  «  il  chante  ». 

*  sàpiàs,  sàbyes  (ou  sâpyes)  «  que  tu  saches  »  • 

*  sâpiat,  sàbye  (ou  sâpye)  a  qu'il  sache  ». 
dù^,  divés  «  deux  » . 

ûnâs,  wés  a  unes  »,  etc. 

Dans  ces  deux  derniers  exemples  il  j  a  déplacement  de 
Taccent  ;  cf.  larb.  tiùés  «  tiennes  »  de  tuas,  swét  a  siennes  », 
de  suas. 

Le  passage  de  a  final  à  e  devant  s  est  un  des  traits  caracté- 
ristiques de  la  phonétique  luchonnaise.  Dès  St-Béat,  a  donne 
ici  à  et  non  e.  '  (Voy.  TAppendice  à  la  suite  des  consonnes). 

1  Cette  façon  de  traiter,  en  luchonnais^  Ta  atone  final  suivi  de  s  et 
de  t  nous  fait  penser  (avec  d'autres  raisons]  que  les  inscriptions  romanes 
du  XY*  siècle  de  l'église  de  Gazaux-de-Larboust  (reproduites  par  J.  Sa- 
caze,  dans  son  Épigraphie  de  Luchoriy  p.  72),  ne  sont  pas  en  luchonnais. 

1*  D'abord,  elles  ne  sont  pas  toutes  en  larboustois  :  on  ne  dirait  pas 
en  larb.  bbnoo  «  vienne  »  (3*  pers.),  lbnouo  «  langue  »,  mais  béyge 
et  léyga^  plus  anc.  léygwa  ;  et  ces  deux  mots  ne  rimeraient  pas  ensemble, 
pas  plus  qu'en  luch.  béyge  et  Uygo.  De  même,  prœdicébat  donne  en 
luch.  et  en  larb.  actuels  predikàwe  et  non  prbdigaba,  dont  I'a  (ainsi 
que  celui  de  bba,  plus  loin)  jure  d'ailleurs  avec  l'o  des  précédents.  — 
Le  distique  qui  contient  bbnoo  et  lbnouo  ne  peut  donc  être  du  lar- 
boustois; ni  du  louronnais,  car  le  louronnais  donne  aussi  béyge^-àwe. 
2o  c  Fut»  est  dit  foc  ;  mais  f  n'était-elle  pas  déjà  passée  à  /i  dans  le 
canton?  auj.  ke  âûk  «  il  fut  ».  —  S»  On  trouve  pour  l'article  les  formes 
DBU,  AU,  LA..  L  (dans  lanobl)  et  lo.  Il  se  peut  qu'elles  aient  existé 
au  moins  certaines,  en  luchonnais  (Voy.  la  Morphologie  de  l'article)  ;  mais 
les  formes  courantes  sont  aujourd'hui  etch^  detchy  atch  (avec  assimila- 
tions), et  exa,  —  4»  Enfin,  il  y  a  peut-être  des  fautes,  commises  par  les 
premiers  auteurs.  Ainsi  :  obte  pour  *  obtec  {jeték\  si  c'est  un  passé 
défini  ;  cf.  crbbc  (Mais  peut-être  faut-il  prendre  oete  pour  le  présent 
jéte;  nous  aurions  alors  ici,  une  finale  en  b  (e),  issue  du  second  a  de  jactat, 
qui  jurerait  avec  la  finale  a  de  prbdigaba)  ; — tarbctb  (c.-à-d.  •tarestb) 
p.  *  tarrésiCy  de  terrestre,  avec  a  possible  devant  ?t  ;  forme  inconnue 
aujourd'hui;  — db  «  de  »  devant  paradis,  sans  article  (possible  pourtant  : 
cf.  auj.  ta  dyàbble  «  au  diable  »)  ;  -^  b  «  et  >  oublié  devant  bba  dans 
la  2*  inscr.  ;  peut-être  par  apocope  (é  '  ba)  ?  bien  hardie  I  —  Enfin  é  c  et  » 
écrit  B  et  BT  ;  —  kàm  «  comment,  pourquoi  >,  écrit  gom,  cum  et  cm  en 
abrégé. 

Profitons  de  l'occasion  pour  dire  qu'à  notre  avis  le  mot  mes,  sur 
lequel  on  a  fort  disputé,  vient  prob.  du  nominatif  mê(n)s  (Voy.  dans  la 


436  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

b)  Contre- finales. 

Les  atones  libres  oontre-finalessont  en  général  plus  solides 

Morphologie  d'autres  exemples  de  nominatifs  conservés),  qui  en  lucbon- 
nais  donnerait  régulièrement  la  forme  *  mes. 

Pour  plus  de  clarté,  donnons  ici  le  texte  tel  que  le  donne  J.  Sacaze, 
avec  sa  traduction  et  notre  transcription  luchonnaise. 

1  CM  IHS  :  GREBC  :  BBA  :  DBU  :  DBU  .*  COCTAT  :  DB  ADAM 

€  Comment  Jésus  créa  Eve  du  côté  d'Adam.  » 

Kûm  ou  mieux  Se  Hn  Jézûs  kreék  Êbo  (Eva  aurait  donné  «^Ki^iro,  si  le 
mot  n'était  savant)  dek  kustàd  d'Adam  (ou  même  de  Adam). 

2  :  coM  :  lanobl  :  obtb  adam  :  eba  :  db  pabadis  :  tabbgtb  : 

«  Comment  Tange  jeta  Adam  [et]  Eve  [hors]  du  paradis  terrestre.  » 
(t  jeta  »  ?  ou  jette?) 

Se  kin  edj  ànje  jeiék  (ou  jéte)  Adam  [è]  Ébo  [hù^o]  dep  Patadls  ter- 
réstre. 

3  CUM.  SBNT.  JOB  AN.  PBBDICABA  AU  POBBLB  BT  FOC  PRBS  PBB  BBB0DB3 

ff  Comment  saint  Jean  prêchait  au  peuple  et  fut  pris  par  Hérode  ». 
Se  kin  Sen-Jwàn  predikàw*  ap  pôbb'.e  è  /itic  prenût  {prés  est  ancien ,  e^ 

même  encore  larboustois)  pet  Ezôdo. 

4  BBCi  LO  coronahent:  db  nostra  :  dama 

m  Voici  le  couronnement  de  Notre-Dame  ». 

(Besi  viendrait  régulièrement  de  vïde,  bé  a  vois  »  et  de  (ec)ce^h)ic,  s 
«  ci  »,  mais  ne  se  dit  pas  auj.;  nous  tournons  par  «  ici  »)  Asi  'k  kutu- 
nomént  (larb.  kutiinamént)  de  Nostraddmo  (larb.  Nàstrculdma). 

5  CI  bos  qub  bbn  tb  bbngo 

TEN   LA  MBS  B  LA  LBNGUO. 

Ni  la  traduction  de  M.  Bernard,  restaurateur  des  inscriptions,  ni  celle 
de  J.  Sacaze  ne  sont  admissibles  pour  ce  distique.  La  nôtre,  avec  le  sens 
que  nous  donnons  à  mbs,  est  toute  naturelle  :  «  Si  tu  veux  que  bien 
t'advienne,  reliens  ton  esprit  et  ta  langue  »,  c.-à-d.  évite  de  pécher  en 
pensées  et  en  paroles.  —  En  luch.  :  Se  bas  ke  bey  VarHbe  (mieux  que  eb 
béfjge  ou  te  béygé)^  arretéy  edj  espHt  é  \a  ^^ygo. 

Nous  croyons  pouvoir  conclure  que  l'on  a  affaire  ici  :  !•  à  une  notation 
assez  incertaine  ;  2°  à  un  dialecte  peut-être  mélangé,  dont  les  éléments 
ont  pu  être  pris  à  des  patois  diflérents  [pourtant  To  final  de  benoo  et 
de  LENOOO  s'expliquerait  peut-être  par  une  incertitude  de  notation  pour 
un  a  pr6s  de  passer  à  o;  mais  il  faut  admettre  pour  sauver  Tunilé  que 
OBTB  est  pour  oetec,  car  un  dialecte  qui  dirait  predicaba  (ou  -o  et 
bengo  (ou  -a)  ne  peut  dire  oete  de  jactat,  mais  *  gbto  (ou  -a)],  ces  élé- 
ments devant  en  tout  cas  être  cherchés  presque  sûrement  au  nord-ouest 
du  pays  de  Luchon,  dans  le  gascon  de  la  Plaine,  à  cause  surtout  des 
formes  de  Tarticle  (On  dit  p.  ex.  à  Pau,  auj.,  lu,  la,  dew,  aw). 


ET  DE  SA  VALLEE  4  37 

que  les  finales.  Cependant  leur  maintien  (sauf  poura)  s*explique 
le  plus  souvent  par  Tanalogie,  importante  surtout  pour  les 
formes  verbales.  De  plus,  dans  les  composés  refaits  par  le 
roman,  la  contre- finale  constituant  la  syllabe  initiale  du 
second  composant  a  persisté  comme  une  espèce  de  contre- 
tonique.  Inversement,  dans  certains  dérivés  qui  sont  déjà 
comme  des  composés  (ainsi,  pour  a,  les  mots  en  -mént)^  la 
contre-finale  a  été  traitée  comme  finale.  —  Dans  le  détsCil  (en 
laissant  de  côté  pour  Tinstant  les  cas  où  la  contre-finale  est 
en  hiatus)  : 

1^)  a.  Persiste  toujours  en  larboustois  ;  en  luchonnais,  per- 
siste, notamment  dans  les  formes  verbales,  ou,  dans  les  mots 
en  -ment,  -mens,  et  autres  composés,  passe  à  o.  Ex.  : 

1.  *ferrâtûra,  Kerradûxo  «ferrure  ». 

*  cannâbâria,        kanatoèco,  «  chènevièreo. 
cantar-(h)abeo,  *  cantaraio,  kantaxê  «je chanterai  ». 

2.  *  pacaméntu,  larb.  pagamént,  mais  luch.  pago- 

ment  «  paiement  ». 
longa-mente  -|-  »,  larb.    luygaménSy   luch. 
luygoméns  «  longuement  ». 

De  même,  a  persiste  en  luch.  dans  les  composés  proprement 
dits  comme  : 

Simadûs  (n.   d'un   village   en   ruines),  litt.   «  cîme 

douce  ». 
palaâêr  «  bêche  »,  litt.  «  pelle-fer  ». 
Nditradâmo  «  Notre-Dame  »*. 

On  dit  (avec  a  mieux  que  o)  : 

Aygwabèto  ou  Aygtoobêto  (n.  de  Heu),  litt.  «   eau 
belle  ». 

Kadaplâs  ou  KQdoplàs{n.  de  lieu),  litt.  «  plans  (c'est- 
à-dire  petits  plateaux)  de  la  maison  ». 
Mais    echchûgo-màs  «  essuie  mains  »  ; 

'  Cf.  NOSTRA  DAMA  SUT  l'inscriplion   de  Gazaux-de-Larboustf   et  sur 

celle  de  la  croix  de  Kastellùyk  (sovbnansa  db  nostra  dama  de  kosari. 

Inscription  (aranaise?)  assez  ancienne.  En  luchonnais  actuel  :  subenànso 
de  Nôstradàmo  de  Wuzà'Ci  c  souvenir  de  Notre-Dame  du  Rosaire  »). 


L 


438  LE  PARLER  DE  BAGNERES^DE-LUCHON 

arrigo-gwélh  a  libellule  »,  litt.  a  arrache-œil  »  ;  et 

pourtant  barrakâr)  a  étoffe  de  bure  »,  litt.  a  euferme-chien  ». 

C*est  que  ce  dernier  composé  est  plus  ancien,  et  quMl  j  a, 

sans  doute,  influence  des  a  voisins,  comme  dans  palaâêr  ou 

Kadaplâs, 

On  le  Yoit,  dans  les  composés  les  deux  lois  de  la  persistance 
de  a  final  et  de  a  contre-tonique  vont  de  concert. 

2»)  et  3»)  èeie  tombent.  Ex.  : 

2®)  opërâriu,  dawbri  «  ouvrier  »  (adj.). 

ca1èfâ(ce)re,  kato/id  a  chauffer  ». 

3**)  verêcùndia,  bergûnho  «  vergogne  ». 

(hjospïtàle,  ustâw  a  maison  ». 

Begorrïtànu,  Bigurdâr)  «  Bigourdan  ». 

Mais  masiegâ  f mastlcâre)  «  mâcher  » ,  musegd  (morsïcàre) 
«  mordre  »  sont  formes  de  conjugaison  ;  de  là  le  maintien 
de  e, 

4*)  i  tombe  également.  Ex.  : 

exsarritare,  echchartâ  «  essarter  ». 

Mais  kastigà  (castîgàre)  «  châtier  »  est  forme  de  conjugai- 
son; dans  bedyàw  «  prestation  »,  V\  de  vicinale  a  été  main- 
tenu par  la  formation  d*un  hiatus  ;  dans  buxidûg  a  fermenta- 
tion »,  de  ^bullîtione,  et  les  mots  analogues,  Tî  (d*ailleurs 
primitivement  non  contre- final)  a  été  maintenu  par  les  infi- 
nitifs correspondants  (6ti%2  «  bouillir  »,  etc.);  sans  compter 
rinfiuence  savante:  cf.  eskmitât  u  obscurité  »,  lat.  obscurl- 
tàte,  etc. 

5**)  et  6*)  ô  eio  tombent.  Ex.  : 

5®)  colôcâre,  kugâ  «  coucher  ». 

6^)  labôrare,  latotd  a  labourer  ». 

*miscûlâre,  meskld  «  mêler  ». 

Mais  dezlugà  (dis-lôcare)  «  déplacer,  disloquer  »,  a$toà  p. 
*  asuà  (ad-sônâre)  c  appeler  »  ont  gardé  ô  sous  forme  de  u,  ô 
étant  là  voyelle  de  sjllabe  initiale  plutôt  que  contre- 
tonique  ;  d'ailleurs,  ce  sont  des  formes  verbales,  comme  bris^ 


ET  DE  SA  VALLEE  4  39 

(u/d  a  torréfier  »,d6  p(e)rustû1àre  mi-sav.^  carustûlâre  donne 
ûsklà)  Iremu  là  «  trembler  »,  de  ^tremûlâre,  etc. 

Mettons  à  part  : 

Sedotoédo  on  moins  bien  Sedutoédo  (n.  de  lieu)  de  Ipsa  ïdû- 
lêda  ;  ou  par  rédupl.  *  ïtàbêtâ?  (Quant,  bypoth.). 
petezàm  «  entrailles  de  mouton  »,  de  *pectorànu  (?]. 

Le  premier  pourrait  être  sorti,  par  un  simple  relâchement  de 
prononciation  ,  d*une  forme  *  Sedwèdo  ;  le  second  est  sans 
doute  issu,  d*une  manière  analogue,  de  *peytrâm^  *petrâm, 
par  affaiblissement  de  r  en  «  après  /  et  introduction  d'un  e 
d*appui  (Voyez  les  groupes  de  consonnes). 

V)  û  tombe.  Ex.  : 

mandûcâre,  *maynjâ  (?),  auj.  minjâ  a  manger  ». 

SMl  persiste  dans  salûiâ  (salûtâre)  «  saluer  »,  ajûdà  (adjû- 
tare)  «  aider  >,  esturnûdà  (sternûtare)  «  éternuer  »  (montalb. 
estizurnà,  avec  altération  de  l'initiale  également,  et  de  plus 
métathèse),  ce  sont  formes  de  conjugaison. 

c)  Pénultièmes. 

Les  atones  libres  pénultièmes,  elles  aussi,  tombent  ou 
deviennent  plus  fermés  ;  elles  ne  sont  guère  plus  solides  que 
les  finales.  Les  plus  fréquentes  étaient  les  brèves  à,  ê,  I, 
ô  et  û. 

P)  à  persiste,  mais  en  passant  àe.  Ex.  : 

*cantâbâmus,      kantâwem  «  nous  chantions  ». 
*cantàbâtis,         kanlàwet  a  vous  chantiez  ». 
*cânnâpe,  kânep  «  chanvre  ». 

Mais  krâmbo  a  chambre  »  vient  s.  d.  de  caméra,  qui  existe 
à  côté  de  càmâra  ;  et  séggle  a  seigle  »  vient  s.  d.  du  français, 
car  ^sécâle  p.  secâle  aurait  dû  donner  ""ségetol^e  montalb.  dit 
«eje/,  mais  inversement  kârbe  pour  «  chanvre  »). 

2^)  é  tombe  toujours  ;  sa  chute  a  même  précédé  celle  de 
é  final.  Ex.  : 

1  *  càpere,  *  kâbxe^  puis  kâbe  a  contenir  » . 

véndère,       *  bén-xe^  puis  béne  «  vendre  » . 
véspèru,        *  bêsp^tCf  puis  bêspe  «  soir  »,  etc. 


440  LE  PARLER  DE  BAGNERES-DE-LUCHON 

2.  orédôre,        ^kréd-xe^  puis  hréy  t  croire  ». 
càdére,  *  kâd-xe,  puis  kày  a  tomber»,  etc. 

Les  infinitifs  en  e  atone  de  la  3*  conjugaison  fournissent  ici 
les  plus  nombreux  exemples.  Leure  atone  ne  vient,  en  effet, 
ni  de  ô  final,  ni  de  ê  pénultième,  mais  ce  sont  les  groupes 
en  -xe  qui  Tont  laissé  à  leur  place  ;  aussi  vaudrait-il  mieux 
écrire  ci-dessus  *  kâb-x  que  ^kâb-xe^  etc  Voy.  plus  loin  Tio- 
fiuence  des  consonnes  sur  les  voyelles  et  les  groupes  de  con- 
sonnes. 

3^)  I  tombe  le  plus  souvent  ;  quand  il  persiste  (ordinaire- 
ment en  hiatus)  il  passe  à  ù  Ex.  : 

dispôsliu,  dis;ôst  u  dispos  d. 

véndlta,  béndo  c  vente  ». 

fémina  âénno  «  femme  0. 

formâtïcu,  Hurmâdje  a  fromage  ». 

*fidïcu,  fiidje  «  foie  ». 

Mais  :  sâpïdu,  Sàbi  (n.  de  ruisseau,  et  de  famille), 

limplda,  limpyo  c  limpide  >  fém. 

sômniu,  sôni  a  songe  ». 

Antôniu,  Antôni  «  Antoine  »  mot  mi-savant. 

*pàrtïo,  parti  «je  pars  », 

et  tous  les  présenta  en  i  atone,  issus  de  lo  ou  de  éo  rameno 
à  ïo.  L'analogie  est  intervenue  ici,  et  Tt  doit  être  considéré, 
croyons -nous,  non  comme  conservé,  mais  comme  réintroduit, 
même  dans  les  verbes  de  la  4*  comme  partie  car  pârtio  aurait 
dû  donner  ^pàrs.  Cf.  ci-dessus  le  maintien  de  la  finale  î  carac- 
téristique du  nom.  masc.  pi.  dans  la  2*  déclinaison. 

4^)  ô  tombe  souvent;  quand  il  persiste,  il  passe  au*.  Ex.  : 

1  arbore,      *  àrb-ze^  puis  nrbe  «  arbre  » 
lépôre,      *lêb't€,  puis  lêbe  «  lièvre  » 
-âtôre,      •-rtrf-te,  puis  -àyze 
episcôpu,    abéske  «  évêque  » 

1  Le  montalb.  a  parfois  conservé  ici  V6  et  l'û  atones,  mais  en  les  fai- 
sant tous  deux  passer  à  u  tonique.  Ei.  : 

"acr'^ÔIu,    (j^'ifùi  «  houx  > 
-     cumûlu,      kumûln  comh\Q^ 


ET  DE  SA  VALLEE  441 

2.  Mais  :  *  trifôlu,       *  Iré/iuto,  auj.  tréw  «  tr  èfle  jaune  »  ; 

*acrifôlu,    *Qy%éfiuw^  auj.  a%éw  «  houx  »  ; 
et  peut-être  aussi  : 

apôstôlu ,  *  apôstuWy  auj .  apôstu  «  apôtre  »  ;  mi-savant 
en  tout  cas  (p  maintenu). 

5*)  u  tombe  régulièrement*.  Ex.  : 

ëbùlu,  *êwuw^  auj.  jêw  «  hièble  ». 

miràcûlu,       mirâlh  >  miroir», 
facûla,  Hâlho  «  chandelle  de  résine  » . 

(h)à^tûla,         âsklo  «  bûche  > . 
cûmûlu,  kûmble  c  comble  »  (on  dit  plutôt. 

kalamêlch)^  etc. 

Nous  reviendrons  plus  loin  sur  la  réduction  des  hiatus  et 
des  diphtongues  qui  se  produisent  souvent  avec  les  pénultiè 
mes,  et  sur  la  fusion  des  atones  avec  diverses  consonnes. 

B)  Voyelles  entravées 

D'une  manière  générale,  les  vojelles  entravées,  toniques 
ou  atones,  persistent.  Cependant  les  toniques  deviennent  par- 
fois plus  ouvertes  et  les  atones  plus  fermées.  Ainsi  : 

P)  a  entravé  tonique  reste  d  (1);  atone,  il  est  encore  a  (1), 
sauf  à  la  syllabe  finale  où  il  passe  à  e,  comme  a  libre  final 
devant  t  ou  s.  Ex  : 

1.  arbore,         ârbe  t  arbre  » 

ârca,  ârko  a  coffre  du  char  > 

vàcca,  bàko  «  vache  d,  etc. 

2.  pastôre,        paslû  <  berger  » 
parlire,        parli  c  partir  »,  etc. 

Mais  :  càntânt,       kânten  a  ils  chantent  » 

cantàbânt,    kantàwen  «  ils  chantaient  > 

(1)  Si  nâscere  donne  tiécfie  •  naître  »,  laxare,  lichà  «  laisser  »,  cela 
tient  à  des  réductions  de  diphtongues;  si  (h)astella  donne  estera  a  co- 
peau »,  à  l'apocope  de  l'a  de  *astêro  et  à  l'analogie,  avec  les  mots  com- 
Biençanl  par  «/-;  si  a(u)scultare  donne  eskutd  «  écouter  »,  c'est  encore 
par  analogie  avec  les  mots  latins  commençant  par  ïsc-  (esk-). 


4  42     LE  PARLER  DE  BÂ6NERES-DE  LUGHON 

(et  toutes  les  troisièmes  personnes  da  plariel,  formées  par 
analogie  :  sâben,  léjen^  parient  kanlèten,  kantêsen,  etc.  —  Voy. 
la  morphologie  du  verbe).  Ce  passage  de  à  final  entravé  à 
e  caractérise  le  luchonnais;  dès  Saint-Béat^  on  a,  ici  aussi,  à 
{kàntôn^  etc.  — Voy.  T Appendice  à  la  suite  des  consonnes). 

2*^  et  3®)  è  eie  entravés  toniques  restent  en  général  ê  et  é; 
atones,  ils  donnent  tous  deux  e.  Ex.: 

2®)  1.  (h)erba,        êrbo  t  herbe  ». 
terra,  têrro  «  terre  ». 

-ellu,  -ella,  -êtch^  -êxo^  fr.  «  -eau,  -elle  ». 
septe,  $êt  c  sept  »,  etc. 

2.  sestivu,         estyéto  c  été  d. 

verticulu,      bertélh  c  peson  de  fuseau  ». 
*vecticulu,     hetilh  «  levier  ». 

■ 

3")  1.  epïscopu,  aiéske  •  évéque  ». 

capïstru,  kabéstre  c  chevétre  ». 

crïspu,  krésp  t  croûte  ». 

squïlla,  e$kézo  h  clochette  ». 

ïllu,  -a,  étchj  éco  «  lui,  elle  ». 

2.  pïscâre,        peskâ  t  pêcher  ». 
ïntendere,     enténe  <  entendre  » . 
*vïndémia,  p.  vindémia,  ^betémya^  *brémya,  puis  brènho 
c  vendange  ». 

Il  y  a  toutefois  une  importante  remarque  à  faire  :  é,  même 
tonique,  placé  devant  le  groupe  n-|-consonne  (sans  parler, 
bien  entendu,  du  groupe  ns  du  latin  classique,  réduit  à  s  en 
latin  populaire,  rendant  e  long  et  ne  formant  pas  entrave.  Ex.: 
pê(n^su,  pés  «  poids  »)  a  toujours  donné  é.  Ex.: 

convéntu,     kumbént  «  couvent  », 
moméntu,    mumént  «  moment  »« 

comme  tous  les  noms  en  -ment  et  tous  les  adverbes  en  -m^)5  ; 

lucénte,        lûdént  a  luisant  a, 

comme  prâ(i^fi/  c  prudent  o,  sabént  ^  savant»,  et  tous  les 
participes  présents  des  trois  dernières  conjugaisons  ; 


ET  DE  SA  VALLEE  448 

pruiéntia,  prùdénso  a  prudence  »  ; 

Lauréntiu,  Lawzéns  (n.  de  famille); 

véndere,  béne  c  vendre  b, 

inténdere,  enténe  a  entendre  •, 

comme  (mais  avec  diphtongaison)  estyéne  «  étendre  »  (cf. 
Ryéne  «  fendre  »,  de  fïndere). 

Comment  expliquer  ces  faits?  Sans  doute  par  la  tendance 
de  Te  à  se  fermer  devant  des  groupes  semblables,  c  Ainsi,  en 
>  latin,  ë  devient  i  devant  une  nasale  gutturale,  et,  en  germa- 
»  nique,  devant  n-f-oonsonne  »  (Communication  de  M.  Gram- 
mont).  Il  se  peut  donc  qu*on  ait  eu  jadis  en  luchonnais,  com- 
me aujourd'hui  en  provençal,  *lûiênt  (prov.  iuzêni)^  *kumbênt 
(prov.  kubênt),  *prûdênso  (prov.  prûdênso);  mais  aujourd'hui 
c'est  é  qu'on  a  en  luohonnais  dans  tous  ces  cas.  Ce  caractère 
de  la  phonétique  luchonnaise  sépare  le  luchonnaisdu  proven- 
çal, et  le  rapproche,  comme  le  montalbanais  et  le  languedo- 
cien, de  l'espagnol  qui  ne  connaît  que  é.  Cf.  plus  loin  le  trai- 
tement de  ô  tonique  entravé. 

4^)  I  entravé,  tonique  ou  atone,  reste  i.  Ex.  : 

1.  cîngula,  ^tffQ^^  a  sangle», 
missa,               miso  «messes. 

2.  *cînquâginta,    siykânto  «cinquante». 

lînteôlu,  linsô  «  drap  de  lit». 

5®  et  6').  d  et  0  entravés  toniques  restent  d'abord  6  et  d, 
mais  d  tonique  entravé  passe  ensuite  (comme  ô  tonique 
libre)  à  û\  atones,  ils  donnent  tous  deux  u.  Ëx.  : 

5')    1.  porta,  porto  «porte». 

*môrtu,  mort  «mort^. 

sôlvere,  sôbe  «tremper,  dissoudre». 

Costa,  kôsto  «côte», 

molle,  match  ahumide». 

ponte,  pont  «  pont» . 

fonte,  ^dn/ «fontaine»,  etc. 

2.  pôrtàre,  purtà  «porter». 

*fôntàle,  âuntdw  «lieu  humide», 

môntànea,  muntânho    «  montagne,  pâturage 

élevé». 


4  44  LE  PARLER  DE  BAGNÈRES*DE-LUCHON 

6*)    1.  côrte,  contrdecô(h)ôrte,  A:urM< grange», 

sûrdu,  sùrt  «  sourd  n. 

*gùrgu  p.  gupgite,  yûrk  «tourbillon d'eau» 

*  tûrbeoutûrbo p. turbine,  tûrp  «  tourbillon  de 

neige  ». 
8ûlcu,  sûk  tt sillon  ». 

tûttii,  tût  «tout'  ». 

pûllu,  pûtch  acoqo. 

2.   ûrtica,  urtigo  a  ortie». 

pûrgâre,  purgâ  «  nettoyer  le  blé  *  » . 

•^  fûrcina,  Huchino  t fourche  de  fer». 

pûUâre,  pusâ  «pousser t. 

tûssire,  tun  «tousser»'. 

*  pûllicu,  pmik  «poussin  ». 

Remarquons  que  à  reste  ô  en  luchonnais  même  devant  la 
groupe  n  -|-  consonne  [pônt^  fiant);  il  n'y  a  donc  pas  parallé- 
lisme entre  son  traitement  et  celui  de  é  dans  le  même  cas. 
Sans  doute,  «  mont»  se  dit  mûnt  ;  mais  peut-être  muni  vient- 
il  de  *mônte  pour  monte,  ou  peut-être  y  at-il  eu  influence 
des  nombreux  dérivés  et  composés  où  il  entre  comme  procliti- 
que (muntdnho^  muntankàrt^  Muntawbây^  Munnê^  etc.).  Au 
contraire,  le  montalbanais  dit,  non  seulement  mûn^  mais 
encore  pûn  et  fûn,  traitant  ainsi  ê  devant  n  -f-  consonne 
comme  d;  et  le  louronnais  et  Taurois  vont  jusqu'à  dire  mûri 
«mort»;  mais  Tespagnol  diphtongue  icio  en  ue. 

7<^  û  entravé,  tonique  ou  atone,  reste  à.  Ex.  : 


1  Cependant  (h)irundula  donne  arr(5//o  t  hirondelle»,  et  non  •ariti//o; 

à  mûttu  correspond  mot  «mot»,  et  non  '*mût  ; 

à  singlùttu,  say glati,  hoquet»,  et  non  ^sayglûf. 

Mais  les  deux  derniers  sont  sans  doute  des  emprunts,  et  le  premier  doit 
a  voir  subi  l'influence  analogique  de  am///â«  rouler  »  de  rôtulâre,  ind.  prés. 
an'ôlli,  impér.  arrôllo^  etc.,  —  Mëdùllu  <  moelle»,  a  de  même  dû  donner 
môtch  (au  lieu  de  ''mûtch,  par  '*méwtch  :  montalb.  métolo^  de  medulla) 
sous  l'influence  de  môtch  .♦  humide  »  (et  peut-être  anciennement  «mou  ■) 
de  molle. 

•  Montalb.  tàsi,  avec  ii,  peut-être  sous  l'influence  de  l'i  de  tussio.  — 
Voy.  û  ci-après,  pour  pùrgà  «  purger». 


£T  DE  SA  VALLEE  4  45 

1.  jûstu  oa  }XiBie  fjûst  «juste,  justement  ». 
fûste,  /iùst   tt bâton,  fût  ». 

2.  jûsta-mente,  jûstoméns^  etc. 

Il  j  a  quelques  cas  difficiles.  Jûnl  «  joint  d  et  puni  «  point  n 
pourraient  venir  de  jûnctu,  qui  est  possibie,et  de  pûnctu,  qui 
est  classique;  mais  ils  pourraient  venir  aussi  des  formes 
jÛDctu  et  pûnctu,  où  Yû  serait  dû  à  Tinfluence  du  c  devant  t, 
analogue  à  celle  du  y  dans  cûneu,  d*où  kûnh  a  coin  ».  Voy. 
plus  loin. 

D'autre  part,  à  fûrtu  (û  sans  doute  comme  dans  fur)  cor- 
respond  fûrt  ((  vol  d'objets  »  (il    aurait   du 

moins  fallu  ^âûrt) 
à  cûrtu  correspond  à  la  fois  kûri  «  court  » 

et  kûrt  ((  qui  a  la  queue  coupée  »  ; 
à  pûrgare,  à  la  fois  purgà  «  nettoyer  le  blé  o 
et  pur  g  d  «  purger  w. 

Les  formes  en  û  sont  là  savantes  ;  seulement  elles  n'ont 
pu  être  prises  au  français  (pas  même  sans  doute  pûrgà); 
elles  sont  venues  du  latin  savant,  dont  Tu  se  prononce  û 
(sauf  devant  nasale  -\-  consonne)  dans  toute  fia  France. 

De  même  bûw  «  bulle  »  doit  venir  de  bûlla,  mais  par  le 
latin  savant;  si  Ton  a  bmo  au  lieu  de  ^bûlo^  cela  doit  tenir 
àTinfluence  de  buxt  ((bouillir».  Cf.  la  locution  a  bûls  ak 
gros  bouillons  »  ;  bûls  plur.  de  bûlh  ,  inusité,  de  ^bûlliu,  tiré 
de  bullio,  avec  influence  du  y. 

Enfin,  taudis  qu'on  a  régulièrement 

/iûne  c  fondre»  de  fûndere  , 
et  même  Kûns  a  fond  »,de  fûndus^ 

«fonder»  se  dit  Rûndà  et  ((fondement  »  Rûndomént.  Comme 
on  ne  peut  avoir  que  fûndare  et  fûndamentu,  avec  û,  il  faut 
admettre  ici  encore  des  emprunts  (hypothèse  confirmée  par 
le  maintien  dans  ces  mots  de  d  après  n),  mais  des  emprunts, 
non  au  français  qui  aurait  donné,  Y^^rfa,  "fundomént,  mais  au 
latin  savant,  qui  devait  être  ici  pour  les  anciens  luchonnais 
fôndare,  fwndaméntum,  avec  û  et  non  o»  comme  aujourd'hui 
en  France.  La  présence  de  /i  n'est  pas  une  objection  :  elle 


446  LE  PARLER  DE  BÂGNERES-DE-LUCHON 

prouve  simplement  que  les  mots  en  question  ont  été  emprun- 
tés avant  le  passage  àe  fkâ  en  luoh.,  ou  Tinvasion  des  f. 

Ainsi,  en  résumé,  les  voyelles  entravées  ne  nous  donnent, 
comme  atones,  que  a,  ^,  t,  u  et  â  ;  comme  toniques,  a,  é^  t, 
6  et  si  Ton  veut  û  ont  persisté  ;  i  a  persisté  le  plus  souvent, 
mais  devant  n  -{-  consonne  est  passé  à  ^  ;  6  est  passé  à  û. 
Le  traitement  de  é  et  de  d  entravés  caractérise  le  luohonnais. 

B.  Sarribu. 


LES  CARTULAIRES  D'ALBI 


Cartnlalre  AAl 


Les  archives  municipales  d'Albi  possèdent  sept  cartulait*cs. 
ku  milieu  de  beaucoup  de  documents  connus,  il  s'y  en  trouve 
certains  qui  ont  été  dédaignés  ;  non  pas  qu'ils  manquent 
d'intérêt,  mais  parce  que  les  historiens  albigeois  n'ont  pas 
trouvé  Toccasion  de  les  utiliser.  Nous  nous  proposons  de  par- 
courir, feuillet  par  feuillet,  ces  vénérables  parchemins  et  d'en 
extraire  tout  ce  qu'ils  contiennent  d'inédit.  Pour  donner  une 
idée  sufSsante  de  chacun  d'eux,  nous  analyserons  les  pièces 
que  nous  ne  reproduirons  pas. 

Sans  doute  les  faits  que  nous  relèverons  n'ont  pas,  au  point 
de  vue  historique,  une  importance  capitale;  ce  sont,  généra- 
lement^ de  menus  détails  :  entrées  et  mort  des  évéques,  fami- 
nes, tremblements  de  terre,  mortalités,  éclipses  de  soleil, 
règlements  locaux,  etc.,  etc.,  etc.;  ce  sont  pourtant  ces 
détails  qui  composaient  autrefois  l'histoire.  Au  point  de  vue 
philologique  l'intérêt  est  beaucoup  plus  considérable.  Sans 
doute,  on  n'y  fera  pas,  comme  dans  les  séries  BB  et  CC,  une 
abondante  récolte  de  mots  nouveaux;  mais  on  pourra  surpren- 
dre sur  le  fait  les  successives  transformations  de  la  langue 
romane,  au  cours  de  trois  ou  quatre  siècles,  l'invasion  pro- 
gressive de  la  langue  d'oil  dans  le  dialecte  albigeois. 

Le  Libre  de  Memorias  de  Jacme  Mascaro,  dont  M.  Ch.  Bar- 
bier a  su  tirer  un  si  merveilleux  parti,  et  que  notre  travail 
rappellera,  n'embrasse  qu'une  période  fort  restreinte,  insuffi- 
sante pour  suivre  la  décadence  de  la  langue.  Sous  ce  rapport, 


4  48  LES   CARTULAIRES   D^ALBl 

tout  au  moins,  les  Cartulaires  d*Âlbi  offrent  plus  d'intérêt  que 
les  Memorias. 

Sans  autre  préambule  nous  abordons  Texamen  du  Cartu- 
laire  AAl.  Le  premier  document  est  un  règlement  sur  la  per- 
ception du  droit  de  pesade.  Voici  le  préambule  :  »  Coma 
»  tumult,  brega  ^  e  discordiafos  sobre  Tusatge  e  la  persepcio 
»  de  la  patz  delà  vila  d'Albi  e  de  las  pertenensas  entrels  leva- 
»  dors  de  la  dicba  patz,  d'una  part,  els  ciutadas  d'Àibi  e  de  la 
)>  pertenensa,  d'autra;  e  de  paraula  venga  hom  a  batemens, 
})  e  de  batemens  mort  se  puescha  essegre,  fo  adordenat, 
»  sobre  Tusatge  e  sobre  Topsebement  de  la  dichapatz,  so  que 
»  se  sec.  » 

Ce  règlement  comporte  buit  articles  dont  les  titres  sont 
écrits  à  l'encre  rouge  :  1®  Hom  levan  e  colgan;  2®  Hom  que 
vengra  estar  ad  Albi  ;  3*  Hom  de  mar  aura...  LX  ans  non 
pague  *  ;  4*  del  bestial  ;  5®  tôt  brau  e  tôt  poli  ;  6®  tota  bestia 
que  bastege  *  ;  7®  tôt  parec  de  fedas  *  ;  8**  araire  complit  '. 

Vient  ensuite  une  transaction  entre  Tévêque  Guilhem 
Peyre  ^  et  les  consuls  :  «  Ajsso  es  la  composicio  que  fo  fâcha 
»  ab  mosseinher  Guilhem  Peire,  avesque  d'Albi  sa  enreires,  et 
ï>  ab  los  cossols  et  ab  la  universitat  dels  prohomes  d'Albi  ;  e 
))  ditz  enaissi  coma  se  essec  ».  Voici  les  points  sur  lesquels 
porte  la  transaction:  1*  D'ome  cant  mor  ses  far  testament; 
2°  De  comandas  qui  las  fa  ad  Albi  ;  3*^  Se  bom  estrainh  se  mu- 
dava  en  la  vila  d'Albi  ;    4"  Que  hom  no  sia  près  que  présente 


^  Cr.  Du  Cang.  Briga  =  jurgium,  rixa,  pugna- 

s  Po  may  adordenat  que  negus  hom  no  sia  tengut  de  pagar  patz  de  son 
cors  de  mars  LX  ans  passatz. 

3  Fo  may  adordeaat  que  tota  bestia  que  bastege,  rosci  o  ega  o  mul.  Baste» 
gar  =  porter  bât.  Conf.  Du  Caog.  Bast  et  basta. 

^  Dans  le  corps  de  l'art,  on  lit  :  Tôt  parec  de  fedas  complit  de  c  beslias  o 
de  plus,  que  i  ega  en  cledas,  pague  V  s,  el  mieg  parrec...  Parrec  =  trou- 
peau. 

B  Ce  document  n'est  pas  daté,  peut  être  môme  est-il  inachevé.  Il  est  trans- 
crit en  efifet  sur  une  feuille  de  parchemin  détachée,  mais  ayant  même  format 
que  le  carlulaire,  soit  21  ceut.  5  X  ^6  cent.  5. 

0  Cet  évéque,  de  la  maison  des  Laurac  de  Brens,  d*où  sortit  le  fameux 
hérétique  Guillaume  Pétri,  est  désigné  sous  le  nom  de  Guilhem  Peyre  Vai- 
terus  ou  Galterus;  il  occupi  le  siège  de  1192  ou  1193  à  1230. 


LES  GARTULAIRES  d'aLBI  44(» 

drech  e  puesca  fermar  ;  5®  Que  hom  non  puesca  guidar  *■  autre 
per  deute  contra  la  voluntat  d*aquel  a  oui  deu  ;  6^  De  quista, 
de  touta,  d*albergua,  de  segui  '  ;  7^  Sel  biàbe  avia  piach  o 
contrast  ab  los  homes  d'Albi  ;  8®  De  sancforo  ^  ;  9^  De  mur- 
trier;  10^  De  adulteri  *;  11®  De  las  autras  costumas  bonas  que 
aissi  no  S80  escriutas,  que  slotengudas;  12®  Los  covienhs 
d*ambas  las  parts. 

L'accord  se  termine  ainsi  :  k  Et  aisso  fo  fach  Tan  de  la 
incarnacio  de  Dieu  Ihu  Xrist  M®  CO  XX®,  renhan  llo  rei  Phelip 
de  Fransa:  videlicetXVIlkl.  de  mai  '.  Phelip  o  escrius. 

La  célèbre  transaction  dite  de  saint  Louis  occupe  le  bas 
du  recto  du  folio  3,  tout  le  verso,  les  folios  4  et  5,  et  la  moi- 
tié du  recto  suivant.  Elle  porte  pour  titre  :  «  Ajsso  es  la 
»  composicio  fâcha  per  mossenher  Loys,  rei  de  Fransa,  e  per 
»  mossenher  B.  de  Cumbret,  avesque  d'Albi  %  sobre  las  cau- 
»  sas  que  la  u  demandava  a  l'autre  en  la  vila  d'Albi  per  raso 
a  dels  Frotiers ''.  Editz  enaissi  ».  Elle  est  trop  connue  pour 
que  nous  en  essayons  même  une  analyse.  La  date  de  cette 
transaction  est  décembre  1265. 

tt  Aisso  es  la  pronunciacio,  la  ordenacio,  la  diffinicio  el 
»  establiment  que  pronuntiec  mosseinher  Johan  de  SoUic, 
))  arciavesque  de  Bezorgas  ^,  sobre  lo  compromes  que  era;  e 
»  fo  fach  en  lo  dich  seinhor  arciavesque  pe[r]  mosseinher  B. 
»  de  Cumbret,  avesque  d'Albi,  e   per  la  glieia,  d'una  part,  e 

1  Est-ce  le  guiarede  Du  Gang,  qui  se  traduit  par  gager  ou  minus  off'erref 

'  Divers  droits  seigneuriaux  :  pour  touta  Cf.  Du  Gang.  ToUa  :  Unum 
quarterium  vioi  quod  auDuatim  mihi  reddebatur  de  exactione,  quod  vulgo 
appellabatur  Toute.  Segui  :  obligation  pour  le  vassal  de  suivre  le  seigneur  à 
la  guerre  Gf.  Du  Can.  Segua, 

3  De  TelTusion  de  sang. 

^  Cet  article  est  curieux  :  E  dissero  mai  que  qui  près  sera  ab  autrui  molher, 
que  corro  ambidoi  essems  nutz,  se  acordar  nos  volio  ab  lo  seinhor  bisbe,  ese 
buin  autre  lor  o  retresia  d'aqui  enant  que  fos  en  eissa  la  pena. 

s  15  avril. 

«  Bernard  de  Gombret  occupa  le  siège  épiscopal  de  1254  à  1272. 

'  Les  Frotiers  étaient  coseigneurs  d'Albi.  Un  Frotier,  coseigneur  d*Albi, 
était  évèque  de  cette  ville  en  972.  Signalons  à  M.  Emile  Lévy  Terreur  que, 
sur  la  foi  de  Compayré,  il  a  laissé  glisser  dans  son  Supplément  a 
Raynouard.  Frottier  est  un  nom  propre  et  pas  un  nom  commun. 

*  Bourges,  dont  Tévôcbë  d'Albi  était  suffragant.  Jean  de  Sully  occupa  e 
siège  de  1201  à  1291.  îdy 


4^)0  LES  CARTULATRES   d'aLBI 

0  per  los  cossols  e  per  la  universitat  d'Albi,  d*autra  part.  E 
»  pronunciec  enaissi  ». 

La  transaction  portait  sur  les  points  suivants  :  1®  De  crims 
que  pena  porta  de  sanc  ;  2o  de  jutgar  lo  malfachor;  3^  de 
crim  notori  o  manifest;  4°  de  la  crida  cominal;  5^  de  la  renda 
del  pont  de  Tarn  ;  6®  del  crear  cossols  e  accosseilhadors  de 
lor^  ;  T^'de  panar  peisches,  conils,  colomsogalinas;8*  de  pausar 
forestiers  ;  9°  d'aquels  que  panarau  frucha  ;  10^  de  las  carriei- 
ras  nedejar  ;  11°  de  falsa  mesura  ditz  enaissi  ;  12®  de  mesura 
d*oli  ;  13ode  mesura  de  blat  o  de  sal  ;  14°  de  mesura  de  draps; 
15°  de  tôt  fais  pes  ;  16°  de  pa  vendedor  ;  17°  de  carns  mese- 
las  ^  vendudas  o  unas  per  autras;  18°  de  carns  moriosas'  o 
mortas  per  lor  propria  mort  ;  19°  dels  notaris  publics  crea- 
dors  ;  20°  d'ome  cant  mor  ses  testament  e  no  i  apar  heretier; 
21°  de  las  claus  de  la  vila  d*Albi  gardar;  22°  que  nos  fassa 
cofrairias  o  colligacios  ab  sagramen  ;  23°  de  la  ost  e  de  la 
cavalgada  e  de  la  pila  ;  24°  de  la  pila  ;  25°  cossi  tôt  aquo  que 
es  dich  sia  gardât. 

La  charte  se  termine  ainsi  :  «  Fach  fo  aisso  ad  Albi  e  dat 
»  en  la  glieia  de  Sta-Cecelia,  em  plenier  parlamen  dels  dichs 
»  ciutadas  e  de  la  universitat;  presen  lo  dich  avesque.  Anno 
»  domini  MCCLXVIIII,  lo  dimecres  aprep  la  festa  de  S.  Ma- 
»  thieu  Tapostol,  en  lo  mes  de  setembre  ». 

La  charte  qui  suit  porte  pour  titre  :  «  Aisso  es  la  carta  del 


1  Cet  article  a  été  le   code  électoral  d'Albi  jusqu'en    1402.  Nous  le 
reproduisons  :  «  Quant  cossols  e  li  accosselhadors  do  lor  seran  creadors, 

>  ajustât  parlamen  si  coma  es  de  costuma,  li  homes  de  cadauna  gâcha 

>  de  la  ciutat  elegiran  dos   baros  prohomes  en  cossols  et  autres  dos  en 

>  acosselhadors ,  li  quais  seran  presentatz  al  evesque;  el  avesque  recebra 

>  sagramen  de  lor  que  eill  las  drechuras  del  avesque  e  de  la  glieia 
»  d'Albi  e  de  la  ciutat  fiselment  gardaran  et  aquel  oflici  fizelment  esse- 
»  gran.  Juraran  mai  las  autras  causas  que  au  acostumadas  jurar  ;  et  en 
»  sobre  que  de  las  obvencios  del  pont  alcuna  causa  non  despendran  o 
p  despendre  per  lor  poder  no  sostenran  contra  l'avesque  o  contra  la 
u  glieia  albienca  ». 

'  Ladres.  Cf.  Du  Can.  Mezellus.  Porcus  leprosus  seu  mezellus. 

3  Mort  de  maladie.  Cf.   Du  Can.  Mot-ia^  vieux  franc.  Uorie,  Anima- 
lium  ex  quovis  morbo  mortuorum  carnes  morticinse. 


LES  GARTULÂIRES   O'âLBI  451 

»  cornu,  oossis  deu  far  ni  levar  ad  Âlbi,  sagelat  ab  dos  sagels 
n  e  ditz  aissi  *>.  Elle  est  des  ides  de  février  '  1236. 

Suivent  des  extraits  des  Evangiles  selon  saint  Marc,  saint 
Luc,  saint  Mathieu  et  saint  Jean.  C*estun  simple  exercice  de 
calligraphie. 

Autre  charte  sur  le  mode  d'établissement  et  de  perception 
des  communs,  du  3  des  ides  de  mai  1245  ^ 

Dans  le  calendrier  qui  occupe  les  folios  13  à  18,  nous  relè- 
verons seulement  Tentête  et  les  quelques  notes  qui  s*j  ren- 
contrent •  : 

Januarius  habet  dies  XXXI,  luna  XXX  ;  nox  habet  horas 
XVI  ;  dies  octo.  Eu  face  du  8  des  ides  (6  janv.)  on  lit  :  Afesto 
stelle  mirando  perûce  iunam,  post  XL  dies  LXX  ûet  et  si 
bisextus  fuerit,  subadditur  unus  ;  si  cadat  in  iucem  Domini, 
suppone  sequentem. 

Sur  la  ligne  du  15  des  kal.  (18  janv.)  :  Sol  in  aquario,  et 
sur  celle  du  5  (28  janv.)  :  claves  XL. 

Febriarius  habet  dies  XXVIII,  luna  XXIX.  Nox  habet 
horas  XIIII  ;  dies  X.  Hic  concurrentes  mutantur. 

Sur  la  ligne  de  15  de  kal.  (15  févr  )  :  Sol  in  pisce. 

Marcius  habet  dies  XXXI,  luna  XXX.  Nox  habet  horas 
XII,  dies  vero  XII. 

En  face  du  5  des  ides  (Il  mars)  :  Claves  Pasche  ;  et  du  15 
des  kal.  (18  mars)  :  Sol  in  ariete.  Au  31  mars,  on  lit  : 

lUius  est  menais  cul  dat  lunatio  ûnem. 


*  13  février.  Cette  charte  fut  octroyée  par  Tévéque  Durand,  qui  occupa 
le  siège  de  1230  à  1*254.  G'eat  lui  qui  fonda  le  couvent  des  Frères  Mi- 
neurs. (Fonds  Doat,  vol.  113,  f»  305). 

*  15  mai. 

>  Nous  avons  négligé  certains  signes  dont  nous  n'avons  pu  deviner  la  valeur. 
Comme  iU  peuvent  élre  intéressants  pour  quelqu'un,  nous  indiquons  leur 
place  dans  le  caleadrier.  C^h  si^iÇoes  co;nprennent  :  un  .d.  toujours  barré 
ob'iquement  de  droite  à  gauche  dans  la  boucle  et  entre  deux  points  ;  un  .d. 
et  un  .e.  séparés  par  un  point  ;  un  .h  ou  .ho.  ou  ,hora.  et  enfin  un  chiffre 
roioaio. 

En  janvier  :  1  et  25  ;  .D.  En  février,  au  4  .D.  e.  En  mars,  au  8  .D.  e.ho. 
l'.Eo  avril,  au  21  .D.  a.  ho.  X.  En  mai,  au  3  et  au  25  .D.  En  juin,  au  10. D. 
e.  ho.  VI;  au  16. D.  hora,  XV(.  A  partir  de  juillet  jusqu'à  novembre,  néant. 
Ko  décembre,  au  7  .D.  au  22  .D,  e  .bo.  VU. 


Ahfi  LBS  CARTULAIRES  d'aLBI 

Aprilis  habet  dies  XXX,  luna  XXIX.  Nox  habet  horas 
decem  ;  dies  vero  XIIII. 

Au  2  des  Nones  (4  avril)  :  ultima  intentio  lune  paschalis; 
au  XY  des  kalen.  (17  avril)  :  Sol  in  thauro,  et  au  3  des  kalen. 
(29  avr.)  :  Terminus  Penthecoste. 

Madius  habet  dies  XXXI,  luna  XXX  ;  nox  habet  horas 
VIII,  dies  vero  XVI. 

Au  XV  des  kalen.  de  juin  (18  mai)  :  Sol  in  geminis  ;  sur  la 
ligne  du  IX  de  ces  mêmes  kalen.  (24  mai)  :  Sol  oritur.  Sur  la 
ligne  suivante,  25  mai,  fête  de  saint  Urbain  :  Ver  fugat  Urba- 
nus,  estatem  Simphorianus. 

Junius  habet  dies  XXX,  luna  XXIX  ;  nox  habet  horas  sex; 
dies  vero  XVIII. 

A  Nones  (5  juin)  :  ultimus  terminus  Penthecoste. 

Sur  la  ligne  du  15  des  kalen.  de  juillet  (17  juin)  :  Sol  in 
cancro  ;  et  sur  la  ligne  suivante  :  Solsticium. 

Julius  habet  dies  XXXI,  luna  XXX  ;  nox  vero  habet  horas 
VIII,  dies  XVI. 

Au  16  des  kalend.  d'août  (17  juillet)  :  Sol  in  leone.  Inci- 
piunt  dies  caniculares.  Au  14  des  kalen.  :  Ab  ista  die  usque 
ad  nonas  septembris  non  te  minuas. 

Augustus  habet  dies  XXXI,  luna  XXIX  ;  nox  habet  horas 
X,  dies  XIIII.  Au  XV  des  kalen.  de  sept.  (18  août)  :  Sol  in  vir- 
gine. 

September  habet  dies  XXX,  luna  XXIX  ;  nox  horas  XII 
habet,  et  dies  XII. 

Au  2  des  ides (12  sept.):  Dies  caniculares  ûniunt.AuXV  des 
Kalen  d'oct.  (17  sept.)  :  Sol  in  libra  ;  au  XIII  (19  sept.)  : 
Ëquinoctium  autumnale. 

November  habet  dies  XXX,  luna  XXX  ;  nox  habet  horas 
XVI,  dies  vero  VIII. 

Au  16  des  kalen.  de  décem.  (16  novem.);  Sol  in  sagittario. 

Au  9  des  mêmes  kalen.  (23  novem.),  fête  de  saint  Clément  : 
Festum  démentis  caputest  jemis  orientis  ;  cedit  jems  rétro 
Cathedrato  Sjmone  Petro.  Et  au-dessous  :  Ver  fugat  Urba- 
nus,  statem  Scinforianus  ;  post  venit  octumnus  et  sic  claudi- 
tur  totus  annus. 

December  habet  dies  XXXI,  luna  XXVIIII  ;  nox  horas 
XVllI,  dies  vero  scx. 


LES  CARTULAIRES   d'ALBI  453 

Au  16  des  kalen.  de  janv.(17  décem.)  :  Sol  in  capricorno. 

Remembransa  sia  que,  en  Tan  que  homcomtavaMCC*XCVI, 
îo  fâcha  ordenacio  e  declarament  de  vendas  e  de  foriscapis  en 
cal  manieira  se  devo  penre  e  levar  per  aquels  que  han  âeus  e 
cesses  en  la  ciutat  d*Albi  et  dins  lo  dex,  em  presencia  del 
seinher  B.  de  Castanet,  avesqne  d*Albi,  e  dels  prebostz  de 
St»  Cecelia  e  de  S.  Salvi  *. 

Ce  règlement  contient  8  articles  qui  n*ont  pas  de  titre  '. 
Afferme  du  poids  public.  Texte  latin,  du  24  janvier  1336. 

Sequitur  pronunciatio  facta  per  reverendum  in  Christo 
patrem  dominum  Castrensem  episcopum  supra  debatis  et 
cootroversionibus  vertentibus  inter  reverendum  in  Chri-îto 
patrem  dominum  Albiensem  episcopum,  ex  una  parte,  et  uni- 
versltatem  civitatis  Albiensis,  ex  parte  altéra. 

Document  non  daté. 

On  remarquera,  dans  les  pages  qui  vont  suivre,  qu'un  certain 
nombre  de  mots  nous  ont  échappé.  Le  cartulaire  AAl  a  été  si 
souvent  feuilleté  que,  sur  les  bords  extérieurs,  le  parchemin 
a  jauni  et  les  lettres  ont  disparu.  Nous  aurions  pu  essayer  de 
les  faire  revivre,  en  j  déposant,  avec  un  pinceau,  une  légère 
couche  de  sulfhjdrate  d'ammoniaque  concentré  ;  mais  outre 
que  le  succès  de  la  réaction  chimique  nous  a  paru,  pour  bien 
des  cas,  un  peu  problématique,  nous  avons  hésité  à  soumettre 
le  précieux  document  à  une  opération  qui  aurait  pu  le  dété- 
riorer. 

L*an  MCCCXXXIII,  fo  gran  fam  e  gran  carestia  ;  valia  lo  sestier 
del  froment  sinquanta  soutz  e  tornec  vas  Pantacosta  ;  e  S.  Johan  se 
culhic  e  s*es  vendut  a  XIIIl  s. 


<  Bernard  de  Castanet  est  un  des  évoques  d'AIbi  dont  le  nom  a  fait  le 
plus  de  bruit  dans  THisloire  ;  il  éveille  aussitôt  Tidée  dMnquisition.  Quel  que 
soit  le  jugement  que  l'on  porte  sur  ce  prélat,  qui  fut  un  terrible  homme,  il 
ne  faut  pas  oublier  que  ses  cruautés  vis-à-vis  des  hérétiques  Albigeois  furent 
coodamnées  par  le  roi  de  France  et  deux  délégués  du  Saint-SiAge.  Hauréau, 
membre  de  Tlnstitut,  a  publié  en  1878,  chez  Hachette,  un  volume  qui  porte 
le  titre  :  Bernard  Délicieux  et  V Inquisition,  La  figure  de  l'évoque  Inquisi- 
teur y  est  définitivement  fixée. 

<0n  énumère  les  différents  cas  qui  donnent  ou  ne  donnent  pas  lieu  à  per- 
ception des  droits  de  matation. 


454  LES  CARTULAIBES  D  AI.BI 

Item  l'an  XLVlll,foc  gr&n  mal  an  de  fam,  de  que  motigro  gaore 
de  gens. 

It.  l'an  XLVIII,  foc  la  gran  mortalitat,  que  foc  la  gran(s)  mortaliUt 
de  ris  6  de  psubreB  que  de  la  hora  que  Diaus  venc  en  l'angea  Maria 
no  eab  hom  que  foa  ta  gran(s)  '. 

It.  r>a  LX,  foc  carestia  ;  valc  lo  seatier  del  froment  quatr 
floria. 

It.  l'an  LXl,  foc  autra  mortalitat,  mas  no  pa»  ta  grands  coma  fr 
l'an  XLVIII  ;  e  morigro  may  d'efans  que  de  gens  grans. 

It.  l'an  LXIX  foc  autra  carestia ,  que  valîa  lo  cestïer  del  frome 
quatre  floria  ;  e  valc  tro  que  hom  ne  colhic,  e  per  bons  razo,  car, 
gert,  ni  rie  ni  paubre  non  «via  blat  vielh,  per  aut  rie  hora  que  f 
de  que  fo  gran  miracle  de  Diau,  aytan  gran  fe  quant  sadolec  d> 
pas  e  de  V  pejaea  V  melia  personas  '. 

It.  l'an  MCCCLXXIl.aXIIIdel  mes  de  julb.,foc,  ad  Albi,  la 
tempesta  e  noi  i  demorec  negun  de  blat  ni  de  vi,  mas  fort  petit. 

It.  l'an  dessus,  lo  segon  jorn  de  mars  ',  que  fo  lo  premier  r 
carême...  •  fe  la  terra  tremol. 

It.  l'an  MCCCLXXV,  el  mes  de  abril  e  de  ma?,  el  mes  de  jv. 
froment  lo  aesiier  X  floris,  e  seguel  VIII  florigedavant...  •  nad 
froment  V  e  VI  floria  e  aeguel...  *  e  morigro  ganre  de  geospaul 
fam. 

It.  l'an  LXXVI.  a  XXVI  del  mea  de  setenibre.  fo  Tarn  t. 
que  eb  un  eaplegh  ^  pogra  hom  penre  de  l'aygua  de  bub  lo 
la  fusta  ;  e  venc  Ihin  la  procession  de  St»  Cecilia  portan  lo  a* 
Dieu;  mas  be  fora  eatat  mage* 

A  XXV  de  setembre,  Tan  MCCCLXXXVl,  nasquec  lo  pre 
filh  del  t6j,  noetre  senhor,  de  Franasa,  segon  que  aparia  j 


t  Uême  cberté  à  Béi'en  ;  le  rroneel 

valut  2  franca 

La  valeur  du  noria,  i  Albi,  ta  1369  < 

es!  de  quinze  . 

'  Ed  DOuvesu  ElylB  1373. 

1  mots  effacé». 

oq  moLurlTaci^Ei. 

is  mois  eflacés. 

ITacéB. 

phru«  est  eflacée.  Oa 

1  croit  lire:  Ji 

456  LES  CARTULAIRES    d'aLBI 

Verbum  multiplicatum 

Générât  tediam 

Non  est  arnicas  qui 

Amicum  peccatorem  non  corripit. 

Vitam  habemus  ex  matuo, 
Non  autem  ex  debito  ^' 

L*an  M»  CCCLXVIII,  la  vespra  de  S.  Marc,  casec  la  gran  tempesta, 
e  tempestec  otral  pon ,  e,  de  la  part  desa,  una  gran  partida  de  Fal- 
guairac  e  delà  Calm  e  de  Castelvielh. 

L*an  MCCCLXI,  a  VI  dias  del  mes  d'abrial,  fo  fach  Tacort  dels 
senhors  cossols  d'Albi  del  dich  an  am  los  serviens  del  rey  e  de  moss. 
d'Albi  ;  e  M*  Dorde  Gaudetru,  notari,  fen  carta  per  la  partida  dels 
senhors  cossols. 

Peccata  tempore  latent  et  tempore  patent. 

L*an  MCGCLX,  e  a  XXI  del  mes  de  janoier,  I  home  ausic  I  autre 
home,  otra  lo  pon  de  Tarn,  al  riu  del  Montelh,  e  fo  près  per  las  gens 
del  rei  d*otra  lo  pon  e  menât  a  la  cort  del  jutge  d*AIbi  ;  e  pueys  fo 
remes  a  la  cort  de  M®  Tavesque  d'Albi  ;  el  jutge  d'Albi  auec  lo  jutgar 
e  tener  cort  al  barri  del  Gap  del  pon,  e  mandetz  los  prohomes  que 
anesso  donar  lor  cosselh  de  la  part  delà.  Et  ayssi  fo  fag;  et  aquel 
home  fo  jutgat  am  lo  cosselh  dels  digs  prohomes,  e  perdec  lo  ponh 
aqui  bon  avia  fag  lo  murtre,  e  pendut  a  Valcabrieyra. 

L'an  MCCCLXXI,  a  XXX  del  mes  de  may,  les  senhors  cossols  del 
dich  an  baylero  los  senhals  persenhar  las  mesuras  de  las  fustas  e  del 
coyre  a  M*  Johan  Augier,  menescalc  d'Albi,  loqual  promes,  a  so  sa- 
gramen,  se  esser  bo(s)  e  lial(s)  el  dichoffîsi  e  que  no  senhara  denguna 
mesura  que  hi  conoges  barat  ni  falsa,  nin  penra  mas  so  que  antiqua- 
mens  n*es  taxai.  E  fo  présentât  a  la  cort  temporal  per  Domenge  de 
Monnac  e  per  Frances  Donat,  cossols  del  dich  an  ;  e  M*  Bertran  de 
Montalasac  fen  carta,  Tan  el  dia  dessus.  Et  aqui  meteys,  Tan  el  dia 
dessus,  en  la  mayo  cominal  d'Albi,  en  la  presencia  dels  sobredichs 
cossols  e  may  del  seuhen  Galhart  Golfier,  senhen  Pos  Viema, 
M«  Bernât  Lonc,  Bernât  Col,  Bernât  Dales,  P.  Soelh,  P.  Godieyra 
cossols  del  dich  an,  per  lore  per  lors  companhos  e  per  la  universitat, 
lo  sobredich  Johan  Augier  promes  e  promec  en  la  manieyra  que  desns 
es  dich. 

<  Ici  se   place  le  tarif  du   pontanage  que  nous   avons  publié  dans  cette 
même  Revue,  année  1901,  pp.  481-513. 


LES  CARTULAIRES    D'aLBI  457 

Testimonis  M«  R.  Vidal,  notari,  Bernât  Taulas,  sabatier  d'Albi. 

L'an  MCCCLXXI,  a  XXIX  de  setembre,  fo  perdut  lo  sasfel  petit 
del  cossolat,  et,aXXXI  dia  del  dichmes,  foc  desavoat  lo  dich  sagel 
en  la  majo  cominal  d*Albi  per  los  senhors  cossols  del  dich  an,  en  la 
presencia  del  discret  senhor  lo  senhen  Galhart  Golfier,  loctenen  de 
M»  lo  viguier  de  la  cort  real  d'Albi,  e  de  M»  G"»  Granier,  loctenen  de 
M®  lo  jutge  de  la  dicha  cort  ;  del  quai  receup  carta  M«  Johan  Duran, 
notari  real  d^Albi. 

L*an  Mille  e  XX,  stec  de  ploure  per  totz  los  mcses  de  mars,  abrial 
e  de  may,  que  no  ploc  de  totz  aquels  très  meses  seno  doas  vetz  en 
lo  mes  de  may,  e  los  frugs  de  la  terra  mot...  *.  E  foro  Paschas  a  VII 
de  abrial  e  Rbsas  se...^,  io  jornde  Rampalm,  que  fo  lo  darier  jom  de 
mars  ',  majossas,  et  serieyas  a  Pascas,  lo  VII  d'abrial  ;  e  comensec 
hom  a  segar  las  seguials  a  setze  de  may;  e  lo  auta  renhec  et  fe  grans 
dampnatges  a  totz  los  frugs  de  la  terra,  que  derayguava  los  albres 
e  destrusia  las  vinhas  e  derocava  los  teules  dels  hostals  ;  e  renhec  per 
dos  tneses  e  may. 

L'an  MCCCXXVIII,  lo  segon  jour  de  febner,  fos  terra  tremol  sus 
lo  solhel  levan  e  durée  qualque  z  ..  quant...  *  ;  e  foc  tant  gran  e  ta 
fort  que  ad  acha  de  ornes  anticas  no  foc  tal. 

L'an  MCCCLXXXI,  lo  dimergue  XXII  del  mes  d'abril,  moss.  Do- 
menge,  aveaque  d'Albi  5,  intrec  az  Albi  e  fo  en  sa  intrada  moss. 
Felip  de  Levis,  senh  de  Rocha*,  G"  de  Rabastenxs  ^,  vescomte 
de  Paulinh, lo  senh  de  Venes,  e  ganre  d'autres.  E  jurée  nos,  en  sa 
cossiencia.  meten  la  ma  sus  lo  pietz,  de  teoer  nostras  costumas  ;  et 
aqui  metey?,  enans  que  intres.  baylee  las  elaus  als  portiers.  De  que 
preyro  carta  M"  Johan  Durand  per  nos  e  M«  Izarn  de  Rieus  per  moss. 
Tavesque. 

ï  Mot  effacé  commeoçant  par  i  ri  et  termiDé  par  rotges. 

3  Illisibie. 

3  Mot  effacé. 

*  Mots  effacés.  Le  z  =  moitié. 

»  Dominique  de  Florence  qui  abandonna  le  siège  d'Albi,  en  1382,  pour 
celui  de  Saint  Pons  de  Thomières.et  le  reprit  en  1392.  En  1407,  il  devint 
archevêque  de  Toulouse  dont  il  occupa  le  siège  jusqu'à  sa  mort  survenue  en 
1412. 

•  Pilippe  m  qui  épousa,  en  1372,  Eléonore  de  Villars,  et  mourut  celte 
même  année  1380,  Il  éUit  fils  de  Guy  de  Lévis  et  de  Laure  de  La  Barthe. 
Guy  était  seig.  de  la  Roche  en  Rénier  et  de  Graulhet.  Cf.  Les  Seigneurs 
de  Graulhet,  par  L.  M.  p,  39. 

'  Les  délibérations  de  1372  à  1388  du  Conseil  de  Ville  nous  apprennent 
le  rdie  important  que  ce  personnage  joua  &  celte  époque. 


4  58  LES  CAIITULAIRES  D'ALBI 

Quidquid  agas  prudenter  agas  et  respice  finem. 

L'an  MCCCLXXXl,  a  II  de  dezembre,  comprero  los  senhors  cossols 
que  fo  Tan  el  dia  desus,  so  es  assaber  M*  Helias  de  Vesplaii, 
M"  Bernât  Lonc,  Frances  Donat,  Ar.  del  Port»  els  autres  cossols, 
d'en  G^  Colobres  C.  Ibr.  de  renda  que  avia  cadanssus  la  vila  lo  dig 
G";  et  aysso  per  XVIIolbr.,  pagan  lo  franc  per  XX  s.,  quedeii  aver 
lo  dig  G^huna  am  totz  los  darayratges  degutzal  dig  G"  dels  ans  pas- 
satz,  los  quais  so  encluzes  in  la  ssoma  de  las  dichas  XVIIc  Ibr.  E 
M*  Johan  Prevenquier,  notari,  fen  carta  de  la  venda. 

I/an  MCCCLXXXIII,  lo  mecres,  a  XII  jorns  del  mes  d^aost, 
moss.  Johan  la  Saya  *,  perla  gracia  de  Dieu  avesque  d*Albi,  intrec 
preraieiramen  en  la  ciut«it  d'Albi,  per  la  porta  del  Viga,  e  promes, 
pausan  sa  ma  sobre  son  piegz  coma  prélat,  servar  e  gardar  las  cos- 
tumas de  la  presen  cintat,  enaisi  coma  los  autres  senhors  avesques 
d*Albi,  SOS  predecessorp,  au  acostumat  de  far.  E  foro  presens  los 
senhors  en  Galhart  Golfier,  en  Duran  Daunis.  M«  Dorde  Gaudetru,  en 
G™  Condat,  M*  Azemar  Grasset,  M*  Izarn  de  Rius.  Et  aqui  meteiss 
los  digs  senhors  cossols  bailero  las  claus  de  las  portas  de  la  vila  al 
dig  moss.  Tavesque;  el  dig  moss.  Tavesque  aqui  meteiss  restituit  las 
dichas  claus  e  las  bailec  als  portiers  que  aqui  foro  presentatz  per 
los  digs  senhors  cossols;  e  los  digs  portiers  aqui  meteiss  jurero 
aissi  quant  es  acostumat  ni  en  lo  insturmen  sus  aisso  recenbut  se 
conte.  E  M*  Johan  Duran  fen  carta. 

L*an  MCCCLXXXIII,  (blanc)  *  los  senhors  cossols,  so  es  asaber 
senh  Gualhart  Golfier,  en  Duran  Daunis,  Me  Dorde  Gaudetru , 
M*  Isarn  de  Rius,  M«  Ademar  Grasset,  Guilhera  Colobres,  cossols  de 
la  ciutat  d'Albi,  presentero  al  revcren  payre  en  Crist  mossen  Johan, 
per  la  gracia  de  Dieu  avesque  d'Albi,  per  crida  cominal  so  es  assaber 
Ramon  Borrulh,  loqual  jurée  en  las  mas  del  dich  moss.  l'avesque  en 
ayssi  coma  es  coutengut  en  la  costuma  ;  *  e  d*aysso  fe  carta 
Me  Dorde  de  Laroqua,  notari. 

1  II  occupa  le  siège  1  an  à  peine.  La  ville  lui  fit  cadeau  de  150  florins 
d'or  et  de  4  pipes  de  vin.  B  B  16. 

*  L'acte  est  postérieur  au  12  août,  puisque  la  présentation  du  crieur 
public  est  faite  à  Jean  de  Saya  qui  ftt  son  entrée,  nous^enons  de  le  voir,  à 
cette  date. 

*  La  coutume  est  enregistrée  dans  la  transactioo  ménagée  par  Tarchevé- 
que  de  Bourges  eotre  Tévéque  Bernard  de  Combret  et  les  consuls;  eMe  e^t 
ainsi  conçue  :  c  La  crida  cominal  per  los  cossols  e  p^r  los  prohomes  sera 
»  eligit(z]  el  al  avesque  si  coma  a  seiahor  sera  presentatz),  lo  quai  peara 
>  de  lui  sagramen   que   en  aquel   ofAci  flzelmen  se    aja  tant  vas  l'avesque 


LES  r.ARTULAIRES   d'ALBI  4  59 

L'an  MCCCLXV,  a  XXI  dia  del  mes  de  may,  devant  moss.  Amielh 
Cabiral  et  moss.  P.  de  Lescura,  vicaris  de  moss.  d'Albi,  lo  poble  de 
cascuna  gâcha  de  la  ciuetat  d'Albi,  nompnero,  elegiro  e  presentero 
en  cossols,  a  toi  Tan  venen,  los  cossols  de  Tan  passut;  so  es 
assaber  :  de  la  gacba  de  Verdussa,  en  G™  Ortz  e'n  Frances  Picart;  e 
de  la  gâcha  del  Viga  senhen  Bernât  d'Avizac  e'n  R.  Oelet;  e  de  la 
gâcha  de  S*»  Martiana  M»  Jacme  Trencavel  e'n  G"  Barrau  ;  e  de  la 
gâcha  de  Sanh  Estephe  en  Johan  Gieussa  e'n  G*  Rebieyra  ;  e  de  la 
gâcha  de  las  Combas  Esteve  Mercadil  ;  e  d'ot'ral  pon  en  P.  Molinier. 
Et  yssamen  foro  fathz  accosselladors  aquels  de  Tan  passât  per  Tan 
venen.  E  quant  que  als  dihgs  senhors  vicaris  fos  greu  e  neguesso 
que  los  dihgs  cossols  e  cosselhadors  de  Tan  passât  non  podian  ni 
deviao  esser  per  l'an  venen,  mar  de  nouvel  ne  dévia  lo  poble  autres 
eligir  e  nompnar,  el  dihg  poble  lo  contrari  dizen,  volen  et  afferman, 
e  que  d'autras  vegadas  era  estât  fahg  lo  seinl)lan,  los  sobre  dihgs 
cossols  de  l'an  passât  et  acosselhadors  per  Tan  venen  foron  creatz  e 
fahgz.  E  maestre  Johan  de  Lamota  fes  ne  carta. 

L'an  MCCCLXX  e  VI,  a  II  de  octombre,  cresquec  Tarn  e  fon  ta 
gran  que  venc  entro  la  porta  del  abeurador,  e  dec  gran  dampnatge 
als  naolis  d*Albi  e  de  Marsac  *  et  a  totz  los  molis  que  ero  tro  Cofo- 
lens.  ' 

La  MCCCLXXXV  3,  lo  premier  jour  de  jenier,  sus  la  hora  entre 
prima  e  tercia,  venc  subdamen  gran  escurdat  de  segle,  en  tant  que 
a  penas  doas  personas  que  fosso  essemps  vesia  petit  Tautra  ;  e,  segon 
que  se  dizia,  fo  aquo  per  lo  universalmen  ;  e  dizia  se  per  alscus  que 
lo  solelh  era  tornat  en  eclipsi.  Aquo  durée  entorn  Tespazi  de  aitant 
quant  hoin  ponharia  anar  del  Cap  del  pont  de  Tarn  d'Albi  tro  a  la 
porta  del  Viga  del  dig  loc.  E  aquel  jorn  fo  lus,  comensamen  de  set- 
mana,  e  de  mes  e  de  an,  e  la  luna  hi  fo  novela  sus  Palba.  ^ 

>  quant  vas  los  ciuladas;  ecridara  départ  de  l'avesque  e  dels  prohomes  si 
•  coma  es  acostumat  eDlrogas(?)  a  oras;  e  oo  sera  refudai  z)  per  Tavesque 

>  se    n'era  sospechos  d'iretguia   o  eo    autra  manieira    diffamada  persona  o 

>  eoemic(s)  manifest  del  avesque.  » 

•  Gant.  d'Albi. 

'  Coufouleux,  cant.  de  Rabastens,  arrond.  de  Gaillac. 
'  En  nouveau  style  1386. 

•  A  remarquer  que  le  premier  janvier  est  considéré  comme  le  pre- 
mier jour  de  Tan,  bien  que  l'année  officielle  ne  commence  que  le  25  mars. 
Nous  avons  signalé  cette  particularité  dans  Les  statuts  et  les  coutumes  de 
la  Commanderie  de  Saint  André  de  Gaillac.  Rev.  des  Lang.  rom.  1899, 
p.  228  ;  nous  l'avons  rencontrée  trois  autres  fois  dans  les  comptes 
consulaires  d'Albi  du  quatorzième  siècle  qui  sont  à  l'impression. 


4  60  LES  CARTULAIRES  d'ABBI 

L'an  M^GCLXXXVII  (blanc)  del  mes  d*auost,  moss.  G™  Maestre 
prebost  de  la  glieya  de  S.  Salvi,  huna  essemps  am  los  canonges  de 
la  dicha  glieya,  coffecero  aqui  totz  essems  que  la  vila  era  ea  pose- 
cio  et  en  saysina,  de  totz  temps  que  avia  estât,  [de]  la  gâcha  e  la 
bada  cominal  sus  lo  cloquier  de  S.  Salvi,  davas  la  glieya  de  Sta  Mar- 
siana.  E  may  fo  aqui  meteys  ordenat  que  la  vila  deu  far,  a  soa 
despens,  la  torn  tro  a  la.  '  E  M*  Izarn  de  Rieus  e  M*  Johan  de 
Montalaza  feyron  carta  coma  notaris. 

L'an  MCCCXCII,  a  XV  d'octobre,  viro  de  mieg  dia,  vaquée  la  se, 
per  la  mort  de  M®  G.  de  la  Voûta,  avesque  d*Albi.  E  fo  regen  M*  A. 
Grasset  e  jutge  M«  R.  Ysart 

E  sia  saubut  que  la  cest%yrada  de  la  terra  de  vinha  e  d*ort  de  la 
juridiccio  d'Âibi  deu  aver  de  tôt  cayre  XVII I  pergas,  e  cada  perga 
deu  esser  de  XVII  palms  justz*.  Et  en  denaysi  en  cada  cestayrada 
deu  aver  LXXII  pergas  de  la  meysso  desus  dicha. 

Mémorial  sia  que  en  lo  mes  de  febrier  entro  a  la  fi  de  mars,  Tan 
mial  IIIP  XXV,  valeq  lo  sestier  del  froment  II  escutz  d'aur,  el  les- 
tier  de  la  seguial  valeq,  al  dich  temps  dessus,  II  Ibr.  ;  e  al  comensa- 
ment  del  mes  d'abrial  llllo  XXVI,  [lo]  froment  tomec  a  I  escut  d'aur, 
el  sestier  de  la  seguial  lornec  a  I  Ibr.  ;  e  ayso  car  fe  bel  temps  e  clar 
e  ses  aygas,  que  los  blatz  nobels  fuero  tans  bels  que  dizom  que  non 
avia  de  L  o  de  LX  ans  no  vigro  tant  en  la  mostra.  E  foro  Pascas  lo 
darier  jorn  de  noiars,  l'an  mial  IIIIo  XXVI. 

Mémorial  sia  que,  a  très  jorns  del  mes  île  mars,  Tan  MCCCCXXX 
très  '  vaquet  la  sse*  de  la  Glieia  d'Albi,per  la  mort  delreveren  payre 
en  Dieu  moss.  P.  Enebot*',  per  la  gracia  de  Dieu  avesque  d'Albi; 
lo  cal  moric  lo  jorn  desus,  sus  la  ora  de  prima.  E  sus  lo  d.  jorn  los 
senhors  de  capitol  preyro  lo  temporal  e  la  berbia  a  lor  ma,  coma  suc- 
cessors  ;  e  meyro  en  la  berbia  et  en  la  cort  lors  armas ^  E  sus  la  ora 


1  Mot  effacé.  Dans  le  cartulaire  A  A  4  on  trouve  le  texte  intégral  de 
cet  accord.  Le  quantième  du  mois  n'est  pas  indiqué. 

Cf.  sur  cette  affaire  notre  travail  intitulé  :  La  tour  de  Saint  Salvi 
d\ilhi.  Bull,  de  la  Soc,  archéologique  du  Midi  de  la  France,  1901, 
pp.  331-340. 

<  L'empaD  d'Albi  vaulO  met.  223.  La  surface  delà  sétérée  pour  les  vigoes 
et  les  jardins  égale  donc  46  ares  56  cenfiares  424644. 

3  Ed  nouveau  style  1434. 

^  Siège épiscopal;  nous  avons  trouvé  et  nous  retrouverons  cette  expression 
qui  rappelle  le  sede  vacante  si  usité. 

>  Pierre  Neveu,  aussi  appelé  Nebot  et  Nepos.  Il  avait  pris  possession  du 
siège  en  1411.  Arch.  comm.  BB  5. 

^  Les  armoiiies  du  Chapitre  métropolitain  étaient:  de  gueules  à  une  croix 


LES  CARTULAIRES  D*ALBI  461 

de  vespras,  los  senhors  cossols  e  d'autres  singulars  anero  en  lo  dich 
ostal  de  la  berbia  per  pregar  e  requérir  los  dihtz  senhors  de  capitol 
que  volgesso  beu  gardar  lo  sobre  dib  ostal.  Et  en  ayssi  o  fero  e  ne 
requerigro  esturmen  ;  local  sturmen  près  mestre  Pos  Vernhas.  Et 
estan  aqui  los  sobredihtz  senhors  de  Capitol  e  cossols,  hun,  apelat  lo 
senhor  de  Vilayna,  local  avia  una  bota  per  molher  del  dih  senhor 
avesque,  près  Postal  de  la  berbia  a  ssa  ma  c  fermet  las  portas  que  el 
lo  ténia  e  nom  de  m?'  de  Pardiac  ^ 

Item  sia  saubut  que  après,  non  tardet  I  jorn  o  H,  vengro  gran  cop 
de  senhors  pregar  ais  ssenhors  de  capitol  que  volgesson  helegir  en 
avesques  los  que  au  dretz,  so  es  assaber  :  P.  Amielh,  prebost  del  mo- 
nestier  de  S.  Salvi,  e  doctor  en  leys'  ;  M»  B.  de  Cazilhac,  prebost  de 
Santa  Sezelia  epriorde  Fargas ',  lecenciat  en  decretz;  moss^'' Taves- 
que  de  Cavalho,  apellat  m*  Johan  Rocas,  natural  de  la  presen  siu- 
tat  ^,  m*  en  tehologia  ;  m^'  d*Arpajo,  per  I  de  sos  filhs  '^  ;  moss.  lo 
senescalc  de  Garcassona  per  moss.  Tavesque  de  Cozerans,  appelât 
moss.  Giraut  Fajdit  ;  moss.  Tavesque  de  Sant  Papol  ;  m<^  lo  prior  de 
la  Daurada  ;  1  filh  de  moss^**  de  Castelpers  ;  1  frayre  de  m***  de 
Casteinou  de  Bretenos,  e  ganre  d'autres  ssenhors  ^say  ne  foro  ;  los  cals 
vengro  par  pregar  los  sobredihtz  ssenhors  del  capitol  e  no  re  mens 
los  senhors  cossols  ;  e  foc  trobat  per  cosselh  que  los  ssenhors  cossols 
pregero  per  totz  aquels  que  eron  pregatz  et  requeregutz  als  dihtz 


pattée  et  ancrée  à  Textrémilé  supérieure,  et  au  pied  fixé  d'or,  chargée  d'une 
agatbe  ovale  et  de  pierreries  de  diverses  couleurs,  sommée  d'un  globe  d'argent 
eotouré  d*uo  cercle  bordé  de  huit  perles  d'argent,  accompagné  de  quatre 
croix  d'or,  deux  enhandées  et  à  double  traverse,  suspendues  au  bout  de 
l'ancre  avec  des  chaînettes  de  même,  et  deux  anglées  de  perles  et  bourdon- 
nées,  suspendues  à  des  traverses,  accostées  de  deux  losanges  d'or  aussi  sus- 
pendues à  des  chaînettes  de  même  aux  extrémités  de  la  croix. 

Cf.  Rev.  du  Tarn,  vol.  VIII,  supplément. 

1  Bernard  d'Armagnac,  comte  de  Pardiac,  gendre  du  fameux  rey  Jacques, 
cnmle  de  Castres. 

'  Ces  quatre  derniers  mots  ont  été  can  elles. 

*  Ce  prieuré  avait  été  fondé  en  1325  par  l'évéque  d'Albi,  Béraud  de  Far- 
gues.  On  voit  encore  les  restes  de  ce  prieuré  dans  la  rue  qui  lui  doit  son 
nom. 

*  Mot  à  demi  effacé,  on  dirait  :  etz  escellen. 

'  Hugues  d'Arpajon,  chevalier,  sgr  de  Labruguière  pour  un  tiers  et  de 
Montfa. 

Par  acte  du  24  mars  1431,  il  acquiert,  par  voie  d'échange  avec  Pierre 
de  Lautrec,  la  baronnie  de  Montredon.  Revue  du  Ta>m,  1,  p.  28. 

*  Nous  traduisons  ainsi  le  sigle  essors. 


4  62  LES  CARTULAIRES   d'aLBI 

Bsenhors  de  Capitol  ;  es  en  ayssi  o  fero  no  dopten  (?)  de  la  premieyra 
pregaria  *. 

It.  a  catre  del  sobre  dih  mes,  foc  sebelhit  lo  sobredih  avesqae  en  la 
glieyza  de  Sancta  Sezelia  ;  de  que  portavo  lo  drap  dava[n]de  l'aurlos 
ssenhors  cossols  una  am  P.  Bona,  viguier  de  Rochas...  ^. 

It.  a  XVI II  del  sobredih  mes,  foc  fâcha  la  novena  del  sobredih  aves- 
que,  en  que  foc  donat  per  los  ssenhors  cossols  I  drap  d*aur  e  X  tor- 
chas cascuna  de  H  Ibr.  Z  '  en  las  cals  torchas  e  drap  foron  mesas  las 
armas  de  la  viala;  e  lo  sobredih  drap  d'aur  foc  raalevat  del  capitol 
de  la  Qlieja  d*Albi,  local  prestero  amiablamen  als  ssenhors  cossols 
ses  degun  cost. 

L*an  MCCCCXLIX,  en  lo  mes  de  julh,  ce  vendec  vi  ad  Albi,  en 
taverna,  a  dos  dénies  la  liai,  et  la  crida  lo  cridet  en  aquel  près;  et  lo 
près  comu  era  III I  d.  la  liai,  e  lo  melhor  era  VI  d.  ;  e  per  aquel  de 
II  d.  era  bo  ;  e  ssa  es  an  la  plassa  d'Albi  ce  vendia  vi  en  gros,  coma 
de  Cestayrol  *,  I  ff*»  e  XX  sols  la  pipa. 

L*an  M  Ulh  XX,  a  XXII I  de  maj,  los  senhors  cossols  An- 
thoni  Boyer,  M«  P.  Ayral...  Yssaras,  Phelip  Baldy  e  Guiraut  de 
Belpuech,  tost...  de  la  presen  ciutat,  en  presencia  del  honorable 
senhor  moss.  Ar*  d*A...  licenciât  en  leys,  jutge  real  d'Albi,  feyro 
appelar  en  la  mayo  cominal,  los  maseliers  de  la  presen  ciutat,  et 
aysso  per  mètre  en  executio  Ins  letras  de. . .  autrejada[s]  a  la  vila  per 
lo  très  exellen  senhor  m^  lo  Regen  et  Dalfi. . .,  so  es  assaber  que  la 
vila  levé  dos  dénies  per  liura  carnacieyra  que  vendran  los  maselies  en 
la  ciutat  d'Albi. . .  quertidos  i  la  reparatio  de  las  muralhas  de  la 
villa  ;  lasquals  letras  foro  mesas  eu  exequtio  aqui  meteys,  de  voler  et 
de  consentement  dels  ditz  maselies  ;  et  devo  donar  la  liura  carna- 
cieyra del  moto  per  II  s.  VI  d  ,  liura  de  vedel  de  lag  II  s.  VI  d.  e  liura 

1  L'élection  eut  lieu  le  6  avril.  Le  3  de  ce  mois,  deux  consuls  d*Albi  ac- 
compagnés de  plusieurs  notables,  se  rendirent  à  Lombers  auprès  du  roi 
Jacques  pour  le  supplier  d'engager  les  chanoines  à  élire  un  bon  prohome 
et  bon  home  al  profiech  de  las  armas  et  de  la  glieysa.  On  sait  que  le  Cha- 
pitre élut  Bernard  de  Casilhac  ;  mais  le  pape  avait  donné  pour  successeurà 
Pierre  Neveu,  Bernard  Dauphin,  candidat  du  roi.  Les  deux  compétiteurs 
se  disputéreut  le  siège  les  armes  à  la  main.  La  guerre  civile  ensanglanta 
l'Albigeois  pendant  une  vingtaine  d'années.  Cf.  Arch.  comm.,  GC  183  et 
suivants,  et  l'étude  que  Quicherat  a  consacrée  à  Rodrigue  de  Villan- 
drando,  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Chartes^  1845. 

*  L'écriture  des  six  dernières  lignes  de  la  page  a  tellement  pâli  qu'elle 
est  illisible 

>  Ce  sigle,  sorte  de  Z  grec,  signifie  demi. 

^  Gant,  de  Qaillac . 


LES  CARTULAIRES  D  ALBI  463 

d*anhel  XXVI II  d.,  per  cascun  cabri t  III I  d.,  liura  de  buou  e  de  baca 
e  de  porc  XX  d.,  liura  de  bocz,  cabra,  crestat,  detz  d„  liura  de  la 
feda  se  vendra  XVI  d,  ;  et  aysso  del  jorn  presen  entro  a  la  festa  de 
Totz  Sans  ;  et  cascuna  liura  carnacieyra  deu  pesar  très  libras  primas 
que  so  XLVIII  oosas  *;  e  si  foc.  • .  per  los  digz  senhors  cossols  ad 
Ar.  Yssaras  maselier  que  pesés  las  dichas  carns  en  gros  als  digz  ma- 
selies  ;  loqual  juret  ben  et  fîzellemeot  pesar  ad  utilitat  de  la  vila  e 
dels  ditz  maselies,  e  deu  may  scriure  las  carns  que  pesara  de  cascun 
maselie  et  tener  bon  conte  als  ditz  senhors  cossols  Iro  que  autramen 
per  los  ditz  senhors  cossols  hi  sia  provesit. . . 

L*an  MCCCLXII,  lo  dimengue,  darier  de  julh,  tombet  sus  lo  clo- 
quier  de  S.  Salvi  lo  foize  ont  ero  lo  tocasens  ;  e  hun  notary  apelat 
M*  Gibbert  de  FOspital,  local  lo  tronoyre  Tausit  ;  es  homes  que  fos 
sus  lo  cloquier  non  val. .  .^  per  gran  meravilhas. 

Mémorial  sia  que  la  presentacio  e  la  collacio  de  la  quapelania  fon- 
dada  en  la  gleia  d'Alby  per  Guiraut  Marti,  saentras  mergan  d*Alby, 
sobre  Tostal  seu  asituat  davant  lo  sementeri  de  la  dicha  gleia,  se 
aperte  al  cossol  de  la  gâcha  de  las  Combas  de  la  ciutat  d'Âlby,  aysi 
corn  se  conte  en  Testurmen  de  la  dicha  fondacio  receubut  per  M*  An- 
thoni  Planas. 

L*an  mil  quatre  cens  soixante,  Johan,  comte  d'Armanhac,  par 
arrest  donné  par  les  gens  tenant  le  parlemen  a  Paris  fut  privé  tant 
de  son  comté  que  de  toutes  terres  qu*il  tenoit  en  tout  le  réanime  de 
France  ;  et  tout  ce  par  manière  de  confiscation  appliquée  à  la  cou- 
rené. 

Mémorial  sia  a  totz  aquels  que  aysso  legiran  que  lan  que  hom 
contava  mial  111^  e  XXVII,  lo  dilus  que  foc  lo  jorn  de  Nostra  Dona, 
que  era  ados  del  mes  de  febrier,  sus  lahorade  prima,  fec  granterra- 
tremol  per  tôt  lo  monde  universal  ;  loqual  fo  dich  que  de  la  morta- 
litat  granda  ensa  non  foc  ausit  tant  grant;  et  diverses  bastimens  ne 
tombero  et  se  escoyssigro,  et  tropas  de  chemineyas  d'Alby  ne 
tombero. 

An  ascel  que  me  ha  fach  scriure  done  Dieus  hun  pe  de  pieuse  et  a'n 
îî'iuel  que  ho  ha  scrich  done  Dieus  una  formic. 

Les  23 folios  qui  suivent  sont  pris^  à  quelques  exceptions  près,  par 
rénumération  des  talhs  imposés  depuis  1399  jusquà  1493.  Nous  relève- 
rons les  seuls  articles  qui  offrent  un  intérêt  quelconque. 

Endig  Tan  MCCCC  VIII,  a  XII  de  julh,  per  la  reparacio  de   la 


1  La  livre  ordinaire  d'Aibi  égale  407  grammes  920. 

'  Nombreux  mots  effacés.  Il  faut  comprendre  :  ne  furent  pas  foudroyés. 


464  LES    CARTULAIRES   d'aLBI 

clausura,  pagan  V  d  per  cascuna  sepmana  de  Tan,  que  monta 
XXI  s.  Vlll  d.,  e  per  la  femna  veuaa,  la  meytat,  que  son  X  s.  X  d.  et 
per  I[ieura]  de  po[ces8ori]  II  d.  e  per  1.  de  ino[ble]  III  d.  una  veg  pa- 
gadors. 

II  talh[8]  endig[8]  a  IIII  de  febrier, lan MIIIIc  XXVI,  per  la  bueja 
de  Conobaffa  \  pagan  V  s.  per  t[e8ta]  e  II  d.  per  1.  p*  e  III  m[ealh]as 
per  moble,  e  contant  escut  de  laur  per  XXII  s.  YI  d.  e  moto  d*aur 
per  XIII  8.  IX  d.  ;  tôt  pagan  de  bona  moneda. 

L'an  MCCCCLX,  la  vespra  de  la  festa  Sant  Jordi',  fes  tant  de 
frech  e  de  glas  ad  Albi  et  al  torn  que  totz  albres  de  canha  condicio 
que  fosso,  que  fosso  brotonatz  ni  salhitz,  fosso  vinhas,  noguies, 
pomies,  peries,  prunies,  durayquies  (?),  preseguies  e  tôt  autre  fru- 
cbier,  lot  se  perdec,  que  de  tota  aquela  annada  del  territori  d^esta 
vila,  no  se  foro  trobadas,  quant  acomparanssa,  II  saumadas  de  fru- 
cha  ;  e  per  so  se  endevenc  que  de  diverssas  partz  portavo  vendre  ad 
Albi  totas  fruchas  coma  serieyas,  guinas,  peras,  prunas,  pomas,  e 
belcop  d'autras  fruchas  ;  de  tal  manieira  que  al  comensamen  n'i 
vengro  de  Carcassona  que  se  vendia  la  1.  VI  d.  de  las  serieyas  e  de 
guinas,  et  après...  ^  mercat;  et  ayssi  meteis  se  vendero  III  petitas 
perotas  II  d.,talamen  que  tôt  lo  monde  foc  meravilhat  quant.  .  ^  se 
vendec  tota  frucha,  quinha  que  fos,  a  pes.  Dieus  nos  vuelha  per  sa 
gracia  gardar  d'ayssi  avan. 

L*an  MCCCCLXIllI,  a  XXVII  de  jenier,  que  era  dimenge,  fes  sa 
novela  intrada  M®  Johan  Jaufre,  ^  cardenal  e  avesque  d'Alby,  per  la 
porta  del  Viga;  et  al  intran  de  la  dila  porta  el  juret  de  tener  e  ser- 
var  las  costumas,  libertatz  e  franchissas  scrichas  enon  scrichas  de  la 
presan  sieutat.  E  fo  acompanhat  de  totz  los  cossols  entre  a  Santa 
Geselia,  e  aqui  fes  lo  offici,  et  los  dits  cossols  c'en  anero  dinar  amb 
el  a  la  berbia  am  gran  companhia  dels  habitans  de  la  dita  sieutat. 

Item  après  que  hom  foc  levât  de  taula.  M"  Felip  del  Pradal,  jut- 
ge  real  d*Albi,  et  sendic  especialmen  a'n  aquo,  fes  omematge  e  sa- 
gramen  de  fiseltat  al  die  M»^  d'Alby,  en  nom  de  tota  la  dita  sieutat,  en 
presencia  de  M°  Bertran  de  Quasilhac,  canonge,  de  M®  Guilhaumes 
d'Arpajo,  chivalier,  e  belcops  d'autres  senhors  aqui  presens. 

>  Cant.  de  Monestier,  arrond.  d'Albi.  Les  évoques  d'Albi  y  possédaient  un 
château.  Combefa  était  occupe  par  les  Anglais.  Cf.  Arch.  comm.,  GC.  182. 

2  24  avril. 

3  Deux  OU  trois  mots  effacés. 
*  Mot  effacé. 

B  Le  cardinal  Joffroi.  U  mourut  le  24  novembre  1473,  au  prieuré  de  Rully . 
Son  corps  fut  transporté  à  Albi  et  ses  restes  reposent  dans  la  chapelle  de 
Sainte -Croix  où  son  portrait  esl  peint. 


LES  GÀRTULAIKBS  s'aLBI  465 

It  dos  Ulhs  eodichs  en  la  cieutat  d*AlbT,  a  XXI  del  mes  d« 
abrial.  Tan  mial  IIIIc  LXXUII,  lo  hun  per  lo  fait  del  rej,  et  Tautre 
per  los  affaires  *  de  la  viU  ;  pagan  VII  s.  VI  s.  C  per  testa,  X  soutx 
per  la  premieyra  lieura  de  pocessori,  e  dos  soati  siejs  d.  per  lieura 
de  moble,  per  lo  talh  del  rey.  Et  per  le  talh  dels  affaires,  pa^an 
detz  diniers  per  tota  lieura  de  pocessori  et  dotie  diniea  per  tota  lieum 
de  moble.  Los  quais  talhs  son  statx  vendotz  a  André  Carre,  habitan 
d*Alby,  so  es  lod.  talb  del  rej  per  lo  près  de  quinte  cens  XXX  lieuras, 
et  lo  talb  dels  affaires  per  lo  près  de  très  cens  LXX  liearas,  en 
ajBsi  corn  apar  per  carta  presa  per  mi  P.  Ajralb,  notari  d'Albj. 

Siamemoriaqae  los  talbs  que  son  ajssi  en  lodarrieritem  specifficatz, 
dels  qaals  n'i  a  bu  m  per  lo  rey  et  bun  autre  per  los  affaires  et  repa- 
racios  de  la  vila,  et  au^si  autres'  dos  talbs  enditz  darrieyramen,  a 
detz  de  jenier,  Tan  MI II le  LXX  sinq,  la  bun  per  pagar  los  dénies  del 
rey  apelats  la  crua  mesa  sobre  la  vila  de  Galbac,  et  Tautre  per  los 
affaires  et  reparatios  de  la  vila,  pagan  per  lo  talb  del  rey,  so  es  la  dita 
crua  dos  soutz  per  testa,  dos  soutz  per  la  premieyra  lieura,  deti 
dinies  per  1.  de  pocessori,  e  XV  d.  per  1.  de  moble  ;  et  per  los  affaires 
et  reparatios  de  lad.  vila,  sine  dinies  per  tota  autra  lieura  tant  de 
pocessori  que  de  moble  ;  los  quais  quatre  talbs,  dos  per  lo  rey  et  dos 
per  los  d.  affaires  et  reparatios,  son  statz  vendutz  al  noble  Hermet 
de  Bocbarambaut  et  a  Joban  Boroier,  mercban  d^Alby,  so  es  los  d. 
dos  talhs  del  rey  per  lo  près  de  dos  melia  sinquanta  buecb  lieuras 
tor. ,  et  los  autres  dos  talhs  dels  affaires  et  reparatios  de  la  vila  per 
lo  près  de  buecb  cens  sinquanta  buech  lieuras  tor.;  et  en  ayssi  com 
apar  et  staferm  en  hum  instrumen  près  et  receubut  per  mi  not. 

Sia  memoria  que  Tau  mial  llllo  LXXXIII,  lo  tresque  crestia 
princeps,  mossenbor  Loys,  per  la  gracia  de  Dieu  rey  de  Fransa 
renban,  e  lo  révérend  payre  en  Dieu  M<^  Loys  d'Amboysa,  evesque 
d*Alby  stan,  ^  lo  cestier  de  la  mossola,  mesura  d'Alby,  se  vendet 
Alby  mitre  lieuras  tor.  et  comunamen  tôt  l'an  stec  quasi  a*n  aquel 
près  ;  et  se  disia  en  la  dita  cieutat  e  per  lo  pays  que  se  no  fos  lo  blat 
que  los  mercbans  anavo  sercar  et  los  strangies  merchans  portavo 
del  pays  de  Catalonha  et  de  la  Terra  bassa,  lo  blat  se  fora  vendut 
al  doble.  En  lo  quai  an  morigro  de  paures  strangies  per  los  pes  de 
las  portas,  a  Sinqucinas  (?)  et  a  la  plassa  d*Alby  sus  las  taulas  ; 
cascun  ser  jasiaa  plus  de  XL  ho  paures,  talamen  que,  eu  nombre 
del  mes  de  mars  jusquas  al  mes  de  julhet  ',  morigro  en  la  cieutat, 

<  Autres  mots  de  langue  d*oil. 

9  Louis  d*Amboise  occupa  le  siège  épiscopal  de  1473  à  1503.  On  lui 
doit  le  fameux  chœur  de  Sainte-Cécile. 
»  Influence  de  la  langue  d'oil- 

)0 


4  66  LES  CâRTULâIHES  D^âLBI 

tant  de  paures  et  autres  gens  et  quasi  los  plus  aecessaris  cap  d'ostals, 
XV  ho  XVI  cens  personas. 

En  lod.  an  moric  lorey  de  Fransaque  se  apelava  Loys  de  Valoys', 
a  XIX  de  aost,  et  las  honora  foro  fâchas  a  Sta  Cezelia,  la  ont  los 
senhors  cossols  feiro  lors  honors  am  gran  tast  de  mossenhors  de  la 
cieutat  en  las  companhas. 

Les  folios  compris  entre  67  et  72  sont  occupés  par  le  tarif  du 
pain.  Le  prix,  1  denier,  restant  le  même,  la  quantité  de  pain  varie 
suivant  le  prix  de  Vémine  de  moussole.  Un  exemple  fera  compren- 
dre le  mécanisme  de  ce  tarif. 

Gant  Temina  de  la  mosola  costa  III  s.  de  ternes ,  con[tadas]  totas 
mecios,  deu  hom  donar  XXXIII  onsas  de  po  per  1  d.  de  t[oraes]. 

Et  a  III  s.  e  VI  d.  deu  hom  donar  per  1  d.  XXXI  e  mieja 

Le  piix  de  l'émine  est  prévu  jusqu'à  12  sous,  3  deniers. 

Le  froment  est  considéré  comme  inférieur  à  la  moussole. 

Quant  Temina  del  forment  costa  III  s.  de  tomes,  deu  hom  donar 
XXXIII  onsas  per  1  d.  depo  gros. 

Quant  Teiiiina  del  forment  costa  III  s.  de  tomes,  deu  hom  donar 
XXXVII  onsas  e  mieja  per  1  d.   de  po  mollet. 

L*an  M  IIII*'  LXII,  a  XI  de  novembre,  que  eralo  jora  deS.  Marti, 
vaquet  la  se  de  la  glieya  d'Albi,  per  la  mort  del  reveren  pajre  en 
Dieu  moss.  B.  de  Casilhac  ' ,  per  la  gracia  de  Dieu  avesque  d*Albi; 
lo  quai  anec  de  vida  a  trespassamen  lod.  jom  entre  nou  et  detz 
horas  de  la  nuech  :  et  slec  mort,  avans  que  fo  sebelhit,  de  la  dicha 
hora,  que  era  lod.  jorn  a  sser,  tro  la  dissapde  ;  e  lod.  jom  del  dis- 
sapde  foc  sebelhit  sus  la  hora  de  très  horas. 

Item  sia  saubut  que,  lo  jom  de  Sant  Clément  ',  foc  fâcha  la  [no]- 
vena  deld.  senhor  en  la  glieya  de  Santa  Gecelia  ont  la  vila  hi  fes  portar 
a  la  honor  1  drap  d'aur,  am  las  armas  de  la  vila.  lo  quai  los  senhors 
de  Capitol  lo  prestero  liberalamen  a  la  vila;  et  la  vila  hi  donec  VIII 
torchas,  cascuna  de  doas  liuras,  en  las  quais  ero  los  seussels  am  las 
armas  de  la  vila  ;  lo  quai  drap  era  tôt  d'aur,  exceptât  aquel  del  capita 
de  sancta  Cecilia. 

L*an  mial  IIII*^  LIX,  los  honorables  senhors  moss.  Aymeric  Arvoyas, 
licenciât  en  leys,  Anthoni  Caste,  Bernât  Boicieira,  M*  Johan  Palet, 

1  Louis  XI. 

•  L'Evéque  élu  par  le  chapitre  à  la  mort  de  Pierre  Neveu  et  qui 
avait  fini  par  se  faire  reconnaître  comme  légitime  titulaire  du  siège 
d'Albi. 

5*  23  novembre. 


LES  CâRTULàIRES  d'aLBI  467 

Pejre  Paech  et  Johaa  de  Beipuech,  merchaDs,  cossols  de  la  cieutat 
d*Àlbi,  impetreroQ  unas  letras  reals,  las  quaU  foron  doaadaa  a  Chi- 
non,  a  XV defebrier,  Tan  dessus,  contra  gens  degleya  et  autras  teoens 
possessios  que  fosson  de  antiqua  contributio  de  la  vila  d*Albi',  que 
per  las  dicbas  possessios  ajoQ  a  pagar  et  contribuir  a  las  talhas, 
coma  plus  a  pie  apar  per  la  ténor  de  las  d.  letras  ;  et  foron  roesas  en 
concelh  de  lad.  vila  a  très  de  mars.  Tan  dessus,  et  aponchat  per 
las  gens  del  concelh  que  fosson  mesas  en  exsequtio. 

It.  Tan  dessus,  messenhors  ne  impetreron  unas  autras  [letras]  contra 
tota  gen  de  la  gleya  que  ajon  a  contribuir  a  las  reparatios  de  la  vila, 
soas  de  las  muralhas  et  de  las  autras  causas  necessarias  ;  et  foron 
donadas  et  mesas  en  concelh.  Aponchat  coma  dessus  es  dich  de  las 
autras. 

L*an  mial  IIIIo  LXII,  aXXVll  del  mes  de  may,  rooss.  lojutgede  Cu- 
menge  fegs  una  exequtio  contra  las  gens  de  la  gleya  per  captio  de 
lors  portas,  par  so  que  recusavon  pagar  las  talhas  reals  et  las  repa- 
ratios, et  a  la  fi  totz  pagueron;  et  las  letras  de  lad.  exequtio  eron 
emanadas  del  rey,  nostre  sobiran  senhor  ;  et  las  impetret  lo  discret 
home  M«  Jorda  Mealh,  notari,  a  la  requesta  dels  honorables  et  savis 
aenhors  Moss.  P.  Arnaut,  licenciât  en  leys,  M«  Johan  de  Molergas, 
bachalier  en  décrets,  senhen  Johan  Marinier,  jove,  merchan,  M« 
Bernât,  Blat...  ^  senhen  Bertran  Laurens,  senhen  P.  Avilhac,  cos- 
sols per  la  dicha  annada. 

L*anmialCCCCeXLVlI,aXlIIdelmesde8etembre,Moss.  P.  Arnaut, 
licenciât  en  leys,  Duran  del  Pradal,  Phelip  Clari,  raerchans,  M«  Johan 
Helias,  jove,  notari,  Ramon  del  Lum  e  Johan  Calvet,  cossols  de  laciu- 
tat  d'Alby  de  ranMCGCCXLVl,  finit  XLVII,  baylero  a  Bernât  Mon- 
domie  et  Aymeric  Conilh,  habitans  d'Albi,  las  muralhas  e  tors  del 
torn  d*Albi  que  aras  son  cubertas  e  que  per  lo  temps  a  venir  seran 
fâchas  et  cubertas,  e  los  hostals  de  la  vila,  so  es  assaber  la  mayso 
cominal.  Testai  de  la  plassa,  las  scolas,  lo  masel  e  lo  bordel,  a  las 
teaer  condrechas  et  recubertas  a  lor[8]  propris  despens,  am  los  pac- 
tes que  se  ensegon,  so  es  assaber  que  los  digs  cossols  lor  deyo  far 

*  Primitivement  les  gens  d'église  étaient  exempts  de  toute  taille  et  de 
toute  imposition  communale;  peu  à  peu  les  exceptions  naquirent.  Les 
biens  nouvellement  acquis  durent  d'abord  payer  l'impôt,  royal  ou  commu- 
nal ;  n'en  étaient  exceptés  que  les  biens  d'antique  possession  qui  n'avaient 
jamais  été  soumis  aux  tailles.  On  voit  que  cette  exception  prit  fin  en  1459. 

Cf.  sur  cette  question  Institutions  politiques  et  administratives  du  pays 
de  Languedoc^  par  M.  Paul  Dognon,  p.  303  et  suiv. 

*  Fin  de  mot  illisible . 


46S  LES  GâRTULÂIRES  D^ÂLBI 

portar  tota  la  materia  que  hy  fora  bezonh  al  pe  de  las  muralhas  et 
non  re  mens  devo  esser  quitis  per  tostems  de  la  mieja  testa  et  de  la 
meytat  del  carc  raetedor  sus  la  premieyra  Ib.  cascun  dels.  Et  en 
aysso  far,  tener  et  cornplir  tant  quant  viuran  se  son  obligatz,  ayssi 
corn  plus  a  pie  se  conte  en  lo  insturmen  de  la  obligansa  receubut 
per  M*  Jorda  A3nral,  notan  de  la  mayo  cominal,  Tan  e  lo  dia  dessus. 
E  per  so  es  stat  ayssi  mes  per  memoria. 

L*an  MCCCGXLII,  en  lo  cartjom  del  mes'de  mars,  lo  rey  nostre 
senhor  e  madama  la  regina,  e  m?*^  lo  Daufy  e  autres  grans  senhors 
del  reaime,  ero  a  Montalba,  en  que  lo  rey,  nostre  dig  senhor,  orde- 
net  e  apuntet,  am  son  gran  cosselh,  que  d'oras  avant  totz  clers 
mecanic[an]s  paguesso  del  an  el  jorn  dessus  ensa  de  totz  lors  bes. 
E  per  so  es  mes  ayssi  per  memoria,  per  que  del  dig  an  e  jorn  dessus 
om  mesassa  pagar  totz  los  dig^  clercs  mecanic[an]8. 

L'an  M  CCCCXLVI,  a  V  d'octombre,  vengro  enestavi]a,hun  comte 
de  Egipte,  lo  Petit  apelat,  comte  deVaydam,  ont  menavaam  sy  III  o 
un  ben  gens  de  be  ;  e  dizian  que  ero  gentials  omes,  e  d'autras  gens, 
entre  omes  e  femnas  a  Taviron  de  XLo  L  pressonas  ;  e  lor  foc  fag  pre- 
sen,  com  trobares  a  raministracio  del  dig  cossolat.  '  De  que  las 
dona8  e  los  enfans  petits  e  los  omes,  quand  podian,  panavan  tôt 
quant  podian  ateuje. 

L'an  MCCCCXIII',lo  rey  de  Franssa,  nostre  sobiran  senhor,  e  m*' 
lo  Dalphi  son  filh,  passero  la  ribieyra  de  Garona  per  anar  tener  la 
Jornada  de  Tartas,  elos  Englezes  no  se  auzero  trotar  els  camis...  ' 
per  la  gran  parstrussa  (?)  que  lo  rey  nostre  senhor  avia  ;  car  om  dizia 
que  lo  rey  dévia.  .  G  combatens.  Es  après,  lo  mes  d*aost,  lo  rey 
anec  a  Sant  Glar,  cap  de  Gasco[n]ha  que  era  ajupat  per  los  dihtz 
Englezes  ., 


L'an  M  GGGGX LUI,  mossenhor  lo  Dalphi,  filh  del  rey  de  Franssa, 
vencad  Albi,  parten  (?)  de  Gaias  ont  avia  estât  gran  tems  ;  es  intret 
ad  Albi  Tendema  de  Nadal,  e  say  estet  tro  Tendema  de  TAparexio, 


1  Les  comptes  consulaires  de  1446-47  mentionnent,  en  effet,  cette 
dépense  au  8  octobre.  Ge  comte  amenait  ayec  lui  30  cheraux.  11  est  qua- 
lifié de  duc.  La  Tille  donna  à  cette  troupe  60  miches  de  pain,  une  barri- 
que de  vin.  Un  autre  comte  d'Egypte  passa  à  Albi  le  8  février  suivant, 
ce  195. 

•  Il  faut  lire  M  GGGG  XLIII. 

»  L'écriture  a  tellement  pâli  qu'il  n'est  possible  de  lire  que  quelques 
lambeaux  de  phrase. 


LES   CARTULAIRES   d'aLBI  4  60 

e  fes  pasaar  totas  las  gens  d'armas  que  avia  agudaa  de  Salazart  ^ 
I  capitanî  que  era  de  gens  d'armas,  totas  dins  la  vila,  ont  passero  tôt 
premieyramen  tôt  ..  *  ont  ero  entorn  M  V*  rossis,  de  que  i  foron  conta- 
das  cent  o  VI  ^^  fennnas  putanies,  que  jobes  que  vielhas  ;  es  après 
passe ron  entorn  V*o  VI*  balesties,  totz  acavalontavia  plus  de  Iloarnes 
de...  '  ;  es  après  passeron  IIIo  IlII  3tz  fustz  de  lansa  ont  totz  los  ornes 
ero  quberts  de  fer  ;  et  ce  dizia  que  cans  av...  ^  no  vie  ta  bêla  corn- 
panhia  ni  ta  ben  ap...  '  la  vila  avia  plus  deXXfust[z]  de  lanssa...  ^ 
ce  dizia  que  per  conte,  car  contatz  foro  sus  lo  pont  de  Roanel...  ^ 

Le  verso  du  dernier  folio  est  tellement  surchargé  et  Tencre  a  telle- 
ment pâli  qu*il  est  à  peine  possible  d*en  arracher  quelques  bribes  de 
phrases. 

Lo...av^IIjornde...^anMCCCCXLlIlI,mo^..locomted'Armanhac... 
al  castel  de  La  Vaur  ont  era...  es  se  dysia  que...  filha  dévia  esser 
molher  del  rey...  E  per  aco  se  dysia  per  alcus  que  era  stat  fah  ;  e 
Charles  m**',  filh  de  m**'  d*Armanhac,  foc  menât  Alby,  a  la  Berbia. 

Après  hun  tems  m®'  lo  daufy  fes  menar  m®'  d'Armanhac  e  sas 
filhas  a  Carcassona,  en  Sieutat,  e  may  Charles  m*'*  son  filh  ;  et  inca- 
ras  i  son. 

Auguste  Vidal. 

1  Les  consuls  s'opposaient  au  passage  de  cette  troupe  à  travers  la 
ville.  Cf.  ce  192. 

*  Un  mot  illisible. 

'  Mot  illisible  ;  on  dirait  carta  ou  plutôt  cata  avec  un  tilde 
sur  a. 

*  Deux  ou  trois  mots  illisibles. 

*  Fin  de  ligne  illisible. 

*  d«  d" 

^  Dernière  ligne  illisible. 


DOCUMENTS  SUR  LES  RELATIONS 

DE 

L'EMPEREUR  MAXIMILIEN  ET  DE  LUDOVIC  SFORZA 

BN  L*ANNÉB  U99 


(SuiU) 

23 

Ludovic  Sforsa  à  Mareheslno  Stanga  * 

(MUan,  15  juin  1499) 

Dux  Mediolani.  M.  Marchesino. 

Dal  R.  M.  Petro  da  Triest  in  la  venuta  sua  e  dopoi,  ne  è  continua- 
mente  facto  quella  bona  relatione  de  M.Matheo  Lang  che  più  sepotesse 
desiderare  da  alcuno  nostro  affectionato,  e  per  quello  si  è  cognosciuto 
alla  giornata  e  per  voi  ne  è  abondantissimamente  confirmato,  sel 
fosse  creatura  nostra,  confessamo  chel  non  porria  fare  più  :  unde  li 
rcstamo  molto  obbligati,  e  tenendoci  debitori  de  dovei'lo  ben  recognos- 
cere,  como  siamo  per  fare,  tuttavolta  ne  ritroviamo  relevati  da  le  exces- 
sive gravezze  ne  lequale  siamo  :  ma,  per  non  manchare  ancora  fra  tan  to 
de  fargli  segno  del  bono  animo  nostro,  e  farlo  certo  che  le  opère 
facte  e  quelle  fara  ad  beneficio  nostro  siano  bene  collocate,  volemo  che 
ultra  li  cento  florini  del  Rheno  quali  li  avete  dato  al  giungere  vostro,  se 
anchora  vi  trovarete  al  ricevuto  di  questo  dove  epso  sara,  gli  dagate 
altri  ducento  fiorini  ;  e  quando  non  vi  trovasti  dove  sta  il  Lang,  e  che 
Augustino  Somenzio  si  trova  cum  vuy,  li  dareti  ad  epso  Augustino  che 
gli  li  porti  :  se  anche  non  fusse  cum  vuy,  li  mandareti  ad  epso  Au- 

*  Milan,  lùid.  Pot.  Est,  —  Minute  originale.    Susctnption  t equiti 

D.  Marche[«;io  iS/an]  ghe,  secretario  oratori  nostro  dilectissimo.... Cite. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA  471 

gustino  che  gli  li  pord  e  presenti,  cum  farli  dire  che  ricognoscemo 
rnolto  bene  questo  non  satisfare  al  merito  suo,  ma  che  le  grande  spese 
quale  facemo  non  ne  lassano  che  se  possiamo  dimonstrare  cum  epso 
cum  quella  liberalita  quale  vorriamo.  El  che  siamo  per  fare  a  megliore 
tempo,  e  cusi  lo  pregareti  ad  haver  cura  de  le  cose  nostre  cum  la 
Maestà  Cesarea.  Mediolani  die  xv  Junii  1499. 


24 

LudoTio  Sforza  à  Maximilien' 

(MUan,  17  juin  1499) 

Mediolani  xvn  juni  1499.  —  Domfno  Régi  Romanorum. 

Factus  nuper  snm  certior  Majestati  vestrse  delatum  esse  victualia 
et  alia  necessaria  ad  Grisanos  assensu  meo  proferri.  Incredibile  est 
quantam  ex  hocraolestiam  acceperira.  Nihil  enim  magis  unquamoptavi 
qaam,  accepto  hoc  statu  a  Majestate  vestra,  ostendere  ei  ac  palam 
omnibus  facere  meum  erga  ipsam  singularem  afiectum  et  parendi 
atudium,  et  non  solum  statum,  quem  ab  ea  accepi,  et  fortunas  omnes 
meas  etmeipsum  pro  Majestatis  vestrse  gloria  et  amplitudine  exhibcre 
posse;  Deumque  Immortalem  testor^poslquam  ab  sacroiraperio  litteiie 
Majestatis  vestrse  nomine  exscriptae  superioribus  diebus  ad  me  missse 

fuerunt '  ad  Grisanos  vehi  paterer,  me  non  solum  ipsi  obtempérasse 

sicuti  in  posterum  facturus  sum,  sed  tam  accurate  et  tanto  affectu  in 
hoc  ac  ceteris,quse  Cesarea)  Majestati  et  suis  favere  posse  intelligebam, 
egisse  ut  nihil  plus  si  de  animse  meae  salute  ageretur  prsestare  potuerim. 
Declarare  id  prseter  alia  debuerunt,  quod  in  dies  Majestati  vestre  signi- 
ficari  ab  mois  jussi,  etmissus  in  Vallem  Tellinam  jureconsultus  suus 
referre  potuit;  confirmant  apertius  litterse  Grisanorum  hodie  ad  me 
perlatds  quas  R.  D.  Petro  Bonomo  Majestati  vestrse  mittendas  dedi  et 
quod  ipsi  undique  ab  illis  meis  finitimis  scribitur,  sicut  D.  Petrus 
perscripsit..  Quœcum  ita  sint,  et  tam  aperto  periculo,  ut  debeoet  fac- 
turus  semper  sim  me  oblulerim  Majestati  vestrse  servum,  doleo  for- 
tunam  meam  non  déesse  tamen  qui  de  me  falsa  Majestati  vestrse 
déferre  audeant.  Quod  idcirco  plurimum  me  afficit  :  quia,  cum  ipsius 
erga  me  amorem  super  omnia  humana  estimem  et  maximi  faciam,  nihil 
etiaminagis  mecommovere  potest  quod  si  nuUa  culpa  mea  sit,  ipsum 
vel  toUere  vel  imminuere   queant;  et  ut  apertiua  Majestas  vestra 

1  Milan,  ibid.  Minute  originale. 

*  Il  y  a  ici  des  ratures  dans  le  texte,  mais  le  sens  est  clair  :  des  lettrsa 
m  mterdisant  de  rien  envoyer  aux  Grisons. 


47  2  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 

sciât  me  vera  loqui,  rogo  mittat  vel  araldum,  vel  ex  suis  quem  malaerît, 
qui  in  Vallem  Telliaam  et  alia  ditionis  me»  Grisanis  finitima  loca 
profîciscatur  et  in  eis  immoretur  et  magna  cura  perquirat  veritatem 
eorum  quse  Majestati  vestr»  delata  fuere;  si  vera  invenerit,  dolere  et 
merito  me  accusare  poterit  et  ingratissimi  principis  nomen  subire  non 
recuso  ;  quse  si  falsa  esse  perspiciet,  ut  vero  fiet,  sciet  quantum 
deinceps  credere  debeat  iis  qui  de  me  mala  loqui  audebunt.  Quod 
superest,  me  ac  mea,  qu99  Majestatis  vestrse  sunt,  ei  commendo. 


25 

Ludovic  Sforza  au  cardinal  Ascanio  Sforsa  ' 

(Milan  21  juin  1499) 

R.  me  in  Christo  pater,  et  ill.me  Domine  frater  cordialissime, 

La  serenissima  Regina  de'  Romani,  nostra  commune  nepote,  ne  ha 
scripto  che  haveodo  Pigello  Pormiano,  fiolo  de  Thomase  e  suo 
secretario,  messo  Tanimo  a  farse  ecclesiastico,  desidera  obtenere  de  la 
Sflntitade  N.  S.  gratia  de  havere  alchuni  beneficii  nel  paesedel  sere- 
nissimo  signor  suo  consorte  e  de  lo  ilLmo  archiduca,  maxime  essen- 
doli  occorsa  la  opportunità  del  R.  oratore  del  ser^o  Re  de  Inghilterra, 
quale  è  stato  da  la  Maestà  sua,  e  poi  ad  noy  e  hora  vene  li  in  corte  ; 
quale  per  Tamicitia  ha  cum  el  padre  e  fratelli  de  dicto  Pigello,  si  è 
offerto  usare  ogni  industriaper  farli  obtenere  questa  gratia.  Recercan- 
done  la  Maestà  de  la  Regina  ad  non  mancare  in  questo  del  adviso  e 
favore  nostro,  perche  se  possi  reportare  questa  gratia  :  perô,  sapendo 
quanto  Tr:oma8o  siabenemerito  de  la  casa  nostra,  et  anche  per  gratifi- 
care  la  serenissima  regina  alli  cui  servitii  è  dicto  Pigello,  pregamo  la 
R,ma  Signoria  V.rache  in  nome  nostrovoglia  fare  tuta  quella  opéra 
sara  expediente,  cossi  cum  la  Santità  de  Nostro  Signore  como  farlafare 
cum  qualuncha  altra  persona  sara  bisogno,  acioche  dicto  R.  ambascia- 
tore  inglese  reporta  questa  gratia  per  el  secretario  de  la  ser.ma  regiqa  ; 
cum  fareintendere  alla  Beat"»  sua  che  in  questo  ne  fara  cosa  de  gran- 
dissimo  piacere,  per  el  desiderio  havemo  che  la  Maestà  de  la  Regina, 
alla  quale  questa  cosa  è  molto  ad  core  per  le  gagliarde  lettere  ne  ha 
scripto,  reporta  questa  gratia  da  la  Santità  de  Nostro  Signore. 

Mediolani,21Juniil499. 

1  Milan,  ibid.   Carteggio  Générale  (Original)  Suscription  (en  partie 
détruite)  :  [Re]  t.  do  p. ri  et  ill.mo  D.  no  |  [...]  to  D.no  As.  Ma.  S. a  | 
[...)  acono  car.li  Sfor  i    [...]  ti  S.  R  E  vice  |  [cancellari]  o  ac  Bononi» 
legato. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA.  4  73 

Frater  cordialissimua  Ludovicus  Maria  Sfortia  Anglus  dux  Medio- 

lani. 

B.  Chalcus. 


26 

Maxlmllien  à  Baldassare  Pnsterla  et  à  LndoTlc  Sforsa  * 

(24  et  28  juin  1499) 

Maximilianua,  divina  &c. 

Magnifiée  fidelis  dilecte,  scripsit  ad  nos  ill.mus  princeps  affinis  et 
conaanguineus  noster  carissimus  se  omnino  et  sine  dubio  ad  diem 
vigesimum  septimum  prsesentis  mensis  duodecim  milia  ducatos  aureos 
in  auro  et  quingentos  in  manibus  (sic)  vel  capitnnii  custodie  sue 
depositurum;  quapropter  ad  te  serioxe  requirimus,  committentes  ut 
illos  quamprimum  habueris,  honesto,  devoto  ac  fideli  nobis  dillectis 
f.)miliari  et  argentario  nostro  presbytero  Luce  de  Renaldis  et  Jacobo 
Hocbs,  argentario  nostro,  exibeas ,  nec  aliter  facias;  ut  illi  de 
pecuniis  ipsis  secnndum  commissiones  nostras  disponere  possint.  In 
illo  enim  nobis  rem  gratam  faciès  nostram  adimplendo  voluntatem. 
Datoin  Landech,  die  24  Junii  A.  D.  1499.  R.  N.  Rom.  14  mo. 

SuscripHon:  Magnifiée  nostro  et  imperii  sacri  fideli  dillecto  Baldas- 
8ari  Pusterle,  illnstri  Mediolani  ducis  consiliario. 

In  ejus  absentia  Badino  de  Papia,  ducalis  custodie  eapetanio. 

Maximiliamus  &c. 

lllustris  &c. 

Etsi  nobis  in  dies  de  tua  in  nos  bona  fideetobservantiauno  omnium 
ore  predicatur,  tamen,  quoniam  nonverbis,  sed  factis,  ipsamerganos 
in  omnibus  fideliter  ostendis,  tibi  in  dies  mag^s  afficimur  ;  et  prsBcipue 
quum  nobis  in  exhibitione  illorum  triginta  trium  milium  fiorenorum 
annuisti  et  morem  in  eo  gessisti  ;  in  quo  certe  uti  de  te  semper  spera- 
yimus  fecisti  ;  teque  verum  affinem  et  principem  nostrum  ostendisti: 
tibi  gratias  agimus,  curaturi  id  omne  erga  te,  si  se  quando  occasio 
obtulerit,  pari  vicissitudine  reeognoseere. 

Datum  in  eastro  nostro  Feldchirchen,  die  XXVIII  Junii,  Anno  Dom. 
MCCCCLXXXXVIIII. 

t  Milan,  ibid.  Pot.  Est,  Germania,  Originaux. 


474  MÂXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 


27 

Ludovic  Sforsa  à  Galeazso  Viscontlf 
son  oonaelUer  et  ambassadeur  en  Allemagne 

(27  et  28  Juin  1499  t 

Médlolani,  27  Junu  1499. 

M.  Vesconte,  Taltro  hieri  matina  arrivé  M.  Marchisino,  quale,dopo 
signiâcatione  de  quanto  li  haveva  dicto  la  Maeatà  Cesarea,  e  lui  haveva 
cogaosciuto  del  animo  e  dispositione  sua  verso  noi,  taie  che  più  amo- 
revole  ne  maior  poriiamo  desiderarla,  con  certitudine  che  in  qualuncha 
case  nostro  la  sii  sempre  per  torlo  per  proprio,  ne  ha  referto  Topera 
grande  per  lui  facta  secundo  la  commissione  nostra  per  mitigarla  e 
disponerla  alla  pacificalione  cum  li  magnifie!  confederati  e  Suiceri: 
da  unde  era  reuscito  che  era  restata  contenta  che  ad  epsi  mandassimo 
ambassatore,  subjungendone  che  havendo  ricercato  la  S.  M.,  como 
li  havevamo  scripto,  qualche  particularita  de  la  volunta  sua  circa 
questo  assetto,  li  respose  che  non  li  pareva  dire  altro  più  di  quello 
che  haveva  dicto  secundo  ne  haveva  scripto  ;  ve  lo  significamo  perche 
ne  habiate  noticia,  como  vi  diximo  al  partir  vestro  che  fariamo,  e 
acio  faciati  intendere  a  quelli  Magnifici  confederati  questo  reporto  di 
Messer  Marchesino,  con  affirmarli  che  voi  non  sieti  per  roanchare  di 
opéra  alcuna,  como  vi  havemo  commisso,  per  fare  succedere  questa 
pacificatione,  e  pero  circa  epso  liberamente  vi  vogliano  aprire  Tanimo 
suo  ;  quando  vi  fosse  dicto  che  cosa  vole  la  Maestà  Gesarea,  li  res- 
pondereti  che  ad  epsa  non  paredoverlo  dire,  e  che  questo  non  toccaa 
lei,  ma  ezpectare  quello  che  epsi  M. ci  confederati  recercano;  el  che 
quando  vi  faciano  intendere,  voi  usarete  ogni  studio  e  diligentia  per 
fare  le  cose  succédané  bene,  como  è  il  desiderio  nostro.  Et  acio  che 
li  predicti  Magnifici  confederati  meglio  cognoscano  la  bona  opéra 
nostra,  e  quanto  la  Maestà  Gesarea  si  move  per  nostro  respecte, 
li  fareti  intendere  quanto  per  Tincluso  exemple  de  capitule  ne  ha 
scripto  Augustino  Somenzio  circa  Grisani,  e  che  in  questo  possano 
etiam  melio  cognoscere  la  bonta  nostra,  che  epsi  Grisani  non  fano 
mai  altro  cha  minaciarne  de  venire  a  brusare  e  damnificare  il  paese 
nostro  ;  e  noi  per  il  contrario  li  havemo  sempre  facto  bene  e  procuramo 

i  Milan,  ibid,  Carleggis  générale.  Original.  Suscription-  Sp[ectabi]li 
equiti  D.no  Galeacio  Vicecomiti  co[nsilia]rio  Mag[iit]  ro  aule  et  or[ator]i 
nostro  dilectissimo. 


MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZÂ  4  75 

tuttavia  e1  bene  suo;  et  perôessere  officio  di  loro  confederati  fargelo 
ben  intendere  che  deveno  ricognoscerlo  ;  et  in  fine  certificareti  dicti 
confederati  che  noi  continuamo  pur,  e  per  lettere,  e  per  mezo  de 
Augustino  Somenzio,  in  tenere  più  disposta  sii  possibile  la  predicta 
Gesarea  Maestà  a  questa  pacificatione  ;  e  che,  giuncto  sareti  ad  loi, 
fareti  ancora  voi  el  medesimo,  sforzando vi  per  fare  seguire  questo 
effecto  da  noi  desiderato  sopra  ognialtra  cosa  di  présente. 


(27  juin)i 

Ve  driciamo  al  paese  de  quelli  Magnifici  confederati,  ove  credemo 
siate  adesso,  lettere  del  ezemplo  incluso  :  questo  mandamo  in  mane 
de  Augustino  Somenzio,  perche  subito  sareti  arrivato  a  la  Cesarea 

Maestà  '   sapeti  la  commissione    contenuta   in    lo    memoriale 

vestro  ;  tra  le  altre  cose,  che,  doppo  la  espositione  de  la  dispositione 
e  bone  opère  nostre,  declarasti  alli  signori  electori  e  prencipi  del 
imperio  ultra  la  Cesarea  Maestà  leminacie  ne  fano  Francesi  de  famé 
guerra,  e  li  pregasti  chevenendo  li  oratori  Francesi'alla  dieta,  voglinoa 
chiarirli  de  la  investitura  facta  in  noi,  e  se  la  Maestà  Christianissima 
prétende  raxoni  in  questo  ducato,  la  domanda  da  Sua  Cesarea  Maestà 
e  loro,  expectando  ad  epsi  el  juditio  de  tal  cosa»  e  che  facendo  altra- 
mente  ne  defendarano  per  qualuncha  via:  e  parendo  alla  Cesarea 
Maestà  voi  parlasti  al  conspecto  de  dicti  oratori,  lo  fareti.  Ve  adver- 
temo  che  de  tutto  questo  parlati  prima  alla  Cesarea  Maestà  ricercan- 
doli  la  volunta  sua,  se  havereti  parlare  o  non,  et  in  che  modo,  alli 
predicti  electori  e  piencipi,  e  poi  in  presentia  de  li  oratori  francesi,  e 
secondo  che  lei  dira,  exeguireti  la  volunta  e  norma  sua,  como  li  direti 
hnvere  da  nuy  commissione. 

In  la  prima  audientia  vi  dara  la  Cesarea  Maestà,  H  direti  e  cossi  alli 
principi  e  signori  cum  liquali  parlareti  de  la  causa  de  Tandata  vostra, 
che  noi,  corne  bono  e  catolico  prencipe  crestiano,  desideraressimo 
chetutta  la  cristianità  restasse  in  pace  e  tianquilita;  hncrescendone  de 
li  movimenti  sono  tra  la  Cesarea  Maestà  sua  e  li  confederati  de 
Suiceri,  havemo  facto  confortare  e  pregare  S.  M.  ad  essere  contenta 
de  lassare  assetare  questi  movimenti  de  guerra,  e  che  per  questo 
effecto,  havendo  noi  mandate  voi  da  li  predicti  confederati  per  intro- 
metteme  a  questa  bona  opéra,  vi  havemo  commisse  vi  transferati  poi 

1  Milan,  ibid.  Copie  :  Ezemplum  D.  Galeacio  Vicecomiti,  commissario 
gentium  armigerarum. 
'  Quelques  mot«  illisibles. 


4  76  MAXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 

alla  S.  Maestà  per  fare  el  medesimo  conforlo  e  declararli  quanto  haveti 
reportato  da  loro,  como  havereti  dirli  particularmente  el  tutto,  usaa- 
doli  poi  quelle  parole  siino  al  proposito  per  confortarla  ad  questa 
pacificatione,  de  laquale  ne  seguira  laude  e  gloria  immortale.  Que&ta 
sara  la  substantia  de  quelle  havereti  ad  parlare  voi.e  la  M.  S.vi  fara 
declarare  sépara tamen te  da  Augustino  quelle  che  più  ultra  havereti  a 
fare  e  corne  havereti  a  governarvi  e  cosi  havereti  a  fare,  teaendone 
aviaati  de  quanto  se  avisara  alla  giornata. 


(28  juin)  I 

Hogi  sono  arrivate  lettere  da  Berna,  in  risposta  de  quello  gli  scrip- 
simo,  sopra  Taviso  havuto  da  M.  Marchesino  che  la  Cesarea  Maestà 
se  remettera  a  noi  de  mandare  ambasatori  in  la  liga  ;  de  lequali  havemo 
facto  fare  Tincluso  summario,  in  el  quale  essendo  due  cose  principale, 
Tuna  che  non  ve  facessimo  fare  capo  a  Berna,  ma  ve  driciassimo  a 
Lucera  per  non  insospcttire  più  Bernesi,  Taltrache  expectassemo  fosse 
missa  la  dieta  ad  inviarvi  :  Quanto  alla  prima,  dovendo  voi  a  questo 
giorno  havere  passa to  li  monti.  questo  aviso  è  giunto  a  tempo,  che  ne 
pare  maie  potere  remediare  ;  circa  ad  farci  tenire  altra  via,  volemo 
bene,  quando  possiati  lassar  di  canto  Berna  et  andare  de  longo  a 
Lucera  el  faciati,  overo  non  potendosi  fare  cum  manco  che  non  se  vadi 
a  Berna,  ne  remettemo  alla  prudentia  vestra,  che  quello  non  se  po 
fare,  cum  tenire  altro  camino,  de  fagire  de  dare  graveza  a  Bernesi,  el 
faciati,  o  cum  la  poccadimora  in  Berna,  o  secundo  cheparira  a  voi  che 
seti  sul  facto,  desiderando  noi  chel  se  satisfacia  al  desiderio  loro. 

Circa  Taltra  parte  de  expectare  fosse  deliberata  e  stabilita  la  dieta 
ad  spazarvi,  non  potendosi  fare  altro  per  la  partita  vestra,  ne  occorre 
solo  ricordarvi,  che  quanto  è  facto  in  questa  celeritate  el  porreti 
pigliare  per  argumente  de  demonstrarli  più  el  bono  animo  mio: 
dicendo  che  havuto  el  predicto  aviso  da  M.  Marchesino,  ne  parso 
subito  e  scriverne  alli  magnifie!  coufederati,  e,  senza  expectare  la 
risposta  sua,  elegervi  ed  inviarvi,  prima  per  farli  segno  cum  questo 
quanto  sii  grande  el  desiderio  nostro  de  interponersi  alla  pacificatione, 
e  quanto  voluntera  el  faciamo  :  secundariamente  el  volsemo  fare  per 
avanzare  tempo  cum  questa  celeritate,  havendo  visto  quello  ne  scrip- 
sino  da  Lucera  delà  bona  dispositionesua  ;  laquale,  ultra  el  principale 
desiderio  nostro,  ne  movera  tanto  più  ad  non  mancare  in  cosa  alcuna 
de  procurare  dicto  effecto. 

El  medesimo  havereti  ancora  ad  dire  ad  Bernesi,  e  fargli  intendere 

1  Milan,  ibid.  Original  ;  minute. 


MAXIMILIKN  ET  LUDOVIC  SFORZA  477 

quanto  vi  accade  ad  andarli,  el  rispecto  quale  se  haveva  mosso  ad 
farvi  fare  capo  a  loro,  e  che  poi,  inteso  el  scrivere  suo,  voluntera  per 
seguire  tanto  quanto  ô  el  parère  suo  in  questo,  ve  havemo  commisso 
e  voi  haved  facto  tanto  quanto  sara  succesao. 

In  el  resto,  attendereti  ad  ezeguire  l'instructione  vostra  e  per  essere 
in  el  summario  Taviso  de  li  fanti  quali  vano  in  Ast,  mettereti  bona 
mente  per  sapere  el  numéro  che  li  va  e  di  quale  cantono,  quanti  ne 
sono  richesti  e  per  quanto  tempo,  dove  se  gli  dano  dinari  e  quanti. 

El  medesimo  dicemo  per  el  capitano  quale  è  ritornato  de  Franza  ed 
è  in  Lucera  ;  e  perche  sapiati  quello  habiamo  risposto  sopra  dicto  e  siati 
informati  de  la  mence  nostra,  le  mandamo  exemple  di  tutte  le  res- 
poste. 

E  perche  porria  accadere  fosti  già  arrivati  a  Berna  prima  receve- 
reti  queste  mie  littere  ;  acioche  Bernesi  non  habiino  ad  starne  malcon- 
tenti,  e  cum  dubio  che  li  habii  insuspectire  noi  ultra  quello  scrivemo 
a  loro  che  la  causa  ve  ha  facto  elegere  la  via  de  san  Bemardo  e  poi  a 
Berna  èstata  per  essersi  creduto  che  quella  fosse  la  più  facile  e  com- 
moda  e  secura  via  de  andare  in  li  confederati,  non  essendo  voi  chiarito 
in  quale  loco  specialmente  havesti  andare  :  se  è  ancora  parso  per  più 
loro  discarico  mandare,  e  mandamo  a  posto  un  fiolo  de  Bernardine 
Moresino,  che  havemo  alli  servitii  nostri,  quale  porta  le  lettere  del 
incluso  extracto  a  suo  padre,  acio  chel  facii  intendere  alla  commu- 
nitate  ed  alli  Bernesi  quanto  vedereti  e *  ve  vegni  incontra. 


28 

Galeaszo  Visconti  à  Ludovic  Sforsa  ' 

(Berne,  29  juin  1499) 

Sub  die  29  junii  1499.  Berne.  Duci  Mediolani. 

Da  la  partita  mia  da  Novara  in  qua,  non  ho  scripto  cosaalcuna  a  la 
E  V.,  per  nonessenni  occorsoche  scrivere,  excepte  se  non  li  havesse 
volute  dire  de  la  via,  che  mi  è  parso  moite  longa  :  che  si  per  la  via 
dritta  se  fane  200  mila  da  Milano  a  Berna,  per  questa  trêve  haveme 
facto  appresso  a  300.  Sono  aduncha  questa  sera,  cen  la  gratia  de  Nostre 
Signer  Die,  giuncto  qua,  accompagnate  nel  modo  che  la  V.  Ex.  inten- 
dera.  L*altrheri,  io  gionse  a  S.  Maaritio,dove  non  havendo  trovato  li 


*  Quelques  mots  emportés  par  une  déchirure. 
<  Milan,  ibid.  Pot,Ett.Svizeera,  Original. 


478  MâXIMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 

messi  de  Bernesi,  secundo  era  Tordine,  subito  ezpedite  uno  cavalaro  in 
diligentia  a  Berna  avisare  quelU  signori  de  la  giunta  mia,  arichedendo 
rexpedilione  del  cavalaro  che  li  era  mandato  fia  da  Milano  ;  e 
nondimeno  el  di  sequente  che  fuo  hyeri,  non  mi  parse  soprastare,  ma 
proseguire  el  camino  mio  e  farmi  inanti,  maxime  che,  quantuncha 
havesse  a  passare  per  un  locho  che  ô  de  la  jurisdictione  de'  Bernesi, 
la  magior  parte  del  paese  era  pero  del  duca  de  Savoya  ;  e  cosi  me  ne 
venue  ad  un  loco  che  si  dimanda  Romon,  pur  de  Savoia,  distante  de 
bene  una  giornata,  e  li  me  incontrorno  li  ambasatori  de*  Bernesi,  che 

fomo  M.  Adriano  de  Bobombergh,   cavalaro,  D.  Constantio  de , 

e  D.  Jacomo  da  Berna,  con  compagnia  de  circha  venti  cavalli.  La  expo- 
sitione  sua  fo  in  significarmi  quanto  piacere  e  contenteza  sentino  li 
Signori  suoi  de  la  venuta  mia,  e  quanto  voluntiera  siano  per  vedermi 
ed  accarezarmi,  si  per  la  naturale  inclinatione  che  hano  a  la  K.  V., 
como  anche  per  la  causa  che  me  gli  manda  ;  alaquale  prometterano 
che  li   trovaria  et  inclinati  e  disposti.   Alche  havendo  facto  conve- 
niente  risposta,  et  essendo  quesla  nocte  allogiati  de  compania  e  facta 
bona  cera  insieme  con  haverli  facto  le  spese  a  tutti,  questa  mattina  se 
siamo  inviati  e  venuti  a  disnare  a  Friburgo  ;  dove  apena  fuoi  smon- 
lato  che  venero  li  duoi  offitiali,  e  unagrandissima  frotta  de  li  signori  de 
la  terraavisitarmiarhostaria,  etcondolendosifinalcelode  nonhavermi 
incontrato  et  honorato  secondo  séria  stato  el  desideriosuo  ;  dicendoel 
measo  mio  non  era  giunto,  seuoa  de  circha  mezhora  inante  ;  inelquale 
tempo  non  havevanopotuto  mettersi  insieme  per  venirmi  adincontrare  ; 
me  pregorno  ad  haverli  per  excusati,  ofierendomilepersoneerobe  loro 
e  quanto  havevano,  con  dimonstrare  de  vedermi  tanto  voluntera  quanto 
fosse  più  poasibile  a  dire  ;  e  cosi  anche  me  fecero  presentare  certi  vini 
a  la  costuma  del  paese.  lo  li  retenue  tutti  a   disnare  con  mi,  alche 
non  fecero  alchuna  resistentia,  per  modo  che  a  la  prima  mia  tavola 
erano  circha  veuticinque  Alamanni  con  li  ambasatori  de*  Bernesi.  La 
Ex.  V.  puo  estimare  sel  li  è  stato  un  bel  bevere,  et  io  non  mancho  a 
fare  el  coly  tho,  e  trovo  che  me  gliadextro  assai  bene  ;  per  modo  che  haven 
doli  fin  da  mo  assai  bon  principio,  spero,quandosaro  a  Milano,  che  la 
V.  Ex.  che  mi  trovera  ben  todeschato.  Ma  sia  certa  la  V.  Ex.  che  in 
questo  e  in  fare  tutti  li  giochi  che  siano  possibili  a  fare,  ionon  man- 
charoper  condure  lecose  al  disegno  edesiderio  suo,  ne  perdonaro  ad 
cosa  del  mundo.  Fin  qua  non  mi  pare  fosse  possibile  trovare  li  animi 
de  costoro  più  dispositi  a  Tassetto  de  queste  cose,  et  al  desiderio  de 
la  V.  Ex.  tanto  de  li  primi  quanto  de  li  populari,  quanto  facio.  Per 
modo  ch'io  ne  facio  omne  boagiudicio,  ne  mi  serin  possibile  declarare 
quanto  tutto  questo  paese  demonstri  vedermi   voluntera ,   aLzando 
tutti  le  mine  al  celo,  per  parerli  che  possino  tenere  periadubitato  che 


MAXIMILIEN  ET   LUDOVIC   SP0R2A  479 

io  li  debia  inogni  modo  portare  la  salute  e  pacea  casa,  harendo  ezosa 

qaesta  guerra,  maxime  per  la  apesa,  laquale  gli  ô  intollerabile  ;  e  de 

Taltro  canto   prehendano  grandi ssimo  piacere  a  condure  cosi  bella 

compagnia,  non  essendo  bomo  cbe  se  ricordi  mai  venire  in  questa 

parte  una  ambassiata  cosi  honorevole,  cbe  veramente  non  poteria  la 

compagnia  far  più  bello  ne  più  omato  vado,  tanto  per  esser  bene  a 

cavallo  quanto  de  veste  e  tutte  le  altre  cose.  Doppo  il  disnar  questa 

matina,  rAvojr  (sic)  de  Fiiburgo,  cbe  è  il  primo  officiale  cbe  précède 

el  Sculteto,  mi  preg6  in  nome  delà  communita  ad  voler  restare  H  per 

bogi,  acio  me  potessero  bonorare  ;  elcbe  buvendo  io  recusato,  mi  sub- 

junxe  cbe,  poicbe  io  non  voleva  restare  per  venire  presto  a  Berna  a 

attendere  a  quelle  cose,  non  mi  voleva  impedire,  anzi  mi  confortava 

a  venire  et  attendere  a  questo  tractato  de  pace  con  ogni  céleri  ta  pos- 

sibile  ;  dicendo  cbe,  essendo  al  présente  li  animi  dispositi,  la  tardita 

per  qualcbe  successo   da  Tuno  o  da  Taltro   canto  poteria  parturire 

mutatione  ;  e  cbe,  quantuneba  luy  sia  francese,  el  cbe  confessa  ingenua  - 

mente  cbe  nondimeno  in  questa  materia   mi   porgera   tanto  aiuto 

quanto  sia  più  possibile  a  fare,  dicendo  cbe  venisse  ad  operarse  se 

statuisse  el  di  de  la  dieta,  cbe  poi  vadria  con  efiecti  sel  mi  diceva  la 

verita  ;  ricordando  sopra  tutto  ad  fare  presto,  maxime  per  esser  qua, 

coroo  la  V.Ex.  intendera  di  sotto,  uno  ambasatore  francese  a  dexpec- 

tarsene   duoi  altri.  E  poicbe  io  bo  gia  considerato  di  quanto  adiu- 

mento  séria  a  la  reductione  de  quesfe  cose  el  possere  une  volta  sus- 

pendere  le  arme  e  levar  Toccasione  cbe   per  qualuncbe  successo  li 

animi  se  potessino  mutare,  ne  motegiai  qualcbe  cosacon  el  predicto 

officiale  et  alcbuni  altri  de  questi  primi.  Aliquali  parse  proprio  cbe  li 

aprisse  el  paradiso,  dicendo  e  replicando  più  volte  cbe  se  venga  una 

volta  a  la  dieta  e  cbe  poi  se  lassi  a  loro   la  faticba   de  tractare  del 

modo  de  questa  suspensione  ;  el  quale   non   dubitano  cbe  troverano 

taie  cbe  sera  con  satisfactione  de  Tbonore  de  la  Cesarea  Maestà  e 

sacro  impeiio. 

Doppo  questi  rasonamenti,  essendo  montato  al  bora  débita,  in  com- 
pagnia sempre  de  li  ambasatori  bernesi  e  poi  molti  citadini  de  Fri- 
bargo,  son  giuncto  qua  a  Berna circba  le  25  bore  ;  dove  medesimamente 
son  stato  generalmente  visto  tanto  voluntera  cbel  non  séria  possibile 
exprimere  più.  Son  stato  incontrato  in  diverse  strade  da  bonorevole 
numéro  de  citadini  Bernesi  ;  di  quali  alcbuni  ne  sono  venuti  lontani  da 
Berna  8  e  10  mila.  E  veramente  non  poteria  dire  in  quanta  venera- 
tione  sia  in  queste  parte  el  nome  de  V.  Ex.  Ognbora  son  visitato  et 
bonorato  da  questi  capitaneiet  altri  bomeni  da  beue,  chesono  stati  a 
li  servitii  suoi,  liquali  servano  memoria  de  li  boni  tractamentiepaga- 
menti  bavuti  de  la  E.   V.,  et  ancbe  di  qualcbe  particolare   aconzo 


4  80  MâXIMILIEN  et  LUDOVIC  SFORZÀ 

faloli  per  me  ;  ita  che  non  se  possono  satiare  de  fare  omne  poasibile 
dimonstratione  d*amore  et  affeclione  ;  promettendomi  de  fare  coa 
questi  populi  ogni  bono  officio  per  disponerli  a  queeta  recoociliatioiie. 
Questa  sera,  per  esser  Thora  tarda,  non  ho  atteso  senoa  a  respondere 
a  la  visitatione  ;  domane  saro  coq  questi  del  consilio  e  di  quanto 
seguira  per  altre  mie  in  questa  medesima  cavalchata  ne  faro  noti- 
tia  a  la  E.  V. 

L^ambasciatore  Francese  delquale  ho  parlato  de  sopra  ô  une  che  se 
dimanda  Fuogli  (sic),  quale  ô  nativo  de  Friburgo,  ma  stato  gran  tempo 
e  maritato  io  Franza.  Sono  circha  quindeci  dî  chel  è  giuncto  qua,  e 
ha  richesto  a  nome  del  Re  de  Franza  5.000  homini  per  mettere  a  le 
confine  e  rompere  guerra  a  Vestra  Ëxcellentia  a  spese  de  la  Maestà  del 
Re.  Da  ogni  canto  mi  è  affermato  tutta  la  lega  essere  molto  sdegnata 
de  tal  richiestu,  parendoli  chel  Re  non  curi  senonel  particular  sac, 
richedendo  homini  in  questi  tempi  che  hanno  la  guerra  a  casa,  senza 
fare  alcbuna  mentione  de  aiuto  ne  de  observatione  de  alchuna  cosa 
gli  sià  promessa.  E  per  quanto  intendo,  lunedi  proxirao  ô  ordinata  la 
dieta  per  farli  risposta,  che  ha  ad  essere  negativa  in  tutto.  Nondimeno 
essendo  hora  qui,  io  staro  attento  a  tutto,  e  sia  certa  Vostra  Ëxcel- 
lentia che  non  mancharo  de  omne  industria  e  diligentia  per  condure 
li  disegni  e  desiderii  de  Vostra  Ëxcellentia  et  interrumpere  quelli  de 
li  nimici  suoi,  sicomo  la  sera  presentialmente  avvisata  a  la  giomata. 

P,  S,  Questi  signorî  Bernesi  non  hano  voluto  chio  sia  andato  allô- 
giare  air  hostaria,  e  mi  hanno  facto  dare  allogiamento  in  casa  del 
prevosto,  che  è  la  più  bella  stantia  di  questa  terra,  e  Thano  pui  tanto 
ornata  de  panni  de  araza,  paramenti  ed  altre  cose  chel  bastaria  se 
havessero  havuto  ad  ricevere  uno  de  li  primi  signori  de  Italia.  In 
ceteris,  non  poteria  dire  quanto  mi  sia  facto  bona  cera  e  quanto  honore 
e  bona  demonstratione  me  habiano  facto  e  faciano  de  hora  in  hora  '. 


'  Une  copie  de  cette  lettre  fut  adressée  à  Somenza  pour  être  commu- 
niquée à  Tempereur:  ««  Pra  l'altre  parte,  yederete  quanto  scriro  per 
fare  che,  da  questo  canto  verso  Suiceri,  se  lassino  venire  qualche  Tic- 
tualie  per  le  rasone  che  se  alligano  che  sono  efficacissime  ;  maxime  per 
levare  a  costoro  omne  causa  de  diffîdentia  in  questo  tracta to  de  recon- 
ciliatione.  Potereti  dextramente  tocharne  qualche  cosa  con  la  Cesarea 
Maestà  per  intendere  Tanimo  suo  e  subito  dare  aviso  a  Milano  et  a  me 
de  quelle  ne  havera.  » 


MAXIMILIEK  ET  LUDOVIC  SFORZÂ  481 

29 

Giovanni  Colla,  ambassadeor  milanais,  à  Ludovic  Sforza  * 

(Inopruch,  28  juin  1499) 
Illuslrissimo  et  excellentissimo  sigaore  raio  observandissimo, 

Uno  Spagnolo,  che  veoe  da  Hispania  e  ha  facto  il  camÎDO  di  Francia, 
giuocto  qui  questa  sera  in  casa  del  oratore  Hispano,  U  ha  referto 
como  treceoto  lance  francese  bene  in  oi*dine,  de  che  erano  capi  el  Bas- 
tardo  de  Burbono,  Gratiano  de  Guerra,  e  Roberto  de  la  Marchia, 
sono  andate  in  adiuto  del  duca  de  Ghelero,  havendo  passato  per  Leze^ 
econtado  de  Namurra  de  lo  ill.mo  archiduca,  cum  volunta  sua,  perche 
volendoli  H  popoli  vetare  il  passe,  li  fece  fare  comandamento  li  lassa- 
rono  passare,  e  che  havendo  li  capitanei  cesarei  de  quella  impresa 
havuto  aviso  de  la  venuta  de  qiieste  trecento  lanze,  se  sono  retirati 
il  duca  Géorgie  de  Bavieracum  il  duca  deJulietin  unoloco,  etil  duca 
Alberto  de  Saxonia  cum  il  duca  de  Cleve  in  uno  altro,  in  modo  chel 
paese  del  duca  de  Ghelero  è  in  tuto  libère  ;  et  epso  spagnolo  afferma 
questo  aviso  per  cosa  certa,  per  quello  mha  dicte  Toratore  ;  e  dice  che 
vene  alcune  giornate  in  compagniadesse  300  lanze  francese.  L'oratore 
spagnolo  prega  la  E.  V.  ad  non  farlo  auctere  de  questo  aviso.  Et  in 
bona  gratia  sua  humilmenle  me  ricomando.  Ispruch,  28  junii  1499. 

Fidelissimus  servitor  Joannes  Colla. 

30 

Le  cardinal  Ascanio  Sforza  à  Ladovic  Sforza  ^ 

vRome,   29  juin  1499) 

Illustrissime  princeps  et  excellentissime  domine  frater  et  pater 
honorandissime. 

t  Milan,  ibid.  Original  autographe.  Snscription  :  Ill[u8tris8i]mo  principi 
et  e[xcellentissi]mo  Domino  meo.  Obser[vandissiJmo  Domino  duci 
Mediolani. 

*  Liège. 

«  Milan,  ibid.  Pot.  Estere:  Homa.  Original.  Suscription  :  Illustrissime 
principi  et  eicellentissimo  domino,  Domino  frati  et  palri  honorandissime 
Domine  Duci  Mediolani. 

31 


4^2  MAXl^lLlEÏ^  ET  LUDOVIC  SPOBZA 

Per  la  copia  del  incluso  capitolo,la  Excellentia  Vestra  vedera^uei/o 
che  écrive  el  vescovo  de'  Fazzi  de  Franza^,  E  perche  dice  in  epsa 
lettera  che  queste  cose  francese  sono  rescaldate  da  quindeci  dî  in  qua 
per  le  rasone  scripte  per  altre,  havendo  voluto  intendere  le  rasone, 
mi  è  dicto  essere  potissime  perche  la  Ëxcellentia  Vostra  lia  irnlato 
il  Re  di  Franza  con  haveie  dalo  dinar!  a  la  Cesarea  Maestà  contra  il 
duca  de  Gelher  e  contra  li  Suiceri  soi  amici,  et  nutrito  che  Tacordo 
con  l'arciduca  non  seguisse,  e  per  questo  esser  stalo  necessario  resti- 
tuire  le  tre  terre  al  archiduca;  le  quale  cose  son  tanto  a  diminutione 
del  honor  de  Sua  Maestà  che  se  non  facesse  hora  questa  impresa,  dice 
se  teneria  lo  più  vituperato  homo  del  mondo.  â  la  Ëxcellentia  Vostra 
mi  raccomando. 

Frater  filius  et  servitor  Âscanius  Maria  Cardinalis  Sfortia  Vice- 
cornes,  S.  R.  K.  Vicecancellarius. 


31 

Giovanni  Colla  &  Ludovio  Sforza  ' 

(Du4aa27juiUetl499) 

(4  juiUet) 

Intendo  che  queste  fan  tarie  sono  maie  obediente  a  li  capitani,  e 
contra  ad  alcuni  hanno  già  preso  le  arme  ;  e  fra  li  altii  ne  sono  qui 
doi,  el  capitaneo  quando  se  fece  ei  conilitto  a  Malsz,  ed  il  conte 
ZoanneVertembergh ,  che  non  oisino  uscire  per  minaze  di  qiiesti 
viilani. 

(Inspruch,  13  juillet) 

El  pievosto  de  Brixina  è  venuto  hogi  in  quella  terra,  e  m^è  venutoa 
visiture,  e  pariato  de  varie  cose,  credendome  fosse  venuto  per  stare  qui 
al  consilio,  me  dice  cosi  subitamente  como  domani  voleva  partire  ;  ed 
havendone  demonstrato  admiratione  de  questo  suo  partire  cosi  subito, 
me  risposi  che  gii  era  necessario  andare  in  certi  lochi  comandali  da 
la  Maestà  Cesarea;  la  quale,  cum  tre  lettere  contrarie  Tuna  e  i'aitra, 
li  face  va  commissione  de  andare  in  varii  lochi,  e  che  era  venuto  qui 
per  tore  alcune  expeditione.  lo,  inteso  questo,  me  ingegnai  cum  bono 
modo  de  incitarlo  ad  dirme  dove  havesse  andare  ;  per  il  che  è  reuscito 

ï  Li^^ne  chiffrée,  dont  le  déchiffrement  est  donné  dans  Toriginal. 

2  Milan,  ihid,  Pot.EstercGermania.  Dépêches  originales.  Fragments. 


MAXIMILIEN  Et  LUDOVIC  StORZÀ  4Ô^ 

ad  aprirme  como  la  Maestà  Cesarea  li  proponeva  due  legatione, 
una  a  RoDia,  Taltra  in  Savoia,  ma  chc  lui  haveva  scripto  questa  sera 
a  la  Maestà  sua  acceptare  quella  di  Roma;  e  cheritornava  a  Brixina 
per  metterse  ad  ordine  ;  pregando  la  Maestà  sua  a  provederlo  del 
andata,  per  che  qui  a  la  caméra  non  li  era  proveduto,  como  scriveva 
la  Maestà  sua,  per  non  esserli  dinari  ;  e  per  questo  effecto  era  venuto 
qui.  Havendome  ricevuto  questa  sera  la  lettera  de  la  Signoria  Vostra 
che  fa  instantia  del  mandate  in  Savoia  uno  oratore  Cesareo,  non  ho 
perso  la  commodità  de  operare  che  esso  preposilo  venga  lui  E  cosi 
H  ho  facto  intendere  che,  andando  lui  a  Roma,  andatia  a  loco  dove 
non  sarabene  veduto,  per  non  esser  Nostro  Signore  amico  a  la  Maestà 
Cesarea,  como  li  ho  facto  vedere  per  li  sumarii  di  Roma,  e  dove  non 
gratificaiia  alcuno  altro  prencipe,  et  haveria,  secundo  il  parère  mio,  a 
tractare  cose  pocho  grate  a  la  Maestà  Cesarea  ;  dove  non  haria  sperare 
se  non  dispiacere  ;  andando  in  Savoia,  andaria  a  locho  dove  gratificaria 
la  Excellentia  Vostra,  e  per  essere  quella  legatione  in  questi  movi- 
menti  de  tanta  importantia,  quanto  pote  va  considerare,  non  solo  a  la 
Ë.  V.,  ma  a  la  Maestà  Cesarea,  poteva  sperare  magiore  honore  e 
fructo,  e  maxime  da  la  E.  V.,  la  quale  sapeva  pur  essere  tanto  grata 
a  chi  li  servi  como  alcuno  altro  principe  ;  e  che,  havendome  lui  più 
volte  dicto  desiderare  venire  alla  E.  V.,  era  il  tempo  de  satisfarse; 
per  le  quale  persuasione  s*è  voltato  et  deliberato  in  tuto  voler  la  lega- 
tione di  Savoia,  et  ha  scripto  per  questa  a  la  Maestà  Cesarea,  retenendo 
le  altre  prime  lettere  che  ancora  non  erano  andate,  ed  è  in  desiderio 
di  venire.  Bene  supplica  la  E.  V.  ad  non  publicare  la  venuta  sua, 
ma  tenerla  sécréta  per  che  demonstra  cosi  havere  comissione  de  la 
Maestà  Cesarea,  ue  Tha  pur  voluto  lassare  intendere  al  consilio  qui. 
lo  affirmo  bene  alla  E.  V.  chio  non  li  sapperia^ne  designare  ne  desi- 
derare persona  più  al  propoiiito  de  lui,  perche  per  affectione,  ingegno 
et  experientia,  li  satisfaia  benissimo.  E  la  E.  V.  lo  voltara  ad  ogui 
Buo  proposito,  maxime  facendoli  a  la  venuta  sua  bono  volto  cum  qual- 
che  piccola  demonstratione.  De  questo  n'ho  avisato  Augustino,  accio 
operi  cum  la  Maestà  Cesarea  la  eipeditione,  advertendolo  ad  non  par- 
lare  in  particulare  del  prevosto,  se  la  Maestà  Sua  non  gii  ne  parla 
prima,  como  certo  fara.  Etc. 


(Inspruch,  15  juillet  1499) 

Ho  facto  la  communicatione  a  questi  consiliarii  de  le  lettere  e  sum- 
marî  portati  per  li  doi  cavallari,  per  liquali  havendo  loro  visto  tant! 
avisi  che  Francesi  vengono,  el  che  non  pono  credere,  diceado  sapere 


4  84  MAXIMÎLIEN  ET  LUDOVIC  SF0R2A 

certo  per  avisi  havuti  da  udo  de'  primi  sigaori  de  Franza  che  non  rom- 
perano  cum  la  Excellentia  Vostra,  li  ho  ricercato  che  adiuto  poteva 
expectare  la  E.  V.  da  la  Maestà  Cesarea  e  da  loro  ;  e  m'hano  risposto 
che  la  debia  expectare  tanto  quauto  poterano  fare,  perche  lo  faranno 
cum  efiecto  ;  ma  che  sperano  finire  la  guena  per  la  E.  Y.  cum  Franza 
più  presto  che  loro  non  la  comeozarano  ;  perche,  se  in  la  giornata  se 
ha  a  fare  cum  Suiceri^  (la  quale  ognhora  me  affirmano  più  se  fara  pur 
presto  e  ne  stano  in  expectatione,  reponendo  in  questa  giomato  ogoi 
suo  designo  e  speranza),  sarano  batuti  Suiceri,  como  sperano  in  N.  S. 
Dio,  defensore  de  la  justitiache  è  dal  canto  suo,  accompagnandoseli 
le  forze  de  la  Maestà  Cesarea,  sarano  batuti  pur  Francesi  e  Venetiani, 
et  ognialtro  inimico  de  la  E.  V. 

—  Zoanne  Todesco,  che  mandai  in  diligentia  a  la  E.  V.,  è 

ritornato  cum  fede  de  havere  facto  il  débite,  dolendosi  non  essere 
stato  pagato,  richedendome  chio  lo  pagasse  per  che  li  haveva  pro- 

messo Ma  volendo  la  E.  V.  havere  li  avisi,  è  necessario  la  facia 

pagare  li  cavallari  e  messi  chi  si  mandano  da  qui  forestieri,  e  la  sup- 
plico  farme  mandare  quesli  dieci  fiorini  de  Zoanne  todesco.  Et  in  bona 
gratia  sua  humilmente  me  ricomando. 


(Inspruch,  18  juillet  1499; 

Questa  sera  recevuta  la  lettera  de  la  E.  V.,  et  una  de  Stefiano  da 

Novara  per  li  mile  fanti  vorria,  sono  stato  cum  questi  consiliarii  li- 

quali,  intesa  la  richiesta  e  consultatela  fia  loro,  mhanno  risposto 

che  in  questo  vedevano  due  difficultade  :  Tuna,  che  quelle  gente  che 

sono  a  Mais  sono  tutti  paesani,  che  mal  voluntera  stanno  in  campo, 

ma  che  li  stanno  per  commandamento,  e  dubitono  che  non  andarano 

ad  alti'o  soldo  ;  Taltra  che  havendosi  a  fare  laimpresa  contra  Grisani 

de  présente,  non  sano  como  potere  munire  Tesercito,  al  quale,  perche 

non  eraa  compimento  de  ottomila  fanti,  tuttora  n*hano  mandati.Tutta- 

volta,  desiderosi  de  démons trare  a  la  E.  V.  el  desiderio  hanno  di 

serviria,  ma  non  parendoli  de  torse  tan  ta  auctorità  in  questi  tempi  che 

hanno  a  periculo  tutta  la  patria  ne  dirli  de  non,  se  sono  risolti  de 

scrivere  alla  Maestà  Cesarea,  pregandola  ad  essere  contenta  coinpia- 

cere  la  E!^cellentia  Vostra.  E  si  li  è  mandita  una  stafeta,  ed  io  ancora 

ne  ho  scripto  ad  Augustino  Somenza.  Etc. 


(Inspruch,  21  juillet  J499) 

Hogi  chVa  el  giorno  che  li  Cesarei  dovevano  intrare  in  Agnelina 
pep  andare  verso  Coira,  messer  Polo  Liettestanaro  (sic)  ha  scripto 


MAXÎMILIEn  et  LUDOVIC  SFORZA  485 

a  qiiesti  consiliarii  havere  recevuto  lettere  da  la  Maestà  Cesarea  che 
non  lassi  movere  le  gente,  ne  vadino  più  in  Âgnelina,  perche  Sua 
Maestà  ha  certo  altro  disegno  quale  vole  prima  exeguire.  Ho  investi- 
gato  in  publico  al  consilio  et  in  privato  se  sciano  che  disegno  sia 
questo,  ma  non  ho  potuto  intendere  altro.  Etc. 


(  Inspmch  21  juillet  1499) 

Ricevuto  hogi  le  lettere  de  la  E.  V.  de  13,  scripte  in  zifra  per  la 
patente  de  Don  Ferrando,  subito  sono  stato  cum  questi  consilieri, 
e  significatoli  la  causa  de  Tandata  sua  cum  ricercarli  la  patente; 
havendo  fra  se  consultato  la  cosa,  m'hanno  risposto  non  havere  aucto- 
rità  de  fare  lettere  patente  che  se  extenda  fora  del  contado  de  Tirolo  ; 
e  poi  non  consentiriano  a  una  cosa  de  simile  sorte  senza  la  saputa  de 
la  Maestà  Cesarea,  e  pero  a  loro  pareva  de  expedire  una  stafeta  a  la 
Maestà  Cesarea,  che  in  tri  giorni  se  haveria  la  risposta.  lo  li  replicai 
che  questo  consilio  in  soi  bisogni  haveva,  senza  saputa  de  la  Maestà 
Cesarea,  domandato  de  le  cose  più  importante  alla  E.  V.,  che 
amorevolmente  li  haveva  compiaciuto,  e  pero  dovevano  ancora  loro 
spendere  uno  poco  de  auctorita  in  questo  caso,  che  a  loro  era  pro- 
fitabile;  e  che  era  certo  che  la  E.  V.  haveriane  scripto  alla  Maestà 
Cesarea,  ma  per  più  celerita,  per  esser  Thomo  suo  in  camino,  ricercava 
se  facessino  qui  per  mandarle  più  presto,  e  che  questo  temporizare 
porria  impedire  l'effecto,  de  che  la  Maestà  Cesarea  saria  pocho  con- 
tenta de  loro.  Tutavolta  non  ho  potuto  obtenere  che  la  faciano,  excu- 
sandosi  non  volere  incorrere  la  indignatione  de  la  Maestà  Cesarea, 
transgradiendo  l'officio  suo.  Non  possendo  havere  altro,  li  ho  lassato 
scrivere,  e  8*è  niandato  la  stafeta.  lo  ho  scripto  ad  Augustino  Somenzio 
che  solicita  questa  lettera  e  me  la  manda  \  et  io  la  mandaro  volando 
a  M.  Horasmo',  havendolo  advertito  a  fare  scrivere  da  la  Maestà 
Cesarea  a  questi  consilieri  che  in  li  bisogni  de  la  E.  Y.  vogliano 
expedire  da  se,  senza  scrivere  et  expectare  risposta  de  la  Maestà  Sua. 

(Inspruch  25  juillet  1499) 

[ 3j  Me  motezano  ancora  sperare  che  la  Maestà  Cesarea  se 

acordara  cum  Franza,  et  insiema  asseptara  le  cose  de  la  E.  Y.,  e 

t  Ladite  patente  fut  accordée  le  25  juillet  1499. 

2  Herasmo  Brascha. 

3  II  annonce  l'arrivée  de  l'empereur  à  Lindau  pour  préparer  l'entre- 
prise contre  les  Grisons. 


486  MAXTMILIEN  ET  LUDOVIC  SFORZA 

benche  me  sforza  più  dextramente  che  posso  per  iatendere  più  ioante, 
tamen  non  ne  posso  cavare  altro  particolare. 


(Inspruch  26  juillet  1499) 

La  Cesarea  Maestà  ha  mandato  el  spazo  del  preposito  de  Brixina  de 
scripture  e  de  dinari  in  mane  a  questi  regenti,  e  loro  hanno  mandato 
uno  cavallaro  ad  esso  preposito,  che  sara  da  lui  questa  nocte  ;  e  cre- 
dono  che  fra  doi  giorni  se  mettara  a  camino  per  venire  da  la  Excel- 
lentia  Vostra,  e  poi  andare  in  Savoia. 

Uno  servitore  del  Rrnjsinch  (sic)  è  venuto  qui  hogi  ;  quale  referisse 
como  li  populi  de  Austria  hanno  deliberato  soccorrere  alla  Maestà 
Cesarea  del  pagamento  de  mille  cavalli  et  che  la  Maestà  Cesarea  fa 
condure  il  suo  thesoro  dove  si  trova,  per  suo  patrono  che  è  in  camino 
ad  condurlo. 


(Inspruch  27  juillet  1499) 

Hogi  ho  communicato  a  questi   regenti  la   roptura  facta  ad 

Alexandria  dai  Francesi  e  la  afifectione  dcmonstrata  da  li  prelati  e 
gentilhuomini  de  la  K.  V.  ;  de  quello  io  ho  sentito  quella  più  singo- 
lare  consolatione  che  più  possa  desiderare  a  questo  mondo,  e  ne  ho 
mille  volte  ringratiato  N.  S.  Dio,  sperando  non  abandonara  la  V.  Excel- 
lentiache  è  principe  reliogissimo,  accompagnandoseli  poi  la  sapientia 
sua  curn  le  gran  preparatione  facte  et  che  fara  tuthora.  De  questa 
roptura  hanno  dimonstrato  surnma  displicentia,  e  tanto  più  che  la  è 
facto  in  tempo  che  loro  non  pono  fare  de  le  démon stratione  che  ha 
facto  la  E.  V.  cum  loro,  per  essere  in  medesimo  bisogno  e  periculo  ; 
e  sia  certo  la  E.  V.  che  durano  extrema  faticha  in  mandare  le  fantarie 
in  campo  ;  e  per  carestia  de  fanti  non  pono  far  cosi  presto  la  impre^a 
de  Grisoni  ;  nondimeno  quello  che  si  po  fare  per  loro,  Ihanno  facto 
voluntiera  in  recomandare  caldamente  per  nuovelettere  la  E.  V.  alla 
Maestà  Cesarea,  e  per  haverli  mi  facto  nuova  instantia  che  in  questo 
augumento  de  fantarie  che  fano  al  présente,  vogliano  vedere  farne 
tanti  più  che  possino  servire  la  E.  V.  de  mile  o  cinquecenti  al  mcno, 
n'hanno  scripto  alla  Maestà  Cesarea,  promettendomi  fare  il  possibile 
per  servirla  e  li  ho  ricordato  non  solo  ad  sciivere,  ma  che  pensano  da 
loro  de  elegerne  in  qualche  loco  che  melio  li  parira,  e  proponere  el 
partire  a  la  Maestà  Cesarea,  accioche  la  cosa  se  facilita  più.  Non  man- 
caro  solicitare  e  ricordare  questo  effecto. 

De  Taccordio  de  lo  illustrissime  archiduca  cum  Franza  non   me  ne 
sciano  dire  niente. 


MÂXIMIUEN  ET  LUDOVIC  SFORZA  4  87 

32 
LadoTic  Sforsa  à  N. 

(MUan,  31  jaUlet  1499) 

Dux  Mediolani.  Dilecte  ooster,  volemo  che  cam  bono  modo  e  dex- 
t-eza  permetti  che  Grissani  e  Suiceri  possino  venire  io  el  dorainio 
nostro  a  tore  vino  et  altre  victualie  e  condurle  a  casa  sua  liberamente, 
et  ancora  habiano  tutti  H  commertii  che  vorrano  cum  H  subditi  nostri, 
non  roonstrando  ne  habii  altra  commissione  da  noi  de  questo,  ma  che 
tu  non  li  advertischi  ne  curi  de  prohibirli  cosa  alcuna,  e  H  lassi  fare  a 
suo  modo.  laquai  cosa  tenerai  sécréta  in  te  e  ne  remandarai  la  pré- 
sente iettera  inclusa  in  una  tua,  e  se  ben  nuy  te  scrivessimo  poi, 
monstrando  di  espere  corrociato  con  ti  de  questa  cosa,  monstrarai 
sempre  che  da  noi  non  habii  havuto  commissione  alcuna. 

Mediolani  ultimo  Julii  1499 
B.  Chalcus 

•  Milan,  ibid.  Dépêche  originale.  —  Document  caractéristiqne  de  la 
mauvaise  foi  que  Ludovic  Sforza  apportait  à  ses  relations  avec  Maximilien. 
Cette  dépêche  ne  porte  pas  de  nom  de  destinataire.  Elle  est  sûrement 
adressée  à  Tun  des  commissaires  ou  caslellans  résidant  dans  le  voisinage 
des  frontières  Suisses. 

(A  suivre.)  L.-G.  Pklissibiu 


CONTES  LENGADOUCIANS 
Dau  piooh  de  Sant-Loup  au  piooh  de  SantGla 

(SuiU) 


XII 

UN  POUGNAT  DE  GALEJADAS 

A  Banal,  BROLSâs,  Coumbalat,  Dblmas, 
Dbzbuzb  ,  Fbdiéira,  Fournel,  Loubbt, 
Marsal,  Messinb  e  Vbran,  loas  bons 
coumpans  de  la  «  Campana  de  Maga- 
louna  » . 

1.  —  Lou  Barbie  amourous 

Sandrou  TArroutioat,  garçou  barbejaire  enco  de  Vitounet, 
èra  amourous  couma  una  cata  de  la  cbarmantota  Finou.  E 
de  loDga  sVii  venië  sus  la  porta  de  la  boutiga,toutafre8cadet, 
espinchà   se,  per  asard,  passariè  pas  Toubj et  de  sas  amours. 


XII 

UNE  POIGNÉE  DE  BONNES  HISTOIRES 

A  Banal,  Bboussb,  Combàlat,  Delmas, 
Dkzruzb,  Frdibrb,  Fournel,  Loubet,  Mar- 
sal,  Mkssinr  et  Vbran,  les  bons  compa- 
gnons de  la  "  Campane  de  Maguelonne  ". 

Le  Barbier  amoareux 

Alexandre  le  Déluré,  garçon  barbier  chez  maître  Victorin,  était 
amoureux,  comme  une  chatte,  de  la  charmante  Joséphine.  A  tout 
instant  il  apparaissait  sur  le  seuil  de  sa  boutique,  empressé,  affriolé, 
épiant  si,  par  hasard,  ne  passerait  poiut  par  là  lobjet  de  son  amo^r. 


CONTES  LANGUEDOGIBNS  4  89 

Cau  dire  qne  raeardfasié  passa  Toubjetâe  sas  amours  perlou 
mens  dès-e-sèt  oops  per  jour. 

Pamens,  aquel  dissate,  anava  picà  mièjour,  e  de  Finous 
D*aviè  pancara  passât  la  coueta  d*uiia.  Sandrou  n'èra  à  mitai 
monrrent.  La  vèlha,  perpati-pata  pas  res,  s^èroun  carcagne- 
jats  embé  sa  migueta,  e  lou  paure  el  se  demandava  se  la 
poulidacardounilha  fougnava  pas  encara.Trefoulissiè  tout  en 
rasclaLt  lou  mourre  de  las  prabicas. 

—  Passarà?...  Passarà  pas?... 
Era  dins  Tôli  boulhent. 

Amai  lou  patrou  atabé  i*èra  dins  Tôli  boulhent.  Sa  fenna, 
partida  de  bon  niati  per  demeura  la  journada  à  Poussan, 
faviè  quitat,  tout  leste  de  la  vèlha,  un  grand  platat  debràu- 
dou,  d'aquel  bràndou  roussèl  per  quau  mèstre  Vitou  auriè  fach 
de  bassessas. 

—  Ai!  moun  Dieu,  que  fai  caud!  marmoutissiè  souvent. 
SouHde,  ma  merlussa  sentira. 

S'en   dounava  de  pèiras  au   fege.   Atabé,  prouôtant  d'un 


Il  faut  dire  que  le  hasard  faisait  passer  par  là  Tobjet  de  son  amour 
pour  le  moins  dix-sept  fois  par  jour. 

Et  cependant,  le  samedi  dont  je  veux  vous  parler,  bien  que  midi  fut 
sur  le  point  de  sonner,  de  Joséphine  il  n'en  avait  encore  passé  mie. 
Alexandre  s'abimait  dans  la  consternation.  La  veille,  pour  patati 
patata  des  vétilles,  ils  8*étaient  un  peu  contrariés,  sa  bonne  amie  et 
lui,  et  le  pauvre  diable  se  demandait  anxieusement  si  la  méchante 
mignonne  ne  boudait  pas  son  amoureux.  11  grillait  d'impatience  tout 
en  raclant  le  museau  des  clients. 

—  Passera?...  Passera  pas  ?... 

Ah  !  combien  il  y  mijotait  dedans  1  huile  bouillante  ! 

Et  le  patron  aussi  y  mijotait  dans  Thuile.  Sa  femme  partie  de  grand 
matin  pour  demeurer  absente  durant  tout  le  jour,  lui  avait  laissé, 
préparée  de  la  veille,  une  grande  platée  de  brandade,  de  cette  bonne 
brandade  parfumée  et  dorée  pour  laquelle  maître  Victor  eût  commis 
des  bassesses. 

— >  Mon  Dieu  !  marmottait-il  fréquemment,  qu'il  fait  chaud  aujour- 
d'hui 1...  Je  suis  sûr  que  ma  morue  va  tourner  à  l'aigre! 

Il  s*en  donnait  des  pierres  au  foie. 

Vint  enfin  un  moment  où  il  n'y  eût  plus,   dans  la  boutique,  d*autre 


490  CONTES  LANGUEDOCIENS 

moumen  que  i*aviè  pas  mai  que  moussa  Nicoulau  en  irin  de  se 
faire  pela  las  gautas  per  nostre  Arrôutinat,  yite  coaris  à  la 
co usina,  aganta  lou  plat,  lou  porta  ras  dau  jour,  lou  sentis  e 
lou  ressentis: 

—  Oh  !  sacre-petard-de-miolal  sou-dis:  a  passât,  perdi!... 
Dequ'agèt  pas  dich  aqui?...  Sus  lou   cop  de  <  A  passât  », 

Sandrou  planta  Nicoulau,  s'acoussa  vers  la  porta,  la  doubris 
entrefoulit  e  crida  coufle  d*emoucioun. 

—  A-n-our»te,  patron  :  en  bas  on  en  naut?... 


2.  —  Lous  Uns  !... 

Mèstre  .Tan  Patalàs,  magou  de  soun  estât,  qu'aimava  mai 
tout  que  la  mitât,  embé  soun  manobre  Flambalard,  un  estampa 
se  nM*aviè  un,caminavoun  de  bon  mati  sus  lou  cami  de  Mount- 
ferrie,  ounte  anavoun  travalhà. 

Tout-à-nun  cop, —  èren  en  tems  de  cassa,  —  pin  !  pan  !  pan  ! 
quatre  ou  cinq  cops  de  fusil  petoun  pas  lient  d*eles.  An  pas 


client  que  M.  Nicolas  de  qui  justement  le  Déluré  était  en  train  de 
ratisser  les  joues.  Victorin,  vous  pensez,  courut  vite  à  la  cuisine.  Il 
prit  le  plat,  revint  prestement,  s'approcha  du  jour,  flaira,  reflaira  et 
s'exclama,  dépité  : 

—  Oh  !  sacré  tonnerre  d'un  chien  I...  Elle  a  passé,  pardi  !... 
Qu*eût-il   pas  dit  là?...  Sur  ces  mots  d'  «  Elle  a  passé  »,  mons 

Alexandre  vous  plante  M.  Nicolas,  se  précipite  sur  la  porte,  Touvre 
tout  aflblé  et  s'écrie,  défaillant  d'émotion  : 

—  De  quel  côté,  patron  ;  en  bas  ou  en  haut?... 

2.  —  Qaelqu^un  !... 

Maître  Jean  Pattelarge,  maçon  de  son  métier,  aimait  mieux,  dit>on, 
le  tout  que  la  moitié.  Voici  qui  semble  le  prouver. 

Un  bon  matin,  en  compagnie  de  son  manœuvre  Flambelard,  fiefle 
garnement  s'il  en  fut,  ils  cheminaient  vers  Montferrier  où  ils  allaient 
faire  la  journée.  Tout-à -coup,  —  on  était  en  temps  de  chasse, — 
pin  !  pan  !  pan  1  quatre  ou  cinq  coups  de  fusil  éclatent  derrière  eux. 
  peine  ont-ils  fait  demi- tour  pour  savoir  de  quoi  il  letourne  qu'un 


CONTES  LANGUEDOCIENS  401 

fach  mièch-tour  per  veire  se  virava  do  picas  ou  de  caires 
qu'un  foutrassau  de  lebrassa  vèn  8*araourrà  davans  sous 
nasses.  D^ausida,  mèstre  Jan  Tempougna  e,  zou!  jouta  la 
bloda. 

—  Quaote  un  bon  que  n^anan  faire!...  dis  lou  manobre. 
E  bavava  pas  que  de  ie  pensa. 

—  Lous  uns,  moun  enfant,  lous  uns. 

Tout  escasseta  s^acabava  de  parla  que  lous  cassaires  seguè- 
roun  aqui.  Un  d'elrs  ie  fai  : 

—  Avès  pas  vist  passa  'na  lèbre,  camaradas  ? 

—  Si-fèt;  amai  que  rausava  pas:  semblava  un  fum  !  respond 
mèstre  Jean. 

Mes  lou  paure  siblet  de  Fiaoïbalard,  de  per  darrîès  mèstre 
Jan,  fasiè  touta  mena  de  grimaças.  Auriè  caugut  èstre  avugle 
ou  pus  sot  qu*un  Tôni  per  pas  coumprene  que  vouliè  dire  : 
ce  Agacbas-ie  jouta  la  bloda.  t 

Tant-i'a  que,  —  per  coupa  court,  —  lous  cassaires  levèroun 
la  lèbre  au  maçou«  amai  i'espoussèroun  las  arnas  un  pauo 
coumase  deu. 

beau  lièvre  vient  s'abattre  à  dix  pieds  de  leurs  nez  Cueillir  ranimai  et 
le  faire  disparaître  sous  sa  blouse,  —  ni  vu,  ni  connu  I  —  ce  fut  pour 
mnître  Jean  l'affaire  d*un  instant. 

—  Quel  bon  repas  nous  allons  faire  !...  susura  le  manœuvre. 
Et  Peau  déjà  lui  emplissait  la  bouche. 

—  Quelqn*un,  mon  enfant,  quelqu'un  !... 

Tout  juste  achevait-il  de  parler  que  les  chasseurs  arrivèrent.  L'un 
d'eux  leur  fit  : 

—  N'auriez-vous  pas  vu  passer  un  lièvre,  camarades  ? 

—  Que  si  !...  Et  même  qu'il  ne  musardait  pas  :  une  fumée  !... 
répondit  maître  Jean. 

Mais  ce  mauvais  sujet  de  Flambelard,  par  derrière  maître  Jean,  se 
livrait  à  une  mimique  des  plus  expressives.  A  tel  point  qu'il  aurait 
fallu  être  aveugle  ou  plus  bête  qu'un  Saint-Nicodème  pour  ne  pas 
voir  qu'il  voulait  dire  :  «  Regardez  lui  donc  sous  la  blouse  !  » 

Tant  il  y  a  que,  —  pour  couper  au  plus  court,  —  les  chasseurs 
enlevèrent  le  lièvre  à  notre  maçon,  et  même  lui  secouèrent  les  puces 
de  maltresse  façon. 


492  CONTES  LANGUEDOCIENS 

Quand  seguèroun  partits: 

— Coussi  trapes,  piohot,  que  nous  an  ben  acivadat,  aqueles 
cassaires? 

—  Lous  uns,  mèstre,  lous  uns... 

3.  —  Mouneda  de  la  Pèça 

Mèstre  Jan  Cougourla  es  vengut  à  la  vila  per  vendre  un 
panièirat  d'iôus.  E  tout  en  faguent  sa  venda,  intra  enco 
d*un  marchand  per  croumpà  'n  coutèl.  N*en  trova  un  que  ie 
counvèny  mes  nTen  demandoun  trenta  fous. 

—  Trenta  sôus,  fai  Jan  Cougourla,  lou  trove  pas  bon 
marcat. 

—  Voulès  rire,  brave  cme,  rebèca  lou  vendeire.  Se  vou'n 
caliè  faire  un  antau  per  aquel  pris!... 

—  Es  vrai.  Anûn,  vous  lou  prendrai,  mes  à  la  coundicîoun 
que  vous  lou  pague  embé  d'iôus. 

-*  Tamben:  d'iôus  ne  eau  toujour  dins  un  oustau....  Tè! 
Catin,  dis  à  sa  fenna,  vèni  querre  aqueles  iôus. 


Quand  ils  furent  partis. 

—  Comment  trouves-tu,  petit,  qu^ils  nous  ont  étrillés,  ces  chas- 
seurs là  ? 

—  Quelqu'un,  maître,  quelqu'un  !.  . 

3.  —  La  Monnaie  de  la  Pièce 

Maître  Jean  Citrouille  est  venu  à  la  ville  pour  y  vendre  un  plein 
panier  d*œufs.  Et,  tout  en  faisant  sa  vente,  de  maison  eu  maison,  il 
entre  chez  un  coutelier  afin  d'acheter  un  couteau.  11  en  trouve  un  qui 
lui  plaît,  mais  on  lui  en  demande  trente  sous. 

—  Trente  sous,  fait  Jean  Citrouille,  ça  n  est  pas  trop  bon  marché. 

—  Vous  voulez  rire,  brave  homme  réplique  le  marchand.  S'il  vous 
fallait  faire  le  pareil  pour  ce  prix-là  !... 

—  C'est  vrai.  Enfin,  je  veux  bien  le  prendre,  mais  à  une  condition. 

—  C'est  ?... 

—  C'est  que  je  vous  le  paie  avec  des  œufs. 

—  Tout  aussi  bien.  Des  œufs,  il  en  faut  toujours  dans  une  mai- 
sonnée... Tiens!  Catherine,  dit-il  à  sa  femme,  viens  prendre  ces 
quelques  œufs. 


CONTES  LANGUEDOCIENS  4  93 

Aladounc  mèstre  Jan  empocha  soun  ooutèl  e  enrega  dèch 
ions  sus  lou  coamtaclou. 

—  A  très  sôus  chacnn,  dis,  ires  cops  dèoh  fan  trenta.  Aqui 
Yostres  trenta  sôus,  Moussu. 

—  Saique  badinas?  ie  vén  la  dama.  Très  sôus  un  iôu?  A 
dous  sôus  es  déjà  trop  pagat! 

—  Trop  pagaty  à  dons  sôus?...  Madama,  se  n*en  fasès  nn, 
iéu  vou*n  done  quatre  I... 

4.  —  Lou  Moussu 

Moussu  Copa-tèu  ,  dau  Mas  de  TOurtiga ,  un  richàs  se 
n'i*a  un,  es  be  lou  pus  famous  sarra-piastras  que  la'terra  porte. 
Se  planis  fins  qu'as  abilhages  e  carga,  jours  e  dimencbes,  una 
roupa  salla  couma  la  barra  d'un  galiniè,  embé  pétasses  8U;) 
pétasses,  de  bralhas  traucadas  ounte  vole  pas  dire,  un  capèl 
que  s*en  adoubariè  la  sonpa  per  vint  pastres,  elou  resta  que 
seguis  lou  branle. 


Pour  lors  maître  Jean  empoche  son  couteau  et  aligne  dix  œufs  sur 
le  comptoir. 

—  A  trois  S0U8  chacun,  fait-il,  trois  fois  dix,  trente.  Voila  vos 
trente  sous.  Monsieur. 

—  Vous  badinez,  je  pense  ?  s*écrie  la  dame.  Trois  sous,  un  œuf  ? 
A  deux  sous,  c*est  déjà  trop  payé  !.., 

—  Trop  payé,  à  deux  sous  ?•..  Si  vous  en  pondez  un  pareil,  madame, 
moi,  je  vous  en  donne  quatre  I... 

4.  —  Le  Monsieur 

Monsieur  Pince-mailles,  du  Mas  de  POrtie,  un  richard  8*il  en  fut, 
est  bien  le  plus  fameux  grigou  qui  se  puisse  trouver  sous  la  calotte 
des  cieux.  11  se  plaint  jusqu'aux  vêtements.  Jours  et  dimanches  on  le 
voit  affublé  d'une  étemelle  souquenille,  sale  comme  la  barre  d*un 
poulaillier,  et  faite  de  pièces  disparates  sur  pièces  disparates.  Il  a 
des  chausses  percées,  le  plus  souvent,  à  Tendroit  que  je  ne  veux  pas 
autrement  désigner.  11  porte  un  chapeau  tellement  graisseux  qu^on 
en  pourrait  assaisonner  la  soupe  pour  vingt  bergers.  Et  le  reste  est  à 
Tavenant 


494  CONTÉS  LANGUEDOCIENS 

L*autre  dimtnche,  Ëstève  lou  bouscatiè,  arrivèt  au  mas 
per  croumpà  la  coupa  d*un  bosc.  La  ramouneta  lou  fagaèt 
intrà  dins  la  cousina  e  anèt  sounà  lou  Moussu. 

Mes  quand  lou  vegèt  veni  tant  mau  acoutrat  Ëstève  se 
pensèt: 

—  Ai  I  d'aqueles  gusasses  de  varlets  que  voudrièo  se  trafà 
de  iéu  !...  Vous  ses  pas  levais  prou  mati,  coullègas...  TronI 
u'auriàs  deugut  causi  un  pus  poulit,  au  mens,  per  faire  lou 
Moussu  !...  Espèra-te  *n  pauc,  moussu  das  Couîdes-Traucats, 
te  farai  veire  se  sièi  de  Balharguet. 

E,  lou  capèi  à  la  man,  ie  fai  : 

—  Es  vous  lou  Moussu  ? 
^Oui. 

—  Eh  !  be,  moun  orne,  acha  que  se  ta  fenoa  es  couma  tus, 
devès  faire  un  poulit  parel  de  porcs!... 

5.  —  Un  marrit  tour 

Aicis  un  das  tours  de  Niqueta,  lou  famous  galejaire  que 
vou*n  ai  déjà  prou  parlât. 


L'un  de  ces  derniers  dimanches,  Ëstève,  le  bûcheron,  se  rendit  au 
Mas  de  l'Ortie  pour  acheter  une  coupe  de  bois.  La  ramonette  le  fit 
entrer  dans  la  cuisine  et  s'en  alla  quérir  le  Monsieur, 

Mais  quand  il  vit  venir  un  monsieur  si  misérablement  accoutré, 
Kstève  se  dit  à  part  soi  : 

—  Oh!  de  ces  gueusards  de  valets  qui  voudraient  se  gausser  de 
moi  !...  Vous  ne  vous  êtes  pas  levés  d'assez  bonne  heure,  camarades  !... 
Et  puis,  vrai,  vous  auriez  dû  en  choisir  un  plus  joli  que  ça  pour  faire 
Iq Monsieur \..,  Attends  un  peu,  Monsieur  des  Coudes-Percés,  je  m'en 
vais  te  montrer  si  je  reviens  de  Pontoise. 

Et,  chapeau  bas,  très  civilement  il  lui  demanda  : 

—  C'est  vous,  le  Monsieur  ? 

—  Oui. 

—  Ehl  ben,  mon  bonhomme,  si  ta  femme  est  comme  toi,  vous 
devez  faire  un  beau  couple  de  porcs!... 

5.  —  Un  bien  vilain  Toar 

Voulez- vous  que  je  vous  conte  un  des  tours  de  Niquette,  ce  fameux 
mystificateur  dont  je  vous  ai  parlé  plus  d'une  fois  ? 


CONTES  LANGUEDOCIENS  495 

Se  passejava  dins  Pamparigousta  qu*èra  prou  matinet  e 
que  fasiè  fresquièira.  Es  vous  dire  que  Ion  mounde  rambalha- 
voun  pas  per  carrièiras.  S'enanava  tout  escrancat,  —  n'en 
pourtava  alor  quatre-vints  susTesquina,  —  embé  sa  cana,  sa 
bouneta  negra  e  sa  granda  roupassa  :  una  roupaque  ie  dava- 
lava  ÛDs  qu*as  talous,  qu*aviè  dous  grands  panelasses  couma 
de  lençôus,  que  degus  poudiè  pas  s'imagina  d'oante  i'èra  ven- 
guda,  e  que  iéu,  qu'ère  adounc  pas  mai  qu*un  oadelàs,  i'ai 
toujour  vist  pourtà. 

En  se  passejant,  se  crousèt  emb'  una  marchanda  d'iôus. 

—  Quand  lous  vendes,  fenneta?  ie  dis. 

—  Sege  sôus  la  dougena,  moussu,  pas  mai. 

—  E  soun  fresses,  au  mens  ? 

—  Saique  badinas,  moussu  ?  Ta  pas  que  de  lous  veire. 

—  Eh  !  be,  coumtàs-m'en  tresdougenas  ;  vous  lous  prendrai. 

—  Mes,  moussu,  vendrai  jusqu'à  vostre  oustau.  Vous  eau 
quicon  per  lous  mètre. 

^  Qu'aco  vous  soucite  pas,  ma  brava  fenua.  Agantàs  aqui 
lou  panel  de  ma  livita  ;  iéu  tendrai  l'autre  bout  :  couma  s'èra 
un  mantau.  ÂnenI  ie  ses?...  Vai  ben.  Dequé  dises?...  Saique 


Niquette,  donc,  se  promenait  dans  Pampérigouste  de  bon  matin  et 
par  UQ  temps  assez  frisquet.  C'est  dire  que  ie  monde  n'embarrassait 
guère  dans  les  rues.  Notre  bon  vieux,  tout  courbé,  tout  cassé,  —  il 
en  portait  alors  quatre-vingts  bien  sonnés,  —  cheminait  tout  doucet- 
tement, canne  à  la  main,  bonnet  noir  sur  la  tète  et  houppelande  sur  le 
dos.  Oh!  mais,  une  houppelande,  mes  amis,  qui  lui  tombait  jus- 
qu'aux talons,  qui  avait  deux  basques  grandes  comme  des  draps  et 
dont  personne  n'a  jamais  pu  deviner  Torigine  I  Pour  ma  part,  — 
je  n'étais  alors,  il  est  vrai,  qu'un  jouvenceau,  —je  la  lui  ai  toujours 
vu  porter. 

Dans  le  cours  de  sa  promenade,  Niquette  rencontra  une  marchande 
d'œufs. 

—  Combien  les  vendez-vous,  la  mère?  demanda- t-il. 

—  Seize  sous  la  douzaine,  Monsieur,  pas  davantage. 

—  Ils  sont  frais,  au  moins  ? 

—  Vous  badinez,  monsieur?  Il  n'est  que  de  les  voir. 

—  Ehl  bien,  comptez  m'en  irois  douzaines  :  je  les  prendrai. 

—  Mais,  Monsieur,  je  viendrai  jusqu'à  votre  maison.  11  vous  faut 
quelque  chose  pour  les  mettre. 


4  96  CONTKS  LANGUEDOCIENS 

vostre  panièirat  Tanarià  be  tout  entiè?  Tenès  vostre  bout 
couma  se  deu,  au  mens? 

—  Oui,  moussu. 

—  Per  môia!  d'abord  que  soun  fresses,  metèsm'en  quatre 
dougenas.  Mountariè  très  francs  quatre,  vous  bailarai  loo 
comte  round,  e  diguen  pas  res  encara. 

La  fenna  pausèt  soun  paniè  sus  un  davans  de  porta  e  se 
metèt  à  eoumtà  :  dons,  quatre...  Anava  acabà  soun  escagoa 
quand  tout  d'un  cop  veja-t-aqui  Niqueta  que  brama  : 

—  Ail  moun  Dieu,  ai!  de  moun  ventre!...  Seguissès-me, 
vite,  vite,  que... 

Ë  se  sarrant  d'un  recantou,  desfai  un  boutou,  pioi  un  autre, 
pioi...  auûn  bou  vole  pas  dire. 

Afairada  à  ben  tène  lou  panel  per  que  lous  i6us  toum- 
bèssouD  pas,  la  marchanda  se  mauâsavapas  de  res,  mes  quand 
s'avisèt  d'aqueste  trava),  lachèt  tout  couma  se  se  bruUava. 

—  Aquel  grand  pourcàs  !  cridèt  ;  vous  geinés  pasl...  se 
voulès  qu'on  vous  tangue  lou  lum  ?... 


—  Ne  vous  inquiétez  pas  pour  si  peu,  ma  bonne  femme.  Tenez  : 
prenez  par  là  le  pan  de  mon  habit  ;  je  tiendrai  l'autre  bout  :  commd 
si  c*était  un  tablier.  Allons!  vous  y  êtes?  Parfait  Qu'en  dites- 
vous?...  Je  crois  que  vous  pourriez  y  loger  toute  votre  panerée!... 
Vous  tenez  votre  bout  bien  comme  il  faut,  au  moins? 

—  Oui,  Monsieur. 

—  Pardine  !  puisqu^ilii  sont  si  frais,  vous  m'en  mettrez  quatre  dou- 
zaines. Ça  ferait  trois  francs  quatre  sous;  je  vous  donnerai  le  compte 
rond  et  ne  répliquons  rien,  s'il  vous  plaft. .. 

La  femme  posa  son  panier  sur  le  seuil  d'une  porte  et  se  mit  à 
compter  :  deux  et  deux,  quatre...  Elle  allait  être  au  bout  de  son 
écheveau  lorsque,  soudain,  voilà  mon  Niquette  qui  braille  : 

—  Aie!  aïe!...  mon  Dieu!...  aie  !  aïe  !  mon  ventre  !...  Suivez-moi, 
vite,  vite,  que... 

Et  s'approchant  d'un  recoin,  il  déût  un  bouton,  puis  un  autre,  puis... 
enfin  je  ne  veux  pas  le  dire. 

Toute  appliquée  à  bien  tenir  les  basques  de  l'habit,  pour  que  les 
œufs  ne  tombent  point,  la  marchande,  tout  d'abord,  ne  ]  orta  atten- 
tion à  rien  d'autre.  Bientôt  cependant  elle  en  vint  à  s'aviser  du  tour 
que  prenait  l'aventure.  Elle  lâcha  tout  subitement  comme  si  c'eut  été 
du  feu. 


CÔNtES  LAÎ^GUÉDOClENâ  4^9 "^ 

—  Dequ'avès  fach,  madama?  rebequèt  loa  vièl  d'un  er  tout 
estoumacat;  m'aviàs  dich  qu'hou  teniàs  couma  se  deu  !...0h  ! 
pioi,  tant  pis  per  voua  s'hou  avès  laissât  anà  :  iéu  pode  pas 
pagà  vostras  bardoutadas. . .  Chaval  !  e  dises  que  soun  fresses  ?. . . 
Mes  pudissoun  qu*empouisounoun  I  N*en  vole  pas  ges,  quand 
me  lous  dounèsses  !... 

E  la  quitèt  en  plan. 

6.  —  Bèutat 

Quand  Poulit-Mourre  vouguèt  maridà  sa  ûlha  embé  Tainat 
de  mèstre  Ambrôsi,  lapichotasefaguètunpauctiràl*aurelha. 
Aco  se  oompren:  Catarineta  se  capitava  un  poulitgrel,fres- 
cassa,  galharda  e  avenenta,  àloga  que  s'hou  eau  tout  dire, 
l'enfant  de  mèstre  Ambrèsi  le  fasiè  pas  parel. 

—  Dequé  ie  troves  tant  à  redire,  à  toun  nôvie  ?  le  veniè 
Poulit-Mourre. 

—  Mes,  moun  paire,  ie  trove...  ie  trove  qu^es  pas  poulit, 
pardieu!  amai  que  s'en  mancal 


—  Espèce  de  vieux  salel  cria-t-elle.  Ne  vous  gênez  donc  paë?... 
Faudrait-il  pas  encore  vous  tenir  la  chandelle?... 

—  Qu'avez-vous  fait,  Madame?  répliqua  le  vieillard  d'un  air  tout 
ébaubi;  voua  m'aviez  assuré  que  vous  teniez  votre  bout  comme  il 
faut!...  Vous  savez,  c'est  tant  pis  pour  vous  si  les  œufs  sont  cassés  : 
moi,  je  ne  peux  pas  payer  vos  sottes  maladresses....  Ouais!  et  vous 
dites  qu'ils  sont  frais?  ..  Mais  ils  puent,  ils  empestent  vos  œufs!... 
Bèh!  je  n'en  veux  pas,  quand  bien  môme  vous  me  les  donneriez!... 

Et,  bel  et  bien,  il  vous  la  planta  là. 

6.  —  La  Beauté 

Lorsque  Joly-Museau  voulut  marier  sa  fille  au  fils  aîné  de  Maître 
Ambroise,  la  demoiselle  se  fit  un  peu  tirer  l'oreille.  Rien  de  plus  na- 
turel :  Catherine  était  un  beau  brin,  toute  rose,  bien  en  chair,  ave- 
nante au  possible,  tandis  que  le  fils  de  Maître  Ambroise!.  .ça  ne  fai- 
sait guère  le  pendant. 

—  Mais  enfin,  que  trouves-tu  donc  à  redire  à  ton  fiancé  ?  lui  deman- 
dait Jolj-Museau. 

—  Héî  mon  père,  je  trouve...  je  trouve  qu'il  n'est  pas  joli,  pardinel 
Et  de  beaucoup  s'en  faut  !  3  > 


4^6  CONTES  LANGUEDOCIENS 

—  An  !  vai,  foutraleia,  es  pas  poulit  !.«.  Aoo's  bon  per  las 
fennas  d'èstre  poulidas,  mes  un  orne,  saique,  amai  que  siègue 
pas  pus  lourd  qu'un  ase,  n'i*a  be  prou  ?.  . 

(A  suivrej.  Gustave  Tbérond. 


—  Va  !  va,  grosse  nigaude,  il  n'est  pas  joli  !  C'est  bon  pour  les  fem- 
mes d*être  jolies!..  Mais  un  homme,  voyons  :  qu*il  ne  soit  pas  plus 
laid  qu'un  âne,  ça  suffit!... 

6.  Thérond. 

(il  gtdvre). 


AVIS  DE  CONCOURS 


La  Société  archéologique,  scientifique  et  littéraire  de  Béziers,  dans 
la  séance  publique  qu^elle  tiendra  le  jeudi  de  l*Ascension,  21  mai 
1903,  décernera  : 

l"  Une  couronne  de  laurier  en  argent  à  Fauteur  d'un  travail  histo- 
rique, biographique  ou  archéologique  concernant  le  Midi  de  la  France 
écrit,  autant  que  possible,  diaprés  des  documents  originaux  et  accom- 
pagné de  pièces  justificatives. 

2*  Un  rameau  d  olivier  en  argent  à  la  meilleure  pièce  de  vers  en 
langue  néo-romane.  Tous  les  idiomes  du  Midi  de  la  France  sont 
admis  à  concourir. 

3°  Un  ranieau  de  chêne  aussi  en  argent  à  la  meilleure  pièce  de  vers 
français. 

La  Société  pourra  décerner,  en  outre,  des  médailles  de  bronze, 
d'argent  ou  de  vermeil  aux  œuvres  qui  seront  jugées  dignes  de  cette 
distinction. 

Les  œuvres  destinées  au  concours  ne  seront  pas  signées  et  dev vont 
être  adressées  en  double  copie  et  franches  de  port,  avec  un  billet 
cacheté  contenant  le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  avant  le  !•'  avril 
PROCHALX,  terme  de  rigueur,  à  M.  Antonin  Soucaille,  secrétaire  de  la 
Société,  allées  Paul-Riquet,  n®  9. 

Le  programme  détaillé  sera  envoyé  à  toute  personne  qui  en  fera  la 
demande  par  carte  postale  au  secrétaire  de  la  Société. 


BIBLIOGRAPHIE 


COMPTES  RENDUS  CRITIQUES 


Gfegorio  (6.  de)  —  Etimologie,  Estratto  dalla  Miscellanea  linguistica 

in  onore  di  G.  Ascoliy  Torino  1901 

Si  les  patois  &  dialectes  fournissent  toujours  un  champ  fertile  à 
Tétimologiste,  les  mots  appartenant  à  des  langues  littéraires  &  dès 
longtemps  connus  ont  été  tellement  retournés  de  toute  façon  qu*il  est 
bien  difficile  aujourdui  de  trouver  du  nouveau  à  leur  égard  &  que  la 
plupart  de  ceux  dont  Tétimologie  n'est  pas  établie  peuvent  être  consi- 
dérés comme  désespérés.  Grâce  à  la  précision  des  métodes  nou- 
velles on  arrive  assez  fréquemment  à  prouver  que  des  étimologies 
regardées  jusqu'à  présent  comme  douteuses  mais  possibles,  doivent 
être  définitivement  écartées,  mais  souvent  on  n*a  rien  à  mettre  à  la 
place. 

M.  de  Gregorio  étudie  quatre  étimologies  dans  ce  mémoire  :  l^  it. 
biado,  prov.  blatz,  fr.  bléf  etc.  L'auteur  montre  nettement  que  abla^ 
tum  ne  convient  ni  pour  le  sens  ni  pour  la  forme;  du  participe  passé 
de  aufero  on  aurait  pu  arriver  au  sens  de  «c  récolte  »,  mais  il  i  a  loin 
delà  à  la  signification  précise  du  mot  <c  blé»;  d'autre  part  il  serait 
surprenant  qu*il  ne  restât  trace  de  l'a-  initial  dans  aucun  dialecte; 
enfin  *  blatuin  devrait  donner  en  italien  *biatOy  non  biado,  La  foné- 
tique  postule  bladum^  &  l'auteur  note  en  efifet  que  cette  forme  est 
plusieurs  fois  livrée  dans  la  littérature  médiévale;  elle  ne  Test  pour- 
tant pas  à  une  époque  assez  ancienne  pour  avoir  une  autorité  indiscu- 
table. Ce  bladum  serait  d'origine  celtique,  cf.  gall.  blavod  «farine». 
Cette  éiimologie  avait  déjà  été  proposée  par  J.  Grimm,  mais  elle  pré- 
sente auss.  des  difficultés  :  il  n'i  en  a  pas  au  point  de  vue  séman- 
tique, comme  le  montrent  gr.  pg^tv);,  lat.  milium,  lit.  malnos\  mais 
on  ne  peut  expliquer  le  d  que  par  la  forme  du  gallois  moderne  blaiod, 
&  dès  lors  on  ne  se  rend  pas  compte  de  l'extension  de  cette  forme 
dans  toute  la  France  &  presque  toute  Tltalie,  car  le  moyen  gallois  a 
encore  le  t  :  blawly   &  la  forme  celtique  devait  avoir  un<  :  *  blàlo-  ; 


500  BIBLIOGRAPHIE 

bladum  reste  donc  de  nouveau  inexpliqué.  —  2*»  it.  gagliardo^  fr. 
gaillard,  i^rov.galhart,  esp.,  ^ort gallardo.  M.  de  Gregorio  objecte 
à  ceux  qui  voient  à  l'origine  de  ces  mots  un  tème  celtique  *  gala  la 
difficulté  constituée  par  Vt  qui  précède  le  suffixe;  elle  avait  déjà  été 
remarquée.  Il  i  en  a  d'autres,  en  particulier  celle-ci  :  si  le  mot  com- 
mence bien  par  un  g- ,  comme  notre  auteur  le  montre  pour  Titalien» 
&  non  pas  parunta-,  on  ne  comprend  guère  qu'un  mot  d'origine  celtique 
ne  soit  pas  ancien  en  français,  mais  que  cette  langue  ait  dû  l'emprunter 
à  Titalien,  à  l'espagnol  ou  au  moins  au  provençal  ;  on  attend  en  français 
*jaillard,  M.  de  Gregorio  i  voit  un  dérivé  du  nom  de  pays  Gallia  au 
moyen  du  suffixe  -ard,  comme  savoyard  de  Savoie.  On  conçoit  dès 
lors  que  ce  mot  ne  soit  pas  indigène  dans  le  domaine  de  la  Gallia^ 
mais  i  soit  entré  par  emprunt  à  l'italien.  Il  ne  saurait  être  question  d*un 
emprunt  à  l'espagnol,  puisque  cette  langue  ne  connaît  pas  le  suffixe 
-ardo;  ce  vocable  lui  est  donc  sûrement   venu  de   la  France  ou  de 
r Italie.  Quant  à  ce  dernier  pays,  les  Gaulois  i  avaient  la  réputation 
d'être   particulièrement  forts  &  robustes  ;  on  leur  donnait  la  préfé- 
rence comme  gladiateurs.  On  ne  peut  donc  faire  aucune  objection  ni 
fonétiqne  ni  sémantique  à  l'étimologie  du  professeur    oe  Palerme; 
néanmoins  elle  est  indémontrable,   car  il  n'est  pas  impossible  que 
l'italien  ait  emprunté  ce  mot  au  français  &  que  dans  cette  dernière 
langue  il  remonte  à  une  forme  commençant  par  w-,  -^  3**  it.  tovaglia, 
fr.  louaille,  esp,    taalla,  prov.,  port,  loalha.  M.   de  Gregorio   quia 
orreur  des  étimologies  germaniques  avait  proposé  dans  le  premier 
volume  de  ses  Sludi  glottologici  italiani,  p.  159,  de  voir  dans  ce  mot 
un  dérivé  de  tabula  au  moyen  du  suffixe  -alin.  il  renonce  ici  à  cette 
étimologie.  Avec  raison,  car  elle  ne  convenait  ni  pour  la  forme  m 
pour  le  sens.  Il  songe  aujourdui  k*togalia,  dérivé  de  ioga;  mais 
celte  nouvelle  ipotôse  n'est  guère  acceptable   fonétiquement  puisque 
rogare  donne  en  esp.  &  port  rogar  &  en  vfr.  rover,  rouver.  Au  point 
de  vue  sémantique  il  n'i  faut  pas  non  plus  penser  :  le  suffixe  -alta  a  un 
sens  collectif:  ferraille^  rocaille,  grenaille^  ou  péjoratif  :  an/t^ua/Z/e, 
prêiraille,  mangeaille,  dont  l'on  ne  trouve  aucune  trace  dans  uu 
c<  essuie-mains  ».  D'autre  part  le  mot  ioga^  bien  qu'appartenant  à  une 
racine  signifiant  ««couvrir »,  n'avait   guère  en  latin  que  le  sens  très 
particulier  &  très  précis  de  «  toge  »,  si  bien  que  *  logalia  aurait  dû 
désigner  une  «  collection  de   toges  »  ou  une  <f  mauvaise  toge  ».    VA 
même  en  admettant  que  *  togalia  ait  pu  conserver  le  sens  de  la  racine, 
il  resterait  toujours  entre  une  «  couverture  »  &  un  «  essuie-mains  » 
un  abîme  difficile  â  franchir.  Nous  nous  en  tiendrons  donc  avec  Diez 
à  //iiraAya,  jusqu'à  ce  qu'on  ait  trouvé  mieux.  —  4°  fr.  blême.  L'au- 
teur montre  après  d'autres  que  1'  s  est  ancien  dans  vfr.  blesms  &  que 


BIBlIOGBAPHIE  501 

par  conséquenl  Pétimologie  hldmi  est  à  rejeter.  Il  propose  à  son  tour 
hlas[phe)mare  qui  aurait  donné  blesmer,  d*où  le  substantif  verbal 
hlesme.  Pour  le  sens  cette  étiroologie  est  loin  de  slmposer,  &  la  foné- 
tique  ne  saurait  s'en  accommoder  ;  Va  français  entravé  reste  intact 
même  lorsqu'il  est  atone  :  castellu  —  château^  masticare  —  mâcher, 
pasiura  — pâlurCy  raslellu  —  râteau.  Dans  les  mots  où  Tauteur  croit 
citer  des  exemples  d*a  atone  devenu  e  ou  ai  il  s*agit  d*un  a  libre 
ou  suivi  d*une  palatale  :  ces  cas  n*ontrien  à  voir  ici. 

En  résumé  cet  article  contient  des  observations  très  justes»  quel- 
ques-unes définitives,  mais  le  résultat  total  est  plutôt  négatif. 

Maurice  Grammont 


Regnavd  (P).  —  Le  français  quenouille  (ReYue  de  phil.  fr.  &  de  litt., 
XVI,  p.  303-304). 

M.  P.  Regnaud  a  éprouvé  le  besoin  de  s'occuper  du  mot  fr.  que- 
nouille qui  depuis  longtemps  ne  demandait  rien  à  personne.  Cette 
occasion  lui  a  suffi  pour  montrer  en  quelques  lignes  qu'il  n'entendait 
rien  &  l'istoire  des  langues  germaniques  ni  à  celle  des  langues  roma- 
nes. 

Maurice  Grammont. 

Stadi  glotlMogioi  italiani  diretti  da  G.  de  Gregorio.  Vol.  primo  1899 
[246  p.],  lire  10;  vol.  seconde  1901  [308  p.],  lire  12,  Torino,  Lœscher 

C'est  une  nouvelle  revue  de  filologie  romane,  fondée  par  M.  G.  de 
Gregorio,  déjà  connu  par  des  travaux  nombreux  &  importants  à 
divers  titres.  Il  en  a  publié  le  premier  tome  à  Toccasion  du  XIl«  con- 
grès international  des  orientalistes  tenu  à  Rome  en  1899.  Plus  des 
quatre  cinquièmes  du  volume  sont  dus  à  la  plume  du  professeur  de 
Palerme.  II  débute  par  un  long  article  (p.  1-202)  intitulé  Contributi 
alla  etimologia  e  lessicografia  romama  con  ispeciale  considéra- 
tione  ai  vernacoli  siciUani.  Il  passe  en  revue  successivement  608 
«  bases  »  romanes  donnant  à  chaque  fois  les  vocables  des  patois 
siciliens  qui  s'i  rapportent,  discutant  les  étimologies  qui  lui  semblent 
incertaines  &.  en  proposant  parfois  de  nouvelles,  surtout  quand  les 
mots  siciliens  lui  paraissent  jeter  un  jour  nouveau  sur  la  question. 
Cet  article  était  destiné  à  fournir  une  nouvelle  source  à  M.  Kôrting 
pour  la  2*  édition  de  son  dictionnaire,  mais  il  a  paru  trop  tard  pour 
cela  &  ne  sera  utilisable  que  pour  la  3«  édition. 

La  revue  étimologique  est  précédée  de  deux  notes.  Dans  la  seconde 
Tauteur  étudie  les  produits  du  groupe  cl  intervocalique.  Du  moment 
qu'une  occlusive  sourde  intervocalique  reste  intacte  après  l'accent  & 


502  BIBLIOaBÂPHIE 

devient  sonore  devant,  la  loi  de  simétrie  porte  à  attendre  comme  pro- 
duit du  groupe  cl  devant  Taccent  gghi^  puisqu'il  donne  cchi  après. 
Quant  à  gli  qui  apparaît  fréquemment  à  la  place  d*un  ancien  c/,  il  n  en 
est  nulle  part  un  aboutissement  fonétique;il  est  dû  à  un  changement 
italien  de  suffîxes,  fenomène  très  commun  qui  aboutit  au  remplace- 
ment presque  complet  de  certains  suffîxes  rares  par  des  suffixes 
fréquents,  &,  quand  il  8*agit  de  deux  suffîxes  également  répandus,  à 
Tésitation  continuelle  entre  les  deux. 

Dans  la  première  note  M.  de  Gregorio  insinue  que  Ton  est  en  géné> 
rai  trop  porté  à  rechercher  pour  des  mots  romans  une  origine  germa> 
nique  &  qu^un  grand  nombre  detimologies  germaniques  admises  com- 
munément doivent  être  remplacées  par  d'autres  rentrant  dans  le 
domaine  latin  ou  grec.  Cette  téorie  n'a  rien  en  elle-même  qui  puisse 
choquer,  mais  il  faut  voir  les  faits.  Nous  allons  en  faire  une  révision 
rapide  en  les  empruntant,  comme  de  juste,  au  travail  même  que  nous 
avons  sous  les  ieux  :  1®  it.  liscîaref  prov.  lis,  lissar,  fr.  lisse,  lisser,  esp. 
alisar  remonteraient  à*  lixare  ou*  allixare,({yà  ne  convient  ni  pour  le 
sens  ni  pour  la  forme  :  Vx  ne  devenant  pas  ^  en  esp.,  \i,  qui  est  forcé- 
ment bref  dans*  allixare,  ne  pouvant  pas  donner  i  enprov.  ni  enfr. ; 
2°  si  esp.  loco  remonte  à  alucus  (ou  aluccus),  norm.  luquer  n'en  peut 
pas  dépendre  ;  3**  it.  hotiare,  buUare,  fr.  bouter,  esp.,  port.,  prov. 
bokir  remonteraient  à  *  bailere  (de  battuere)  devanu  *  baitare  ;  mais 
le  sens  s'accommode  mal  de  *  baitare  &  la  fonétique  pas  du  tout;  l'a 
de  la  première  sillabe  ne  peut  pas  devenir  o,  malgré  la  labiale, 
comme  le  montrent  surabondamment  les  représentants  réels  de  *  bat. 
tere  &  les  autres  mots  qui  se  trouvent  dans  les  mêmes  conditions; 
4«  it.  imbroccare  «  atteindre  »,  imbroglio  «  embrouillement  »»,  mon- 
tai, sbreccare  «  rompre  »,  etc.  sortiraient  de  gr.  /3p<5;(oç  «  lacet  » 
ou  de  lat.  bolus  «  coup  de  filet  ».  Nous  devons  avouer  que  la  «  ra- 
gione  allotrôpica  »  ne  nous  suffit  pas  pour  admettre  ces  propositions  ; 
5®  fr.  brossCt  prov.  brossa  sortiraient  de  brusca;  mais  ce  brusca, 
qui  avait  Tu  long  à  en  juger  par  les  mots  qui  remontent  sûrement  à 
bruscum,  aurait  donné  en  fr.  *  bruche  ;  6**  it.  cazsa,  fr.  casse  remon- 
teraient à,  *cap^i<7  ;  mais  ce  mot  aurait  donné  caccia;  7°  on  croira 
difficilement  que  ciappa  «  dalle  »  ait  quelque  chose  de  commun  avec 
capulusit  corde  à  nœud  coulant»;  8®  it.  ranco,  rancare,  prov.  raucs, 
vfr.  ranCj  fr.  rancart,  esp.  ranco^  etc.  i;emonteraient  à  crancus  ; 
mais  M  un  crabe  »  n'est  ni  «  estropié  »  ni  «  boiteux  »  &  il  n'i  a  trace 
dans  aucun  de  ces  mots  du  c  initial  ;  fr.  crampe  sortirait  de  la  même 
souche;  mais  d'où  viendrait  le  p  ?  9®  it.  diffalcare,  fr.  défalquer 
esp.  rfe5/a/car  sortiraient  de  de-^falco  defalx(o{i  plutôt  dis-\-falco)  ; 
c'est  l'ancienne  étimologie,  antérieure  à  celle  de   Diez,  &  probable- 


BIBLIOGRAPHIE  503 

ment  la  bonne  ;  10®  sic.  scirari^  vfr.  eschirer^  fr.  déchirer  remonte- 
raient à  discedere^  qui  fonétiquement  ne  convient  en  rien  ni  pour  le  sic, 
ni  pour  le  fr.  (L'observation  que  germ.sAtr-  aurait  donné  en  {v.esquir- 
et  non  pas  eschir-  est  en  outre  erronée,  cf.  shîna  —  échiné)  ;  1 1®  ags. 
east  eortirait  de  lat.  Auguslus  ou,  si  l'on  préfère,  de  lat.  Ausier  ;  on 
eut  étonné  dès  lors  de  ne  pas  trouver  dans  le  même  article  des  éti- 
mologies  analogues  pour  les  trois  autres  points  cardinaux  ;  \2^  i  a- 
t-il  rien  de  moins  comestible  que  la  laichCf  dont  on  ne  fait  guère 
que  de  la  litière  &  du  fumier,  que  la  u  chènevote  (  partie  ligneuse  du 
chanvre)  »,  le  «  chaume  »  ou  les  c  arêtes  de  poisson  » ,  trois  objets 
qui  sont  désignés  par  it.  lisca  ?  Pourtant  M.  de  Gregorio  veut  rap- 
porter laîche  &  lisca  à  lat.  esca;  13®  it.  schiattare,  fr.  éclater  ne 
peuvent  pas  remonter  fonétiquement  à  *  excaptare\  14»  * extravacuare 
rend  difficilement  compte  de  it.  siraccare  &  pour  le  sens  &  pour  la 
forme;  15®  Temprunt  au  germanique  du  mot  désignant  la  couleur 
fauve  n*est  pas  plus  surprenant  que  celui  de  bianco.  D'ailleurs  *  fal- 
vus  aurait  donné*  falvo  comme  salvus  :  salvo^  &  non  falbo  ;  16»  l'éti- 
mologie  yav6;  pour  it.  falà,  fr.  falot  a  déjà  été  proposée  par  Diez. 
Pour  fr.  fanoTiy  vha.  fano  convient  mieux  pour  la  forme  &  pour  le 
sens  que  ^av(i;.  Quant  à  rapporter  sic.  ofanu^  esp.  ufano,  it.  a  tiffo 
au  même  yavoç,  il  n'i  faut  pas  songer  ;  17®  it.  fresco^  fr.  frais^  fraîche^ 
prov.  fresc^  esp.,  port,  fresco  sont  rapportés  à  *  frigescere:  mais  si  la 
brévité  de  IV  s'explique  dans  frigiduSy  il  n'en  est  pas  de  même  pour 
*  frigescere;  18®it.  m^anware,  roum.  ingan,  prov.  enganar,  vfr.  enga- 
ner,  etc.  remonteraient  à //anea;  mais  quel  rapport  sémantique  peut-il 
bien  i  avoir  entre  «  tromper,  moquer  »&«  hutte,  bordel»?  D'autre  part 
fonétiquement  le  double  n  de  Ht.  &  du  fr.  (cf.  Dampr.  rzànâ  =  *  re- 
gannare)  ne  s'explique  pas  par  nj  ;  19®  it.  galopparc,  fr.  galoper 
provenant  de  xa>ôç  -|-  ÎTriroç  se  passe  de  commentaire  ;  20®  it.  laidoj 
fr.  laid  ne  peuvent  pas  remonter  fonétiquement  à  laedo;  21®  it.  lap- 
pare,  fr.  laper,  prov.  lepar  n'ont  rien  de  commun  au  point  de  vue 
sémantique  avec  la  plante  appelée  lappa  ;  2*2®  it.  leccare,  fr.  lécher, 
etc.  reportent  fonétiquement  à  ^lîccare  (cf.  Dampr.  laci),  qui  ne  peut 
pas  sortir  de  *  lingicare;  23®  M.  de  Gregorio  qui  a  proposé  plus  aut 
(cf.  1®)  *  lixare  pour  lisciare  veut  faire  remonter  iciliscio  à  *  liseus.  11 
semble  que  l'auteur  devrait  choisir  lui-même  entre  ses  deux  ipotèses 
ou  au  moins  renvoyer  de  l'une  à  l'autre.  En  tout  cas  la  seconde  ne 
convient  pas  plus  fonétiquement  que  la  première;  24»  it.  malvagio, 
fr.  mauvais,  etc.  sortiraient  de  maie  +  vapidus  ;  mais  si  sapidus  a 
donné  sage  en  fr.,  vapidus  devait  i  donner  *  vage  &  si  sapidus  donne 
sade,  vapidus  devait  donner  *vade  ;  25®  on  ne  saisit  pas  bien  quel 
rapport  il  peut  i  avoir  entre  vfr.  maron  «  guide  à  travers  les  Alpes  », 
fr.  marron  «  chien  du  St-Bemard  »  &  le  premier  élément  de  germ. 


504  BIBLIOGRAPHIE 

marahskalh  qui  veut  dire  «  cheval»;  26*  it.  marchio  «  signe, 
marque  »  n*a  certainement  rien  de  commun  avec  marcus  «  marteau  »  ; 
27*>  quant  à  sic.  marchiggio  <  filouterie  »,  avec  les  noms  de  lieux 
Âîarcanza,  Marcanzotta,  on  ne  conçoit  pas  quel  rapport  ils  peuvent 
avoir  avec  germ.  marha  <l  province  frontière  v.  11  semble  évident  que 
ces  deux  noms  de  lieux  désignent  d'anciens  marchés  et  que  le  nom 
commun  fait  allusion  à  Tabileté  parfois  exagérée  des  commerçants; 
28°  entre  it.  smarrire  «  écarter,  mettre  de  côté  »  &  arab.  marr 
V  corde  »  il  i  a  un  abîme  ;  29<*  le  fait  que  masca  est  attesté  en  moyen 
latin  ne  saurait  en  rien  faire  préjuger  son  origine;  30°  comment  it. 
nocca  peut-il  bien  sortir  de  nucleus  ?  SI*  si  it.  orda^  fr.  ^r(/e remon- 
tent à  ordo,  d'où  vient  Vh  aspiré  en  français  ?  32°  il  i  a  une  grosse 
difficulté  fonétique  à  tirer  it.  predella  d'une  forme  *  pedella  dérivée  de 
pes,  &  d*autre  part  on  ne  voit  pas  comment  un  simple  suffixe  diminutif 
ajouté  kpes  pourrait  avoir  le  don  de  créer  une  forme  signifiant  «  tabou- 
ret, escabeau  »  ;  33°  it.  scfnzznre  ne  peut  en  aucune  façon  venir  sémaxL 
tiquement  de  *  ex-quieliare  ;  il  faut  en  rapprocher  vfr.  esclicier  ;  34° 
fr.  dérober^  it.  rubare^  etc.  remontant  à  robur  ne  supporte  pas  Texamen  ; 
35°  ^fxifn  signifie  ?c  couture  »  &  it.  refe  signifie  «  fil  »,  ce  qui  n'est  pas 
la  njême  chose  ;  &  pourquoi  l'a  grec  serait-il  devenu  e  en  it.  ?  36°  la 
base  qui  a  fourni  it.  zocco,  fr.  souche^  etc.  peut  avoir  été  influencée 
par  soccus\  mais  que  ces  mots  remontent  purement  et  simplement  à 
soccits,  non  pas  ;  37°  pour  it.  tovaglia,  fr.  touaille^  cf.  supra  p.  500; 
38°  tricae  ne  convient  ni  pour  le  sens  ni  pour  la  forme  à  it.  iresca^  fr. 
treschier^  etc.  ;  39° it.  treppiare^  fr.  Ireper^  etc.  ne  peuvent  pas  remonter 
fonétiquement  k* tripediare\  40° que  l'existence  de  lat.  uas,  uadts  lit 
facilité  l'iutroduction  de  germ.  *  wadjan  dans  le  domaine  roman,  est 
un  fait  déjà  mainte  fois  signalé;  mais  qu'un  *uadiare  latin  ait  pu 
donner  xi.go.ggiare^  fr.  gager ^  etc.,  la  fonétique  ne  saurait  l'admettre; 
41°  sUus  au  point  de  vue  du  seus  pourrait  servir  à  désigner  un  omme 
nianéy  mais  on  ne  voit  pas  bien  comment  il  pourrait  s'appliquer  au 
simple  fiancé  que  désigne  le  sic.  zitu.  Quant  à  ail.  3it2e  il  est  évident 
qu'il  ne  convient  en  rien. 

On  vient  de  le  voir  par  cette  rapide  revue,  sur  une  quarantaine 
d'étimologies  antigermaniques  proposées  par  l'auteur,  il  n'i  en  a 
guère  qu'une  qui  soit  acceptable.  Sans  doute  il  en  est  certaines  dont 
le  germanisme  n'est  pas  assuré,  nr.ais  même  pour  celles  là  les  suppo- 
sitions de  M.  de  Gregorio  sont  encore  plus  douteuses.  Nous  avons  tenu 
à  insister  sur  ce  point  pour  ne  pas  laisser  passer  cette  occasion  de 
montrer  combien  il  est  dangereux  de  poser  une  téorie  a  priori  &  de 
violenter  les  faits  pour  la  démontrer. 

Parmi  les  567  autres  numéros   nous  n'en  considérerons  que  quel- 
ques-uns, car  nous   avons  déjà   dé[»assé  les  limites  ordinaires  d'un 


BIBLIOGRAPHIE  S  05 

compte  rendu.  N<»  41  le  fameux  andare,  qui  a  déjà  tant  fait  couler 
d'encre,  remonterait  à  *antedare.  M.  Marchot,  de  son  côté,  a  pro- 
posé la  même  étimologie  (voyez  dans  ces  Studio  t.  11,  p.  114).  Au 
point  de  vue  sémantique  cette  ipotèse  est  aussi  acceptable  que  beau- 
coup d'autres;  mais,  du  moment  que  puUdus  donne  «  putto  >*, 
* putidana  «  puttana  »,   niiidus  «    nett.)   »,    nitidare  «   nettare  », 

*  anlednre  devait  donner  '  aniare.  L'auteur  a  bien  senti  la  difficulté 
&  a  essavé  d'expliquer  la  chute  de  la  sillabe  -te-  par  le  fénomène 
que  nous  avons  nommé  superposition  sillabique  (La  dissimilation, 
p.  147,  sqq.)  ;  mais  il  n'en  peut  pas  être  question  ici,  les  conditions 
requises  n'étant  pas  réalisées  :  il  faut  que  les  éléments  consonanti- 
tiques  des  deux  sillabes  en  jeu  soient  rigoureusement  identiques. 
N°  177  fr.  danger^  vfr.  dangier  s'expliqueraient  mieux,  selon  l'au- 
teur,   par    *  damnaticum  à   cause  du  g  que  par  *  damnarium  ou 

*  dominariuûi.  Eu  réalité  aucune  de  ces  formes  ne  peut  donner 
danger^  qui   remonte,  comme  on  l'a  reconnu  depuis   longtemps,   à 

*  dominiarium  ;  cf.  vfr.  dongier.  N**  244  it.,  esp.,  sic.  frasca  ne  peu- 
vent pas  plus  être  un  substantif  verbal  remontant  à  fragescere  que 
fresco  un  substantif  verbal  remontant  à  *  frigescere  ;  fragescere  n'exis- 
tant pas  en  latin  vulgaire  le  substantif  verbal  serait  ancien  et  aurait 
été  accentué  *  fragésca,  d'où  l'impossibilité  pour  lui  de  donner 
frasca.  Relevons  en  passant  le  rapprochement  de  lat.  frango  avec 
/inyvuut,  qui  constitue  une  erreur  un  peu  grosse.  N^  310  vfr.  laigner^ 
it.  lagnarsi  s'accordent  mal  pour  le  sens  avec  languere  &  ne  peu- 
vent point  s'i  rapporter  fonétiquement.  La  comparaison  avec  les  pro- 
duits de  sangxiinare  (fr.  saigner,  it  segnare)  n'est  pas  soutenable, 
car  sanyuinare  contient  deux  n  dont  le  premier  est  régulièrement 
dissimilé  par  le  second  à  la  fase  *  sangnare^  d'où  '  sagnare.  M.  de 
Gregorio,  dont  la  fonétique  s'accroche  à  tous  les  écueils,  au  risque 
d'i  sombrer,  tire  un  grand  parti  de  ce  sanguinare  ;  il  i  trouve  encore 
le  moyen  d'expliquer  (n®  343)  comment  fr.  moignon  vient  de  mancus. 
Le  croira  qui  voudra.  N»  375  it.  minore^  mina,  fr.  miner,  mine^  etc. 
n'ont  rien  à  voir  ni  pour  lu  forme  ni  pour  le  sens  avec  mînare. 
N®  403  it.,  esp.,  port ,  prov.  nuca,  fr.  nuque  ne  peuvent  pas  davan- 
tage être  rapportés  à  nux  dont  Vu  est  bref.  N**  570  fr.  trogne^  piém. 
Irogno,  trugno  ne  peuvent  pas  sortir  fonétiquement  de  tiuo.  N*»  590 
fr.  virer  ne  peut  pas  non  plus  descendre  de  ueru^  car  Ve  latin  ne 
devient  pas  t  dans  ces  conditions. 

Bornant  ici  notre  révision,  nous  remarquons  que  nous  n'avons 
signalé  d'étimologies  que  pour  les  combattre.  Il  n*en  faudrait  pas 
conclure  que  nous  approuvons  toutes  celles  dont  nous  n'avons  rien 
dit.  Mais  nous  serions  désolé  d'autre  part  que  l'on  crût  devoir  conclure 
de  notre  compte  rendu  que  l'article  de  M.  de  Gregorio  est  dénué  de 


506  BIBLIOGRAPHIE 

valeur.  Il  contient  beaucoup  d^étimologies  qui  sont  très  bonnes  &,  si 
nous  ne  les  avons  pas  signalées,  c'est  parce  que,  obligé  de  nous 
limiter,  nous  ne  pouvions  pas  reprendre  un  à  un  chaque  numéro,  & 
qu'il  nous  a  paru  bon  dès  lors  de  courir  au  plus  pressé,  comme  U 
guide  qui  va  conduire  des  excursionnistes  dans  les  montagnes  com- 
mence par  les  mettre  en  gardi  contre  les  mauvais  chemins,  ceux  qui 
ne  mènent  qu'à  des  abîmes. 

Nous  conclurons  donc  en  toute  sincérité  que  le  travail  de  M.  de 
de  Gregorio,  malgré  l'élasticité  de  sa  sémantique  &  l'indulgence  de 
sa  fonétique,  est  une  précieuse  contribution  à  l'étude  du  vocabulaire 
roman.  Son  principal  mérite  consiste  bien  moins  dans  l'addition  de 
quelques  étimoiogies  nouvelles  à  la  masse  constituant  aujourdui  le 
domaine  commun,  que  dans  l'introduction  dans  ce  domaine  des  dialec- 
tes siciliens  que  l'auteur  connaît  si  bien. 

Le  volume  se  termine  par  une  note  du  môme  savant  (p.  239-244)  a 
propos  d'un  article  de  M.  Ascoli  intitulé  Sopra  un  problema  di 
sintassi  comparata  dialellale.  Il  s'agit  des  expressions  dialectales 
va  chiama^  va  e  chiama,  va  a  chiama.  M.  de  Gregorio  complète  & 
précise  les  faits  d'une  façon  très  intéressante  &  très  suggestive  en  ce 
qui  concerne  les  dialectes  siciliens. 

Entre  ces  deux  travaux  du  directeur  de  la  revue,  nous  avons  à 
signaler  un  article  de  M.  R.  Sabbadini  intitulé  Saggio  di  loponomas- 
tica  delV  isola  delV  Elha,  Cet  essai  plein  de  documents  curieux  & 
précis  fait  souaiter  que  l'auteur  poursuive  ses  recherches  de  topoao- 
mastique  &  en  étende  le  domaine. 

Enfin  M.  M.  La  Via  nous  donne  la  fonétique  du  patois  de  Nicosia  en 
Sicile.  C'est  un  de  ceux  auxquels  a  touché  M.  de  Gregorio  dans  si 
Fonetica  dei  dialetii gallo-italici  di  Sicilia  ;  mais  il  n'était  pas  connu 
dans  son  ensemble.  Nous  en  avons  ici  le  vocalisme  (p.  222-234)  &  le 
consonantisme  vient  de  paraître  dans  le  tome  II,  p.  115-128.  C'est  un 
travail  consciencieux  &  utile,  sans  rien  d'ailleurs  de  particulièrement 
remarquable. 

La  plus  grande  partie  du  tome  II  (186  pages  sur  308)  est  remplie 
par  deux  articles  qui  ne  répondent  pas  au  titre  de  la  revue  :  l'un 
traite  du  parfait  grec  &  l'autre  de  la  langue  éoé.  Nous  connaissons 
d'autres  périodiques  qui  se  sont  rendus  coupables  de  la  même  incon- 
séquence &  nous  croyons  m*me  que  les  Montpelliérains  seraient 
très  malvenus  à  la  reprocher  aux  autres.  D'ailleurs  nous  ne  deman- 
dons jamais  à  un  article  d'où  il  vient  ni  où  il  a  paru,  mais  unique- 
ment ce  qu'il  vaut. 

P.  l-î)l.  E.  La  Terza  :  TraUamento  délia  vocale  radicale  ncl 
tema  del  perfeUo  greco.  Nous  n'avons  rien  trouvé  de  nouveau  daus 
ce  travail,  si  ce  n'est  parfois  des  rapprochements  &  des  assertions 


BIBLIOGRAPHIE  507 

contestables.  C'est  un  recueil  de  formes.  —  P.  93-100.  R.  Sabbadini  : 
Bacimolature  glottologiche.  C'est  une  série  de  petites  notes  filolo- 
giqaes  sur  des  sujets  très  variés  &  sans  aucun  lien  entre  elles  ;  si 
bien  que  dans  Tune  il  est  question  de  Taccent  latin  &  dans  une  autre 
d'un  document  basque  de  la  première  moitié  du  seizième  siècle.  Le 
tout  intéressant.— P.  101-103.  T.  Zanardelli:  Manxpolo  dï  etimologie 
sttl  dialetlo  sardo  antico  e  tnoderno.  Une  poignée  de  bonnes  étimo- 
logies  parmi  lesquelles  nous  signalerons  hardàna  &  buiakésos, 

P.  129-223.  G.  de  Gregorio  :  Sulla  siruUura  délia  lingua  KvK. 
L'Huteur,  qui  s  était  déjà  occupé  des  langues  bantou  [Cenni  di  gloUO' 
logia  hantUy  Torino,  Lœscher,  1882),  a  eu  la  bonne  fortune  d*avoir  à 
sa  disposition  pendant  deux  mois  en  1899  une  caravane  de  60  nègres 
du  Togo  parlant  la  langue  Eve.  Il  en  a  profité  pour  étudier  leur  par- 
ler «S:  recueillir  de  vive  voix  sur  lui  le  plus  de  documents  possible. 
L'Eve  est  indigène  dans  une  région  de  la  Guinée  septentrionale  ayant 
pour  limites  au  sud  TAtlantique,  à  Touest  le  fieuve  Volta,  à  Test  le 
territoire  de  TYoruba  &  au  nord  une  ligne  mal  déterminée.  M.  do 
Gregorio  eu  étudie  rapidement,  mais  avec  précision,  le  vocalisme  & 
le  consonantisine,  puis  il  passe  à  la  formation  des  mots  et  au  méca- 
nisme de  la  langue.  C'est  à  partir  de  ce  moment  que  les  idées  per- 
sonnelles de  Tauteur  se  font  jour,  &  aussi  son  but  qui  est  particulière- 
ment de  montrer  que  TEvé  est  une  langue  bantou. 

Aucun  de  ses  arguments  ne  nous  a  paru  décisif.  Il  nous  indique  lui- 
même  que  les  traits  caractéristiques  du  bantou  sont  au  nombre  de 
quatre,  &  il  les  énumère.  Mais  il  s'empresse  d'ajouter  que  pour  deux 
de  ces  purticularitcs  aucun  parallèle  ne  peut  être  établi  entre  l'Eve  & 
le  bantou  :  c'est  déjà  un  mauvais  son  de  cloche  pour  sa  téorie.  Des 
deux  autres,  l'une  est  que  les  pronoms  sont  dérivés  des  préfixes  des 
noms.  Dans  la  langue  Eve  ce  serait  le  contraire,  puisque,  d*après  l'au- 
teur même,  ce  seraient  les  préfixes  qui  seraient  sortis  des  pronoms. 
Mais  ce  dernier  point  même  n*est  pas  sans  prêter  largeinont  à  la  dis- 
cussion. Le  préfixe  a-  serait  un  ancien  article  déterminatif  ou  pro- 
nom démonstratif,  dont  la  forme  ancienne  &  complète  serait  la.  Au 
point  de  vue  sémantique  il  n'i  a  rien  à  opposer  à  cette  etimologie, 
puisqu'en  fait  ce  préfixe  apparaît  dans  des  mots  de  sens  très  variés 
sans  en  modifier  en  rien  la  signification, &  peut  même  disparaître  sans 
changement  appréciable.  Ceci  est  d'ailleurs  quelque  peu  en  contradiction 
avec  une  téorie  de  l'auteur  suivant  laquelle  il  n'i  aurait  pas  de  préfixes 
proprement  dits  dans  la  langue  Eve,  mais  seulement  des  mots  ayant 
chacun  sa  signification  propre  &  la  gardant  nettement  en  composition. 
Mais,  pour  l'étimologie,  qu'est-ce  qui  peut  nous  porter  à  croire  que 
cet  a-  est  un  débris  d'un  ancien  /a,  puisqu'il  u'apparait  dans  aucun 
mot  sous  cette  forme  ?  Et   d'une    manière   générale  quelle  peut  bien 


508  BIBLIOGRAPHIE 

être  la  valeur  d^une  étimologie  dans  une  langue  qui  n*a  pa9  d^istoire, 
dont  aucun  état  antérieur  n^est  connu  &  dont  la  parenté  n*est  pas 
déterminée?  Que  vaudrait  une  dissertation  étimologique  sur  Taiticle 
français  le  sans  la  connaissance  du  latin  ou  des  autres  langues  roma- 
nes? Ne  pourrait-on  pas  dire  avec  autant  de  vraisemblance  que  U 
protèse  ce-  du  grec,  qui  elle  aussi  apparaît  ou  disparaît  sans  rien 
changer  à  la  signification,  est  un  débris  de  Tarticle  ou  pronom  dé- 
monstratif râ?  Le  préfixe  e-,  qui  de  nouveau  se  présente  dans  des 
mots  de  significations  très  diverses  sans  i  rien  changer  &  lui  aussi 
tantôt  apparaît  tantôt  disparaît,  serait  originairement  le  pronom  per- 
sonnel de  la  troisième  personne  du  singulier  eye,  e-  ;  on  ne  voit  pas 
trop  ce  que  ce  pronom  personnel  serait  venu  faire  en  tête  de  substantifs. 
Serait-il  plus  ardi  de  supposer  que  Taugraent  homérique  è-,  qui  lui 
aussi  apparaît  d'une  manière  intermittente,  est  le  pronom  personnel 
de  la  troisième  personne  s?  La  différence  d*accentuation  ne  constitue 
pas  la  moindre  difficulté.  Le  troisième  et  dernier  préfixe,  nu,  e$t, 
d'après  Tauteur  même,  non  pas  un  pronom,  mais  un  substantif  signi- 
fiant «  chose  ». 

L'autre  caractéristique  du  bantou,  c'est  que  les  noms  i  sont  répar- 
tis en  classes  ou  genres  déterminés  par  les  divers  préfixes.  11  n*en  est 
pas  de  même  en  Eve,  puisqu^à  côté  des  mots  qui  ont  le  préfixe  a-  & 
de  ceux  qui  ont  le  préfixe  e-,  il  i  a  les  mêmes  mots  sans  piéfixe, 
puis  les  mots  formés  au  moyen  de  suffixes,  les  substantifs  formés  par 
rédupHcation,  &  enfin  ceux  qui  ne  sont  formés  d'aucune  des  manières 
précédentes. 

11  i  aurait  aussi  quelques  coïncidences  lexicologîques  entre  T^vé  & 
le  bantou;  mais  elles  sont  rares  &  fort  contestables  :  ce  serait  Eve 
me  «  dans  »  en  Cafre  mu^  ii  «  arbre,  plante  »  en  Eve  &  en  bantou, 
puis  les  mots  voulant  dire  «  boire,  crier,  marcher,  oreille,  bras,  trois, 
quatre  ».  Il  i  a  tout  lieu  de  croire  que  ce  sont  là  de  simples  rencon- 
tres dues  au  asard,  car  on  en  peut  trouver  autant  ou  davantage  entre 
deux  langues  quelconques  n'ayant  entre  elles  aucun  lien  de  parenté. 
Notons  d'abord  que  pour  ces  cinq  derniers  mots  le  rapport  n'est  pas 
bien  frappant;  comparons  l'Eve  avec  une  langue  bantou,  le  Mpongvcé. 
«  Boire  »  se  dit  nu  en  E.  eiyonga  en  Mp.,  «  crier  i>  se  dit  kli  en  E. 
&  lena  en  Mp  ,  «  marcher  »  se  àxide  en  E.  &  genda  en  Mp.,  «  oreille  «> 
se  dit  to  en  E.  &  oroi  en  Mp. ,  «  bras  »  se  dit  aho  en  E.  &  ogo  en 
Mp.,  «  trois  »  se  dit  alo  en  E.  &  raro  en  Mp.,  «  quatre  »  se  dit  ene 
en  E.  &  nai  en  Mp.  En  feuilletant  rapidement  le  vocabulaire  Eve  &  le 
vocabulaire  grec,  on  i  trouverait  des  rapports  beaucoup  plus  nom- 
breux &  plus  frappants.  D'abord  Eve  me  «  dans  »  &  gr.  cv,  entre 
lesquels  il  n'i  a  de  différence  que  la  métatèse,  fénomène  des  plus  cou- 
rants dans  toutes  les  langues  quand  une  sonante  est  en  jeu,  &  l'échange 


BlBLIOGtlÂÏ^HlE  50^ 

de  n  avec  m  précisément  comme  dans  le  mot  *<  boire  »  en  Pokomo 
nwa  &  en  Senna  mioa  ;  puie  les  mots  Eve  addu  «  dent  »  gr.  o(?oûç, 
E.  acUisi  «  larme  »  gr.  ^abepv,  E.  aya  «  vent  »  gr.  âiQ^Ax,  E.  toe-deka 
«  onze  »  gr.  Mithol,  E.  haton  «  120  »  gr.  ixarei»  «  100  »,  E.  eg- 
hana  «  il  vint  »  gr.  f^atvt,  E.  m  àxo  «  moi  j'aurai  »  gr.  I;^w 
«  j*ai  »,  E.  edeti  «  palme  ».  edehu  «  dattier  »  gr.  ^axrvXoç,  E. 
nu-AoAtotf  «  rire  »  gr.  xa;^îlâÇ»,  E.  «x**^  **  lance  »  gr.  lyx^^^  K** 
bantou  chaque  classe  de  noms  a  une  forme  particulière  de  pluriel 
déterminée  par  le  préfixe  ;  en  Eve  tous  les  pluriels  sont  formés  au 
moyen  du  suffixe  u.  Le  bantou  forme  un  génitif,  un  datif  et  un  ablatif 
au  moyen  de  préfixes  spéciaux  ;  TEvé  ne  connait  rien  d'analogue.  En 
Cafre  Tadjectif  s'accorde  au  moyen  de  préfixes  avec  le  substantif 
auquel  il  se  rapporte  ;  en  Eve  il  reste  invariable  En  Cafre  les  troisiè- 
mes personnes  des  temps  ont  douze  formes  difiérentes  suivant  leur 
sujet  ;  en  Eve  elles  sont  invariables. 

Nous  bornerons  là  ces  observations  que  Ton  pourrait  multiplier. 
Elles  ont  suffisamment  fait  comprendre,  à  notre  sens,  qu'en  voulant 
établir  que  TEvé  est  une  langue  bantou,  M.  de  Gregorio  a  démontré 
le  contraire.  Avec  les  arguments  dont  il  sesert  on  rattacherait  beau- 
coup plus  aisément  au  bantou  la  langue  d*Homère  que  celle  du  Togo. 
Mais  si  nous  avons  discuté  longuementcet  article  au  lieu  de  le  passer 
sous  silence  ou  d'en  indiquer  seulement  le  sujet,  c'est  que,  abstraction 
faite  des  téories  qu'il  contient,  il  reste  une  contribution  très  précise  & 
très  précieuse  à  l'étude  de  la  langue  Eve. 

P.  225-238  G.  de  Gregorio  e  Chr.  F.  Seybold  :  Sugli  elemenii 
arabi  net  dialeito  e  nella  toponomastica  deU'isola  di  Paniellerxa. 
Le  parler  de  l'Ile  de  Pantelleria  n'a  jamais  été  jusqu'à  présent  l'objet 
d'un  travail  scientifique  sérieux.  C'est  un  dialecte  sicilien  avec  un 
mélange  considérable  d*arabe,  dans  lequel  la  plupart  des  dialectes 
italiens  ont  pénétré  et  laissé  des  traces.  Les  deux  collaborateurs  ont 
isolé  dans  cette  langue  particulièrement  intéressante  l'élément  arabe  et 
en  ont  étudié  l'étimologie.  U  est  à  souaiter  qu'on  recueille  bientôt  ce 
parler  dans  son  ensemble.  —  P.  239-245  M.  Niedermann  ;  Das  rer- 
sehreihen.  On  a  enfin  reconnu  (on  i  a  mis  sept  ans)  que  les  fénomènes 
de  dissimilation,  assimilation,  métatèse,  etc.  n'étaient  pas  des  acci- 
dents dus  au  asard,  mais  répondaient  à  des  lois  qui  leur  sont  propres. 
On  a  compris  également  qu'ils  n'étaient  pas  accessoires  et  négligea- 
bles dans  le  développement  des  langues,  mais  i  jouaient  un  rôle  capi- 
tal. MM.  Meringer  &  Meyer  avaient  étudié  les  fautes  de  ce  genre 
que  l'on  fait  en  parlant  &en  lisant;  M.  Niedermann  nous  donne  ici  des 
exemples  très  précis  de  celles  que  l'on  fait  en  écrivant.  Il  les  a  extrai- 
tes de  33  dictées  faites  à  16  écolières.  On  trouverait  des  faits  analo- 
gues dans  les  fautes  commises  par  les  scribes  dans  les  manuscrita 


510  BIBLIOGRAPHIE 

qu*ils  nous  ont  laissés.  Elles  ont  été  depuis  longtemps  cataloguées 
parles  fîlologues,  mais  les  linguistes  ne  les  ont  pas  encore  mises  en 
lumière.  On  pourrait  aussi  tirer  parti  des  fautes  que  font  les  composi- 
teurs d'imprimerie.  —  P.  248-301  G.  de  Gregorio  :  Ancora  per  il 
principio  délia  varietà  di  origine  dei  dialetii  gallo-italici  di  Sicilia. 
L'auteur,  qui  s*est  fait  une  spécialité  de  Tétude  des  dialectes  gallo- 
italiens  de  Sicile,  ajoute  a  ses  données  précédentes  un  nombre  consi- 
dérable de  mots  appartenant  aux  parlera  de  San  Fratello,  de  Piazza  & 
deNicosia.  11  en  donne  autant  que  possible  Tétimologie,  ou  renvoie, 
quand  il  i  a  lieu,  aux  numéros  de  ses  ConirihuU  qui  ouvrent  le  pre- 
mier volume  de  ces  Studi.  L'importance  de  cette  étude  se  dénonce 
d'elle-même.  L'article  se  termine  par  une  nouvelle  discussion  sur  Tori- 
gine  de  ces  dialectes.  Les  opinions  émises  dès  1897  à  ce  sujet  par 
M.  de  Gregorio  ont  été  contestées  par  M  Salvioni  qui  a  essayé  de 
leur  en  substituer  d'autres.  La  chose  est  devenue  entre  les  deux  sa- 
vants une  sorte  de  querelle  personnelle.  Pour  traiter  la  question  il  serait 
nécessaire  de  sortir  de  ce  volume  &  de  reprendre  successivement  les  di- 
vers articles  que  les  deux  champions  lui  ont  consacrés  ;  mais  nous  ne 
pourrions  le  faire  , que  le  jour  ou  les  passions  seront  apaisév^s.  La 
science  n'a  point  de  patrie;  à  plus  forte  raison  les  affaires  de  cha- 
pelle ou  de  sentiments  doivent-elles  lui  être  étrangères.  L'umanité  a 
l'œil  fixé  sur  les  savants  et  épie  les  résultats  de  leurs  recherches  ; 
mais  ce  qu'elle  attend  d  eux,  ce  sont  uniquement  des  faits  exacts, 
des  découvertes  précises,  des  démonstrations  rigoureuses,  le  tout  im- 
personnel. 
Ces  deux  volumes  font  scuaiter  que  le  troisième  paraisse  en  1903. 

Maurice  Grammont. 


Paul  et  Victor  Glachani.  —  Un  laboratoire  draniatitrgique.  Essai 
critique  sur  le  théâtre  de  Victor  Hugo.  Les  drames  m  vers  de  f époque 
et  de  la  formule  romantique  (1827-1839).  —  Paris,  Hachette,  1902, 
in-16,  3.50. 

Dans  un  volume  paru  en  1899  et  qui  portait  pour  titre:  Papiers 
d'autrefois^  MM.  P.  et  V.  Glachant  ont  donné  de  précieux  détails 
sur  les  manuscrits  de  Victor  Hugo,  leur  aspect,  leur  chronologie,  ce 
qu'ils  nous  apprennent  des  procédés  de  travail  du  grand  poète.  Com- 
me l'a  dit  M.  Fagiiet,  ils  nous  ont  fait  pénétrer  dans  le  laboratoire  où 
ont  été  préparées  tant  d'œuvres  admirables  ou  curieuses.  Mais  com- 
ment, une  fois  entrés  dans  ce  laboratoire,  se  résigner  à  en  sortit* 
sans  avoir  tout  vu,  tout  examiné,  tout  compris?  Cédant  aux  désirs 
des  lettrés  et  des  travailleurs,  l'un  des  auteurs  de  Papiers  d'autrefois 
a  donc  publié  dans  la  Revue  universitaire  des  études  critiques   sur 


wblïographïe  bu 

divers  poèmes  de  Victor  Hugo;  et  voici  que  tons  deux  ontentreprîs  et 
commencent  à  donner  au  public  une  étude  complote  sur  ses  manuscrits 
dramatiques. 

Uouvrage  formera  deux  volumes,  dont  le  second  étudiera  les  drames 
en  prose  et  ceux  des  drames  en  vers  (les  Burgraves,  le  Théâtre  en 
liberté)  pour  lesquels  le  poète  a  cédé  à  une  inspiration  épique  ou 
fantaisiste.  C'est  donc  aux  drames  en  vers  de  l'époque  et  de  la  formule 
romantique  que  le  premier  volume  est  consacré  :  à  Cromwell,  à  Ma- 
rion  de  Lorme,  à  Hernani,  au  Roi  s'amuse,  à  Ruy  Blas  et  aux  Ju- 
meaux.  Je  ne  mentionne  pas  Topera  la  Esmeralda,  parce  que  le 
manusciit  en  est  perdu. 

11  est  fâcheux  que,  des  six  manuscrits  ainsi  dépouillés  par  MM.  Gla- 
chant,  un  seul  (celui  de  Hevnani)  soit  le  brouillon  môme  du  poète  ^ 
Les  cinq  autres  sont  des  copies  autographes,  qui  nous  dérobent  toute 
une  partie,  très  importante,  du  travail  d*abord  fait  par  le  dramaturge. 
Mais,  même  quand  il  a  une  fois  mis  au  net  son  texte,  un  Victor  Hugo 
ne  se  lasse  pas  de  le  revoir  et  de  le  remanier  :  les  observations  faites 
par  MM.  Glacbant  sont  donc,  malgré  tout,  fort  instructives. 

Elles  nous  renseignent  d'abord  sur  la  façon  même  dont  le  poôle 
conçoit  son  œuvre.  Cromvoell  est  une  pièce  encore  classique,  où  Fau- 
teur, inexpérimenté,  a  usé  et  abusé  des  procédés  traditionnels^  Hugo, 
en  se  relisant,  s'est  efforcé  d'être  plus  romantique,  et  il  a  cherché 
des  traits  plaisants  pour  en  rehausser  un  fond  sérieux  (acte  111, 
se.  6  et  9).  De  même,  en  écrivant  les  œuvres  suivantes,  Hugo  ou- 
bliait quelquefois  ses  théories  et  négligeait  de  mêler  le  plaisant  au 
tragique  :  il  se  ravisait  alors  après  coup  et  ajoutait  des  épisodes  bouf- 
fons [Ruy  Blas,  I,  5  et  H,  1  ;  Hernani,  passim),  —  D'autres  fois, 
au  contraire,  c'est  la  hardiesse  et  le  romantisme  qui  étaient  d*abord 
outrés  :  Hugo  y  remédiait  de  son  mieux,  et  supprimait  un  dialogue 
scabreux  dans  Marion  de  Lorme  (V,  2),  ou  diminuait  la  dose  du 
réalisme  brutal  au  dénouement  de  Hernani.  —  Des  remaniements 
plus  importants  sont  visibles  dans  les  manuscrits  :  le  premier  et  le 
dernier  acte  ont  été  tout  transformés  dans  Hernani\  pour  Marion  de 
Lorme  il  y  a  eu  un  plan  primitif  que  Hugo  a  abandonné,  mais  qu'il 
nous  révèle  dans  quelques  notes;  et  nous  avons  d'autres  indications 
de  ce  genre,  par  exemple  pour  Ruy  Blas.  —  D'utiles  jeux  de  scène, 
sur  lesquels  les  éditions  ne  nous  renseignent  pas,  nous  sont  aussi 
révélés  par  le  manuscrit  du  Roi  s^amuse. 

Comment  Hugo  attaquait-il  la  rédaction  de  son  œuvre  ?  A  la  façon 
de  Lamartine  et  surtout  d'André  Chénier.  11  écrivait  un  bref  canevas 

U  Quelques  feuilles  sont  aussi  restées  du  brouillon  de  Ruy  Blas.' 


biè  Bibliographie 

en  prose,  où  brusquement  venaient  se  placer  quelques  vers  très 
expressifs,  sortes  de  noyaux  de  cristallisation  autour  desquels 
devaient  se  former  les  développements  exigés  parle  sujet:  MM.  Gla- 
chant  citent  un  de  ces  curieux  canevas  au  quatrième  acte  de  Ruy 
Blas. 

Son  texte  une  fois  écrit,  Hugo  poète  épique  ou  lyrique  Tamplifiait 
en  intercalant  çà  et  là  des  idées  ou  des  développements  secondaires, 
au  risque  de  donner  au  tout  une  étendue  démesurée.  Hugo  poète  dra- 
matique ne  peut  s'empêcher  de  procéder  de  même,  et  ses  additions 
sont  parfois  excellentes  (voy.  p.  ex.  Cromvoell^  p.  105).  Mais  la  patience 
d*un  public  de  théâtre  est  facile  à  lasser,  et  Hugo  ne  Toublie  pas  au- 
tant qu'on  pourrait  le  croire.  Il  coupe,  il  taille,  il  retranche,  avec  un 
courage  d'autant  plus  méritoire  que  les  morceaux  supprimés  sont  par- 
fois charmants  (voy.  un  long  fragment  inédit  de  Marion  de  Lorme, 
p.  177-181  ;  voy.  aussi  p.  246).  Seulement,  il  se  réserve  de  porter 
ailleurs  ce  qu'il  n'a  pu  utiliser  ici  ou  là  (voy.  p.  178,  n.  2;  \91  ;  201  ; 
207,  n.  1  ;  254  ;  375,  n.  1,  etc.)  :  il  n'est  pas  jusqu'à  ces  deux  rimes 
excellence^  silence^  qui,  supprimées  de  Marion  de  Lorme,  essayées 
puis  biffées  dans  Hernani,  ne  finissent  par  se  caser  dans  les  Bar- 
graves  (voy.  p.  190,  n.  1). 

Sur  ^s  corrections  de  détail  de  Victor  Hugo  il  y  aurait  lieu  d'insis- 
ter, si  une  étude  de  ce  genre  ne  demandait  trop  de  place,  et  s'il  ne  valait 
mieux  renvoyer  au  riche  recueil  de  variantes  qu'ont  donné  MM.  G  la- 
chant.  Hugo  retournait  un  vers  en  tous  sens,  changeait  jnsqu'à  cinq 
fois  une  expression,  et  se  conteutait  rarement  de  ce  qu'il  avait  écrit. 
Son  goût,  d'ailleurs,  à  cet  égard  était  très  sûr,  et  lui  qui  gâtait  volon- 
tiers un  ensemble  par  ses  aiditions,  améliorait  presque  toujours  le 
détail  par  ses  retouches. 

Quel  dommage  qu'un  écrivain  si  soigneux  soit  lu  dans  des  éditions 
si  négligées!  L'édition  dite  définitive  est  remplie  de  fautes  mons- 
trueuses, et  MM.  Glachant  n'ont  pas  rendu  à  leur  auteur  un  petit 
service  en  relevant  un  grand  nombre  de  ces  erreurs. 

Le  livre  de  MM.  Glachant  commence  par  une  introduction  sur  les 
manuscrits  dramatiques  de  Victor  Hugo*  et  se  termine  par  une  très 
intéressante  note  sur  Victor  Hugo  et  la  musique. 


*  N'y  a-t-il  pas  quelque  contradiction  entre  la  page  33  :  t  On  verra 
que,  selon  le  sujet  qu'il  traite,  il  se  fait  de  son  système  dramatique  une 
idée  très  variable  »  et  la  pa^^e  43  :  «  A  chaque  sujet  qu'il  traite,  il  se 
sent  ramener,  parla  force  des  choses,  aux  mêmes  situations...  »  ? 

La  «  gracieuse  parabole  b  des  deux  vers  de  Dante,  dont  l'un  se  déclare 
périssable  pendant  que  l'autre  se  sent  immortel,  est  citée  d'après  R.  Les- 
clide  et  0.  Rivet  :  elle  se  trouve  aussi,  en  prose  dans  le  Post-scriptum 


âIâLlOGBÂt>HlÊ  ^13 

Ai-je  donné  une  idée  de  tout  ce  qu*on  peut  trouver  dans  cet  ou- 
vrage? Non  certes,  et  la  mine  peut  être  creusée  en  bien  des  sens  que 
je  n*ai  môme  pas  indiqués.  Aussi  soubaitons-nous  que  le  second  volume 
paraisse  bientôt  et  que  les  deux  auteurs  entreprennent  sur  les  recueils 
lyriques,  épiques  et  satiriques  du  poète  les  études  analogues  qu*ils 
jugent  avec  raison  indispensables. 

Eugène  Riqal. 


A.  Joannidés.  —  La  Comédie-Française  de  1680  «  1900,  dictionnaire 
général  des  pièces  et  des  auteurs.  Avec  une  préface  de  Jules  Claretie... 
Ouvrage  accompagné  de  dix-neuf  fac-similés,  —  Paris^  Plon-NoutTÎt 
et  Cie,  1901,  gr,  8o. 

Il  y  a  quelques  années,  nous  avons  rendu  compte  ici  même  d'un 
ouvrage  de  M.  Soubies  qui  portait  ce  titre:  La  Comédie- Française 
depuis  Vépoque  romantique  (1825-1894).  Dans  de  lumineux  ta- 
bleaux, M.  Soubies  nous  avait  montré  quelles  pièces  la  Maison  de 
Molière  avait  représentées  tous  les  ans  pendant  près  des  trois-quarts 
du  XIX«  siècle  et  combien  de  fois  elle  îes  avait  représentées.  Ce  travail 
était  fort  instructif  et  avait  coûté  de  longues  recherches. 

Beaucoup  plus  instructif  et  beaucoup  plus  méritoire  encore  est 
Touvrage  que  nous  donne  M.  Joannidés,  un  «  jeune  bénédictin  »  — 
cor.  me  l'appelle  ajuste  titre  M.  Claretie  —,  qui,  né  à  Manchester  de 
parents  grecs,  s*est,  dès  son  arrivée  à  Paris,  pris  d'une  affection  vive 
et  singulièrement  agissante  pour  le  premier  théAtre  littéraire  de  la 
France.  Avec  un  soin  et  une  patience  fort  louables,  il  a  reconstitué 
toute  rhistoirc  de  la  Comédie-Française  depuis  sa  fondation  officielle 
en  1680  jusqu'au  d€i  nier  jour  duXlX»  siècle.  Pas  un  auteur,  pas  une 
pièce,  pas  un  à-propos  en  vers  ou  en  prose,  pas  une  date  n'ont  été 
omis. 

Dans  ce  riche  répertoire  on  trouve  :  une  Table  alphabétique  des 
pièces  avec  la  date  de  leur  première  représentation;  —  une  Table 
alphabétique  des  auteurs  ;  —  un  Tableau  chronologique  des  pièces 
avec  le  nombre  des  représentations  pour  chaque  année  (les  pièces  nou- 
velles sont  signalées  par  des  italiques);  —  divers  appendices  men- 
tionnant les  représentations  données  par  la  Comédie- Française  à 
rOdéon.  en  province,  à  Londres,  etc.;  —  enfin  de  très  intéressants 
fac-similés,  depuis  le  frontispice  du  vénérable  registre  commencé  à 


de  ma  vie  (De  la  vie  et  de  la  mort)^  en  vers  dans  Religions  et  Reliyion 
(IV);  et,  chose  curieuse,  elle  a  été  développée  par  M.  Haraucourt  dans 
sts  Poèmes   du  temps  passé  (VImmottalite), 

33 


^U  âlBLlOGRAÏ^mc 

THôtel  de  Guénégaud,  le  30  avril  1680  Jusqu'au  bulletin  de  réouver- 
ture de  la  nouvelle  salle  le  29  décembre  1900.  —  N'oublions  pas  les 
curieux  tableaux  où  M.  Jotinnidès  a  lésumé  Tbistoire  du  répertoire  de 
Corneille,  de  Molièie,  de  Racine,  de  Regnard,  de  Marivaux,  de  Beau- 
loarcbais,  de  Hugo,  de  Musset,  d'Augier  et  de  Dumas fiis. 

A  quelles  importantes  études  se  prête  un  dictionnaire  aussi  détaille 
et  aussi  sûr  que  celui  de  M.  Joannidès,  on  lo  devine  sans  que  nous 
ayons  à  le  prouver  longuement.  Nous  nous  contenterons  de  quelques 
brèves  indications. 

1.  Vous  vous  dites  que  ce  le  Français  né  malin  »  et  à  qui  Rabelais  n'a 
pas  eu  de  peine  à  persuader  que  u  rire  était  le  propre  de  l'homme  »»  a 
sans  doute  préféré  la  comédie  aux  pièces  sérieuses  ?  —  Vous  avez 
raison.  Molière,  à  lui  tout  seul,  a  été  représenté  20290  fois,  beaucoup 
plus  que  Corneille,  Racine  et  Voltaire  réunis,  puisque  Corneille  a  été 
représenté  4717  fois,  Racine  6270  et  Voltaire  395'3.  Encore  laissè- 
je  à  l'actif  des  ces  tragiques  les  représentations  de  leurs  comédies: 
or  le  Menteur  a  été  joué  650  fois,  plus  que  toute  autre  pièce  de 
Corneille,  le  Cid  excepté; /es  Plaideurs  ont  été  joués  1219  fois, 
400  fois  de  plus  qu'il  ndromaque^  800  de  plus  qyiA  Uialie  ou  que  Bajazel; 
et  Naninemètne  (qui  le  croirait?)  a  été  jouée  presque  autant  quAlzire. 
—  En  cette  affaire,  d'ailleurs,  rien  n'est  plus  caractéristique  que  le 
succès  de  Regnard.  Avec  ses  5262  représentations,  il  a  tenu  l'affiche 
beaucoup  plus  que  Voltaire,  plus  que  corneille,  plus  que  Racine  poète 
tragique. 

2.  Le  succès  de  nos  grands  classiques  n'a  pas  toujours  été  égale- 
ment soutenu,  et  le  goût  public  leur  a  été,  selon  les  temps,  plus  ou 
moins  favorable.  Le  Cid  est  joué  7  fois  par  an  en  moyenne  de  1701  à 
1720;il  l'est  moins  de  2  fois  de  1751  à  1770;  7  fois  de  nouveau  de 
1801  à  1820;  moins  de2fois  de  1851  à  1870.  Andromaque  subit  des 
fluctuations  analogues:  près  de  6  fois  de  1701  à  1720;  1  fois  1/2 
de  1751  à  1780;  6  fois  1/2  de  1801  à  1820  ;  moins  de  2  fois  de  1851 
à  1870.  Il  n'est  sans  doute  pas  besoin  d'autres  chiffres  pour  se  con- 
vaincre qu'à  la  fin  du  règne  de  Louis  XV  et  pendant  tout  le  règne  de 
Napoléon  III  il  y  avait  quelque  incompatibilité  entre  l'esprit  public  et 
l'ar  tragique. 

3.  Les  meilleures  pièces  de  nos  grands  auteurs  se  classent  aujour- 
d'hui pour  nous  dans  un  certain  ordre,  qui  n'a  pas  toujours  été,  tant 
s'en  faut,  l'ordre  accepté  par  les  siècles  précédents,  et  qui,  pour  des 
raison  d'ordre  scénique,  peut  aussi  ne  pas  rendre  compte  des  succès 
relatifs  obtenus  au  théâtre.  Il  nous  paraît  que  Polyeucic  est  le  chef- 
d'œuvre  de  Corneille;  or  Polyeucte n'est  par  le  nombre  de  ses  repré- 
sentations (418)  que  la  cinquième  pièce  de  son  auteur:  inférieure  an 
Ctd  (919),  au  Menteur  (650),  à  Cinna  (619J,  à  Horace  {586),  k  peine 


fiIBLiOftRAPHlË  bià 

supérieure  à  Rodogune  (396);  et  pendant  34  ans  (de  1790  à  1802,  de 
1819  à  1839)  cette  tragédie  n'a  pas  été  jouée  une  seule  fois.  —  Les 
pièces  de  Racine  les  plus  représentées,  après  les  Plaideurs,  sont 
Phèdre,  Andromaque,  IphigéniCy  BrUannicus,  Mithridaie,  Athalie 
vient  bien  loin  après  Briiannicus  (457  contre  707),  et  Bérénice  n'a 
qu'un  nombre  fort  restreint  de  représentations(  156)  :  pendant  plus 
d'un  siècle,  de  1791  à  1892,  elle  n*a  été  jouée  que  6  fois.  —  Enfin  le 
triomphe  de  Regnard  n'est  ni  avec  les  Ménechmes  (532),  ni  avec 
le  Joueur  (817),  ni  avec  le  Légataire  (925),  mais  avec  les  Folies 
amoureuses  (  1 039^. 

4.  Ajoutons  que  les  belles  œuvres  disparaissent  du  répertoire  pour 
y  reparaître  plus  ou  moins  longtemps  après  :  i^o^^une  est  jouée 
9  fois  de  1861  à  1867,  après  quoi  il  n'en  sera  plus  question  jusqu'en 
1902;  Nicomède  paraît  4  fois  en  1861:  quand  le  reverra-t-onà /a 
Comédie  ? 

5.  Les  premières  comédies  ou  tragi  comédies  de  Corneille  étaient 
mortes  pour  la  scèoe  bien  avant  1680.  D'autres  pièces  ont  disparu 
depuis  un  peu  plus  ou  un  peu  moins  de  deux  siècles:  Agésilas,  An- 
dromède,  Attila,  Œdipe,  Othon,  Sophonisbe,  la  Toison  d'or,  les 
Amants  magnifiques.  Des  fantaisies  plus  ou  moins  heureuses  ont  fait 
reparaître  l'Illusion  comique  en  1861  (12  représentations),  Médée  en 
1868  (6  représentations  de  fragments),  la  Suite  du  Menteur  qui 
certes  méritait  un  meilleur  sort,  en  1807  (7  représentations),  rfon  Gar- 
de de  Navarre,  en  1871  (2  représentations  du  second  acte),  Mélicerte 
en  1864  (3  repré-îcntations),  Alexandre  le  Grand  en  1866  (une 
représentation  d'un  acte),  la  Thébaïde  en  1864  (2  représentations  de 
3  actes). 

6.  Pour  ne  pas  multiplier  ici  les  chiffres,  je  note  sommairement 
quelle  lumière  peut  jaillir  du  dictionnaire  de  M.  Joannidès  sur  les 
luttes  dramatiques  du  passé.  Commençant  en  1680,  le  Tableau 
chronologique  ne  nous  éclaire  malheureusement  pas  sur  les  luttes 
entre  le  théâtre  de  Molière  et  celui  de  l'Hôtel  de  Bourgogne  entre 
Corneille  et  Racine,  entre  Racine  et  Pradon  (encore  ai-je  tort  de 
m'exprimer  d'une  façon  aussi  absolue,  car  il  est  intéressant  de  cons- 
tater  qu'en  1680,  trois  ans  après  la  bataille  des  deux  Phèdres,  celle  de 
Racine  poursuit  sa  triomphante  carrière,  tandis  que  celle  de  Pradon 
est  désormais  et  pour  toujours  inconnue.  Mais  que  ne  peut  nous 
apprendre  ce  Tableau  sur  les  rivalités  de  Voltaire  et  de  Crébillon, 
des  classiques  et  des  romantiques,  de  l'école  romantique  et  de 
r«  Ecole  du  bon  sens  «...  !  11  est  vrai  que,  pour  le  XlXe  siècle  iiu 
dictionnaire  de  la  Comédie- Française  ne  nous  suffit  plus:  il  nous 
en  faudrait  d'autres  bientôt,  et,  en  premier  lieu,  un  dictionnaire  de 
rOdéon. 


516  BlâL10ÛRAt>Hl£ 

7.  S'il  est  fort  instructif  de  voir  combien  de  fois  il  est  arrivé  à  une 
œuvre  de  premier  ordre  d'être  tenue  en  échec  par  une  œuvre  médio- 
cre ou  même  mauvaise,  il  ne  Test  pas  moins  de  constater  comment, 
plus  ou  moins  vite,  une  sélection  se  fait,  et  comment,  dans  le  vaste 
cimetière  de  Tart  dramatique,  quelques  belles  œuvres  restent  debout. 
Les  chefs-d'œuvre  de  Corneille,  vers  1640,  étaient  par  tous  mis  en 
balance  avec  les  pièces  de  vingt  ou  trente  dramaturges  applaudis. 
Cherchez  ce  quesont  devenus  quarante  ans  plus  tard  les  Scudéry,  les 
Claveret,  les  Mairet,  les  Maréchal,  les  Baro,  les  Beusserade,  les 
Durval,  les  Chevreau,  les  La  Calprenède,  les  Guerin  de  Bouscal,  et 
tant  d'autres  !  Le  nom  de  Boisrobert  quitte  l'affiche  en  1683,  celui  de 
Tristan  THermite  en  1703,  celui  de  Desmarets  en  1716>  celui  de  du 
K}-er  en  1747  ;  seul  Hotrou  obtient  quelques  rares  représentations 
au  XIX^  siècle  avec  son  Venceslas,  postérieur  aux  grandes  tragédies 
de  Corneille  et  certainement  iuspiré  par  elles. 

Nous  pourrions  poursuivre  ces   observations  ;  mais  on    voit  déjà 

quel  sérieux  intérêt  ofire  le  volume  de  M.  Joannidès.    Les  volumes 

annuels  que  le  jeune  auteur  se  propose  de  publier  sur  la  vie  de  la 

Comédie- Française  au  XX«  siècle  lui  gagneront  plus  que  celui-ci  la 

faveur  du  grand  public;  dès  à  présent,  c'est  la  reconnaissance  des 

travailleurs  qui  lui  est  acquise. 

Eugène  Kioal. 

Les  cahiet's  d'un  bibliophile.  —  Le  Parasite^  la  Mariane^  la  Mort  de 
Sénèque^  de  Tristan  rHermite,  p.  p.  Edmond  Girard.  —  En  la  Mai- 
son des  Poètes,  42,  rue  Mathurin  Régnier,  Paris. 

Tristan  THermite  n'a  pas  été  un  homme  heureux  ;  mais,  comme 
son  mérite  était  grand,  de  bonnes  fortunes  lui  sont  cependant  échues 
pendant  sa  vie  et  après  sa  mort.  Quelques-unes  de  ses  pièces  ont  eu 
un  vif  succès  en  leur  nouveauté  ,  surtout  La  Afariane,  qui,  en  1636, 
a  éclipsé  Médée,  et,  eu  1637,  ne  s'est  pas  laissé  écraser  par  Le  C'uL 
Quand  la  Comédie- Française  s'est  fondée,  deux  pièces  du  poète,  mort 
depuis  vingt-cinq  ans,  ont  figuié  au  lépertoire.  Le  Parasite  et  La 
Mariant  ;  et  cetie  ilernière  n'a  disparu  de  1  affiche  qu'en  1703,  encore 
y  a-t-elle   été    bientôt   remplacée   par  deux    contrefaçons  ;  celle  de 
l'abbé  Nadal  ei  celle   de   Voltaire.   Presque  oublié  ensuite  pendant 
près  d'un  siècle,  Tristan  a  eu  coup  sur  coup  plusieurs  bouhtuis  :  en 
1875,  M.  Fournel  a  publié  son  Parasite,  avec  quelques  coupures,  au 
tome  111  de  ses  Contemporains  de  Molière  ;  en  1897,  sa  Mariane  a  été 
jouée  à  rOdéon  avec  uue  décoration  fidèlement  imitée  de  la  décora- 
tion ong  liule  ;  en  1900,   enfin,  M.   Edmond  Girard  a  entrepris  une 
foi  t  luxueuse  édition  de  toute  son  œuvre  dramatique. 


BIBLIOGRAPHIE  517 

Trois  pièces  ont  paru  :  Le  Parante,  La  Afariane,  La  Mort  de  Séné- 
que  ;  une  quatrième  a  commencé  à  paraître  :  La  Folie  du  Sage,  Tant 
qu*elle  n'est  point  terminée,  nous  ne  dirons  rien  de  cette  dernière. 

Beau  papier  aux  amples  marges,  impression  nette,  caractères  agréa- 
bles et  qui  rappellent  ceux  des  éditions  originales,  reproduction  page 
par  page  et  comme  en  fac-similé  de  certaines  éditions  avec  collation 
des  autres  (ou  tout  nu  moins  des  principales),  tout  est  fait  pour  char- 
mer les  bibliophiles  dans  les  «  cahiers  »  que  Mlle  Lucie  Girard  imprime 
à  deux  cents  exemplaires  numérotés,  et  qu  elle  enferme  dans  de  jolis 
étuis  spéciaux.  Les  érudits  aussi  seront  reconnaissants  à  Téditeur  ; 
seulement  ils  auront  à  formuler  do  petites  réserves,  et  je  vais  essayer 
de  les  formuler  à  leur  place. 

Pour  des  réimpressions  de  ce  genre  deux  méthodes  sont  admissibles 
entre  lesquelles  il  faut  choisir.  Ou  bien  on  reproduit  le  texte  d'une 
édition  déterminée  avec  une  exactitude  scrupuleuse,  et  en  gardant 
même  les  fautes  les  plus  évidentes,  sauf  à  signaler  dans  un  appen- 
dice les  variantes  des  autres  éditions.  Ou  bien  —  et  ceci  me  parait 
préférable  — ,  tout  en  reproduisant  la  physionomie  du  texte  ,  on 
le  corrige  d'après  d'autres  éditions  ou  d'après  les  règles,  sagement 
appliquées,  de  la  critique:  les  leçons  authentiques  sont,  en  appen- 
dice, fidèlement  signalées  aux  lecteurs.  M.  Girard  a  choisi  d'abord 
la  première  méthode  ,  et  il  a  imprimé  sciemment  Lonare  pour 
Zonare  dans  Y  Avertissement  au  lecteur  de  Mariane,  il  a  gardé  deux 
Scène  deuxiesme  au  troisième  acte  de  la  même  tragédie;  mais  il 
s'est  ravisé  ensuite,  et  il  a  introduit  des  corrections  dans  les  vers  de 
La  Mort  de  Sénèque, 

Examinons  d'abord  cette  pièce.  Les  corrections  des  pages  14  et  20 
(préférer  au  lieu  de  prêter ,  violer  b.\i  lieu  de  viiyder)  sont  excellentes  ; 
à  la  p.  54,  c'est  évidemment  le  texte  de  1646,  choisi  par  M.  Girard, 
qui  est  le  bon  : 

Mais  iuge  de  mon  cœur  et  non  pas  de  mon  stile. 

En  revanche,  la  correction  de  la  p.  117  : 

Quoy  !  nous  ne  verrons  plus  cette  perle  de  Cour  ! 

(au  lieu  àe  perte)  ne  me  paraît  pas  heureuse  :  l'expression  est  bien 
alambiquée.  Le  manuscrit  devait  porter  «  peste  de  Cour  »,  façon  de 
parler  fréquente,  et  l'imprimeur  a  changé  inconsciemment  le  texte, 
sous  l'influence  du  mot  perdu  qui  est  au  vers  suivant 

Pour  le  vers  de  la  p.  60,  que  M.  Girard  n'a  pas  osé  corriger  : 

Ce  songe  absolument  sont  de  vaines  menaces, 


518  BIBLIOGRAPHIE 

je  propose  : 

Les  songes  bien  souvent  sont  de  vaines  menaces  ; 

la  confusion   des  majuscules  C  et  L  est  fréquente,  Vs  finale  de  aoii- 
ges  aura  été  prise  pour  un  a,  Vê  longue  de  sotivent  pour  un  L 

En  outre,  des  corrections  s'imposaient  dans  la  ponctuation  de  cer- 
tains vers  (p.  5,  v.  2,  pas  de  point  final  ;  p.  48,  v.  16,  pas  de  point 
d'interrogation  ;  p.  66,  v.  12,  un  point  d'interrogation  est  néces- 
saire). 

Dans  la  bibliographie  de  Mariane^  M.  Girard  a  été  bien  inspiré  en 
reproduisant  les  variantes  que  lui  fournissait  le  manuscrit  original. 
Mais  il  eût  fallu  aussi,  puisqu*on  ne  corrigeait  pas  le  texte  de  1644, 
signaler  quelques  fautes  de  ce  texte,  auxquelles  le  manuscrit  ne 
remédie  pas  (à  vrai  dire,  plusieurs  sont  peut-être  des  fautes  de  la 
réimpression  nouvelle  *)  : 

P.  25  :         Tousiours  les  vieux  Hircane  et  mon  frère  meurtris 
pour  :  le  vieux  ; 

P.  51  :  eile  brave^  pour  elle  brave  ; 

P.  78  :  le  suis  à  la  punir  instement  animé 

pour  :  iustement  ; 

P.  99  :        le  n'en  sçaurois  douter,  et  ie  ne  la  sçaurois  croire 
pour  :  et  ne  la  sçaurois  croire. 

Voici  des  fautes  du  Parasite^  qu'il  importait  de  corriger  ou  de 
signaler  :  p.  5  :  toute  à  Fheure,  pour  tout  à  Vheure  ;  p.  6,  ces  affec- 
tions^ pour  ne»  affections  ;  p.  8:  médecins  pour  médecines  (en  rime  avec 
racines)  ;  p.  16  : 

Lescher  encor  le  plat  n'as-tu  pas  acheué  ? 

pour  Lescher  encor  leplat!;  p.  35  :  dsssouSy  pour  dessous  ;  p.  38  :  Elle 
ne  te  liait  pas ^  pour  Elle  ne  te  liait  pas  ;  p.  45  : 

Toy  qui  sur  mon  malheur  est  si  digne  de  blâme  ? 

pour  es  si  digne  ;  p.  54  : 

Il  faudroit  bien  le  prendre,  où  tout  seroit  perdu 

ï  Voici,  au  reste,  des  coquHlea  qui  appartiennent  sans  conteste  à  l'édi- 
tion Girard  :  p.  128  fin  :  Page  11,  pour  Page  12  ;  p.  130  : 

Pherore^  mon  mérite  a  la  faible  d'Alcide 

pour  le  foible  ;  p.  1 40  :  Page  181 ,  pour  Page  101  ;  ibid.  :  Perdant  Ic^ 
sent  imens  ^^^o\xv  Les  sentiment  ;\i.iki  -.Quelle  affreuse  montagne,  pour  Quelle. 


BIBLIOGRAPHIE  »19 

pour  :  ou  tout  seroit perdu  ;  p.  57  : 

Poltron,  examine  si  ie  fentens    encore 

pour  :  Poltron  examiné,  ai  ie  t'entens  encore,,,  !  D'ailleurs,  cette 
correction  ne  me  satisfait  encore  qu'à  moitié,  car  poltron  examiné 
signifierait  ici  :  «  poltron  incontesté  »,  et  je  ne  sais  si  cette  interpré- 
tation est  possible.  En  tout  cas,  une  explication  n*eût  pas  été  de 
trop. 

P.  108,  Taparté:  «  Ha!  que  i'en  suis  rauie!  »  ne  peut  appartenir  à 
Lisandre,  puisque  le  participe  est  au  féminin  (en  rime  avec  vie),  11 
faut  le  restituer  à  Phénice  ou  à  Lucinde. 

Et  enfin,  il  est  d'autres  cas  où  de  brèves  explications  seraient 
utiles.  En  lisant  cette  phrase  àeVepietre  :  <«  Vous  auez  receu  les  erres 
de  tout  ce  bien,  dès  Theure  de  vostre  naissance  »,  tout  le  monde 
comprendra-t  il  que  erreê  est  une  autre  forme  du  mot  ari'hes  ?  —  En 
lisant  ce  vers  de  la  p.  72  : 

Est- il  poste  eâ'ronté  qui  le  soit  à  ce  point  ? 

se  rappellera-t-on  le  sens  du  mot  poste  ?  «  On  appelle  populaire 
ment  un  petit  poste  (dit  Furetière)  un  garçon  vif  et  éveillé  qui  aime 
à  courir,  qui  ne  peut  tenir  en  place.  »  —  N'est-il  pas  bon,  à  la  p.  78, 
de  remarquer  que  croyez  se  prononçait  souvent  crayez^  ce  qui  a  per- 
mis le  jeu  de  mots  de  Phénice  : 

Si  vous  ne  le  croyez,  charbonnez-le  bon  homme. 

—  Est-il  supei'flu  de  dire  qu'à  la  p.  94  : 

le  veux  que  d'un  leuier  on  m'herne  comme  un  chien. 

herne  est  sans  doute  une  mauvaise  graphie  pour  erne,  du  verbe 
emer,  esrener,  c.-àd.  éreinter  ?  —  A  la  p.  113,  au  sujet  du  vers  de 
Fripesauces  : 

Cet  emprunteur  de  noms  se  doit  appeler  Charle, 

il  était  bon  de  citer  les  Curiosités  d'Oudin  :  «  Vous  estes  un  Charles^ 
par  allusion  de  Charlatan ^  i  «  un  discoureur,  un  abuseur  par  belles 
paroles  »,  vulg.  »  —  L'exclamation  de  la  p.  140:  Vos  fortes  fleures 
mules  (en  rime  avec  ridicules)  paraît  être  une  combinaison  de  deux 
imprécations  :  vos  fortes  fièvres  I  et  vos  maies  mules  I  (dans  Rabelais, 
les  mules  sont  des  engelures)  ;  mais  il  n'y  a  certes  là  rien  d'évident. 

Toutes  ces  taches  sont  bien  excusables  ;  mais  j'ai  tenu  à  les  rele- 
ver, pour  que  M.  Edmond  Girard  rende  plus  profitables  encore  ses 
précieuses  réimpressions. 

Eugène  RiGAL. 


520  BIBLIOGRAPHIE 

Ernest  Dapny.  ^  La  jeunesse  de  Victor  Hugo,  brochure  in- 18  jésos, 
1  fr.  50,  1902.  Société  française  d'Imprimerie  et  de  Librairie. 

Henri  d' Aimeras.  —  Avant  la  gloire,  leurs  débuts,  première  et  deuxième 
série,  2  vol.  in-18  jésus,  à  3fr.50, 190i-1903.  JOid. 

Sur  Victor  Hugo,  l'homme  et  le  poète,  M.  Krnest  Dupuj  avait 
publié  un  ouvrage  éloquent,  plein  de  vues  ingénieuses,  auquel  on  ne 
pouvait  reprocher  qu'un  plan  un  peu  factice  et  un  enthousiasme  peut- 
être  trop  constant.  Le  centenaire  de  Victor  Hugo,  qui  était  pour  le 
critique  une  excellente  occasion  de  revenir  sur  son  poète  favori,  lui  a 
inspiré,  outre  un  article  de  la  Revue  de  Paris,  une  conférence  faite  à 
l'Ecole  normale  d'institutrices  de  Fontenay;  et  c'est  cette  conférence 
qui,  développée  par  endroits,  a  paru  en  brochure  sous  ce  titre  :  La 
jeunesse  de  Victor  Hugo, 

Il  serait,  d'ailleurs,  impossible,  si  l'auteur  ne  nous  le  disait,  de 
deviner  que  cette  savante,  délicate  et  impartiale  étude  a  été  d'abord 
une  manifestation  oratoire.  Après  avoir  pratiqué  des  fouilles  heureu- 
ses dans  les  archives  de  l'Académie  Française,  après  8*être  entouré 
de  documents  peu  connus  ou  inédits,  après  avoir  établi  avec  soin  la 
chronologie  des  premières  œuvres  de  Hugo  et  des  œuvres  contem- 
poraines, M.  Dupuy  a  suivi  le  poote  depuis  son  premier  concours 
académique  en  1817  jusqu'à  sou  triomphe  d'Hernani  en  1830,  et  il 
a  signalé  nettement  les  influences  qu'il  a  subies,  les  événements  qui 
ont  déterminé  la  direction  de  sa  pensée,  les  amis  et  les  disciples 
qu'il  a  groupes  autour  de  lui,  les  changements  et  les  progrès  qui  se 
sont  marqués  dans  ses  productions.  Chemin  faisant,  il  a  rectifie  des 
dires  de  M.  Biré,  semé  des  remarques  intéressantes,  cité  des  arti- 
cles curieux  du  Conservateur  littéraire  et  de  la  Muse  française, 

La  jeunesse  de  Victor  Hugo  est,  à  coup  sûr,  une  des  meilleures 
études  qu'ait  suscitées  le  centenaire  du  grand  poète. 

M.  d'Alméras  a-t-il  voulu  épargner  aux  Dupuys  de  l'avenir  la 
peine  de  déterrer  les  premières  œuvres  de  nos  auteurs  célèbres  et  de 
retrouver  les  traces  de  leurs  efforts,  voire  de  leurs  souffrances  avant 
qu'aient  lui  pour  eux  les  premiers  rayons  de  la  gloire,  plus  doux 
(comme  l'on  sait)  que  les  premier  feux  de  l'aurore?  En  tous  cas,  les 
érudits,  dans  cinquante  ans,  lui  devront  des  renseignements  précieux 
et  des  indications  qu'il  leur  eût  été  bien  difficile  de  se  procurer 
sans  ce  guide  informé  et  aimable.  M.  d'Alméras  a  lu  pour  eux  force 
livres  oubliés;  il  a  feuilleté  les  collections,  assez  courtes  générale- 
ment, mais  innombrables,  des  revues  et  des  journaux  où  se  sont 
déposés  depuis  un  demi-siècle  la  prose  et  les  vers  des  aspirants  à  la 
gloire  littéraire;  il  a  interrogé,  sans  se  croire  obligé  de  les  croire 
sur  parole,  tous  ceux  qui  pouvaient  rendre  plus  riches  et  plus  sûres 


BIBLIOGRAPHIE  ^21 

ses  notices.  Il  nous  a  ainsi  appris  quantité  de  faits  caractéristiques  ; 
il  nous  a  montré  quelle  destinée  curieuse  avaient  eu  des  livres,  que 
nous  croyons  avoir  toujours  été  estimés  ou  méprisés  parce  qu'ils 
sont  estimés  ou  méprisés  aujourd'hui  ;  ils  nous  a  cité  des  textes  inté- 
ressants, dont  parfois  on  ne  connaissait  que  les  titres,  dont  souvent 
on  ignorait  même  qu'ils  eussent  existé. 

Sous  ce  titre  :  Avant  la  gloire^  c'est  la  période  la  plus  obscure  de 
la  vie  de  nos  auteurs,  celle  sur  laquelle  eux-mêmes  font  le  moins 
volontiers  la  lumière,  qu'il  a  étudiée  avec  patience  et  racontée  avec 
verve.  Dumas  fils  jusqu'à  la  Dame  aux  Camélias,  Vallès  jusqu'à  Jac- 
ques VingtraSf  les  Goncourt  jusqu'à  l'échec  utile  à^ Henriette  Mare- 
chalj  Daudet  jusqu'à  Fromont  jeune,  Coppée  jusqu'au  Basant,  Halévy 
jusqu'à  la  Belle  Hélène^  Anatole  France  jusqu'à  Thaïs,  Bourget  ]\X9' 
qnk  Cruelle  JSnigme.  Loti  jusqu'à  Pécheurs  d'Islande.,.,  telle  est  la 
matière  de  ses  articles.  Le  moment  où  l'écrivain  commence  à  être 
connu  de  tous  est  rarement  celui  où  il  commence  à  mériter  de  l'être, 
et  il  y  a  là  matière  à  réflexions  ;  il  arrive  même  que  ce  soit  celui  où 
il  commence  à  mériter  l'oubli,  et  ceci  est  plus  digne  de  réflexions 
encore,  a  A  cette  nouvelle  école  —  dit  M.  d'Alraéras  en  parlant  des 
décadents  —  ...  il  fallait  un  chef.  On  prit  Verlaine  qui  était  disponible 
C'est  de  cette  époque  que  date  sa  véritable  réputation.  11  devint  célèbre 
le  jour  où,  vieilli,  fatigué,  épave  littéraire  transformée  en  drapeau,  il 
commença,  après  avoir  eu  du  génie,  à  ne  pas  avoir  de  talent.  » 

Si  je  nomme  quelques  autres  auteurs  étudiés  par  M.  d'Alméras 
(Montépin,  Malot.  Ohnet,  Philibert  Audebrand,  Ranc,  Drumont, 
Bergerat),  on  se  demandera  si  les  érudits  de  l'avenir  auront  vr.^iment 
affaire  de  tout  ce  qu'on  leur  donne  ici,  et  si  le  mot  de  ghii'e  n'est  pas 
un  peu  bien  retentissant.  Mais  M.  d'.Alméras  reconnaît  lui-même  qu'il 
a  pris  le  mot  de  glo're  parce  qu'il  était  le  plus  commode,  non  parce 
qu'il  était  le  plus  juste  :  notoriété,  succès  eussent  été  plus  exacts, 
seulement  ils  eussent  aussi  été  plus  ternes.  Et  quant  aux  érudits  de 
l'avenir,  qu'importe  que  tout  ne  les  intéresse  pas  dans  ces  articles, 
pourvu  que  nous  y  trouvions  nous-mêmes  utilité  et  agrément? 

Au  reste,  il  faut  distinguer  entre  les  deux  séries  de  Avant  la 
gloire,  La  première  est  consacrée  surtout  à  des  auteurs  de  livres,  la 
seconde  à  des  journalistes  (Rochefort,  Henry  Maret,  Paul  de  Cassa- 
gnac,  Clemenceau)  ;  et,  si  ce  doit  être  la  moins  durable,  ce  n'est  pas 
la  moins  piquante  ;  il  y  a  de  l'esprit  dans  la  notice  sur  Bergerat,  et 
il  y  a  de  l'éloquence  dans  la  notice  sur  Clénjenceau.  La  méthode 
même  de  l'auteur  a  changé  d'un  volume  à  l'autre.  «Élargissant  à  des- 
sein le  cadre  de  mes  biographies  —  dit  M.  d'Alméras  —  j'essaie  de 
multiplier  autant  que  possible  les  anecdotes  et  les  portraits  »  :  et 
voici,  en  effet,  l'histoire   du    Magasin  littéraire  à  propos  de  Charles 


522  BIBLIOGRAPHIE 

Foley  (l),  l'histoire  de  Pierrot  à  propos  de  Paal  Margueritte,  celle 
d^AIezandre  Dumas  père  directeur  de  théâtre  à  propos  de  Jules 
Verne. 

Nous  en  plaindrons-nous?  pas  plus  que  de  voir  examiner  certains 
faits  (le  rôle  de  Clemenceau  au  18  mars,  par  exemple)  avec  un  détail 
que  le  premier  volume  ne  connaissait  point.  Nous  aurions  plutôt 
envie  de  discuter  certains  jugements  de  M.  d*Alméras,  de  lui  signa- 
ler les  lacunes  d*une  Bibliographie  fort  utile  (rien  sur  Halévj  et  Ma- 
let, un  seul  titre  de  Jules  Verne...),  de  lui  demander  un  peu  plus  de 
chronologie  précise  çà  et  là,  de  lui  reprocher  des  plaisanteries  trop 
faciles  et  trop  répétées  (sur  le  baccalauréat,  notamment),  qu'il  pou- 
vait laisser  à  de  moins  riches  que  lui  en  esprit  véritable.  Mais  ce  ne 
sont  là  que  des  détails,  sur  lesquels  il  y  aurait  mauvais  goût  à  insis- 
ter. Les  études  de  M.  d*Aiméras  sont  à  la  fois  amusantes  et  sérieu- 
ses, elles  plairont  aux  lecteurs  frivoles  et  elles  serviront  aux  travail- 
leurs :  on  ne  peut  qu'engager  Tauteur  à  les  poursuivre. 

Eugène  RiGAL. 


R.  Birbiera.  —  La  principessa  Belgiojoso,  i  suoi  amici  e  nemici,  il  suo 
tempo.  —  Un  vol.  in- 12.  Milan,  Trêves,  1902. 

L'auteur  des  Figure  e  Figurine  del  secolo  chi  muore  et  du  Salotto 
délia  coiitessa  Maffei  vient  de  publier  une  nouvelle  étude  d'histoire 
politique,  sociale  et  littéraire,  consacrée  à  la  célèbre  princesse  Belgio- 
joso  qui,  de  1808  à  1871,  a  rempli  de  son  nom  et  de  ses  aventures 
l'Italie  et  Paris.  Cristina  Trivulzio  a  trouvé  en  lui  le  biographe  qu'elle 
méritait,  bien  documenté,  bien  informé  de  maint  détail  que  Ton  com- 
mence à  peine  à  pouvoir  écrire,  et  en  même  temps  plein  de  sympathie 
et  d'admiration.  La  vie  de  cette  belle  et  célèbre  milanaise  a  été  si 
étroitement  liée  au  progrès  de  l'indépendance  italienne  et  la  formation 
de  la  jeune  monarchie,  qu'elle  dépasse  les  mesures  et  Tintérét  d'une 
biographie  féminine  pour  être  un  chapitre  véritable  de  l'histoire  de 

(1)  Pape  245,  et  non  145,  comme  il  est  dit  à  la  Table  des  noms  et 
titres.  Disons  en  passant  que  les  fautes  d'impression  sont  trop  nom- 
breuses, au  moins  dans  le  premier  volume:  liaymond  Kalbris,  p.  186: 
les  Rougon-AfacAarf/,  p.  1%;  Serge  Pneani,  p.  242,  etc.  —  Le  sixi<>me 
des  vers  cités  p.  14,  le  troisième  et  le  quatrième  des  vers  cités  p.  83, 
sont  faux.  —  11  y  a  aussi  quelques  négligences  de  rédaction:  t.  I, 
p.  6,  i>  Régent  Musiel^  commencé  le  31  mars  1851,  terminé  le  11  mai 
suivant,  est  le  roman  le  plus  rapidement  écrit  du  siècle  ;  six  pages  plus 
loin,  on  voit  que  La  Dame  aux  Camélias  a  été  écrite  en  quinze 
jours. 


BIBLIOGRAPHIE  523 

ritalie  contemporaine,  et,  tout  en  traçant  un  portrait  véiidique  de 
80Q  héroïne,  Tauteur  a  su  écrire  ce  chapitre-là.  De  la  froide  et  tiiste 
Casa  Trivulzio  au  palais  Belgiojoeo,  à  Milan,  du  mariage  à  la  sépa- 
ration et  à  )a  fuite  de  la  princesse,  il  la  suit  dans  ses  relations  mon- 
daines et  aristocratiques,  puis  dans  ses  rapports  de  conspiration  et 
d'intrigues  avec  la  Giovane  Italia  et  dans  son  exil  à  Paris,  où  elle 
devient  une  des  figures  représentatives,  une  des  incarnations  les  plus 
acclamées  et  aimées  de  son  pays.  Kxilée  et  centre  de  la  société  exilée, 
la  princesse  devient  journaliste  en  fondant  la  Gazzetta  Italiana,  en 
collaborant  à  la  Revue  des  Deux  Mondes,  en  écrivant  le  Crociato;  elle 
devient  condottiere  en  organisant  à  Naples  un  bataillon  de  deux  cents 
volontaires,  infirmière  au  siège  de  Rome  ;  elle  voyage  en  Orient, 
manque  d'v  être  assassinée,  rentre  en  France,  puis  en  Italie,  se 
trouve  à  Turin  et  y  rencontre  Cavour,  à  la  veille  de  la  guerre  de  1839, 
qu'elle  préconise,  écrit  en  prophète  autant  qu'en  historien  L'histoire 
de  la  maison  de  Savoie,  et  achève  à  Blevio  (sur  le  lac  de  Corne)  et  à 
Milan,  une  carrière  mouvementée  et  romanesque,  une  vie  sinon 
très  longue,  du  moins  pleine  de  sensations  et  d'aventures. 

La  princesse  Belgiojoso  a  rencontré  et  côtoyé,  dans  cette  existence 
diverse  et  accidentée,   un   grand  nombre  de  littérateurs  français  et 
italiens,  et  c'est  par  où  le  livre  de  M.  Barbiera,  si  important  à  tant 
d'égards,   nous   intéresse   ici   particulièrement.    Filippo    Buonarotti, 
Terenzio   Mamiani,    Nicolô    Tommaseo,    V.    Gioberti,    G.    Ferrari, 
Massari,  Sirtori,  Bellini,  Pellegrino  Rossi,  ont  été  ses  hôtes  à  Paris; 
elle  y  a  connu  ou  rencontré  Thiers,  Lafayette,  Lamennais^  Musset, 
Henri  Heine,  Mignet,  Aug.  Thierry,  Chopin,  Delacroix,  Hugo,  Dumas 
père.  Chateaubriand,  Barbier,  la  comtesse  d'Agoult  (Daniel  Stem)  et 
tant  d^autres  personnages  illustres  ou  notoires.  On  sait  que  Balzac 
crut  reconnaître  en  elle  le  modèle  de  la  duchesse  Sanseverina  de  la 
Chartreuse  de  Parme.  Stendhal  lui  déclara,  il  est  vrai,  qu'il  se  trompait, 
mais  cette  dénégation  de  Stendhal  n'est  pas  très  convaincante.  On  sait 
aussi  quels  furent  ses  sentiments  [>our  Mignet,  et  je  regrette  de  n'avoir 
pas  retrouvé  ici  l'histoire  de  la  célé'jre  messe  de  réconcilia tton^  dévo- 
tement écoutée  par  les   deux  amants  après  je  ne  sais  quelle  brouille 
passagère.  Mais,  à  défaut  de  celle-là,   bien   d'autres   anecdotes   se 
rencontrent  dans  ce  livre,  utiles  ou  curieuses  pour  l'histoire  littéraire 
de  la  France  au  XIX*  siècle,  et  plus  encore  pour  l'histoire  des  rela- 
tions d'idées  et  de  sentiments  franco-italiens,  de  1830  à  1850:  «  Per- 
sonne, a  dit  M.  Hanotaux,  ne  fît   plus  qu'elle,  eu   France,   pour  la 
propagation  de  l'idée  italienne  >'.  Sur  son  rôle  et  sur  ses  contempo- 
rains, le  livre  de  M.  Barbiera,  sans  eue  peut-être  aussi  complet  et 
surtout  aussi  précis  qu'il  aurait  été  nécessaire,  abonde  en  renseigne  • 
ments  de  première  main,  parfois  puisés  à  des  traditions  orales  et  à 


624  BIBLIOGRAPHIE 

des  sources  inédites  :  il  sera  des  plus   utiles,  et  il  fort  amusant 

à  lire. 

L.-G.  Pblissibb. 


PERIODIQUES 

RoMANiA,  XXXI,  1  (janvier  1902)-  P.  1.  A.  Thomas.  Problèmes 
étymologiques.  I.  Caillou,  [Suppose  •  cac^at?M5,  et  noa  *  caclagas  ^ 
comme  le  veut  M.Schuchardt  (Zeilschriflfûr  romanische  Philologie, 
XXV ,  244-253  ).  La  racine  ramène  au  grec  y.ox^OL^  «^  'dx^iriÇ , 
variantes  dialectales  d'un  même  mot.  L'origine  du  8uffixe-at?ii5  reste 
à  trouver]  —  II.  Trouver.  [M.  A.  Thomas  se  prononce  plus  nette- 
ment qu'il  nelavait  fait  jusqu'ici  (cf.  i^om.XXIX,  438,  et  XXX,  154) 
pour  l'étymologie  *  tropare  due  à  M.  G.  Paris,  contre  turhare, 
récemment  soutenu,  avec  autant  d'esprit  que  d'érudition,  par  M.  Schu- 
chardt.  M.  G.  Paris  termine  une  note  additionnelle  par  cette  con- 
clusion, à  laquelle  nous  nous  rallions  complètement  :«  Les  difficultés 
sémantiques  que  présente  l'identification  de  trouver  à'TROPARB  ne 
sont  pas,  en  somme,  plus  grands  (à  mon  avis,  elle  le  sont  beaucoup 
moins)  que  celles  que  présente  l'identification  de  trouver  àxuRBARK, 
et  la  première  de  ces  identifications  a  pour  elle  de  porter  sur 
deux  mots  dont  la  correspondance  phonétique  est  irréprochable.  >»  ] 

—  P.  14.  C.  H.  Grandgent.  Dante  and  St-Paul  —  P.  28  Pio.  Rajna. 
L'episodio  délie  Questioni  d^amore  nel  Filocolo  di  Boccaccio. 
[Mémoire  d'une  ingénieuse  érudition,  où  l'auteur  montre  que  l'épi- 
sode des  questions  d'amour,  au  4e  livre  du  Filocolo,  est  comme  un 
premier  jet  du  Decameron,  dont  deux  nouvelles,  celle  du  Jardin 
magique  et  celle  de  la  Dame  ressuscitée,  dérivent  certainement  du 
Filocolo.  L'auteur  admet  l'origine  française  et  surtout  provençale  de 
cette  coutume  de  poser,  dans  des  réunions,  des  questions  sur  les  cho- 
ses d'amour,  coutume  dont  les  témoignages  les  plus  anciens  se  trou- 
vent dans  les  partimens  et  les  jeux  partis.]  —  P.  82.  Lazare  Sai- 
néan.  Les  éléments  orientaux  en  roumain. 

MÉLANGES. —  p.  100.  G.  Paris.  Une  fable  à  retrouver.  [Le y.  3053 
d'AliscanSf  Est  ço  la  fable  dou  tor  et  dou  mouton^  où  il  faut  sans 
doute  lire,  d'après  le  ms.  de  St-Marc,  Est  ço  la  fable  dou  tor  et  dou 
nuiton^  donne  le  titre  d'une  fable  qu'on  n'a  encore  trouvée  nulle  part]. 

—  P.  103.  Ad.  Mussafia.  Perun  passo  del  romanzo  Flamenca.  [Les 
corrections  proposées  aux  v.  5352-3  par  MM  P.  Meyer  et  Chaba- 
ncau  sont  inutiles  ;  il  suffit  de  ponctuer  ainsi  :  Malaventura  Deus  li 
dOf  Qui  mais  vos  amara,  qu'eu  sia.  Le  sens  est:  «  Malheur  à  moi.  si 
jamais  je  vous  aimais»,  c'est-à-dire  :  «  Je  ne  vous  aimerai  jamais. «• 


BlBLT0ORAÏ>Hm  5è5 

La  même  tournure,  qui  sert  à  mettre  en  relief  la  personne  qui  parle, 
se  retrouve  en  français  (qui  ou  que  je  »ot«)J.—  P.  104.  P.  Meyer.  Frag 
ment  d'un  mystère  du  XV*  siècle.  [C'est  un  rôle  d*actear  appartenant 
à  un  mystère  tiré  du  Nouveau  Testament:  on  n'en  connaît  qu'un  autre, 
tiré  du  mystère  briançonnais  de  saint  André,  qui  nous  a  été  conservé 
dans  son  entier.  Il  y  a  un  certain  nombre  de  fautes].  —  P.  106.  A. 
Delboulle.  Surquier  (Jakemart  Gielée,  Renart  le  nouvel,  1078,  id.  Méon) 
[D'un  hypothétique  *8oricare  ;  cf.  surgier  {Roman  de  la  Rose)  et  le  bas- 
normand  surguer  —  Loincel^  linsel,  locel,  etc.  [Appuie  Tétymologie 
de  M.  A.  Thomas,  *globu8cellum,  d*où  glouscellum],  —  P.  108.  Ch. 
Joret.  Huterel  (Mystère  de  la  Passion  de  Greban).  [Le  ms.  porte  en 
réalité  tumberel^  et  huterel  est  à  rayer  du  Dictionnaire  de  Godefroy  : 
il  n'existe,  plus  ou  moins  modifié,  que  comme  nom  de  lieu]. —  P.  109. 
Ov.  Densusianu.  Roum.  indatina,  datina.  [De  l'anc.  slave  dëdina], — 
P.  110.  G.  do  Gregorio.  It.  a  hizeffe.  [De  l'arabe  bizzaf,  beaucoup; 
cf.  l'algérien  bezef],  —  P.  112.  E.  Rolland.  Dérivés  parisiens  de 
morne.  [M.  E.  R.  croit  que  mignard,  mignon^  sont  des  abréviations  de 
momignard,  momignon  (ce  dernier  hypothétique).  La  rédaction  de  la 
Romania  fait  observer  que  c'est  peu  probable,  parla  raison  que  ces 
mots  remontent  au  XV*  siècle  et  ne  sont  pas  sans  analogues  dans 
les  autres  langues  romanes]. 

Corrections.  —  P.  173.  G.  Paris.  Sur  Sone  deNansai.  [Longue  et 
précieuse  suite  de  corrections  à  l'édition  qu'a  publiée  M.  Moritz 
Goldschmidt  de  ce  long  poème  (plus  de  21.000  versj,  corrections  qui 
complètent  et  parfois  rectifient  celles  qu'a  données  M.  Ad.  Tobler 
dans  r  Archiv  fur  das  Sludtum  der  neueren  Sprachen,  t.  CXIV, 
p.  114-123]. 

Comptes  rendus.  —  P.  133.  E.  Zaccaria,  Uelemento  germantco 
nella  lingua  ilaliana  [C.  Cipriaiii:  travail  très  utile,  mais  qui  aurait 
pu  l'être  plus  encore,  si  l'auteur  eût  eu  plus  de  souci  des  détails].  — 
P.  136.  A.  Pillet,  Bas  Fableau  von  den  Trois  bossus  ménestrels 
und  verwandle  Erzàhlungen  frûher  und  spœter  Zeit.  [G.  Psivis: 
éloges,  mais  l'éminent  critique  comprend  autrement  que  M.  P.  le 
classement  des  divers  récits  se  rapportant  à  ce  thème].  —  P.  144. 
M.  Boiidet.  Registres  consulaires  de  Saint-Flour  en  langue  romane, 
avec  résumé  français  (1376-1405).  [P.  Meyer:  édition  qui  sera  plus 
utile  aux  historiens  qu'aux  philologues,  à  cause  des  nombreuses 
fautes  de  lecture  qu'elle  contient,  notamment  dans  la  résolution  des 
abréviations]. 

PÉRIODIQUES.  —  p.  150.  Revue  des  langues  romanes,  t.  XLII  et 
XLIÎI  (1899  etl900)  (P.Meyer).— P.  154.  Z^/isc^n/^/wr  ro m awiV/fô 
Philologie,  XXV,  E.6  (G.    Paris).    —  P.    157.  Siudj  di  Filologia 


romanza,  t.  VIII  (fasc.  21,  22,  23),  1899-1901  (P.  Meyer).—  P.  164. 
Chronique,  —  P.  167.  Livres  annoncés  sommairement. 

XXXI,  2-3  (avril-juillet  1902,  —  P.  177.  J.  Leite  de  Vasconcellos. 
Cançâo  de  Sancta  Fides  de  Agen,  texto  provençal.  [Escellenle  édi- 
tion (avec  fac-.simile)  du  ms.  unique  de  Leyde  contenant  la  vie  de 
sainte  Foid*Agen  en  laisses  monorimes  de  vers  octosyllabiques,  dont 
on  ne  connaissait  que  les  20  vers  publiés  par  Cl.  Fauchet.  11  est  à 
désirer  que  le   savant  éditeur,  qui   n*a  joint  au    texte  que  quelques 
lignes  d'introduction  et  quelques  notes  sommaires,  publie  au  plus  tôt 
rintroduction  promise,  qui  sera  certainement  aussi   intéressante   au 
point  da  vue  historique  qu'instructive  au  point  de  vue  linguistiques]. 
—  P.  201.  E.  Philipon.  Les  accusatifs  en- on  et  cn-ain.  [M.  G.  Paris 
déclare  en   note  accepter  les  conclusions  de  ce  savant  mémoire,  {«es 
voici  :    1®    Le   lype  Pieres  Peron    est    d'origine   purement    latine 
(=  Petrus  Petronem)  ;  loin  d'avoir  été  calqué,  en  quelque  sorte,  sur 
le  type  germanique  Hugo  Hûgon,  c*eat  lui  qui  a  servi  de  modèle    au 
type  roman,  Hûgos  Hugôn,  Hues  Huôn\  2°  Les  règles  de  l'accen- 
tuation   latine,  aussi  bien  que  celles  de  la  phonétique   romane,  s'op- 
posent de  la  façon    la  plus  absolue  à  ce  qu'on  voie  dans    le    roman 
Hûgos  Hugôn,  Hues  Huôn  le  sub3titut   du  francique  Hugo  Hûgon, 
et,  à  plus  forte  raison  celui  du    burgonde   ou  du    wisigotique  Hùga 
Hugan;  3^  L'habitude  de  plier  les  noms   de  femmes  en-a-o;  d'origine 
latine  à  une  déclinaison  imparisyllabique  en  -a  ane  remonte  au  temps 
de  rem[)ire  romain;  A^  Au  moyen  âge,  ces  noms  suivent  la  déclinaison 
en  a  ane^  dans  des  pays  où,  comme  dans  le  Velay  et  dans  le  Langue- 
doc, les  noms  d'origine   germanique  sont  indéclinables   ou  suivent  la 
déclinaison  rosa  rosœ  ;  5°  Pour  les  noms  communs,  les  adjectifs,  les 
noms  de  rivières  ou  de  lieu,  et  enfin    les  noms  masculins    tels  que 
Salanas,  Baptisla^  la  flexion  en  -an  ne  peut  s'expliquer  que  par  une 
déclinaison  en  a-ane  d'origine   purement   latine].  —  P.   252.    Paul 
Meycr.  La  vie  et  la  translation  de  saint  Jacques  le  Majeur ^  mise  en 
prose  d'un  poème  perdu.  [Tirée  du  ms.  3516  de  l'Arsenal.  L'éditeur  y  a 
joint  les  parties  qu'a  utilisées  l'nuteur  du  poème  perdu  dans   la  com- 
pilation latine  d'Aimeri  Picaud  do  Partenai,  offerte  par  lui  à  l'Eglise 
de  Compostelle  entre  1 145  et   1173,  et  dont  les  diverses  parties  sont 
attribuées  faussement  aux  papes  Calixte  et  saint  l  éon  ]. —  P.    274. 
C.  Salvioni.  Etymologie  [nombreuses  étymologies  italiennes,  surtout 
dialectales]. —  P.  296.  J.  A.  Candrea-Hecht.  Etymologies  roumaines, 
—  P.  315.  A.  Piaget.  La  Belle  dame  sans  merci  «^  ses  tm/Za/ùm^.  IV. 
La  Cruelle   femme  en  amour   d'^cAi7/e  CaM/^c/-.  [Achille  Caulier,  de 
Tournai,  qui    faisait  probablement  partie  de  la  joyeuse  confrérie  du 
Chapel  vert  de   cette  ville,   est  aussi  l'auteur  de  VHôpital  d'amour^ 
composé  avent    1441,  qui  contient  une  allusion  au  dénouement  de  la 


Bibliographie  h2*f 

Cruelle  femme^  et  d*un  Lay  fait  en  Vhonneur  de  la  Vierge  Marie^ 
poème  de  12  strophes  de  12  vers  octosyllabiques,  que  M.  A.  P.  joiat 
à  Téditioa  de  la  Cruelle  femme,  donnée  d'api-ès  les  mss.  connus  et 
l'impiimé  dû  à  Verard,  Jardin  d^  Plaisance  y  f"  CXLII  v"]. — 
P.  350.  Â.  DelbouUe.  Mots  obscurs  el  rares  de  V ancienne  langue 
française  [Curieuse  liste  de  mots  (à  continuer)  dont  M.  A.  D.,  l'infati- 
gable lexicographe,  sollicite  Texplication  ;  nous  n  avons  ici  que  les 
mots  de  a  à  c] 

Mélanges.  —  P.  376.  P.  Meyer.  Satire  en  vers  rythmiques  sur 
la  légende  de  saint  Brendan.  [Tirée  du  ms.  lat.  XXVI 1  de  Lincoln 
Collège,  à  Oxford  :  critique  un  peu  lourde,  mais  en  somme  assez 
spirituelle  de  la  fameuse  légende].  —  P.  379.  P.  .Meyer.  Poème  en 
quatrains  sur  la  pécheresse  de  V Evangile,  —  P.  381.  A.  Mussafia. 
Corrections  à  Flamenca,  v.  2761  et  suiv.  —  P.  384.  Fr.  Wulff,  Les 
premières  ébauches  de  Pétrarque  après  le  19  mai  1348  (jour  où  il 
apprit  la  mort  de  Laure).  —  P.  388.  A.  DelbouUe.  Canle  et  ses  dérivés 
[Ce  mot,  qe'on  ne  trouve  que  chez  Gillon  le  Muisit,  signifie  «  cha- 
landise,  achalandage  )>;  cf.  acanler,  décanler  et,  en  fr.  propre,  chan- 
lant,  desachanler],  -  P.  389.  A.  DelbouUe.  Crâne  =  grue  (machine). 
—  P.  390.  A.  Thomas.  Ane.  fr,  fauterne  [=  faltema,  nom  de  l'aristo- 
loche dans  les  Dynamidia,  recueil  de  matière  médicale  de  TEcoie  de 
Salerne  (ms.  du  X*  siècle)  ].  —  P.  392.  J.  Loth.  Ganelon  et  le  breton 
g  ânes  [=  Gannes,  Gaenes^  cas  sujet  de  Ganelon"], 

Comptes  rendus.  —  P.  394.  W.  Meyer-Liibke,  EinfUhrung  in  dos 
Studium  der  romanischen  Spachwissenschaft  [Mario  Roques  :  éloges; 
mais  le  manuel  dépasse  souvent  la  force  des  étudiants  auquel  il  est 
destiné].  —  P.  400.  W.  Fœrster  et  Ed»  Koschwitz,  Alt/ranzœsisches 
Uebungshiich  (2*  édition).  [P.  Meyer:  quelques  rectifications  au  texte 
de  la  Vie  de  saint  Alexis  du  ms.  de  Tours  (aujourd'hui  B.  N.  nouv. 
acq.  fr.  4503);  le  savant  critique  revendique  une  fois  de  plus  la  prio- 
rité pour  la  correction  du  nom  de  l'auteur  du  fragment  d'Alexandre, 
Albéric  de  Besançon  en  Albéric  de  Briançon].  —  P.  402.  M.  Ennecce- 
rus,  Versbau  und  gesangliger  Vortrag  des  œltesten  framœsischen  Liedes 
[Al.  François  :  travail  qui  dénote  une  préparation  insuffisante].  — 
P.  404.  A.  Marignan,  La  Tapisserie  de  Bayeux.  [G.  Paris  :  long  et 
très  intéressant  article  où  est  reprise  la  question  de  la  date  de  la 
Chanson  de  Roland,  que  M.  G.  P.  croit  toujours  antérieure  à  1096,  et 
que  M.  Marignan  place  vers  1 125].  —  P.  420.  W.  Fœrster,  Kristian  von 
Troyesxi  Cligesy*  (2«  édition).  [J.  Mettrop  :  n'accepte  pas  la  thèse  de 
M.  W.  F.,  qui  croit  que  Chrétien  a  voulu  opposer  ici  l'amour  légitime 
à  l'umour  adultère,  qu'il  avait  glorifié  dans  son  Tristan,  aujourd'hui 
perdu  et  dont  on  ne  peut  juger  qtie  d'aptes  les  fragments  dj  son  imi- 


DÎÈ  HlBLlOGRAPHÏE 

tateur  probable,  Thomas].  —  P^  426.  G.  Grœber,  Altfiranzœêiscke 
Glossen  [Am.  Salmon  :  éloges].  —  P.  429.  K.  Kemna,  Der  Begriff 
«  Schriffti  im  Franzc&sischen  (thèse  de  Marburg)  [A.  Thomas  :  bon 
début;  quelques  omissions  signalées].  —  P. 433.  Charlotte- J.  Cipriani, 
Etude  sur  quelques  noms  propres  d'origine  germanique  {en  français  ei 
en  italien).  [A.  Thomas  :  éloges;  quelques  rectifications].  —  P.  436. 
U.  Lindelof  et  .A.  Wallensxseld,  Les  chansons  de  Gautier  d'Elpinal  (édi- 
tion critique).  [A.  Jeanroy  :  bon,  mais  Tabsence  de  biographie  et  de 
notes  exégétiques  est  regrettable].  —  P.  440.  G.  Steffens,  Der  kri- 
tische  Text  der  Gedichte  von  Richart  de  Semilli  mit  den  Lesarten  aller 
hekant^.n  Handschriften,  [A  Jeanroy:  soigné,  mais  hâtif;  le  commen- 
taire indispensable  manque].  —  P.  444.  Mémoires  de  philologie  romane 
offerts  au  professeur  suédois  A  Geijer,  [G.  Paris  :  compte  rendu  le 
plus  souveut  favorable  de  ceux  de  ces  mémoires  qui  ne  se  rapportent 
pas  à  une  période  trop  modeine  pour  la  Rumania, 

Pkriodiqubs.  —  P.  450.  Zeitschrift fUr  romanische  Philologie^  XKVI, 
1-3  [G,  Paris].  —  P.  454.  Archivio  glottologico  italiano^  XV,  3.  et 
SuppUinenti  periodici^  VU  [M.  Roques].  —  P.  458  Literaiarblatl  fiir 
gernianische  und  romanische  Philologie^  XXII  (1901)  [15.  Muret).  — 
^AQiQ, Zeitschrift  fur  franzœsische Spache  und  Literatur,  XXII  ^1900) 
[A.  Jeanioy].  —  P.  4l55.  Bulletin  de  lit  Société  des  anciens  text^ fran- 
çais, 1901.  —  P.  466.  Chronique.  —  P.  474.  Livres  annoncés  som- 
mairement. 

XXX,  4  (octobre  1902).  —  P.  481.  A.  Thomas.  Les  substantifs 
abstraits  en  -ier  et  le  suffixe- anus.  [La  transformation  de  -arias  en 
-erius  ne  semble  à  M.  Th.  pouvoir  s'expliquer  que  par  influence  du  suf- 
fixe germanique  areis,  facilitée  par  l'introduction  en  Gaule  dès  le  cin- 
quième siècle  de  très  nombreux  noms  propres  germaniques  latinisés  en 
'charius  et  en  -gtirhis.  L'explication,  très  séduisante  en  soi,  a  encore 
besoin  d'être  fortifiée  sur  quelques  points  de  détail].  —  P.  409.  C. 
Nigra.  Notes  étytnologlqurs  et  lexicales.  1.  fr.  aiguille  ;  2.  dérivés  romans 
de  barba;  3.  b.-lat.  benana,  a.  fr.  besaine,  etc.  ;  4.  a,  fr.  brusler,  it. 
bruciare,  etc.  ;  5.  cajoler,  «  chanter,  crier  comme  un  geai,  une  pie  >»  ; 
6.  a.  fr.  carole,  querole,  it.  enrôla,  etc.  ;  7.  noms  du  menton  dans 
l'Italie  du  nord  et  du  centre  ;  8.  it.  tutto,  fr.  tout  [L'italien  viendrait 
du  latin  tûticus  =  «  publicus  »»,  a.  osque  tuvtiks,  de  (ovta,  «»  populus, 
civitas  »>  ;  le  fr.  de  tôt  [us  -\-  quô]  tus  ou  tôt  [+  quô\  tus,  ou  de  *  tovtus, 
également  dérivé  de  l'a.  osque  tovta  On  ne  peut  qu'admirer  l'érudition 
dont  fait  preuve  l'auteur  de  l'article,  bien  que  les  étymologies  propo- 
sées n'entraînent  pas  toutes  la  conviction].  —  P.  527.  G.  Raynaud. 
Un  nouveau  manuscrit  du  Petit  Jean  de  Saintré.  [Description  du  ma. 
Harruis,  passé  dans  la  bibliothèque  d'Ashburuam-Place  et  récemment 
acquis  par  la  Bibliothèque  nationale,  Nouv.  acq.  fr.  10057,  classifi- 


BIBLIOGRAPHIE  o2^ 

cation  des  mss.  connus  et  étude  sur  les  rapports  de  la  nouvelle  avec  le 
Livre  des  faits  de  Jacques  Lelaing,  dont  le  véritable  auteur  est  égale- 
ment Antoine  de  La  Sale].  —  P.  557.  Lazare  Sainéan.  Les  éléments 
orientaux  du  roumain  (fin).  [La  conclusion  de  ce  savant  mémoire  est 
que  «  la  seule  influence  durable  et  appréciable  en  roumain  est  celle 
de  Tosmanli,  qui,  restée  étrangère  à  la  littérature  religieuse,  se  reflète 
d'une  part  dans  la  littérature  documentale  et  dans  les  chants  popu- 
laires, et,  d*autre  part,  constitue  un  contingent  important  de  la  langue 
roumaine  moderne]. 

Mblanoes. —  P.  590.  P.  E.  Guarneiio.  Par ticelli pronominali  Sarde. 
A.log.  cunde  «  con  lui  »,  cundcs  «  con  loro  »  ;  B.  log.  gitteuy  itteu,  log. 
mod.  ite,  proite,  proiteu,  mer.  tto,  poita.  —  P.  593.  A  Thomas.  A.  fr, 
gers.  [Le  plus  ancien  exemple  de  Ténigmatiquo  gieres  a  été  tiré  pur 
Wœlflin  des  Questiones  grammaticœ  du  ms.  83  de  Berne,  X**  ou  au 
moins  XI*  siècle].  —  P.  594.  A.  Thomas.  A,  fr.  moule  de  frument. 
IMoule  (Psautier  d'Oxford,  éd.  Michel,  p. 244)  =  non  «  meule»,  mais 
«  moelle  »].  —  P.  595.  Anton  Wallner.  Sur  le  poème  latin  £ie«  Misères 
delà  vie  humaines.  [Ce  poème,  dont  M.  Th.  Batiouchkof(/?om.XX.56ô) 
cite  quelques  vers  d*après  le  ms.  5084  du  Vatican,  porte  à  tort  dans 
ce  ms.  le  titre  De  contentione  anime  et  corporis  ;  cf.  éd.  du  Méril,  Pois, 
popul.  lat.  du  moyen  âge^  p.  108-121,  qui  publie  le  poème  entier,  d*après 
le  ms.  B.  N.  latin  2389],  —  P.  596.  P.  Meyer.  Un  nouveau  texte  de 
la  pièce  Flors  de  paradis  [dans  le  ms.  Asburnam  105,  aujourd'hui  à 
la  Laurentienne  ;  copie  très  mauvaise  ;  cf.  ci-dessus,  p.  352].  —  P.  597. 
A.  Piaget.  Un  manuscrit  de  la  Cour  amoureuse  de  Charles  VI. 

Comptes  rendus.  —  P.  604.  A  Emesto  Monaci...  Scritti  vari  di 
filologie.  [G.  Paris  rend  compte  brièvement  de  ceux  de  ces  mémoires 
qui  rentrent  dans  le  cadre  de  la  Romania^  en  insistant  sur  celui  de 
E.  Bovet,  Ancora  il  problema  c  andare  i].  —  P.  611.  Beitnnge  Mur 
romanischen  und  englischen  Philologie.  [G.  Paris  :  à  voir  surtout  ce 
qui  est  dit  au  sujet  des  mémoires  de  Zenker,  Die  Sinagon-Epis'.de  des 
Moniage Guillaume  II, et  de  H.Suchier,Z>i«  Mundartder  Strassburger 
Eide].  —  P.  620.  A.  Pillet,  Studien  nur  Pastourelle  (Extrait  de  la 
Festschri/t  zum  Deutschen  Neuphilologentag  ).  [A.  Jeanroj  :  éloges 
avec  quelques  réserves].  —  P.  622.  G.  Thureau,  Der  Refrain  in  der 
franzœsischen  Chanson  [A.  Jeanroj:  amas  intéressant,  mai <  confus, 
de  documents  insufffisamment  mis  en  valeur]. 

PÉRIODIQUES.  —  P.  625.  Zeitschri/t  fur  romanische Philologie,  XXVI. 
4  [A.  Thomas  et  G.  Paris  ;  ce  dernier  réplique  vigoureusement  à  la 
réponse  de  M.  Schuchardt  au  sujet  de  son  étymologie  de  trobary 
trouver  =  turbare,  et  maintient  sa  propre  étymologie  :=  *  tropare^ 
qu*il  juge  avec  raison  irréprochable  au  point  de  vue  phonétique  et 

34 


^àO  BIBLIOGRAPHIE 

plus  probable  que  celle  de  M.  Sch.  au  point  de  vue  sémantique].  — 
P.  630.  Romanische  Forschungen,  XI,  Xll  et  XIII  (1899-19J2;  (G. 
Paris).  —  P.  636.  KriUschev  Jahresbericht  iiber  die  ForUchritte  der 
Romaniêchen  Philologie,  1. 111  et  IV.  [G.  Paris  :  généralement  élogieux  ; 
indispensable  aux  romanistes  qui  veulent  se  tenir  au  courant  de  la 
science].  —  P.  640.  Chronique. —  P.  641.  Livres  annoncés  sommai- 
rement. Léopold  CONSTANS. 

Zeitsohrif t  f ûr  romanische  Philologie  1900,  XXIV  Bd. 

P.  1-32.  J.  NiBDBRLABNDER.  Le dialccto  de  Namur  (suite).  Nous  avons 
rendu  compte  de  cette  publication  dans  \9.  Revue  et  plus  récemment 
dans  le  Musée  Belge,  1901,  partie  bibliographique. 

P.32-60. 0.SoLTAU.  Les  œuvres  du  troubadour  Blacatz (suite  et  fin). 
Cette  deuxième  partie  du  travail  de  M.  S.  contient  les  notes  explicatives 
et  un  rimario.  P.  38,  il  n^est  pas  sûr  que  M.  Appel  se  soit  trompé  en 
écrivant  auiol  pour  naujol  ;  je  crois  qu'il  faut  maintenir  auiol  ou  aiol^ 
mais  avec  gran  qui  se  trouve  dans  DCMR  et  T.  Aiole  pour  aujoU  ne 
présente  pas  de  difficulté.  P.  40,  n.  25  :  était-il  absolument  nécessai- 
re d'intervertir  Tordre  des  mots?  Le  v.  v.  27,  ne  se  comprend  guère; 
en  tous  cas  manga  ne  représente  pas  maucha,  P.  43.  L'hypothèse  de 
M.  S.  pour  expliquer  orbacha  me  parait  aussi  bien  verfehlL 

P.  61-76.  L.-W.  Brucrnkr.  Les  diphtongues  des  mots  empruntés 
au  germanique  en  italien.  L auteur  a  publié  depuis  une  Charasterislik 
der  germ,  Elemente  im  italienischen  (programme  de  Bàle,  1899).  Dans 
le  présent  article  il  étudie  le  sort  des  diphtongues  d'origine  germani- 
que. Dans  les  plus  anciens  emprunts  les  diphtongues  s'étaient  réduites 
à  des  raonophtongues.    Les  formes   roba  :  rubare   du    même  radical 
raub-  s'expliquent  par  la  différence  d'accentuation  (cf.  odo-  udire  du 
latin  aud'),  tandis  que  Braune   admettait   des  formes  germaniques 
en  u  :  l'analogie  a  plus  tard  généralisé  l'un  ou  l'autre  de  ces  radi- 
caux. Les  mots  où  la  diphtongue  s'est  maintenue  sont  entrés  en  ita- 
lien après  la  domination  lombarde.  La  diphtongue  ger.r  anique  eu  s'est 
réduite  à  e  :  dans  les  emprunts  postéiieurs,  comme  pour  au,  la  diph- 
tongue s'est  maintenue.  La  diphtongue  germanique  ai  s'est  réduite  à 
a  :  dans  les  mots  empruntés  plus   tard  ai  provenant  de  ei  reparait. 
Enfin  les  plus  anciens  emprunts  italiens  présentent  o  et  non  uo,  car 
le  lombard  et  le  gotique  (qui   ont  en   grande  partie   fourni  ces  em- 
prunts) ne  connaissent  pas  cette  diphtongaison. 

P.  77-111,  Ë.  Hbrzoo.  Histoire  des  formes  de  l'infinitif  français. 
M.  H.  donne  de  nombreux  exemples  empruntés  aux  textes  anciens  et 
aux  parlera  modernes.  L'étymologie  proposée  p.  92,  n.  2,  pour  (umou- 
vir  ne  nous  paraft  pas  henrensc. 


BI)3LIÛ6RAt>mË  h^l 

P.  112-120.  J.  Ulrich.  Nouvelles  versions  de  la  Riote  du  monde. 
Deux  fragments  d'après  des  ms.  de  Berne  et  d*Epinal.  Imprime  à  la 
suite  les  fragments  de  Metz  et  de  Paris  et  dresse  à  la  fîn  un  tableau, 
une  sorte  de  table  généalogique  de  ces  différentes  compositions. 

Mèianges.  —  I.  Histoire  littéraire.  1.  P.  121-122,  J.  Grévin  et  J. 
Sambucus  (Ph.  Âug.  Becker).  Cite  deux  exemplaires  de  la  tiaduction 
faite  par  Jacques  Grévin  des  EmbUmata  du  poète  hongrois  J.  Sam- 
bucus. 2.  P.  122.  Autre  allusion  à  Valensa  (0.  Schultz-Gora).  Se 
trouve  dans  une  strophe  de  Lanfranc  Cigala.  II.  Histoire  des  mots.  I. 
122-125  A.  fr.  Ânf élise  (0.  Schultz-Gora).  Doit  venir  de  l'arabe  al- 
halisa;  on  pourrait  comparer  à  Alfelise^  Anfelise  la  forme  prov.  An- 
fos.  2.  P.  125-126.  Li  port  de  GuiUend  dans  la  Ch.  de  Roland  (0. 
Schultz-Gora).  Prouve  par  de  nombreux  exeuiples  que  le  mot  ne 
signifie  pas  ici  les  ports,  mais  la  limite»  la  frontière.  3.  P.  127.  Etymo- 
logies  romanes  (H.  Schuchardt).  Tessinois  papadàu:  logudorien  rus- 
piare  {'raccare  X  *  conspuer  e).  4.  P.  127.  A.  fr.  mitou,  fr.  matou.  (P. 
Marchot).  Mitou  compromis  entre  mite  et  marcoWy  matou  mélange  de 
mxtou  et  marcou  :  voilà  bien  des  mélanges  et  des  compromissions  !  5. 
P.  128.  Fr.  amarrer  (J.  Suback).  Ne  peut  pas  se  rattacher  au  holl. 
maaren^  k  cause  des  deux  r  ;  vient  du  napolitain  ammarrare  (^  in  + 
*barrare).  III.  Morphologie.  P.  129.  Au  sujet  de  l'imparfait  en  béar- 
nais (A.  Zauner).  Réponse  aux  objections  de  M.  Ducamin  (Revue  de 
Gascogne,  janvier  1899).  IV.  Syntaxe.  P.  130-132.  Mélange  de  dis- 
cours direct  et  indirect  dans  une  phrase  interrogative  (A.  Tobler)* 
Intéressante  réponse  de  M.  A.  Tobler  aux  observations  de  M.  Kalepky 
(ZRPh.  23,  491),  au  sujet  de  phrases  comme  est-ce  que  c'était  donc 
vrai  et  non  était-ce  que  c'était  donc  vrai'? 

P.  123.  Bibliographie.  P.  139.  Périodiques.  P.  159.  Livres  nou- 
veaux. P.  160.  Rectification  (0.  Dittrich). 


Zeitschrlft  fflr  romanische  Philologie,  2  et  3.  —  P.  161- 
198.  W.  SuoHiBR.  Sur  le  poème  La  Venjance  nostre  Seigneur. 
M.  W.  S.  étudie  dans  une  première  partie  le  contenu  (p.  161) 
de  ce  poème  encore  inédit,  puis  l'exposition  du  sujet  (p.  162),  la  forme 
et  la  langue  (p.  164),  l'époque  de  la  composition.  Dans  la  deuxième 
partie  il  étudie  les  diverses  rédactions  et  les  différents  manuscrits. 
Pour  établir  les  rapports  des  manuscrits  entre  eux,  M.  W.  S.  publie 
une  édition  critique  des  cinq  premières  laisses  et  des  trois  dernières. 
(V.  10  écrire  culvert  comme  v.  6,  vivant;  pourquoi  demaine,  v.  46  et 
moine  v.  56?  Mire  v.  83;  v.  87  il  vaudrait  mieux  ne  pas  mettre  un 
point  d'interrogation.)  Les  pages    182-188  contiennent  une  table  des 


532  BIBLIOGRAPHIE 

laisses.  La  fin  de  Tarticle  est  consacrée  à  Pétude  du  texte  primitif  et 
de  ses  différents  remaniements. 

P.  199-248.  J.  GiRARDiN.  Le  vocalisme  du  fribourgeois  au  XV*  $iècle 
(en  français).  Cette  étude  porte  sur  les  Comptes  de  dépenses  de  la 
construction  du  clocher  de  Saint-Nicolas  à  Frihourg  en  Suisse,  publiés 
en  1858,  à  Paris  par  Blavignac.  Relève  quelques  erreurs  de  l'éditeur. 
Les  Comptes  sont  un  mélange  de  français  et  d^idiome  fribourgeois.  M . 
G.  a  pris  pour  modèle  le  travail  de  M.  Gauchat  sur  le  Patois  de 
Dampierre, 

P.  249-250.  P.  Marohot.  Note  sur  le  consonantisme  de  Tancien 
fribourgeois.  Courte  note  sur  quelques  points  de  détail. 

P.  251-309.  J.  NiBDBRLAENDBR,  Die  Mundart  von  Namur.  Fin  de 
l'étude,  avec  vocabulaire  (p.  294-309). 

P.  310-318.  Hugo  Waitz.  Addition  aux  chansons  de  Gillebert  de 
Berneville,  éditées  dans  le  volume  composé  en  l'honneur  du  profes- 
seur G.  Grôber.  Ce  travail  n'a  pas  pu  prendre  place  dans  le  volume 
en  question.  1<*  Résultats  provenant  de  l'examen  des  rimes  ;  2**  carac- 
téristique des  manuscrits. 

P.  319-328.  H.  TiKTiN.  Le  consonantisme  du  roumain  (à  suivre). 
Cette  première  partie  ne  comprend  que  la  liquide  l, 

P.  329-357.  A.  Pbllborim.  //  Piccino,  suite  de  l'édition  commen- 
cée dans  le  tome  précédent  de  \si  Zeitschrift  (à suivre). 

P.  358-369.  0.  ScHULTZ-GoRA,  Un  Salu  d'amers  avec  réponse 
(édité  pour  la  première  fois).  Ce  salu  d'amors  n'a  pas  encore  été 
imprimé  ;  il  se  trouve  dans  le  manuscrit  qui  nous  a  gardé  les  autres 
saluts  d'amour  y  Bibl.  nat,  f,  fr,  837.  Ce  qui  caractérise  ce  salut  d^amour 
c'est  qu'à  la  fin  de  chaque  strophe  se  trouve  un  refrain  emprunté  et 
qu'il  est  accompagné  d'une  réponse.  V.  60:  m'esperance , 

Id,  Le  «  vers  court  »  dans  le  Folcon  de  Candie  du  manuscrit  de  Boulo- 
gne, n**192.  Reprend  la  question  des^clausules  qui  terminent  certaines 
laisses  du  cycle  d'Ajmeri  et  de  Guillaume  ;  prend  60  laisses  tirées 
du  plus  ancien  ms.  de  Folcon  de  Candie  et  les  compare  à  60  passa- 
ges correspondants  du  ms.  de  la  Bibliothèque  nationale /./r.  25518, 
manuscrit  où  les  vers  de  chaque  laisse  sont  égaux.  Ingénieuse  dis- 
cussion qui  aboutit  au  résultat  suivant  :  dans  un  assez  grand  nom- 
bre de  cas  rien  uc  nous  autorise  à  dire  quelle  est  la  forme  la  plus 
ancienne  ;  mais  dans  l'ensemble  les  clausules  du  manuscrit  de 
Boulogne  ne  peuvent  pas  être  considérées  comme  un  signe  d'anti- 
quité. 

P.  388-394.  Wolfram  V.  Zingerlk,  Un  manuscrit  tyrolien  (de  Tan 
1400  environ).  Le  ms.  se  trouve  aux  archives  de  l'Etat  à  Innspruck. 
C'est  une  sorte  de  cahier  d'écolier  de  12  pages   contenant  un  court 


BIBLIOGRAPHIE  533 

glossaire  latin-roman,  une  lettre  latine  et  romane  et  une  passion  : 
cette  dernière  paraît  avoir  été  copiée  sur  un  texte  plus  ancien.  La 
langue  de  ces  documents  est  l'ancien  vénitien,  exactement  l'ancien 
véronais. 

Mélange».  —  1.  Critique  des  textes.  —  P.  395-400,  A.  Stimming, 
Notes  sur  l'édition  des  deux  poèmes  publiés  par  M.  0.  Schultz-Gora 
(La  chastelaine  de  Saint- Gille  et  le  Chevalier  au  harizel).  Quelques- 
unes  de  ces  remarques  sont  un  peu  subtiles,  celle-ci  par  exemple  : 
sire  vient  de  *8ejor  non  de  senior.  —  II.  Histoire  des  mots.  — 
1  Fr.  envoyé  (W.  Meyer-Lûbke).  Ne  peut  pas  renvoyer  a  anguetum  ; 
la  plus  ancienne  forme  serait  *anguillu  ;  les  autres  formes  romanes 
viendraient  de  là  par  l'intermédiaire  des  suffixes  romans  —  ettu,  — 
eolu^  —  iclu,  2.  Fr.  panne»  (W.  Meyer-Lûbke).  Examine  Tétymo- 
logie  des  différents  mots  qui  se  cachent  sous  cette  môme  forme  fran- 
çaise Pour  ^nn6  (terme  de  la  marine)  M.  M.  L.  admettrait  comme 
substratum  un  collectif  pluriel  de  pannus.  3.  Fr.  piêter,  piéton;  a. 
îr,  piétaille,  (W.  Meyer-Liibke)  Piéter  est  formé  comme  culeter,  jam- 
heter^eic,  ;  piéton  viendrait  d'un  croisement  de  pion  avec  piétaille 
<  *peditalia.  4.  P.  405-409,  Trémousser  (G.  Baist).  Après  avoir 
examiné  les  mots  français  dont  la  première  syllabe  contient  une  r 
dite  adventice  (brûler,  fringale,  trésor,  etc.),  M.  B.  pense  que  sur 
tremuese  (tremblement  de  terre)  s'est  formé  un  trémoter  d'où  est  venu 
trémousser,  comme  de  barboter  —  barbousser,  —  5.  P.  409.  Lodier 
(G.  Baist).  Etablit  contre  Diez  que  de  lodier  (couverture)  vient  lodier 
(terme  d'injure).  6.  P.  409.  Métivier  (G.  B.iist).  Ne  vient  pas  de  mes- 
sis  cBStiua,est  un  dérivé  de  mixtum  (Du  Gange,  s.  u.  2  et  6)  par  mes- 
tiua,  mestiuare.  7.  P.  410,  JVopare  (G.  Baist,  H.  Schuchardt).  Ne 
vient  pas  directement  de  tropus  mais  de  r^oKokà^tt'»,  latinisé  en  iropare, 
M.  Sch.  au  nom  delà  sémantique  élève  des  doutes  contre  cette  déri- 
vation. 8.  P.  412.  Fr.  port.  corme(\{.  Schuchardt).  Du  grec  x(5fiaoov; 
cite  des  exemples  de  mélanges  du  radical  corm-  et  sorb-  (de  sorbus), — 
9.  P.  413  Vénitien  anguela  (H.  Schuchardt).  Le  mot  est  rattaché  par 
M.  C.Salvioni  à  acuto//a  influencé  par  anguilla.  D'après  M.  S.  on  disait 
tantôt  agone,  tantôt  aguglia  et  cette  dernière  forme  a  été  influencée 
par  anguilla.  —  P.  415.  Port,  fisga,  ital.  puschia  (H.  Schuchardt). 
Port,  fisga  se  rattache  à  la  même  racine  proposée  autrefois  par  NT.  J. 
Ulrich  pour  espagnol  fisger  {* fixicare).  Pusca  qui  désigne  sur  les 
bords  de  l'Adriatique  une  sorte  d'hameçon  viendrait  de  *  fuscia.  — 
(p  pour/à  cause  d'une  influence  des  langues  slaves),  *  Fuschia  pour- 
rait aussi  renvoyer  à  fuscula,  diminutif  de  *  fusca.  W.  —  P.  417. 
Suisse-franç.  Vaudois  cocalé  (H.  Schuchardt).  Ne  vient  pas  de  coccala, 


534  BIBLIOGRAPHIE 

mai8  de  *  coccalia,  12.  P.  417.  Haut-italiea  hôrrer  (  H.  Schu- 
chardt).  Ne  vient  pas  de  l'ail,  hurian  (Rom.Etym.  Il,  132),  ni  du  lat. 
abhorrere,  nnais  est  d'origine  onoraatopéique  (burr,  purr  ont  formé  en 
allemand  burren  etpurren)  ;  une  formation  de  ce  genre  s'est  produite 
en  roman.  —  13.  P.  418.  IntàriCa  (H.  Schuchardt).  Correspond  exac- 
tement à  un  tjpe  latin  '  interritare.  —  14.  P.  418.  A  propos  de 
permaine  (H.  Schuchardt).  Confirme  l'étymologie  donnée  par  M.  W. 
Foerster  (ZeitichiHft  Rom.  PhiL,  XXllI ,  423).  —  15.  P.  419. 
Additions  et  corrections  à  :  A.  Ive,  /  dialetti  ladino-veneii  delf  Isiria 
(H.  Schuchart),  —  16.  P.  421-426.  Ane.  sic.  sictinu,  a.  fr.  septain 
(article  en  italien)  (  De  Gregorio).  Ktymologie  :  septenus  :  pourrait 
être  dit  plus  brièvement!  17.  P.  426.  Ital.  chiovo,  chiodo.  Expli- 
que cette  dérivation  qui  paraît  d'abord  anormale  (<^  clauus).  — .  18. 
P.  527.  A.  fr.  bail/arc  (F.  Kluge)  N'admet  pas  exactement  l'ana- 
logie proposée  par  M.  Thomas  (Rom.  28,  171).  Le  type  latin  ne  pour- 
rait étro  que  baralicum;  mais  dans  ce  cas  la  mouillure  de  /  ne  s'ex- 
plique pas.  —  19.  P.  428.  A.  fr.  port  ^  ville  (F.  Kluge).  Ce  n'est 
pas  seulement  en  ancien  français  que  port  signifie  ville;  on  trouve  le 
même  mot  avec  le  même  sens  en  anglo-saxon  et  en  moyen-néerlan- 
dais. —  20.  P.  428.  Fr.  suie  (Thurneysen).  Le  mot  est  d'origine 
celtique  et  se  trouvé  dans  les  gloses  de  Philargyre  (VU*  siècle).  La 
forme  gauloise  serait  *  sûdia.  —  21.  Bibelot  (G.  Groeber).  Ajoute 
un  exemple  aux  exemples  cités  par  M.  Foerster  (Zeitschri/t  Rom. 
Phil.f  XXII,  266)  :  bibelos,  qui  sont  choses  d'estain  en  mercerie  (Baudet 
Herenc,  Doctrinal  de  la  seconde  rétoriquey  année  1432). 
P.  430.  Comptes  Rendus. 

P.  444.   PÉRIODIQUES. 

4*  livraison.  —  P.  465,-488.  0.  Dittrioh,  Les  mots  composés 
en  français  moderne.  M.  D.  reprend  la  classification  des  noms  com- 
posés qu'il  a  proposée  (ZRPh.  XXllI  )  et  donne  de  nombreux 
exemples;  très  complet,  avec  tendance  à  introduire  trop  de  divisions 
dans  le  sujet. 

P.  489-500,  H.  TiRTix  Le  consonantisme  du  roumain.  Suite;  com- 
prend r  et  les  nasales.  P.  499  pàtlâginà  renvoie  k'plantagniam^  plu- 
tôt qu'à  plantaginem. 

P.  501-507.  P.  Savj.Lopez,  Études  d'ancien  italien.  I.  L'infinitif 
conjugué.  Traite  quelques  exemples  curieux  de  déclinaison  non  seule- 
ment de  l'infinitif,  mais  même  du  participe  et  du  gérondif,  dans  le 
dialecte  napolitain  du  XV»  siècle.  Quand  le  sujet  de  la  proposition  est 
un  pluriel  l'infinitif,  le  gérondif  et  le  participe  présent  peuvent  prendre 
une  désinence  personnelle,  -mo  ou  -wo,  selon  que  le  sujet  est  de  in 
première  ou  de  la  troisième  personne.  Ex:  la  cruda  morte, ...non  devr- 


BIBLIOGRAPHIE  535 

mo  timeref  essendomo   intale  ahito  aduBoti.  IL  La  terminaison  ^eze 
serait  le  représentant  de  la  t.  -ities, 

P,  508-544.  G.  Ebelino.  Sur  l'édition  de  Aféraugis  de  Friedwagner. 
Suite  d'un  compte  rendu  commencé  dans  VArchiv,/.  w.  Spr.  ;  com- 
prend les  vers  300  à  2000  Les  corrections  proposées  par  le  savant 
éditeur  d*Auberée  sont  très  nombreuses  et  pour  la  plupart  très  vrai- 
semblables. P.  513,  il  n'était  peut-être  pas  bien  nécessaire  d'emprun- 
ter à  toutes  les  langes  romanes  —  le  provençal  moderne  compris  — 
des  exemples  de  Texpression  :  je  îui  dirai  deux  mots. 

P.  545-555.  A.  Horning.  Sur  le  traitement  de  ty,  cy.  Dans  certains 
mots  ty,  q/y  placés  après  Taccent  aboutissent  kzet  cela  dans  toutes 
les  langues  romanes  (cf.  iudicium,  a  îv,  juize^  a.  pr.  servizi»  etc.).  Ce 
sont  des  formes  non  pas  savantes  mais  demi- savanteê  :  pour  les  expli- 
quer d'une  manière  suffisante,  il  faudrait  pouvoir  préciser  l'époque 
où  elles  sont  entrés  dans  la  langue  populaire.  Les  mots  en  -ise  [fran 
chisé)y  -oise  {richoiaé),  -ais,  aise,  sont  également  des  formes  semi- sa- 
vantes. 

MÉL\N6Bs.  —  P.  556.  Esp.  alechigar  ^allecticare,  comme  fr.  allé- 
cher; fr.  suie  (A.  Horning).  M.  H.  exprime  des  doutes  sur  Tétymologie 
suie  ^v.  irl.  suidi  proposée  par  M.  Thurnejsen  (Ztsch.  24,  428). Cer- 
taines formes  des  Vosges,  de  la  Franche-Comté  et'du  Dauphiné  ne 
peuvent  pas  s'expliquer  par  ce  substratum.  —  Fr.  iroche,  trochet, 
^  traducem,  traducam^  traudcam.  —  P.  557-564.  Neptunus  ^  lutin 
(F,  Ed  Schneegans).  Montre  comment  les  dérivés  de  Neptunus  ont 
désigné  d'abord  un  monstre  marin  (cf.  luiton^de  mer  au  XVll*  siècle) 
puis  un  farfadet,  un  lutin,  et  comment  ce  dernier  sens  a  survécu  à 
l'autre.  P.  564-565,  A  îv.lat8{0.  Schuitz-Gora).  Ajoute  trois  exem- 
ples de  lais  =s  la  tus)  aux  exemples  donnés  par  MM.  Museafia  et 
G.  Paris  {Rom.,  23,  112-113).  P.  565-566,  A,  fr.  escarimant 
(0.  SchuUz-Gora).  Désigne  une  sorte  de  couverture  et  vient  du  grec 
(jjtapa/xayxov;  apparaît  pour  la  première  fois  dans  le  pèlerinage  de 
Charlemagne  à  Constantinople.  Cette  étymologie  ])araît  sûre.  P.  566- 
569,  Les  noms  romans  de  la  cloche  (H.  Schuchardt).  M.  Sch. 
ajoute  quelques  observations  aux  articles  de  M.Wôlfflin  sur  les  noms 
latins  de  la  c\oc\ïe. Ckiwpana,  clocca,  signum  survivent;  tintinnabulum, 
nola  disparaissent.  Notons  le  fém.  prov.  campana,  ital.  masc.  cam- 
pano.  A  rapprocher  de  Tesp.  cascabel  le  prov.  mod.  cascavèu.  — 
P.  569-571,  La  méthode  dans  l'histoire  des  mots  (H.  Sch.)  A  propos 
de  l'explication  de  fr.  gabieu  donnée  par  Mayer-Lûbke  fZRPh  19,  94) 
M.  Sch.,  appelle  l'attention  des  jeunes  lexicographes  sur  l'intérêt 
qu'il  y  aà  connaître  les  termes  techniques  et  à  se  représenter  exacte- 
ment ce  qu'ils  signifient  avant  d'en  aborder  l'étymologie.  P.  571.  Fr. 


536  BIBLIOGRAPHIE 

calibre  (P.  Sch.)  Renvoie  bien  au  turc  ^(!iZy6,  contrairement  à  Topinion 
exprimée  dans  le  Dict  gén,  s.  u.  P.  571.  Ragusien  follér  ^foUarui^ 
folîariê  qui  se  trouve  sur  une  monnaie  de  Raguse.  P.  572.  Fr.  ihie 
(H.  Sch.)  Le  mot  peut  venir  de  l'angl.  <t>,  comme  le  dit  M.  Thomas 
{Rom.  29,  200,  208),  mais  M.  Sch.  s  étonne  qu'un  objet  connu  dans 
beaucoup  de  pays  romans  ait  reçu  un  nom  germanique.Ces  scrupules 
paraissent  excessifs.  P.  572-573.  Vénit./oZpo(H.  Sch.)  Répondant  à 
une  question  de  M.  Meyer-Lubke  M  Sch.  reconnaît  qu'il  y  a  dissi- 
milation  dans  ce  mot,  comme  dans  \io\on.  fioppa  ^  pôpulus,  et  se 
demande  s'il  y  a  là  influence  de  la  prononciation  slave. 

P.  574-587.  Bibliographie.  P.  587-592.  Périodiques.  P.  592-595. 
La  critique  d'une  critique.  Réponse  de  M.  Schuchardt  aux  observa- 
tions de  M.  A.  Thomas  (Eom  29,  438,  440). 

P.  596-601.  Index. 

J.  Anglaub. 

OUVRAGES  ANNONCÉS  SOMMAIREMENT 

Un  nooveaa  dictionnaire  de  la  langae  catalane 

Il  existe  plus  d^un  dictionnaire  catalan  publié  soit  à  Barcelona, 
soit  à  Valencia.  11  n'en  existe  point  pour  Mallorca.  Mais  ce  n'est  pas 
seulement  afin  de  combler  cette  lacune  que  le  vicaire  général  de 
Mallorca,  Mossen  Antoni  M*  Alcover,  fait  appel  au  concours  de  tous 
les  amis  de  la  langue  catalane.  Il  rêve  de  composer  un  dictionnaire 
qui  embrasse  dans  le  passé  et  dans  le  présent  toutes  les  variétés  de 
cette  langue,  et  non  pas  tant  pour  en  connaître  les  richesses  que 
pour  en  développer  l'usage.  On  ne  saurait  trop  encourager  cette 
entreprise. 

Quelque  opinion  qu'on  ait  sur  l'avenir  du  provençal,  il  est  certain 
que  le  mouvement  de  renaissance  dont  il  a  été  capable  dans  ces  der- 
nières années  n'a  pas  été  seulement  l'occasion  de  beaucoup  de  bavar- 
dages et  le  prétexte  de  nombreux  banquets.  N'eût-il  produit  que 
Mireille,  il  n'en  faudrait  pas  plus  pour  le  justifier  que  Téclosion  de 
ce  pur  chef-  d'œuvre.  Or,  le  catalan  est  autrement  vivace  que  le  pro- 
vençal. A  vrai  dire,  son  évolution  n'a  jamais  été  interrompue.  Si  le 
nouveau  dictionnaire  de  M.  Alcover  permettait  d'en  écrire  rhistoire. 
il  ne  rendrait  pas  un  mince  service.  Il  se  présente  malheureusement 
beaucoup  plus  comme  une  arme  de  combat  que  comme  un  instru- 
ment de  travail.  Si  l'on  en  juge  par  la  «  Lletra  de  Convit»  ^  et  parle 
premier  «  Bolletl  » ',  on  serait  presque  tenté  d'y  voir  une  machine  de 


'  Palma,  imprimerie  de  Félip  Onasp  1901. 
«  V.  le  n«»  de  décembre  1901. 


BIBLIOGRAPHIE  537 

guerre  de  ce  catalanisme  que  les   Castillans   confondent  volontiers 
avec  le  cléricalisme. 

On  aimerait  mieux  moins  de  bénédictions épiscopales  et  plus  de  réfé- 
rences scientifiques.  Dans  la  distribution  des  matières,  quelque  provi- 
soire qu'elle  soit,  on  est  surpris  de  la  part  assez  mesquine  qui  est 
faite  à  la  philosophie  et  aux  lettres  par  rapport  à  U  théologie  et  au 
droit  canonique.  Enfin  la  méthode  de  travail  recommandée  aux  colla- 
borateurs laisse  craindre  que  le  nouveau  dictionnaire  ne  mette  pas  à 
profit  avec  la  précision  qu'il  faudrait  les  progrès  et  les  ressources 
de  la  philologie  contemporaine.  Souhaitons  que  cette  crainte  s'éva- 
nouisse à  la  lecture  des  premiers  fascicules  du  nouveau  diction- 
naire. 11  est  certain  en  tout  cas  que  le  trav  lil  considérable  entrepris 
sous  la  direction  de  M.  Alcover  ne  sera  pas,  quel  qu'il  soit,  sans  uti- 
lité et  sans  intérêt.  E.  M. 

SalTioni  (G.).    -  Il  pianto    délie  Marie  in  antico  volgare  marchigiano 
(Rendic.  délia  R.  Accad.  dei  Lincei,  vol.  VIII,  Roma  1900)[32  p.]. 

Le  ms.  n^  42  de  la  bibliotèque  universitaire  de  Pavie  contient  une 
Lauda  en  langue  vulgaire,  qui  paraît  remonter  au  commencement  du 
XIV*  siècle.  L'auteur  montre  d'abord  par  difiërents  faits  précis  que 
le  dialecte  de  ce  poème  appartient  à  la  région  des  Marches  &  plus 
exactement  de  Macerata.  Puis  il  étudie  avec  un  grand  soin  la  foné- 
tique  &  la  morfologie,  le  mètre  &  la  rime  de  cette  œuvre  poétique,  en 
donne  le  texte  &  le  fait  suivre  de  notes  filologiques&  d'un  glossaire. 

M.  G 

Salvioni(G).  —  Etimologie,  Tovino,  Lœscher  i^i  (Extrait 

des  Mélanges  Ascoli). 

L'auteur  bien  connu  des  Postille  ital,  al  vocab,  lal^-romanzo  étu- 
die de  nouveau  ici  au  point  de  vue  étimologique  vingt-cinq  mots  ou 
groupes  de  mots.  La  3«  édition  du  dictionnaire  de  Kôrting,  qui,  nous 
l'espérons,  ne  se  fera  pas  aussi  longtemps  attendre  que  la  seconde,  i 
pourra  faire  de  nombreux  emprunts.  Nous  signalerons  parmi  les  plus 
intéres:iants  les  articles  cascina^  desuglià^  scàrla. 

M.  G. 

SaWioni  (*'.).—  Dell'  antico  di;iletto  Pavese.  Estratto  dal  Botl.  d.  Soc. 
Pavese  di  iStoria  Patria,  Pavia,  1902  [03  p.J. 

M.  Salvioni  étudie  trois  textes  des  XIV«  Se  XV*  siècles.  Après 
avoT  établi  avec  précision  quels  sont  les  principaux  caractères  dis- 
tinctifs  du  iialecte  de  Pavie,  il  montre  nettement  que  ces  textes  lui 
appartiennent  &  sont  par  conséquent  propres  à  nous  éclairer  sur  son 
état  à  cette  époque.  11  résume  cet  état  sous  forme  de  notes  fonétipe^ 


5^8  BIBLIOGRAPHIE 

&  morfologiques.  Puis  il  nous  donne  par  ordre  alfabétiqne  le  vocabu- 
laire de  ces  textes  &  termine  par  divers  morceaux  choisis  écrits  dans 
Tancienne  langue  de  Pavie.  M.  G. 

Marins  Sêpet.  —  Le  drame  reli/ieux  au  moyen  âge  (Dans  la  collection 
Science  et  Religion).  Paris,  Bloud,  1903,  p.  in-16,  0  fr.  60. 

Nous  avons  rendu  compte  ici  même  du  gros  volume  de  M.  Sepet  *• 
Origines  catholiques  du  théâtre  moderne.  Aussi  nous  abstiendrions- 
nous  de  signaler  la  petite  brochure  de  64  pages  que  publie  le  même 
auteur,  si  elle  n'était  qu'un  résumé  de  son  ouvrage  précédent.  Mais, 
tout  en  étant  beaucoup  plus  succincte,  cette  nouvelle  étude  est  plus 
complète,  puisque,  au  lieu  d'être  un  recueil  d'articles,  elle  constitue 
une  exposition  suivie,  où  se  trouve  même  un  chapitre  sur  le  drame 
religieux  hors  de  France.  Elle  est  aussi  plus  au  courant  des  récents 
travaux,  puisqu'elle  cite  jusqu'à  un  mémoire  académique  paru  à  Cia- 
covie  en  avril  1902.  On  lira  donc  avec  profit  cette  exquisse  intéies- 
sante  et  bien  informée,  dont  l'auteur  —  on  le  sait  —  est  on  ne  peut 
plus  familier  avec  le  sujet  qu'il  traite. 

Eugène  RiGAL. 

Dreyfai-Britac  (E.)  —  Les  classiques  imitateurs  de  Ronsard, 
in-12  de  190  pages,  Paris,  Calmann  Lévy,  1902. 

M.  Dreyfus-Brisac  soutient  que  la  chute  de  Ronsard  fut  moins  pro- 
fonde que  ne  l'a  dit  Roileau  et  que  «  l'orgueilleux  poète  »  eut  encore 
au  XVII*  siècle  des  lecteurs,  des  admirateurs  et  même  des  copistes. 
Cette  thèse  me  parait  extrêmement  vraisemblable  et  il  y  a.  je  crois, 
tout  un  livre  à  faire  sur  ce  qu'on  pourrait  appeler  U  queue  de  Ron- 
sard. Celui  qui  l'entreprendra  trouvera  des  indications  utiles  dans  le 
volume  de  M.  Dreyfus- Brisac,  mais  en  très  petit  nombre.  Presque 
aucun  des  rapprochements  qui  y  sont  fuits  entre  Ronsard  et  nos  clas- 
siques n'a  d'intérêt.  Entre  les  textes  confrontés  la  ressemblance  est 
le  plus  souvent  insignifiante,  ou  elle  s'explique  autrement  que  par 
l'imitation.  Il  est  probable,  d'aileurs,  que  les  imitateurs  de  Ronsard 
au  XV11«  siècle  ont  été,  non  pas  Corneille,  ni  Racine,  mais  des  écri- 
vains de  second  ou  de  troisième  ordre.  Si  le  vers  de  nos  tragiques 
sonne  quelquefois  comme  celui  de  Ronsard,  c'est  qu'ils  ont  beaucoup 
lu  Robert  Garnier,  qui  fait  ainsi  l'anneau  entre  Ronsard  et  eux, 
comme  Régnier  le  fait  entre  Ronsard  et  Boileau.  Les  arguments  de 
M.  Dreyfus -Brisac  sont  donc  très  fragiles,  mais  son  livre  pose  un 
problème  intéressant. 

Joseph  Vianet 


BIBLIOGRAPHIE  539 

Mélanges  lingnittiqaet  offerts  à  M.  Antoine  Mbillbt  par  ses  élèves 
D.  Barbblbnbt,  g.  Dottin.  R.  Oauthiot,  M.  Orammont,  A.  Larondb, 
M.  NiBDKRMANN,  J.  Vbndryès,  Evec  un  avant  propos  par  P.  Boybr, 
Paris,  Klincktieek,  1902  [VI1M34  p.]. 

S'il  eat  encore  des  gens  qui  pensent  que  la  France  ne  possède  pas 

de  linguistes,  la  lecture  de  cet  ouvrage  les  fera  cei  taineraent  changer 

d'opinion.  Ils  verront  en  effet  qu'il  i  a  une  école  française  de  lingui  - 

tiquej  qui  se  distingue  des  autres  par  une  métode  qui  lui  est  propre.  Ce 

qui  frappe  le  plus  dans  ce  recueil,  c'est  précisément  de  rencontrer  d'un 

bout  à  l*autre,  sous  les  plumes  diverses,  la  même  métode  &  les  mêmes 

tendances.  Que  M.  Dottin  nous  parle  de  la  Déclinaison  irlandaise^ 

M.  Gauthiot  du  Degré  zéro^  M.  Grammont  du  Langage  des  enfants 

on  retrouve  toujours  la  même  métode  dont  M.  Vendryès  résume  les 

principes  dans  ses   Réflexions  sur  les  lois  phonétiques.  C'est  pour 

cette  métode  même  que  ces  Mélanges  méritent  d'attirer  l'attention 

des  romanistes.  Elle  consiste  particulièrement  dans  la  recherche  des 

lois  générales  &  des  causes  des  fénomènes  linguistiques  :  le  reste 

n*est  pas  à  proprement  parler  objet  de  science.  Elle  a  déjà  montré  à 

plusieurs  reprises  depuis  1895  qu'elle   est  féconde,  mais   elle  n'est 

encore  qu'à  ses  débuts  &  reste  pleine  de  promesses. 

M.  G. 

SaUioui  (C).  —  La  divina  commedia,  TOrlando  furioso  e  la  Gerusa- 
lemme  liberata  nelle  versioni  e  nei  travestimenti  dialettali  a  stampa, 
Saggiuolobibliografico(NozzEMAoaiNi-SALViONi)  1  aprile  1902, 125  exem- 
plaires numérotés  &  non  mis  dans  le  commerce,  in  8',  44  p. 

L'auteur  utilise  les  notes  bibliografiques  déjà  parues  sur  ces  trois 
poèmes,  pour  les  compléter  &  les  rectifier  au  besoin.  Il  ressort  de  ce 
travail,  utile  à  divers  titres,  quelques  remarques  générales  à  la  fois 
curieuses  &  intéressantes  :  VOrlando  commence  a  être  traduit  dès  le 
milieu  du  XVI«  siècle  tandis  que  la  Gerusalemme  doit  attendre 
presque  un  siècle  de  plus  &  la  Cotnmedia  jusqu'au  commencement 
du  XIX*  siècle,  époque  à  laquelle  on  ne  traduit  plus  l'Arioste  & 
presque  plus  le  Tasse.  D'autre  part  c'est  la  Gerusalemnt'i  qui  a  été 
le  plus  fréquemment  traduite,  parce  qu'elle  était  davantage  à  la  por- 
tée du  peuple  et  qu'elle  était  moins  étendue  que  la  Commedia  &  sur- 
tout que  VOrlando, 

M.  G. 

Santangelo.  —  Studio  suUa  poesia  goliardica.  Un  vol.  in-12,  92  pp. 
Palerme.  Reber  1902. 

Ce  mémoire,  d'une  lecture  difficile,  dénué  de  tout  index  et  de  la 
plus  simple  table  des  matières,  paraît  bien  documenté  et  bien  conduit. 


54  0  BIBLIOGRAPHIE 

L'auteur  fixe  au  XIII*  siècle  (concile  de  Sens  1239)  rapparition  dea 
goliards  «  tiutahnos  et  alios  vagos  scholares  aut  goliardos.  »  2?  Les 
Goliarda  ne  sont  pas  des  m  Scholares  vagantes  ».  3°  Ce  sont  des  jon- 
gleurs, des  bouffons;  ils  ne  sont  pas  poètes,  ni  auteurs  des  poésies 
Goliardiques.  4»  Golias,  dont  Giraud  de  Cambrai  a  écrit  la  notice 
dans  son  Spéculum  Ecclesiae,  vers  1220,  est  un  être  imaginaire.  5« 
L'étjmologie  de  Goliard  est  Gula,  guliardus.  6"  La  poésie  Goliardi- 
que,  tantôt  satirique,  tantôt  amoureuse,  tantôt  bachique,  n'est  pas 
*'œuvre  d'une  classe  spéciale  d'auteurs,  n'est  pas  en  opposition  avec 
l'esprit  du  temps  qui  la  vit  naître  et  prospérer  ;  elle  est  l'œuvre  des 
gens  d'église,  étudiants,  moines,  prêtres.  7*  On  peut  préciser,  d'après 
les  règles  de  l'accentuation  latine  en  France,  règles  qui  apparaissent 
dans  la  versification  rhytmique  latine  du  moyen  âge,  quelles  sont  les 
poésies  originaires  de  France  ;  il  est  peut-être  moins  absurde  que 
cela  a  paru  à  Pio  Rajna,  de  dériver  l'origine  du  décasyllabe  français 
du  trimètre  daclylique  hypercatalectique.  8"  11  y  a  des  poésies  Go- 
liardiques d'origine  italienne, —  dans  des  manuscrits  de  la  Marciana, 
de  la  Casanatense,  de  la  Riccardiana,  dans  TAntiphonarium  de  Pie 
tro  de'Medici,  dans  le  cod.  Fitalia  de  Palerme,  etc.  Il  n'y  a  pas  de 
conclusion  générale.  Peut-être  tous  les  raisonnements  de  l'auteur, 
volontiers  sévère  et  cassant  pour  ses  devanciers  ,  ne  sont-ils  pas 
aussi  rigoureux  et  aussi  convaincants  quMl  le  croit  :  mais  son  travail 
apporte  un  certain  nombre  de  vues  nouvelles,  souvent  originales, 
dont  il  faudra,  nécessairement,  tenir  compte  dans  les  études  ultéiieures 
sur  cette  question  d'histoire  littéraire  et  sociale. 

L.-G.  P. 


Bolton  King  et  Thomas  Okey.  —  L*Italia  d'oggi.  Trarluzione  dairinglese 
[par  Benedetto  Croce].  Un  vol.  in-12"»  XVIII-497.  Biblioteca  di  cul- 
tura  moderna.  Gius.  Laterza  e  figli.  Bari  1902. 

Ce  livre  est  un  indispensable  complément  à  l'Histoire  de  l'Unité 
italienne  de  Bolton  King,  dont  une  traduction  française  a  paru  déjà, 
et  ce  sera  un  utile  manuel  d^histoire  contemporaine,  qui  manquait 
encore.  C'est  en  effet  ordinairement  en  1870  à  la  fondation  du 
royaume  d'Italie  que  s'arrêtent  les  historiens,  mais  en  1870,  «  l'Italia 
è  fatta,  ma  non  è  compiuta  »,  et  les  règnes  de  Victor  Emmanuel  II 
(1870-1878).  et  de  Humbert  le  Continuateur  (1878-190C)  sont  désor- 
mais des  périodes  historiques.  On  avait  beaucoup  de  récits  de 
voyages  et  de  recueils  d'impressions  de  reporters,  les  uns  spécialistes 
comme  Léon  Say  ou  Rostand  père,  ou  pessimistes  comme  Gallenga  et 
Merlino,  les  autres  spirituels  et  malveillants  comme  Bazin,  Narjoux, 
E.  Tissot,  d'autres  simplement  niais  ;  on  avait  quelques  pages  d'une 


CHRONIQUE  541 

haute  portée  sociologique  dans  la  Rome  de  Zola  ;  il  n*ezistait  pas  un 
tableau  d'ensemble  de  ces  trente  années  de  développement  politique 
et  social,  et  il  faut  remercier  B.  King  et  T.  Okey  de  l'avoir  esquissé, 
sinon  rempli.  S'il  n'est  pas  sans  lacunes,  on  y  trouvera,  du  moins, 
sans  paradoxes,  des  renseignements  sur  tous  les  aspects  de  la  vie 
nationale  italienne,  contemporaine  et  politique  :  groupes  constitution- 
nels, parti  catholique,  masses  socialistes;  les  fatti  di  Maggio  1898, 
et  leurs  conséquences,  l'antagonisme  entre  le  Nord  et  le  Midi,  la 
camorra  et  la  maffia;  économie  sociale  et  institutions  ;  situation  des 
ouvriers  agricoles,  des  classes  rurales,  progrès  des  conLadini  ;  les 
idées  coopératives  et  leurs  applications  ;  les  relations  entre  l'Etat  et 
IKglisc,  etc.  Enfin  deux  chapitres  spéciaux  sont  relatifs  à  la  diplo- 
matie franco-italienne  et  à  la  »  Più  grande  Italia  »  qui  se  consti- 
tuera plus  aisément  dans  le  Sud- Amérique,  qu'en  Erythrée  ou  qu'en 
Extrême-Orient  —  Il  est  vraiment  fâcheux  que  les  auteurs  n'aient 
pas  écrit  quelques  pages  sur  le  mouvement  littéraire  et  artistique  qui 
est  bien  aussi  intéressant  que  les  progrès  financiers  ou  agricoles,  et 
qui  aurait  pu  ici  nous  retenir  plus  longtemps.  A  signaler  une 
bibliographie  choisie  de  livres  à  consulter  sur  l'Italie  de  1870  à 
1900.  —  En  somme  ce  volume  est  un  début  do  bon  augure  pour  la 
Bihlioteca  di  cultura  moderna. 

L.-G.  P. 


CHRONIQUE 


Mistral  à  V  Utiiversitéde  Yole. — «  L'Université  de  Yale,  à  New-Haven , 
est  la  plus  ancienne  de  ce  pays;  elle  est  très  importante,  et  les  pro- 
fesseurs en  sont  connus  dans  le  monde  de  la  science.  J'ai  rencontré 
parmi  ces  maîtres  le  professeur  des  langues  romanes  (en  anglais 
professor  of  Romance  Flilology)^  M.  Henry  Roseman  Lang.  11  me 
connaissait  de  nom ,  et  il  s'est  mis  tout  de  suite  à  me  parler 
de  la  langue  provençale  et  surtout  de  la  langue  moderne. 
Il  s'y  intéresse  énormément  et  trouve  que  l'enseignement  du  pro- 
vençal est  d'une  grande  utilité  pour  l'étude  des  langues.  Il  connaît 
parfaitement  toutes  vos  œuvres  et  s'en  sert  pour  ses  cours. 
11  fait  traduire  Nerto,  MirHo  et  Calendau  aux  jeunes  gens  qui 
fréquentent  ses  conférences.    11  trouve  Nerto   surtout  très  bon   à 


542  CHRONIQUE 

donner  à  traduire.  Il  ne  connaît  pas  encore  le  «  Poème  du  Rhône  », 
mais  il  apprécie  beaucoup  le  Trésor  dôu  Felihrige.  La  bibliothèque 
de  Yale  le  possède  et  M.  Lang  en  a  lui-même  un  exemplaire. 

Je  viens  de  recevoir  Lou  Pichoi  Trésor,  du  Père  Xavier,  et  je  vais 
en  parler  à  Téminent  romaniste  qui  le  mettra  aux  mains  de  ses 
élèves.  Pour  vous  bien  rendre  compte  de  ce  succès  felibréen,  si  loin 
de  la  Provence,  dans  ce  pays  qu*en  France  on  qualifie  souvent  de 
K  sauvage  »,  j*aime  à  vous  répéter  que  l'institut  de  Yale  est  une 
grande  université  qui  vient  de  célébrer  8on  deuxième  centenaire.  Et  à 
cette  occasion  les  anciens  étudiants  ont  offert  tous  ensemble  deux 
millions  de  dollars  à  leur  aima  mater  et  l'on  construit  avec  ce  cadeau 
des  bâtiments  magnifiques  pour  fouder  de  nouveaux  cours. 

Vous  voyez  donc  que  la  Coumlesso  est  fêtée  ici  «  coume  se  dèu  ». 

(Extrait  d'une  lettre  de  Mme  C.-A.  Janvier  à  Mistral,  du  15  mai  19(12, 
communiquée  par  M.  Ghassary.) 


Nous  sommes  priés  de  rappeler  aux  membres  de  renseignement 
primaire  qu'une  des  bourses  de  séjour  à  l'étranger  destinées  à 
l'enseignement  primaire  est  réservée  à  la  langue  italienne.  Les  can- 
didats peuvent  s'adresser,  pour  tous  renseignements,  à  M.  Dejob, 
professeur  à  la  Sorbonne  (80,  rue  Ménilmontant,  Paris). 


Le  Gérant  responsable:  P.  Hamblin. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


TOME  XLV 


ARTICLRS  DB  FOND 

Pages. 

Anqladk.  —  Latin  Gurgus,  formes  féminines  et  masculines  en 

provençal 276 

Bbrtom.  —  Noterelle  provenzali,  I  et  II 348 

Ch%banbau.  —  Une  nouvelle  édition  du  roman  de  Flamenca. . .  1 

(vOULKT  (J.).  —  La  nouvelle  provençale  du  Papagai 289 

Sarrieu.  —  Le  parler  de  Bagnères-de-Luchon.  1.  Phonétique.  385 

Troubat.  —  La  danse  des  Treilles. 97 

Vidal.  —  Les  cartulaires  d'Albi 447 

TEXTES   ET  DOCUMENTS 

BiPKUN.  —   Le    nouveau    testament  en  haut  engadinois,  édit. 

Ulrich  (suite) 357 

Castkts.  — I  dodicicanti.  Epopée  romanesque  du  XVI*  siàcle. 

Chants  XI  et  Xll.  («uite) 65,152 

Jranrot.  —  Refrains  inédits  du  Xlll*  siècle 193 

PÉLissiRR.  —  Pièces  justificatives  du  texte  de  Gohory.  IV.  Re- 
lations de  Maximilien  I  et  de  Ludovic  Sforza.  (suite)    72,  470 
Rbstori  —  Recettes  de  fauconnerie  et  éléments  de  médecine..     337 
Stkngbl.  —  Le  chansonnier  de  Bernart  Amoros.  (fin)      44,  120,  211 
Thbrond.  —  Dau  pioch  de  Sant-Loup  aupioch  de  Sant-Clar,, .     488 

variétés 

Angladr.  —  La  Société  des  Langues  romanes  k  Bonn 86 

XXX.   -  Les  noces  d'argent  de  Mistral  et  TAllemagne. 174 

BIBLIOGRAPHIE 

Almêras  (d*).  —  Avant  la  gloire  (Rigal) 520 

AscoLi.  —  La  sibilante  tra  vocali  nel  toscano  (Grammont)..  . .  335 

Barbikra.  —  La  principessa,  Belgiojoso  (Pélissier) 522 

Bartoli.  —  Ueber  eine  studienreise  zur  erforschung  des  altro- 

manischen  Dalmatiens  (Qrammont) 92 

Bernardin.  —  La  comédie  italienne  en  France,  et  les  théâtres 

de  la  Foire  et  du  Boulevard  (Eug.  Rigal). 332 


54  4  Table  des  matières 

BoDRCiBz.  —  Les  mots  espagnols  comparés  aux  mots  gascons 

(Anglade) 286 

DiDKROT. —  Paradoxe  sur  le  comédien,  édit  Dupuy  (E.  Rigvl)..  .  278 

DuPUY.  —  La  jeunesse  de  Victor  Hugo  (Rioal) 520 

DuRRiBUX.  —  Dictionnaire  étymologique  de  la  langue  gasconne 

(Grammont) 181 

Faouet.  —  La  politique  comparée  de  Montesquieu,  Voltaire  et 

Rousseau  (Rigal) 381 

F.RMBRY.  —  Traductions  allemandes    de  poèmes  français  au 

moyen  âge  (Grammont) 281 

Girard.  —  Les   cahiers  d'un  bibliophile.  Théâtre  de  Tristan 

l'Hermite  (Rigal) 516 

Glachant.  —  André  Chénier  critique  et  critiqué  (K.  Rigal).  . .  280 

—  Essai  critique  sur  le  théâtre  de  Victor  Hugo  (E.  Uigal).  510 
Grkgorio  (G.  dk).  —  Etimologie  (Grammont) 499 

—  Studi  glottologici  italiani  (Grammoxt) 501 

Jeanroy.  —  Règle  des  chanoinesses  augustines  (Coulkt) 378 

JoANMDÈs.  —  La  comédie  française  de  1680  à  1800  (Rigal).  . .  513 

Kempb.  —  Die  ortsnainen  des  Philomena  (Coulet) 382 

Laurent  et  Hartmann. —  Vocabulaire  étymologique  de  la  lan- 
gue grecque  et  de  la  langue  latine  (Grammont) 182 

Lemaître  —  Quatre  discours  (Rigal) 332 

M  ACÉ.  —  Essai  sur  Suétone  (T.) 184 

Marohot.  —  Petite  phonétique  du  français  prélittéraire  (Gram- 
mont)        91 

MRYBR-LliBKE.  —  Einfûhrung  in  das  studium  der  romanischen 

sprachwissenschaft  (Grammont)  - ...      90 

MoTT  (Levis  F.).  —  The  provençal  lyrik  (Angladk) 283 

Orbans.  —  Die  Leygues'chen  reform  der  fi anzosischen  syntax 

(Grammont) 283 

Regnaud.  —  Le  français  quenouille  (Grammont) 501 

Eomania,  1901 ,  1902  (Constans) 176,  524 

Vendryès.  —  L'intensité  initiale  en  latin  (Grammont) 3*i3 

Zeitschrift  fiir  romanische  philologie  ( Anglade) 530 

Livres  annoncés  sommairement;  Baist,  p.  3S1  ;  Levi,  p.  185; 
Onoranzr  à  AscoLi,  p.  335  ;  Thomas,  p.  185  ;  Vabrb,  p.  185. — 
Un  nouveau  dictionnaire  de  la  langue  catalane,  p.  536  ;  Sal- 
vioNi.  pp.  5iS7,  539  ;  Marins  Sepet,  p.  539  ;  Dretfus-Brisag, 
p.  538.  Mélanges  linguistiques  offerts  à  Meillet,  p.  539:  San- 
tangelo,  p.  539.  BoLTON  KiNG,  p.  540. 

Chronique. 93, 186,  336,  498,  542 

Erratum 288 

Table  des  matibres  543 


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